CHAPITRE XV
» concernant le fait du ravissement de certains prisonniers » accusés d'hérésie ez ville de Rrayerac et Saincte-Foy, à » quoy nous ne fauldrons d'exécuter entièrement la volonté » du Roy et la vostre et d'y procéder avec toutes diligences à » la punition de ceulx qui seront trouvés coupables des dits » excès » (').
Le Parlement profita de l'occasion pour réclamer l'arriéré de ses gages. De son cùlé, M. de Burie, gouverneur de Guyenne, qui n'était pas mieux payé que lui, puisqu'on lui devait plus d'une année d'appointements, écrivait à François de Guise : « Sans l'aide de Dieu, da Roy, et vostre bon » secours, je suis failli d'estre accoustré de deux fort mau- » vaises coulleurs qui sont d'estre pauvre et vieux (2). »
Les Lorrains tenaient le pouvoir et le tenaient bien ; ils distribuaient les faveurs à leurs créatures, mais ils firent nécessairement un grand nombre de mécontents qui, par suite de la faiblesse du roi de Navarre, se groupèrent autour de son frère, le prince de Condé.
On le savait « prudent, courageux et pauvre » (3) ; il fut le chef secret du complot formé pour délivrer la France de la tyrannie des Guises que le roi François II affectait d'appeler ses oncles, et qui poussaient l'outrecuidance jusqu'à se dire descendants de Gharlemagne par les femmes.
Mais le chef réel et apparent de la conjuration fut un gentilhomme périgourdin nommé Gabriel Barry, dit La Forest, seigneur de La Benaudie, et plus connu sous ce dernier nom. Il était brave et insinuant et s'exprimait avec une remarquable facilité. A la suite d'une affaire désagréable qui l'avait forcé de s'expatrier, il avait habité pendant quelques mois Berne, Lausanne ou Genève, et s'y était fait beaucoup d'amis. Il prétendait disposer à son gré de 30,000 hommes de pied et de 800 cavaliers (4).
(4) Arch. historiques de la Gironde, t. XIII, p. 121.
(2) Idem, ibidem, t. XVII, p. '2.V2.
(3) Histoire universelle du sieur d'Aubigné, t. Ier, p.
(4) Arch. nationales, K 1493, numéro 42. Lettre originale do l'ambassadeur Chantonay à Philippe II, du 1!) mars lôlil).
Les conjurés s'engagèrent par serment à ne rien entreprendre « contre la Majesté du Roy, des princes de son sang, ni contre V Estât du Royaume». C'étaient les Guises que l'on visait uniquement.
Ceux-ci, avertis du complot par des avis venus de l'étranger, se hâtèrent de conduire le jeune roi au château d'Amhoise, lui persuadant qu'on en voulait à sa personne. Affolés par la peur, chacun d'eux perdit le sang- froid dans ce premier moment; le duc de Guise lui-même, si hrave sur les champs de bataille, ne savait plus où donner de la tête. Mais cet accès de faiblesse ne dura que quelques jours. Les conjurés qui se rendaient à Blois, par petits groupes, de toutes les provinces de France, furent arrêtés et désarmés. Un grand nombre furent mis à mort.
La Renaudie, assailli dans la forêt de Château-Renaud par un de ses parents, nommé M. de Pardaillan, le tua d'un coup de pistolet; mais il fut renversé d'un coup d'arquebuse par le valet de Pardaillan, qui, sur-le-champ, paya de sa vie cet exploit.
Nous n'avons point à raconter, après tant d'autres historiens, les sanglantes exécutions qui suivirent la mort de ce vaillant capitaine. R possédait seul la clé de la conspiration, et pour plus de sûreté s'en était exclusivement réservé la direction.
Lui mort, toutes les troupes de cavaliers ou de fantassins qui marchaient sur Amboise se débandèrent. Les conjurés essayèrent de s'enfuir dans toutes les directions, mais la plupart furent massacrés ou traînés à la queue des chevaux.
Les supplices commencèrent le dimanche 17 mars. Le premier jour, aux créneaux du castel d'Amboise (*), on pendit treize condamnés ; vingt-deux hommes liés dans des sacs de toile furent jetés dans la Loire. Les exécutions continuèrent
f1) M. de Rublo vient de publier sur la conjuration d'Amboise, et d'après un grand nombre de documents inédits, une centaine de pages du plus haut intérêt, (Voyez Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret, t. II, p. 121 à 228.)