CHAPITRE XV
ainsi durant plusieurs semaines à Orléans, à Tours, à Blois et dans les villes riveraines. Comme les interrogatoires prenaient trop de temps, on supprima jusqu'aux formes ordinaires de la justice. Les conjurés étaient pendus ou décapités sans jugement, « bottes et éperonnés » comme sur le champ de bataille (1).
Pour répondre au désir du duc de Guise, à qui la reinemère venait de déférer le commandement de toutes les armées et la lieutenance générale du royaume, le roi, suivi des princes, assistait aux supplices. Condé, que Mazères et d'autres prisonniers accusaient ouvertement, payait d'audace et ne quittait guère François II. Il suivit la cour à Chenonceaux, puis à Tours.
Mais tout à coup, averti des périls qui le menaçaient, il écrivit à son frère le roi de Navarre pour lui demander un refuge et partit pour la Ferté-sous-Jouarre.
De Blois, où il se rendit ensuite, il traversa la Touraine par des chemins détournés et parvint à gagner Poitiers sain et sauf.
Il trouva dans cette dernière ville Jean de Ferrières- Maligny, qui venait de Bergerac à sa rencontre avec vingtcinq cavaliers, se mit à leur tète et rejoignit à Bordeaux le roi de Navarre.
Cependant la reine-mère, informée que de tous côtés, mais surtout en Guyenne et en Saintonge, l'opinion publique était très surexcitée contre les Guises, prit les conseils du chancelier, qui fit signer au roi l'édit d'Amboise, enregistré par le parlement de Paris le 11 mars 1560.
Il y était dit que puisqu'il se trouvait un très grand nombre de gens, « la plùspart méelianiqucs et de nulle » littérature, avoir esté séduits et amenés à la nouvelle » doctrine, les uns par simplicité et ignorance, les autres » plustost par curiosité que par malice, que si on en venait » à faire la punition de tous il s'en suivrait une merveilleuse
(*) La Planche, Estât de France sous François II, édit. du Panthéon littéraire, et in, THOU] Histoire universelle, t. 11, p. 768.
190 HISTOIRE DE LA Ii INFORMATION.
» effusion de sang, d'hommes, femmes et jeunes gens en » fleur d'aage; à ces causes, le Roy, ne voulant que la » première année de son règne fut ensanglantée, pardonnait » à ses sujets tous les crimes concernant le faict de la » religion, à la condition de vivre désormais suivant les rites » de l'Église romaine (') ».
Ce fut le 22 mars que l'édit de pacification parvint au parlement de Bordeaux; il se hâta de l'enregistrer et de le faire publier à son de trompe.
Les prisons de la Conciergerie furent ouvertes; on en fit sortir « quelques religieux Franciscains de la grande et petite Observance et des Carmes détenus prisonniers » pour crime d'hérésie (2). On avait eu bien soin d'excepter de l'amnistie les ministres ou prédicateurs et tous ceux qui auraient conspiré contre le roi, la reine, les princes de sa famille ou « ses principaux serviteurs » (3).
On voit que les Guises avaient pris leurs mesures pour annuler d'avance la portée de ce soi-disant édit de pacification.
C'est alors que les réformés, désolés des calomnies que l'on ne cessait de répandre sur eux, résolurent naïvement de rédiger une lettre collective pour leur justification et de l'adresser à François II, avec les quarante articles dont se composait leur confession de foi.
Une copie manuscrite de ce document précieux existe encore aux Archives municipales de Bordeaux (4) ; en voici la teneur :
« Les François qui désirent vivre selon la puretté de l'Évangile de nostre seigneur jésus christ
» Au Roy,
» Sire, nous rendons grâces à Dieu de ce que n'ayant eu jusques » ici aucun accez à Vostre Majesté pour lui faire entendre la rigueur
(') Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. Ier, p. 265. (2) Bibliothèque municipale de Bordeaux, ms. 369, Extrait des registres secrets, t. Ier, f° 435 v».
(8) Histoire ecclésiastique des Eglises réformées, t. Ier, p. 266. (4) Arch. municipales de Bordeaux, série G G, carton : Protestants (XVIe siècle).