CHAPITRE XV
» des persécutions que nous avons enduré et endurons journellement »pour vouloir suivre la pureté de l'Evangile et le repos de nostre » conscience : maintenant il nous fait cet heur de voir qu'avec la volonté » de cognoistre le mérite de nostre cause, suivant l'edict dernier, donne » à Amboisc au mois de mars l'an présent [mil cinq cent] cinquante » neuf, qu'il a plu à Vostre Majesté faire publier, qui est la cause qu'il » présent nous osons ouvrir la bouche qui nous a été par ci -devant » fermée par plusieurs de vos officiers, estans plustost incités de haine, » d'injustice et violences contre nous.
»Afin, Sire, que nous puissions pleinement informer Vostre Majesté » de ce qui concerne ceste cause, nous vous supplions très humblement » de voir et entendre ceste notre confession de foy, espérant qu'elle » nous suffira de suffisante défense contre tous les blasmes et opprobres »dont jusques icy nous avons été chargés, à grand tort, par ceux qui » ont toujours faict mestier de nous condamner, premier (avant que) » nostre cause leur fut cognue ('). »
Nous nous adressons aux hommes de bonne foi et nous leur demandons, la main sur la conscience, si c'est là le langage que tiennent des factieux? N'est-ce pas plutôt l'humble et respectueuse requête de malheureux sectaires qui, sous le coup des persécutions les plus cruelles, adressent au chef de l'État une suprême requête.
Cependant, il est de mode, parmi les écrivains catholiques, d'accuser les calvinistes d'avoir, sous le règne de François II, formé le plan de renverser la monarchie et de fractionner la France en cantons, à l'instar de la République helvétique. Le président Boscheron Des Portes, dans son Histoire du Parlement de Bordeaux, n'a pas manqué d'affirmer le fait, en se basant sur un passage des Registres secrets de cette Compagnie.
On trouve, en effet, dans le manuscrit conservé sous le
(!) La lettre d'envoi dont nous donnons le texte ci-dessus et la confession de foy qui l'accompagne et que nous ne pouvons reproduire à cause de son étendue, sont tirées d'une copie informe découverte par nous dans les débris de l'incendie des archives municipales de Bordeaux. Cette lettre est la réponse aux calomnies infâmes répaftdues par les Guises, sur le compte des protestants. La phrase imprimée par nous en italiques et dans laquelle il est question du récent édit d'Amboise promulgué le 12 mars 1559 (ancien style, ou mieux 1560), prouve d'une manière certaine que cette pièce est de la fin de mars ou du commencement d'avril 1560. Elle fut imprimée en 156(3 dans le tome Ie1' du llecueil îles choses mémorables faictes et passées pour le faict de la lieli'jion et estât de ce royaume.
n° 3C9 à la Bibliothèque municipale de Bordeaux, le passag suivant, à la date du 4 septembre 45G1 :
«Le dit jour, Me Géraud Faure, officiai de Périgueux, » a dit qu'il y a deux ans, le sieur de La Renaudie fust à la » maison du dit officiai, à Nontron, lui dire que c'estoit une » grande folie que le royaume fust gouverné par un roi » seul, et que si l'official vouloit l'entendre, il luy feroit un «grand avantage; car on délibéroit de faire un canton à » Périgueux et un autre à Bordeaux, dont il espéroit avoir » la supêr intendance. Et lors, luy tenant de tels propos, » retira à part le dit officiai sans qu'autre Pentendist. » Ainsi signé : Faure. »
Cette singulière révélation, faite deux ans après l'affaire d'Amboise et la mort de La Renaudie, a déjà été réfutée de la manière la plus victorieuse par un citoyen des États- Unis, M. Henry M. Baird, de l'Université de New-York.
M. Baird fait remarquer, avec juste raison, que « dans les rangs des chefs protestants se trouvaient les représentants de la haute noblesse, pour lesquels l'abolition de l'autorité royale aurait entraîné la perte de leurs propres privilèges ».
« Le « chef muet » de la « conspiration » d'Amboise, dit-il, était d'ailleurs le prince de Condé, prince du sang, qui n'était point si éloigné du trône qu'il n'eût aucun espoir de la succession ou pour lui ou pour ses enfants. »
Mais, de toutes les raisons que fait valoir M. Baird, la dernière nous paraît être la meilleure :
« On ne peut se dissimuler, dit-il en terminant, combien il est peu probable qu'un homme de la sagacité reconnue de La Renaudie ait choisi pour dépositaire de son important secret un officiai, juge ecclésiastique manifestement dévoué corps et âme au parti lorrain »
Nous sommes absolument de cet avis, contrairement à celui de M. le baron de Ruble (2).
(!) Bulletin de la Société de l'Histoire du protestantisme français, numéro du 15 juin I87<), p. 280 à 282.
(a) Voyez Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albrel, t. II, p. 142, note 3.