‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 2)Chapitre 14 sur 32 · I. Que s'il y a une institution ou une loi qui eoit recom · texte numérisé non relu

I. Que s'il y a une institution ou une loi qui eoit recom

I vandaUe par son antiquité, par son auteur, et par son

' iiiHilc, c'est sans doute l'institution du mariage : 1° Il est

pussi ancien que le monde. 2° 11 a J)ieu pour auteur, qui

l'a établi daus le paradis terrestre dans le temps que

l'homme était encore dans l'état d'iunoccnce. 3° II est

ialînimenl utile au monde par divers endroits, comme

au contraire le mépris du mariage a entraîné dans le

monde un déluge de maux horribles, en sorte que qui

y fera bien attention aura en horreur le uom même de la

paillardise. 4° Qu'eolr'auires usages il sert à représcatec

' Ibiii.243. 443.

l'étroite cl inlime union do Jcsus-Cbrisl avec l'EgliGC et l'ame fldèle, comme il a été montre ci-âcasus, après l'apftlre, Eph. V, et qu'on y voit dans la tendresse d'un père envers ses enfans, ot la soumistiion cordiale des enfans bien néa k l'égard de leur père, une image de l'amour que Dieu notre Père a eu pour nous, qui sommes faits ses enfans par la foicnJcsus-Chrisl, et pour l'amour de lui aussi bien que de l'obéissance entière que Dous lui devons.

II. Que St. Paul dît aux Uébr. XIII. Le mariage est honorable entre tous et la couche sans souillure, d'où il D'en Buîl qu'il est permis à tous ; puisque rien ne doit être défendu que ce qui est malhonnêle et déplaisant à Dieu, comme la paillardise qui csl damnable dans tous les temps.

III. 1°. Qu'aucun dea semleurs de Dieu n'a condamné ni interdit le mariage, mais qu'ils en ont Usé saintement, au lîcu qu'ils ont délesté la paillardii^c. 2" « Moïse n'a pas commandé de faire des bordeaux, ni permis d'avoir paillardes publiques ou secrètes, pour éviter les inconvéniens etc., (aïo&î que les sages de ce monde ont parlé pour maintenir telle abomination ; ) mais a étroitement défendu qu'il y eût paillards ni paillardes entre le peuple de Dieu, Deuter. XXIII, commandanlaussique l'adultère AU puni de mort, Luc XX. » Z^ Il rapporta les divers exemples qu'on trouve dans l'Ecn'turc, des maux arrivés, soit à des particuliers, soit à des peuples catiers à cause do leur paillardise, h'* Il représenta vivement et en termes forts et expressifs les mauxhorribicset les crimes qui revenaient au monde de l'établissement abominable el infâme des maisons publiques de débauche. 5" Il lit remarquer que les saints hommes a'oul jamais propose d'autre remède à l'incontî-

nencc que le mariage ; afin que dos corps qui sodI les leni' pies de Dieu, I Cor, III, ne soient pas souilles en dev«nAnl les membres d'une femme (irostituée. Ainsi le Sagq, Proi». Vn, ordonne à l'homme de s'atwcher à sa feioine ; et déclare que la maison de la femme débauchée çst une entrée d'enfer. 6" Que St. Paul a déclaré que tes paillards et les adultères n'hériteront point le royaume des • deux, 1 Cor. VI. Eph. V, et pour celle cause il ordonne qu'afin d'éviter la fornication, chacun ail sa I jfemme, et chaquefemme ait son mari, 1 Cor. VII, sans exccpler aucun ordre d'bomme, ni aucun étal, à la ré- Berve de ceux à qui Dieu a donné le don de continence; et il veut que ceux qui ne peuvent pas Bc contenir se I marient, disant qu'il vaut mieux se marier que de brûler; savoir par le feu des couvoitiâcs impures. L'apôtre reconnaît que le don de continence esl bien rare, comme aussi le Seigneur l'a déclaré, Msllh. XIX, cela n'étant pas au pouvoir de l'homme, non plus que de faire des miracles ; d'où il s'ensuit qu'il faut que chacun demeure en la vocation en laquelle il a été appelé.

IV. Que, 1° quand même un homme aurai! le don de continence il n'en devrait point faire un vœu, parce I qu'il ne sait pas si Dieu lui donnera toujours cette grâce ; I car quelquefois Dieu ne la donne que pour un temps, l ï° Si l'on objecte que l'on obtiendra de Dieu ce don par I. prières, c'est ne rien dire, car nous ne devons rien der mander à Dieu que ce nous savons lui être agréable ; F quand donc un homme esl brûle par les Oammesdela 1 convoitise, pourquoi tenle-l-il Dieu? S'il sent que Dieu , 'ne lui donne pas ce don, n'est-il pas aussi hors du sens "çue s'il priait à Dieu de vivre sans manger, combien I gue ce serait une chose bien utile ? De ce que Moïse a I vécu deux fois quarante jours sans manger, il ne a'cii

SUR LB HAKIAGE 33S

' suit pas que Dieu veuille me faire la même grâce, oi par V cODBÔqueal quo je doive la lui demander, a Z" Le ma- I Ttage n'empêche pas, si Dieu après donne le don de • continence, de vivre en icellc, et n'esl pas répugnant ' d'élre marié et de vivre en chaslelé; mais bien souvent il y a plus de cDDtincDce eu ceux qui sont mariés qu'en ceux qui ne lèsent pas. El St. Paul enseigne aux maries comment ils doîvenl être conlîneng pour vaquer à jeunes et oraisons, etc. u Ceux donc qui font vœu de continence sont ÎDseasés ne connaissant point leur portée, etc.

y. Que par coQscquenl ceux qui en font des lois cl qui obligent ou font obliger les autres hommes à la conlînence perpétuelle, sont menés de [Esprit d'erreur et dejornicalion suivant la doctrine des diables, et non celle de Jésus-Chrisl, comme dit St. Paul, 1 Tim. IV. Qu'on peut connaître par là quel est l'esprit de l'Eglise romaine qui défend le mariage aux uns pour toujours, a d'autres pour quelque temps, si la dispense n'est achetée par argent. Satan en ceci a lien manifesté sa malice, et s'est bien transfiguré en ange de lumière; il savait bien les horribles crimes et les affreux désordres qui devaient provenir de ces aortes d'ordonnances.

VI. Que, 1° dans toute l'Ecriture il n'y a aucun passage qui défende le mariage à qui que ce soil. Les Prophètes, les Patriarches, les Sacriiicatcurs, les Lévites ont Clé mariés. Les Apôtres et les Evangélistes l'ont été aussi. 2° L'apôtre veut que l'évcque soit mari d'une seule femme; preuve que le mariage n'est pas un obstacle a l'état ecclésiastique. 3" Jésus-Christ n'a pas méprise le mariage ; il est né d'une Vierge pure, sous le voile du mariage et il l'a honoré même de son premier miraclej Jeaa II. 4° Il est vrai que St. Paul exhorte à la conti-

neace cl à la virginité, mais c'csl toujours supposé qa'M en ail 1c don ; il ne défend point le mariage ans viornes; mais il dît, si elles so marient qu'elles ne pèchent |>oial. XI ordonne mémo aux jeunes veuves de sa marier, 1 Tira. V. Si donc lorsque les fidèles étaient sans com» paraison plus parfails que maintenant, et singulière' ment les minisires de l Eglise totalement dédiés au ser- ' cice de Dieu, et toutefois le mariage leur a toujours été I loisible, que c'est une grande iniquité de maintenant le , défendre, à" Noun ne sommes plus sous les côrcmoniei I de la loi pour faire des vœux, quoique même la lai nc I permit point de vœu perpétuel, JVomb. VI, et que ja- ' mais souB la loi od ne Hl de semblables vœux. 6* Ceux I qui font ces sortes do vœux et qui plul6t que do les rompre vivent dans l'inipurcié, rcsscmblenlà Hôrode, qui, pour ne pas rompre son serment lit couper la lêle à Jean- Baptiste. 7" Eulln leurs dccreu mdmes, ( 22. Quest. 2.) disent, que les vœux qui sont faits /ollement, et par lesquels Dieu est offensé et déshonoré, ne doivent être tenus. 8" Si la paillardise a été défendue aux Juifs avant la venue de Jcsus-Christ, tes chéliens qui doivent être sans comparaison plus parfaits, no la doivent-ils pas avoir en horreur, cl tout ce qui y conduit? etc. '

Après ce discours on invita à cri public, à la dispute.

Bi.ANCnEROSE se présenta pour soutenir lo célibat des

I scclési astiques. Il dit, 1° qu'à la vérité le mariage est

établi de Dieu, mais qu'il nc s'en suit pas de là que tous

tes hommes soient obliges de se marier, et que ceux qui

Peulent vivre en étal de virginité ne fassent u

' lU 2Vi - 518.

CÉLIBAT DES PHETIVIS. 537

fort plaisante à Dieu. 3" Que le premier concile de Nicée, ( au rapport de Plaline ' ) établit le célibat dci prêtres, leur défendant d'ai^'oirjemmes ni en mariage ni autrement. 3" Que le célibat leur est ordoDué a cause de l'excellence de leur emploi qui dcmaDdc une pureté et une vie angéliquc ; cl alln qu'iU puissent vaquer à la méditation des choses cclcslcs et aux fonctions de leur emploi saos distraction. Que cependant tous n'en ont pas clé conlens, lémoios les vers qu'on fit contre le pape Calixte qui a fait recevoir celle loi. 4" Que cependant elle est bonne et lirée de la Sainte Ecriture , puisque St. Paul dit, 1 Cor. VU. Je souhaite y«e vous soyez sans sollicitude; or le mariage est une source de sollicitudes, de chagrins et de dislraclions, comme cela paraît; par l'expérience de tous les jours; par l'exemple de Socrale, que sa femme chagrinait perpétuellement; par l'autorité de St. Paul même, qui dans le même chapitre dit : ce^Mi qui n'est pas marié a soin des choses du Seigneur, comme il plaira au Seigneur. Mais celui qui est marié a soin des choses du monde, comment il plaira à sajemme; c'est pourquoi il leur àii, Je voudrais que t'ousjussiez tous comme moi; c'està-dire, non maries. St. Paul donc a donné occasion de faire celte loi pour ceux qui feulent suivre l'état de perfection auquel personne n'est contraint. Ainsi les gens d'Eglise qui doivent e'ire plus parfaits que les autres etc., ont voulu faire celte belle ordon- ^dUnce pour mener une vie agréable it Dieu, d" Ealin HfB. Paul a dit, Rom. VIII. Ceux qui sont en lu

t^BtK

Le docteur ib (rompe ici, Ptatint rapporte SdclemtDt le dé- . . du premier concile de Nic^e, il ce concile d'b poiut dêrvndii .iBtnage ans occlésiastifiun.

arn tm. *e

^t mw : -tt. I

E Bc pcat et se doit

ée yeàf f étal qi'ïl

BMnt M«i floiifié a

A »» dBvcBt se m«-

■ «T'^-K ma^ m ' ijiir^- i' ^i.'ï ai tàem vra que

?%u t-wti e ;~iiliL. f. lOK 4 >:ii>;;i*: «rfc lui; )

i> i ^ >^■^»v m I* MML • ^v'-ï sfci^inBMtt; c'est

.rTMti i I -^ SE IWHK àf ta- mû iiis>e U cboce à

11»"*? !'■ ,-îJ«r-m T^esB ni À *» Mrili-i : .i> n^ l'ois

i m-i. a; nir-* m.mrçr. : C»c. VII. II recoo-

■r •* rji»-o*»c«s que de faire

: pu 1 lori^ ^.ti tane de se

pane qu'il lui est

k i ^m r^-w A i< rr-O:-. c« b'csI polot dans

; >». Puw A^ wic-v : iMUMtul il soivrait

At u t«* k-U£- nus itu «nu luriH se pruTeal plaire à

Iteu .'v va m -in'imna ûu «« aknude. Les Pa-

ft^.-Msw «^ rr'ivAfWSw ÎK X^tl^ATRi etc. , qui oui élé

apw^ a'jw.-î^ ;«'' ««r vvah'''» ' K««?Y eut-il ja-

sd» 7'-n.' m ir-ffrts B.'tt «Mnè?. p£cï ai^râbles à Dieu,

^ A.-u^ ru - 1 «ac ' l>Af«rf est le fJ» eu la chair,

4( Wr^ i Ai: it* ïi'oirï i D«» . o^i celtn qui se raariaot,

»#»««tîc^>e»» (ian(v«s cH loa aiBelraoquîlle:oaceux

ne se mariant |ms oui le cœur dévoré par les nammes

ipurcs de la concupisccocc, et le corps souillé etpros- .è à toute vilenie? G" Quoique St. Paul louSl le céli-

it, cependant il élail marié; il fait mention de sa me, 1 Cor. IX. Phil. IV. 7" Que[si les mancs oat des

iau\ et des chagrins, les paillards en ont encore plus;

land eous regarderez bien tous vos prêtres, voua en

'uverez plus de martyrs de Vénus, que de JÉsus- CnitisT, et plus avant en la rôlîsseiie que St. Laurent ; et après tout il vaut mieux endurer quelque cboso d'une reinino que de se damner. 8° L'csomplc do Sacrale fait [.lour nous; car si ce philosophe sans autre lumière que la raison naturelle a mieux aimé tout souffrir d'une Temme que de paillarder, combien plus les chrétiens doivent-ils, etc. 9° La messe u ct<tit pas digne d'être chantée par gens plus honorables que ces prêtres impudiques, races de bâtards entre lesquels on trouvera aucunes fois qui sont hdtards jusques à la tierce ou quatrii-me génération. 10" Qu'il n'est pas vrai que le premier concile de Nîcée ait établi le célibat des ecclésiastiques, non plus que les trois qui l'ont suivi ; conciles

llement vénérés que dans les décrets, (^Distinct. 15. 'ite, Canones, y ils sont regardés quasi comme les itre Evangiles, etc. Il y eut bien dans ce concile

des gens qui voulurent faire établir celle loi, mais uu vénérable confesseur de Jésus-Christ, nomme Paphnucf. s'y opposa, disant, que les noces étaient honorables, «t que habiter açec sa propre J'emme, c'est chatteté, etc. Qu'une telle loi imposée aux ecclésiastiques donneraii occasion de paillarder, ou à eux, ou ît leurs femmes ; cependant il n'était pas marie lui-même. Le concile approuva son sentiment et rcjeia la proposition d'une telle loi, comme on le voit dans l'histoire Tripartile, et dans

fSosontene, Lib. II. Chap. XIV, cl il esl ni^mc rspporlé s les décrets, an Chapitre i\icœna Synodus, Dit' L Unct. 31. Enlin /'7ref allégua une histoire toute réceole td'un hermile Bourguignon, qui avait débaiicbc une L femme que le docteur A/ancAeroje lui avait coallée pour \^ confesiier. '

Blahcherosk objecta encore ce que disent les Lé- ^^ndps, que JcsuS'Cbrist retira^Si. Jean des noces, et Itû dit, Sequere me, cl puis encore. Sic eum volo manere ; c'est-à-dire, j> veux qu'il demeure ainsi, c'est-à-dire, dnna l'état de virginité, et notre Seigneur a dit aussi: bienheureux sont ceux qui se sont faits eunuques pour U royaume des deux, IHalth. XIX.

ViRET répondit, I " que ce que disent les Légendes est une pure fable qui n'a aucun fondement en la Parole de Dieu. Que si le Seigneur dit à St. Pierre, et non pas à St. Jean, suis-moi, cela ne regarde point le mariage, non plus que les mots suivans, ( où il ne faut pas lire. Sic eum volo manere, car c'est une leçon corrompue, mais, Si eum volo manere; ) mais que le Seif^nour ayant prédit à St. Pierre la mort violente qu'il ËOiifTrirait pour Hon nom, et cet Apôtre lui ayant demande ce que deviendrait St. Jean, le Seigneur lui dit qu'il az devait pas se mettre en peine de cela -. toi suis-moi ; si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe? 3" Quant lu passage de Matlb. XIX, nous tombons d'accord que la continence est un beau don, et que celui qui l'a cl en fait un saint usage pour la gloire de Dîeu, esl bienheureux; mais il n'est pas dit qu'il faille s'y obliger par vœUj nï y contraindre les autres; ainsi ces paroles de Jéaua-Chrisl sont pour ceux qui en sont e

* Ib, p. H9. it.KO- SSS.

qui en sont ^^H

pables, qui sont en petit nombre, comme le Seigneur l« dil dsng lo même endroit. '

' Blancherose ne répliqua plus rien.On invita les autres Bsstslans à la dispute, mais personne ne se présenla.

i Farel fit la conclusion de cette matière. Il

y re-

présenta vivement tes désordres aflVeuxqui reviennent au monde et à l'Eglise du libertinage des ecclcsîasliqueg, eutr'autres le grand nombre de ménages gales, de maisons détruites, et de leurs misérables bâtards dont le monde était plein ; a ce qu'on a vu dit-il, à Genève ; je crois qu'ici il n'y en a rien moins, s'il n'y en a davantage; tes pauvres bâtards exposes aux rues, tons Duds, tigneux, el faisant horreur à ceux qui les regardaient ; maudissant père el mère. El plus a été chargée la ville de ces pauvres enfans, que du demeurant des pauvre:;, u II fit remarquer à l'assemblée que de tous les chanoines de la cathédrale, il n'y en avait pas un seul qui eût assisté à la tractation de cette matière ; en quoi ils faisaient bien connaître la mauvaise disposition de leur cœur; el qu'on pouvait bien leur appliquer les paroles que Terence met dans la bouche de Pamphile, qui ne pouvait pas se résoudre à se marier pour ne pas •quitter la courtisanne qu'il entretenait, et qui quand son bërc lui ordonna de songer a se marier, disait, il m'a

femblé qu'il m'a dil, va le pendre. '

> Après ce discours, l'assemblée se leva.

Page 1