‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 2)Chapitre 15 sur 32 · SEPTIÈME JOURNÉE · texte numérisé non relu

SEPTIÈME JOURNÉE

ACTION DU DinASCHE 8 OCTOBRE.

Le dimanche 8 octobre, rassemblée étant formée,^

Farel fîl uiifl courte exhortation au [icii|jIc avant la prière. Il y re()rpseQla encore une fois la déplorable néchancelé des prêtres qui no voulant rien dire dans l'asseinbléo pour soutenir leur religion, allaient disani au torlir de là, qu'on no voulait pas les écouler.

Dixième tkèi

Ensuite A^'ire/ lut In dixième cl dernièro Teksb.

Pour In prouver il fil d'abord remarquer qu'elle rcDlormail deux points. Le premier, que le Gdèlè peut user libreitionl en tout temps des choses indiflfcrentcs ; el le deuxième comment il doit user do celle liberté. Il expliqua ce qu'on entend par choses ind^érentes, qui •ont ecUes qae Dieu n'a ni commandées ni défondues, irais laissées en la liberté de l'homme; c'est l'usage de certaines choses bonnes de leur nature ; usage qui peut être bon ou mauvais. Ces choses sont, les viandes, les breuvages, tes temps, \esjourt, les habits, les lieux et autres de celte nature. Après cela venant au premier point, il dit que nous pouvons manger en tous lieux et en tout temps sans offenser Dieu, de lontei' sortes de viandes, et user indifféremment des jours et des choses «xlérieures. Il le prouva; 1° parce que Jésus-Christ a mis fin à toutes les cérémonies de la loi qui étaient des ombres qui ont été accomplies en lui et par lui ; et par là nous a affranchis de toutes ces observances ; 2° que Se là il s'ensuit comme dit St. Paul, Tit. I. que toutes choses sont nettes à ceux qui sont nets. Z" Matlb. XV. Jésus-Christ dit que ce n'est pas ce qui entre dans l'homme par la bouche, qui souille l'homme^ mais ce qui sort du coeur, savoir les péchés ; 4" Rom. XIV. St. Paul dit que le royaume de Dieu ne consiste point en viande

ou hreupage, mais enjustice, paix, elc. Héb, XUI. 9, et que l'exercice corporel est utile à peu de choses, 1 Tîm. IV, d'uù il s'ensuit que celui qui croît mal faire en iDBugeaDi de ta viande, des a'ufs en quelque temps que ce soit, et être plus saiol ca mangeant du poisson etc., erre grandement Cl n'entend pas la liberté chcétienue. 5" Col. IL St. Paul dît encore; que nul ne nous juge en viandeou breuvage, ou en'purlie dejour,deJeteelc., montrant que tout cela est aboli par Jésus-Christ: c'est [Kiurquoi il dît, si vous êtes morts avec Jésus-Christ, pourquoi éleg-vous encore chargés d^ ordonnances, comme si vous i>ii'iez au mondePii" Il appelle clairement, ti^çnKeAa, ceux rjui font de telles ordonnances, 1 Tim. IV, disant; t Esprit dît notamment qu'aux derniers jours quelquesuns se détourneront de lajoi, prêtant f oreille aux esprits abuseurs et aux doctrines des diables, par f hypocrisie de ceux qui parlent mensonge, ayant leur conscience cautérisée, défendant de se marier, commandant de s'ahstenir des viandes que Dieu a créées pour l usage des fidèles Gic. ; 7" Il joignit à cela les passages qui permeilenl de manger de toute sorte de viandes, Luc. X. 1 Cor. Vm. Aet. X. Ajoutons, i Tim. IV, oii l'Apolrc dit que toute créature de Dieu est bonne étant prise avec actions de grâces. 8" Comme la viande ne souille personne, aussi ne sanctifie-l-e\le personne ; autrement Judas aurait été saint, lui qui a pris la Ccno de la ninîu du Seigneur, Jean. Xlil. L'abstinence ne sanctiiie pa^ non plus: autrement les Turcs seraient saints, eux qui ne boivent point de vin ; aussi bien que les bêtes qui n'usent pas de viandes des hommes ; d'où il s'ensuit que l'abstincace des cbrélieas ne consiste pas en distinction de temps, de jours et de viandes, mais en la sobrictc. 9" Que le jeune ne consiste pas à s'abstenir certains jours

de certaines viandes, pour manger davantage, mais à s'abslenir lotaicmcnt de manger cl de boire, el de s'humilier devant Dieu ; non pas dans la peusce d'être agréable à Dieu, par le jeune seul , mais dans le dessein de se mettre en olat de prier Dieu avec plus de ferveur, le corps n'cianl pas cbargé de viande ; c'est ce qui fait que pour l'ordinaîre, l'Ecrïturc joiat le jeûne avec la prière. II. Cor. VI, et 1 Cor. Vil,' el Wall. XVII, où Jcsus-Cbrisl dit à ses disciples, qu'une sorte de diable ne pouvait être chassée que par le jetine et par la prière. 10" Que dans toute l'Ecriture on ne trouve pas que Dieu ail limité un certain temps pour jeûner ; sinon que sous la loi, il avait marque aux Juifs un jour dans l'en où ils devaient le faire : du reste il a laissé la chose à Is liberté de chacun; Jcsus-Cbrisl a bien donné, niatlh. VI, des règles pour bien jeûner, mais il n'a pas donné d'ordre de jeûner, ni réglé le temps. 11" Que les Saints n'ont point eu de temps réglé pour cela, mais ont jeûné dans des temps extraordinaires, d'afflictions, ou de besoin particulier, comme pour élire des ministres, Act. Xlil. Aussi le jeune des premiers chrétiens a beaucoup varie, tant pour le temps que pour la longueur et la manière. '

Venant au second point, il dit que le fidèle doit user de sa liberté avec connaissance et charîlÉ; prenant garde de n'en faire pas un mauvais usage; 1° qu'il doit avoir égard à ses frères faibles qui pourraient se scan* daliser, ou s'affermir dans leur erreur, en lui voyant faire ou manger quelque chose qu'ils croient mauvais, et qu'il doit s'en abstenir ; comme 8t. Paul qui déclare, qu'il ne voudrait jamais manger de la viande s'il scan-

' Ibid. JS5 - 2se.

dalisait son frère, 1 Cor. VU. Rom. XIV, ainsi il montre aux Corinthiens qu'ils pcchaicDl en mangeant des viandes sacriliécs aux idoles lor^ique le§ faibles en étaient scandalisés, ou portés à l'idolâlric par leur exemple; ainsi St. Paul circoncît Timothée, quand il vil qu'il pourrait par son moyen gagner les Juifs à Jésus-Cbrisl, 1 CoV. 1\. Un homme donc pécherait qui irait prier Dieu dans un temple d'idoles, abusant de la liberté qu'il a de prier Dieu en tout lieu, parce qu'il scandahserait ceux qui le verraient, etc.

3". jllais quand on se rencontre avec des esprits rebelles, opiniâtres qu'on ne fait qu'endurcir par la condescendance chrétienne qu'on pourrait avoir pour eux, il ne faut rien leur céder. Ainsi St. Paul qui avait circoncis Timothée, ne voulut point circoncire Til^ à cause des faux-frères, qui, dit-il, épiaient notre lilertè , Gai. II. Ainsi encore Jésiis-Chrïst étant devant des Parisiens qui se lavaient les mains avant que de prendre leur repas, croyant qu'il y avait de la religion a le faire, se mit à table sans se laver les mains, Luc. XI, et guérit plus d'une fois des malades aux jours de sabbat , Luc. VI, Jean V. etc. '

Après ce discours et l'invitation à disputer ;

BLAHcnRROSE se présenta et voulut soutenir le carême. Il dît; I^Que le Seigneur a ordonné la pénitence, M qu'on s'abstienne des désirs charnels qui font la guerre à l'ame ; or le jeune est une partie de la pénitence, et le Seigneur l'a approuvé, Matth. VI. cl XVII. T Le jeune étant une chose bonne et sainte, il ne reste plus qu'à en régler \e temps, cl le carême en est le temps le plus propre; parce que la nature se réveille dans le prin-

' Ibid. S59. 3fiD.

tÊB DrSIBME niESE.

temps , le sang s'cchauSTe et porte aux plaisirB ; de plus on a bcaacoiip mangé pendant l'hiTpr, el corame la viande est la nourriture qui fournît le plue de suc an «orps, il a donc clé à propos de chtrisir ce temps pour faire pénitence, ponr éloigner l'homme de la concapiscenco, pour en arréler le cours, et de défendre l'usage de la viande. D'ailleurs il est bon et salulaîrc de se renouveler par péuîlcnce, en ce temps, qui est ie droit commencement de l'année. ' '

Parel répondit; t** qu'on nous fait tort de nous a&- i cuser de libertinage et de défendre le jeûne, puisque , nous l'approuvons et motttrons comment on doit s'y prendre pour bien jeûner. 2" Biais que nous rcjetoas la puissance que les papes se sontaitribuéc, d'interdire l'usage des choses que Dieu a permises, en quoi ils te montrent vrais Antechritt, s élevant contre Dieu, II. Thessal. II, et après cela ils en accordent la peratïssiqo pour de l'argent; vendant ainsi la liberté de faire ce qu'ils disent être un pécbé ; que cette' ordonnance est une suite de l'avarice de l'Eglise de Rome, comme le montre son nom 1101114, qui signifie, à prendre chaque lettre pour un mot Radix Omnium Malonan Avaritia , 1 Tim. VI. 3" Que c'est une moquerie que Icjeûne de l'Eglise romaine, puisqu'il consiste à s'abstenir de quelques espèces de viande, pendant qu'il est permis d'en manger d'autres avec des épicéa, dea ragoûts, et toutes autres choses capables d'échau£fer le sang ; el d'eu prendre aussi bien que du vin, autant qu'on en veut et qu'on en peut contenir dans son estomac. 4" Que bien loin que le temps du carême soit bien choisi pour Ih jeûne, ob ne pouvait au contraire prendre un temps

< Ib, SGI-

sum LB jsutti. 347

moins propre ; parce que c'est dans te prinlemps que se prend le Jondemenl, ou de maladie, ou de santé pour toute Tannée , el que selon qu'un homme nura pris de bonne ou mauvaise nourrilure, U s'en sentira lout le reste do l'année. D'aulro côté, il faut que les pauvres gens travaillent, dans les vignes et les champs; cl après qu'ils se sont crcïca de manger de la viande, leur donner le lendemain des poissons bien salés^ et autres nourritures propres à fournir des sucs acres, afin que le temps se passe en grater au lieu de travailler; qu'est-ce, sinon tuer les gens etjaire de ces changemens soudains, que vous voulez, que légions de maladies sortent? et lors les prêtres ont leurs moissons etc., et c'est apprêter eendange aux médecins. Que par la inèine raison qu'on défend le jei^ne et l'abstinence aux enfans, parce qu'ils croissent, on doit en user de même avec les adultes pour l'entretien de leur santé. 5" a Et quant est de la conlineoce, je vous laisse disputer par raison naturelle, comment y sert le poisson humide avec les épices cbaudcfi. Et vous tous en pouvez être témoins, si plus êtes pressés d'incontinence, après avoir mange un peu de lard en la yigne , ou en la taverne des poissons bien épicés? afin que je ne parle point des gros et gras ventres et menions h deux rebras, comment sont-ils continens, quand ils sont bien Tarcis de poisKons? II na faut par telles lois se moquer de Dieu. » A quoi l'on peut ajouter que cette loi a été faite par les papes , « pour couvrir leur gourmandise; car la ville de Rome, pleine de gourmandise, singulièrement cherche ses délices es poissons, à cause de quoi les bons successeurs Summorum Ponti/icum o (qui onl été avant que Jésus vint en terre, et dont les festins somptueux ont passé en .proverbe, Cœna Ponl(ficia , ) ont tourné leur gour-

mandise et délices en nom de pénitence, et de m0> cération du corps — , mettant charge sur te pauprt peuple, de laquelle eux ne sentent rien, et ne Ueniietit

BLANcnERosE répliquant, dil (nodestemeot que la chanoines et les autres ecclésiastiques de Lausanne avaient en grand tort de ne pas avenir le papo de la dispute qui devait se faire, et de faire venir d'babiles G^eOB pour soutenir leur cause ; que le pape aussi avait eu tort de ne pas convoijuer le concile à Lausanne, comme il avait été ordonné dans le concile de Bàle, etc. Il avoua une partie de ce que Farel avait dit touchaal la cause pourquoi les papes avaient établi lo carême ; que cependant, puisque lo Seigneur a déclaré qu^'oo ne peut chasser certains disbiea que par le jeûne et la prière, on doit donc jeûner ; et qu'ainsi « en jeûnant le carême 111 ■ et autres jours accoutumés, ne mangeant qu'une fois, et

^1 alors se gardant en ( l'honneur de Dieu, ) du mariage

H et de la chair, ce ne peut être que bien fait. ' n

^B Farel luî dit, qu'on avait déjà suffisamment rcpoudu

^V à cette difficulté, et qu'on l'avait même prévenue, en

H disant 1" que le jeûne est bon et agréable à Dieu ; 2°

H pourvu qu'il soit fait selon Dieu. Itlais que nous con-

H damnons la loi et le joug que le pape a imposé au peuple

H pour le contraindre déjeuner eu carême et autres temps,

H sans en avoir aucune autorité delà Parole de Dieu.

H Venant aux chanoines, il dit, qu'ils s'étaient vantes

H avanlla dispute, défaire venir des gens qui terrasseraient

H les ministres, mais qu'ils n'en avaient point trouvé,

H parce que rien ne peut tenir contre la vérité- Qu'il sou-

B • Ib. 361.b. 26i. 363.

ilé- Qu'il sou-

un MOT SUK LES IHAn». St9

faailail que le concile auquel ils avaicul appelé fûl libre, inais<{u'il n'y avait nulle apparence à cela. 11 fit ici remarquer la conduite ordinaire des coDciles, ou 1° l'on n'écoute que ceux qu'on veut; 2° les papes et les prélats sont juges et parties, et 3" condamnent au feu ceux qui leur contredisent. Il opposa cette conduite à celle de la présente dispute, où il était permis à chacun de parler cl de disputer en toute liberté, et sans rien craindre. Il prit de là occasion d'exhorter LL. EE. de Berne à abolir les abus du papisme dans le pays que le Seigneur venait de mettre en leur puissance sans effusion de sang. Enfin il réfuta en peu de mots ta maxime du docteur, que tout ce qui est J^ail à bonne intention et pour la gloire de Dieu, est bienfait; maxime que les prêtres avaient perpétuellement à la bouche pour soutenir leur jpraiique, il ajouta, qu'on l'avait déjà suftisamment de- |ruile à l'occasion de la huitième thèse. ' ' BtiANCHEROSK dît ensuite un mol sur les images, blâ- [tiant ceux qui leur rendaient un service religieux, mais n'approuvant pas qu'on les abattit; parce, disait-il, que les images des Saints sont propres pour porter les hommes à les imiter.

Farel répondit en peu de mois ; I' que Dieu qui est plus sage que nous, a défendu expressément do faire des images et de les servir; et ordonné de détruire celles des idolâtres, Exod. XX. 2° Que les images des Saints ne sont bonnes qu'à induire les hommes à l'idolâlrîe. ^

Blamcherose passa au chant des prêtres, qu'il voulut

Ï soutenir par les divers passages des Psaumes, qui orib ;

^■rui ^Ttiai

' Ib. 96il.!G ■ Ibid. WS. b.

donnent <lc chauler au Seigneur, et même avec dei ioslrunipns do musique ; 2" li les pr'étret ne ckanltnt. que feront-ils donc? 3" Qu'en chantant Hf/ont tqfficr des Animes rjui chantent devant Dieu, etc. hac. II. Esaïe. VI, etc.

ViRET. Si les prêtres ne chanlcnt, iIk auroni atseï d'occupations* s'ili veulent êlrc de vérilables [iriîtrM, et s'Acquitter de leur devoir en étudiant cl prêchant la Vth rolc de Dieu. Aulremeotîts courent f^riind hmiuo de Yoïr leur chantrerie méprîjée. Le peuple connmt déjà fort, quel profit il a dé leurs chansons, et tantôt n'en tiendra pas grand compte, l " Ils chantent en langue non entendue du peuple, ce qut est inutile et contraire au bon sens ; d'ailleurs condamné par St. Paul, I. Cor. XIV, en quoi les prêtres traitent le peuple avec une extrême dureté. ' le laissant périr dans son ignorance, etc. 2*^ Le cornmandement de chanter les looadges de Dieu s'adresse à tous les hommes et non ans prêtres seuls. 3" On y peut employer les instmmens de musique, pourvu que le cceur Boit de la partie, autrement Dieu n'y prend point plaisir. 4° Nous n'empêchons point que les prêtres ne chantent les louanges de Dieu; pourro que, ils ne prennent point des habits étranges, ai des lieux séparés, comme si le peuple n'était pas digne de chanter avec eui ; qu'ils ne vendent pas leurs chansons et leurs oraisons etc., mais qu'ils le fassent graluitemont et pour la gloire de Dieu. Au reste ils feraient mieux de s'occuper à instruire le peuple, au lieu de le laisser croupir dans l'ignorance. S'ils eussent aussi bien prêché que chanté, il n'y aurait pas tant de pauvres sorciers brûlés par ce pays, elc, La plupart des prêtres qui devraient leur enseigner les premiers élémeos de la religion chrétienne, ne les savent pas, et ne sauraient

DU PDHiiATOinE. sut

<lire où ilg iont écrits, comme nous-mêmes l'ai'ons expérimenté soueent. '

BLAKcnEitosE voulut eDsutle boulcuir le purgatoire . U dit qu'il y a trois sortes de pécheurs : les uns qui ont fRÏt pcnileace et satî«racl!on en ce monde; et ceux-là sont sauves sans passer par le purgatoire, et vont droit en paradis; les autres qui n'ont point fait de pénitence, ni de setisraclîon, mais a sont morts en inlîdclité sans demander grâce et miséricorde à Dieu, et ceux-là sont damnés; les derniers sont ceux qui croient bien en Jésus-Christ, cl ont demandé miséricorde a Dieu, et sont en voie de salvation; mais ils n'ont pas fait pénitence ni satisraclïoo sufTIsanle en ce monde; par quoi il faut qu'ils la fassent en l'aulre; El ceux-là sont en purgatoire (tour accomplir leur pénitence ; et n'en peuvent sortir qu'ils ne l'aiciil accomplie, et qu'ils n'aient satisfait an Bdlre pour eux. Et qui pourra mieux prier pour eux que les préircs qui sont dédiés au service divin pour prier pour les péchés. Pour celle cause ils chanleat et prient, et par les aumôaes et mérites de ceux qui sont en la voie pour mériter, sont délivrés des peines qu'il leur fallait endurer. Car nallum malum impum'tum, nullam bonum irremuneralum. Si cela n'était, Dieu ne paraîtrait pas juste comme il est. u

ViRET lui dit, que celle question appartenait à la première thèse, cl qu'il aurait dû la proposer quand ii s'agissait de celle matière ; que cependant pour l'édilicalion du peuple qui était présent il lui répondrait. 1° Il fit remarquer qu'il n'flpporlail aucune preuve tirée de l'Ecriture. 2" Que l'Ecriture ne parle que de deuT logis

Iebemins, le paradis pour les fidèles, et l'enfer pour

Llfrid.SCG- W).

*55i êVR LB PH&GATOIEB.

les infidèles ; Jésus-Christ dil en divers lieux, Jean DL Marc m , que celui qui croit en liii sera saupé; d qui ne croira pets sera condamné. 3® Dieu dedare, Ezech. XVIIIy que quand le pécheur se convertira, Diet ne se souviendra plus de ses iniquités ; or il s'en soaviendrait bien s'il Ten punissait encore après la mort. 4^ Jésus-Christ a satisfait pleinement pour nous par sa mort, .Esaïe Lin ; il a payé l'amende que nous devions, et a porté nos péchés en son corps sur le bois, 1 Pier. II; ainsi les fidèles ont satisfait à la justice de Dieu par Jésus-Christ, qui est leur justice, 1 Cor. I. 1 !%• moth. n. 1 Jean II. 5^ Cette doctrine est combatlua par le missel même, puisque dans la messe des morts, les prêtres chantent Beati mortui gui in Domino mo^ riuntur : or ils ne seraient pas bienheureux s'ils étaient tourmcnlcs dans le purgatoire; on ne pourrait pas dire quils se reposent de leurs travaux. 6^ Rom. VIII. H n'y a nulle condamnation pour ceux qui sont en Jésus- Christ. •

Quand à ce qu'on dil de la justice de Dieu, il faut remarquer 1^ que quelquefois Dieu châtie les hommes après fiLvoir pardonné le péché, comme il fit à David ; cependant ce n'est pas pour tirer d'eux une satisfaction; mais c'est pour leur senrir de correction afin qu'ils ne pèchent plus, comme un père châlie ses enfans pour les retirer du poché. 2° Dieu est juste sans doute> mais sa justice reluil en l'exécution des promesses de grâce qu'il fait aux pécheurs rcpentans par Jésus-ChHst ; et quand Dieu leur pardonne, il ne fait aucun tort à ceux qui ont bien vécu dès le commencement de leur vie ; et l'on peut rappeler ici ce qui a été dit ci-dessus sur la parabole

SUR LE PUKG&TOIBI. SU J

des ouvriers de la vigae, Matlh. XX. 3^ Cette vcrilé té^M prouve par des exemples de l'Ecriture. Ni la pècheresai . à qui Jésus-Christ dit : Tajoi f a saui>ée , ni le larron coDverli sur la croîs, à qui .Jésus-Christ dit : Tu serai aujourd kui avec moi en Paradis, Luc XXIII, n'avaient rendu itDicu aucune satisfaction, ni aux hommes, pour les maux qu'ils avaient faits, i" Il ne faut pas craindre que la prédication de la pure et gratuite miséric rde de Dieu, porte les hommes à pécher, étant bien comprise; bien loin de-là, rien n'est plus propre à ramener les pécheurs h Dieu. S'il y a des gens qui en abusent et qui pèchent dans l'espérance de la grâce, ce sont des moqueurs et des profanes, que Dieu saura bien punir comme ils l'auront mérité. 5" C'est plutôt la doctrine du purgatoire qui a fait beaucoup de mal au monde, parce que plusieurs se reposant là-dessus , commettaient toute sorte de crimes et de rapines, dans l'espérance de se racheter par les oiTrandes qu'ils feraient faire après leur mort; mais ils ne trouvaient d'aulre vrai purgatoire que les bourses des prêtres , etc. '

Après ce discours, Blancherose prit congé des Seigneurs et s'en alla. On appela Dont Pierre Diablat, prêtre de Lausanne , pour savoir de luî s'il voulait soutenir la messe, comme il s'en était vanté, mais il ne parut point. ^

Ensuite parut Jean Dbocy, vicaire de Dlorgcs, qui piqué au vif de tout ce que Farel cl l'iret avaient dit de l'ignorance des prêtres du pays, lit un petit discours plein de feu, oîi il c.\cusa les prêtres de leur ignorance, disant : 1" que puisqu'il élait ainsi, il fallait avoir pitié

" Ibi. rs. *75.

^^B d'eus ; 01 2° que ca o'élait pas une grande gloire poor |

^^L les minÏBtres de les «voir vaincus; 3" qu'il fallail !«■ I

^^^^^^B donner du temps pour étudier, et même un iong terme, 1 ^^^^^^B (60 d'élrc en étal de se défendre, et qu'ils ne semxsseat ^^^^^^H ^s davantage d'erreurs. 4" Il se plaiguit des mioietres, ^^^^^^H qui, dans tout le cours de celte dispute avaient dauit ^^^^^^1 impitoyablement sur les pauvres prêtres, et pour une ^^^^^H {njarc leur en Avaient rendu cent; ce ^ui est, disaii>il, 1 ^^^^^^B vontre l'Evangile r\ai dcfeuâ d'injurier son prochain; I ^^^^^^B et que quant ii lui, il ne leur rendait point injure pour 1 ^^^^^^K injure, sachaDlqtie l'Evangile déTend de rendre mal pour ^^^^^^B nal ; &" enfin qu'il ne fallait pas s'èlonaer si les pr^tm ^^^^^^H n'avaient gnères disputé; que les preuves, que les rai* ^^^^^^ uislres avaient apportées pour soutenir leurs tbèseï I ^F avaient été si longues, qu'il ne lui avait pas été pombW I

^^L de s'en souvenir. '

^^H ViRET lui dît, qu'il répondrait à son discours en con-

^^B mençant par le dernier article; 1" que si l'on s'élAÏt

^^L étendu à prouver les thèses, c'était pour instruire It

^^^^^^^ peuple qui était présent, et pour prévenir les calomniée

^^^^^^H de<i prêtres, qui, ( comme on s'y était attendu, ) réfiaD-

^^^^^^B daienlen secret que les ministres n'avaient rien dit<|iu

^^^^^^H<vaille; qu'on en voyait un écbautillon en son discours,

^^^^^^^K^VB ce que, ne sachant que trouver à redire dans leurs

■^^^^^r preuves, il s'avisait de dire qu'elles étaient trop longues ;

et en faisait un prélcxtc pour se dispenser de disputer.

Pauvre excuse ! puisque si les preuves ne le satisfaisaient

pas, sans a'en embarrasser, il pouvait attaquer librement

leurs thèses et proposer les argumcns qu'il trouverait

il propos. 2*^ Qu'il ne devait pas prendre pour des injures

ce qu'ils avaient dit des prêtres ; non pluâ qu'ils ne b

Ib. 173. 11. 974

gardaient comme imu ÎDJure la charilaùle adnwnitioH yiiU venait de leur faire. Que lout ce qu'ils avateol dit, e'ctaît par un esprit de charité, ce voulant point de mal a iaur persoDoeB, mais élaat prêts à répandra leur sasg; ponr leur eslut, elc.

DftOGY l'interrompit ici pour lui dire qu'il ne Bavait B quelle cbarilé c'était de dire des injurea aux gens. I On m'a bien dit, ajouia-t-il, que j'étais excommunié, B parler et disputer avec vous, mais cela ne m'a pa» npécbé, (combien que m'ayez reçu assez amèrement ) I revenir pour parler i, vous gracieusement; que si ' cela je saU excommunié, je m'en absous moite. »

I ViBET le pria de ne pas l'interrompre, et lui dit, que

Via longueur de son discours lui faisait de la peine à

btenir, il pouvait prendre un peu de papier et d'encre

\ en écrire les principaux cbefs, comme les ministres

int, alîn d'y répondre par ordre, l'assurant qu'ils

Icouteraient paisiblement pendant trois heures s'il

lulait.

l'Puis venant à leur question, il lui Ht entendre qu'il ne

gvait pas prendre pour des injures ce que les ministres

laienl des prêtres, puisqu'ils ne le disaient pas dans

^ dessein d'insulter leurs personnes, mais de les cor-

;er s'il était possible, el de garantir le peuple de la

perdition. Que regardant les prèlrcs comme des gens

qui menaient leurs peuples à la perdition par leur fausse

doctrine, et par leur mauvaise vie, ils ne pouvaient pas

M dispenser de le dire pour le salut de leurs auditeurs ;

et que s'ils ne (e faisaient pas ils se rendraîonl coupables

«le prévarication. Il lui cita à ce sujet, un long passage

du vénérable Beda, tiré de son commentaire but la

deuxième Eptlre de $t. Pic«-re, Cbap. II, à l'eodroitoà

r il est parié de Balaam le faur-propbèle ; < passage rtp- [ porlé dans les décrets ; 2. Quesl. 7. Ca. Secuti; ) où il ' dit, que quelquefois des docteurs calliolique^ ainuiot le talaire d'iniquité, les sai>ans sont à ion droit repris par ' tes ignorans, et Icâ clercs par les laïques, corame B»* I lasm le fut par son ânesme, et cependant il ne se laissa i point corriger, etc. 2° Qu'en cela les ministres ne bû * tBÎent qu'imiter Jésus -Christ et les Prophètes { qui I «vaîeal vivement parle contre les Scribes) et les Pb»yrifiiens, Itlaltb. WIII, et contre les faux-proplieies ) [ «t suivre même les canons des prêtres, leurs décrets et I leurs docteurs. 3' Que puisque les prêtres étaient obsU- I nés cl incorrigibles, il fallait bien <]ue les peuples qu'ils I avaient traités comme des ânes, secouassent leur joug; pour prendre celui du Seigneur, qui est dom. 4" Que s'il savait qu'il y eût des brigands dans un bois, il serait obligé en conscience d'en avertir un voyageur qui voudrait y passer, et que s'il ne le faisait pas. et que le voyageur fût égorgé par les brigands, il serait responaable de sa mort; qu'il fallait appliquer cette compa- I raison au sujet dont il s'agissait; qu'il souliaiterait ardemmcnt que lui et tous les autres prêtres s'acquittassent fidèlement de leurs devoirs, et qu'alors les ministres I garderaient de bon cœur le silence ; que ce n'était pas t par plaisir qu'ils relevaient leurs défauts; qu'ils ne le ! faisaient que parce que la nécessité leur était imposée I de travailler au salut des âmes. G" « Nous aimerions l beaucoup mieux que vous parlassiez publiquement à , BOUS, Cl nous disiez tout ce que voudriez, que de dire f mal de nous en derrière, cl ce que vous n'oseriez cl ne pourriez mainienirf que de nous attendre sur les champs pour nous tuer, de quoi nous en portons Icté- GBoigoags sur notre dos, ou da noui faire empoisonner

comme r^vont expérimeotô, ' Et décela ne vous «toh» point rendu une fois autant, mais aron« encore procura votre bien el pardon. Et de ceci peuvent rendre lûmoig^nagc plusieurs qui sont eii la compagnie, comme nous avons rendu bien pour mal, et prié pour ceux qui avaient lâché à notre mort. »

Drogy. <t Je ne vous fais jamais déplaisir, et a'avec foiat d'occasion de parler ainsi contre moi. ~

VittET. a Mon frère, entendez qucainsîquc vous parlez au nom do tous les prêtres, que moi aussi je ne parle point à vous , ni à personne en particulier, mais à votre état, lequel nous reprenons; cl ce que je dis des injures qui nous ont clé faites , par vous autres , n'est pas par reproche; mais prions Dieu qu'il le vous pardonne, aussi bien que nous le vous pardonnons. Itlais vos paroles me contraignent à dire cela , car vous vous plaignez, au lieu quenousnousdussions plaindre, etc. '

» J'ai encore à vous répondre à l'escuse que vous faites à cause de l'iguorancc des prêtres , lesquels vous condamnez vous-même en les voulant excuser. Si un cordonnier, qui se mêle de faire dos souliers, ou un savetier , était appelé pour maintenir son ouvrage, il mettrait peine de montrer qu'il est bon , et n'y a si malheureux ouvrier mécanique , qui ne soit prêt de maintenir son métiei . N'est-ce donc pas grande honte aux prêtres qu'ils ne si^ veulent avancer pour soutenir ce qu'ils font? Si leur métier est bon, pourquoi ne le viennent-ils sou-

* ViKET lut bleue k Payernr, par un prêlro l'an tS33, et cmpniioDnc à Genève, l'aa IliSS, à l'iiiatij^aliori de quelque* eccléiïdliquei. Voy. ei-deMot, Tome IIl. Li». X!, Secl. S, «i Lir. Xll.. Sect. 3.

» Ibid.aïi. b. S7S.»fi-S77

lenir? Vous demaudcz terme pouréludier, el pour y pourvoir. Etes-voue si misérables que vous ne sachîei •ncorc si vous faites bien ou mal ? Si vous n'êtes assurés que la messe est boaoe cL que l'clat que vous tenez est I de Dieu, pourquoi la diles-vouiii' M'avez-voua poiot de I crainte de Dieu — Si les {irctrcs sont igoorans, conifue I TOUS dîtes, ib ne soitt donc point prêtres, et doivent [ désister de l'ofiice et le laisser exercer à ceux que notre Seigneur a appclca- » Demander terme pour étudier est une chose absurde dans la bouche des prêtres, et la confession de leur ignorance sert à faire voir qu'on ne , doit pas se laisser conduire par eux. « Vous ne seriez pas si fou aussi de vous mettre sur un bateau et ett faire gouverneur un qui n'y entend rien , qui serait pour noyer tout. Eics-vous donc ébahis si nous ne voulons plus de votre gouverDemenl, au danger non seulement des corps mais des aines — Et oc vous faut rien avoir 1 peur d'être excommunié, comme oo vous a dit; combien I que nous serions tous chargés de diables et psr la barbe, et par les cheveux, et par dessous les ongles, et que nous les donnerions par corbeillces, comme on nous co a mis le bruit , pour détourner les simples gens de l'Evangile, que nous annonçons, ni au moins cela ne vous livrait en rien épouvanter. Car si vous avez Dieu avec us et le savez faire venir en vos mains, et êtes les I ^Ds pasteurs , et savez conjurer les tonnerres , les dîa- ['Mes, et tout faire, c'est grande merveille que vous I n'ayez ni Dieu, ni croix, ni eau bénite, ni conjuration

I qui puisse résister a nous Riais je vous prie qu'on

' n'attribue plus au diable ce que Dieu fait pour nous. Car vous voyez bien que notre doctrine n'est poînl d

' ib. S78. 279.

IT VtKBT- U>

boliqiie mais divine.-.. El quand aulremenl serait , JôiiUS'Christ a bien parle à Satan et le.s apôtres aux enchanteurs hérétiques, juifs, etc., et n'ont pas clé excommuniés. Forchassoz nous par la Sainte-Ecriture comme nous vous fflisons tians user d'autre art. Car nous n'avons •ocore battu ni tué personne de vous autres, ni fait luer, mais sommes prêts de mettre notre sang pour vous, si vous voulez vivre gens de bien, etc. ' >

Antoine ItlAncouRT, qui jusqu'alors avait gardé le silence , demanda permission de parler et fil un petit discours dont la substance était qu'on doit bien avoir pitié des pauvres prêtres, etc. ; mais qu'il faut encore plus avoir pitié du pauvre peuple, qui a êlé sî long-temps Bcdiiil par eux , et que, comme on ne voudrait pas confier un troupeau de brebis à un he-ger aveugle cl muet, qui ne leur saiirnildonncr que des chansons, on ne doit pas non plus donner aux Eglises des pa^^ieurs ignoraos ol incapables d'enseigner par la Parole de Dieu. *

ViSET fil encore lire pour mieus confondre Drogy . quelques cndroils des décrèls qui condamnent les prêtres ignorans, disant que l'ignorance est la mère dos hérésies, etc. Distinct. 38, lire du concile de Toulouse, au chapitre Ignoranti'a- Ce canon ordonna ans prêtres, après St. Paul , d'étudier les Saintes Ecritures , et de g'occuppr B enseigner et à prêcher , ajin qu'ils édifient , dit-il , tant par la science rie la J'ai qtiepar la discipline désaueres. Un autre canon qui commence par : Si in Laicit , dit : Si l'ignorance semble insupportahle dans les laïques , combien plus est-elle inexcusable en ceux qui gouvernent? Un peu plus bas dans la même distincl.

covctosioir

Capui, sijusia , tire de Si. Jëràaie war Esaïe, 9 muSkx Si selon St. Paul Christ est la oeriu de JDieu, Hk sagesse de Dieu , et r ignorance des arreurs , eil> gnorance de Christ^ etc. Ptr ce décret il pareil que la prêtres ig^orans ne sont pas chrétien! , car crèliiî (fà ignore Jésus-Christ n'est pas chrétien. Rom. Vili.Ua aulre canon , Si res , porte. Ceus qui ne sapent bs choses qui sont de DieUf Dieu ne les cannait point f témoin St. Paul, etc. Quiconque est Jbu en laJautSt sera sage dans la peine. Firet finit par exhorter les prêtres a étudier , ou , s'ils ne le veulent faire, au moins à n'en point empêcher les autres. *

Après ce discours on Ci crier encore une fois pour toutes , s'il y avait encore quelqu'un qiû voulût disputer contre la dixième thèse , mais personne ne s'étant présente y Farel en fit la clôture par un long discours , où il représenta fort vivement d'un côté la bonté et la libéralité de Dieu envers l'homme; dans le grand nombre des créatures qu'il a créées pour son entretien et pour sa conservation ; avec pleine liberté d'en usée avec actions de grâces; et de l'autre, la dureté tjranique des papes , qui, par leurs ordonnances, ont resserré et en bonne partie ôté cette liberté à leurs peuples; et de plus la triste condition des pauvres chrétiens accablés d'ordonnances céréroonielles , plus que les juifs l'aient jamais été, et ronges et sucés' jusqu'aux os, par les ecclésiastiques de tous ordres, a II ne suffit point qu'un pauvre laboureur ait porté sesgelines à St. Loup, baillé les œufs à ses enfans pour s'aller confesser, les fromages aux quétans, linge et laine au St. Esprit, le jambon à St. Antoine, comme ces quêteurs et porteurs de rogatons donnent a

Ib.tso.b. 281.

cnicodre; doaac davantage, blé, vîu ei loulc» chuties à tous los mangeurs du pape qui l'ont ronge. Quand un peu de lard lui sera demeuré, la cruauté des papes et des siens, qui tout lui a ôlc et pris et rien ne lui a donné, ne permet qu'il eo mette au pot avec des pois, qu'il a cuits sans huile , mais faut qu'il mange ses pois avec du sel et de l'eau, sans autre'chose- Qui pourrait exprimer et dire le demourant comme le pauvre peuple esltour- Tnentc du siège de toute abomination tant en corps qu'en ame , etc. u II parla aussi fort vivement contre certains théologiens lâches qui, après avoir disputé avec honneur dans la Sorbonne, commettaient toutes les idolâtries de l'Eglise romaine , pour éviter la persécution ; disant : « qu'ils ne tiennent compte de Timage non plus que d'un chien mort, ni de l'oublie du prêtre non plus que d'une pièce de raves; ni des os et autre chose que l'on fait baiser et honorer à tous, non plus que si elles éiaienl prises à la voirie, etc., qu'ils ne pensent rien qu'à Dieu, auquel de cœur font révérence comme il sait, etc. » U leur représenta qu'ils se rendaient coupable d'un grand péché par cette lâche dissimulation, induisant les faibles i idolâtrer a leur imitation , etc.

Après ce discours , l'assemblée fut congédiée. ' L'après midi on se rassembla el Farel fit un long sermon pour servir de clôture à toute la dispute. Il lit une récapitulation à toutes les thèses et t'accompagna d'exhortations vives et fortes : il exhorta le peuple ii se rendre attentif à la vérité et à la recevoir ; il exhorta les gens d'église à renoncer à leurs erreurs ei à leurs pratiques, à étudier l'Ecriture el à la prendre pour la règle unique de leur foi et de leur conduite, et les jeunes ce

particulier à s'efforcer de pouvoir an jour servir d ininistcrede l'Bvsngile, el ceux qui n'auraient psaâa ifllenl pour cela , à se tourner d'un aulrc côté , pour apprendre quelque honnéle profession, afin de gagner leur patD par un travail li^ilîme. Eniin, il y exhorta anan les Seigneurs a bannir le papisme et les vices des terra de leur nouvelle conquête, et à j éiabtir la pure Parolt de Dieu et la vertu. Je ne m'étends pas Ik-des.-'US, parce que chacun peut assez se figurer ce qu'il dit surce sujet. ' Je remarquerai seulement ici trois endroits de son sefmon, qui m'ont paru digne d'otienlion. 1° Il dîi que les décrets (Distinct. 40. Si Papa) portent que, yuand /« pape entraînerait après lui des multitudes innom&m* blés de peuple dans la géhenne, pour y être lonrmeniêê éternellement de plusieurs plaies avec lui, que cep«it> dant aucun homme ne doit présumer de le corriger , car lui qui doit juger tous les autres ne doit être jugé à$ personne , à moins qu'on ne Irout'e qu'il se soit dévoyé de la/oi. Ainsi pourvu qu'il tienne toujours son Credo y il peut faire tout ce qu'il lui plait ' 2" 11 dit que les prêtres de la grande église de Lausanne avaient 6lé, déjà avant la dispute la plus grande partie de leurs images , dénué et dessacré les autels , tirant les bêtes qui étaient dedans, etoté et retiré même lagrosse idole, qu'on avait tant honorée. Il veut dire sans doute l'image de la Sic. Vierge qui était la patronne du temple. ^ 3" Opposant le caractère des prf'tres violens et persécuteurs à celui des ministres, il dît; « Nous ne sommes buveurs de sang , nous n'en n'avons point soif. Et bien

' Ih.SW. -2!

• Ib. »96, b.

B^lesBTezdeceiixqui sont veous comme brigands eiguelûteurs sur le chemin pour nous tuer. Nous n'avons dec' mande vengeance, mais grâce et pardon, comme de iç présent ne demandons sur les corps ni biens des prêtres — quf mal ni déplaisir ne leur soit fait , mais que tout leur soit pardonne. » ' Il nous apprend là une particularité remarquable que quelques prêtres du pays avaient aposté des coupe-jarrets pour assassiner les ministres sur le grand cbemîn, quand ils viendraient à la dispute, mais quêteur complot abominable avait heureusement échoué. Après ce sermon l'avojer de VValleviJle remercia l'assemblée et la congédia, défendant sévèrement de faire aucun trouble ni tumulte, mais d'attendre tranquillement les ordres de LL. EE. de Berne.

Les Actes de cette dispute recueillis par quatre notaires assermentés , comme il a déjà été dit , furent compilés en OD gros volume, qui fut douze aas entre les mains de P. F'iret, jusqu'à ce quB~Tan 1548, LL. EE. de Berne voulant en avoir un exemplaire pour leur bibliothèque publique, en firent tirer une copie et la fireol collationner exactement avec l'original par quatre per- •onnea ensemble; Cyro leur chancelier; F. i-'iret; Nicolas de WatteçiUe el Girard Grand, docteur en droit et conseiller de Lausanne. ' C'est celte dernière copie qui subsiste aujourd'hui.

EUT LA BirrORKATIDir ^ l£ BEBKE.

J'ei cru que les lecleiirs dîcieiix> cl génêralcmeDt tous ceux qui onl du goût j.iour les bonnes choses , verraient avec plaisir une relalioa exacte et détaillée de» soins que les Seigneurs de Berne se donnèrent autrefois, dès l'an 1536, pour introduire lare1ig;Î0D rérormée dons les églises du Pays Romand, qu'ils venaient de subjuger. Comme c'est là, sans contredit r i» objet intéressant, et digne ti'aitenlion, je le traiterai le plu» exactement qu'il me sera possible, autant que le per-i mettront les mémoires que jai pu ramasser.

On a déjà vu, dans les deux Livres prccédeas, la manière dont LL. EE. s'y prirent pour commencer ce grand ouvrage. D'abord ils se contentèrent d'exiger de leurs nouveaux sujets, qu'ils laissassent prêcher tranquillement parmi eux la doctrine réformée, el qu'ils ne troublassent point les ministres, ' ni ceux qui les écou-

* Voyez ci-deatonf entre Ici piccei jualiËcativci, leur Edil pour U ditpntc.

r PHBCtlKll TIJiM

tcraîeDt. Ils chargèrent les ministres qui étaient déjà dans le pays, mais en irès-pelît nombre, d'aller prêcher de lieu ea lieu , parliculièrenicnt dans les villes , à peu près à la manière des missionuaircs. Ou en établissait aussi dans les Eglises les plus considérables, à mesure qu'on en pouvait avoir. Les principaux miniî^trcs de ce Icmps-là ciaicnl , Pierre Vîrct , à Lausanne ; Jean Le Comle, àGraudson; André Zcbédce, à Orbe; Thomas Malingre, à Yverdun , et Cbrislophe Libcrlel ou Fabri , h Thonon. De ces premiers ministres qu'on établissait ainsi dans les Eglises du nouveau Pays Romand de Berne, les uns, et même la plupart étaient étrangers et venaient de l'Vancc; les autres, mais en petit nombre, étaient du pays même, prêtres ou moines convertis, qui ayant embrassé la réformation, avaient été jugés capables d'exercer le saint ministère ; comme George Grivai, Biaise Gondot, Jean Tisiot , et d'autres semblables. '

tes choses demeurèrent dans cet état, l'espace do sept à huit mois, pendant lesquels les Seigneurs de Berne, laissant agir les ministres et attendant le succès de leurs instructions publiques et particulières, se contentaient de régler le gouvernement civil , et de prendre des mesures pour affermir leur domination, soit en réglant avec leurs voisins les dîfllcultés qui s'élevaient, soit en d'autres manières.

La prédication des ministres lit quelque fruît. Il y eut diverses personnes qui crurent; mais le plus grand nombre rejetèrent leur doctrine. Cela produisit dans le pajB le même effet, que la prédication des Apôtres avait

' François Heige, Jean Moler rc, Jean Dro;;;.

produit dans les Iimie où tU avaicnl aanoncé l'Bw gile; c'est-à'dire , qu'elle donna lieu, (suirant la pr^ diction da Seigneur, Matthieu X, 2t , 34, 35, 36), i des dlvifiioDS dans lee Eglises cl dans les familles , à dé* querelles, à de« comcstations , qui auraient pu 4m poussées plus loin, et produire de mauvaie effels, si la violence des catholiques n'eûl été roprimôe par la , erainle du châtimenl, depuis qu'ils avaieut pas&é au , pouvoir d'une puissance rérormée.

D'autre côté , les prêtres et les moines s'opposaient de I loutes leurs forces h l'élablissemenl de la religion réformée, lis conraient de maison en maison, répandant dei calomnies atroces contre les réformateurs cl les réformes, ' faisant reg'arder les ministres , comme tout autant de magiciens, qui avaient à leur commandement une mul- Ulude de démons, par le secours desquels ils ensorcelaîonl leurs «udiieurs ; el d'autres faisant les rodomoots, vantaient de les confondre el de les terrasser dans [ «ne dispute réglée , s'ils pouvaient en avoir la permis- I 8Îoa. Ces divisions des laïques, et ces rodomonlades des ecclésiastiques, aussi bien que le désir de répandre plus promptemcnt lacooDaissaace de la vérité dans le [ pays , avaicnl engagé LL. EE. de Berne ii ordonner une y dispute libre el publique de religion à Lausanne , dans rk commencement d'octobre, comme on l'a déjii vu.

On ne peut pas douter que celte dispute ne produisît ' du fruit el ne servit à ouvrir les yeux à un grand nombre de personnes, dont les uns y avaicnl clé envoyés de la part des villes cl des communautés du pays, suivant les ordres du souverain, et les autres y avaieni

* *Oj«ri-(leïïUj.l.iv XV. cl ti-dcsioos lEilit de L!- T.K.

Page 1