S76 MATTHIEU DE LA CHOIX
donner. Je conjecture que les autres baillifs usaient àe la même mcibodc. Ainsi au comRiencemeDt de l'as . 1S37, Nfpguelî fulàCuilly avec VireLcl deux^utres mî- I sislres. Virel y |iréclia el te baillif y ioslalla pour pasf leur ce miniitrc doul j'ai dt-jà porlé ailleurs, * noronié [ £us tache- André , aulreincnl Forlunai. ' Ily fut reçu l-asseï paisiblemcfll; et civile paroisse Cul tellement Lcbaagce par ses soins dans deux ans, qu'autant qu'on y lavait eu d'cloigneiuenl pour les ministres, autant y euta d'égards el de considération pour eux ; si bien même r que les ministres de la classe do Lausanne s'clanl aasemblés a Cuilly, l'an 1539, la paroisse de Vîlletie^ dont ta ville de Cyîlly fait la quatrième parlic, les défraya tous. '
Pour ce qui est de l'Eglise de I<ulry, je ne sais ri l»
[ baillif craignit de commettre sou autorité en y ollanlr
I parce qu'on y était estrcmeiiicnl superstitieux ; ou bien
t«'îl crut plutôt que le peuple y était assez docile pour
1,£tro déjà loul dispose îi recevoir un ministre sans antre
I préparation. Quoiqu'il en soit, on s'y prit tout autre-
' ment. Celui qu'on leur donna était un moine converti,
I nommé frère Mathieu de la Choix. Ln manière dont il
B V entra mérite d'être rapportée. Il fut à Lutry le jeudi
^17 janvier 1 537, et ayant demandé à parler au conseil, il
1 lui fil un petit discours nfi il rcprè^ienla : a Qu'il était
venu dans ce lieu-là par ordre de LL. ËE. de Berne ;
que si la ville le trouvait bon, il oiTraild'y prôchereldeoc
rien dire qu'il ne pût prouver par l'Ecriture Sainte ; qu'il
les priait d'agréer qu'il leur prêchât: que si l'on voulait
' Tome ttl. piQe 6 et > * Aicb. de Vilk'Ue.
■ i) prêcherait tous les jours, et que quand quelqu'un ir mourrait il ferait un sermon, ( si on le souhaitait, ) pour I consoler les pareus et les amis du dcfunl. » El' pour ga- I gner les cœurs de ces gens-là, il ajouta : qu'il voulait qu'on fit une requête aux Seigneurs de Berne, en faveur des pauvres. Il ânit modestement en disant : qu'il lui semblait qu'on devait établir une école dans le lieu pour l'instruciion des enfans.
he conseil agréa son minislèro, le remercia de ses offres et de sa bonne volonté, et résolut que quand les députes de Berne viendraient pour régler les affaires du pays, on députerait des conseillers avec ce miuislrc pour parler à ces Seigneurs, et les supplier de donner quelque chose à leur public, pour te soulagement des pauvres. '
Le jeudi 8 février 1537, le conseil résolut de faire nettoyer l'Eglise, et de mettre les pierres des aulels dans un endroit à part. '
Dans UD temps tel que celui-là plein d'agitations eldc troubles, et où le souverain se proposait de faire dans im pays nouvellement sssujéti un changement aussi grand que l'était celui de la religion, tout autre souverain aurait pense à désarmer ses sujets pour n'avoir rien à craindre de leur part, (surtout des sujets de religion catholique, ) plutdt qu'à leur roeilro les armes à la main. Mais les Seigneurs de Berne qui ne connaissaient point celle indigne et lâche politique, pleins de coufiance en la bonté de leur cQusc, et en la droiture de leurs intentions, ordonnèrent à tous leurs nouveaux su.jeis de se pourvoir d'armes, afin d'clre en cial de com-
S7fl nÈGLEMENs GT DÉCRETS mvens.
battre pour eux, en cas de besoin. L'ordre en fui public
eotr'aulrcs à Lutry, le vendredi 10 novembre 1536. '
Vers la fin de novembre les Seigneurs de Berne donnèrent un nouveau décrei, par lequd ils prirent en leurs mains tous les biens meubles et immeubles des Eglises et des couvens pour en disposer de la manière qu'ils jugeraient la plus convenable. Ils en firent prendre un inventaire do tous, avec tes litres et les rcconDsis- Mnccs par leurs bailliTs et leurs autres officiers aubal- [ ternes. Cela se fit à I>utry, le 30 novembre 1536. "
El comme la jeunesse est Ta pépinière de l'Eglise ot de ' \a Eocîété civile, et qu'il importait infiniment pour une prompte propagation de la doctrine réformée, de la faire recevoir au.\ eufans, les Seigneurs de Berne donnèrcU ! aussi leurs soins à cet objet digne de leur prudence. Ib | publieront dans ce icmps-là un cdit ^ qui portail ordre I ministres d'instruire soigneusement les enfans ; I ordre aux pères et aux mères d'ènvojer leurs enfans i lux catéchismes, dès l'âge de six ans jusqu'à quatorze, I ed joignant en même temps aux baillif:^ d'aller par toutes les paroisses el les communautés exhorter les pères et L les mères à tenir leurs enfans dans une discipline chrê- L-tiennCj sous peine de leur indignation, cl d'être punis Ken corps et en biens.
Ils firent aussi divers règlemens do police, pour le bien de leurs nouveaux sujets; mais comme ces choses n'entrcnl pas dans le plan que je me suis formé, je n'en parlerai pas, pour ne pas grossir inutilement n vrage.
' Man. de Luirv loi. 70.
' IW. 72.
* Tiré d'un vieille copie.
rnrtTs ds la dispute a lAusAnnb. 579
(^ II. J'ai dit ci-dessus, qu'il n'y avait pas lieu de dou- B ter que la dispute de Lausanne n'eût produit du fruit; . elle en produisit à Lausanne même, et chez les parli< , coUers, et dans le public : enlr'aulres Ferdinand Loys, l'un de ceux qui avaient dispulc pour la religion romaine, embrassa la rcformation, et fut dans la suite un iclé proLeslunt qui rendit de bons services aux réformés de France, dans le temps des guerres civiles, comme on peut s'en convaincre par une lettre que le prince de Soubizc Rohan lui écrivit l'an 1562. ' Ht pour ce qui est du public, la dispute fut à peine finie qu'on s'en ressentit dsns celte ville par un endroit qui fait beaucoup d'honneur aux conseillers de ce temps-là. La dispute finit, (comme on l'a vu dans le Livre précédent, ) le dimancbe 8 octobre ; etdéjàlemardi suivant 10 du mois, le conseil résolut que la maison de prostitution qu'on avait dans une rue de la ville serait détruite pour jnmais, et que les infâmes prostituées qui s'y trouvaient seraient chassées; qu'on chasserait pareillement toutes les autres femmes suspectes de mauvaise vie; * et le jeudi 1 2, on fit publier un ordre à ces malbeurenses de sortir do la ville et du bailliage dans huit jours, a peine de 60 sols d'amende. '
D'autre c6lé les réformés, animes par le succès de la dispute, voulurent dès le lendemain démolir les autels et briser les images de l'Eglise cathédrale. Les chanoines s'y oppoBisrcnt . de toute leur force, et leur en
* Voyct ccUo Lcltre enlrc [m Pièces fustiricitîvu. Cs pGR' eunànd Lots fut Seigneur <Ie Chcsaui et île quelques aiilre» tîcui : Il lut élu Dourgniailre de Laujannc l'an l[iti7. Mail II. de Lana. et Héntoir. rarticnl.
* Mai), de Uiu. r. S16.
rprmcrcnt les portes. Ccpondant ils no purent pas ciuprcher que \o grand cracilïx ne (ùi aballu, ' cl le lendemain 10 oclobrG, ils se )^)Iaignircnt au conseil de l'culrcprisr des rérormôs ; le priant de les protéger, cl lui oÛranl I» clefs de l'Eglise- * Le conseil qui était encore alors en négociation avec les Seigneurs de Berne, ne put faire autre chose que teur donner de bonnes paroles ; mais peu do jours après, les Lausannois ayant conclu leur traité avec LL. ËË. le V novembre, cl l'ayant ratifié le dimanche suivant 5 du même mois, dès lors ils embra»gèrent pleinement la rcformation; et le mênic dimanche l'ancien avojor de Berne, J- Jaques de Watieville, présenta P. Carotî au conseil des Deux Cents, de la part de LL. EE. de Berne, pour cire premier ministre de Lausanne. Ce conseil l'acccpla et lui assigna une pension honorable ' avec un logement. Pierre Viret qui avait Je plus contribue à la réformation do Lausanne, ( y ayant travaillé par ses sermons et par ses instructions parlicuculiôrcs depnïs le mois de mars, et surtout par ses T^ . ponses savantes et modcrcos dans la dispute, ) aurait dû naturellement être le premier pasteur de cette Ëglïcc formée par ses soins. Maïs on eut égard à son âge qm était beaucoup au-dessous de celui de Caroli ; car Viret n'avait alors que 25 ans, étant ne l'An 151 1, * au lieu que Caroli était un vieux docteur de Surbonne. P. Viret a été le premier savant homme que je sache qui soil sorti du Pays-de-Vaud, et même de toute la Suisse Romande. El comme il a été fort au-de.-Bus de tous ceux (jui l'a-
' NÉta. (le J. Le Comte.
* Uni. dd Uus. 1. c.
» ILid. I. un. b.
* Mckhior AJiu., Vùu; Tl.cul. K.i.
-Vvaient devancé, (ce qui o'cbI pas beaucoup dire, )j'oBc ^«iBurer qu'il n'est veou personue Qprcs lui daas ce paysfc|il qui t'ait surpassé, peut-être ménie oe m'avanlurerais- M^Spas trop quand je dirais que je ne sache personne qui ■<rl*Bil encore éj^alé. J'ai de lui divers ouvrages, antr'autres un volume in-folio ; ' qui contient plusieurs traités, savoir. Un petit Commentaire sur l'Evangile selon St. Jean : Un traité abrégé du Dérilable usage de la Parole de Dieu et des sacremens. Un autre traité étendu de l'origine, la continuation, l usage , l'autorité etl'ex' ccllence du ministère de la Parole de Dieu et des sacremens, en XVIII Livres. Un traité contre les faux tacremens de l'Eglise romaine. Un traité contre la messe, en VI livres, où il la représente sous l'idée d'une comédie, divisée en 5 actes et chaque acte subdivisé en plusieurs scènes. Knfîn, un Cenlon, ou pocme lAtin, partie héroïque, partie clégique, composé de ()ii^ccs rapportées, c'esl-à-dirc de verscld'hémîslirheB, tirés de 2 1 poclcs pajens, en 4 livres, où il fait une description étendue cL fort dclaîlléc de tous les mystères de la tnessc, ce qui fait un compose le plus plaisant el le ^lus réjouissant qu'il se puÎEse. J'ai encore de lu! divers dialogues français , sur le mauvais état de l'Eglise chrcliennc , intitules les uns : Le monde allant à F Empire ; et les autres ; Le monde Démoniacle. " Outre cela , j'ai vu de lui un gros ouvrage de théologie, écrit en français, par dialogues, en 3 volumes in-folio, intitule-. Instruction chrétienne, clc, ■* et deux Traités de controverse, aussi en français, in-S". * On voit dans tous
' Impriméf à Genève che» Bolicrl Edennc l'an iSaii
* Itnpriracaà Genève iii-S" l'aD IS6I.
* tnipriniv« k Genève chei Jean ttivery l'an IS6t,
* Auiiii imprimés i Genève: l'un intitule, Ih'fi/rencc •
ces ouvrages aoe vaale cruâilïon et unelilléralure prenante ; une connaissance exacte de tout ce que l'antiquité sacrée cl profane , grecque et latine reuferme de plus beau el de plus curieux, une connaissance profonde de l'Ecriture Sainte el de la sainte Lhcologie, accompagnée de beaucoup do zèle cl de piélé et soutenue pat une éloquence douce cl insinuante. Il a laisse encore plusieurs autres ouvrages que je n'ai pas vus , eldont on trouve les litres dans l'histoire des ihéotogiens, ècrita par Melchîor Adam. ' H écrivit aussi Jes dernières heures de sa première femme, nommée Elisabeth, liMe de Pierre Turtaz , bourgeois d'Orbe. Il l'avaîl épousée l'an 1538, mais il ne la garda pas long-lerops-, elle niounil d'une manière Ircs-édifianle, et entr'aulres discou» pleins de consolation qu'elle tînt avant que d'expirer, elle dit une fois qu'elle voyait les cieux ouverts. * H est d'autant plus surprenant que Virei ail pu composer un si grand nombre d'ouvrages , qu'il était d'un teropérammenl faible et délicat, incommodité qu'il s'élaii peutêtre attirée par un trop grand attacheoient à l'étude, mais qui fut considérablement augmentée par les blessures qu'il recul d'un prêtre à Payerne l'an 1533, cl par le poison qui lui fut donné à Genève l'année suivante
férenctdelaCéne eldelaJHrur; eH'sulre. De la vraie et fatuse Religion; cttti Jean Rivery l'iu IEI60.
* Lei voici en abrégé :
Conanenlairrs sur les Actes des jtpâtres. De rOrigine dt la Vieille et fouuelle Idolâtrie.
Deux discours adressé» aux Fidèles qui sont parmi les X
Du devoir de FHomme , et de la nécessité de s imloalé de Ditu- Dioers Traités de Contrncerxe contre ta RcUsion Rmnai
* «S. Tbom. p. 73.
piiKRE vmiT. S8S
comme OD l'a dit ea son lieu, ' et dont il se ressentit toute sa vie.
Enfin îl suffit de remarquer que Viret, à l'âge de 20 ans travailla heureusement à la rcformation d'Orbe sa patrie et de quelques codroits voisins ; qu'à l'âge de 23 ans ^ il travailla de même 3 la rcformalioa de Gesèvej et qu'enfin &gé seulement de 25 ans, il parut avec dîslînclioa à la dispute de Lausaoue et en soutint tout le fardeau avec Guillaume Farel.
Voici ce qu'en dit l'historien allemand, que j'ai déjà cité: ^ «C'était unhomme d'une éruditioD excellente, dont les mœurs étaient douces et polies, surtout d'une cloqucnccadmîrablc, en sortequ'il se faisait ëcoulcrnvec plaisir, même par ceux qui n'avaient pas beaucoup de goût pour la religion ; et on ëlait tellement cntrainc par le plaisir de l'entendre, que quand il tinissail son sermon, on aurait souhaite qu'il l'eût fait plus long. A Lyon, prêchaot en pleine rue, il convertit plusieurs milliers d'ames à la foi en Jésus-Christ seul Sauveur du monde ; cl par la force de son éloquence divine, il arrêtait ceux qui passait par-là sans dessein de l'entendre, et les engageait à l'cluter jusqu'à ce qu'il eât fini. * »
Tom. III. p. S16 tt 3t6.
' Voyet son Epitre Dédi'dicalnire adruséc i l'Ffiliia de NîmES , mise à la tèle du I. Tome de ion Instrucliort Chrèlienae. ' Mckh. Adam. Vilae Thcotogor. Exteor. p. IZI. * Thcodoredc Beze Gt lan ISG8 ou environ, csltc jolie cpifyrainiiic lalïne, où il rompare le intrilo et Ici difierem cade Calvin, Fard cl Viret Gallica mirala est Calvinum Eccletia nupcr,
Qoo nemo docnît diKliiu.
Est qnoqne U nupcr niîrata , Farellc. lonaniern Quo nemo touuit forliùs.
Ainsi 1a ville de Uotcrdam s'est f«it honneur d'avoir Erasme pour bourgeois, ( quoiqu'il fùl bâiard, et qu'il n'en fâl pas même originaire ; ) ei lui a érigé une statue ; )b ville d'Orbe a bien plus de raison encore de se faire honneur d'avoir produit un homme tel que Viret, d'un nérilc rare et extraordinaire à tous égards.
Je me suis un peu étendu sur son sujet , parce qo'il ast peu connu ; du moins il ne l'c&t pas autant qu'il mente de l'clre, non pas même dans sa propre patrie; ce Iqni vient apparemment de ce que, mécontoni de l'étal fia son Eglise, il la quitta l'an 1559 et s'en alla ea J France; où, nprès avoir servi les Eglises de Lyon ol i d'Orange, il fut appelé dans le Bcaro, par la reine I Jeanne de Navarre, et y mourut l'an 1571. * Ainsi sa [ gloire fut en quelque manière ciTaccc par celle de Calvin et de Béze, avec lesquels il vécut d'ailleurs dans une^ union Irès-clroilc, toute sa vie; ni>iU qui, dcmeuraol à Genève, se trouvèrent sur un théâlre plus élevé, et plus propre à se faire connaître et à faire éclater loul leur mérite. Cependant je suis persuadé q\ic, si quet qu'un entreprenait de réimprimer ses ouvrages, an moins les latins, ils se roraîeut lire avec fruit et avec plaisir, par tout ce qu'il y a de gens savans et de Ixn goût, autant qu'aucun des écrits des deux grands boni» mes, que je viens de nommer. Mais il est temps de revenir à mon histoire.
Lorsque Jean-Jaques de Watteville présenta Ciroli
El miratnr adhuc lundenlcm mella Virctum,
Quo ncmo fatur dulciiii, Scilicel aul tribu* bii aervaberc teïljlii Aut iuleribU Galtia.
Bezi. in Icnnibus ' Meli'liior Ailim l. c.
LALI5AMIH. SNK
p(fur premier mitiislre, au grand conseil (le Lausaonc, il en fit compliment à Viret, et lui représenta, « qim Garoli ciani un docteur distingué et plus âge que lui , il devait Qvoir pour lui tout le respect et les égards convenables , dans l'espérance qu'il ferait beaucoup de fruit dans celle Eglise-là. u * On clail alors fortement prévenu, dans ce pays, en faveur de cet homme-là, mais celte prévention ne dura pas long-lemps, comme on le verra bientôt.
J'ai déjà dit que la cérémonie de son îiislallation se tit le dimanche 5 novembre 1636. Le lendemain, les conseils de Lausanne prireut posscsEion des biens ecctéeiasliques cl de la juriadiction, ^ que LL. EË. de Derne leur avaient cédés par le traité dunt j'ai parlé ; ' el en conséquence, ils établirent divers offices nouveaux. Ils traitèi'cnt aussi avec quelques-uns de leurs ecclésiastiques. Ils laissèrent eolr'autres au curé de S. Etienne les fonds et les rentes de son bénéfice , sous la censé annuelle de 40 florins , et à condition qu'il embrasserait la réforraallon. * El le jeudi 16 novembre les conseils assignèrent une petite pension à Viret, et son logement dans le couvent de S. François. * Ce fut ainsi que la ville de Lausanne prit une face toute nouvelle, ot à l'égard de la religion el à l'égard du gouvernement
Il y eut quelques prêtres et religieux qui embrassèrent la reformation , ou qui promirent de l'embrasser.
' Slcltlor 11. 76. b.
* Haa< do Ltus, 617. b. el suiv.
» Voy«ci-<ieMU*Liv. XIV Sect, IV.
* Man. de Uus. SIS.
" Ibd
886 LU KCCLitiUTiQnu u ftstiaiRT
Oa leur assigOB des pensiom viagères. * Ceaz qui ae voulurent pas embrasser la réforinaUoB, m retirèrent. Entre les domÎDÎcaiDfl du couTent de la Hadelaina, il y en eut six , qui demandèrent perraissba de se retirer, le vendredi 15 novembre. Oo la leur accorda. ■ FratH çois Mayor, curô de la paroisse de Sle. Croixj se retira secrètement à ETi8n,empertanlleB litres de sa eure.Irt conseil deLaosann&futf^igé de les lui domaoderj l'an 153S.' Les religieux de Monlhcron demandèrent anssi terme d'un mois pour se retirer; on le 4eDr accorda à condition qu'ils ne diraient plus la messe , ni dans leor abbaje, ni ailleurs. Mais dans la suite ces bons religieux s'élant ravisés, embrassèrent la réformation: et le 15 février i 1535 les conseils de Lausanne leur laissèrent, suivant la promesse qu'ils leur en avaient faite, la possession I paisible de leurs prébendes, dans leur monaslère. Hais l'année BiHvanle 1538, le jeudi 28 novembre, le bûllif Nffigueli représenta au conseil de Lausanne, de la part de LL. ËE. de Berne, qu'il n'était pas bon de laissa { ces moines dans leur solitude de ffiontberon ; qu'il fallait plutôt les obliger de venir demeurer en ville, pour pre* ' fitor des leçons et des sermons qui s'y faisaient ; moyennant quoi on leur donnerait les pensions qu'on leur avait promises. Le conseil prikcette affaire en considération, et après avoir laissé ces religieux passer encore l'bïver dans leur monastère, il les en fit sortir le 8 avril de l'an 1539, et leur assigna des pensions honnêtes pour toute leur vie. * Leur prieur, nommé Jaques Copin, qui
• Ib. KI9. b. ttW. Sn. etc.
• Ib. 819.
> Ibid. II. 49. b.
• Han. da Laui. II. W. b. et autres Hém.
KirOKMATim. 587
était boargcoia de Iiausannc s'y habilun, et au boul de quelque temps il y entra dans les emplois de la magistrature. ' Au commencemeat de rélc de l'an 1536, le prieur de ce couveat qui n'en était que le fermier pour le cardinal Scrvialis, ou Salvialis, s'était déjà rais sous la protection des conseils de Lausanne pour troia ans, priant qu'on lui donnât des commis qui recueillissent eux-mêmes les rentes et les autres revenus de ce monastère. Ces rentes furent données à ferme pour la somme de mille florins. '
Le 2 Janvier de l'an 1537 , Don Pran<;ois Jayet , vicaire de Morrcns , ayant prié Hcsbicurs de Lausanne de lui laisser sa cure pendant sa vie, on ta lui laissa bous ces conditions qu'il accepta : 1" Qu'il en payerait chaque année 20 ilorins do censé; 2'' qu'il donnerait caution pour ce payement; 3° qu'il entretiendrait ù ses frais la maison de cure et de l'église ; i" cnfta qu'il pourvoirait son église d'un ministre pour y prêcher la Parole de Dieu. ^ Je ne sais si ce vicaire vînt à mourir ou à changer bîcnlût après. Quoi qu'il en soit, le conseil de Lausanne établit un ministre à IHorrcns, pour cette paroisse cl pour celle de Montheron, le jeudi 19 décembre 1538. Le premier fut un moine converti nomme F. Antoine Gilliard. *
Les religieuses de Belles-Vaux dont le monaslcrc était à un bon quart de lieue au-dessus de la ville, au septentrion , se lirent beaucoup presser pour embrasser la réformation. On les laissa cependant une année entière
■ ibid. 180.
' Mao. de Laïu. I. !il
^ Ib. BSO.
' Man. dcUui.ll. U
SW KBIISIBDSU DR MLLEf-TAUS.
tranquillet dans leur maison, mais le 18 novembrt 1&37, le conseil de Lausanne trouva plos à propos dt les faire venir en ville et leur y assigna un logement commode pour y demeurer toutes ensemble, et une pension honorable en argent et en denrées. * L'aanëe suivante 1538, au commencement d'avril, on leurenjoignil de quitter l'habit de leur ordre monastique. Elles demandèrent un nouveau terme josqn'k la St. Jean, mais le conseil le leur refusa. ' Le mardi 1 1 novembre 1539 , on leur augmenta encore lenr pension. ' Cepen* dant elles ne furent pas contentes de cette Bugmeiiia lion; elles retoarnèrent encore li la (dtarge, et le 12 octobn ltt40, on la leur augmenta encore de 24 mesures de froment et de 10 florins par an , pour toutes ensemble. * Et dans les années 1541 et 1544, on les habilla toutes de neufaux dépens du public. ^
Bientôt après la rcfurmation de Lausanne, il s'v trouva quelques personnes qui ne l'avaient embrassée qu'à conlre-cœur , et qui faisaient dire Becrètemenl U messe chez eux , et des ecclésiaslïques qui leur adnt- Distraient tous les sacremens de l'Eglise romaine. Le ' grandHïonseîl le défendit, à cri public , le~22 novembre 1536, sous l'amende de 10 livres; cette défense fut réitérée le 22 décembre suivant. ^
IIL Après tous les règlemens particuliers qui avaient été jugés nécessaires pour un préalable et qu'on a rapporté ci-dessus, les Seigneursde Berne dressèrent enfin
* MiD. de Uiu. II. 56. b.
■ Ibid.4l.b.
* ib. es.
* Ib. 78.
* Ib. U. b. et 138.
* Man, Je Ltnt. I. 590. et alibi.
ioiT DK niTOKMArroN. 589
dauâ leur grand-conseil un édît complet de reformation, pour les terres de leur nouvelles acquisitioQE , le dimanche 24 décembre, veille de Ifoël. Ils disaient dans le préambule qu'ayant déjà fait publier par le ministère de leurs baillifs, divers édils particuliers, ils espéraient que leurs sujets médiats et immédiats auraient été suf- Usamitient informés des raisons qui les avaient cngngés à abolir toutes cérémonies papales et traditions des hommes, et qu'avant promis de faire, surtout ce (]ui restait à régler, une réformallon chrétienne , pour cette cause ils faisaient telles ordonnances. Cet édit portait CD substance : t" n Qu'aucun ministre ne devait prêcher dans le pays sans leur ordre , que cepeodanl il pourra être élu par les rainislres, mais il'dcvra recevoir sa confirroation de Berne. Que les ministres devront prêcher purement la Parole de Dieu et ne rien avancer qu'ils ne puissent prouver par l'Ecriture Sainte. Ils exhortaient leurs sujets , hommes et femmes , à écouter la Parole de Dieu , sous peine de leur indignation.
2° » Qu'on n'administrera que deux sacremens, te baptême et la sainte Cène.
â" u Qu'on célébrera la sainte Cëoe trots fois par an ,
K^iPâque, à la Pentecôte et à Noël. '
^P 4^ » Qu'on pourra baptiser les enfans tous les jours ,
^Hrae cependant il sera plus convenable de les baptiser
^^w dîmancbo après le sermon.
■i^ ' Cet «rlUle fui rectifié l'an ISOti, par un F.djl ilu 19 juillet, qui
^FSlablit un qualrième iour ilc Cène, savoir le premier diinanehe do
leplembre. Et par un autre Edit de l'an IGHS, LT, EE. ordonnôrenl
i]a'ji rliacune de ces quatre féli's on cûlêbrerail deux lois la 5le
Cène, savoir, le jour même de la Fêlr. et le dimanche précédeiil .
190 EDIT DE BÏTOKMATIOn
formation conserveraient leurs béDclïccs pour toute teur vie, toute fois rcaervc tes pensions qu'il fallait faire aux ministres ; et comme , disnienl-ils , à cause du grand nomlre de ces gens d! Eglise , et des ministres , HJaui beaucoup de bien , il estpareiUement nécessaire danoir égard aux pauvres du pays ; il a donc èlè ordonné qu9 tous les tiens tC Eglise demeurent en leur être par-tout, jusqu'à ce que , après la mort de ces gens d'Eglise, ii en soit autrement ordonné.
6° B Que chacuu pourra reprendre les meubles, qa» lui ou ses père el mère ou ses grand-père et grandmJîre auront donnes a l'Eglise ; que lous ceux qui jouissent de quelque fondation, faite pour des usages supcr»titieus, comme messes, vigiles cl aDaîversaires , ea jouiront pendant leur vie. Après leur mort, elles retourneront aux donnaleurs ou à leurs enfans.
7". 8°. u Permis de manger de la viande en tout tems, el aux eccicsîas tiques do se marier.
9° « Les félcs furent réglées sur k; pied qu'elles I© sont aujourd'hui; c'est-à-dire, qu'on no doit célébrer des fêtes outre le dimanche , sinon ces quatre : Pfoël, le Nouvel an, l'AuDoncialion el l'Ascension.
Il" » Toutes cérémonies papales, comme messes, processions , luslrations , sonnerie pour les niorls ou pour le mauvais temps, |>élérinagcs , etc. sont abolies et défendues, sous peine de 10 florins pour les hommes et 5 pour les femmes. Quand ou fait eerment, on ue doit jurer que par le nom de Dieu. »
On joignit îi cet édii diverses lois qui avaient pour but la rêfurmalion des mteurs ; entr'aulrcs , 1" on mc- □a^'ail les adultères do 5 jours de [irisun, nu pain et à l'eau , pour U première faute ; Uc 10 pour lu deuxième «l tioifiième , de biinni^semeut pour lu qualrivuie et du
BKBKE. 3<'l
punition arbitraire pour la cinquième. Les gens d'oflicc devaient être punis dès la première faute par privation de leur emploi et de plus par 5 jours de prison.
2^ On défendit de prendre des pensions des princes étrangers , sous pciuc d'être déclaré infime.
3" Oa défendit aussi la danse , permeltaut seulement trois honRÈtes danses dans les jours de noces.
4". D'aller à la guerre ou pays étrangers ; sous peine de mort pour les officiers, et de 10 florins, et d'être rois au carcan pour les soldats. '
Cet édïl fut publié dès le commencement de l'aonce suivante I537> et exécuté avec ménagement ei peu-àpeu par les baillifs, dans les pays de Vaud, de Cbablais et de Gex ; et quoique plusieurs fussent toujours catholiques dans l'ame, tout s'y passa généralcmenl d'une manière assez tranquille et sans grand trouble.
Comme les Seigneurs de Berne, endcfendantd'escrccr la religion romaine dans leurs états, déclaraient par In qu'ils ne voulaient pas la tolérer parmi leurs sujets, ils ne voulurent pourtant contraindre personne à embrasser la réformatîon par force et contre les mouvemens de sa conscience. Tous ceux donc qui ne pouvaient pas s'accommoder du changement qui se faisait dans la religion de leur patrie et qui souhaitèrent de se retirer, curent la liberté de le faire. Ainsi plusieurs prêtres et moines rouillèrent leur pays et allèrent s'établir ailleurs. Eu se retirant ils curent entière liberté d'emporter leurs biens avec eux, ou de les laisser au pays s'ils trouvaient que cela leur convint mieux. Kt ceux qui prenaient ro dernier parti pouvaient encore lirirrement aller et venir piw le jiflys, d'année en anncu, -
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WZ LES PHKIIIU» ^E^\E■'^ SmOUTcn LEURS niBNS.
pour y recerotr leurs motes, ou recueillir les froilB de leurs fonds sans que personne leur fit la moindre oppoeilion. '
Ccnx qui voulurent demeurer dans le pays y fureal
laissés pendant quelques années en paisible possessioa
de leurs bénclîces ; du moins la plupart dans l'espéraDce
qu'ils embrasseraient la rérormation. Quelques-uoft l'eni-
t brassèrent de bonne foi; mais il y en eut plusieurs qui,
K retenus pac l'amour de la pairie, ou l'ambrassèreat, M
I firent espérer qu'ils rcmbrasseraient quoiqu'ils constih
^Tassent la religion romaine dans leurs cœurs; et ce
f (arcnt ces hypocrites qui donnèrent le plus de pciue axa
I Seigneurs de Berne et aux minislrca.
On exigea d'eux qu'ils se fissent instruire^ et que pour f cet effet ils assistassent aEsidûment aux assemblées retî- I gieuseSj et aux conférence des ministres qui se tenaienl ordinairement cbaque semaine. C'étail là un moyea naturel et raisonnable pour les amener tout doucement à la rcformaiion, et pour la leur faire embrasser avec naissance de nause. Et ceux d'entr'eux' qui étaient ' encore jeunes, et dans un âge propre à étudier, furent ' exhoriés à se tourner de ce côlé-là pour pouvoir avec le . temps se rendre capables d'exercer le St. Ministère et I d'édifier quelque Eglisç. En général nn usa d'une I g;Tande tolérance pendant trois ans envers les ecclésiastiques qui voulurent demeurer dans le pays, quoique la plupart fussent tout autant d'ennemis déclarés 4e l'état de Berne, qui avaient toujours leur cœur tourné vers le duc de Savoie, et qui ne cessaient de répandre des semences de rébellion dans les esprits des peuples, par divers discours séditieux ri calomnieux. On