VIII, C. «V
Slelllcr ir. 77
^ Ajuutoï s luiauiitiair le du crë i.(Edilçur
rlout la c Ci français itqdeMM )
aioted).
plu.he do Ver
voir arriver â Genève ureui|qge tas pruniiers y pretsailnir l'csiiril il
Si. Julinii , ei la ecnlencc prononcée à Payerae par les M^pulcs de dix cantons et de quelques étais allies, le duc de Savoie n'&vait cesse d'exercer de telles hostilités contre les Genevois, en leurs personnes cl en leurs biens , qu'il n'éiail jias possible qu'on en souffrit davanlagc ; que quelques traîtres de Genève qui s'ciaient jetés en armes daus le château de Feoey, et étaient protèges par le duc, avaient exercé toute sorte de brigandages, non-seulcmcnl contre les Genevois, maïs aussi contre toutes sorlea de personnes, Allemands et Français ; pillant volant , massacrant et bnllanl, de sorte que les marchands étrangers ne pouvant plus paitser en EÛrctc dans ces quarlîcrs-là avec leurs marchandises, avaient pris une autre route; ce qui portait uu grand préjudice il la Suisse en gcuéral , et à eux en particulier, à cause de la diminution des péages ; que le duc n'avait jamais voulu remédier à ces désordres , quelque inslance qu'on en eût faite; qu'enlin ce prince, de plus en plus irrité contre les Genevois, parce qu'ils avaient embrassé la réformation, les avait harcelés avec plus de fureur qu'auparavant, et les tenait bloques fort ctroiteroentet comme assiégés par ses troupes, cnsorle qu'aucun d'eux no pouvait sortir sans courir risque d'être tué: et qae les Genevois , s'attendant à lout moment à cire attaques, les avaient priés et conjurés plusieurs £i>is, non-seuleinenl en vertu de leur alliance, mais même comme chrétiens, cl pour l'amour de Dieu, de les secourir; qu'eux (les Bernois) considérant les conjonctures périlleuses où ils se rencontraient; que de plus les Genevois, ne les avaient pas encore remboursés des frais qu'ils avaient fait pour cu\ , et qu'ils n'avaient point d'argent, ils se faisaient beaucoup de peine de les aller secourir à
iLLB IN AVSKTiT tss cotatotais. 9
leurs propres dépens; mais que d'autre côté, faisant rcflexioo, que les Genevois ctaienl si injuslGinent persécutes, ea haine do leur reli^on, ils jugeaient que leur honneur était absolument intéressé à les secourir, et à déclarer la guerre âa duc de Savoie; puisque s'ils les abandonnaient, ce serait pour eux une tache dont Ils ne se laveraient jamais : qu'ils leur donnaient avis de ces choses, leur commandant de leur déclarer leur sentiment par écrit (1). »
Tous les bailliages du canton, à la réserve d'un seul, répondirent à leurs seigneurs : « qu'ils approuvaient en> lièremenl leur conduite, et leur dessein de faire la guerre an duc de Savoie et de secourir Genève; » et leur offrirent leurs services avec une entière fidélité (2).
Ayant reçu de tous c&lcs réponse, par laquelle ils se virent assurés de la bonne volonté de leurs sujets, le jeadi 13 janvier 1536, les seigneurs de Berne résolurent ea grand conseil, de déclarer la guerre au duc de Sa- Toye, nonobstant les remontrances de son envoyé d'Estavayer, qui était venu faire des plaintes contre ceux de Genève. Il fut arrêté qu'on tiendrait celte résohiUon secrète jusqu'au dimanche suivant, et qu'alors on, la communiquerait à cet envoyé. Le vendredi lï ils donnèrent avis de cette résolution à tous les cantons , am étals confédérés du LL. Corps Helvétique, et leur en dirent les raisons ; les priant , en vertu de leurs alliances mutuelles, de ne point laisser passer par leurs terres les secours qu'on pourrait envoyer au duc , et de
■ StetUer 78. i ' U. 76 b.
bfi.
10 DÉCUUIATION DB GUBBJkK
retenir et rappeler leurs sujets, qui pourraieut aller i s'engager à son service (1).
Le dimancbe 16 ils donnèrent tous les ordres nécessaires pour cette expédition, et ils déclarèrent la guerre ay duc de Savoie dans toutes les formes , par un héraut ' qui lui porta dc~ leur part un cartel ou dcclaratioa de ^ guerre, écrit en français, dont voici la copie
A illustrissime prince et seigneur Charles duc de Savoie, etc. Savoir faisons par ces présentes lettres, noos les advoyers, conseillers et bourgeois, appelez petit et ' grand conseil de Berne, puisqu'après l'arrêt fait à St. > Julien , et suivant la journée à Payerne tenues par les 1 ambassadeurs de nos très-chers alliez et confédérez, des I cantons et autres, sur laquelle, (comme il est tout évi- i dent) avez en yos ambassadeurs et commis, Icsquds 1 sont entrez en cause et ont juridiquement fait instance, clame, défense, produit tesmoings, lettres et seaux, accepte aulcunes sentences, pareillement nous et nos ircs-chers combourgeois de Genève y comparus, et ■nesmement contre vos ambassadeurs entré en droit, fait desfenses, allégations, produit lettres et seaux, ccrtilications ; et aussi accepté sentence par' les dits juges donnée, comme plus à plein les lettres alors dres- l| sées cl scellées le contiennent, et vous sur cela fait payement do XXI. mille esrus à vous impose; sur quoj eussions bien pensé, que vous eussiez aussi au demeurant satisfait , observé, et donne lieu, et vous conlenlé de cela , comme droit , raison et équité le requeroïl. Ce
enVOIËB AU Dire Dt SAVOIE. 11
aooobslaat avez încoDliDCnl par les vôtres el vos adhéfans, dcfcndu les vivros, et consenti de les défendre, asx dits nos combourgeois de Genève ; aussi les citoyens, elbabtlaos d'iccllecilé, sur vos pajs ont été molestei, prîos, battus, tuez; leurs biens pillez, leurs maisons, graogcs et possessions gastées, bruslces, occupées, cl maximeraent par les brigands de Pigney, (') et autres; fur cjuoy plusieurs fois vous et vos ambassadeurs avons prié, requesté, admoneste, el supplié, par lettre et de boache , de mettre ordre es dits alTaires , nos dits coiniourgeois de Genève laisser en bonne paix et tranquiU l'ê , et hanter et IralTiquer sur vos pays seurement; de . ur lascber leurs vivres, faire vuider les dits dePigney; i d'avantage envoyé nos ambassadeurs souventefois : .\r devers vous , pouv a^cordui Ica dits affaires ; commo eux (jui désiraient la paix; aussi toujours invoqué nos irès-chers alliez el confédércz, de maintenir nos dits cotnbourgeois de Genève et nous, do cousie (') les susmeDlionnez arrest de S. Julien, sentence de Payerne, nous ofîrans, (si vous ou aucuns autres prétendaient •voir quelque querelle contre nous,) d'estre en droit, et nous sousmettre à la counabsance et décision des dits nos alliez et confédérez; ce tout ' n'a voulu profiter, ains au lieu de cela, avez plus oppresse nos dits combourgecHs de Genève, que paravanl, donc sommes esté occasionnez, de rirémiérement dire à vos ambassadeurs Kocfaet et Fontanal, de vous mander, si ne vouliez
(') PUieyouPciiey
()) Cul-à-ilire au bëiicrici;
( ^) Tout cela.
J9 i>iCLft&&nDn db gdbmlb,
laisser tes dits de Genève , en repos et seurlé , leur lascher les vivres, faire vuider ceux de Pigney, que seriouE occasionnez vous quitter vos alliances ; mesme propos avons tenu deux ou trois fois à vos ambassadeurs, leur présentant les lettres des alliances, ce que nos ambassadeurs demîèremenl en Aousie vous dirent; tout n'a rien voulu profiler, aios de plus fort avez assié^ la cité de Genève, tout en tour, que personne n'en peut sortir, ne y entrer; el par famine, froid et force d'armes les enfermez, en telle sorte, et attente, que n'est plus en leur possible de le souffrir ; et nous pour le devoir qu'avons à eux, en vigueur de la combourgeoisïe, contraints de les secourir. A cette cause, puisque droit el tous autres raisonnables offres envers vous, n'ont point profité, vous quillons par ces présentes, toutes alliances vielles et nouvelles, particulières et communes, trouvées et non trouvées, vous envoyons les lettres d*icelles , que présentement avons trouvées, par présent nostre Hérault de guerre, vous deftians par icestes, et déclaîrans la guerre contre vous , et les vostres , vous advcnissans que , à l'aide de Dieu invadirons vous , vos gens, pays, et employerons tous nos efforts de vous dommager, el hostilement agredîr, en corps et biens, et par autant notre honneur avoir bien pourvu. Tesmoin noslre seau plaqué à icestes : Donne dimanche 16 de janvier 1536. '»
On donna le coibmandement de l'armée à Jean-François Nœgueli , trésorier, officier expérimenté, qui avait servi avec honneur dans les guerres d'Italie. On lui
donoa pour adjoints huit conseillers, entre lesquels éiaîent J. Rodolph De GrafTeiiricdt, Crîspin Fischer et IGchel Augsbourger, avec le chancelier Cyro. lies principaux officiers, après la généralité, étaient GuiHaamc UertCDsl$ia, capitaine d'artillerie; Antoine Tillicr le ÏBiine, enseigne de la grosse artillerie; Jean Prisching ASÛDon Wurstenbercher, capitaines des Piquiers, etc. al l'on marqua le22dumoîspourla marche de l'armée. ' Pendant ces entrefaites il s'était passe quelques petites ocarmonches entre les Genevois et les Savoyards. Le 3 jinvier 1536 les Genevois ayant envoyé quelques per- ■DKiDM au-delà du pont d'Arve pour ramasser du bois , files furent attaquées par les Savoyards. On sonna l'alanne, et les Genevois coururent à leur secours; mais troaraut les ennemis àe beaucoup supérieurs en nombre^ et craignant de se trouver enfermes entre deux corps de troupes, parce qu'il en venait d'autres du côté de Gaillard pour leur couper le passage du pont, ib so retirèrent. Les Savoyards se logèrent dans l'église de !t. Dame de Grâce qui était encore sur pied. Les Genevoôs y avaient laisse é hommes au clocher, pour faire le L gaél. Les Savoyards entreprirent d'y mettre le lîeu;
(') Troùchosci coitlribuèrent liogulièreintiit au succès de la ^mpagne, c( peut-être en furent la dcrniàre caïue; 1° Le choix du ^;ciiéral, aimé, lerme , prudent, grand ami de la réforme, et fait pour élre le chef d'une guero sainte, comme l'armée l'a considérée; ,' V Le réUbliMement de l'ancienne discipline, opérée au nom de la ' rélormalion; 3° Les pleins pouvoirs donnés aui généraux, qui leur .(ndircnt pouîble de maintenir par la dictature le décret qui rétaicietiiicdévériié des lois militaires, Voyec sur ce sujette lironiqucur. page ïiâ, (Editeur.)
ft (SKkÉvb. 15CUADB
niftÏK CCS •( horotoes se défendirent vaillamincDl à coups d'arquebuses el de pierres, el les conlraignirent de se I retirer. Le lendemain les Genevois firent démolir celle L liglise cl son clocher, afin que les ennemis ne pussent [ Jtluss'y loger. Dans le même temps Parel exhortait les L Cenevois à reconnaître la grâce de Dieu , qui les protê-
rail visiblement, et à implorer ardemment son secours, se présentait souvent pour ce dessein devant le grand I conseil , où il ctaît écoulé , quoiqu'il y eût encore des bjpapisles mêlés. '
Cependant la disette allait en croissant & Gendre, et [ îl y avait des riches qui avaient rinhumanilé de I ' leurs greniers fermés. Pour remédier à ce désordre, lel conseil prit tout entre ses mains, le I4 janvier, fit v drc le blé, eu te taxanl à 3 florins la coupe. On I 1 «ussi le vin et les autre^denrées. '
Le même jour, les Savoyards, qui assiégeaient Genève, entreprirent de l'escalader par 3 endroits. Ils donnèrent l'assaut entre 9 et 10 heures du soir, les uns du côté de St. Gervais, qui n'avait d'autre rempart qu'une simple palissade el un fossé ; et les autres du côté de Rive et de St. Victor. Ces derniers s'approchèrent au bord du fossé, et vinrent même au pied de la muraille avec des échelles ; mais les Genevois les repouBsèreni courageusement et les coalraîgnironl de s» | retirer. ^ '
Le 16 janvier, deux hérauts de Berne arrivèrcnl II ^■enève, el vinrent apporter la nouvelle débouche, (les
< Roiet. ni. Ch.5!f.
■ Id. Cil. 50. Savian ' M. I. c. Savion I I
■ASIACRK A CHENB. in
bernois n'ayanl pas jugé à proposée l'écrire), qu'on y avait enfin résolu de faire la guerre au duc de Savoie , po«r le cQDiraindre à lever le blocus de Genève. Cetlc iHHivelle y causa, comme on peut juger, une grande joie, hea Genevois animés par celte bonne nouvelle, et pressés d'ailleurs par la disette qui allait CD croissant, firent diverses courses sur la Savoie, les 21 , 22, 24 et 36 de janvier. La plus considérable fut celle du 24. Us sortirent au nombre de 300, hommes, ou environ, tant à pied qu'à cheval, duc6té de Chêne, entre Cbéoe et Cologny, et rencontrèrent les troupes de Sa- Toifl , qui étaient plus fortes qu'eux du double et les altaqaèreol. Les Savoyards furent battus. Leur cavalerie lâchii le pied la première , et l'infaDterie s'en voyant abandotinée , perdit courage et prit la fuite, lis y perdirent 120 hommes tués sur la place et 4 pris prisGoniers. Ils êiaient tellement effrayés , qu'ils se laissaient assommer comme des bctes , de sorte que le capitaine de Varay, qui commandait les Genevois , les voyant échauffes « combattre et à tuer, leur criait : Laissez-en pour labourer les terres. Les Genevois ne perdirent pas un seul homme. Il n'y en eut qu'un de blessé, qui eut son cheval tué sous lui. '
Cependant les cinq cantons catholiques , qui désapprouvaient l'entreprise des Bernois, leur envoyèrent des députés de Lucerne au nom de tous, pour les en délourncr. IHais les Bernois n'y tirent aucune attention , et jiy«Dt donne ordre à leurs sujets de Morat, de Grandson cl d'Echallens , de préparer des munitions de bouche
pour leurs troupes , et distribué aussi (|uelques I
de leurs sujets et de leurs alliés de Neuchâtel <
' Bionne, pour garder les passages, il lîreut partir i| armée, forte de 6 à 7 mille hommes , le 22 janvîer.l arriva le même jour à Rlorat , d'où elle fil sommer f
, dreftn , petite ville su bord du lac do Tteuchât«l, d4 rendre et de lui remettre les grains qui apparteosieilt fl duc. Cudrefin obéît et ses députés vinrent à IHorat le £
b faire leur soumission et prêter serment de lîdélîll
1 Bt d'abord on y arbora l'étendard de Berne. *
De IHorat pour aller^ Payerne , il faut aécessaireoM
\ passer par Avenche , au moins si on veut suivre le dt dicmin -, mais comme dans ce temps-la les BemoisB taîent point en guerre avec l'évêque de Lausanne, a gneur temporel d'Aveacbe, et qu'ils ignoraient les nM vemens que ce prélat se donnait contre eux, ils pas rent à côté sans rien dire à ceux du lieu , et par la idA raison ils laissèrent à gauche la route de Lausanne Mi Lucens, et prirent celle d'Echallcns.
Arrivés à Payernc, ils furent joints par une ei^eign de neuchâtelois , qui témoignèrent une grande ardeori combattre pour eux. Ceux de Payerne offrirent au leurs services, et à leur sollicitation , pour prévenir qiH d'autres ne s'emparassent de leur ville , les chefs de l'ai mée trouvèrent à propos de s'en assurer, et se firent m drepar euxie même hommage qu'ils prêtaient au ducd Savoie. Pierre Itlcslral, nvoyer du lieu, fut confirme dans <> son emploi et prêta serment de fidélité aux Bernois en présence du conseil . '
rqni il'arf r»X jcdé|
Le 24, l'armée parlil de Pâyeroe, et, laUsaDt à gaucbe la roule de Lausanne, comme on l'a déjà remarque, eUe prît le chemin d'EchatIcos, ayant pour son avautgarde trois enseignes franches avec les soldats du pays des ntoalagnes et quatre pièces de campagne, sous la conduite ducapitaiae Zunihach, ou Du Ruisseau; pour son arrièregarde les troupes de Neuchâtel, de Valaogta, de la Banoe-Ville cl d'Erlach, avec 4 canons, sous le comman- ; >'ineol de Jean Frisching et d'Henri Zimmerman , et le jrps d'armée était composé des deux enseignes de la ^HnUe, de celles des quatre jurîsdictioDsdecelledcHicnneet ^^Mpa^erne^ et quelques autres, avec huit pièces de campa- ^^^^b sous les ofliciers-généraux, qu'on a déjà nommés '. ^Hpte mardi 25 , l'armée étant arrivée h Echnllens , les ^^BJQn de Moudon cV de Hue cDvo)Crent des députés ^^Bibrsc BOumcIlre au.i Bernois, en réservant leurs prî- ^rilÀges, et en paniculîer qu'on ne les obligerait point à changer de religion, à moins qu'ils n'y consentissent. Oo le leur accorda. L'un de ces députés ctaiL Claude de Glana, seigneur de Villardens, qui fut ensuite établi haillif et gouverneur du Fajs-de-Vaud provisionnellement. Il prêta le serment en cette qualité, le 27 jan-
/ Les quatre jurlidirtioni de Berne, appeléescnaiifniandXorK^ , lont, Sefligen, Ctumolfingen, Slrrneb;rgel ZoUitihnJen. \ Id. ib.
* RcAisIr- de Itloudon.
E't**)^'"' "'3**'' ^'<^ préparé pour la rcjislancB. Charles III. «lait
■rpris- Sa correspoudanre avtc M. de Luilin alleste une grande
iritë. Point d'ordres. Poînl de moyens de défense. Le pays
j par son prince ne peut laira ses preuves de fidêlilé. Il
rtha ie5 meilleure* condition» el se soumit non sans une pro-
E .looleur (Fditeitr)
Oo envoya aussi un trompette sommer la ville d'Yverdon de se rendre; mais comme il y avait une garnison assez considérable, elle refusa. Comme tes Bernois se hâtaient d'aller secourir Genève, ils ne trouvèrent^oint à propos de s'arrêter, et continuèrent leur roule du côte de Itlorges. '
L'évéquc de Lausanne, Sébastien de Montfaulcon, pouvait demeurer neutre dans celle guerre, el rien ne l'obligeait à prendre parti. S'il eût tenu celte conduite , il aurait pu (îuir ses jours Irauquîllement dans son siège épiscopal , et le transmettre à ceux qui se sont dits ses I successeurs. Mais le zèle de la catholicité l'emporta, ou peut-être aussi la haine particulière dont il émit animé' contre les Bernois. Quoiqu'il en soît, il prit parti pour le duc de Savoie coulr'eus. Et d'abord qu'il eut appris que ta guerre était déclarée, ne doutant point que lo duc ne fât victorieux , il envoya son baillif cl son secrétaire par toute la ville de Lausanne demander de maison en maison si l'on voulait être de son parti ou de celui de la ville ? son dessein étant de mettre aux portes de ses partisans un écusson à ses armes et à celles de Savoie, pour les empêcher d'être pillées. ' le sujet de cette démarche était, que les Lausannois s'étaient déclarés pour les Bernois, et à leur réquisition leur avaient envoyé une enseigne de leurs soldats. 11 comptait donc / ee rendre maître absolu de Lausanne , à l'aide des trou- i' pes de Savoie; car il n'y avait gucres d'apparence qu'il i eût voulu se donner un maître et livrer Lausanne au ' duc. Mais s'il comptait d'y demeurer maître après y • avoir fait entrer les Savoyards, il connaissait bien mal f
L*EV£QUfi DE LAUSANNE. ' 19
ce priuce, avec qui il avait eu^ 19 ans auparavant , un violent démêlé pour la souveraineté de cette ville. Quoi qu^il eu soit^ le 25 janvier, ce prélat alla à La Vaux, a son château de Glérole^ ^ et de là il écrivit la lettre (dont voici la copie) au baillif ou châtelain de Vevej, pour Texhorler à faire son devoir contre les Bernois, pour le service du duc son seigneur , et à faire entrer les quatre paroisses de La Vaux dans le même dessein.
Lettre de Sebastien de Montfaulcon, évéque de Lau-sanne, à son baillif de Vevey^ Van 1536.
Monsieur le ballif , je vous veulx bien advertir comme aojourd'huy suis arrive icy, pour venir veoir mes subgets, et pour les ferc mettre en Tordre, tant pour la mafiutention de la foys , que de mon seigneur et païs, et à ce soër ay heu novclles, come le capitaine Collooeys est arrivé à Morge avec une belle bande d'Italiens bien en ordre, et a mandé par tout dellà le lac pour avoir ^ens f pour aller au devant de ceulx de Berne, pour leur donner la bataille, si me semble que nous devons tous avder, et aller Ta où sera le grand flof, car si d'aventure nous perdions, que Dieu ne vuilHe, le pays, les villes ne serionl pa puis après pour résister, et ne faut point fere .come les Romains firent, quand feu Monsieur de Borrbon prini - Rome; car chescun se voloyt garder son pallays, qui fust cause de leur ruyne, et de ce vous av bien voulsu advertir, affin, si bon vous samble, le communiquer, à MM. de Vcvey, et aux lieux circbnvoisins; et de mon couslé ne restera point que je ne fasse
* Arch. de VilleUe.
mon debvoir. Si voua avez qoelques nouvelles, je vous prie m'en advértîr. Faisant iin à ma letlre, après m'es- Ire recommande n vous de bien bon cœur, et prié noilre Seigneur vous donner ce que desirez.
L'Evoque de Lausanne.
L'adresse clait, j4 monsieur de Curtillies BalUf de Vwey.
nder '
Quatre jours auparavant les trois paroiEECs de Vaux, Luiry, Villelie ou Cully et St. Sapborin voyèrenl des députes à Fribourg pour recommander leurs villes et leurs biens à la seigneurie, cl aux particuliers qui avaient des vignes dans ce pays-là. Ils en reçurent de bonnes paroles; et le conseil de Fribourg y envoya deux cogseilters qui se trouvèrent à Cully, le jour que l'évèque y passa *.
Le lendemain 26, l'évèque s'en retourna à Lausanne; et le même jour les communautés de Vevey et de St. Sapborin envoyèrent solliciter ceux de Cully et de Lutry i se liguer ensemble pour leur commune défense, et pour envoyer du secours à l'armée de Savoie à Morges ^.
Un jour ou deux auparavant, et dès que les soldais
■ Arch. Ul. de Berne n" 4350.
* Arch. de Villcirc.
l'ainéb a nonGEs, SI
t Lausjitine furent partis pour aller joiudre l'armée
tioîse, Vévéquc envoya un homme à ce corps d'Ila-
Us, qui était en garnison a Morges, pour les avertir
c saisir de Lausanne. Les Lausannois, en ayant eu
, envoyèrent demander, le 25 janvier, du secours
I trois paroisses de La Vaux, avec qui ils avaient une
iance particulière. Lutry y envoya vingl-cinq hommes.
lelte et St. Saphorin y envoyèrent aussi quelque
nonde '.
n. Cependant l'armée de Berne s'avançait du côte de Norges, et fit quelques lîcues de chemin sans rencontrer aucua ennemi. Ils virent enlîn paraître quelques cavaliers, qui reculèrent devant eux, et se retirèrent du côté de Dlorges. L'armée savoyarde, forte dcfOÛO hommes, etAn lesquels on compiaii 700 lialtene, élail postée il ■or^E et aux environs, soutenue par huit gros bateaux , et Dnc grande barque, commandée par le châtelain de Mass. Celle armée s'était mise en marche pour s'emparer de Lausanne. Mais comme ils furent vers les tuileries de Morges, ils aperi;ureot les Bernois, qui étaient déjà dans les villages voisins , Cressi , Dussigny et Rugnens ; el voyant les feux qu'ils faisaient, ils reculèrent ' . 11 y CDt là une légère escarmouche de l'avant-gardchernoise. Les Savoyards tirent inine de l'attaquer. Leur grosse barque ou galère tira quatre coups de canon coalre les Bernois. Ceux-ci en tirèrent deux contre eux ; mais ils ne se firent point de mal les uns aux autres '. Cependant l'armée savoyarde saisie do frayeur se refa. Le châtelain do Muss , tier dans la, proepcrilé, mais
' IbiH. Mail de Lulr> p. i > US. Pinaul , Stctlkr 8^
lAcbe quand il avaîl du dessous, s'cnfuil en Savoir; les autres baleauï priretil le large eur le lac , et lee Bernois ne virent plus d'ennemi. Ils s'emparèrent de Itolle, le 28 janvier, snns y trouver de résistance; mais Morges fernia ses portes '. Les Italiens qui claieiit en gnrnisrin a Morges cl à Nyon , au nombre de 700 , figîssant avant leur fuite comme s'ils eussent été en pays ennemi, y commirent toute sorte de desordres, les pillèrent, et y iolèreni femmes et filles ^.
y De Rolle l'armée prit le chemin do la montagne de KGex , DC voulant pas passer par JVyon , pour n'y être point arrêtée par les ennemis. Mais cette précaution était super- Hue. liC 30 janvier, allant s Divonne, ils trouvèrent en chemin les députés de Nyon ,- de Gex et de Coppel , qii> vinrent faire leurs soumissions, en réservant leurs pi-ivi- Icges. A Divonne le seigneur du Cbâtelard se soumit, el apporta les cics ^. '
Là ils détachèrent 300 arquebusiers, pour aller If! long de la montagne, brûler les châteaux des geulilshommes de la Cuillère. On brûla les châteaux de Rolle . ri de Coppel, et en particulier celui du Roscy, où l'on trouva un livre infâme, qui enseignait toute sorte d'impuretés abomiusblcs. Il y avaîl dans le chdteaii de Gct 50 Italiens en garnison : mais à la première sommation ils se rendirent à discrétion , et remirent le château entre les mains des Dernois, le mardi 1 février. On ne leur fil pourtant aucun mal : mais on lenr donna une escorle de 200 arquebusiers, pour les conduire au-delà du Rhône. On mît le feu au château do Gex *.
' SiHilpr 8ï. a, MS' firooss.
* .«iavimi lit, [>. m. IIS. RoiCl. tll. V. û!l.
■ SirUWSa. MS.Grii
GUIBVE FAIT UKB SORTIE. 23
Lcâ Genevois de leur côté , pressés par la diselle cl par l'apprébensioii des armes des Savoyards^ dont le nombre grossissait tous les jours ^ et n'ayant aucune nouvelle de l'armée bernoise, lenlërent de faire une sortie par le lac. Ils se mirent isur une .grosse barque, au nombre de 80 hpmmes, et voguèrent d'abord du côté de la Savoie ; mais entendant le bruit des cloches , qui sonnaient le tocsin de toutes parts ; et voyant 3 enseignes de Savoyards^ qui venaient les attendre au port de Belle-Rive, ils tournèrent du côlé de Jantous et de Versoy, où Us ne trouvèrent que des femmes et des enfans; ils y pillèrent et emportèrent tout. Ils y apprirent en même temps, que l'armée bernoise était à Morges ^^
Le 30, ils apprirent que l'armée savoyarde, qui devait s'opposer au passage des Bernois, s'était retirée du côté de Chambéry, et dans le Faucigny ; et que les garnisons des châteaux de Sacconnay et de Peney les avaient abandonnés. Les Genevois s'emparèrent d'abord de ces châteaux, les pillèrent et emportèrent à Genève tout ce qu'ils y trouvèrent de vivres, et y mirent garnison ^«.
Le 31 janvier, les Genevois sommèrent les châteaux de Jussy et de Gaillard de se rendre. Les soldats qui y étaient demeurés de reste, demandèrent terme pour répondre. En attendant la réponse, les Genevois pillèrent la campagne d'alentour, emmenant les vivres et le bétail, autant qu'il en pouvait tomber entre leurs mains ; de sorte que le pauvre paysan était désolé. Comme cette manière de faire la guerre pouvait avoir des suites
* Idein.
> Id. |).' 175.
l'abméb a gbnbyb. a5
en tirer des conlrilivlioiiSj pour fournir an frais de la guerre *•
Le lendeiAaiD la duchesse de Nemours , comtesse de Geoevois *, les envoya prier de ne lui faire aucun mal; snrtool parce qu'elle ëlail soi» la protection du roi de France. Ils le lui accordèrent, à condition, V qu'elle ne donnerait aucun secours à leurs ennemis; 2^ qu'elle ne ferait aucun mal aux Genevois, et ouvrirait le commerce avec eux^ 3^ qu'elle ferait conduire des vivres à leur armée à un prix raisonnajble ; 4^ qu'elle restituerait aa seigneur De Torrensleschâteaux qu'on lui avait pria'.
lie S février^ le général bernois, accompagné des anirea chefs ses adjoints, parut devant le grand conseil de Genève ; et après leur avoir représenté les causes qui avaient engagé l*£iat de Berne à faire celle expédition ; il leur demanda s'ils trouçaient à propos que leur armée passât outre, et qu'on laissât la duchesse de Nemours en paix? Les Genevois témoignèrent, qu'ils seraient bien aises, qu'on fil l'un et l'autre ^.
Dans ce temps les Genevois brûlèreut le château de Gaillard, et le% de février, ils brftlcrent aussi celui de Peney, dont la garnison les avait tant incommodés ^.
Le même jour l'armée de Berne partit de Genève, et s'avança du côté de S. Julien ^, dans le dessein d^aller
« Id. ibid.
' Cbarlolte d'Orléans, fille de Lodîs d'Orlcans 1. du nom, duc de Lougueville, veavede Philippe de Savoie, duc de Nemours, comte de Genevois, et baron de Faucigny, qu'elle avait épousé Tan i:»39 , et qui, éuit mort Tan 12»33.
' Sietiler 83. a.
^ Savion p. i78. Rosei^llI. C. 60.
^ Id. 179.61.
^ L'armée était en marche, le {général en tctc, avec ses princîp.iux
W L'jIBMU
eberclier lean ennemis, qui s'étaioal retirés devant eux, et qui afin qu'on ne pûl pas les poursuivre, avaient eu la précaution de rompre le pont d'Arve, et celui^de Cbaney. Le mauvais temps les incoromoda quelques jours , et les empâcha d'agir. Dans cet intervalle ceux de Horges y vinrent enfin, pour faire leurs soumissions, en réservant leurs franchises et leurs privilèges. On les reçul> nais à la charge de payer une forte rançoo, et que pour punition de leur résislance, leurs portes et leurs tours seraienl démolies. Mais il fut résolu de ne faire aucun mal à ceux de Relie et de Villeneuve, de Thonon et d'Aliuge, parce qu'ils s'étaient rendus de . bonne grâce*. On avait eavoyé un trompette à T«vej> '•, k Chilien , et à Villeneuve , pour les sommer aussi de se rendre *.
Anloîae De Leva, gouverneur du milanais pour Charles V, à la première nouvelle de l'expédition des Bernois, leur envoya un homme, qui parut ii S. Julien, le 6 février, apportant une lettre, où il priait: « Que comme il était vicaire de l'empereur, auquel tout le monde, et l'Italie en particulier obéissait avec raison, qu'on lui permît de contribuer de ses soins , pour faire la paix entre eus et le duc. w On lui répondit en peu de mots. On lui remit une copie de la déclaration de guerre, 'qu'on avait envoyée au duc, et on lui dit, que s'il n'étail
officiers. Tout-à-conp ils toarnenl le* jeui. L'armée ne les snivait pas. Elle s'était l'orinée en carré el délibérait sur la question de savoir si la guerre n'était pas finie. Elle était veuue délivrer Genève, ce but était rempli. On eut de la peine, i empêcher les troupes de reprendre sur l'heure le chemin de leurs loyers. Voili les niilicei [ (Editeur.)
' StcUler I. c.
* AIS. GrooM.
COIITIKUB SIS OPERATIONS. S7
pas content de ciette^roponso^ il pouTait aller à Beroe, oà sa lettre de créance s'adressait ' .
Le lendemain il Tint aussi une députaiion du mare* dial el du parlement du comté de Bourgogne^ priant, en vertu de l'union héréditaire, qu'on ne leur fit point de mal. On leur répondit j qu'on n'avait aucun dessein de leur en faire, mais qu'il fallait aussi que les Bourguignons observassent cette union de leur côté, et qu'ils ne d<»nassent point de retraite aux bandits et aux voleurs de grand chemin '.
Le 8 février^ il leur vint des députée de l'évéque et de la république de Valais, qui leur dirent : « Qu'ayant appris que Berne faisait la guerre tout de bon au duc de Savoie^ et lui prenait son pays, eux aussi (les Valaisans) avaient résolu d'en faire aulani de leur côté, et de prendre ce qui était a leur bienséance; savoir depuis S. niaurice jusqu'à Thonon, les priant de ne pas le trouver mauvais. Ils leur représentèrent , que cela même serait utile a la ville de Berne , parce qu'on pouvait bien présumer que le duc de Savoie ne se laisserait pas ainsi dépouiller tranquillement, mais qu'il ferait tous ses efforts pour se remettre en possession des pays qu'il aurait perdus ; et qu'alors la jonction du Valais serait fort utile aux Bernois,^ pour leur aider à conserver leurs conquêtes ^.
Les chefs de l'armée de Berne répondirent à ces dcpulcs par de beaux coroplimcns^ les remerciant de leur secours ; et leur déclarèrent : « qu'ils ne trouveraient point mauvais qu'ils poussassent leur conquête jus-
* Slcttler 83.b.
' Iil. ihid-
^ MS Groo.55. SlcUler I. c.
H VUAU VAIV AUMl l« finSaKB AD DUC.
qa'k U rivière de la Dranc* , parce qa'ib ee ■«• Hervaienl à eux la ville et le territoire de TboBOO, qui leur avait dqk préLé seraient de fidèle. Ds réservèrent aussi, qu'ils De feroitiu aocim mal k It duchesse de Nemours '.
Ils CD donoèrent ineessammeiil av»è leurs sapérioBn, qui approuvèrent leur cOoduite, et qui même eavoyèreol des députés, le 12 février, au pays de Valus, poor-r»mercier celle république^ de ce qu'ils n'avùent pas tooIs se laisser gagner k faire la guerre aux Benioîa, quoiqu'on les 5 etlt fortement soUicilcs, et de ce qu'ils s'étaient joints k eux * si courageusement, el avec van ù coi^ diale ami^é.
Dans le même temps, des députés do Zorich, Claris, BAIe, Schallhouse et Appenzell, el ceux des Trois lÀguet Grises, vinrent il Berne, le 10 février, et représentèrenl aux conseils de la pan de leurs mattres, les ÏDConvénieiu qni pouvaient revenir de la guerre qu'ils avaient entreprise contre le duc de Savoie, les priant de rappeler leur armée. Us ajoutèrent, que quoique les sept cantons catholiques n'eussent pas envoyé leurs députés, que cependant ils étaient , aussi bien qu'eux , disposés à concourir de leur mieux poiir pacifier cette affaire; qu'ils ne devaient pas se reposer sur l'inaclion du duc de Savoie ; qu'on devait bien présumer qu'il ne s'en tiendrait pas là, el qne la cbose ne finirait pas si aisément que quelques-uns pourraient le penser; qu'il pourrait fort facilement recevoir du secours de l'empereur> du rt» Ferdinand, et de quelques autres Etats, ennemis de la
' Slctlluribiil.
' M.S. Ainp. I&g. Ilircs ficund lichen, brùOcrlicbcn, Uplcreii
guBtQDBS CANTO>S tnTEnvIET1<•E^T. i9
Subse: et par là meUre en danger nnn-seulemeot In ville de Berne, mais même tous ses amis.
tes Bernois répondirent: qu'aprôs loua les soins, qu'ils e'èlaîenl donoés pour porter le duc de Savoie, m observer la paix avec Genève, n'en ayant point pu Tenir à bout, et voyant que lui ei sa noblesse promet- Uienl tout, et ne tenaient rien ; ils s'étaient vua obligés , pour le maintien de leur propre honneur, de prendre les armes contre lui , pour défendre leurs alliés de Genève; et que présentement ils ne pouvaient pas savoir re qne le dtic aimerait mieux, ou la guerre ou la paix . Que si ces Messieurs les députés pouvaient porter ce prince à souhaiier sérieuecmeDl la paix, alors ils écriraieol aux chefs de leur armée qui étaient on campagne, qui ne manqueraient pas , sans doute, de se prêter aussi à des propositions de paix ; que du resta ils ne voulaient Tien prescrire à ces députés sur la manière do traiter de la paix; qu'enfin ils s'en rapportaient sur ce sujet aux chefs de leur armée, à qui ils avaient donne plein pou- Toîr de conduire celte affaire, delà manière qu'ils jugeraient ta ptas avantageuse et la plus glorieuse à la ville de Berne.
Sur cette réponse, les députés de ces étals prirent le chemin de Savoie, dans l'espérance de terminer les difficultés du duc avec Genève, et de rétablir la paix .
Mais ils étaient bien éloignés de leur compte, et leduc avait sur les bras un nouvel ennemi, bien plus redoutable que les Bernois. Fran<;ois I, roi de France, quoique neveu de ce prince, avait dcppis long-lems conçu un 1-iolcnl méconteniemenl contre lui, pourdivers sujets qu'il serait trop long de rapporter; et particulièrement parce que le duc n'avait pas fait raison au roi des droits de sa gcEur Louise, mère du roi.
MAKKATIOK !>■
« Mais par dessus tout cela, dit Hezeray , il y avail le droit de bienséaoce, qui voul&il que le roi s'emparât de ses terres , pour conquérir plus facilement le Milanais, et pour empêcher qu'il ne les échangeât avec l'empereur pour d'aulres, plus avant eo Italie ; car les ennemb da duc publiaient que le marché en ëtail sur le tapis.
« Il earoya demander au duc le passage pour son armée par ses terres, et les droila de sa mère.
«t Pour le passage, le duc se montra toutprét, au moins en apparence, do le livrer, et de loi fournir des vivre* en payant. Et pour l'autre point, il offrit d'en convenir à l'amiable, et de mellre les prétentions du roi et ses défenses, par devant des arbitres. Le roi prenant cette réponse pour un refus, lui déclara la guerre au mois de février 1535.
« Il avait déjà commencé à lu! faire senlir son indignalion, en ordonnant sous main aux oflîciers et magistrats de Daupbiné, de faire des entreprises sur ^es terres; enobligcanlle St. Père de supprimer 1 cvèchc de Bourg, qui avait été nouvellement érigé en sa faveur, et en assistant ceux de Genève contre lui . Les babîtans de celle ville, prélcndant relever de l'empire, cherchaient depuis long-temps à se libérer de la seigneurie de leur évéque ; et pour cela ils s'étaient aidés deux ou trois fois de la protection des cantons de Berne et de Fribourg, qui les avaient faits leurs bourgeois. Eulîn il se révoUcront entièrement et le chassèrent; il s'appellaît Pierre de la Baulme. Le duc les ayant a^sit^gcs, le roi leur envoya plusieurs petits secours, mais qui furent tous défaits ; et toutefois la crainte qu'il eut des Bernois lui fît lever le siège. Dès lors la ville, à l'instigation principalement de deux ministres sacramentaires , savoir Farel et Virel, chan^^ea son gouvernement et $■& religion, et kc
CBJTI<^UB DE MEZERAY. 5l
mil en réial à-peu-près qu'elle est encore aujourd'hui. » J'ai rapporté ici tout du long ces trois derniers paragraplies de Mezeray, parce que ^ comme c^est un auteur estimé, il était a propos de relever les.fautes qu'il a faites dans ce peu de paroles , contre la mérité de l'histoire et contre l'honneur de Genève. Car s'il n'avait pas mieux réussi dans ce qu'il raconte de la France^ son ouvrage ne mériterait guère de créance, ni^l'estime qu'il s'est acquise : 1^ Il s'est trompé d'un an sur la date de celte guerre. Ce fut Tan 1536 que le roi de France la fît au duc de Savoie 9 et non l'an 1S3S. Ce qui a trompé Meleray, c'est qu'il n'a pas pris garde, que dans ce temps-là les Français commençaient l'année à pâque, et qu'ainsi dans le temps que François F' déclara la guerre au duc de Savoie (c'clail au mois de février, comme Mezeray le remarque), on comptait encore 1535 en France; au Heu qu'à commencer l'année au 1" de janvier, on était à l'an 1536 ; 2" Il n'est pas vrai que les Genevois cherchassent à s'affranchir de la domination de leur évéque ; au contraire, la dernière fois qu'il fut à Genève, l'an 1533 , les conseils le prièrent inslamment d'y rester, et de se montrer un bon prince à leur égard (*); 3® Il n'est pas vrai que ce fut contre lui qu'ils eussent recherché l'alliance de Berne et de Fribourg, mais c'était contre le duc de Savoie, et pour se mettre à couvert de ses vexations et de ses entreprises; 4® Il n'est pas vrai, qu'ils se soient révoltes contre l'évéque, et qu'ils l'aient chassé. On vient de voir tout le contraire, par les sollicitations que les Genevois lui firent de rester au milieu d'eux : Il est bien vrai que, dans la suite, lorsqu'ils
' Mrzcray m. fi^i. h!ft. 4^i3.
virent qu'il se joignait au duc de Savoie leur cuncini déclare , pour leur faire la guerre , ils ne le reconnurent plus pour leur prince , cl ils ciaient en droit de lo faire ; b" Il n'est pas vrai gue le roi leur envoya plusieurs petits secours. Il ne leur en envoya qu'un; encore fut-ce fort secrètement et par des geas sans aveu. Il les désavoua même forfRellement , par un message qu'il envoya expressément à Gcnwe , au capitaine De Veray, sur la lîn de décembre 1535 ' ; 6° Enfin il n'est pas vrai que la ville changea son gouvernement, et sa religion, après que le duc en eut levé le aicge par la crainte des Bernois : le changement de religion s'était déjà fait l'année précédente , comme on vient de le voir; et quant à celui du gouvernement, il s'était fait par degrés , et peu-à' peu, dans les années précédentes. Ainsi voilà bien dea butes en peu de paroles.
Après celte digression, je reprena le fil de mon bia-
loire. Dès que le roi de France eut déclaré la guerre
BU duc de Savoie, il envoya ordre à François de Bour-
[- bon , comte de S. Paul qui clait en Daupbiné , d'entrer
F en Savoie, du côté de Montmelian. L'arinéc frani;aise,
s trouvant aucune résistance, s'empara de Cliaiubery,
Ljde Montmelian et de toute la Savoie, jusqu'à Saleneuvc,
et bientôt après de la Bresse -.
Ainsi , dans le temps que l'armée de Berne , qui avait
[ décampé de S. Julien, pour aller chercher ses ennemis,
ne sachant rien des desseins du roi de France, était aux
I environs de la montagne Wache, il y vint le 12 février,
I le seigneur De Villebon , prévôt de Paris , député de la
' SIcHler Ki. h.
LES FllA^fAU PKEDHE.IT LA SAVOtl. 3S
part du roi , pour dire aux chefs de l'armcei le dossmn ■le >on maître, et les conquêtes qu'il avait déjà faites ; les priant coiamc amîs , de lui etder dans soq entreprise, DSraat aussi le réciproque de soa côté aux Bernois (' ). Ceux-ci lui répondirent civilement : que comme ils
> aient cDlrcpris la guerre contre le duc pour les raiics , dont S, M. T. C. aurait clé sans doute informée ,
> avaient eu aussi dessein de chcrcber leurs ennemis, et i. les poursuivre par toute la Savoie, jusqu'à Chambcry ; ;':e cependant puisque le roi y portail déjà ses armes a voulait s'en emparer, ils voulaient bien pour se conter* cr son amitié, ne pas porter leurs armes plus loin, et s'arrêter en deçà des montagnes (*).
Ainsi l'armée française s'empara , dans les mois de I jiriec, de mars et d'avril, de la Savoie, de la Bresse '1 (lu Piémont. Le duc lui-même sortit de Turin le 27 mars , avec sa femme et son fils , ci se retira à Verceil. Turin se rendit aux Français, le 13 d'avril. Ainsi ce prince malheureux, qui avait porte ses vues am bilieuses sur un petit Etat qui ne lui appartenait pas, se vit dépouille de ses Etats , dans moins de quatre mois, et n'y rentra jamais. Il mourut de fièvre lente cl de tristesse à Verceil, le 16 septembre 1553, â^é de 66 ans et quelijuea mois (^). Mais je reviens à mon histoire.
Dans le temps que les Français s'emparaient des Etals dn duc de Savoie au-dclh des Alpes et du Ithôno, les Bernois, de leur côté, ayant changé de dessein, pour ne point se trouver en concurrence avec les Français , tournèrent leurs nrm''s, le 13 février, vers le pas de
< Stcutcr I. c. MS, Grooit. Vclicb, MiiS'v. 26.
» tJ-iUid.
■ Mcieray U9. ABO. (10. C3I.
l'Ecluae , qui est un passage clroil cl imporiaM trcmilc du pays de Gex, où le lerrain se trou^ iiicmcnl ficrrn entre la monlagne el 1c Rhône, et l par un forl. Ils Irouvèrenl le chemin bouché pi neiges, lia ne latsscrenl pas d'avancer, et ayant al le fort par quatre endroits, cl sommé en même tci: garniBOD de se rendre; comme elle n'était que i hommes, la plupart lulicns, iU se rendirent à c< sition (').
Pendant ce temps-là les seigneurs de Berne, v les mouvcmcns dos autres cantons , et jugeant biet leur serait difficile de conserver leurs conquêtes le conconrs de quelqu'un d'eux , envoyèrent des dé h leurs alliés deFribourg, pour leur dire « que, s jugeaient à propos, ils pouvaient s'emparer de villes du pays de Vaud, Itomont cl Rue; et qu'ils aideraienl même, a condition qu'eus (les Fribour| loa aidassent à leur tour a se rendre mallrcs d'Yvei qui ayant été sommé , le 1 2 février, do se rendre à l'avait refuse. » Les Fribourgcois reçurent agréable celte proposition, el s'engagèrent à so rendre tni de Romonl et de Ruëi ajoutant : et Qu'ils cspér que les Bernois leurs permettraient aussi, de s'cm do quelques autres places d'alcnlour, qui ne s'ét pas encore soumises à eux ; par oii ils cntendaîenl vertement Yverdun (°). »
Ils mirent efTectivemcnt quelques troupes sur ] dans te dessein de faire la conquête qui leur avai proposée; et demandèrent du secours a leurs alli< Lausanne, qui leur en envoyèrent. Mais dans let
> SUltlerSt. b. IHS. Gro • Stmltt U, 8S.
((uc ce secours ct^il encore en chemin, LL. EE. de FHl>oui^, DC IrouraDl aucune dîflîciiltc à se renâce maiires des places qui .leur avaieoc élé cédées, (apparcramenlparceqacleshabîlaos, qui olaîenl zélés catholiques, $e soumetlaienl sans peine à une puissance de leur religion), renvoyèrent ces troupes, ccrivanl, le 19 février, a Messieurs de Lausanne, que le différend qu'ils {paient arec leurs voisins était terminé par l'entremise de leurs bourgeois de Gruyère ' .
Cependant les seigneurs de Friboiirg ne donnant nu- -un serouTs à ceux de Berne; ceux-ci, voyant que ficl'-veélail absolument hors de danger, envoyèrent ordre Mix chefs de leur armée, de marcher incessainment arec leurs troupes en Içut ou %r partie, le long de la montagne, contre Yvcrdon , et de s'emparer, co chemin faisant, de Cossonay, de La Snrra, des Clées, et de Sie. -Croix '.
Dans le même temps les députés des cinq cantons pacifiques, el des Grisons, arrivés au camp devant l'Ecluse, firent aux chefs la même représentation, qu'ils avaient &ile devant les conseils de Berne. Ils y reçurent aussi In ■léiiie réponse; après quoi s'élant adressés inutilement aux officiers du duc de Savoie, pour entrer en négociation de paix, ils s'en retournèrent comme ils étaient venus (*).
IfCs Bernois laissèrent une bonne garnison dans le fort de l'Ecluse, sous le commandement du capitaine Jacques Hclzel , et reprirent le chemin de Genève , où ili arrivèrent le 16, chargés debutîn. Onze jours supa-
M DitMAMi» ne (iEH\E .1 r.E^^Vï.
ravant, lorsqu'ils y ciaicnt entrés, ils avaient dcmaDdé aux Genevois le Vidomnat, et ions les droits que l'éviSqtie avait sur eux, en qualité de prince de Genève. La demande paraissait plausible. Ils venaient de faire la guerre au duc de Savoie. Ils préleodaicnt donc, par le droit de la guerre, avoir acquis tout ce qu'il possédait dans ces quartiers-là; et pareillement aussi ceux de l'évéque, parce qu'il était leur ennemi, aussi bien que le duc; enfin ils les demandaient pour se dédommager des frais / de la guerre. Les Genevois avaient demandé temM pour répondre ; quand donc l'armée de Berne fut revenue^ ils leur répondirent : • Que les Bernois savaient fort bien , comme depuis dix ans Genève avait travaillé pour conserver sa liberfé contre le duc de Savoie, et inaintcnir ses droits contre l'cvéque , à quoi les Bernois avaient roniribuc etix-mèmes, comme de bons et de lidéles alliés; tellement que, par la grâce de Dieu, et par leur secours, leur ennemi s'était fondu comme neige; que s'ils avaient été d'humeur de se donner quelque inaitre, et de laisser perdre leur liberté, ils se seraient épargné lant de peines et de dépenses , qu'elle leur avait cof^lé ; qu'ainsi on les conjurait , qu'après leur avoir aidé n si généreusement à maintenir leur liberté contre le duc I el contre l'évéquc, ils ne ternissent pas une action ei i glorieuse, par une demande qui allait à leur oppression ; qu'on tâcherait de reconnaître leurs faveurs et leurs grands services, par toute sorte d'autres voies raisonnables etc. '. » Les Bernois ayant reçu cette réponse, , ne firent pas de plus grandes instances, el décampèrent de Genève, le 18 février, après y avoir demeuré deux jours *
■ HS. GrboMRosrt III Ch. 6t. Sat • SivionlIl.p.IBS.
INSCEIPTION DE LA CO&&ATIR*IE. S7
Dans le temps que l'armce de Berne élail aulour de Genève > il y vint des députes de la ville de Gossonay, pour faire ses soumissions. Ils reçurent aussi à Genève les soumissions des bailliages de Gex, et de Ternier.
Le 6 février précèdent les Genevois avaient fail des règlemens^ pour ramener et affermir la paix et la tran* quillité dans leur ville. Ils défendirent 1^ de se faire des reproches sur les divers partis qu'on pouvait avoir embrassés; 2^ d'intercéder pour ceux qui avaient abandonné la ville dans le temps de la nécessité, et moins encore pour les derniers condamnés , pour crime de trahison ; 3^ enfin , ils ordonnèrent à chacun de vivre selon les règles de TEvangile , c'est-à-dire , selon la réformation qu'ils avaient établie. Quelque temps après > le conseil > pour conserver le souvenir de cette merveilleuse délivrance, fît graver en pierre sur la porte de la Corralerie, une belle inscription latine^ dont voici la copie ' :
Quun. ANNO. MCCCCCXXXV. profligata. Romani. Antichristi. tyrannide. abrogatisque. ejus. Supehstitio-
RIBUS. SACROSANCTiE.CnRïSTl. ReLIGIO. Hic. IN SUAM. PU- RITATE9I. EcCLESIA. IN. MELIORESf. ORDINEl». SINGULARI.
Dei. beneficio. reposita. et repulsis. fugatisque. hostibus. lrbs. ipsa. in suaitt. libertateai. non. sine. insi-
CNI. MIRACULO. RESTITUTA. FUERIT. S. P. Q. GeNEVENSIS. 3IOXUMENTUM. llOC. PERPFTUiE. nEMoRIvE. CAUSA. FlERl. ATQUE. HOC. LOGO. ERIGI CURAViT. QUO. SUAM. ERGA. DeUM GRATITUDISEM. AD POSTEROS. TESTATAM. FACERET.
Cela signifie : Comme Tan 1535, après avoir détruit la tyrannie de Tanlcchrist romain, et aboli ses superstitions on a ici ramené la S. religion de Jésus- Christ a sa pureté, |et remis l'église dans un meilleur
^ Roset 111. Ch. 62. Savion p. 180.
ordre, par une grâce particulière de Dieu ; et qu'après avoir repousse et miE en fuite les ennemis, la ville même a été rétablie en sa liberté , non saas un insigne miracle; le conseil et le peuple de Genève a fait faire ce monument, pour mémoire perpétuelle, et l'a fait ériger en ce lieu, afin de laisser à la postérité un témoignage (le sa reconnaissance envers Dieu.
Les Genevois ne se contentèrent pas d'avoir celle in- Bcriplion dans un endroit : ils la firent encore graver sur une grande planche d'airain, qu'ils alléchèrent à la muraille de la maison de ville, près de la porte.
m. L'armée de Berne arriva le 19 février à Morges, oii vinrent aussi les députés de Vevej et de la Tour, pour se soumettre; et ils prêtèrent, le même jour, serment de lidélilo à la ville de Berne, réservant leurs franchises, et la liberlé de conscience. On leur promit en particulier de ne pas les laisser passer au pouvoir d'uo autre maître, comme ils l'avaient appréhendé '. Leur appréhension n'était pas mal fondée, car les Fribourgeois avaient envie de s'emparer de Vevey, Aussi deux jours après, le conseil de Fribourg, ne sachant rien de celle soumission, écrivit au conseil et à la communauté de Vevey la lettre suivante.
« Amiable salutation devant myse. Nobles Saigea et Discrets, très cbiers et bons amys et visins. Pource que lesoccurans sont dangereulx, vous envoyons ce présent noslreheraulx, pour vous advenir plus amplement de uostre voloir, vous pryons et advysons vous rendre à nulls, scnonà nous, qu'il sera pour le bien de l'excellence de Mr. de Savoye vous garder et défendre; et
' SirllIcrSS.
ILLI ASSÙGI TYBADOH. 89
noelre sainle foy, commeni plus amplemeni enleodrez, à ce vousdysanià Dieu ; datum le 21. de febrrier anno elc. ^ 36. »
Ladvoyerel conceil de la ville de Frybourg.
L'adresse était ,
A nobles sayges et discrets, à Mr. le halliff conseil et cammunauUé de Fiçey, nous (nosjchiersbonsamys et poysins. '
Cependant Tarmée de Berne décampa de Morges, le 20 février^ et arriva à la ville de La Sarra, dont le cornmandanl se rendit k discrétion. On épargna la ville , mais on brûla le château y et on le réduisit en cendres '.
Le lendemain on alla mettre le siège devant Yverdon^ et l'on y reçut les soumissions de ceux des Clées y de Sle. Croix ^ de quelques autres petits lieux y et de divers gentilshommes d'alentour ^.
Dans le même temps les Fribourgeois envoyèrent une dépulation à leurs alliés de Berne ^ pour les prier de leur laisser prendre les seigneuries deRomont, Ruë^ Vauruz, ChâtelS. Denid, S* Aubin et Eslavayer. L'ayant obtenu^ ils demandèrent encore Surpierre , Molière^ Yevey et La Tour. Les Bernois les leur cédèrent encore ^ ne sachant pas que ces places avaient déjà prêté serment de fidélité à leurs officiers. Les Fribourgeois envoyèrent donc des commis à Vcvey^ pour sommer cette ville de
I Arch. de Vcvcy. Paq. 5. lâ. 10.
' StcUlcr. 85. II.
U VVIRDOK GAflTULE.
10 rendre à eux; maïs ces commis ayant vu les armes de Berne lur [a porte , ne jugèrent pas à propos d'exécuter leurs ordres. Ils envoyèrent incessamment un courrier à Fribourg, pour recevoir de nouvelles instructions sur ce sujet. Cependant ceux de Vevey, aimant mieux élre Eoumis aux Bernois qu'aux Fnbour((Coia, envoycrcDl incessamment un héraut au camp des Bernois, porter les des de leur ville, et leur apprendre ce qui leur était arrivé. Iics chefs de l'armée résolurent de garder Vevey, et do tenir à la bourgeoisie du lieu ce qu'on lui avait promis ; sachant bien que, si leurs seigneurs avaient fail celle concession aux Fribourgeois , c'était parce qu'tb avaient ignore que ces places s'ciaient déjà soumises « • eux *.
he siège d'Yverdon ne fut pas long. Le jeudi 74 février l'armée do Berne s'otant emparée du faubourg , et se préparant à donner l'assaut à la ville, les assiégés balr tirent la chamade, et dcmandèronl k capituler. On les reçut sous ces conditions : 1" Que les soldais, sujets dos cantons , se rendraient à dtscréliou , el que les ctrangera seraient dépouillés; 2" que les gens d'Yverdon remettraient, entre les mains des Bernois, les droits et les titres de leur ville , leurs armes et tous les eflcts qu'on j avait sauvés; que chacun n'y garderait qu'un couteau à couper du pain , et qu'ils paieraient une certaine ran^tui,
. k proportion de leur bien et de ceux de la châielaÎDie;
t 3* que le capitaine de S. Suphorin , qui commandait la la place, aurait la vie sauve. Ces articles ayant clé agréés el jurés, tant par la bourgeoisie que par le capitaine , la ville se rendit le lendemain 25. On porta dans le camp le drapeau de lu ville, avec ses clés el celles du châleau.
L'AMiti A patkhhe. tl
)« sceau de la villo et de la cbàtclainie. Od y mit une garnison de 200 hommes sous le commandemenl de George Houbelmaa '.
Le jour auparavant, les deux seigneurs de La Sarra etdel'IIe, cralgnaot de tomber entre les mains des Bernois, firent semblant de vouloir examiner les endroits faibles de la place, par où on pourrait \cs atlaqner ; et se sauvèrent avec leurs domestiques, et quelques soldats allemands , des plus braves de la garnison ; de sorte qu'on ne trouva dans In ville que trois soldats illemandâ, cinq do Gruyère et soixante du pays; cl lins le château environ deux cents. On Ht grâce aux illemands, à la réquisition des députes des cantonade Zarîch, de Bâie el de SchalThouGc. On laissa aller les mires, après les avoir dêponillés*.
Le lendemain de la prise d'Vverdon, samedi 26 ISvriçr, on congédia l'arrière-garde , composée des troupes de Neuchatcl, de Valengin, et de la Bonne Tïllej en les remerciant de leur bon secours ^.
Le 27 l'armée prit la route de Payerne , où arrivèrent aussi, en mémo temps, quatre seigneurs députés de Berne, pour reinCtlre solennellement aux Fribourgcoîs les places qu'on leur avait cédées. 11 y eut là une dispute fort »îïe entre ces députes el les chefs de l'armée. Ceux-ci, voyanl avec chagrin, que leurs seigneurs etisscnl cédé tant de places ans Fribourgeois , soutenaieol qu'ils n'avaient point eu droit de le faire ; d'autant plus qu'ils n'avaient été exposés à aucun danger, pour lequel ils eussent dû faire un si grand sacrilice ; et
qu'eDËnilsavaieDl faîl brèche en cela an pirin pouvoir dontilslesaTaicntrevâlus.Bnfia pou rUol, après bien <Im contestalions il fallut se soumeUre à raulorilésoDveraiM ; cependant îli voulurent absolument garder Vevoy^ La Tour, el Surpierre, dontîla avaient reçu les eoumiastons, et les Qés. L'affaire ayant été portée à Berne devait le grand conseil, après le retour de l'armée, il y fut résolu, le 1 mars : c que l'on conserverait Vevey et La Tour, pnisqu'on ne pouvait pas révoquer honnétomeBt la promesse que les chefs de leur armée avaient faîte à ces deux places. » Dans l'espérance, dirent-ils, qu l'état de Frihourg se contenterait hiea de celles qu'os lui avait cédées, et qui ne lui avaient coûté ni peinej si dépense. *
Il ne restait plus rîen au duc de Savoie , dans loDl le pays de Vaud, que le château de Cbillon, place assez importante; (sur un rocher, au bord du lac Léman, entre Vevey et Villeneuve); parce qu'elle ferme un passage étroit qu'il y a là, entre le lac et la mon- Ugne. .
Dans ce tems-tà le sieur de lOarveld, ambassadeur de l'Empereur en Suisse, demanda eux Bernois, de la part de son midtre, de soumettre la décision du différend qu'ils avaient avec le duc de Savoie, ii lui, (ambassadeur), el aux députés d6 quelques cantons; et leur, proposa, en attendant, d'accepter une trêve. Ils y consentirent, è condition que ceux deChillon la recevraienl aussi, et l'observeraient exactement. Mais les soldata qui étaient en garnison àChillon, ne voulurent pas observer la trêve. Au contraire, montant sur quelques galères ou barques qu'iU avaient, ils liront diverses
' Stelllcr I. c. p. S8. a.
ABHEI DE CUILLOH.
lournées eut le lac , insultant et sllaquanl les I» nouveaux sujets de Berne. En particulier ils [>illè- ■ni et fourragèrent la ville et l'hôpital de Villeneuve,
: il V avait garnison bernoise '.Lei- seigneurs de Berne .j>anl appris, furent conlinints de doubler et de ren-
rcer leurs garnisons dans le voisinage de ce cliâtcau ; 1 rcfiolurcnt le 1 1 mars de rcmellre sur pied une petite
:-.iée de mille hommes, pour en aller faire la conquête,
us la conduite du trésorier Jean François Naegueli ".
[1 même temps ayant appris que l'évêque de Lausanne -'tdïl déclare contre eux dans celte occasion, ils réso-
:i.-al de lui faire aussi la guerre. On leur avait remis 1 lettre au châlelain de Vevey, que j'ai rapportée
Io-4lessu& , et que j'ai trouvée dans leurs archives; et >w armée n'avail pas pu ignorer les mouvemens qu'il l'rUit donne contre eux. Le bon prélat était alors à IsuiBone. Ne sachant rien de cetlc résolution, il pria conseil, le 12 mars, de lui donner uo conseiller. jur accompagner les députés qu'il envoyait ii Berne JHs le dessein de demander îi LL. EE, une certaine . icc de peu d'importance '. Il s'imaginait peut-être, I» ces seigneurs ignoraient la conduite qu'il avait -me dans cette guerre, ou que, s'ils en étaient ins- Jiis, ib respecteraient sa dignité épiscopale, el ne se ^/Mteraienl jamais à des résolutious violentes contre lui. ^■ilia l'événement lui apprît qu'il avait mal compte. ^HUkai n'ayant point de forces à leur opposer, il prit le ^Mrti de se retirer sans bruit. 11 paraît par les registres 1 conseil de Lausanne, qu'il était encore dans sou
; M5. Amp. 14U. ISO.
- Id. ikiJ. S. b.
' M»«. de Laos .SO? I.
château épiscopal le mardi 21 mars '; mais qu'il a'j était plus le Jeudi suivaut ^; d'où l'on doit conclure, qu'il s'clait relire daas l'iotcrvalle d'entre ces deux jour».
Le sieur de Bois-Rigaut, ambassadeur de France on Suisse , fui à Berne , dans ce Icms-là , et demanda de la part du Roi son maître, 1". le passage pour des lansquenets, qu'il avait pris à son service , et 2". sauf-conduit pour révcque de Lausanne. On lui accorda le premier, pourvu que ces soldats ne passassent point en ordre d'armée, mais par petites troupes. Mais on lui refusa le second, et on lui dit que ce prélat ayant été l'un des principaux boutefeux de cette guerre ; on espérait que le Roi, comme ami des Bernois, no voudrait point intercéder pour ce prélat leur ennemi, ni le proléger '.
D'abord qu'on cul avis h Lausanne , de la marche de l'armée de Berne, le mardi 21 mars, les chanoines parurent une seconde fois devant le conseil, le priant, de conférer avec l'évèquc, au sujet du ministre réforrac, et d'intercéder pour leur église, auprès des Bernois, alin que leurs soldats ne lui fissent aucun mal à leur passage ; ajoutant, qu'ils étaient résolus de vivre mieux à l'avenir, qu'ils n'avaient fait jusques l>i. La frayeur avait réveillé leur conscience, qui leur faisait senlïr qu'ils s'étaient rendus odieux par leur dcrégicmens. Le lendemain ils offrirent cent çcus d'or à la ville, pour les frais de la guerre. Un les refusa, mais on leur proposa de céder à la ville la juridiction temporelle de S. Prei, Esserline, et Don Martin '.
■ SIelllerl. C.6S.
* Man. J« Laui. 909.
' L'armée de Berne Ht demander le passage aux qualrc ptroissee de La Vaux, pour aller à Chillon, par le caul du conseil de Lausanne. Elles l'accordèrent , ne pounnt faire mieux. Le conseil de Lausanne comme atni [ commua , y envoya des consciltcrs , pour servir de sauve- |Vde '. Dans le racine teins l'évêquc, craignant de tomber entre les mains des Bcrnois,disparutel s'évada, et n'a jamais remis le pied depuis dans le pays. Les Bernois arrivèrent à Luiry , le Dimanche 36 mars, et y dt&èrent. Comme leur armée voulait en partir, quoloues bourgeois du lieu prirent querelle avec des soldats , t en blessèrent trois, dont il y en eut un qui en mourut. luette aventure fit une peine extrême au conseil do liUirV) qui appréhendait le ressentiment des Bernois , àèjk irrités contre eux , ii cause de l'indigne traitement qu'on y avait fait l'année précédente au ministre Hiebel. Il envoya quelques conseillers au camp devant Chillon , avec dos présens, pour apaiser le général beraois. niais il ne voulut voir ni eux ni leurs prcsens ; ce qnî le* consterna beaucoup '.
Cependant l'armée, arrivée devant Chillon , le 27 se mil en devoir de l'assiéger. Les Genevois, à la réquisition de leurs altiés de Derne, avaient envoyé à leurs tccours quatre bateaux avec cent hommes, et quelque artillerie. De ces bateaux deux étaient armés en façon de barque marine. Aux autres il y avait des balles de laine, pour faire des remparts contre l'artillerie du château, et ils conduisaient des vivres. Le chàtean était défendu, du câté du lac, par uns grosse barque armée, qui était la plus grande qu'nn y eilt encore vue ; mais ,
Mm. de hatry fol. a9. 31.
Man. deLulrf lol.SI. 33. 3j.
(6 rniu I» catiLon it
à l'approche det baleauz de Genève , elle s'enfuit. Ainsi le chitetu serré de deux cAlcs , sur la terre par les Bernois, et sur l'eau par les barques de Genève, ne liai que deux jours, et le sieur de Rie, natif de Faudgay, qui j commandait, se rendît le 29 è compoeîtion ; après avoir essuyé cinq à six coups de canon * . On y Iroova de grandes richesses, et quelques prisonniers; entre •Btres le bon Braoçois de Bonnivard, prieur de Saut Victor de Genève, (qui yavait été conduit traltretise* ment l'an 1530, comme on l'a dit à cette année-là) : al tes trois députés de Genève, qui avaient été arrêtée k Coppel, au mois de novembre de l'année précédente. Jjes Bwn ois les relâchèrent tous quatre, mais ils ne firflBij pas le même traitement è un gentilhorome oonwé Darbignon, qu'on y avait arrêté pour fait d'homicide. lies bernois lui firent trancher la tête *, et ce fut le k premier exercice qu'ils Crenl de leur autorité , depoia la prise du peyS'
C'est ainsi que les Bernois , et avec eux , les Fribour» ^ geois, dépossédèrent la maison de Savoie, du pays da '■ Vaud, dont elle avait été en possession depuis 276 ans. Un prince de cette maison, Pierre de Savoie» l'ftvail envahi l'an 1260 sur l'empire d'Allemagne, à qui il avait été dévolu l'an 1218 par la mort du demiw duc de Zeringen, fondateur de Berne, et (ils du fondateur de Pribourg. Ainsi Berne et Fribourg, partageant entre , elles ce pays, il semblait qu'elles rentraient en possession de l'héritage de leurs pères.
Cette conquête ne- satisfit pas encore les Bernois. . Voyant que l'évêque de Lausanne clail éloigné de son
' Slct(lci-8S. b. Sivion p. ISH. MS. Thoro. 57. * MS. il>. Savionp. 186. Roset III.C. 66.
^iisc, et que l'occasion dose venger de lui, élait favorable , ils en prorucreat pour exécuter la résolution qu'ils anicQt formée contre lui. A leur retour de devant CbîlloD , tU sommèrent les quatre paroisses de La Vaux, de leur prêter serment de fidélité; ce qu'elles firent, quoique fort à contre cœur; car comme l'ignorance et U bigotlerie y étaient extièmes, elle ne pouvaient souffrir qu'avec chagrin la domination d'une puissance réformoG '. Quelques semaines auparavant, aux premières nouvelles de l'expédition des Bernois, ces paraîraes avaient fait une ligue entr' elles ', pour leur 'oFense, cl Lutry en particulier avait fait nettoyer ses ; ^iôs, et commencé quelques autres travaux pour se foitificr. niais ces bonnes gens, se voyant abandonnés de l'êvêquc, ne jugèrent pas à propos de se sacrifier, pour se conserver à un seigneur qui avait déserté sa ICfre. Ils se soumirent donc le 31 mars. Ceux qui eo InniTèrent sur les lieux prêtèrent serment de fidélité aox Boraois, en réservant leurs franchises et leurs prîrilèfçes, et curent ordre d'envoyer k Lausanne des députés pour prêter le même serment au nom de leurs coramimaulés. Ils le firent et les députés deces paroisses prièrent ensemble le serment en présence do deux con- (âllcrs de Lausanne; en protestant pour la consertation de leurs droits, de leurs privilèges, cl aussi de '?iir religion ; ce qui fut agréé par les Bernois ^.
Le même jour, 31 mars, au soir, l'armée de Berne uriTa triomphante à Lausanne; et le lendemain (Samedi 1 d'avril ) Naegueli et les autres eommandans Bernois,
' Hui. de Luirv iol. M. :>:>.
* Ibid. loi. i3.'l3. 16, 17.
* Ibid. t. 33, m. Piuaut. Arch. Je Viiicii
B. Inïlr. I.SIS.
flp aom àa leurs inaîlrcs du cUâprirent possess.on, ^^^^^^^^^ ^^ ^^^^ y^ Icmporel tcBU, des droi». ^'6" .... - . ,
de l'évêqoe de Lausanne, qui ela.l a porlee de leur
« Ti(>« cbsDoiaes de la cathédrale cnvovéreot dei armes ■ l'est-" j
drpuics * Berne, pout se mellre soufi la proteclion de ces nouveaux seigueurfi ; cl les comiiiandans de l'artnoe de Berne prièrent LL. EE, de les traiter doucenienl, pour ne pas les ofîaroiiclicr, de peur qu'ils se donnassent à d'autres ^. Mai^ avant que les chanoines tissent cette démarche, le conseil de Lausanne reso^ lui de leur demander 200 écus d'or pour les frais da la fçucrre*.
Il restait encore trois places à l'cvèque, Avenche Liicens et Bulle; dont les deux premières sont sur lÉ grande roule de Lausanne à Berne, cl la dernière est dans le canton de FrtJbourg, du côté de Gruyère- L'armi de Berne s'empara d'Avenche et de Lucens, en s'en r tournant. Avcnchesomméc de se rendre au:t Bernois,, s'en fit d'abord quelque peine, el le refusa , voulant de» mcurer fidèle àl'èvèque son seigneur, cl disant : qu'oo n'y avait donné aucuu sujet aux Bernois de les attaquer. Itlais comme on eut menacé les habilansde leur faire éprouver les rigueurs de la guerre s'ils ne se souminettaient, iU te lirenl, et prêtèrent serment de fidélilé à l'Etat de Berne, *.
Quant à la ville de Bulle, comme elle est enclavée dans le canton deFribmiru^, les seigneurs de cet Etat, la trouvant il leur bienséance, s'en mirent en poEsesioa,
' MS. Grooss. Man <lo t.uln !. r, Slprikr s'est Irompo ici. p. 68. h. menant la aoumissiori île l.aui.-innc , avant la prise de Chillofii ' MS. Grooss.
^ Mail, lie Uus. SOB. L.
' Arch. d'AvcBcbt.