‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 2)Chapitre 5 sur 32 · SON TESTAMENT. M · texte numérisé non relu

SON TESTAMENT. M

Quelques mois avant sa mon, il lU son lestameat de sa propre main , suivant la permission qu'il en avait obienue de l'empereur , du pape^ et du conseil de Baie, (il avait besoin de cette permission étant bâtard); il institua pour son héritier, le docteur Boniface Amerbach, le meilleur d#8es amis; et fit divers beaux legs aux exécuteurs de son testament, et à quelques amis, particulièrement au docteur Louis Bosr; à Beat Rhenanus, et à Sigismond Gelenius. II voulut que tout ce qu'il avait d'argent comptant soit pa^ devers lui^ soit en banque, chez Erasme Shet, marchand d'Anvers, fât employé, par la volonté de son héritier et des exécuteurs testamentaires, a faire des aumônes aux pauvres, aux malades et aux vieillards nécessiteux , "k doter de pauvres filles , cl à entretenir quelques éludians, dont on pourrait avoir bonne espérance. Le docteur Amcrbach remplit si généreusement la volonté du testateur, que, content de l'honneur d'être son héritier, il céda par charité, et pour la gloire de Dieu, quelques centaines de florins d'or, qu'Erasme lui avait donnés, pour faire une fondation plus riche, et d'un usage plus étendu. Et c'est la l'origine de ce qu'on appelle h Bâie le Collège dE^ TosmCy où Ton entretient gratuitement un certain nombre d'étudians pauvres. Et même, afin de faire tant plus d'honneur à la mémoire d'Erasme, après avoir satisfait les légataires, il distribua encore quelques vases de prix, et quelques joyaux qui lui restaient, à quelques amis d'Erasme, à qui ce grand homme n'avait rien légué, entre autres à Henri Glarean^ et à Simon Grynaaus. *

On ne peut pas douter , qu'Erasme^ n'ait été un grand homme, et que les sciences, et la théologie en

* Wursliscn I.ib. VIII. Cap. XV.

particulier, ne lui aicBl de grandes oUigaiiom, nonsealemeni povr les bons ouvrages des anciens pères , et des auteurs protasea, ((a 'il fit imprimer, mais aussi par ses propres ouTts^es, pleins d'érudition et de bon sens accoMpagné d'un certain sel et d'une fine plaisanterie, qui les fait lire avec pWsir, tels que sont, entre antres , son Eloge de la foKa , et ses Colloques , qui ont été réimprimés plusieurs fois; mais dans les pajT* catholiques , en j retrandiant plus de la moitié. Comme il tooIhI se ménager entre les deux partis, les calholiqoes et les proteslans, il n'a plu ni aux uns ni anx aotrea. Ad commencement, et avant l'éclat que firent Luther et Zwingli , il avait beaucoup écrit contre la plupart des abus et des Buperslilions de l'Eglise romaine ; mais dans la suite, voyant que les proteslans se prévalaient de ses écrits, et que cela luî allirait la haine des bigots ; la crainte de perdre ses pensions et son crédit dans l'Eglise romaine, l'engagea à médire cruellement des réformateuia et des réformcG. Oo ne sera pas fâché de vcnr ici , ce que M. Le Clerc a écrit sur ce sujet. '

« Le reste de cette année, 1S27, dit-il^ &asme ne fit que se plaindre au ciel et à la terra, des moines et des réformateurs ; et l'on a de la peine à comprendre desquels il avait plus maavaise ojànion ; quand on lit ce qu'il dît des mauvaises mœurs des luthériens et des réformés, on ne conçoit pas, s'il dît vrai, comment ces gens pouvaient ne pas s'attirer la haine et le mépria de tout le moude, ni comment ils purent se soutenir. Mais avec le respect qui est dû à sa mémoire , des geos si détestables n'auraient pu engager personne à se laisser

' BibliolhcqiM choiiie. Tome VI. ps|{e 177. etc.

brûler pour la religion : cl riii^loirc de ce 1em|iii-là nous

8|i|irciid le conlraire. On voit bien qu'il était eu colère

contre rux , parce qu'il criait qu'ils donnaient occasion

•lus moines de le dilîainer, comme s'il leur avait fraye

le chemin. Cela faisait qu'il se repentail d'avoir avancé

certaine vérités touchant la liberté évangélique, dont

on abusait, à ce qu'il croyait. Dans celle lettre ii fait le

de fort mauvaise grâce, et l'on ne le re-

mnall plus. Il y a un autre endroit remarquable dans

f lettre 905 à Pirkheimer : Je ne sais, dit-il, de quel

ida est l'auloritê de l'Eglise dans l'esprit des autres;

ion égard elle eel d'un si grand poids , que je pourrais

'edu sentiment des Ariens et des Pélagicns, sï l'Eglise

t approuvé ce qu'ils ont enseigne. » M'. Le Clerc

de belles et de judicieuses réfleaions sur ces der-

es paroles, et montre fort bien qu'Erasme ne défé-

It ainsi aveuglement à l'autorité de l'Eglise, a que

irce que c'était le plus sûr parti pour jouir de ses rc-

lUS, el vivre avec douceur dans le monde. On n'agit

inl ainsi , de peur de s'égarer dans la recherche de

vérité, mais de peur de perdre son repos temporel.

fallait, ajoute-l'il, dire ces vérités une fois, pour les

opposer aux prétextes d'Erasme, qui fit désormais le

missionnaire, et te missionnaire emporté. »

Après celte digression, je reviens à nos affaires do lisse. Et pour mettre ici tout de suite ce qui regarde lie cl son diocèse, je remarquerai que les difficultés icommencêrent cette année dans la prévôté entre les chanoines de Mouti ers-Grand- Wal , el les paroissiens do Keu. Ce fut en vain que les seigneurs médiateurs, de Berne et de Soleure, avaient attaché à leur arrêt du 30 juin 1 535 , une amende de dix livres bernoises , contre la partie qui violerait la première les traités; le zèle

catholique ne ee laisse pas brider par les traités. Les chanoines devaient, suivant les arrêts et les réglemens des deux cantons qu'où vient de nommer, laisser les gens du paja en pleine et paisible possession de la rpformation qu'ils avaient cmbras-^éc. CcpcndaiiL ils voulurent les obliger ii se soumettre au^ lois do l'Eglise romaine pour les fi'tes, pour le« viandes, etc., à s'accuser même devant eux, et a comparntiro devant leur tribunal , pour y rendre raison de la violation de ces lois ; oniin ils Isur imposèrent trois livres d'amende, loules les fois, par exemple, qu'ils mangeraient de la viande dans les jours défendus. Les réformes du pays s'en plaignirent aux seigneurs de Berne, qui, t'aunôo soi vante, le 12 janvier, y envoyèrent des députés, pour dire aux chanoines de laisser en repos ces gcns-lh. En mcnic lems ils les chargèrent de Oiirc recevoir la rcformalion a la pluralité des suffrages, partout où cela se pourrait faire. ' Comme le roi de France continuait à persécuter lee protestans de son royanmc, les villes de Zurich, do- Bcrne, do Bàle et de Strasbourg, envoyèrent des ambassadeurs à ce prince pour înlerccder auprès de lui, en faveur tant de ceux qui étaient en prison pour cause • de religion, que de ceux qui claientsortis du royaume.

Ces ambassadeurs parurent devant Frani

Me 17 fé-

vrier 1336, et lui parlèrent si cloquemment qu'il eo parut touche, et qu'il leur fît de bouche une réponse assez favornblc; promettant de faire élargir ces prisonniers , et d'ouvrir le royaume ii ceux qui étaient fugitifs. Mais il fut bienlûl change, et l'on donna par écrit à ces ambassadeurs une réponse toute difTcrentc de celle qu'il leur avait faite débouche; on y disait, que le roi accor-

' R, Inïlr. 1) tOS.

IL mtCOMMBVCB CBPBIIOANT LIS PBasftCUTIOHS. - l€Q

dait k ces gens^Ià la grâce qo'on loi demandait pour eux, à condition qu'ils aligurassent le latbéranisme. Ces aai«> bassadears sollicilèrent la coar à relrancker celte condition , en représentant que par là on ne leur accordait rien ; mais on 1^ leur refusa , et on voulut même leur faire valoir comme une grande faveur, l'octroi qu'ils venaient d*oblenir. Ainsi ils furent obligés de s'en retourner sans rien faire. Et l'année suivante sans aucun égard pour l'intercession de ces républiques , la cour de France fit brûler quelques-uns de ces protestans, pour qui elles avaient intercédé, et qui étaient en prison à Sîmes. Les seigneurs de Berne l'ayant appris; écrivirent, le 17 novembre 1537, une lettre très-forte au roi sur ce sujet ; ils lui disaient : « qu'ils voyaient avec un extrême déplaisir ce traitement qu'on faisait à leurs frères, qui avaient la même religion qu'eux; qu'ils apprenaient par là quel cas on faisait d'eux ; qu'ils le priaient et le conjuraient par tous les bons services qu'ils lui avaient rendus, et pour la gloire de Dieu, de faire cesser la persécution dans son royaume, et d'y laisser prêcher la vérité salutaire de l'évangile. * » Mais la cour de France n'eut aucun égard à ces représentations. '

Dans ce temps-là lés seigneurs de Zurich et de Berne persévéraient toujours dans leur ardeur à soutenir les règlcmens qu'ils avaient faits contre les pensions et les étrangers. Les sollicitations pressantes, que faisaient faire en Suisse l'an 1536 les diverses puissances qui

' B. WeUch. Mlssiv. /tô. MS. GroosJ.

* Voyez rilisloiie des Eglises Réf. de France, Tome l. Voyca. dans l'Apendice les Instructions données aux ambassadeurs par devers la royale majesté. Cette pièce est empruntée aui Berrf, Zeiitings Missiven.

iM ttOUVMBKS DB EDUai KT BKBNB

claienl ea guerre (l'empereur^ le rm de FraDce^ le duc de Savoie, cl d'aulres priocM encore) pour avoir du eecoars des CanlouB , causèreut divers Iroubles dans le corps helvélique. Les loîgiiears de Zurich firent sur ce sujet de vives reprcsenlalions aux Gantons en diverses diètes , et les soliicitèrenl à abolir cet usage des pensions cl des services clrangert. ' Une diète des Cantons devait s'assembler à Bade au mois d'août. Lès seigneurs de Berne donnèreal ordres leurs députés, de dire aux Cantons , « qu'ils avaient déjà publié depuis quelque leropa les ordonnances nécessaires sur ce sujet, et qu'ils souhaiteraient qu'on s'; conformât dans toute la Suisse , et qu'on n'écoutât plus les étrangers dans leurs scJlicilatioos. *

La chose Tul proposée daos celte diète, mais on n'j convint de rien. Les députés de Luceroe, de Zoug, de Solourc, de SchaflThouse ei d'Appenzell, déclercrenl que , qaaul à eux ils approuvaient la proposition de ceux de. Zurich, et qu'ils étaient prêts à écouter ce que les antres diraient , pour en faire le rapport à leurs supérieurs. Ceux d'Uri, de Schwiiz et d'Underwald du quartier d'enhaal, dirent qu'ils avaient reDoncé par serment aux services étrangers et aux pensions, et qu'ils priaient les autres cantons de se conformer à eaz dans cette affaire. IJuâerTpakl du quartier d'en bas répondit, qu'il rappellerait s%s soldats de toutes parts; que cependant il voulait garder fidèlement envers l'empereur le traité de l'alliance héréditaire, et envers le roi de France celui de la paix perpétuelle, et qu'il était d'avis de ren* vojer tous les minislres étrangers. Claris dit, qu'il sui-

< SicUlerli. p. 89. 90.

' B. liijir. 83. b, StcUlcr. S9. I>.

vfail agrpablemcDl la rôsoliilion qui serait yinsc h lu [iluralîlc des sufTra^es. '

ill semblait que de si belles dispositions promcUaicnt une conclu s ion heureuse et unanime; mais tout cela ne fut qu'un feu de paille. On résolut de se rassembler en spplembre, et qu'alors on exmnineiai'l celle affaire à fond. Les seigneurs de Berne donnèrent donc ordre à leurs députés, de faire de nouveaux efforts auprès des Cantons sur ce sujet, et de leur dire : « Qu'il ne deiiuindaient rien à Dieu avec plus d'ardeur, sinon, que tomme, par ta grâce du Seigneur, ils avaient aboli chex eux ce honteux trafic, ' qu'il plût aussi à cbaque canton de faire la même chose, pour la gloire de Dieu, et pour I le bien général de tout le corps helvétique. Qu'il serait I bon que chaque canton eût assez de zèle , pour Faire cela f cfaez soi. u Enfin ils chargèrent ces députés de proposer iju'il fût défendu à tous les membres du corps helvétique, I entrer dans aucune alliance sans le consentement des luires. ' Mais les sollicitations des deux premiers cantons furent inutiles. Les princes étranger:* répandirent tant d'argent et promirent tant de pensions , que divers cantons, surtout les catholiques, se laissèrent gagner;

|«infi les belles résolutions, qu'ils avaient témoignées, s'en allèrent en fumée. * Dès là les seigneurs de Berne le bornèrent à régler leurs sujets sur cet article, aussi bien que sur les autres.

Ils renouvelèrent les défenses ii ce sujet, le 8 février de l'année suivante 1537. D'autant, disaient-ils, que notre ordonnance, par laquelle nous avons aboli, pour

la gloire de Dieu, el pour le bien de la patrie; le cruel et saDguioairc traGc des peasîons el des services étranf^crs, ' ne s'observe pas, elc. A ces causes ils les défcndaicDt très-sévèrement, sous peine de confiscaLion et do banoisscmcnl, pour les oFGciers ; el de conlîscaiioa et d'emprisonnement, pour les Soldats. En même tems ils envoyèrent dos députes par toutes les communautés du pays^ pour mettre de bons ordres partout, afin que celte ordonnance fâl observée. *

* Dm lilu[»tlcl>li)ten Gcwerb dcr pensionen und reiM(;c1ïuffcii. ■ a Instr. p. tIS.

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