LIVRE QUATORZIEME
Les Genevois, se trouvant délivrés des vexations et des hostilités da duc de Savoie, et des agitations perpétuelles où il les avait tenus par la crainte de ses armes, proGtcrent du repos et de la liberté dont ils jouissaient pour metlre en bon ordre les aflaires de leur ville et de leur Eglise, et pour faire part à leurs nouveaux sujets de la lumière de la vérité dont ils avaient été éclairés. Ils s'occupèrent donc celle année et la suivante a mettre 1b dernière main à ce grand ouvrage.
D'abord les conseils travaillèrent à réunir les esprits des bourgeois, qui étaient extrêmement divisés entr'eux, La réformation était bien la principale cause de leur division; car encore que tous, à la réserve de quelquesuns, fissent extérieurement profession de la suivre, les uns pourtant étaient plus zélés et plus ardens que les autres^ ce qui donnait lieu à des soupçons, à des accusations, à des reproches, et aux termes odieux de papistes et de Luthériens , que l'on employait de part et d'autre. Mais outre cela , la démolition des faubourgs , que le conseil avait. ordonnée pour la sûreté de la ville, non seulement avait aigri contre le gouvernement l'esprit de la plupart de ceux dont on abattait les maisons ,
108 GltlIVB. ftEGL»IHS
mats avait encore cause entre plusieurs bourgeois et habitans des procès, des querelles eldesbaioes, qui paraissaient irréconciliables. Farel et les autres miais- Ires s'étaient donné beaucoup de peine, et en public dans leurs sermons, et en particulier, pour apaiser ces divisions; et ils avaient souvent sollicité lee cooseib d'employer leur aatorité pour les Taire cener. Enfin , le 6 de février 1536, le conseil général du peuple ajut été convoqué, on y passa un édit, par lequel les boqiw geois Kpmirenl par serment solennel d'oublier toutes ^ les injures passées , que l'on croyait avoir reçues il cause | de la religion et des faubourgs, de ne se faire amoB j reproche les uns aux autres , de vivre dans une parfaîu ^ union , et de se soumettre aux ordres des syndics M dei , conseils. '
On s'appliqua aussi à régler l'culcrieur du service di- '. vin. On détermina le nombre, lo lieu et le temps des 1 sermons. On trouva à propos d'en faire un le diosancbl | à quatre beures du malin, en faveur des domestiquM i qui pour l'ordinaire étaient occupés le reste du jour aq(P aCTaires de leurs maîtres. On établit quatre ministres et deux diacres, pour prêcher rcgulièrement aux joan atr signés. On leur lit des pensions Gxes et avantageoMS, que l'on prit sur les biens ecclésiastiques. On ordonna que le jour du dimanche eerail religieusement observé, et que toutes les boutiques seraient exactement ferméeit; que pourles sacremcns on célébrerait la sainte cène quatre fois l'année ; que le baptême pourrait être célébré tous les jours, mais seulement dans le temple, par un nùiiistre, et à l'heure du sermon ; que pour les mariagei> ils 50 feraient avec toute la modestie possible, et qu'ils
' MS. Chourt. p. m. 4u. Roiel III. C. 03.
i bcnis [)tibli<iuemcnl c-n ua sermon , a^u ôs avoir
todcé.'i trois fois. '
'au commenceraont de ce siècle , on s'élail con-
Csire (irècher en quatre temples , à St. Pierre , à
ais, à la DladcIeiDe et à l'Hâpilal ; mais la ville
Donsidcrablcmeol peuplée , par l'abord perpétuel
igers que le commerce y attirail , ou que la ^er-
cbassail de leur patrie, on a cic oblige défaire
Bblées religieuses dans deux autres temples. On
[»our co sujet, celui de St. Germain, l'an 1702,
Ion des réfugiés d'Orange ; et celui-là ne sufli-
t,oD a biti dans la suite celui de la Fustcrie, dont
Dédicace l'an 1715. Ainsi la ville de Genève on-
lujourd'hui douze pnstciir!> pour le service seul
laroisses , au lieu de six qu'elle avait au commcn-
sans compter les professeurs ecclésiastiques,
lusei pasteurs , au nombre de six a sept , chargés
tction d'un quartier de la ville, et du soin de
^lour de rôle une fois chacun par mois. Do plus
is.dcs lescommencemensdclarérormatioo,
, et au.i Italiens réfugiés , d'y faire le
public en leurs langues, et d'avoir chaque
le bourse commune pour ses pauvres. Les uns
Tes s'assemblent près du grand temple, dans
wlle qu'on appelle l'Auditoire, parce qu'elle serl
ire public pour la théologie. IHais les Allemands
pment une Eglise en forme et ont leur propre
j^ su lieu que les Italiens ne s'asscmblenl que le
bft sont prêches par quelqu'un des pasteurs et des
Wrs de ta ville, qui savent In langue italienne.
Il encore que, dès l'an 1706, la seigneurie, de
Klinutl p. M.
lit) GEMBVB. RÉFOaMATlOIl DES MŒURS. COLLEGS
concert avec ses pasteurs , a accordé aux luthériens , habitués ou demeurant à Genève , l'exercice public de leur religion. Ils ont un ministre et un diacre, et forment leurs assemblées dans une maison particulière.
Après ce détail, que j*ai cru nécessaire, je reviens à l'histoire de la réformation.
On travailla ensuite à la reformation des mœurs , qui n'était pas moins nécessaire que celle de la doctrine et du culte. Les divisions du dedans , et la guerre qu'on avait eue au-dehors , étaient cause qu'il s'était glissé parmi le peuple beaucoup de désordres*. On fit donc plusieurs bons réglemens pour cette réforme. On défendit les jeux de hasard, les juremens et les blasphèmes, les danses, les chansons lascives, les farces et les mascarades. On ordonna à tous les particuliers de frcquenlcr les sermons et les autres exercices de piété, et de se retirer le soir dans leur logis à neuf heures. On commanda particulièrement aux hôtes et cabaretiers de prendre soin que ceux qu'ils logeraient observassent ces réglemens. Ils furent publiés en divers tems à son de trompe, et sous de grosses peines. ^
L'éducation de la jeunesse étant un objet très important pour des magistrats sages et éclairés, qui connaissent les véritables intérêts de la société qu'ils gouvernent, ceux de Genève donnèrent aussi leurs soins à l'éducation des enfans de leurs bourgeois , afin qu'ils pussent prendre, de bonne heure ^ de bons principes de vertu et de piété, aussi bien que la connaissance des langues, et des belles lettres. On pourvut l'école d'habiles régens, auxquels on ordonna de fort honnêtes pensions. Il y avait bien eu, du temps do la catholicité, une école à Genève, mais jusqu'alors elle
* Ibid. p. &O.AI.
PmXTB SEEHERT DE FlDÉLlTé A l'ÉVANOILK. IH
n'arait point été bien réglée. On établit l'école nouvelle au coQTent des Gordeliers de Rive^ dont on fit un collège , comme il Test encore aujourd'hui. On en donna la direction à Antoine Saunier^ ministre dauphinois ^ compatriote et ami de Farel^ qui chercha eu divers lieux des hommes savans, pour enseigner sous lai la jeunesse. Le décret d'un établissement si satu^ taire se fit en conseil général, le dimanche 21 mai. *
Le méroe-jour toute la bourgeoisie s'engagea solennellement par serment^ k rejeter la doctrine de l'Eglise romaine 9 là messe et tout ce qui en dépend , et à vivre selon les r^les de l'évangile. ^
Dans le même temps, Farel composa une conTesi^ion de foi, avec quelques articles concernant la discipline ecclésiastique. Elle fui approuvée par le grand conseil^ en novembre 1536, et quelques temps après, on la lit imprimer, afin que tous les parlicnliers pussent facilement l'avoir. On les appela méme^dans la suite devant le conseil, dixaine par dixaine, et on les y fit jurer de * s'y conformer. ^ Voici cette confession.
Confession de la Foi, laquelle tous bourgeois et habitans de Genève et sujets du pays doivent jurer de garder et tenir. *
La Parolle de Dieu, Premièrement. Nous protestons , que pour la reigle
* Roscl III: C. 68. MS. Cboucl 41. Savioii p. 189.
' Idem. 1. c.
* MS. Chouftp. 41.
* Copiée exactement sur roriginal , imprimé en caractère
IIS coHrsuiBH DB m
de nostre foy et religion, aoiu voulions suyvre la seule Escripture,san8ynie6ler aucune chose qui ayt estéconirouvée du sens des hommes, sans la Porotlo de Dieu; el ne préiendonB pour noelre gouvernement spirituel , recevoir aulre doctrine, que celle qui nous est ensdgnce par icellé parolle, sans ; adjoaster ne diminuer, ainsi que nostre Seigneur le commande.
Vng seul Dieu.
Suyvanl doncqucs l'inslilution qui est conlenne aux Sainctes Escriplures. Nous recognoissons qu'il y • ttng seul Dieu, lequel nous debvons adorer, et auquel nous debvoDS servir, auquel nous debvons meUre tonte nostre fiance et espérance : ayant celle aseeurance , qu'en luy seul est contenue toute sapience, puisdance, justice, bonté cl miséricorde. £t comme il est Esprit, qu'il le fault servir en esperit et en verilé. Et pourtant reputons une abomination, de mettre nostre fiance ny * espérance en créature aulcune, de adorer aultre que luy ; soit anges ou aultres créatures quelconques , et do recongnoistre aultre Seigneur de nos âmes que luy seul, s<neot saincts ou sainctes, ou hommes vivans sur la terre, pareillement de constituer le service qui luy doibt estre rendu , en cérémonies extérieures et observations charuolles, comme s'il se delecloit en telles choses; de faire ymage pour représenter sa divinité, ne aussi aultre ymage pour adorer.
BOlbiqne, qiM M. Jacob Bordier. pMtenr de l'EgliM deGoMTe, et bilioibéqnaire, * ta la bonié de me comrauiiiquer. Je n'ai rien voulu clianger à l'orthographe.
Loy de Dieu seule pour toulM.
nrUnl qu'il est le seul Seigneur et narslrc, qui a la domÎDAlîon sur nos consciences, ot aiisEi que a \ toullunlcest lasculle reigic de toulejuslice, nous confessons, que toute noslre vie doifal eslre reîglée aux commaDdemeDS de sa sainte loy, en laquelle est con- j tenue toute perfeclion de justice, et que ne debvons avoir aullre reigle de bien vivre et juslcmenl, ne inventer aullres bonnes œuvres pour complaire à luy, que'J celles qui y sodI contenues^ ainsi qu'il s'cnsuyt. Exode XX.
Je BUIS 1% Seigneur ton Dieu, qui l'ay tire, etc.
ici étaient tout du long les X Commandemens de ta i
Hoi
L'homme en sa nature.
recoguoissons l'homme en sa nature eslre dil'i loat aveugle en lenebres d'enlendement, et plain ds 1 corruption et perversité de cucur, ictlemcnt que de 1 soy mesme, il n'a aucune puissance de povoir comprendre la vraie cognoissancc de Dieu , comme il appar- j tienl, ne de s'adonner à bîenfaire. Mais au contraire, s'il est délaissé de Dieu en sa propre nature, il ne peult fynoD demourer en ignorance, et eslre abandonné à loote iniquité. Par quoy il a bcsoing d'cstre illumine de Dien, pour venir à la droicLe cognoissauce de sou wlut: et aussi d'eslre en son afCeclion redressé et mé à l'obeyssancc de la justice de Dieu.
tu coNffuaioN Dt roi
L'homme en toy damné.
Puisque rhômine ml naturellement (aioai comme dit a esté ) deapourva et desnué en soy de toute lomtere de Dieu et de toute justice; dodb recognoïsscma qu'en soy roesmesil ne peult attendre que l'ire et la malédiction de Diea , el pourtant qu'il doibt chmcher antre part qu'en soy le moyen de son salut.
Sabit en JeêUM.
Nous confessons doncques que Jcsu-Chrisl est celui qui nous a esté donné du Père ; alin qu'en lui nous recouvrions tout ce qui nous default en nous mesmes. Or lout ce que Jesu-Christ a taict et soufTert pour nostre rédemption, nous le tenons véritable sans aulcunc doubte, ainsi qu'il est contenu au Symbpic, qui est récite en l'Eglise , c'est assavoir.
Je croy en Dieu le Perc tout puissant, etc.
Ici était tout du long le Symbole des Apôtres.
Justice en Jésus.
Pourtant nous recognoissons les <^oses qui s'ensuyvent nous estre données de Dieu en Joso-Chrisl : Premièrement* que estant de nostre nature ennemyi de Dieu, sul^ects à son ire et jugement, nouss< reconciliez avec hiy et remis en sa grâce par l'inl sion de Jesu-Christ, d'aultant que en sa jnstico et innocence nous avons remission de nos iniquitez, et que par
DE GBNBVB. ilK
l/cffusion de son sang nous sommes purgiez cl nccioicz de toutes nos macules.
Régénération en Jésus.
Secondement^ que par son Esprit nous sommes régénérez en nouvelle nature spirituelle. C'est-à-dire que les ooncopiscencei maulvaises de nostre chair par sa grâce sont mortifiées; afin de ne plus régner en nous. Et an contraire nostre voulunté est rendue confornie h celle de Dieu pour suyvre sa voye et chercher ce qui luy est agréable. Et pourtant que par luy nous sommes délivrez de la servitude de pechc^ soubs la puissance duquel nous sommes de nous mesmes tenus captifs; et que par iccUe délivrance nous sommes faicts capables et ydoincs à faire bonnes œuvres et non aultrement.
Remission des péchez tousjours nécessaire aux fidèles.
Finablement que ceslc régénération est tellement faicle en nous, que jusques à ce que nous sommes despouilliez de ce corps mortel, il y demeure tousjours en nous beaucoup d'imperfection et d'infirmilez; tellement que nous sommes tousjours pauvres et misérables pécheurs devant la face de Dieu. Et combien que nous debvions de jour en jour croistre et proffitcr en la justice de Dieu; toutesfois ils n'y a jamais plénitude ne perfection, cependant que nous conversons ici. Par quoy nous avons tousjours besoing de la miséricorde de Dieu pour obtenir remission de nos faultes et offenses. Et ainsy debvons nous tousjours chercher nostre justice
116 coNMasioR DB roi
eo Jesu-Cbrist, et non potal en nous, et en lui nous
rspOEer et assurer, ne rien attribuant à nos œuvres.
Tout naître bien en la grâce de Dieu.
£t aCn que toute gloire et louenge âoît rendue à Dieu, (comme elle est deue) et que nous puissions avoir ▼raye paix et repos en nos consciences, dous entendons et couressoDs, que dous recevons tous les ben^ ' fiées de Dieu cy-dessus recitez par sa sculte clémence I et miséricorde, sans aulcune considération de noslrc dignité, ou mérite de nos œuvres; ausquellcs n'est dcuo aucune rétribution que de confusion cternellc. Néanmoins, que nostre Seigneur par sa bonté nous a^ant reccu en la communion de son lîls Jésus, a les oeuvres que nous faisons en foy plaisantes et agréables ; non point qu'elles le méritent; mais pourtant que ne nous imputant point l'imperfection qui y est, il ne recognoist en icelles, synon ce qui procède de son esprit.
Poy.
Nous confessons que l'entrée que nous avons a si grans ihresors et si grandes richesses de la bonté de Dieu, qui est espandue sur nous, c'est par la foy : quant en certaine conlîance et certitude de cueur, nous croyons aux promesses de l'Evangile et recevons Jesu-Cbrîst tel qu'il nous est présenté du Perc, et qu'il nous est descript par la Parolle de Dieu.
xn.
Inifocation da Dieu seul et intercetsion de Chritt. Comme nous avons dcclairé ne avoir la conriance et
Mporaucc de nostrc &aliit et tout bien en auUrc que eu Dieu par JpsuXhrist; auesî nous coofeBsons que nous le debvons invoquer en toutes nos ncccssîlés au nom de Jcsu-Christ, qui est nostre médiateur el advocat, par lequel avons accès a luy. Pareîlleraeut debvons rerognoislre que tous biens viennent de luy seul , et luy en rendre action de grâces. Au contraire nous rrjccloDS l'inlercession des Saîncts, comme une superstition înventce des hommes contre l'Escripturc ; vu mesmes que elle ne procède que de devance que l'intercession de ^esu-Cbrist ne soil Buflisanle.
Orayson inlelligîôle.
Davaiilaige puisque Oraison n'est synon hypocrisie l faintise, si elle ne procède de l'anectton intérieure » cueur ; nous eniendons que toutes Oraisons se doibni faire en certaine iDlellifjence. Et pour ceste cause Ôus apprenons l'Oraison de nostre Seigneur , pour bien entendre ce que luy debvone demander.
Nostre Père qui es es ciculx , Ion nom , etc.
tici était tout du long l'Oraison Dominicale .finissant r cet mots :
Mais délivre nous du maling. Amen.
XJV.
Sacremens.
Nous entendons que les Sacremens, que noslrc Seigneur a ordonnez en son Eglise, nous doibvent estre comme exercices de Foy, tant pour la fortifier el confermer aux promesses de Dieu , que pour la lesmoigner envers tes hummes. El ïculciucul en y a deux eu
118 COKTIUtO» H TOI
l'Egliae chrestienDe> qui soient coosUluex de l'aucloritô de Dieii : le B«ptesme et U Cène de ooslre Seigneur; |)oarUot ce qui est tenu an rojaulme Ju pape, de Mpl Sacremena , dous le condempooes comme faUe et meiH songe.
BapteMme.
Le Saptesme est un); signe extérieur « par lequel noslre Seigneur tosliiîe qu'il nons veult recepvmr pour ses enfans , comme membres de son fîls Jesns. Et pourtant en iceluy nous est représentée la purgatîon de nos pecbcs que nous avons au sang de Jesu-(<hnst, la mortification de noslre chair, qoc nous avons par sa mort, pour vivre en lu; par son Esprit. Or puisque nos cnfans appartiennent i une telle alliance de nostre Seigneur, nous sommes certains que a bon droit le signe extérieur leur est communique.
La Sainte Cène.
La Cenc de nostre Seigneur est ung signe par lequel soubs le Pain et le Vin il nous représente la vraie communication spirituelle que nous avons en son corps et son sang. Et reconnoissons que selon son ordonnance elle doibl esire distribuée en la compagnie des fidèles ; afin que tous ceulx qui veulent avoir Jésus pour leur vie en soient parlicipans. Or d'aullaot que la messe du Papo a esté une ordonnance mauldictc et diabolique, pour renverser le mislcre de Sie. Cène , nous dccldirons qu'elle nous est en exécration, comme une idolâtrie condamnée de Dieu ; tant en ce qu'elle est estimée ung sacrifice pour la rédemption des nmes , que pour ce
[|uc le pain cal en icclle tei)ii cl Adore comme Dieu Oullrc les aiiltres blasphèmes et supcrstilions exécrables, qui y sont conlcnucs, cl l'abus de la Parollc de Dieu ; qui y est pnnsc en vain sau» aucun fruict ne édification.
»xvn.
Traditions humaines.
Les ordonnances qui sont nécessaires à la police antérieure do l'Eglise , et appartiennent scullement a entretenir paî.i, honncstcté et bon ordre, en l'assemblée des cbrestieus, nous no les tenons point pour traditions buiuaiues, d'aullant qu'elles sont compriases soufas ce commandement général de St. Paul ; où it veull que tout se face entre nous dccentemenl et par bon ordj e ; mais toiiles loix et constitutions faictcs pour lier les consciences, pour obliger les fidèles à choses qu! ne sont commandées de Dieu, pour establir aultre service de Dieu que celuy qu'il demande, rt tendantes à rompre li liberté chrcsiiennc, nous les condemnons comme perverses doctrines de Sathan. Vcu que nostre Seigneur (It-claire qu'il est honoré en vain jiar doctrines qui sont ilu romniandcmcnt des hommes. Kl en telle estime .ivoiig nous les pcllerînages , moyncrics, dilTercnccs de tijndes, dcfTeDces de mariages, confesses^ et aultres semblables.
XVIU.
Eiglise,
Combien qu'il n'y ayt quno seule Eglise de Jcsu- Christ , toutes fois nous rccongnoissons que la nécessite requîen les compaiguics dos (ideles cslro distribuées en divcfi' lieux. Desquelles assemblées une rhiicuuc e^l
IBI t conrMisMii DE roi
appellé« Sgtue. Hais dauluol qae toulei conpugtries ne ■'auemblMil au Dom de nostre Seigaeor, nuû plnatoU poor le blasphémer et polloer par lean eacrilegei, DfNu eatendoDi que la droicte marque, pour bien discerner l'Eglûe de Jesu-Chrîït, est quant son Si. Evangile y est purement et fidelement prescbé, annoncé, escoulé et garde ; quant ses Sacremeoa sont droîdement adnîuistrez, encores quilyayt quelques imper» fectiont et faultea, cooine looqoors ît j en nom «nlre les hommes. Au contraire là où l'Evangile n'est dâcUiré ouy et recea , là nous ne rAcognoiasons p<»nl fonne d'Egliae. Et pourtant les Eglises gouvernées par le>or> donoances du pape sont plnsloet synagogues dn diable que Eglises chrestiennes.
Ejxçommunication .
Toute* fois pource qu'il y a tousjourB des contempteurs de Dieu et de sa sacrée Parolle, lesquels ne tiennent compte de administratioD ne exhortation, nereprcbension, aing ont mestier d'ung plus grant diasliement. Nous tenons la discipline d'eicommunicalion estre une cbo«e saincte et salutaire entre lea fidelea, comme véritablement elle a esté instituée de nostre Seigneur pour bonne raison. C'est affin que. les meschans par leur. conversation damnable ne corrompent les bons, et nedesboaorent nostre Seigneur, et aussy que ayant honte ils se retournent à pénitence. Et pourtant nous entendons qu'il est expédient selon l'ordonnance de Dieu , que tous manifestes idolâtres, blasphémateurs, meurtriers, larrons, paîllars, faulx tesmoings, séditieux, noiseuls, delraicteurs , bateurs,yvrogueSj dissipateurs de biens ; après avtnr esté dcucmcnt admonestez, s'ils no
tîennfiilà BincndL'iL'Ciit soient sopitrcï de la comniuiitnn rtca lidclcs,jusqiicsà ce qu'on y aura cogneu repenlancc.
Ministres de la ParoUe.
Nous ne rc[iulons point aullres pasteurs de l'Egliso, que les iideles ininislrcd de la Parollc de Dieu , el repaistans les brebis do Jcsu-Christ par icelle en înslruclions admoaiiious , coosolaiions , exhorta tioDit , reprehea- »îoDs, d'aullre part resislans à toutes faulses doctrines n tromperies du diable, sans mesier pârmy la pure doctrine desEscripturciilcurii songes ne folles imaginations. El ne leur attribuons aultre puissance ne auctoritc, ijoon de conduire régir el gouverner le peuple de Dieu â eulx commis, par icelle Patolle; en laquelle ils ont puissance de commander, dclTendre, promettre el meaasser, et sans laquelle ils ne peuvent et ne doibvent rien attenter. Or comme nous recevons les vrays minîilres de la l'arolle de Dieu, comme messagiers et ambassadeurs de Dieu , lesquels il fault escoutcr comme luy mesmes, el reputons leur ministres cstre une commission de Dieu nécessaire en l'Eglise: aussy d'aultre pari nous tenons, que tous séducteurs, faubc prophètes, qui délaissant la pureté de l'Evangile déclinent il leurs propres inventions, ne doibvent nullement esire soufTerls ne soutenus, quelque tiltre de pasteurs qu'ils prétendent ; mais pluslost comme loups ravissans , duîbvenl [esIre chassez cl déboutez du peuple de Dieu.
Magistrats, îSous avons la supcrcmincncc el domination , tant des rayb et princes, que aultres magiblrals el supérieur».
l;fX coHrutMM Di roi.
pour une chose saiacle et bonne ordonnance de Dieu. Et comme euU, en faÎMOl leur office, ils servent « Dieu, et sucrent une Tocalioo chreslienue , soit en deffendant les afDigez et innocens, soit en corrigeant et punissant la malice des perven; auss; de tKMtre part, que nous leur devons porlM- honoeur cl révérence, rendre obejsMoceet snl^ection, exécuta- leurs commaudemens , porter les charges à nous par edx imposées, entant qu'il nous est possible sans oflSBoscr Dieu. En somme, qu'il nous les Csult r^mter comme vicaires et lieuteoans de Dieu, auxquels (m ne puisse nullement résister, sjnon en resîslans h Dieu mesmes. Et leur office , comme une saiucle commis^on de Dieu, laquelle il leur a donné, affin de nous gouverner et rcgir. Parquoi nous enlcadous que tous chrcstiens sont tenus do prier Dieu pour la prospérité des BU|ierieur8 et seigneurs des pais où ils vivent, obejr aux slaïuts et ordonnances qui ne contreviennent aux commaoderaens de Dieu, procurer le bien, la iranquillilé et utilité publique , go cfforceaut de entretenir l'honneur des supérieurs et Iranquîlîlé du peuple, sang rien machiner ne procurer, qui soit pour esmouvoir troubles no disscnlions. Et au coulraire nous declairoos, que tous ceulx qui se portent iofidelement envers leurs supérieurs , et ne ont droiclc âlToclioa au bien publicq du pays, où ils conversent, en cela ils dcmonstrent leur iufidelilé envers Dieu.
Daus les oiois de mai et de juin plusieurs bour(;eoi^ et citoyeni' , qui s'éiaieat retirés du la ville pendant le
cours de la gucrrp, pour se tenir loin du danger, souhaitèrent d'y reolrcr, cl prièrent (ju'on les reçùl , prometlaot d'cire soumis aux lois. Le conseil ea admit plusieurs , CD leur imposant diverses taxes, par forme d'amende, pour leur lâche désertion, à proportion de leurs mojeDs; aux uns 600 écus à d'autres 100 cl à d'autres moins. Et l'année suivante Io37 le 18 uovoiobre, dans l'assemblée du conseil générât, il fut résolu que la lâcheté, dont ces gens-là s'étaient rendus coupables, méritant quelque flétrissure pour avoir abandnnné leur patrie dans sa néceBsilc, ils ne scraieul admis à aucun emploi, nî même à donner leur sufîragc dans le conseil général. '
Comme on avait défendu aux prêtres, qui étaient restes dans la ville, de dire la messe cl d'admiuistrer leurs sacrcmens, les conseils furent aussi occupés particulîcremeni à leur faire observer ces défenses. On en surprenait de temps en lemps quelques-uns qui désobéissatCDt, et on voyait quelquefois des particuliers, qui .ill.tient à la messe hors de la ville, et qui y portaient iapliser leurs enfans, ce qui aussi avait été défendu, Ce lésordre obligea le conseil à employer des peines un peu |>luB sévères qu'auparavant, maïs qui n'allaient janais plus loin qu'à quelques jours de prison, ou tout ■u plus au bannissement conlrc les uns et les autres. '
On avait ordonne qu'on ne cbommerait aucune fêle que le dinian<;he, et que ceux qui conservaient encore dans leurs maisons des images eussent à s'en défaire; niais plusieurs avalent de la peine à s'y soumettre Lorsque les exhortations , les censures cl les menaces
' Bo.ui lil-Ch, to-5jv.oo (1. lti.| l'Ji.
tu GUiBTt PROFO» LA KinMUUllOn
éuiicnt inutiles , oa cd venait aiwn k la prûoD , ou enfin à un corDinandemeDt de lortir de la ville , sau qu'il l>araisse qu'on ait jamais employé des chtlimeiu pins rigoureux. '
Oa s'appliqua aussi , sur les pressaales instaocaa de Farel , a foîro à la campagne ce qu'on venait de fatre en ville, et à établir la rêformation dans tons les villages de révécbé, de St. Victor, et de cha^Hlra, qui étaient de la dépendance de Genève. On commença par lea mœurs, on fit des publications partout, pour défendre les blasphèmes, les débauchés, les jeux, etc. On chercha des ministres pour les instruire et leur prêcher, et on leur fournit même des cboeea qui leur manquaient; après quoi au moi d'avril 1 536 on appela Ions les prêtres et les curés de ces villages , et en présence de Farel , des autres ministres, et d'une grande multitude de gous, qui étaient entrés dans le conseil, on leur demanda , s'ils n'étaient pas dans le dessein de se ranger à la manière de servir Dieu, qui venait d'être reçue itona la ville , afin de vivre les uns les autres dans une parGatte union et sous un même gouvernement politique et ecdésiastiquo P * Il y en eut quelques-uns qui , persuadés de la vérité de la doctrine des réformés , se soumirent agréablement, mais la plupait refusèrent.
Le plus ancien de ces prêtres parla pour tous, et fît une repartie courageuse et raisonnable en ces termes : « Certainement, très-bonorés seigneurs, nous sommes extrêmement surpris d'un si prompt commandement, que vous nous faites, d'abandonner, sans une mûre délibération , une religion annoncée depuis tant de sièctes,
< MS Choucl.
* liiciii. p. Ô9<
kiiit »Stke& db la cAmPACKB. IS'i
rcf ue {tour juste , sainle et salutaire , et cela sans nous convaincre du contraire. Vous l'avez, à la vérité, quittée TOUS- m ê m es , mais non pas ea un instant, comme vous Toudnezque nous fissions, puisqu'on vous a long-temps préchô pour vous inslruiie. Nous sommes vos très-himibles sujets, mais néanmoins chrétiens, rachetés psr le Mog de notre Seigneur comme vous, et passionnés pour notre salul comme vous l'êtes pour le vôtre. Nous vous supplions donc pour l'honneur de Jésus-Chiist noire père el sauveur commun, que vous soulTrioz que nous nous instruisions comme vous l'avez été. Envoyez-nous des prédicateurs, qui nous enseignent et nous montrent en quoi nous errons ; et alors si on nous peut convaincre, nous n'aurons plus de peine à suivre votre exemple , el à nous soumettre enticremenl à vos volontés, u 11 conclut par demander un terme, comme d'un mois, pour s'instruire, et pour pouvoir faire, avec connaissance de cause et avec bonne conscience, ce qu'on leur demandait. '
Le premier syndic ayant ouï cette réponse , les fit retirer pour opiner sur cette alTaire. Bonnivard fut d'avis , qn'il fallait leur accorder leur demande, et qu'on ne detait pas forcer leurs consciences maïs les éclairer : • car, disait-il, s'ils se inontraienl si légers à passer d'une religion a l'autre, il ne faudrait pas s'assurer qu'en une autre occasion ils ne retournassent à la première. D Farel au contraire, moins modéré que lui, prenant la parole : n Voulez-vous, tui dit-il, vous opposer présentement à l'ouvrage de Dieu? » et voulait qo'on abolît incessamment la messe. Le sentiment de Bonnivard prévalut, et non celui de Farel. comme
* Spon-ll p. y 10.
I3£ GiMKvg. KiromMATiOH
Sp(Hi l'a écrit. * On accorda aux prélres le terme d'ua mots qu'ils araïcnt demaod j , mais od leur défendii en mâmo temps de célébrer la messe, et de faire d'autres fonclioni pastorales. On leur commanda encore, k eux rt à leurs parmssiens , d'aller ooîr les prédicateurs qu'on leur avait envoyés, ou de venir en ville entendre ceux qui y prêchaient. Furbïti, qui n'avait pas encore été reldcbé, fut présent à cette action, et approuva tout ce qui s'y fit. Au bout d'un mois , ces bons ecclésiastâqoes, n'ayant rien li opposer aux arginnients des docteon réformés, se soumirent. *
Il eo faut excepter pourtant ceux de la Seigneurie de Thics. Ceux-ci demeurèrent fermes .dans la profession de la religion romaine ; ot le roi de France , sollicité par la duchesse de Nemours qui s'intéressait pour eux , écrivit en leur faveur aux Genevois, le i" mars, afio qu'on les laissât tranquilles dans leur religion. Messieurs de Genève , par déférence pour un si grand monarque , laissèrent subsister les préires, les images et la messe dans cette terre , et se contentèrent d'essayer d'en gagner les babitans par des exhortations et des instructions qu'on leur adressait avec douceur. ' L'évéque de Genève fut tellement irrité contre les Genevois ^ à cause de cei soin^ qu'ils se donnaient pour introduire la réfomiation dans leur voisinage, que non content de les cxcommuaier, eux cl leurs sujets qui suivaient leur réformaiion , il excommunia encore les gens de Thies , comme s'ils eussent clé bien coupables dese trouver sooa la domipation d'une magistral ure qu'il lui plaisait de regarder comme bérilique !
* Idid. p II.
* MS. Chanrt p. m. Ul. Itost-I III C C3. ^ Roicl III. C. 03.
DB lA CAMPAGNB. GALTIN. 1S7
Ces pauvres gens l'en plaignireni k leur châtelain , ' qin rapporta le fail i messieurs de Genève ; el ceux-ci pour gnérir leurs scrupules^ envoyèreni des lettres patentes an vicaire de cette paroisse , le 4 «vril , par lesquelles ils enlevaient cette excommunication , et déclaraient ces gens absous et déliés de ce jieii. '
n parut hidn par la suite ^ qu'une réformation précipitée n'était pas solide , et qu'un prompt changement de religion est rarement sincère. On surprit des prêtres qui dttûeni secrètement la messe à Genève. On les conduisit à Parel, qni les en censura rudement. Les paysans en furent irrités et auraient maltraite les ministres ^ qui allaient piocher dans les villages, s'ils n'avaient pas eu la précaution de se faire bien accompagner.
II. Cet été-là Calvin ^ passant par Genève^ dans le dessein d'aller plus loin, y fut arrêté par Farci. Comme nous aurons souvent occasion de parler de lui dans la suite, et qu'il a si bien mérita de l'Eglise reformée, il est à propos d'en parler ici. Jean Caulvin, qui par un léger changement de nom, suivant l'usage des savans de son siècle^ voulut être appelé Calvin, naquit le 10 juillet de Tan 1509, a Noyon en Picardie. Il était le troisième fils de Gérard Caulvin et de Jeanne Franc de Cambray^ gens d^une famille honorable, et passablement
* Jean Balini. Il avait le iitro do Juge deir trois châteaui , parce cju'il avait sous lai les cbitcauz de Thics, de Jassy et de Pency.
' Roset. III. C. 67.
' Tont cet article » k la réserve de quelques endroits , est tire des deux Vies de Calvin, écrites par Th. de Doze, Tune en latin, et mise au-devant du Recueil des Lettres de Calvin , cl l'autre en Irauçais mise au-devant de son Commentaire sur Josué, imprimé l'an I5G/I à Genève , et réimprimée à part dans l.i niniic ville in-8^' l'an 16^.
mojeDiics. Son père ciaîl un homme judicieux cl pro^ denl, qui par là se fit chérir de la pluparldesgeDttl»- , hommes de sa province; de sorte que Calvin fui clcvi: I daus son enfance d'une manit're forl honorable, mais ' «ux dépens de son père, avec lesMomniors, quiéuïeut . les principaux genlilsbommes du pays. Il tes suivît à I Paris, où il eut pour maître de langue latine, dans le L collège de la Marche, Malhurin Cordier, homme savaat r 01 pieux, qui ciait Irès-propre à instruire la jeunessB, I et à lui inspirer la pieté avec la counaissancc des bellcf I lettres ; et qui , pour le remarquer ici en passant , après Avoir régenlé avec beaucoup d'approbation, en France ' et en Suisse, à Neuchâtel, à Lausanne et à Genève, mourut enfin dans celte dernière ville, âgé de 8S ans, le 2 septembre de l'an 1 564 , la même année que Calvin mourut. Calvin passant du collège de la Marche à celui de IMonlaigu, y eut pour maître un Espagnol qui, lui t trouvant un génie excellent, le cultiva d'une telle ma- I nièrc, qu'il surpassa bieolôt ses camarades; etleslata- Bsnt étudier la grammaire, il éludia la logique et les aria ' Cbéraux. Son père l'avait destiné de bonne beurc a l'Eglise, jugeant qu'il y serait fort propre, parce qu'il le voyait, dès son enfance, porté ex iraordinairement à la piété, jusqueslii qu'il censurait vivement les défauts de ses camarades. Il lui avait donc obtenu de son évéque un certain bénéfice dans l'église calhédrale de Hoyoo , dans le temps qu'il n'avait encore que onze à douze ans ; et six à cinq ans après, il lui procura la cure du village de Ponl-l'Evèque , qui était son lieu d'origine. Et même Calvin prêcha quelquefois dans ce village avant que de quitter la France; cependant sans avoir pris les ordres.
Mais ce dessein n'eut point lieu ■ parce que le pire et
le lils cbangcrenl tous deux desentitiicnl. Le pêrc voiihii <\ae son l'iU éludiâl le droit, comme le cbcmiii le plus court Ot le plus sûr pour parveoir aux emplois cl aux nchcsses. El Calvin, ayant appris les principes de !a vèrîlable religion, de Pierre Oliretan ou d'OlJvet, son (wrenl, fie mit à lire l'Ecriture Sainte, et renonça a toale pensée de posséder des bcnélices. Il étudia cepen- «Unttedroità Orléans, sous Pierre Stella ou l'Eloile. Il y fît tant de progrès, que souvent, lorsque les profes- Mtirs De pouvaient pas faire leur leçon, il prenait leur place et instruisait ses camarades; et quand il voulut (|uîl!er celle université, elle lui offrit unanimement de lai conférer gratis le bonnet de docteur. Pendant qu'il «tait Va il médilait avec attention les Saintes Ecritures , «eillanl jusques vers le minuit, et se réveillant de grand matin pour mieux méditer ce qu'il avait lu; et il fut airermi dans la vérité par un moine dominicain alle- Miad. ' II s'y fil Icllenkent considérer, que tous ceux tfà avaient quelque semence de piété et de religion ré- Ibrraêe à Orléans, le consullaîcnt ordinairement, et s'en retournaient ravis de son érudition et de son zèle. Ayant appris qu'on avail appelé d'Italie h Bourges le fameux jurisconsulte André Alciat, il y alla pour profiter de ses hbltéres. Il y fit connaissance avec Melchior Wolmar, allemand de nation, natif de Rothtvyl, qui y était profe*scur en langue grecque, aux gages de la duchesse de Berry, qui fut ensuite reîne de Navarre. Il étudia «Kjft lui celle langue; et dans la suite, pour lui marquer sa reconnaissance, il lui dédia son Commentaire «nr la II* Epitre aux Coriulbiens. Théodore de Bcze, ^uî cludia aussi le grec sous ce professeur, lui rend
■ Drclin
t. Apoiftgie pour Caivi
lénKMgaage qu'il ctait Bavanl el pieux, et qu'il availua^ adresse admirable à instruiro la jeuuesse. Calvia y élu— dis aussi l'hébreu el le syriaque, pour euteodrc parfaitcmcDt le tcxie de I'AdcIcd Testament. Fendaul qu'il cludiail à Bourges , il allait de temps en temps prêcher dans une bourgade nommée Liuicres, avec le ronsentcmcDt du seigDCur du lieu, lorsqu'il reçut la nouvelle | de la msrt inopiuéc de sou pérc , qui l'obligea de s'en I retourner chez lui. Il ctail alors daus sa vingt-qualricnie année, (c'était donc l'an 1533). Il alla peu de temps après i à Paris , où il lit imprimer le traite de Séncquc , De Gf \ mentia, avec UD commeulaire de sa façon. 11 y l!l bientôt connaissance avec tout ce qu'il y avait de reformés ; et j dès-lors il renonça absolument a toute autre élude , jinur se consacrer enticrcmenl au service de Oieu; cliidianl sa Parole, instruisant les uns et fortifiant les autres. Dans ce temps-là il survint à Paris une grande cmo- . tion BU sujet de la religion. Maître Nicolas Cop, élu recteur de l'université, ayant à faire la haraugue qu'on y fait ordinaircmenl à la Toussainis, y prononça un beau discours que Talvin lui avait composé; où il parlait de ta religion d'une manière plus pure et plus ouverte qu'on ne l'avait fait auparavant. Ce discours déplut à la Sorbonne. Il scandalisa aussi le Parlement, qui le manda pour lui en venir rendre compte. Mais comme il y allait accompagné de ses bedeaux, il apprît en chemin, qu'on l'avait mandé pour le faire mettre ca prison. 11 se relira donc précipitamment de Paris, et s'en alla à Bâlc, d'où il était natif, étant fils de maCtre Guillaume Cop, bourgeois de Bâic, et médecin du roi. Les réformés d<- Paris députèrent en cour Calvin , pour parler à la duchesse de Berry, reine de Navarre, sœur unique du roi , qui étant bien aftectionnée à la doclrine
•^vnngcliquf, [larla nu roî son frère, intorposa son aiitorilc, el lit cesser ce tumulte. Cela arriva en novembre de l'an 1533. Celle affaire obligea Calvin de quitter Paris. II ae relira en Sainlonge, où à la prière d'un ami, il composa de courtes instructions cbréticnneâ, en forme d'bomclies, pour les donnera lire il quelques curés , au milieu de leur office , afin d'amener pcu-ii-pen les peuples à la rechercbc et à la coonaissancc de la vérité. De là il alla trouver à Nerac le bon el vénérable vit^illard, Jaques Le Fèvrc, d'Estaples, qui s'y était réfugie auprès do la même princesse , la reine de Navarre, [K>ar fuir les persécutions de la Sorbonnc , qui le haïsnaiL parce qu'il avait introduit à Paris l'étude dcB matliémaliques, et l'avait persécuté jusqu'à la mort, à cause de es rcli^on. Quoique temps après. Calvin retourna à Paris, l'an ISSi, elfut obligé de s'y tenir caché, à cause de ta persécution sanglante qu'on y faisait aux rérormés. Cepeadant comme l'hcrétiquc Servel, médecin espagnol, commcoi,'ait à y répandre ses erreurs sur la doctrine de In Irès-sainie Trinité, cl qu'il témoigna souhaiter d'avoir une conférence avec Calvin ; Calvin , qui ^^■ifnt averti, s'y prêta volontiers. On convînt de part et ^^heirc, du jour et du lieu de l'entrevue. Calvin com- ^Hnl a l'assignation, mais Servet ne s'y trouva point, ^^uue année-là le perièculioa étant si violente, Calvin, après avoir fait imprimer un Traité à Orléans, contre l'erreur de ceux qui croyaient que les aines donnent depuis la mort jusqu'à la résurrection , résolut de quitter le royaume. Il prit te chemin de B^le avec cet ami, chez qui tl avait été dans la Sainlonge. Mais ayant pris leur rOQtc par la Lorraine, chacun avec un valet, ils furent volé^ l'uu et l'autre prè^ de Metz , par l'un de ca valets :
fric qu'ils furest obliges d'emprunter dix écus de
ISl ihtTin.Tioxs fil t^ nttir.ioN mntTiEMiK.
l'autre valet; et avec cet argent ils arrivêreni à Strasbourg, et de là à Bâlc. Calvin y fît connaissance H amtlîé [ «TOC Simon GrynKus clWolfTgang Capilon et s'y appliqua 1 fortement à l'élude de la langue hébraïque; el quoiqu'il [ eâl dessein de s'y tenir caché , cependant il ne put pas l'empêcher de s'y faire connaître par l'excellent ouvrage qu'il y publia , je veux dire , ses Institutions de la Re)i- [ gion Chrétienne. Car, comme dans ces lemps-là, )ec [ princes prolestans d'Allemagne voyaient avec indignalion la persécution horrible que le roî François I", qui recherchait leur amitié, faisait alors aux proicstans de son rovflumc, il s'avisa pour s'escuser auprès d'eux , de leur faire dire par son ambassadeur Guillaume du Bellay LangcVi qu'il n'avait fait autre chose que de punir quelques fanatiques et anabaptistes , qui vantaient leur esprit particulier, au lieu de la Parole de Dieu, et qui méprisaient tous les magistrats. Calvin , ne pouvant souffrir une si noire calomnie, dont on prétendait diffamer le^ réformés de France, écrivit le livre dont je viens de parler, comme une espèce de confession de fol , où il rend compte de leur religion, et des preuves sur lesquelles elle est appuyée. Il l'adressa au roi même avec une excellente épîlre dédicaloirc, pleine de force et de courage; ensorle que si co prince l'eût vue, comme il était doué d'un excellent esprit , on ne doutait point qu'il ne fût revenu des pi'éjugés violens dont il était imbu contre la religion réformée. Cette épitre est datée de Bâie, et du premier août 1535. C'est par erreur, qu'on a mis, dans quelques éditions suivantes, l'an 1556. Do Bâle, Calvin prit envie d'aller en Italie voir la duchesse de Ferrarc , (fille de Louis XII roi deFrance), princesse qui se distinguait dans son siècle, par sa piété, et par d'autres excellentes vertus. Il eut le bon-
ait
heur de l'affermir dans la vérîlé , el so fil icHfîmenl considérer de celle princesse , ' que pcndanl loule sa vie , elle eut une coosidcralioD trës-jiarliculière pour lui. Il ne fil pas un lon^ séjour en Italie. It relourna en FrAnce l'an 1536 pour la dcroiérc fois. Il y mit ordre à ses affaires, et eiumenanl avec lui son fi ère Antoine, il entreprit de retourner à Slrasboui'^-, nu a Bâie, pour s'y établir. La guerre qui se faisait alors entre l'empereur et le roi de France, bouchant les autres chemius» il fut obligé de prendre sa roiilc pur Genèvi*. II .irrivâ donc il Geuévc eans aucun dessein, que d'y passer, résolu de ne s'y point arrêter. Mais étant allé faire visite à Farel et à Virel, qui étaient encore alors tous dcu\ à Genève, Farci l'invita d'abord avec douceur à s'arrêter a Genève, oà ses travaux pourraienl être d'une très-grande utilité, sans qu'il eût besoin d'aller plus loin. 31ais comme Calvin s'en défendait, prétextant la nécessité où il était d'étudier encore d'avantage, Farci haussant sa voix lui dit : Mais moi je vous déclare de la part de Dieu , que vous ne voulez pas travailler ici avec nous, à l'œuvre Seigneur, il vous maudira, puisque prétextant vos Ludes, vous vous cherchez vous-même plutôt que lui. Cette menace terrible lit trembler Calvin , et le dt-leriDÎDa enfin à accepter la vocation qu'on lui adres.sait. fi'élant donc soumis a tout ce que les magistrats ol les ministres souhaitaient de lui , il fut établi docteur ou professeur en théologie, el bientôt ensuite pasteur, ce qu'il avait d'abord refusé, étant élu îi ce dernier emploi par le couscnlemenl do la bourgeoisie. Tout cela arriva dans te mois d'août do cette année 1 536.
CaUia ôutt «k>n tgé d« 27 »m. H demcara 2S aos à Genève , IravailUnl sans reUche à l'œavre du Seigneur, Uni (MF ses leçons, et par ses sennoos, qae par ses* excelleos oavrages, commenuires et autres, qu'il publiait toutes les années, et par les lettres qu'il écrivait de tous les côlés. Il est surprenant que ce grand homme, accablé comme il l'éuil par tant d'occupations, que lui donnaient ses deox emplois de pasteur et de professeur en tbcol<^e, distrait par les visiies de tous les étrangers qui abordaient tous les jours à Genève, et par les lettres qu'il recevait de tous les pays de l'Europe; et d'ailleurs d'un tempéramment faible, et d'une nanté souvent chancelante; ait pâ, je ne dirai pas seulement lant écrire jnais faire tant d'ouvrages, où l'on voit tant d'érudition jointe à un jugement exquis, des réflexions solides, et d'excellentes instructions. On peut bien, ce me semble, sans être trop crédule, reconnaître ea cela une grâce extraordinaire du Seigneur, qui approche fort du miracle. Calviu mourut à Genève le 27 mai 1564 âgé de 55 ans, accablé de diverses infirmités , que sa trop grande applicatiou i l'étude lui avait attirées. Il fut enseveli le lendemain, au cimetière commun de Pleinpalais, qui est hors de la ville, sans pompe, ni épilaphc, comme il l'avait ordonné parsoD testameqt, maïs seulement par un grand convoi, composé non-seulement de tout ce qu'il y avait de gens de marque dans Genève, mais presque de toute la vîlte. Toutes ses œuvres ont été recueillies, et imprimées ensemble en 9 volumes in-folii. Je remarquerai ici, en passant, une insigne imposture qu'on trouve dans Moreri, à l'article de Calvin. On y lit, que comme Farel et Calvin eotrcprireul d'établir à Genève des nouveautés qui ne plaisaient pas , cl qu'ils ne voulurent pas se coo-
ACADÉMIE A GiniTI.
formera l'uiiage de Berne , qui élnil de communier avec des hosties ; les Bernois lircnt en sorte au[irès des &ynilîncs, qu'on les bannit par arrêt comme séditieux , l'an Iâ38. Rien n'est [ilus faux que cela. Les Bernois n'eurent fias la moindre part au bannissement de ces doux grands hommes. Bien loin de lu , ils conlribucreot de tous leurs soins, et de leurs bons oflïces, pour engager les Genevois a les rappeler, et ponr les engager (cuk) à retourner îi Genîîve ; comme aussi Calvin y retourna : maift non Farci , qui s'arrêta à IVeucbâtel , oîi il fut mioislre jusqu'à sa mort. Au reste ceux qui souhaiteront de voir une rcfutiitiou solide de toutes les caloinnie!!, qui ont clé écrites contre Calvin par des catholiques emportés, pourront recourir à son Apologie écrite par Charles Dreliucourt, ministre de Paris, ou de Charcnton ; et à l'Apologie pour ta réformation cl pour Us réformateurs, etc., publiée par Pierre Juricu.
J'ajouterai ici que jusqu'à l'an 1559 Calvin fut seul professeur à Genève. Mais celte année là , comme d'un côté l'on y voj ail tous les jours aborder des jeunes gens, qui y venaient des pays étrangers pour s'instruire; et que de l'autre , quelques professeurs de Lausanne , quittèrent leur poste, à cause de quelques troubles qui y étaient survenus , (dont nous aurons à parler dans la suite), et se retirèrent h Genève; Calvin jugea qu'il fallait profiter de celte occasion pour y établir une académie. Il rrpicscnta auï conseils : n Qu'un tel ctablisscmenl était tout-à-faît nécessaire pour le bien public; et qu'il fallait aus^i mettre le collège sur un meilleur pied : qu'à la vérité il serait à souhaiter, qu'on eAl à Genève des professeurs en toutes sortes de sciences et
de facultés,
:uliêremcnt en droit et en médecine;
mais que no [)OUvant faire micu.'c, vu les conjonctures
ISC «CADiuiB t>t csnivc.
où l'on se IroUTiJil, il ea fallait au ihmos avoir pour enseigner les sciences nécessaires à la jeunesse qui ■• consacrait h l'élude de )a religion et au saiol miaislére, savoir les langues .saintes et la philosophie. » Les magistrats agréèrent celle proposition. Théodore de Beze fut joint il Calvin pour enseigner la ihcologie , cl fui {àii en même lemps recteur de l'académie Daissantc. AntoÎDe Chevalier fut établi professeur en hébreu ; François Berauld, en grec, et Jean Tagaut, en philosophie. Oo dressa des règlemens pour l'académie et le coltine, cl on les publia le 5 juin de la mémo annéo 1559 dans le grand temple , sous les nuspicns des syndics et du conseil, en présence d'un très-grand nombre de savaus hommes qui s'y renconlrt-renl, oi d'environ 600 cct>licrs. '
Je ne m'clcndrai pas ici sur les éloges do celle acadé- Niie, et sur ceux des grands hommes qu'elle a eus ou qu'elle a produit ; cela me mènerait Irop loin ; d'ailleurs ils sont si connus do tout le monde savant, que je ne pourrais rien dire de nouveau; cl celle illustre compagnie, depuis son origine, s'eal tellement fait considérer parmi toutes les Bgliscs réformées, qu'elle est au-dessus de mes louanges. Ainsi , après celle digression , que j'ai jugée nécessaire , je reviens â notre histoire.
ni. Comme Farel se trouvait seul ministre a Genève, avec un certain Jean Rhetitius , au commencement de celle année 1536 , il souhaita d'avoir des collègues capables de le seconder. On lui envoya de Neucbâtel, Pierre Viret, et Christophe Lîberlcl, nomme aulremeot
' Ex Ain|i1i3«. D. Joli. Anl. Gaulîer aiilc Professons , niuic Archigi-ainmalri Gtiievïnsis . Oiatlone qux iiiscribilur , Gènevrosù Hcsp. Religione LUlerisqtic rirmala alqii« illiitirala. p. 8. in Kola Cour, Hlïlchior Adam , in Viu Th. Betce , p. S09.
VtaET A LAOSAHM. J37
Fabri ; qui se mirent ea chemin, dans le temps même que l'armée de Berne clait devant Yverdiin. Les Lausunnois, qui élaîent dans cetLc armée, pricrcnl Viret-, de s'arrêter à Orbe chez son père, jusqu'à la prise d'Yverdun , et de venir ensuite avec eux à L<iusanne pour l€Or prêcher l'Evangile, même malgré l'évcque. ' Viret Ifl voulut bien ; et d'abord après la prise d'Yverdun , il sereodit à Lausanne, avec ce monde, el y prêcha avec succès, et sans opposition , pendant 15 ou 20 jours. Il prêchait dans le temple des Cordelîers, ou du couvent de St. François. Peut-être qu'il y aurait pu prêcher plus long-temps sans opposition, si quelques reformés, animés d'un zèle extravagant cl indiscret, n'eussent excite les plaintes des catholiques.
Le conseil des LX prit connaissance de ces tnnovalinns, le lundi G mars, et lit quelques règlemens pour prévenir les désordres, que la diversité de religion pourrait produire dans la ville. Il accorda pleine liberté du conscience à ceux qui voudraient entendre prêcher la Parole de Dieu; mais il défendit en même temps de fuirc des insolences, c'est-à-dire, de gâter les images et les ornemens des églises. ' Mais un règlement si âge et si raisonnable ne fut pas sufiisant pour arrêter le zb\e impétueux de quelques-uns. Déjà le jeudi suivant 9 mars on se plaignit au conseil de quelques personnes, qui avaient abattu une image de Notre-Dame, sur la porte de St. François , et de quelques autres , qui mangeaient de la viande , quoiqu'on fût en carême. Le conseil défendit ces choses, sous peine de dix florins.*
|[* Boihiig. é Viia FmcII, M5C. p. 71*, I, de Lauj. S06.
> Man.d» Lau*. 507.
autre lieu, que celui qui était accordé aux réforniM ' pour cet usage; enfia permisBiiMi de choisir l'an dot deux couvents pour y priîcher l'EvaDg^lç, * Ce fol «ans douie dès ce jour-la el en conscqueDce de celle pennî»' eion, que les réformés, qui jusqu'alors avaient faitleort assemblées dans le couvent des Cordeliers de St. Fraor çoisj qui était à l'extrcmilé do la ville , allèrent les laîre dans celui des Dominicains de la Madelaine, dont U situation leur paraissait plus commode, étant prèa du quartier de la cité. Cela déplut aoxDoininicaiBB;et la bourgeoisie s'étanl rassemblée deux jours après , le jendi 6 avril , ces religieux s'y plaignirent des réformés , qnî s'étaient emparés de leur église, pour y faire leurs assemblées; et demandèrent qu'ils eussent le pouvoir d'y faire leur service divin comme auparavant. On leur répondit, qu'ils pouvaient le faire comme à l'ordinaire, excepté dans le temps que le ministre y prêcherait la Parole de Dîeu. ' Ensuite on renouvela les ordon-r nances qu'on avait déjà faites auparavant.
« 1°. Qu'on devait vivre en paix les uns avec les aittrès, el s'abstenir mutucllcmcol de- toute insulte, vîor lence , injure , ou voie de fait pour canse de religion.
» 2°. Que chacun aurait pleine liberté de conscience, ' d'aller entendre la messe , ou la Parole de Dieu.
V 3°. On assigna aux réformés le temple des Domini- ^ cains de la Madelainc , pour y prêcher l'Evangile à ctHi? j dilion qu'on n'y gâterait rien , mais qu'on y laisserait, j en leur entier, les autels , les formes des sièges , et les 1 orgues : puisque, disait- on, cela ne fait de mal à per- ' sonne^ et n'empêche point d'écouter la Parole de Dieu.
* Man. At Laos. ttOS. b.
* Ibid. tlOS. b.
Que du resie les Dominicains do ce couvent poiirraiciil
atffist , à leur lour, y célébrer la messe , et teurs autres
offices, comme par le passé , a condition qu'ilg vécussent
d'une manière honnête , verlueuse cl religieuse ; ( puis-
^ne c'éiait â ce prix-là que l'assemblée les prenait sous
^■1' proleclion ) ; et qu'ils fissent mûrcr deux portes de
^Htor église , dont l'ime donnait à leur cloître, et l'auLre
I ileur dortoir.
i> 4° Qu'on ne ferait aucune violence, ni dans les églic-, ni en aucun aulre lieu, soit de jour, soit de nuit; et ju'on devait porter aux conseillers, les meubles, quî jiaient clé enlevés par ces nouveautés,
« â". Enlin , il fut résolu de donner deux adniinistra- Tiirs ou avojers à ces religieux. On choisit pour cet nnplot François Guibaud et Pierre Meneslrier, ' "
Tous les bourgeois assemblés s'engagèrent solennellc-
:icnl, par serment, à l'observation de ces ordonnances. ■
Dans le temps que Virel prêchait au couvent de la
I Hadcinine, un jacobin nommé Dominique deltlonbou-
■I KH), prêchait le carême dans l'église cathédrale. Viret,
■•I lyint BU ce qu'il prêchait , l'invila à une conférence ou
I iaae dispute, voulant lui montrer qu'il enseignait des
~Ë erreorB. Le jacobin la refusa. Virel ^'adressa au conseil
f delà ville, le jeudi saint 13 avril, demandant que ce
i^icobin fât obligé de soutenir ce qu'il avait prêché; et
ii>.iml, que quant à lui (Virel), « il élail prêt à soutenir
N3 doctrine, el qu'il consenlail d'être puni avec la dcr-
oièfc scvériié , si aucun prêlrc ou moine pouvait le cou-
laincre d'enseigner quelque chose contre la Parole de
Dica; que si au contraire il pouvait convaincre le jaco-
U2 VrxRT IT DM JACOfelN.
bin, d'avoir enseigné de (ausse« doclrines, il demandaii grâce d'avance pour lui ; ne cherchant autre choee que le salut des amcg. »
Le conseil ordonna à Viret, de mettre par écrit les articles , sur lesquels il prétendait que le jacobin aval erré, eldc les lui- montrer. Vircl le fit, et les porta aa conseil, le mardi de Pâques 18 avril. LejacolMO répondit, qu'il ne voulait pas disputer à Lausanne, mail en quelque université , comme k Paris , il Dole , et eo Avignon , là où il y eût des juges non suspects. Tiret loi répliqua, que s'il ne voulait soutenir sa doctrine que dans CCS tieux-là , il ne devait prêcher et mentir que là ; mais que puisqu'il arail mcnli à Lausanne et scandsiiso le peuple , il était juste qu'il y fît réparation ; < Que s'il voulait lui procurer, à Paris où à Avignon , une audience favorable, telle que lui, (le jacobin), la pouvait avoir à Lausanne, il était prêt à le suivre partout où il voudrait; u mais non pas pour disputer avec les bourreaux, le feu et les fagots , sans être oui ; comme ils ont accoutumé de faire, et de soudre tous argurocDS. Viret le pressait d'autant plus, que ce moine s'était vanlé en chaire de vouloir disputer , et dans son dernier sermoo, ' il avait dit qu'il ne prenait point encore congé, mais qu'il prêcherait davantage. Cependant ^e n'avait été qu'un lâche arliitce pour se tirer d'embarras; car il ne prêcha plus et s'en alla. * ;
Les Bernois s'élant rendus maîtres d'Yverdun, n'en | traitèrent pas les habitans avec la même douceur qn'ib \ avaient traité les autres villes qui s'étaient soumises à I eux sans résistance. D'abord qu'ils y furent entrés , ils ; ' abolirent tout exercice public de la religion romaine , et
' Act. Disputât, LauiaoQ. fol. S6. 17. Han. I^iusan. p. S09. h.
EirORMATlOM A TVCROUN. 145
dèf-Iors on n'y dit jamais plus la messe. Ils y clablireni pour premier ministre, Thomas Malingre. Le 15 mars, des seigpaeors depolés de Berne, y vinrent pour y pu- Uier et iaice exécuter les ordonnances qu'on avait faiics pour la religion et la police. Le 17 ils firent venir , par devant eux, tous les prêtres de la ville et de sa banlieue, et leur proposèrent, s'ils voulaient soutenir la messe et loul le reste, dans une dispute réglée, et par la Parole de Dieu , contre Jean Le Comte , ministre de Grandson , et contre Malingre? Sur leur refus, le 18 du même nois , on enleva tontes les images de l'église et des chapelles. On brisa celles de pierre. On porta celles de bois à la place da marché, où on les brûla. Le Comte y prêcha Taprës-dinée. '
Ce même jour deux cordeliers Jean Tissot, et Biaise Gondol,que les seigneurs de Fribourg avaient bannis de Granson pour avoir quitté l'habit de leur ordre y et embrasse la réformation, furent rélablis par Taulorilé * des seigneurs do Berne. ^
Le samedi 25 mars. Le Comte envoya lous les ministres du bailliage de Granson, dans les églises des villages rcssortissans d'Yverdun. Et lui de son cote alla prêcher à Cossonnay, et le lendemain à Pcnlale. Tissol fit son premier sermon à Monlagny ; Biaise Gondot, h Yvonan ; François Meige, à Ste. Croix, et 91. Jaques d'Yverdon , à Gressy. ^
Le jour de Pâques on communia à Granson, debout , pour la première fois. On en fit de. même à Gy. Il s'y trouva vingt-quatre communians. ^
* Mémoires de J. Le Comte. MS. Thom. 5G. b. 57. ' Mém. de Le Comte.
* Idem.
" Idem.
Ces rcformaleurs appelaient de dehors des minislrcs, ou bien ils consacraient au ministère des prêtres ou des religieux qu'ils jugeaient capables de cet emploi, après len avoir examinés. Ainsi le 30 avril Jean Le Comte examina trois personnes, conjointement.avec deux professeurs de Berne, Caspar Grossman ou IVIégander et Jean Rhellicanus. Ces trois étaient Biaise Condot, D. François Maigre et Jean Bloleri , quî , ayant été trouvés sufli- BBns, furent consacres. *
Dans le même temps, Guillaume Farel, Christophe Fabri, elUhetis ouRhetitius, prêchaient à Genève. Ils ne
^ bornaient pas leurs travaux à prêcher dans celle ville, mais ils le faisaient aussi dans les lieux d'alentour, et chez les nouveaux sujets de Berne, dans le Chablais, jusqu'à Thonon. Ensuite Fabri se fixa pour quelque temps à Thonon ; où il eut de violens assauts à soutenir. Cependant il y fut secondé, durant le carême, par un
', docteur ° en théologie , de l'ordre des Augustios , nommé Maître Girard Parint, qui avait goûté la doctrine réformée, cl qui ta prêchait avec lui.
Michel de Blonay , abbé du heu, s'avisa au milieu du carême, de faire une comédie avec ses moines, pour
i' tourner Farel en ridicule, et la prédication évangélique en risée. Mais le clergé séculier de cette ville, au Heu d'approuver cette farce profane et impie, en fui extrêmement indigné, cl voulut, par une espèce de représailles, le brûler en effigie. Ce quî changea de telle malière ce prélat, que le mercredi devant Pâques, 12 ivril, il alla lui-même à Genève pour faire une espèce de satisfaction à Farel, et le prier de venir avec lui
' El Act. Dûp. Baril. M. ik
LETTRE DR FARKL A FABI\I. | .^^:,"
prêcher à Thonoo. Farel lo voulut bien , et alla quctq«M joon après à Thonon. ' Pea ûb jours aaparâvàAi ' fléttitii à Fabri, k Tbonoa, la leUre sitfVaiite^ qui peui Mrnf à donner 'quelque idée de réiat oâ iSlaient alùtn lea affidres des Eglises de Genève el des environs.
< Yoos sa^et mon frère, je pense, ee que le Seigneur a fait ici ; Quelle Cène nous avons eue, combien il y a eu de eommnnianSy et combien rassemblée a été nombreuse. * Celui qui a augmenté ce petit troupeau » an delà de aMFe espérance veuille l'augmenter encore d'avantage , «I augmentant en même temps la foi. Jésus-Ghrisi donme k Tiret ' en succès tel que celui que vous saveK. Mais prenez garde mon frère, de ne pas vous accabler de fatigues ; donnes-vous le repos nécessaire pour ré* parer Tépubement de vos forces. Prenez TAugustin, * poor vous seconder et prêcher ensemble tour a tour^ li cela se peut faire commodément. Far-la vous support terex pins aisément ce fardeau , et cet horomo^là en même tomps^se rendra toujours plus propre pour la prédUeation ; et Ton gagnera tant plus de gens au Sci« gnear. » Un peu plus bas : a Je vois avec plaisir que vous ae voulez pas troubler les papistes (dans leur dévotion) pour ne pas les aigrir contre la Parole. Continuez de les attirer an Seigneur avec une extrême douceur. »... Il n'était pas nécessaire qu'ils me souhaitassent; car j'étais aïoi-méme résolu a ne demeurer plus guères ici. Rie
* HolliDg. è Vila Far. MSC. p. 712.
* Il veut parler de la communion de Pâques , qui se fit à Genève.
* Viret prêchait alors à Lausanne.
^ Cétait Girard Pariai, relif^ieux de l'Ordre des Au^uslins & Tbonon, docteur en théologie et bon réformé, qui prêchait quol^ qucfoifl avec Fabri. Voy. ci-dessus » et ci-dessous Liv. XV , section I , à la fin.
H6 rAKiL. urru a rtBBi.
Irouvaot comme prêt à m'embarquer aa premier jour, je me balais d'achever l'ouvrage ' que j'avais entre les inaÎDB, espérant que vous et l' Augustin seriez beaucoup plus agréables au peuple, pendaat mon absence ^ et c'est aussi ce que je crois. Je suis maintenant ici seul. Saunier est allé à Lausanoe , et de-là il ira à Neuchfttel pour accommoder les Neuchâlelois avec ceux d'ici. * Nous avoDS demandé cela au Conseil, parce que nous avons jugé que ce difFéreod pourrait causer quelque éclat scandaleux. Le Seigneur veuille que tout s'accommode beureusement. Froment est allé à Aigle ; je ne sais comment on pourra pourvoir aux villages. Jacques Gras est chargé du soin du petit peuple et des tonsurés, qui sont très-mal disposes envers Jcsus-Christ. Us méprisent tout-à-fail la Parole; et même ils la haïssent mortdleitaent. A peine les corrigera-t-on qu'à coups de fouet. J'ai appris avec plaisir ce que vous m'écrivez touchant la dispute , ^ qui j'espère aura lieu. Il faudra que nous fasuons tous nos efforts pour qu'elle se fasse , et au plut&t. Je souhaite de savoir si à Lausanne on l'accordera à Viret contre le * moinecomme le conseil l'a déjà promis. Il n'; aura pas moyen de tenir en hride autrement ces <nes qui braient contre Jcsus-Christ.... Adieu. Ajrec soin de votre santé, pour ne pas vous amaigrir par l« travail ; mais conduisez-vous de manière , que vous puis-
' Apparemment la confeMiou de loi , et le* articles de ducipline* doat 011 a parlé.
* Cest pour le paiement que ici Nenchllcloii demandaîenl A McMicuri lie Genève ; comme on le verra ci-aprrs.
* C'est U dispute de rclijjîon , qui devait se faire i Lauianne • dont on parlait déjà dans ce tems-là, «Iqui se fit an mois d'octobr* suivant.
* Voyci rHistoiredecea»>ine,ci-devuit p. iU ollU.
fit servir plus long-tein|)s el plus aisômcnl. De Gonc-vc ivril 1536. '
Deux ou trois jours après la dalo de celle leurc Farel et F.ibri changèrent de posle ; Farel alla à Tlionon , et I-'abri a Genève, Hais ils n'y restèrent pas lon^-lemps ni l'un ni l'autre. Farel écrivit de Thouon a Fabri, le 2 mai. o Nous ne sommes pas ici sans danger. Kous □ e faisons aucun fruit ou très-peu. Aujourd'hui il y avait un grand nombre de personnes armées, qui s'étaient assemblées pour venir lombcr sur nous , dans le temps que nous napprehendions n'en de semblable; mais it n'en est rien arrivé. Une misérable femme, que le baillif avait fait saisir, fut relâchée par la sentence des juges , comme folle. Je ne sais ce qu'il faut esjiérer. Cependant je combats toujours, ne dou- Mnl point que Jésus-Christ no remporte ejiiîn la vicloire. ' B
Trois jours après, le 5 mai, Farel écrivait encore à Fabri. « Nous sommes toujours ici au milieu dc-s lemp-^les. Il me semble que je perds presque ma peine dans ce lieu. Je souhaiterais fort, que Virei fiH ici, mais il n'est que trop nécessaire ii Lausanne. Je ne fais ce qu'il nous faudra faire dans celle disetle de miaislrcs. Le Seigneur nous assisie. Les emportements furieux des tonsurés m'émeuvent un peu, moi qui suis ilcjâ assez échauffé d'ailleurs. » Dans la même lettre il se plaint d'un moine qui élait venu l'insulter le jour
{klent. Il exhorte fortement Fabri, à ne. iias souf- :sEpi«U>l.>ncdi(. FarclliN. XXIX.
lid.W. XXX.
frir que les Genevois laisscnl subsister la messe en aucun eodroit mais qu'ils l'cxtirpeal par tout. '
Fabri quilla Genève dès le mctnejooc, cl retourna à TboDon. Se trouvant trop faible et trop jeune pour porter bcuI le pesant fardeau d'une Eglise comme Genève, il se présenta devant le conseil, et le pria de l'envoyer à Thonon cl de rappeler Farci vu qu'il n'était poinl capable de saiîsfairc ou grand nombre et à rimpor-tance des alTaircs, qui survcnaieul a Genève. On le lui accorda. Ainsi il retourna à Thonon le 5 mai , et Farel i Genève le 6. *
A peine Fabri fut-il de retour à Tbonon qu'il y fut expose à une nouvelle insulte de la part des papîsleà. Comme il y précbait te samedi (6 mai) entre trois et quatre heures après midi, il y eut un bourgeois de Thonon, qui vint crier dans le Temple, diable, méchant diable, descends de là ; après quoi il s'enfuit. L'hôte de Fabri, nomme Etienne, courut après cet homme jusqu'au vestibule du temple; et tirant son cpéc il lui en donna quelques coups du plat, sans lui faire d'autre mal. Après le sermon tout étant tranquille ; comme les réformés s'étaient arrêtés devant la porte du Temple, à discourir ensemble paisiblement, l'abbc, (qui dczélc catholique était devenu zélé réformé,) pria lebaillïf de punir une insolence do celle nature faite contre l'Evangile. Le bailHf fit saisir cet insolent, cl te fit mener en prison. D'abord que les catholiques le surent, ils attaquèrent le baîUif et sa compagnie, et montant au clocher , ils sonnèrent le tocsin et dans un instant la ville fut toute en armes. Tandis qu'une partie d'e
I ibia. w. XXXI.
' lloliiiifî'lî Tt3.
ÊMIUTE DBS CATHOLIQUES. 149
Ire eux poarsuivaienl le baillif et ses §^ensj les autres
vinrent fondre s
r Fabri
c leurs épcca
, et l'a raient infailliblemenl [«ercc de coups, s'il ne sciait fauVé dans le temple, par une pctùe porle. El comme ils l'y [loiirsiiivirenl , la frayeur lui donnant des ailes, ÎU s'éviida par la {grande porte à Iraverti une foule do catholiques, el se lOtira daus le logement du baillif où ^^tt séditieux le pousuivircnt encocc. La femme du baillif ^Hu ayant fait incessamment fermer la porle, ces furieux ^Hvilreprirent de l'ouvrir à coups de pieds et d epécs, et ^^eièrcui une grêle de pierres contre les fenêtres. Ce fui une inerveillo qu'il n'en fut pas assomme en se sautant du lemplc chez le baillif. Celui-ci donna inces- Iummcnl avis aux seigneurs de Berne de celle cmcule , Ipiî était atlcG jusqu'à une rébellion ouverte, et en même temps il relira Fabri chez lui , pour Icdêrobcr à la fureur B0S conjurés, qui avaient voulu l'êgorgcr. * Les se ibeurs de Berne envoyèrent six députes à Tbonon, pDDr prendre information de celle affaire, el châtier le^ coupables. Ces députés y arrivèrent après la Pentecôte qui fut celle année le 4 de juin. Ils exécutèrent fleurs ordres de la manii-re qu'il convenait, et pour ^HMorlifier les papistes ils y abolirent sur le champ les ^^■Dages et tout exercice public de la religion romaine) ^Hh confirmèrent Fabri dans le minislèrc de Tbonon. ^ n y demeura une dizaine d'années, prêchant au milieu de beaucoup de traverses, de la part d'un peuple de col roide et brûlai. Il fut appelé de-là à Neuchâto), et 4e Neuchâtel à Lyou. ^
' E». Epi»tol. tncil. Far, N. XXXll.
* Hotting. 713.
' E> Epistol iiivJit.
1%onoD ne fut pas la seale ville où il y ent du trouUe à l'occasion de l'éublissenienl delà religion réformée. Il arriva aussi quelque chose d'approchant à Avenche. Le banderet du lieu, qui était réformé pria LL. EE. de leur envoyer un ministre. Les bourgeois dont la plupart étaient encore bons catholiques, en furent teUement irrités, qu'ils le dépoetreut, et en miîme temps ils envoyèrent leur gouverneur à Berne, pour faire quelque* propositions àLL. ËE. et d'autres députés kFribourg, pour demander du secours en cas de besoin. Les sei- If neurs de Berne apprirent celte conduite des gens d'Avenche, avec beaucoup d'indignation et lenr écrivirent fort vivement ( le 19 juin ) , leur ordooDaet de rétablir incessamment leur banderet , et de s'abstenir à l'avenir d'une démarche semblable a celle qu'ils avaient faite, qui était directement opposée aux sermens qu'ils avaient prêt» à la ville de Berne. Ils menaçaient de punir sévèrement cl promplrment ceux qui désobéiraient, leur faisant entendre qu'ils n'étaient plus sujets de l'évéque, mais de Berne; d'où ils devaient conclure qu'il n'y avait plus d'autre parti à prendre pour eux , que celui de l'obéissance. '
Je remarquerai ici une fois pour toutes, qu'il ne faut point s'étonner, si dans ce temps-là les nouveaux sujets de Berne étaient si rétifs à embrasser la religion de leurs maîtres. Il y aurait plutôt lieu de s'étonner , si le contraire était arrivé , car enfin , rien ne fait de plus fortes impressions sur l'esprit de l'homme , que les préjugés de l'enfance et de l'éducation en matière de religion. Quand un homme passe promptement et sans peine d'une religion à une autre , il y a tout lieu de le
* Archi*. d'Avetirbe.
vitri av conseil db cette ville. fS
soupçonner do légcrclc sur cel article, ri de croire qu< le soin de chercher cl de connnîlrc la vérilé ne l'embi rasse gucres , el qu'aioai il n'a change que pour des considcralîoDS mondaines. J'ajouterai ici à l'honneur de la ville d'Avcnchc , qu'autant que ses bourgeois Icmoignèrent autrefois d'aliachemenl pour la relif;ion catholique, dans laquelle ils avaient ctc élevés; autant ceux d'aujourd'hui témoignent de îclc pour la religion réformée; et tout nouvellement Messieurs du conseil do celle ville, ont donné une preuve de leur jiicté, qui mérite que le souvenir en soit conserve ponr toujours. Ayant perdu l'an 1726, M. César de Trey, leur ministre, qui ciail l'un des plus saints hommes et des plus zélés islcurs, qui soit peut-être jamais sorti du Paya de Vaud; I Messieurs, pour montrer qu'ils connaissent parfaiment tout le prix de la grâce que Dieu fait à une l^lise , quand il lui donne un pasieur de ce caractère , ||l voulu signaler leur reconnaissance et leur véncra- I pour sa mémoire, par tous les endroits possibles, pn-seulement ils l'ont fait ensevelir aux dépcn.s du iblic , cl dans le lemple au pied de la chaire ; mais de ^us ils lui ont fait faire une épitaplio Irès-honorable, gravée sur une plaque de broute el attachée au bas do la chaire , afin qu'elle soit mieux en vue. On la peut voir à la Qn de ce volume entre les pièces justificalivcs. '
Au reste le premier ministre, qui fut donné ii la ville d'Avenche, éiaîi d'Orbe, cl s'appelait George Grival, aulrerocnt Calais. Au bout de quelque temps on lui associa uu diacre ou vicaire , qui servait aussi de régent d'école. Il s'appelait JoanGangnion. *.
L" IbiJ. cl MS. TUui
IS2 3IM>DE DTTBKDVH. CAKOLL
Le 7 et le 8 de juin il y eut un pelîl synode à YverduD, assemblti sous la présidence de dcui dc^)ulcs de Beroe. On y élablil Pierre Virel, pour y prêcher pendanl quelque temps. On y publia diverses ordonofinces ronire le papisme. Il fui dcTendu d'aller à la messe et à confesse, sous peine de dix tlorins d'amende pour le» hommes, cl de cinq pour les femmes. Ces ordonnances ne furent que pour ceux d'Yverdun ; car tout le reste du paye étaîl toujours dans sa vieille religion. '
Quelques jours après, Jean Le Comte fut à Neucbàlel, où il bénit lu muriagc de M. Pierre Caroli, doclour de SoFbonno , qu'on y avait établi ministre. Ce docteur était natif de Hosay en Brie, dans l'éïèchè de Sleaux. Il parut à Gencyc, en qualité de catholique,* dans la dispute de F. Jaques Bernard -, après laquelle il embrassa la rcfornialiou . L'Eglise de Ncuchâlel arant besoin d'un pasteur , on l'y appela. Il y alla et s'y maria. 'Peu après, il fut'appelé a Lau.-^anne, maïs il n'y demeura pas long-temps; el la suite tîl bientôt voir que c'était un Démas. qui aimait le présent siècle.
IV. Dans le même temps , les esprits étaient dans un« eilrôme agitation à Lausanne, à cause des propositions que leur faisaiont les seigneurs de Berne, de les reconnaître pour leurs souverains, à la place de l'évêque, dont ils avaient acquis les droits par la guerre. Outre que Messieurs de Lausanne se faisaient une très-grande peine de devenir sujets, d'amis et alliés qu'ils étaient; il leur fâchait encore inlînimcnt, de se voir sans évéque, cl leur siège épiscopal sécularisé. Ils étaient toujours ta plupart catholiques , et c'était pour e
LAUSANNE. DIFFICULTÉS AVEC BERNE. Iî>3
d'amëre douleur, de se voir privés d'un emploi qu'ils regardaient , suivant les principes de leur religion , celui d'an grand pasteur^ auquel ila pouvaient
m divarfes oecauicvi^ ptmSUBVB, ib fiûaaient encoitt allention k Vin\MM 40 leur Tille» qui n^ëlait pas sans doule la Ire eljet dans leur eapril. La perte des tribunaux»
k leur 0gUse cathédrale , entraînait nécesaaireaievl celto du commerce d'une infinité de personnea» qç0 la néoetrité 4fi '^un affaires y amenait ppur diverse^ çaaaea awiriffloiiialef , bénéficiales on autres ; et cette parle y fiiii^l une diminution considérable dans les fareniis de la ville et de divers particuliers qui en vivaient. Kaia persenae n'était dans une plus grande in<* quiétude que les chanoines, qui regardaient déjà leur chapitre comme détruit. Ils envoyèrent des députés à Berne au miliea d'avril» pour se recommander à ces seigneurs » et les prier de letf protéger. LL. EE. leur répondirent le ' 27 avril» «qu'ils étaient contens de lea protéger poonrii qo'ifai n'inquiétassent i>ersonne pour oanaé de religion » jusqu'à ce que le papisme y fût aboli à la pluralité des suffrages. * »
Quoique les Lausannois eussent reçu un baillif de Berne» ib ne prétendirent point pour cela être devenus sujets de ce canton. Ils parurent vouloir faire quelque^ efforts pour se mettre en liberté , et d'abord s'eraparant de la jurisdiction civile » qui avait appartenu à l'évéque^ ib établirent un tribunal de judicalure^ composé de treize assesseurs» et ne voulurent point permettre qu'ib prétassent serment aux seigneurs de Berne. A peu près dans le même temps ils envoyèrent des députés à Berne»
f B. loMr. 58 b.
lU UKIStltKI. PLATHTU COKTKI LU «<FOKnES.
pour demander à LL. EB. I. « Qu'on ne traosporUt point ailleurs le siège épiscopal . II. Qu'on ne changent point le sceau de l'ofBcial. III, Qu'on ne fït point de nouveaux règlemcns ni de religion ni autres ; puisque ce serait contre leurs libertés, de faire des statuts et des règtemens sans le'consenlcmenl des Um» états de Lausanne ; chose que jamais évéque n'avait faite. IV. Qu'on ftt les actes en latin plulftl qu'en français, puisque le latin était plus connu partout. V, Qu'à l'égard de la foi, la bourge<nsie avait pris par deux Ibis la résolution de vivre dans l'ancienne religion ; laissant pourtant la liberté d'aller écouter les ministres, à ceux qui le son*: haiteraient; concluant par prier LL. EE. de les laisser dans leurs libertés temporelles cl spirituelles, d
Dans ce temps-là il y avait parmi les reformés de Lausanne , des gens d'un zèle indiscret et extravagant , quf paraissaient faire consister toute la roforraalion d'uno Eglise, à rompre et à briser tous les objets de la vénération des catholiques, etqiii,aulieudelesailîreràladoi>. trine cvangclique par la voie de la douceur et de Tins-, truclion, semblaient au contraire avoir pris à tâche de les aigrir , et d'aliéner leurs esprits par une conduite toul« opposée. Les députés de Lausnnne furent donc chargés de porter à Berne les plaintes sui vantes contre les réformés. I. Qu'an lieu de faire tranquillement le service divin, à leur manière, dans le temple de la IHadelaine, qu'on leur avait assigné, ils y avaient tout brisé, autels et images. II. Qu'il ciaîeni allés de là au temple de St. François , où ils avaient fait la même expédition. Ils demandèrent, que LL. EE. punissent les auteurs de ces désordres, et qu'on ei^ arrélàtlccours,commeonavaitfaitàOrbcetàGranson. '
* Arch. de Uiu. et Manuel I. StO b-
LnTRV. nOTNB IMPCDIQCB. ISS
hc8 Beîgnciirs de Berne ccoutcrent avec douceur ces d^Hitcs , et les renvoyèrent avec de bonues paroles , les AESarant qu'on en userait avec eux de manière qu'ils seraient conlens. *
Cens de Lulry n'claieol pas moins 7élés pour leur religion; leur conseil général s'clanl assemble le 9 d'avril. Dimanche des Rameaux, fit les trois rêglcmcns que voici. (I I. Que nul ue devait procurer de faire venir un ministre dans le lieu pour y prêcher, sous l'amende de 10 li?res. II. Que s'il on venait quelqu'un par hasard, on no rirait point écouter. Qu'on le laisserait passer sans lut faire aucun outrage. III. Que nul ne devait procurer de gâter ni mutiler les images, ni dans l'église ni ailleurs , ni faire aucune violence ù l'église, sous la même amende. " n
Quelque temps auparavant il arriva un fait singulier à Lulry. Il y avait la un ancien prieuré de l'ordre de Sangny assez rîcbe. Le jeudi fi avril , un bon vigneron, nommé George Illermod , porta plainte au conseil contre Girard Itlarguerat, l'un des principaux moines du prieure, demant'ant justice contre lui , de ce qu'il lui avait dcbaocbc sa femme depuis long-temps j et qu'il en avait ra des bâtards. Il n'avait pas ose s'en plaindre jusqu'alors , soit parce que les moines et les ecclésiastiques clatit tout-puissants, il avait appréhendé leur ressentiment ; soit parce qu'il avait juge que ses plaintes seraient inutiles, les ecclésiastiques ne voulant pas paraître en jugement devant les laïques. Mais voyant les temps cbaogès, il osa enfin porter ses plaintes contre ce tnoinc. Le conseil le lit venir. 11 demanda terme pour répondre
> ibij. r. SU.
* Man.deLuU-y loi. 37 l>
ISS LtiMT. tas nwAmi) ncffiivinMit.
iosqn'wi itiwiThiT niivantj et ce joor étant vena, une p«rù« des dcnbo da prieuré enreBl l'impudeiiGs de ï'ascàsler deT«iil le conseil. 11 demands eocore terme jnqu'aa jeudi cuiv«Bt , sotu espérance de poovmr s'accoutoioder arec le ngneroo. ^£n le jeoi}! 27 du loâme mois, le cooien de Lutry condamna ce moine ùaptididique, à an êca d'aMtende , el à payer nz ôcoa d'or de dédommagement au vigneroa , avec déreoM de ne jamais plus débancber sa femme. ^
Le jeudi suivant 4 mai , le même ctmseil ayant appri^ que c'èlaïent le* moines du lien qui avaient battu le mi-, ■istrcXicliH, (dont il a clé parié ci-dessus), ' lescoodamna à 100 florins d'amende, par forme de coutribulîon , pour aider ii pa^^ les dépenses extraordinaires^ où la ville s'éuit trouTèe engagée dans ces conjonctures périllruses. *
Vmci encore un autre iail , qui peut servir à faire con- Ballre> quelle était la crasse ignorance et ta superstilioq des gens d'alors. Dans ce temps-là le territoire de Lutry était désolé par ce« espèces de vers, qu'on appelle c»; teraux» (el en langage du pays des MtMrrs)f qui nu^ geaienl les blés par la racine , et gâtaient entièrement tes prés. Le dimanche 14 mai, il fut pn^iosé dans le conseil de Lutry , de chercher du remède à ce mal. On députa deux conseillers à Lausanne, pour aller cos^ , Bulter quelque docteur. Ceux qu'ils consullèrent, teor donnèrent conseil, de prendre de l'official de l'évjqaej > une citation en forme contre ces insectes , pour les tirer en cause dorant son tribunal , et pour (^Aenïr de lui sen-
■ Ibid. f. 3S. b. S7. h. W.
* Tome III. Uv. XII.
* Ibid. I. 41 b.
. TAAITÊ AVEC BEBKE. 1S7
teoce d'cxcommuDÎcalion coDlre eux; mais qu'auporavaai il fallait faire trois processions trois jours durant, par toute la communauté, ce qui fut fait. '
Le mardi 27 juin, les Lausannois souhaitèrent que les trois paroisses de La Vaux , Luiry, Villclle et St. Saphorin, voulussent concourir avec eux, au sujet des changemens que les seigneurs de Berne projetaient de faire. lU eurent une conférence ensemble, à Lausanne ce jour-là; et convinrent d'envoyer des députés à Berne, pour faire des représentations sur ce sujet. On en vint à une négociation amiable, qui, après avoir dure quelques mois, se termina cnlin avec douceur, à la satisfaction des (parties, le premier novembre 1536.
Les seigneurs de Berne accordèrent aux Lausannois haute , basse et moyenne jurisdîclion , pour les affaires civiles et criminelles, sur toutes les terres qui dépendaient de la ville, et qui sont dans le bailliage, excepté les quatres paroisses de La Vaux, et le château d'Ouchy ; se reservant la souveraineté et les droits de régale, comme le droit de faire grâce, les droits de monnaie, d'appel et de guerre. l\ fut réglé en même temps, que les appels se porteraient devant tes seigneurs commis, qu'où envolerait de Berne au pays toutes les années pour ce sujet. Outre ces choses , les seigneurs de Berne se réservèrent l'év^ché, le chapitre et le clergé de la cathédrale, avec tous les biens qui en dépcndaîcnl; cependant sous la réserve des droits d'autrui , auxquels ils ne voulaient pas déroger. Ils cédèrent et abandonnérent aux Lausannois tous les autres biens d'église, savoir . t" Les deus couvents d'hommes situés dans la TÏlIe; celui des Cordcliers, appelé de St. François, et
tbid- fol. 43 b
ISB TKAiTi M UPSARm
celui de U Hadelaine, qai était aux DomiincaiDS ; 2° les cinq ^ises partHstiales de la TÏIIe, St. Pierre, St. Paul, St. EtieDite, St. Laurent et Ste. Croix en l'église cathédrale; 3* quatre couveols situés bon de la Tille, savoir : le prieuré de St. Sulpj, pour le posséder après la mort de l'abbé de Boomoat; l'abbaye de MoDtheroD , de l'ordre de Cil^aux; celle des relig:ieuses de Delles-Vaox, et enlïn l'hospice de Ste. Catherine dans le bois du Jorat ; 4** eufin le vieux évéché et quelques fermes, (nommées vulgairement chalela), dans le même bois. LL. EE. de Berne firent ces concessions aux bourgeois de Lausanne, soos ces deux conditions : 1° Qu'ils pourvoiraient de ministres toutes les ^lîses qui dépendaient de ces cures et de ces maisons religieuses; 2' qu'ils donneraient une pension viagère à tous les religieux et les religieuses qui embrasseraient la rcformatioD. Ces seigneurs promirent en même temps, qu'après la mort des chanoines et autres ecclésiastiques de la cathédrale, ils pourraient encore faire quelque nouvelle largesse à la ville de Lausanne. '
Les députés de Lausanne, qui étaient an nombre de douze, étant de retour chez eux, rendirent compte de leur négociation devant le grand conseil des deux cents, le dimanche 5 novembre. L'Assemblée approuva et ratifia ce qu'ils avaient fait; et leur donna même un témoignage authentique, qu'ils s'étaient bien acquités de leur devoir. *
L'Anonyme Lausannois, ^ que j'ai déjà cité quelques fois, dit que le grand conseil de Lausanne députa des
• B. Inslr. I. H4.
* Man dcLaus. I.%17.
* MS. Pinaul.
. <-ni a Berne, qu'on cslimaiL être sages, el que quand I s t]é[iulcs furent arrives à Berne, el qu'on leur cul demandé ce qu'ils souhaitaient, ils demandcreiil deux messes par semaine. Peul-étro csl-ce une médisance; tD«U si la chose est véritable, ils n'y a rien là que de fort naturel ; car dans ce Icmps-là les Lausannois étaient nicore, pour la plupart, dans les principe'» de leur aucienae religion ; et je coa<;ois qu'il devait leur cire dur, de se voir tout d'un coup privés de messes, avant que d'être bien instruits el bien convaincus des abus que reofernie celte cérémonie.
Je remarquerai ici, en passant, que quoique les douze dê|>ulés de Lausanne fussent tirés d'onze familles dlITéreotes , il n'y en a eu que deux dont la poslérîlé s'y soit oiiiscrvée jusqu'à présenl ; savoir, Jean Borgcis, ou Boui^eoîs, fiourg-JUaitre , cl Gui Rosseli, du grand conseil.
Pour finir ce que j'ai à dire sur celle révolution , s'il m permis à un petit pailtculîer comme moi, d'en dire FE pensée, j'ajouterai, qu'il me paraît, que dans celte -casion messieurs de Lausanne prirent lo pailî que la igesse et la prudence leur dictait. Il ne leur élail pas jossible de s'ériger en république. Les principes de la religion romaine, dont ils étaient fortement imbus, ne leur permettaient pas de penser à secouer le joug des évêques. El quand ils auraient loulu l'cnlroprcndrc, leur ville était trop petite el trop faible, pour se sou-: lenir dans un pareil dessein, Bâtie comme elle l'est, dans la situation du monde la plus mal enleodue et la plus incommode; dans uuc espèce de fond, au milieu de trois ou quatre hauteurs, qui la commandent à peu près de tous côlés , ils n'était pas possible de la fortitior ; et s'ils eussent voulu l'entreprendrej il leur aurait fallu
IQ) tumccLTis DK ■nul atu nnooKfi.
des sommes immenses, qu'ils ne poavaient IroDTer, ni dans le trésor public, qui se réduisait alors k fort pea de chose, ni dans les bourses dfs parUculiers. Le seul parti donc qu'il leurresuîlii prendre, selon mon sens, c'était de recevmr les nouveaux maîtres qui se présentaient, et de le faire à des conditions qui rendirent leur sort plus doux. Et c'est aussi ce qu'ils firent. Pat là il ne leur est arrivé aucun tort; car, sans parler des •Tantages spirituels, qui leur reviennent par l'établiss»ment de la réformation , (avantages qui se rapportent k la vie arenir, et qui sont iniiniment précieux), les sei- j gneurs de Berne leur firent des concessions lrè»-c<Hi8i- j dérables, telles qu'on vient do voir, et qn'ib n'auraient . jamais pu espérer de leurs évéques.
V. Les seigneurs de Berne eurent aussi des difficultés avec leurs alliés de Fribourg, tant au sujet du comte de Gruyère, que pour diverses prctcolions que ceui-ci formaient sur l'abbaye de Payorne, et d'autres terres du Pays de Vaud. Les comtes de Gruyère, seigneurs les 1 plus puissans, qu'il y eAt alors dans le Pays de Vaud, avaient clé vassaux des princes de la maison de Savoie, pour les terres qu'ils y possédaient. Quand donc les Bernois eurent pris le Pays de Vaud, sur le duc de Savoie> ils sommèrent Jean lU comte de Gruyère, de leur prêter hommage et serment de fidélité, comme vassal et sujet, n le refusa , s'imagînant peut-être que l'occasion était favorable pour se rendre sonveraib et indépendant. Les seigneurs de Fribourg, dont il était bourgeois, le soutinrent dans son refus , et s'intéressèrent fortement ponr lai; demandant en même temps à ceux de Berne, de leur céder Vevey, comme ils le leur avaient promis. Ces prétentions opposées furent poussées de part et d'anlra avec chaleur, et pensèrent causer une rupture entre les
deux clals, qui aurait pu entraîner une guerre civile dans la Suisse ; parce que les Fribourgcoi^ claieot appuyés par les six autres caillons catholiques, el par Itlarvcld ambassadeur de l'empereur. Riais 1rs seigneurs de Zurich el Bois-Higauil, ambassadeur de France, inler^iosèrenl leurs bons oflices , pour porter les Bernois a s'xccommoder à l'amiable , el à se relâcher de quelque chose, pour bien de paix. Ainsi celle affaire fut lermincc paisiblement, le 23 mars, aux conditions suîvantes :
. Que te comte de Gruyère ferait hommage
leurs escellent
. de Bct
pou
■ la baronnie d'Au-
bonne le château et la ville, pour le château de Bourjod, pour les villages de Warens et de Pallj.
a 2". Qu'à l'cgsrddela ville de Gruyère, ducbàlcau et mandement de Mont-^ervcns , de Hayes, le mandement de Vanel, la terre de Gisinz, le château et le mandement de la tour de Trème, les châteaux d'Oron, el de l'alcsieux , les seigneurs de Berne dispeDsaieDt le comte de leur en faire hommage pendant M vie; réservant leurs droils pour en faire usage après M mort.
m 3°. Que ce relâchement , ou dispense d'hommage , . él«ïl un équivalent que Berne donnait à Fribourg , pour ses prétenlions sur Vevey : et qu'ainsi Vevcy resterait aux Bernois , pour la posséder paisiblement, et en pleine souTeraineic.
■ 4°, Que le comte ne se lierait avec Fribourg, que conformément à son ancien traite de bourgeoisie, et qa'ïl n'entreprendrait aucune innovation avec eux. ' »
Le dernier avril le comle de Gruyère exécuta ce
* Suitler 11. 88. b. u HO. a. R Iniir. 1. SOS
traité, el ptcla aux ecigacura do Berao, l'boniaMge qu'on avait régie. *
El comme le comte avait des prétentions sur l'abbaye de Haut-Crét, Leurs Excellences de Berne lui accordèrenl après la 'mort de l'abbéj la 15 juin 1537, une pension viagère do 400 florias^ à prendre sur les rentes de, cette abbaye.
L'accommodement qu'on vient de voir, île temniu pas les diflicultés des Bernois avec les Pribour^cns. Ceux-ci avaient encore d'autres prétentions , qu'il fallut régler. II y avait long-temps , qu'ils avaient envie de s'cmparerdo l'abbaye de Payerne , monastère de l'ordre de Clugny , de fondation royale ' et fort riche , qui se trouvait dans leur voisinage, à quatre lieues de Fri' bourg, et fort à leur bienséance. Ainsi déjà dès l'an 1532 ils prétendaient être protecteurs de cette abbaye, et firent diverses instances auprès de ceux de Payerne, pour être reconnus en cette qualité ; cependant ceux-ci pe voulurent jamais le souffrir. Mais cette année IS36 ils éclatèrent ouvertement; et quoique la ville da Payerne se fût soumise aux Bernois , el que par U l'abbaye j qui était dans l'enceinte de ses murailles, dlll * être censée naturellement avoir subi le même sort. In Fribourgeois ne laissèrent pas de s'emparer de ce monastère, et d'y mettre garnison, sous prétexte d'y soutenir la religion romaine contre les entreprises des Bernois et do la bourgeoisie. Je dis de la bourgetnsie; car depuis que Payerne s'était soumise aux seigneurs
' MS. Arap. ISS.
* Elle fut fonJào l'an 963 par b reine Bcrlbe, veuve de Rodull II, roi d-: Boarf^gne, avec le cousenlemenl du roi Cjnrad
AO ïl'JKT DB LABBATC DB FAtSnNe- ICj
de Berne, la réformalion y avaïi gagné le dessus. Or l'avait géDCralemcut embrassée ea laissant pourlaot tiberic de conscience à un petit nombre de bourgeois qui persévéraient daus la religion calhotiipic. LcsFribourgeoîfi non contensdcse rendre maîtres de l'abbaye entreprirent encore d'êlouffer la réformalion a Paycrne des sa naisisaacc, et voulurent empêcher qu'on ne la prècbâl dans l'Eglise, qui est aujoiird'bui le Tcmptc I)arois£Îal de la ville et qu'on appelait alors la chapelle, fics bourgeois de Paycrne ne voulurent point soulTrir ' elle entreprise des Fribourgeois. Ils envoyèrent in- L<?.-sammenl des dépulca a Berne, pour prJcv les sci- ,-neurs de cet étal de sonlcnlr leur ouvrage , de conser- L «er leurs droits et leur aulorilc dans Payerne, et de I Be pcrmellrc pas qu'aucun autre qu'eux y exerçât de ' 'lominaiioD. Leurs députés curent ordre de représenter l'ulr'aulrca choses aui seigneurs de Berne : Que 1 avoyeie ou la protection de l'abbaye leur aparlenait, comme lyanl succède aux princes de Savoie, qui avaient obtenu i> droit par divera anciens Iraiiés faits avec les prieurs '!l' celte maison et la ville de Payerne i ' Que toutes les l'jjs que Fribourg l'avait demandé, le duc de Savoie et Il ville le lui avaient constamment refusé : Que les nioioGsd» celle abbaye ayant toujours harcelé la ville par des procès ca sorte qu'elle en clail appauvrie, les Fribourgeois ne pouvaient pas les somenir sans violer
* Le [irrmicr prince de Savoie, qui poasëdi cetta avoyeric île Pjyerne , lut le comte Pierre , qui l'obiiiit pour sa vie aeuleniciit r*n IU9. Ses succesieurs, pendant 80 an*, ne l'oblinretit que sous la même condition ; mais erifin , l'an I3IA, Amédce V l'obtint paiune (ransaction pour lui et ses succeiicurt , et en prêta hommajjc au prince. ( Vu l'aelc aux arclûves do Payerne ). Ces pritjcos rl3blûaaieut i Paycrne un olfiucr nomiuë Avoyer, ijui cier^ail ici
plot en leur n
jGenèv
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164 DiFFiCuiTfs sMrRE herhb et ÏRIBOIIRG.
les engagemens (jii'ils avaient avec Paycrne, par un BDcien Irailé d'alliance; ' d'autani plus que les Frîbourgeois rnx-mêmes ajatii eu quelquefois des difiicullés avec ces moines, qui avaient fail excommunier l les prêlics de Fribourg, la ville de Payerne avaÎL pris j parli pour Fribourg contre ces moines : Que la chapelle L •pparlenail eu propre ô la ville qui l'avait faite bâtir 6ur n fond qu'elle avait achète, et qu'elle l'avait posï^édée de tout temps sans que personne s'y fût oppose : Ealin que les priaces de Savoie ayant promis aux prieurs de Payerne, de ne jamais aliéner TAvoyerie de leur monastère , les seigneurs de Berne qui venaient d'acquérir les droits de ces princes par une juste guerre ne la pouvaient aliéner sans faire tort à ta ville. ^ »
Ces reprôsentalioDS de la ville de Payerne furent agréables aux seigneurs de Berne, aussi rormérent-îls la juste résolution de garder Payerne avec son abbaye; et sans attendre la décision du difl'êrend qu'ils avaient sur se sujet avec Fribourg, ils accordèrent aux bourgeois de Payerne, par un acte du 9 d'aoOt, que les appellations de leur ville et de son ressort se porteraient par devant le conseil du Heu, et de là à Berne; déclarant expressément qu'ils leur faisaient cette concession , à cause des bons services qu'ils ea avaient
niais ce ne fut pas là le seul sujet de difficulté entre ces deux étals. Ils en eurent encore pour tes prieurés de Romainmolier et de Baume, situés au pied de la moU's lagne de la Joux, qui étaient, (avec l'abbaye de Saiol
enouvclo l'an \3lt9 \t rcli. de pBjcrnc.
* B. rnsir- t.We. Arçh.dePw
^^^^^r AnEANGEUENT K^TIlE CHS VILLES. IG5
Maurice en Valais), les deux plus aocicns monaslèrcs qu'il y eùl dans la Suisse , el peut-êlre dans les Gaules ; Aynnl élé fondés, le jiremîer vers le milieu du V BÏccle , et le second au commcemenl du W. Les Fribourgeoîs les priienl l'un el l'aulre sous leur proteclion. Car quand eigneura de Berne curent somme le prieur de Bomiolier, au mois d'avril , de remeUre les droits de
^mon cotivent entre les mains de leurs commissaires, il
recourut à Fribnurg pour en implorer la proleclio" i"'
lui fui aceoidée. Autant en fit \o prieur de Baume.
Trois monastères, dont deux au moins élaicnV forl
riches, ctaienl un objet assez inlère>saul, el capable
Ll'allérer la bonne uoioadc cesTleux cantons voisins
Ql alliés. Aussi les négociations traînèrent-elles long-
L Lcinps, et jusqu'à la fin de l'année. Enfin pourtîinl, après
I de longs débats de port el d'autre, les deux villes s'ac-
r cordèrent amiablement ensemble, le jeudi 28 décembre,
de la manière suivante :
1". A l'égard de l'abbaye dePayerne, les Bernois consentirent de céder aux Fribourgeois les religieux de Payerne, avec toutes les renies elles biens dit couvent, on se réservant Wiler-Oltingea, avec toutes ses appartenances; bien entendu que, si ces religieux, ou la plus grande partie d'entr'eux, allaient s'élablir à Fritourg, ils auraient toutes leurs rentes, etc.
fc2'', Qu'après leur mort, leurs biens situés sur les Tes de Fribourg appanieodraient aux Fribourgcois, inme ceux qui se trouveraient sur les terres de Berne, seraient dévolus aux Bernois, el ceux qui seraient sur les deux terres, appartiendraient aux deux vijles par indivis.
3". Que si les religieux ou la plupart d'entr'eux de-
vraient à Payerne; eu cec
après
-mort, leurs
IGC DirricuLTis m nni»
biens seraient dévolus aux Bernois ; mais qut» qu'il
en BOÏt , ils se ré^ervaienl Wiler-OItingeo.
4°. En ccbaoge, les Bernois cédèrent aux Pnbourgeoïs , à leur requête, les dîmes d'E^tavajier , soit qoe les religieux de Paycrne allassent à Fribourg, on non.
Ainsi les seigneurs de Fribourg , ayant signé ce traite, renoncèrent à la protection du couvAit de Romainmolier; priant seulement leurs alliés de Berne , d'avoir en recomnianâation les religieux du Heu. Ensuite les deux villrs s'engagti cni mutuellement , de se maintenir dans la possessioD du pays / qu'elles avaient acquis. '
Après ce traité , les seigneurs de Berne firent un bailliage des terres de l'abbaye de'Romsinmotier, et mirent dans sa dépendance l'abbaye du lai: de Joux, ancien Rionaslère de l'ordre de Prémontrc, avec toute sa Tallée. Ils mirent au^si le prieuré de Baume, aous le bailtif d'Yverdun. L'an 1 537 ils établirent un administrateur à l'abbaye de Paycrne, qui fut Adrien Baumgartco. *
Les seigneurs de Berne eurent aussi quelque peine avec le roî de France pour divers sujets. Les litres du Pays de Vaud étaient dans les arcbives de Chambcry. Ils les lui demandèrent souvent saus succès. On les leur promettait; mais le cardinal deTournon, qui était toutpuissant auprès de ce prince, éludait toujours l'exécution de ces promesses. Ils Turent obligés de retourner à diverses fois à la cbarge, et de solliciter François I" pour obtenir ces litres du cardinal ; encore ne les obtinrent-ils pas tous ; car on dit communément dans le pap, que la plus grande partie en est restée à Cbambéry. *
' Sicttler II. p. 189. MS. Amp IU7.
• Arfh. dePaj-crn*.
* TVelich-UÎMÎv. p, 43.
AVBC iK SOI UK rKANce, 167
Diverses maisons religieuses du Cliablais , comme Ripaille cl aiilrcs, avaicnl des fonds et des renies dans la [larlie de la Savoie qui apparlenail .iu roi. Les Bernois, devenus maîtres de ces cominuoauLcs religieuses. Cl munis de leurs liircs , demandèrent à François I" la possession de ces fonds et de ces renies. Il les leur refusa; et après diverses sollicitations, le cardinal de Tournon leur écrivit enfin en août 1537 de sa part, que S. M, ne voulait point leur laisser ces biens, mais qu'oa échange il ne voulait pas non plus leur demander les biens, situés dans les terres de leur domination, qui pouvaient appartenir à ses sujets. ' Les Bernois furent coQtens (le cette échange, et demandèrent qu'on en fît un traité en forme, et qu'on le rédigeât par écrit, pour ôte.r tout lieu aux consteslations. Mais ils le demandèrcat long-temps avant que de l'obleoir. '
Les derniers ducs do Savoie avaient contracté diverses dettes , et ils avaient hypothéqué à leurs créanciers , lo Pays de Vaud, et leurs autres états dei,'a les monis. Lorsque les seigneurs de Berne se furent rendus mat- IrCS du Pays de Vaud , ils se regardèrent comme chargea de ces dettes , cl pensèrent à les acquitter, alîn d'aflrancbir leur nouveau pays de cet engagement. Alin de le faire plus aisément ils envoyèrent des ambassadeurs au roi François I" vers le commencement de l'an 1537 pour lui représenter ces grandes charges de dettes, pour lesquelles le Pays de Vaud était engagé; le priant d'y avoir égard, et de leur faire compter quelque somme d'argent, pour les aider ii payer ces délies ; d'autant plus que les quartiers de la Savoie qu'il avait pris,
' lbj<). iC. I>.
► • Ibid, 73.
16S llllF1CUI.Tiï DU BERNB
étaul hvpollicqucs pour les mêioes dettes, Î1 ciaîl juste qu'il [jorlàt sa pari de celle charge. ' Mais je n'ai pas pu découvrir, s'ils obtiurenl quelque chose. Je ne le pcn^o pas, et ce qui me le fait ainsi juger, c'est que l'an 1550, LL. EE. mirent uue espèce d'irnpût * sur leurs nouveaux sujets, (mais pour celle fois seulement, et sans préjudice de leurs privilèges), afin de payer ces dettes dont je viens de parler.
Les seigneurs de Berne curent encore des difUcuIlcs avec la duchesse de Nemours, baronne deFoucigny, au sujet de quelques lorres, qui étaient entre le Chablais cl le Fouctgoy; enlr'autres le château de Lullin, cl le prieuré de Belles-Vau\, Ces seigneurs s'en êlaieni emparés, comme faisant partie du Chablais; et cette princesse les redemandait comme étanl du Foucigny,
Ces préleoiions réciproques causèrent bientôt de l'aïgreur entre les parties. La duchesse, pour faire chagrin aux Bernois, reçut dans ses terres les bannis de Genève, el souffrit qu'ils lissent des courses cl des volericH sur les terres de Berne. Ses sujets de Foucigny, par une espèce de conjuration , défendirent cntr'eux d'aller aux marchés à Thonon; et entretenaient la rébellion de ceux de Belles-Vaux, qui refusaient de prêter serment do fidclitô à LL. EE. de Berne, Après cela elle envoya faire cerlaiocs propositions à ces seigneurs, au sujet de ces terres, qui étaient en conteste; mais comme elle n'avait pas eu grand soin de Gulliver leur amitié, ainsi qu'où vieni de le voir, elle en reçut la réponse à laquelle elle devait s'attendre. Ils
* MS, Aiiip. (S8.
Lduianiia tut lai
Coi>r. t. SIB- ïJOb.
lui refusèrent le 23 oclobre 1536 ce qu'elle leur demandait, et se plaignireni de la conduite qu'elle tenait à leur égard, et que je viens de rapporter- ' Elle recourut a l'iolerccssion de François l" roi de France, qui leur écrivit en 1537 en sa faveur. Ils lui répondirent le 31 décembre 1537. «Que ces places élaient du Chablais; qtie celte princesse n'avait aucun lieu de éc plaindre 'eux; puis qu'ayant droit de S'emparer du Foucigny, pparlenant au frère du duc de Savoie leiu-
oemi , et ayant la force en main pour le faire , cependant par les égards qu'ils avaienl eus pour elle, ils ne l'avaienl pas voulu ; qu'ainsi ils priaient S. IVI. par ceLlc coDsidcraiion , de ne pas permettre qu'elle les inquiétât davantage; d'autant plus qu'elle n'avait obvcrvo aucun des traités qu'ils avaient faits avec elle. ' i)
La chose en resta là pour le coup. Mais la princesse conserva toujours un haine implacable contre les Bernois , et permit pendant plusieurs années à ses sujets du Foucigny, d'insulter de temps en temps ceux de Berne, par des espèces de brigandages. Enir'autres 80 commencement de février de l'an 1538, quelques coupe-jarels du Foucigny, pousses par Sébastien de Monlfaucon , ci-devant évcque de Lausanne , entrèrent de nuit à main armée dans la maison de Ripaille, et la saccagèrent. Les seigneurs de Berne l'ayant appris pnr leur baillif de Thonon, écrivirent le 33 février 153S à la duchesse de Nemours, pour se plaindre d'un pareil brigandage , et lui en demander une ample .';atisfuclion; faute de quoi ils la menai;aienl, d'en tirer une telle vengeance, que d'autres y prendraient cscnii
170 BirricuKÉs db bikns atbc uc moi-
plc. ' La princesse craignit apparemment l'eflel de celte
menace.
Le mois suivant, le Foacignjr fut rempli àe troupes Françaises , qui mcnaccrenl les Genevois > et en volèrent même quelques-uns. Les seigneurs de Berne s'en plaigDÎrcnl , le 26 mars 1538, à Bois-Rigault , ambassadeur do France en Suisse, loi dédaranl, qu'ils regardaient comme fait à eflx-niémes le mal qu'on pouvait fflire aux Genevois ; le priant d'y mettre ordre. * ikns- Rigault leur lit une réponse dont ils furent satisfaits. Mais nonobstant ces assurances , ceux do Poacigny continuèrent leurs brigandages dans les terres de Bwne. Le lundi 8 avril, six- gendarmes a cheval entrèrent à main armée dans le vîllagcile Vil le- la-Grand, cnfoncc- . renl les portes du seigneur du lieu, baUirenl sa mère, enlevèrent un genlilhomme dafis Son château, et pillèrent quelques bijoux. Les seigneurs de Berne s'en plaignirent à l'ambassadeur de France et lui demandèrent. satiEfaclian. * Dans le ménie temps ils reçurent une lettre du roi de France datée du 8 avril 1 536, où il les sollicitait à restituer à sa tante la duchesse de Nemours, les terres de Lullin , de Montoux et de Belles-Vaux, qu'il disait éire du Poucign^. Ils lui répondirent le 2i avril , qu'ils le priaient de ne les plus inquiéter sur ce sujet, lui reprcsçntant les services qu'ils avaient rendus et a S. ni. et à celte princesse; et surtout la complaisance qu'ils avaient eue de lui laisser saisir te reste de la Savoie ; ce qu'ils auraient bien pu faire pour eux-mêmes sans peine. Ils le priaient encore, de faire mettre par
■ llii.l. G3.
' Ibid. 09.
° Ibid. 70.
LU coRDELiBb nacNV A tmonoh. J^Î
ccril te IraUc qu'ils avaient fait avec lui au sujet des hirns d'Eglise; ce qu'ils avaient demandé jusqu'aluis inuliicmcnl. ' Après celle digrcsrtîoo, je reviens à l'iilsloire de noire réformation.
VI. Vers le milieu de lelé de l'an 1536, it vint ii Titonon un cordelier du couvent de Cluse, nommé F. Claude Uruny, qui a la sollicilation des prêtres et de quelques religieux de cette ville, prêcha divers articles contraires à l'Évangile ; disant qu'il voulait maintenir ce qu'il disait jusqu'au feu. Après son scrmoa, Christophe Fabri ou Liberlet , ministre du lieu , l'invila i) souieiiir sn doctrine dans une dispute rcjjléc ; le baillîf le lui demanda aussi. Le ministre, [lour l'engager a \n dispute, se constitua prisonnier contre lui, demandant qu'on ne laissai point aller ce rcli{;ieux qu'il n'eut maintenu ce qu'il avait prêché. Bruny répondit : « Qu'il n'a- V ail rien prêclic qu'il crût cire contre l'honneur de Dion, ni contre la vérité; mais que pour le présent il ne pouvait pas s'arrêter à Tbonon pour disputer; qu'il priait qu'on le laissât achever son voyage, promettant qu'il reviendrait, cl qu'il amènerait même des gens Euflisons pour l'aider à soutenir sa doctrine ; qu'on lui donnât un terme, cl que sans faute il se Irouvcrailau terme marqué. » On lui donna six semaines pour se rcprésenler ii TlionoR ; faute de quoi il serait tenu el proclamé, hérclîque, rocntour, trompeur cl abnseur. Hais quand ce terme fut écoulé, Bruny ne comparut point. On appela tous les prêtres et les religion\ du bailliage de Thonon, pour savoir leur sentiment là-dessus. Ils sollicitèrent Maître Girard Parlai, docteur m théologie, It qiiî j'ai parlé ci-dessus, h soutenir la doctrine dr [
' ibiii n
m Btai» oKimNmB vrb otnars fisu^db
Bruny; niaû il le refjsa. Il leur dit: «Comment soulienilra-t-on ce qui est contre l'Écriture ? Le temps n'est plus de parler leloa sa fantaisie. Il faut maintenant soutenir et prouver par l'Ecriture- ce que l'on veut dire. » Rebutes de ce cdté-là ils demandèrent un nouveau terme, pour faire venir des gens savans, capables de soutenir leur profession et leur doctrine. lie twillif leur donna ce terme ; mais quand il fut écoulé , ils ne 6ren^ venir personne , et il n'y en eut pas un qui se présentât pour soutenir une dispute. *
Divers accidens de celte nature^ qui arrivaient souvent dans le Pays de Vaud , dans la baronnte de. Gex, et dans le Chablais , Grent juger aux seigneurs de Berne, qu'il serait à propos d'ordonner une dispute publique et libre de religion , aGu que par celte voie les peuples pussent acquérir quelque connaissance de la vérité ; au lieu qu'auparavant on les avait tenus dans une crasse et pitoyable igooraucc, el dans une encbalnurede superstilioQs grossières, qui ne pouvait se soutenir qu'à la faveur de l'ignorance. Ils soubaîtaîent de pouvoir amener au plutôt l(furs nouveaux sujets k une beureuse réformation. Il ne s'agissait que de chercher la manière dont il fallait s'y prendre, suivant les règles et l'esprit de l'Évangile. Il fallait instruire les peuplesj ou du moins la plus saine partie d'cnlr'eux, et leur faire comprendre la nécessite d'un si grand changement, afin qu'ils s'y prélassent d'eux-mêmes , et qu'ils l'embrassassent sans contrainte. Ainsi le couseil souverain de Berne assemblé le dimanche 16 juillet, résolut de faire faire une dispute publique de religion à Lausanne, en langue française. Ils en fixèrent te jour au premier octobre suivant.
* Ef Aciis Di*pul. Uumii. f. &3 b. U.
I firent
impi
inmer ce
StOH A LAVSAnME l?3
décret, le publièrfnl quelques
Mirs après, et en firent aflicber des copies aux porles des temples de toutes les paroisses. J'en donnerai ici la substance en peu de mots : *
a Que la diversité de religion causant beaucoup de troubles et de divisions parmi leur nouveaux sujets, cl quelques eccléBiasliques , prélies et moines , s'clant vantés de vouloir disputer contre les ministres et soutenir leur doctrine, lorsqu'ils en avaient été requis, étaient demeurés muels , ou même s'étaient caches. Eux GOubaitant d'établir une bonne union entre leurs sujets, qui ne peuvent être unis que par une foi véritable ; el se fondant sur la promesse que le Seigneur a laite d'assister ceus qui soutiennent sa doctrine ; à ces causes :
» 1'^. Ils ordonneAl à tous les ecdésiasliques de ces pays, de se Irouver ii Lausanne le premier d'octobre suivant j pour y rendre raison de leur foi , et la soutenir par les Evangiles,
E-o 2". Qu'il y aura à celte dispute une pleine liberté à lis, sans distinction de religion, de parler cl de disiler, il condition qu'on ne raisonnera que par l'Écri- "■ D 3". Celle liberté était donnée non-seulement aux ns du pays, mais aux étrangers de quelque nation qu'ils fussent, à qui on donnait par avance un sauf conduit entier.
B 4". Alin que les sujets pussent être instruits de la Terité, et que les prêtres, selon leur coutume , ne leur fissent pas entendre les choses autrement qu'elles ne -se seraient passées; ils ordonnèrent ii toutes les pa-
' Voyet le décret c wtifiMiivei , lu Ji" tl
174 THisii m i* Diipon
roiescs cl commuiiaulcs, sans exception, d'y envojer des députes pour assister à cette action , et en faire un rapport fidèle à leurs conslîtuanls.
» 5". Enfin ils ordonnèrent à tous les ecclésiastiques , de l'une et de l'autre religion , d'assister à celle dispute, dès le commencement jusqu'à la fin, et d'en attendre tranquillement la conclusion > sous peine de leur indignation. »
Farel composa dix thèses pour faire la matière de U dispute. Il les écrivit en latin et en français ; et on les afficha aussi de celle manière arec le décret, aux portes des temples. Ces thèses étaient les suiranles : *
(c I. L'Ecriture Sainle ne connaît point d'antre voie de justification, que celle qui est par la foi en Jésus- Christ, ofTert une seule fois ; qui ne doit jamais plus être oncrl, tellement que celui-là abolit la vertu de Jésus- Christ, qui introduit une autre satisfaction, ou une autre oblalion pour la rémission des péchés.
ull. Elle ne rcconnait que le même Jésus-Christ, ressuscité des morts , monté au Ciel , el séant à la dextre du Père, pour le chef unique, pour le pontife ou sacrificateur Tcritablemcnl souverain, et pour le médiateur cl l'intercesseur de son Eglise.
» III. La Sainte Ecriture ne reconnait pour l'Eglise de Dieu, que ceux qui croient devoir uniquement leur rédemption au sang de Jésus-Christ, qui croient a sa Parole seule cl qui s'y appinent; sachant que ce Sauveur nous ayant été âté par rapport à sa présence corporelle, remplît, soutient , gouverne, et vivifie tout par la vertu de son Esprit.
• On en pcat voir l'uri.'jîiial btiii , à U Tin du (Oinc IV , entre lea
u IV. Celle .liglisc, bien qu'elle ne boÏI connue qnt! • Iv Uleu , a cependant ses ccrcmonîes, que Jcsus-Christ a viablics, par lesquelles oa la voit cl on la reconnaît, savoir le Dapl^me el la Ccnc du Seigneur, qu'on appelle l«s Sacreinens, parce que ce sont tout à la ibis des symboles et des signes des choses secrètes, c'est-à-dire, de la grâce de Dieu.
» V. La même Eglise ne reconnaît point d'autre mi- DiBlrc, que celui qui administre la Parole et les Sacieinenï.
■> VI. Elle ne reconnaît point d'autre confession des prêhès , pour en obtenir le pardon , que celle qui se fnil i> Dieu , ni d*aulro absolution qiio celle qu'on re<^oil do Oïctt , auquel il faut confesser ses pcchc^ pour ce sujet ; couirnc c'est lui seul qui les pardonne.
» VII. CetlD même Eglise ne conniiit point d'autre service de Dieu, quo celui qui est spirituel et règle ï^clon la l'arolc de Dieu, cl qui cDnsi^le en l'amour de Dieu et du procUain. C'est pourquoi clic rejette tout ec fatras de cérénionics sans (in, en tant qu'elles ne serrent qu'il renverser la religion , comme sont les images, et d'autres choses de cette nature.
» VIII. Elle ne reconnait qu'un seul magistral laïque , Pldbli de Dieu, et niiccssairo pour conserver le repos de l'Ëial. Elle croit que tous sont obligea d'obéir a ce m.igistral, tandis qu'il n'ordonne rien qui soit contre Dieu.
a IX. Elle enseigne de plus, que le mariage, qui a êlc institué de Dieu pour tous les hommes, pourvu qu'ils y soient propres, n'est opposé à lu suiiilclé d'aucun ordre.
B X. Ënlin. pour ce qui regarde les choses qu'on appcîc indilTérentcs, Icllcâ que snrtf 1« viandes, les
hr(niNiij:«'>, cl l'<)l)>-(M v.ilion <l«^s jours , bien (jii'nii homme pieux j>ui>>o eu user librcincnl partout; il faut cependant qu'il le fasse avec prudence et avec charité. *■ »
Cependant le bruit de la dispute qui devait se laire à Lausanne j se repandit de bonne heure de tons GÔtôs; si bien même qu'avant que les seigneurs de Berne en eussent publié le décret y l'empereur Charles V qui élait alors en Italie, on fut informé, apparemment par les soins de Tévêquc Sébastien de Montfaucon. Il écrivit aux Lausannois, pour leur ordonner de s'opposer à un pareil dessein. Dans sa lettre , * qui était datée do Saviliano et du 5 juillet 1536 , il leur disait : « Que la dispute de religion qu'on prétendait faire a Lausanne, élait contre ses édlts , par lesquels il avait ordonné que toute innovation en matière de religion fût suspendue jusqu'au prochain concile , qui devait s'assembler au mois de mai de l'année suivante. Qu'en conséquence de cela , il les requérait et leur ordonnait de rejeter et d'arrêter cette dispute et toutes les autres innovations , de rétablir toutes choses dans leur premier état, jusques au concile, cl de ne faire ni ne souffrir rien qui fût contraire à son édil. ' »
Cette lettre fut lue dans le conseil général de Lausanne, le dimanche 23 juillet, et après quelques débats, l'assemblée prît les trois resolutions suivantes, à la pluralité des suffrages. «1" De vivre en bons chrétiens, c'est-à-dire en bons catholiques ; 2** de vivre paisiblement ensemble, c'cst-a-dirc de se tolérer mutuellement
* Ex Arlis Disputât.
' On peut voir cette lettre tout entière à la fin du tome IV de relie histoire, entre les pièces justificatives. Archiv. de («aus.
tA nisPDTs auna nëAnmoirs ueu. 177
Iês uds les autres, nouobsianl la difTcrcacc do scoltmcnl en matière de religion ; 3' cnlJn de ne faire aucune insolence dans les églises , ni aucune innovation , cl qu'on «tiendrait les décitiionB du concile. ' »
niais [es Lausannois n'étaient pas les maUrcs de cette ân'aire. lis firent cependant ce qu'ils purent. Ils envojè-
rent à Berne des députes , de c
;rt avec le;
r>.s pn
cîpales paroisses de La Vaux, pout empêcher qne celle dispute n'eût lieu. Ils représentaient, « qnc cette manière do régler les différons de reIi|;ioa entraînerait divers troubles, et que d'ailleurs les doctrines controversées devaient dans peu être examinées dans un concile général, et qu'il convenait d'en attendre la dcci- ■ÎOB. ' n
Mais les seigneurs de Berne , qui avaient pris la place de leur évoque, n'eurent aucun égard à leurs représentions; et si Charles V eut voulu, tout de bon, empêcher cette dispute, il aurait fallu qu'il y eût employé d'autres armes que du papier et des paroles. Ce monarque ne pouvait pas ignorer que Lausanne n'avait plus d évoque ; et qu'elle n'était pas en èiat de s'opposer à la TolonlûdcE Bernois.
O» en avait déjà vu une preuve quelques jours aupanvaot. Le baillif Naegueli ordonna aux religieux de la ville d'aller écouter les sermons de Virel. Le conseiller, ■u'on avait donne pour administrateur aux Dominicains de la Sladelaine , en fit le rapport au conseil , le 6 juillet. Le conseil résolul de ne se point mêler de cette afîaii c. '
Pour revenir aux préparatifs de la dispute; le décret
' Maa. d« Laiu, 3l3.b.
I7S MOUVEMINI H I,* lAlT IT BtS CRANOTnEX
en fui publié dans le milieu du inoie d'aoïit , par lout le Pays de Vaud. Le mayor de Ltitry ' le slgnîtia au coaseil du lieu, le 16 d'août. Catholiques zclés^ comme ils étaient alors, ils résolurent do s'opposer de toutes leurs forces à ce qu'il fût eiéculé; disant, qu'il était opposé i. leurs libertés et à leurs privilèges. Ils envoyèrent deux conseillers à Lausanne et deux à Cully, pour consulter sur cette affaire ; et en attendant , il prièrent le mayor de ne pas publier le décret, jusqu'à ce qu'on eût pris une résolution. ' Les deux paroisses de Luiry et de Villette, envoyèrent aussi une dépulation h Fnbourg, pour parler au curé et aux autres ecclésiastiques do la ville , cl leur communiquer les ihèses qui venaient d'y étreaftichces, ■fm qu'ils allassent les combattre a Lausanne dans le temps de la dispute. ^ Mais aucun de ces Messieurs ne voulut se donner celte peine.
Les trois paroisses de La Vaux, Lutry, Cully et Saint- I Sapborin, curent encore une conférence au mois de ■eptembre, avec ceux de Lausanne; et ils convinrent d'envoyer ensemble des députés à Berne, faire des reprcseniations à LL, EE. sur ce sujet. * Les seigneurs de Berne , pour ne pas les effaroucher, les écoulèrent avec douceur , et leur répondirent : Qu'on n'avait nul dessein de leur ôter leurs privilèges, puisqu'on venait lout fraîchement de les leur confirmer; mais qu'il s'agissait uniquement d'affaires de religion; et que les commis, qu'on
* Le mayor de Lutry était le cbel du tribunal de juilice . d'où ilëpciidaient Ici paroUiei de Lutry, cle Villctte ou Cully, et de &>' Vigny. Celait un emploi liéréililaîrc , appartenant a une ancienne liiDJUc , qui lut éteinte vers le coinnicncement du liède )>VI1.
* Man. da Lutry. t. KG.
= Arch, Je Vilelle.
'< Man.iUUusan I.Mt.
A LUCCAfllUK DB LK CISPCTB- 179
lulail envoyer à Lausanne, leur diraient là le rcsle. ' Ainsi ces paroisses obcireni, et quand te jour de la Kspute fut venu , elles euvôyèrcnl leurs d«}iulcs à Laii- ■nnc. LiUry, entre autres, y députa deux conseillers avec son secrétaire, Jcaa Narscns, * qui mérite bien que je le nomme ici pour faîrc honneur à sa mémoire ; puisque c'est à sa diligence et à son exactitude, que je suis redevable de quanlilc de morceaux d'histoîre curieux, que j'ai trouvés dans les archives de Lulry. BLes cfaanoiaes de Lausanne furent aussi dans une larme extraordinaire. Le mardi 26 septembre , ils priéml le conseil de vouloir conserver l'église calhédrale. e conseil leur promit de le faire de tout son pouvoir; Cl ordonna par toutes les paroisses de son ressort , d'a[>porter en ville tous les oroemcns des églises, pour les garder, à cause des conjonctures dangereuses où l'on se trouvait. '
Les tcnaos dans cette dispute furent, de la part des catholiques, on jacobin nommé Dominique de Montbousofi , qui avait prêche le carême précédent b Lausanne; un médecin français, établi a Lausanne, nomme Claude Blancherose; Jean Miinard, régent d'école à Vevey; Dom Jaques Drogy, vicaire de Morges; Ferdinand Loijs , capitaine de la sociélc de ta jeunesse de la ; Dom Pierre Berrilly, vicaire de Prévicin , enlin ■n michod, doyen et curé de Vevey. Pour ce qui est I ecclésiastiques do Lausanne; de Irenlc chanoines , ■ ciaq curés de paroisse , et de tant de religieux qu'il J «it, Dominicains et Cordelters, sans compter les Cha-
' M»n deLiilry.f 6Î, h
* Ibid.
> Min lie Ijtonin. {. Sn.
pelaïas; il a'y en cul pas un seul qui osâl disputer. Les chanoiacs, pour couvrir leur ignorance, se coDlenlèrent de veair gravement lire deux proteblalîons coutrc la dispulc, oprcs quoi iU se relirèrenl.
Du côlé des reformés, il n'y eul proprement que Guillaume Farel el Pierre Virct, Pierre Caroli y parla quelques fois ; Jean Calvin cl Aiiloine Marcourl, y parlèrent, le premier seulement deux fois , et le second une. ' Jeao Le Comte, allant à celle dispute, cul une petite aventure à EchalenB, Comme il y passait, il vil un préirc qui conjurait les diables d'un petit enrunt. A cet aspect, le zèle le saisit, el il ne put s'empêcher do censurer ce prêtre. Le prêtre courut ûu cbâieau se plaindre au baillif, qui était Fribourgeois. Celui-ci lit arrêter Le Comte et le mît en prison ; maïs au bout de deux heures îl le reliicha. Le Comle arrivé à Lausanne n'y parla pas en public, mais il travailla dans le particulier, et il convertit un cordelicr franc^ais, prêtre, et deux novices de Granson. *
Comme celte dispute de Lausanne fut fort considérable; que les actes eu furent recueillis el compiles par quatre secrciaircs assermentés, el que cependant ils n'ont jamais clé imprimes; que peut cire même ÎI n'y ca a qu'un seul exemplaire au monde, qui esi un gros manuscrit în-folio , qu'on pcul voir dans la blhliolbèquc de Berne ; ' que d'ailleurs il s'y trouve des choses fort curieuses; c'est ce qui ma engagé d'en faire un extrait abrégé, qui, je m'assure, ne déplaira pas aux personaeâ seosées. Il fera la matière du Livre XV de cette bifa loire.
' Oronia ex Aclii UI;.|)iilal.
* Min. do Jean L.e Comte,
^ r.'ii»l le N" I8S. cutie les MS. TlicoIOBiquca. Jt a 500 fïui
il fou\ eOrtiisgci.
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