CONTIENT LES ACTES ABRÉGÉS DE LA DISPUTE DE LAUSANNE
ACTION DU DlUANCnE PRE»1»^R OCTOBRE.
I. Le dimanche premier d'oclobrc, le peuple ctanl iscmblé dans l'église cathôdriile de Lausanne, au matin, an son de la grosse cloche, el les écharraiids ayniil cic dressés pour la dispule; comme ]e& dcpulcs de Rerne, qui devaicat y présider, n'élfiient pas encore arrives, Guillaume Farel lll utie exhorlalion ii l'asscni- Icc pour ta préparer à l'ouïe de celle dispule. Il rcpré- •enls. « Que Jcsus-Chrisl élnnl vctiu au monde pour sauver les pécheurs ei pour les unir, comme le Père el lui sont un, (au lieu que Snlan ne cherche qu'à dissiper el à jeter dans l'égarement), il TauL que chacun lâche de parvenir à celle union ; qu'on ne peut cire uni qu'en la vérilé, le mensonge ne pouvant pas faire une bonne union.» Il ajouta. nQue LL. EE. de Berne a^ant clé touchés de Dieu, d'ordonner une dispute, où devaient assislcr les ecclésiastiques des deux partis, et les députés >des paroisses de leurs terres, qu'ils oui de nouveau ,
lA SIBMOH M VAkX.
dil^il, conqoe§tées udb effaBÏon de sang, et a^ant accordé sauF-conduil à toule sorte de gens , étrangers et autres, il était nécessaire de a'y porter avec une appUcation sérîeuBe, puisqu'il ne s'ogissalt pas de moins que de leur salut. » Il les exhorta à invoquer Dieu, pour avoir son illuniinatioD, et à le prier de faire en sorte que la vérité seola triomphât dans la dispute. Il exhorta les assîstans, a écouter les prêtres et les roinistres, chacun sans aucune passion , mais à peser seulement leurs raisons ; à dépouiller toute aigreor et BDimosilé particulière. Il esborta aussi les gens d'église des deux partis, à ne regarder qu'à Jésus-Christ seul; à ne point chercher leur gloire propre dans la dispute, mais le salut des âmes égarées, etc. Il pria Dieu d'accomplir sa promesse, de donner la sagesse à ceux qui annonceront sa vérilc, et de confondre tous ceux qui viendront dans un autre dessein , que celui d'avancer la gloire de Dieu. Il lit un grand et beau discours, pour porter ses auditeurs à faire tout pour la seule gloire de Dieu, et le salut des âmes; représentant d'une manière forte, les tourmens qu'ont à attendre ceux qui ouUient Jcaus- Christ, exhortant encore à user modestement et sobrement de la liberté évangélique, et ne poiul la tourner en libertinage, ete. Il pria Dieu d'envoyer l'union sur la terre, et d'en bannir la guerre et l'effusion de sang ; pria pour les pauvres afDigés. «Et vous, mes frères, ditil, pour l'honneur de Jésus', visitez-les, et les consolez; car là fault que fassiez vos pélérinaigcs ; ce sont les imaiges de Dieu qu'il faut visiter, portant pain et chan' délie , leur donnant pour les nourrir, allumer et entretenir. ' »
' El Actif p. S. b. «I leq.
LA DISfUTt,
I PBEMifeBE JOURNÉB.
^^ ACTIOIf DU LUNDI 2 OCTOBRE.
Le lendemain, lundi 2 d'octobre, au matin, parurent les députes de Berne, Jean Jacques de Waltewille, ancien avoycr, Josi de Dicsbach, Hans SclileylT, George HiibHinan, Sébaslicn Sncgueli, elles présidcns delà dîspnie, ordonnés de la part de LL. EB., savoir, Pierre Giron, secrélaire de Berne; Nicolas de VVattcwille , messire Pierre Fabri, docteur es droits, chanoine de rép;lisc cathédrale de Lausanne , et messire Girard Grand , docteur es droits , et conseiller de Lansanne ; enlio les quatre notaires établis pour écrire les actes; lUichet Guiodi, Ntcod Husti, Joqtieâ Bergier et Pierre Pouillardi.
Farel commença l'aclion par une courte remontrance qu'il lit sur le sujet de l'assemblée, disant qu'ils étaieui là pour apprendre la vérilé; déclarant que lui et ses collègues ne dc«iraieal rien , tiînon que la vérité fût connue et reçue de tous; et que s'ils sont trouvée parlant contre la vérité, ils soient sévèrement punis; mais si les pré- Ires sont trouvés enseigner l'erreur, on ne leur- demande autre chose, sinon qu'ils s'amendent, et qu'en toute douceur on les reçoive au nom de Jésus, etc. Ensuite un notaire lut a liaule voix l'édit de LL. EE. publié pour ordonner la dispute.
Jean Jaques de Waiiewîlle Tu un petit discours , pour
représenter a l'assemblée , qu'il avait de la joie de voir
qu'on avait obéi à l'ordre de LL. EË, , ri comme on avait
ordonné celle dispute pour apaiser les troubles de leur
p'pays, il les exhortait à écouter tranquillement jusqu'à ta
ntflïi^l
fin. Puis il fil venir devant lui les quatre prcsidcns de la dispute, et leur lit prêter serment de la pari de LL. EE. d'ccoutcr loiiics les partie» d'uo côtû cl d'un autre, d'apaiser toutes noises et débals, cl de ne KoufTrir cire disputé que par la Sainte Ecriture , et le toul sans acception de personne.
11 iit aussi promettre aux notaires par serment , d'écrire tîdclement tout ce qui serait dit des deux côlcs, sans rien omellrc ni ajouter, ni par faveur, ni pnr doo, ni par crainte, ou par autre voie que ce fût.
Première Thèse.
Cela étant fait. Farci lut la première thèse, prouva par un long discours.
I. D'abord il {.'arrêta à parler de l'Ëcnlure Sainte^ dit , d'après Saint Paul , qu'elle e^I inspirée de Dieti^ ^ 2 Tim. III, 16, cl utile à enseif^ncr, elc. ; que par conséquent on doit recevoir tout ce qu'elle contient , â l'exemple de Jésus-Christ, el do ses apôtres, qui ool ^trouvé jMir l'Ecriuirc tout ce qu'ils ont avance ; Jésus-Christ luimome y renvoie tes juifs, Jean V. Celte Ecriture est comprise dans les Livres du Vieux el du Nouveau Tcslamcnl , qui ne sont pas Apocryphes , mais écrits par l'inspiration de l'Esprit de Dieu.
II. Or, l'Ecrilure ne montre autre voie de juslîficalion que la Foi en Jésus-ChrisL ; que cette justilic»lion n'est autre chose que le pardon des pèches; que Dieu juslilie, c'est-à-dire, lient el répuie juste et innocent celui qu'il a justifié, Rom, Vill. Qui est-ce qui intentera accusation contre les élus de Dieu ? Dt^ est celui qui justîlic? Or cette justillcalion vient |
JCiTIFICATIOIl PAR tA TOI. I8S
U seule Foi cd Jésus-Clirîiit. 1° Il est certain que tous les hommes sont naturellement enfans de la colère, Eph. II, et conçus en iuiquilé, Psatim. LI , de soile qu'il n'y a pas un homme qui fasse bien , Ps. XIV, Rom. m. Mais Dieu qui a aimé le monde a donné son Fils, afin que quiconque croit on lui ne périsse point, mais qu'il ail la'vic élcrnellc, Jean III; et Jésus le dit lui-même : Qui croit en moi, a la vie éterncltc, Jean IV; et pour donner fondement à notre foi, il dit que son sang a clé répandu pour la rémission des péchés, Itlallh. XXVI, Jean X, 10. St. Pierre ayant vu le Saint Esprit répandu sur Corneille el ses amis, quand il leur prêcha Jésus, il dit que cola venait à cause de la foi qu'ils avaient eue : Dieu a purilié leurs cœurs par la foi , Act. X et XV, d'où il parait que les cœurs auparavant impurs sont ncltoycs par la foi. St, Paul fait la même conclusion, Rom. III, 27.
111, Or si l'on ne peut pas èlre justifié par les œuvres que Dieu a commandées, comme St. Paul te monlrc, combien moins le sera-t-on par des œuvres clablies par des commandemens d'hommes? Si. Paul, dit aussi : Il a donné la puissance d'êlre faits enfans de Dieu à ceux qui croient en son nom, Chap. I. L'Apôlre le prouve par l'exemple d'un Saint , le plus éraincni en œuvres , savoir Ahraham , dont il a clé dit que sa foi lui a clé impulée à justice. Or une rccorapense n'est pas répuléo grâce à celui qui fait des œuvres. David, P.s. XXXII, déclare que celui-là est heureux ii qui Dieu n'impute poinl les iniquités, mais pardonne les péchés. Ceux qui parlent aulremcnlj non-seulement détruisent la foi, sans laquelle l'on ne peut plaire à Dieu, Hcbr. XI, mais font que la grâce de Dieu n'est point grâce , selon leur dire. C'est pour cela qu'Ësaïe a |ircdîl sa mort et sa passion, et que les cvangclisles nous l'ont décrite.
VKSKIXBI T>l».
IV. Or ÏIb ne nous ont point appris , que Jcsua-Cbrist ait soufTeri plusieurs fois, mais une seule fois; Jésu^
rChmll'o ainsi déclaré, Luc VIII el WIV, et l'ApÔM L le montre amplement aux Hébreux, Cbap. VII et Kj Mr si Jcsus-Chrisl était plusieurs fois oITert, il faudrdt. I que sa mort fàt inefficace, Hcbr. X, au lieu que ta I consommation des ïanctiiics est attribuée à l'oblatioBâft ^ JéfiusCbrisI, une fois faite. Il cita encore, 1 Jean I, I pour montror qu'il n'y a personne qui n'ait besoin de reettc purification faite par le sang de Jcsus-Chrisl, et E l'Apocalypse ne montre autres Saints dans le Ciel , que ^oeux qui ont été purifiés par ce sang, Apocal. VII.
V. l'ar la mémo riiison, c'est en Jésits-Chsist qu'il I f«ut chercher la satisfaction pour nos péchés; car ce I qu'ils nous aju^liliés, c'cit qu'il a soufTert In peine due
à Injustice de Dieu pour nos péchés, et a payé la rançon à laquelle nous étions obliges, ayant attaché à la croix l'obligation , qui était contre nous , Coloss. Il , Ps. LXIV; Esaio LUI, c'est aussi ce que signiHe dans l'Ecriture le terme de rédcnipliou, qui veut dire , payer et satisfaire pour la délivrance, 1 Pïcr. II; 3 Cor. V.
VI. Il suit de là, qu'il faut aller à Jésus pour obteni^ toutes ces grâces, comme aussi, il y invite ceux qui soDl travaillés et chargés, Malih. XI, et que nul ne peut venir au Père que par lui, Jean XIV, el qu'il n'y a de salut en aucun autre, Act. IV. Ceux qui cherchent ces avantages en quetqu'aiilre que lui, le rendent du tout inutile, comme St. Paul le disait de ceux qui enseignaient, qu'il fallait joindre la Circoncision à la Foi, pour être sauvé. Gai. V, etc.
VU. Qu'au reste celte Foi, par laquelle te jii-ile vivra, Rom. I, n'est point une Foi vaine, mais une couliance certaine qu'on a en Jéâus, par laquelle nous recevons
tA foi. 187
I*Espnl de Jéâus, Galat. III el Eplies. I; et sommes iadcrcs en lui, Rom. VI et XI, el faits eafans de Diou , Jean I. Qu'une teilo Foi n'est point satis fruit; maïs que tous ceux qui l'ont, comme des sarmens unis an bon sepi qui est Jésus, portent du fruit; et l'Esprit de Jésus, qui est dans les croyans, porte ses fruits. Gai. V, car noua recevons par elle Jésus-Christ, qui nous a été fait sanctificaliou ; que par l'union, que nous avons avec Jcsus-Chrîst par la Foi, nous sommes Iraasporlcs au royaume de justice, pour servir Dieu en toute pureté, Rom. VI.
VTÏI. Enfin pour se convaincre, que même avant la venue de Jésus , les élus ont vécu par la Foi , et par elle ont obtenu le salut, il renvoya tes auditeurs à Héb. XI et Aci. XIV.
Ici Farel fit lire, par un des quatre notaires, le Chap. XI , des Hébreux , à haute voix.
Apres celle lecture, Farel reprenant son discours, dil : Qu'il csl nécessaire que cette justice de la Foi soit bien préchée, et reçue àc tous ; 1° pour la gloire de Dieu , à qui seul appartient toute louange et honneur de justice ; qui ne peut lui être attiibuce, qu'en reconnaissant que nous sommes tous souillés el pécheurs devant lui, Rom. III; 2° pour notre propre salut, afin que rejetant toute opinion de mérite, nous soyons assurés de cette justice , que nous avons par la Foi : puisque toutes nos justices ne pourraient nous apporter que malédiction devant Dieu; mais si nous reconnaissons que nos péchés sont effucés par l'innocence do Jésus, et qu'en sa perfection nous sommes rendus parfaits , par la seule miséricorde de Dieu, nous aurons une vraie assurance el repos en nos âmes. Afin donc de parvenir eu la vie
I8S HXBiBBB vMTunncM
bienbettrensc , il faol que notre confiance boU fondée
CD Jôsas, de. '
Apm re di>cours, los prêsïdens el le TÎ^bnilUf de Lausanne inTÏtèrent les assistans à diapuler contre la première thèse.
Alon les chanoÎDes de la cathédrale , comparorenl tant en leur nom qne de leon adhéreoB, et le chanoine Feirini, portant la parole, lut une longue protestatûm contre la dispute, qui contenait en substance :
I. « Que toute l'Ecriioro noua exhorte à aimer la paix et à la recbercbpr ; que la dispute ne peut se Faire «ans contestation et dissension , choses cootraîres à la paix.
II. » Que la dispute est pcrillense , tendant à la sub- Yprsiou deâ auditeurs , que pour cette cause l'Apôtre la défend , 2 Tira. II. Garde toi de contendre de paroles ; car ce n'est à n'en utile , yu'à la suieersîon des audir tturs. ItciD. Ek-ite les questions, etc., et ne faut point que le serviteur du Seigneur dispute, etc. *
III. bQuc la dispute c»t dangereu.se à l'Eglise particulière ; qui, quoique assemblée au nom de Jcsus-Chrîst, et quoiqu'il y assiste, peut tomber en erreur, comme il est écrit en St. Matthieu.
IV. » Que pour ces raisons, les canons de l'Eglise, et les lois impériales, ont défendu de disputer publiquement de la Foi catholique.
V. » Que quand il survient des doutes en la Foi, il n'appartient à aucun qu'à l'Eglise universelle d'en juger, elle qui n'est sujette à aucune erreur; Jésus-Christ ayant
* AcI. p. II. 12. etiuiv.
' Je npporlc ici, el dans la luitc , eu caraclcrcs italique*, lu proprri eipreMion» de* acteurs.
I LAUSAKM. 18*)
prié pour elle, Luc XXII el Héb. V, il a été ouï et exaucé pour sa référence ; que l'Eglise uaivcr.'clle par tinfusion du benoît Saint Ksprit a accoutuma de discuter, toules les fois qu'il a clé expédient, les qucslioDS de la Foi, par les Sis. conciles qui la rcprêsenical , lesquels ils D'oseraîcDt inépnsci', selon l'ordonnance de Dieu et di's Apôlres.
» Que pour celle cause ils priaîcDl qu'on ne leur imputât oi à imprudence , ni à pusillanimité, ni à ignorance, s'ils ne voulaient pas dispiiler lioi-s d'un concile gcncral, sur les très-certains et très-Jermes sacrés mystères de la sainte Foi- catholique: ne leur êlaiil pas permis d'usurper en leur particulier le jugement qui appartient â l'Eglise universelle, puisque défense leur en avait clé faite à tous.
i> Que l'état de la religion chrclienoc serait en dangereuse confusion, s'il était permis à chacun de mépriser les Sis. Conciles el de faire revivre les erreurs Jadis conjulées etenseveties. Que pour ces causes ils reniellaient la décision do celle dispule au pr oc haim futur concile général déjà convoqué, ordonné et publié partout; se soumeltant à ses décisions, prêts ptutàl d'être vaincus en gardant leurs âmes en patience que de vaincre en discorde, en soutenant le détriment d'icelie; voulant garder lunion de tesprit au lien de paix et s'il ciait nécessaire donner lieu plutôt à la dispute que de se dcffodre, éprouvuntdéjà ce que Si. Paul a dit, 1 Tim. m, que tous ceux qui veulent l'ifre en Jésus-Christ Mifffriront persécution. ' «
Après la lecture do cette protestation. Fahel la réfuta fort au long, et donna su rcfulalion par écrit.
' IbiU p (7 [8,
190 FAKIL kftrviB
1. Quanl à leur première raîiOD, il dit qoe LL, BE. de Borne n'ont ordonné la digpole pour aucuir autre but que pour chercher la vérité^ la pais et t'onion de tout le pays, laquelle nous sommea obligés de chercher, maii qu'on ne peut la trouver que dana la vérité ; que tant de diversités d'ofnnioos qui troublent l'EgiUae, ne peurait ém terminées que par la connaissance do la vérité; que pour cette cause St. Paul veut qne les pastears du peuple soient capables oon-seutement d'enseigner, mais aussi de convaincre ceux qui contrtdiitni, Tim. I. Que si c'eist' le devoir des pasteura de s'opposer à ceux qui veulent subvertir la foi des peuples, ces messieurs ^isaienl voir qu'ils ne se souciaient pas beaucoup do s'ac" quitter de leur charge, puisqu'il ne se mettaient pas eo peine de venir convaincre de faux les ministres de La réformation, qu'ils regardaient comme béréliques.
Qu'il n'examinait pas comment les disputes se font en Sorbonne et dans les écoles ; mais que quant à lui et à ses collègues, ils n'y venaient à autre intention, qaa d'avancer la gloire de Dieu et faire biooipher s« Parole. '
n. Par rapport à leur deuxième raison, Parel fit voir qu'ils pervertissaient le texte de l'apôtre qui ne défend que les disputes qui roulent sur des questions folles, vaines, curieuses, et par lii donne à enlendreqne les questions de doctrines salulsîres et édifiantes se doivent traiter entre les fidèles ; que l'apdtre ne dit point que le serviteur de Dieu ne doit point disputer, (ce qui est une falsiGcalion inouïe jusqu'alors); mais qu'on ne doit point combattre ou batailler. Foyez, dii-il , quelle haréiette ils doivent avoir entert la simpUcitè du pauvre popa-
* Ib. |>. IS. b. ri 19.
!< DIS CBANOINII. 191
laire quand ih le foyent dégarni de toute défense, PU qu'en telle et si noble compagnie, en acte si solennel, voyant gens qui leur peuvent répondre en barhe, ils sonleocoro si effroDlés yu'i7j osent falsifier t Ecriture.
Qu'en condamoant liiiie ditipiitc ils no vovciit pas qu'ils condamnent aussi Moïse el Elle , et les autres prophéiea qui avaient dispute contre tes faux proplicles; aussi bien que Jcsus-Chrisl et ses apôtres qiiî ont dispute contre les Pharisiens, Saducccns el autres. '
m. Que ce qu'ils disent pour la troisième raison esl une autre ralsillcalion de l'Ecriture, puisqu'il ne se trouve point en St. Rlatliieu que les Eglises particulières loicnt sujclles à l'erreur et que l'universelle en soîl uemptc ; qu'ils faisaient bien peu de cas de la promesse que le Seigneur a faite d'assister là où deux ou trois seraient assemblés en son nom. Qu'ils ne devraient pas aceaser tous les Sis. Pères qu'ils font semblant de respecter, puisque leurs ccrils ne contenaient presque autre chose que des disputes particulières et des assemblées faites pour disputer sur des articles contestés; ce qu'il prouva par les lettres de St. Cj'pricn et de St. Augustin, dont le dernier prie les hérétiques de disputer avec lui etc. El comment dèjendront-ils leurs conciles provinciaux. Us chapitres des moines, tant généraux que proi'intiaus, el les disputes de Sorbonne cl des écoles oii l'oa dispute, non pas pour chercher la vérité mais la »ictoîre et avec toute la chaleur possible P 2" Ii'Ajiôlre ne BOUS renvoie point à l'Eglise universelle quand il dit, I Cor. XIV, 9, que dans une assemblée, un ou deux prophètes doivent parler et que les autres en jugent ; el
' llii<l. p. 911.
in rAHU. KETCTK
que s'il «rriris quelque différence d'opiaion, il ea moatre le remède en ordonnant d'expliquer l'Ecriture selon l'analogie de la foi ; que par ce raîsooneaient ils condam- Daîent les docteurs de leur propre Eglise, puisque la plupart d'entre eux ont condamné dans des conciles particuliers ceux qu'ils ont regardé comnie hérétiques. '
A la cinquième ; que c'est faussement cîler l'Ecriture pour prouver que l'Eglise universelle est infaillible, que d'alléguer que Jésus-Christ a prié pour la foi de St. Pierre afin qu'elle ne défaille poînl ; qui leur a dit que St. Pierre est l'Eglise universelle î Que d'ailleurs ce que le Seigneur a demandé pour lui, n'a pas élé de ne jamais tomber en faute, mais seulement de ne pas succomber totalement à la tentation, comme en effet St. Pierre s'est relevé de sa chute.
Que s'il n'j avait aucune certitude de foi qu'après les décisions de l'Eglise universelle représentée par des conciles généraux, les Sts. Martyrs seraient morts dans l'iocerlilude, puisque leurdoclriae (qui était révoquée en doute), n'avait point élé décidée par de lois conciles.
Qu'ils se trompaient grandement, en disant qu'il faut se soumettre aux décrets des conciles généraux, puisque souvent il arrive que ces sortes d'assemblées décident pour l'erreur plutôt que pour la vérité. Ainsi du temps d'Acbab tous les prophètes parlaient faussement, et il n'y avait qu'un seul Itlichée qui soutint contr'euz la vérité de Dieu. En plus d'un lieu les prophètes témoignent que tous les conducteurs du peuple étaient aveuglés ; Esaïo LVI , Jér. VI et XIV, Ezéch. VH , 22. Sophon III. Mais la preuve la plus évidente do cette Tcrilé, est le grand conseil de Jérusalem , composé du
■ Ibiil, p. 91.
(•ouveraÎQ ponlife, des prcirc^ et des docleurs de la natioa, de tous ordres; gens dont l'oflice avait été établi de Dieu, (ce que le pape et ses prélats dc pourraicDi pas moDtrer) mais douL la déciaion cependant aboutit a rejeter JésUB-CImst cl à le condainncr b la mort. Que s'ils veulent prouver que ces conciles sont inrailliblcs, ils doivent montrer avant toute cliose qu'ils s'assemblent ail nom de Jésus-Cbrist.
Il ajouta qu'on pouvait prouver par leurs propres décrets que toute leur Eglise est scbismatique et hérétique et a toujours été telle depuis le concile dc Bàle, qui déclara le pape Eugcue IV schismatiquc, hérétique et rebelle avec tous ses adbércns; que ce jmpe de son côte mit à néant et cassa tous les décrets de ce concile. Ce coDcile ayant eu toutes les fonnalilcs requises pour faire un concile général et ircumcuiquc, tous ses décrets doivent être rei;us. Ainsi le pape Eugùne doit être regardé comme hérétique et scbismatiquc avec tous les cvêqucs qui ont reçu de lui leur ordînalioa ; son successeur fut élu par les mêmes cardinaux qui avaient élc condamnés par la sentence de ce concile. Or, selon leurs canons, tous ceux qui reçoivent l'ordination des bérctiquos cl schîsma tiques doivent aussi être réputés tels ; ainsi le successeur d'Eugène IV et tous les évcques et les ecclésiastiques qu'ils ont ordinés et consacrés, ont été et sont héictiques cl schismaliques, ajant scicminenl désobéi a ce concile.
Que [loui* connailrc quelle décision on |)eut attendre . de ces belles assemblées qu'on appelle conciles œcumémques, îl n'y a qu'à considérer quelles gens sont les papes, les cardinaux, les prélats et Jes moines qui y assistent ; gens ignorans, pour la plupart qui n'onl en vue qned'atlraper des bénéfices; aeaves, licieux, qui n'ont
rien moins en vue que la gloire de Dieu ; el qui bien loin de recevoir Jésus-CbrisI, le meilraient à mort s'il se présenlaîl. Que s'il y a quelqu'un qui veuille disputer contr'eux par de bonnes raisons, la réponse i]u'on lui fera, sera de lui faire son procès santi l'enlcndre et de le meUre à mort, comme cela arriva au concile de Constance qui fit brûler des gens qu'il avait fait venir sous «auf-conduil etc. '
Que du reste ce qu'ils disaient qu'ils avaient déjà éprouvé ce que dit St. Paul toucbaot la pcrscculion des gens de bien était assez ridicule en leur bouche, puisque chacun voyait s'ils Goufîraicet la moindre chose, el de quel côté étaient tes persécuteurs F . Que c'était une chose étrange, que s'agissaui d'examiner", quelle est la donne pâture qu'on doit donner aux âmes , des pasteurs voulussent renvoyer cela à l'année gui fient, chose qui ne pouvait être faite avec trop de diligence. Nous croyons dit-il, ^ue si on leur Saillait diiaiion de recevoir argent et repaître leur ventre ja»ques-à-ce que le concile viendrait, qu'ils ne t'en tiendraienl guère contens. - —
Il y avait à Lausanne un jacobin, nommé Dominique de Monbouson, qui y avait prêche dans la grande église, , le carême précédent. Cet homme interrompit Farel ^ landia qu'il parlait. Farel lui demanda s'il voulait son- I tenir ce qu'il avait prêché le carême passé, comme il avait été requis par P. Virct. Ce jacobin répliqua , qu'il n'avait rien prêché que selon Dieu, et qu'il ne voulût soutenir, mais que ce soit en lieu et deeantjuges non tuspects. Alors Pierre Vîret se leva, et demanda per-
• Mid. îî. Î3. ctSft.
■ Ibid. p. 9tf.
mîmoD aux présideng de parler au jacobin, ce qui lui fut accorde. Viret récUa ce qui lui éiail arrivé le prialenips passé avec ce jacobin, comme on l'a pu voir cidessus; ' après quoi il coDctul en disant, que puisque ce moine éiail do retour il souhaitait qu'il voulût, devant celle illustre assemblée, soutenir les articles qu'il avait proposés contre lui, ou bien attaquer leurs thèses opposées à ces articles.
Le jacobin répartit qu'on lui avait bien donne certaîqs articles, mais non pas comme il les avait pr^cbés; qu'il n'y en avait presque pas un qui ne fût tronqué; que quant au reste il n'avait rien enseigne qu'il ne voulût souleuir devant gens et juges non subpects; qu'il croyait la présence récite du corps du Seigneur au sacrement de l'Autel, fondé sur ces mois du Seigneur, Hoc est corpus meum. Qu'enfin il ne s'ctart point enfui, mais messieurs, à\\.-\\, me défendirent que je ne prêchasse plus, et qu'on m'enjit aller, ce qaejefis. Viret répliqua qu'il ne fallait point qu'il s'excusât sur ces arlicles; car moimême, dit-il, en ai ouï une partie et beaucoup de fables ; les autres que je n'ai pas ouï, je les ai reçus de gens de bien et me suis toujours qjferl et m'offre encore, prouver par gens dignes de J'ai etc. Et de trouver exruse sur les juges, je ne sais comment vous fosez, ne penser ne dire. N'éles-cous point en pays de justice ? FTape^eoas point sanj-conduit. et pleine assurance de§ princes etc. ? N'avez-vous point en cette grande compagnie plus de gens de votre cGtè que nous du nttre ? A-l-on jamais fait mourir personne des vUlres, mnBien qu'ils nous aient résisté P et n'est-ce pas un ion juge que ta Parole de Dieu ? »
' Voy riJe»
n ajouta que quant aux sacremens, ils n'avaicnl nullement dessein do les abolir, mais de les ramener à leur première forme selon l'institution du Seigneur, etc. I) finit en demandnnt au jacobin en quel endroit de l'Ecriture il avait trouvé que St. Grégoire eût lire Trajan des enfers; le purgatoire et ces beaux miracles, et ce feu de St. Antoine qui a tant brûlé de gens; cbose qu'il avait prèchées?
Ce jacobin eut l'efTronterie de dire qu'il n'avait fait que comme Jcsus-Cbrîst qui avait aussi allègue des exemples comme celui du mauvais riche. '
Yîrel lui représenta avec douceur qu'il avait grand tort de se comparer à Jé^us-Clirist qui n'avait jamais prêché que la vcrilc , qu'il ne s'était servi que d'exemptes véritables ; car quand à ce qu'il ditdu mauvais riche, c'était une parabole qu'il ne faut pas confondre avec les contes fabuleux des moines, qui, bien loin de conduire les âmes à Dieu , le leur font oublier.
Que d'ailleurs l'Ecriture étant sulfisautc pour instruire à salut , on n'avait point besoin d'exemples fabuleux pour cette instruction; que même S. Jean et les autres évattgclistes n'avaient pas trouvé nécessaire d'écrire tous les miracles que Jésus-Cbr(Et avait faits, ceux qu'ils ont écrits étant suffisans pour produire en nous une foi saluiaïre, Jean XXI; à plus forte raison n'est-il point nécessaire d'en forger de contraires à la Parole de Dieu.
Le Jacobis. Pourquoi ne voulez-vous point recevoir S. Grégoire et ce tju'H a écrit.
ViRET. Parce que Dieu nous adonné Jésus- Christ son tils, pour notre unique prophète, avec ordre de l'écouter lui seul; Deut. XVUI, Act. III, lUatt. XVII, Marc cl
■'ibid.îe Ï7 2».
eic
pm le»
Luc. IX ; que Jésus-Christ ecuI est lo cbcmin , la vcritc et la v!c; Jeaa XIV; que c'est pour celle raison que nous De recevons ni Grégoire , ui aucun autre, quand ce serait S. Paul, ou même un ange du ciel, qui apporterait une autre doctrine que celle de l'Evangile, puisqu'il est ordonné de dire Anatheme à tous ceux qui sont tels. Gai. 1.
Le Jacobin répondit qu'il n'avait rien enseigné qu'il n'eût lu dana ta S. Ecriture ou dans les SS. Pères, et qu'il était fort élonuc d'où venait que les ministres oc voulaient pas les recevoir, mais les méprisaient, appelant fables et mensonges ce qu'ils ont écrit?
ViRET répliqua qu'il Taisait tort aux minislres do les accuser, de mépriser les saints docteurs de l'EgHsc. Nous prisons grandement leurs écrits, dit-il, mais nous ne leur vouloH» pm- ^uc aitriLuer qu'eux-mêmes demandent : que quoiqu'ils aienl élésavans, ccpentmn^ -j— Chrisl seul est le maître et par dessus lous; Malt. XXIII, Jean III ; que l'Ecriture seule est la règle de noire foi ; que les pères ont avoué eux-mêmes qu'ils pouvaient errer, et qu'il* ont erré, comme St. Augustin le témoigne en lîvers endroits , principalement au livre de ses Rétrac- •.ions, etc. Et dans les décrets. Distinct. 9, tout au ng sont alléguées plusieurs autorités des docteurs et les anciens , comme de St. Augustin et de St. JèrCme , par lesquelles ils confessent ouvertement qu'il n'y a que le» Ecritures canoniques sur lesquelles se veulent fonet qu'ils ne veulent point qu'on approuve leurs •rits , non plus qu'ils font ceux des autres , et qu'auint qu'ils prouvent leur doctrine par la Parole de
Qu'il ne suffit pas de dire, je l'ai trouvé écrit, puisqu'on pourrait par In autoriser toute sorte dc-faljjes cl
ID8 OrSPCTE DK VIMST
d'extravoganccG; mais qu'il faul s'en Icoir à l'Ecriiurc, el c'cfii ce que fait l'Eglise du Seigneur. '
1 Le Jacobin. L'Eglise esl devant l'Ecriture et |i8r dessus elle, tellement que l'Ecriture n'aurait point d'autoritc , si elle n'était approuvée de l'Eglise.
I ViRKT. Vous blasphémez grandement, et faîlcs grande injure à Dieu , car ce que vous dites vaut autant comme ai vous disiez que Dieu ne serait pas vcrilable, mais un menteur, s'il n'était a|i[)rouvc des hommes, el que les hommes sont par dessus la Parole de Dieu , cl plus grands que icelle. »
Le JAcollI^ pour prouver son sentiment allégua: l^que l'Eglise cït le corps de Jésus-ChrUt et son épouse I, Cor. XII , Ëph. V ; 2° que les apôtres ont élu Mallbîas , Ad. I, Rans l'autorité de l'Ecriture , et ont prêché avant qu'il y eût point d'Ecriture, au moins <1i* Nt>u*t-ou-Toslaiiip"' ■ "• .— - '^■' P»»" l'autorité de l'Eglise que nous rejetons les évangiles apocryphes de Si, Barlhélemi et de Hicodème, el nous recevons ceux de Si. Marcel de Si. Luc, qui n'éiaïciit pas apôlrcB, etc.
Virex répondit : 1° que l'Ecriture esl avant 1,'Eglise ; l'Eglise esl l'assemblages des fidèles ; cet assemblage se failpar la foi, qui est par l'ouïe, ell'ou'iepar la Parole de Dieu , Rom. X. La Parole de Dieu étant donc le fondement «le la foi , esl avant l'Eglise, el par dessus elle ; el l'a été de mémo dos qu'elle » été mise par écrit ; 2° les apôlres n'ont point élu Matthias, ni prêché, sans l'Ecrilure. Le contraire paraît par Ael. II, où Si. Pierre allègue la prophélîe de David au Ps. CIX , el par loul le livre des Actes, où les apùties ont cité les livres du V.-T. , Act. Vil , XV, q„i conlionncnl en substance la
' llyH p 90 30
même doctrine que ceux du nouveau; puisque ceux-ci Dous monlrcnl comiDc quoi Dieu a accoinjili les promcEHCE de grtice qu'il avait faites eu ceux-là ; ai bien que tes saîntH de rAticieu-Teslamcnt ont eu la mcmc foi que nous : ils ont cm que le Seigneur viendrait, et noua
wBroyonR qu'il est venu; ils ont vu JcEus-Cbrist par la foi;
lu Cor. X, 2 Cor. IV, Uebr. XI, Jean VIII, Ad. XXVI;
' enfin â° que la distinction des livres canoniquee et apocryphes ne prouve nullement l'aiilorilc de l'Eglise. Les livres qu'elle a reçus pour canoniques, ne sont pas tels, parce qu'elle les a déclares tels ; mais elles les a déclarés tels, parce qu'elle les a reconnus canoniques par les preuves qu'ils portent avec eux, etc. La Parole de Dieu porte son autorité et sa lumière avec elle, comme il parait par les éloges que lui donne David, dans les Pb. JïlXci C3i:ix.
Le Jacobih , pour soutenir l'aiïtorrtirac+'ii. ^
des ordonnances sans l'Ecriture , proposa les deux arguroens, que Furbiti avait opposés à Farel l'an 1534 dans la dispute de Genève , lires 1" de ce que l'Eglise observe le dimanche el non le samedi, comme la loi de Moïse l'ordonnait; 2" de la formule obse^^ée par les apâtres en baptisant, qui semble différente de celle que le Seigneur leur avait ordonnée.
ViRET lui til les mêmes réponses en substance que Farel avait faîtes à Furbiti, à cela près qu'il dit que les «pâtres n'ont rien changé au formulaire du baplcme, et que St. Luc disant, Act. II el XIX, qu'ils ont baptisé au Doni de Jésus , n'exprime point le formulaire dont ils se iervirenl; mais cire bapli&é au nom de Jésus , c'est être
■teptieé en invoquant son nom et eu sa vertu , etc. '
El. Ad p. 31 M. M. ad 57