‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 3)Chapitre 11 sur 98 · ANABAPTISTES. PATS DB VAUD · texte numérisé non relu

ANABAPTISTES. PATS DB VAUD

de réformatioD , e( surlonl., ceux qui avaieUl élë de celle secte ; et qu'ils assistassent au service divin , pour le moins chaque dimanche ; et qu'ils Gssent baptiser tous leurs enfans , comme les autres ; sous la peine énoncée dans redit précédent : que surtout , si les anabaptistes ne voulaient pas aller au prêche^ ils devaient être mis en prison un jour et une nuit pctar la première faute ;* deux jours et deux nuits pour la seconde , et toujours ainsi. » Et comme il se trouvait des gens dans les églises , qui sans être apahaptistes j mais par lé pur effel d'un esprit profane^ du par un reste d'attachement *aii papisme, n'avaient encore jamais été ni au prêche, ni participé à la S. Cène; LL. EB. ordonnèrent que ces sortes de gens fussent punis tout comme les anabaptistes ; cependant avec celle déclaration, que leur desseia n'était point de contraindre personne d'aller à la Cène. ^

Quelque temps après, les seigneurs de Zurich consultèrent ceux de Berne , sur la . question : si l'on devait punir de mort les anabaptistes , ou non ? Ceux-ci leur envoyèrent pour réponse une copie de leur dernier édil contre ces sectaires. '

VI. La reformation fit peu de progrès l'an 1532 dans le Pays-de-Vaud. Il n'y eut que Payerne elles balliages l'Orbe et de Grandson où elle gagna du terrain; encore ne fut-ce pas sans troubles.

Les choses furent assez tranquilles a Orbe après la publication de Tédit dont on a parlé, dès le commencement de Tannée, jusqu'au dimanche des rameaux^ qu'il y eut une dispute entre Pierre Viret et un moine nommé Rabani. Ce moine prêchait dans Téglise des

* Mandat. B. &9.

' Bcrn. Insir. 29t.

. OftBB. NOOVBAOX TtLOVELM. 131

reUgieases de S^* Claire , dont il était visitaleur ; et comme il exaltait le mérite des œuvres , Viret , après qu'il eut fiai^ l'arrêta devant tout le peuple et réfuta ce qu'il avait prêché, lui prouvant par l'écriture , que nous sommes sauvés gratuitement par la fol en Jésus-Christ. lie moine ne lui répondit rien, si non qu'il était bien jeune pour le démentir, et il se retira tout confus. Et depuis ce jour :^ là il ne prêcha plus. * Le mémo jour Pierre Viret célébra la Cène, et il eut àsacommunioB 54 hommes et 23 femmes. '

Le dimanche 7 avril ^ il y arriva un nouveau trouble. Gomme le ministre prêchait trop long-^temps au gré des catholiques, le vicaire d'Orbe, nommé Pierre Bovez, fit sonner la messe tandis qu'on prêchait encore. Les réformés s'en plaignirent^ et on le mit en prison. D'autre o6té^ Christophe Holard ayant coupé le nez à une image de St -Pierre, fut mis aussi en prison au pain et a Teau pendant 24 heures et condamnée un écu d'amende qu'il paya. Le conseil députa deux conseillers pour aller à Fribourg demander l'élargissemement du vicaire de leur église. Les seigneurs de Fribourg leur donnèrent un de leurs conseillers, savoir le chevalier PaviU lard , qui alla a Orbe et de son autorité fit sortir de prison le vicaire. ^

Cette communion d'Eglise excitait de temps en temps quelque trouble entre les deux partis ; c'est pourquoi les Bernois, pour y remédier et mettre la paix, écrivirent aux Friboui^eois qu'ils trouvaient à propos que les ré* formés et les catholiques eussent chacun une église se-

* Ms. Tbom. 50. b. Far^l Epist. Inedl. ' Ma. Tbom, 31.

' Id. ibid.

159 6&ÂHDS01I. 1. tB COMTB.

parée^ afin qo'îb n'eussent plus rien a partager ensen»ble ; et -envoyant des députés à Orbe et à Gran^son, le 12 avril, ils leur recommandèrent cette affaire; mais on ne put rien conclure. *

Le balliage de Grandson manquait de ministres, pour servir les Eglises qui embrassaient la réformation. Les seigneurs de Berne en élurent quatre tout à la fois , le mardi 9 juillet : savoir , un pour Grandson , Gy et Fy ; un pour Montagny , Vugelle et Novelle ; le troisième pour Bonvillars , Si-Maurice et Champagne et le quatrième pour Concise. ' Le même jour ils donnèrent avis de cette élection à Guillaume Farel , qui était alors à Morat, avec ordre de se trouver a Grandson le vendredi suivant pour y examiner ces quatre ministres, conjointement avec le minisire de Grandson et en présence du bailKf. ^ Comme ces ministres ne sont pas nommés dans là letlre des seigneurs dé Berne , il y a beaucoup d'apparence que celui de Grandson, dont ils y parlent > était Jean le Comte qui vint à Grandson cette année-là,' et qui y fut pasleur jusqu'à sa mort. H a laissé un journal abrégé de ses travaux, d'où j'ai tiré ce qui suit. Jean le Comte naquit en Picardie, l'an 1500 ; son père était Sébastien le Comte de la Croix, gentilhomme Picard, natif d'Etaples^ et sa mère Marie de Le Quien aussi femme de qualilé. Dans sa jeunesse, âgé seulement de 22 ans, il fut à Meaux l'an 1522, auprès de Guillaume Briçonnet, évêque de celle ville-là, avec Jaques le Fé vre, son compatriote et son précepteur; avec Guillaume Fafet el deux autres théologiens ; qui tous ensemble prêchaient

* Ms. Amp. 19&. Bem. Instr. 160. 161.

' Epist. ined. Far. N. XXI.

^ Le ministre de Concise s'appelait Pierre Masnîer.

J. LS GOMTX. * IS5

la pnre doclrine do l'Evangile^ sous les auspices el par raulorilé de ce prêtai ; el furent ainsi les premiers qoï travaillèrenl en France à la réformalion de l'Eglise. Hais la perséculion qni survint bientôt après dissipa cette sainte et savante petite compagnie. Briçonnet perdit courage et se rétracta. ^ Guillaume Farel se relira en Suisse comme on Ta dit ailleurs. * Jean le Comte se réfugia avec Jaques le Fevre auprès de Marguerîte, reine de Navarre. ^ Dans la suite l'amirale de Bonnivet le demanda pour précepteur des trois fils qu'elle avait eus de l'amiral son premier mari. Après qu'il eut exercé quelque temps cet emploi , comme il était à Paris, quelques docteurs fidèles jetèrent les yeux .sur lui\ pour l'envoyer à la réformalion du canton de Berne et ailleurs. Il y résista d'abord; mais il céda enfin, aux instances qui lui en furent faites par plusieurs réformés qui étaient à la cour. Hs loi donnèrent des lettres de recommandation adressées à Farel et à Marcourl; ainsi il quitta son pays pour n'y retourner jamais. II passa a Iiyon^ et après bien des dangers, it arriva à Grandson, il la foire de mars. Il ne s'y arrêta pas; mais il alla à IVeuchâtel trouver Marcourt , son ancien ami , qui fut JTort réjoui par les lettres qu'il avait apportées de Paris^ aussi bien que Farel qu'il aHa trouver à Morat . De-la il fut à Berne, où il se fit connaître à LL. EE. qui l'établirent

* Boze. Hift. des Eglises réformées de France. T. I. p. 5.

* Voyez le Tom. I. i Tan I53& et'ISST).

' Marguerite de Valois / soeur unique de François. P^, fut mariée en premières noces l'an 1509 à Charles , duc d*Alençon , et en secondes noces, Kan 1537, à Henri d'Albret, roi de Navarre. Cette princesse était savante, et aimait les gens de lettres. Elle parut, dans les commenceroens , avoir de bons senlimens pour la réformation ; mais dans la suite elle ebangea.

IM i. LB cours.

mioîstre de GrandSsoa. H y prêcha dès la PeiHecâte , et réforma quelques églises de ce bailliage.

L'an 1S54^ il quitta TégHse de Grandson pour passer à celle de Romainniotier (le 12 novembre 1558). LL EE. de Berne lui ordonnèrent d'aller à Lausanne exercer la profession do la langue hébraïque par intérim, a la place de Raymond Merlin , en attendant qu'on eût un autre professeur. L'an 1567, la classe d'Orbe et de Grandson le redemanda pour être une seconde fois pas* teur de l'Eglise de Grandson. Il y retourna le 2Qîuillet et y vécut encore 5 ans. Ses enfans qui ont continué son journal > nous apprennent qu'il mourut le 25 juillet 1572 9 âgé de 72 ans; et sa femme, Magdelaine de Martigny , l'an 158.1. Il écrivit divers ouvrages de théo^ logie ; mais ils n*ont jamais été imprimés. Il s'en fallut peu qu'il ne vint à bout une fois de réformer la ville de Fribourg , par f accès qu'il y avait auprès des principaux seigneurs de l'état ; ce qui lui donna occasion de dédier a LL. EE. de Fribourg un livre forf étendu qu'il avait compose sous ce titre : les Démégories du comte d'Eslaples sur tous les dimanches de Tan, les Sacremens , le Mariage et les Trépassés, écrit de sa .main, avec une épitre dédicaloire, datée du 31 juillet 1549. Il nous ap* prend dans cette épitre que quand il arriva dans le pays de Vaud, la division que causait la différence de religion dans les bailliages d'Orbe et de Grandson , y produisait de violentes querelles, même entre les plus proches ; qu'elles aboutissaient souvent à des baileries et a des meurtres^ jusques là qu'ion vil k Orbe un frère tuer son frère et de même à Bonvillars. J. le Comte laissa trois fils qui furent tous trois ministres ; et sa postérité a toujours fourni des ministres a l'Eglise ^ de père en iils^ sans interruption, jusqu'à présent..

G&ANDSOCI. OMMJDIS. TROUBLES. 15$^

Bhlt pour revenir à ses traraiix de Grandson^ il eut la consolation d'y gagner dans quelques mois un assei bon nombre de personnes i de sorte que le dimanche après Noël, il j célébra la première Cène paisiblement avec 70 personnes d'âge outre quelque jeunesse. *

Dans rëté de cette année on s'aperçut que les moines de Grandsoil travaillaient a emporter hors du pays les biens de leurs couvens ; c^est pourquoi ils furent mis en prison par ordre des' seigneurs de Berne. '

La paroisse d'Yvonan embrassa la réformation k la pluralité des voix, dans le mois d'août; après quoi les paysans purgèrent leurs églises d'images et d'autels. Ensuite, accompagné de Farel^ ils passèrent le lac, allé* rent à Grandson ^ et y renversèrent quelques autels et quelques images; mais ils furent mis en prison et détenus assez longtemps. Leur affaire ayant été examinée, il futjugé le2 septembre, qu'ils avaient eu droit de faire cela à Yvonan, mais non à Grandson.*' A Onncns, les réformés firent la même chose, renversèrent les images et les autels. Les-catholiques^ pour se venger, prirent le temps que les autres étaient au sermon , et entrant dans le temple en furie, allèrent renverser la chaire avec le ministre qui prêchait. Les uns et les autres furent punis comme ils le méritaient. '

Il y eut aussi du trouble à Concise entre les- réformés et les catholiques, en ce que la pluralité des voix ayant été pour la messe de 60 contre 26 , les réformés prétendaient qu'on n'avait pas été en droit de faire une telle décision , soutenant qu'on en avait déjà fait une aupa^

* Mémoire de J. le Comte.

' Ms. Amp. 1)5. b. Bem. Instr. 1^.

» Id. ibid.

196 6»AlfDS0V BT CORCISB.

ravant, où la pluralité avait été eo faveur de la réformalion* Aais comme ils ne purenl pas le prouver, les seigneurs de Berne consentirent à ce que les aulelsy fusseni relevés, avec cette réserve expresse, que chacun aurait toujours la liberté d'écouter la Parole de Dieu. Enfin ils tinrent main de bonne foi, à faire observer tous les articles de l'ordonDance publiée au commencement de l'année ; mais aussi ils voulaient que les catholiques observassent^ de leur côté , les articles qui étaient en faveur de la réformation. C'est pourquoi comme les Pribourgeois souhaitaient que les paroisses de Champagne et d'Onncns, qui avaient embrassé la réformation se soumissent à une nouvelle délibération , les Beinois le refusèrent.^ '

Il s'éleva une autre difBcuUé entre Berne et Fribourg, au sujet de l'article de leur ordonnance, qui portait : Que dans une paroisse où les catholiques seraient le plus grand nombre, les réformés pourraient néanmoins entendre toujours la Parole de Dieu. Les Fribourgeois ne voulaient pas que dans les lieux ou il n'y avait que deux ou trois réformés , ils fussent compris au bénéfice de cette ordonnance. Les Bernois, au contraire , soutinrent que ces réformés devaient y être compris^ et avoir la liberté de faire venir un ministre pour leur prêcher, pourvu que tout cela se fit modestement. '

Il y eut cette année de grands troubles à Payernc a cause de la religion. Un ministre, dont je n'ai pas pu découvrir le nom> ^ y prêcha au commencement du

* Ma. Amp. 1^. Bern. Instr. 160.

' Mt. Amp. IJtK. b. Bern. Instr. I9B.

' Celait Saunier. Nous rapprenons par leurs iusiantes sollicitations pour sa délivrance lorsqu'il eut été lait prisonnier par le

PATBRRB. 157 •

prinlerops et y fit du fralt. Divers bourgeois embrassèrent la réformation. Mais les catholiques, oubliant la la promesse qu'ils avaient faite auparavant^aux seigneurs de Berne, de permettre qu'on prêchât librement au milieu d'eux la Parole de Dieu, ne laissèrent pas longtemps en repos le ministre ni leurs concitoyens. Us commencèrent par défendre au ministre de prêcher; et comme il continua nonobstant la défense, ils voulurent le chasser. En même temps ils défendirent au peuple d'aller écouter le ministre et de le favoriser, sous peine de prison et d'autres châtimens. Enfin , par toute sorte de menaces, d'insultes et de mauvais tràitemens qu'ils faisaient aux réformés, ils s'efforçaient de les faire rentrer dans le sein de l'église romaine. *

Le bruit de ces troubles s'étant répandu dans le voisinage , le conseil de Moudon députa à Payernc le gouverneur du pays de Yaud avec deux conseillers, environ le temps de Pâques, ^ avec ordre d'interposer, leurs bons offices, pour y rétablir la paix et le calme; mais les soins de ces députés furent inutiles , et ils. s'en re* tournèrent sans avoir rien fait. Les troubles continuérent à Payerne, et l'on y mit en prison plusieurs bourgeois pour avoir embrassé la réformation. Le vingt-cinquième avril, le conseil de Moudon y renvoya d'autres députés, son châtelain Jaques Gerjat, avec deux conseillers, pour lâcher d'apaiser les esprits et d'y ramener la tranquillité. ' Les Bernois ayant reçu avis de ces

duc de Savoie. «Il est celui, disent-ils, qui nous a engendrés en la foi. > Voyez dans le Chrofnqueur, page 60, de nouveaui détails sur la réforme à Payerne. (Note de TMdiieur).

< Ms. Amp. I9S.

' Begiatr. de Moudon. ^

» Ibid.

I3S PATiun« àMJLiàmcM

Iroobles, pensaient aussi a y meltre ordre, lorsque le doc de Savoie leur envoya an député pour les prier 1^ de ne pas se mêler de ses sujets ; de leur laisser observer les cdils qu'il avait publiés en matière de religion dans ses étals; de déposer on ôler le ministre de Payeme ; et 2^ pour se plaindre de quelques ééditieux de Payeme^ qui disaient hautement, que le duc n'avait rien à Jeur commander , etqn'ilsn'ctaient pas ses sujets. Les' Bernois répondirent au gouverneur de Vaud^ qui était l'un des députés : « Que leur intention n'était point de déroger en aucune manière aux droits de S. A. sur ses sujets ni à sa jurisdiction ; qu'au contraire ils les exhorteraient plutôt, et entr'autres *ceux de Payeme, à rendre à leur seigneur tout ce qu'ils lui devaient, dans les choses qui regardaient le corps et les biens temporels. Hais pour ce qui regardât la conscience et la religion , ils priaient le duc et tous autres , de laisser en paix les réforn^ de Payerne et tous cem de ses sujets, qui souhaitaient d'entendre la Parole de Dieu , et de ne les point inquiéter pour ce sujet , afin qu'il n'en arivât point de désordre; car s'il les persérulait pour cause de religion , ils prendraient en main la cause de leurs alliés de Payerne, avec qui ils avaient une alliance beaucoup plus ancienne qu'avec la maison de Savoie. * »

Le même jour, 23 mai, les Bernois envoyèrent a Payerne des députés pour renouveler l'alliance. Ces députés représentèrent aux Payernois la négociation du député de S. A. de Savoie, et la réponse qu'ils lui avaient faite, les exhortant à obéir au duc en tout ce qu'ils devaient. En même temps ils se plaignirent de ce qu'ils

* Ms Arop. 1. c.

AVBG BBlll«B*ABNO0ySLte. IS^

avaient tenu . si peu de compte des promesses , qu'ils avaient faites aux seigneurs^ de Berne'^ puisqu'ils persécutaient les réformés et voulaient chasser leur mi* nistre. Il les exhortèrent donc fortement à laisser en paix les rcfi^rmés d'entr'eux et leur ministre. Cette représentation parut produire quelque bon effet . Les Payernois promirent de nouveau aux seigneurs de Berne tout ce qu'ils souhaitaient ; après quoi Talliance fut re* nottvelée et jurée de part et d'autre. '

Mais toutes ces promesses n'étaient qu'un leurre pour obtenir de la ville de Berne la continuation de Talliance ; car bientôt après le départ des députés , on recommença h persécuter les réformés^ à les vexer ^ a lesiqgulter et à les mettre même en prison. ^ Il y avait alors a Payerne* un cordelier qui était réformé dans le cœur et qui prêchait vigoureusement contre l'Eglise romaine. Mais quand le duc fut venu aPayerne^ le dimanche 16 juin ^ il se relira avec un autre cordelier venu de Lausanne, qui était aussi réformé. ^ Les Bernois envoyèrent de nouveaux députés à Payerne pour leur reprocher leur manquement de parole; mais ils eurent pour réponse que le conseil ne leur avait promis autre chose que de laisser prêcher TEvangile comme on l'avait prêché dans les temps anciens. C'était une moquerie toute pure ; aussi les Bernois ne furent-ils pas conlens d'une pareille réponse. Us renvoyèrent donc encore d'autres députés le 81 août^ pour représenter a toute ta bourgeoisie a qu'on ne voulait pas les obliger a quitter leur ancienne religion ni abolir la messe ^ ni les autres cérémonies papis-

* Ms. Amp. 19S. 126. I-str. 169.

' Ws: Amp. I. c.

' Planiio. Hist. Mac. de Laus.

4A0 PATERNE. YiAeT T PrAcHS.

tiqaes; qu'oa ne demandait d'eux autre chose sinon la liberté de conscience pour ceux qui souhaitaient d'entendre la Parole de Ùieu , et pour ceux qui la leur prêchaient; que c'était à cette condition et sous cette promesse que les Bernois avaient renouvelé deux fois avec eux leur alliance. * » Celte nouvelle députation ne produisit pas de meilleurs effets que la précédente. On renvoya les députés avec de belles paroles; mais on contî* nua à tdbrmenler les réformés comme auparavant, et on leur ôla même leur ministre. Ce fut dans cette occasion que Yiret^ pour faire plaisir à quelques réformés, alla prêcher à Payerne; c'était vers la fin de septembre. D'abord on ne voulut point lui permettre de prêcher dans *les temples. Il se mit donc à prêcher dans les maisons. Après qu'il y eut été pendant quatre ou cmq semaines , il s'y excita un tumulte contre^ui qui l'obligea d*en sortir, de sorte qu'il perdit presque courage d'y travailler. * Cependant, encouragé par de bonnes âmes, il y retourna et y demeura jusqu'au mois de janvier suivant, disputant presque tous les jours avec quelqu'un. Les moines de l'abbaye, craignant que cette nouvelle doc« trine n'aboutit à les dépouiller, se mirent sous la protection des Fribourgeois, qui leur envoyèrent un de leurs conseillers, nommé Christophe Pavillard, pour avoir soin d'eux et de leur maison. ^

Dans le même temps, Farel demeurait à Morat où il écrivit, une belle lettre pastorale en français , datée de cette ville et du 26 juillet. Elle est adressée aux frères amateurs de la sainte Parole de Dieu qui étaient dans

^ Bern. Instr. 9i5.1ffa.|Amp. 1. c.

' Inler Epist. inédit. Farci.

' Ma. Thom. 53.

RBdUUISlIS LOUABLES A VBVBT. I4|

roppression, apparemment en France. H les exhorte à la patience, à la constance, à la fermeté et à ne s'assurer que sur la protection du Seigneur. ^

N'oublions pas ici de remarquer, à la Iduange de la ville de Vévey , qu'elle se signala dans ces temps corcorrompus et déréglés par son zèle pour le rétablissement des bonnes' mœurs. On peut juger que la peste qui ravageait alors le pays, réveillant dans les consciences la crainte des jugemens de Dieu, y put avoir quelque part ; mais toujours furent-ils bien louables de devenir sages a l'occasion des fléaux de Dieu. Dès Tan 1530, le conseil fit publier un ordre aux femmes de mauvaise yie de vider la ville dans trois fois vingt - quatre heures sous peine de soixante sous d'amende. Et celte année 1532 , ils le renouvelèrent avec plus de sévérité , ordonnant à ces malheureuses de sortir dans vingt-quatre heures sous la même amende. Ils firent encore quelques autres.ordonnances d'une bonne et chrétienne police, par exemple défense déjouer pendant le service divin, et quelques autres règlemens de cette nature.- Ces sortes de règlemens prouvent la vérité de ce que j'ai avancé dans mon discours préliminaire, que les laïques, généralement parlant, étaient plus honnêtes gens que les ecclésiastiques ; voilà des laïques qui chassent de leur ^ille des femmes de mauvaise vie pour éloigner le crime du milieu d'eux , pendant qu'à quatre lieues de là , dans la capitale du diocèse, dans le sein du sanctuaire catholique , je veux dire à Lausanne , les chanoines et les religieux vivaient publiquement dans le désordre sans retenue et sans honte avec des femmeà débauchées.

Farel Epitt. inédit. N. XXII.

143 yOYA6B DU DfJG AO FATS DB YAUD.

aonobslanl les exhorlalioos que lea magistrats leur fai« saieut faire de chauger de conduite. *

Cette année le duc de Savoie visita le Pays-de-Vaud^ qu'il n'avait pas vu depuis Tan 1523. Il y fut reçu partout, à Lausanne niéme^ avec les honqeurs dus à son rang. II partit d'Evian le 4 de juin, et alla coucher au château de Chillon où il n'avait jamais encore été. Le S, qui était un mercredi^ il alla à Vevey, où il fut reçc^ par quatre cent cinquante soldats^ la plupart hahillésde neuf, de couleur blanche^ et par deux cents jeunes garçons > aussi la plupart habillée de mémo couleur portant en leurs mains des croix blanches et criant : Vive Savoie. La ville de Vevey emprunta du château de Gle* rôle, qui appartenait à l'évéque de Lausanne, dix canons pour saluer leur prince a son entrée et à son départ. La bourgeoisie des deux endroits de Vevey et de la Tour lui fit présent ensemble de ceni écus d'or au soleil i avec un beau manteau de damas blanc de douze aunes, ou l'on avait mis douze aunes et demi de frangea d'argent; à ses laquais de dix écus d'or, et six à ses écuyers. Cela 19'appelait la joyeuse entrée. * De là il alla au Pays-de-Vaud ; car dans ce temps-là Vevey et tout tout ce qui est à l'orient du torrent de la Veveyse était censé' du Chablais; la Veveyse séparait leChaMais d'avec le Pays-de-Vaud. On croyait que de Vevey le duc irait droit à Moudon , qui était alors la capitale des terres qu'il possédait dans le Pays-de-Vaud, et le si^e ordinaire des états.; mais il trouva plus à propos de les convoquer à Morges , où il se rendit le jeudi 6 de juin.

n présida à cette assemblée , accompagné de l'arche-

* Voyei d-dessns Lîv. Y. p. 333. 33à.

* Rfgisir. de Vevey.

XL PRÉSIDK AUX ÉTATS A HOROCS. ttô

véque de Taranlaise , des évoques de Lausanne et de Belley, de François de Martîgaés^ vicomle de Luzem-bourg j du coiQte de Gruyère^ el d'un grand cortège de noblesse de Savoie^ du Chablais et du Pays-de-Vaud. n y fut parlé de réparer les places fortes et les bonnes villes du pays pour le conserver et le garantir d'invasion. On y fit aussi des plaintes contre Pévéque et le chapitre de Lausanne^ parce que ces eccésiastiques refusaient de comparaître devant les tribunaux séculiers du pays pour affaires civiles ; quoique cela se fût autrefois pratiqué sans difficulté, el qu'ils ne refusassent pas de comparaître devant les tribunaux des terres de Berne el de Fribourg; ce qui semblait abaisser l'autorité du duc. L'évéque de Lausanne qui était présent répondit : « Que les ecclésiastiques n*étaient point juridiciables des tribunaux séculiers j et qu'ils avaient ce privilège; que si par hazard les ecclésiastiques s'étaient soumis aujc tribunaux de Messieurs les alliés des cantons, c'était parce qu'on y trouvait meilleure justice^ et plus brève que dans les autres. »

Le duc remit celte affaire à un autre temps pour s*en informer exactement et y mettre ordre. De IHorges il retourna à Vevey et le dimanche suivant il alla dîner chez le baron du Ghâtelard, où il fut reçu avec tous les honneurs dus à sa dignité , et retourna coucher à Vevey. Le jeudi suivant, 13 juin, il alla dîner au château d'Oron , qui appartenait au comte dé Gruyère.

n prit de là le chemin de Romont, ou il s*arréta jusqu'au dimanche 16 qu'il alla à Fayerne. Le mardi 18 il alla visiter Cudrefin ; et le mercredi 19 il futàEstavàyer. Dans toutes ces villes, il fut reçu avec ^c grands hon« ncurs.et de grandes démonstrations de joie. *

*■ Plantin. Hist. Msc. de Laus.

144 PATS DB TAUD. DUC DB SAYOlB.

La peste était alors à Yverdon ; cela Tempécha d'y aller. * Le jeudi 20 il prit la roule de Lucens ou l'évéque le reçut dans son château au bruit du canon. Le soir il alla à Moudon^ où il coucha. La ville lui fil présent de dix jQanibeaux de cire , et de huit pots d'hypocras pour rafraîchissement. George Demierre^ qui en était syndic, emprunta trente '^florins au nom de la ville pour fournir à cette dépense.* Le vendredi 21 juin, le duc vint à Lausanne et y coucha. Le mercredi auparavant, le coûseil des Soixante avait arrêté de ne lui faire aucune récep^ tion ; mais , à la sollicitation de l'évéque , on lui fit de grands honneurs. Plus de deux cents arquebusiers de la ville lui allèrent au devant, nonobstant la pluie ; et le lendemain plus de degx mille hommes , tant de Lausanne que des quatre paroisses de La Vaux, l'accompagnèrent jusqu'à Tidy avec beaucoup de noblesse et l'évéque même de Lausanne. ''

Les princes font rarement des promenades jusqu'à l'extrémité de leurs états, sans une grande nécessité ou sans machiner quelque dessein important. Il y avait neuf ans que le duc de Savoie n'avait été dans le Pays-de- Vaud. Il y vint dans un temps que le nonce du pape.travaillait à lier une ligue des cantons catholiques avec le pape et l'empereur contre les réformés. Cette promenade du duc, et les démarches de l'évoque de Lausanne « me font juger qu'il y avait effectivement quelque conjuration de cette nature sur le tapis. D'abord que le duc fut arrivé à Vevey, l'évéque y alla pour conférer avec

* Ma. Tbom. 5S.

* Regîilr. de Moadon.

' Mans. d« Laos. p. 58St

SOftBOEB. 145

lai. Et il envoya an commissaire à Colly poar ordonner aoz gens de La Yaax de lever da monde qa*il voulait envoyer à Fribourg afin , disaii-il , de maintenir la foi contre les lothériens. ^ Mais tous ces projets dés catholiques s'en allèrent en famée , par Tendroit qu'on a re» marqué ; ' et la bonne Providence de Dieu qui veillait pour les réformés dissipa les complote de leurs ennemis.

Vn. On a vu ci-devant les mouveroens que les seigneurs de Berne s'étaient donnés pendant celle année 1532 en faveur des églises infortunées de Bremgarten et de Mellingen. Ils ne s'employèrent pas moins en faveur de celle de Soleure ^ mais avec aussi peu de succès. Le parti catholique était devenu si fier depuis sa victoire de Cappel qu'il était entièrement intraitable. .

Il y avait déjà quelque temps ^ comme on l'a vu ci- « dessus , ' que Téglise réformée de Soleure élail sur le penchant de sa ruine ; troublée par les anabaptisles , brouillée par les divisions de ses propres ministres^ et vivement attaquée par les caiholiques, letJrs ennemis communs^ qui donnaient entrée dans leur ville aux anabaptistes afin de les détruire les uns par les autres. Mais ce fut celle année qu'elle eut à soutenir le choc le plus rude^ qui la conduisit enfin a sa ruine Tannée suivante.

Les cinq cantons zélés catholiques commencèrent la tragédie. Dans une diète assemblée à Bade, au printemps ; ils débutèrent par demander à la ville de Soleure l'une ou l'autre de ces trois choses ; ou qu'elle leur payât mille écus pour les frais de la guerre ; ou qu'elle congédiât son ministre^ Philippe Grotz; ou enfin qu'elle se

* Arch. de Villetle.

' Voyet ci-dcAsu8 Cb. IV. p. 202.

» Liv. VIII. Ch. I.

ik6 SOLBORB.

sounati à un jugement de droit pour avoir assisté les Bernois contr*eux dans la guerre de Cappel. Les Bcrnois trouvèrent cette conduite fort étrange ; et comme leur honneur paraissait intéressé dans cette affaire^ puis* que c'était à l'occasion du secours qu'on leur avail donnée que les cinq cantons faisaient cette querelle à ceux de Soleure; ils envoyèrent^ le 19 avril , deux députés à leurs alliés de Soleure , avec ordre de leur dire : « Qu'ils trouvaient fort étrange qu'on fit de pareilles propositions à un état libre comme le leur , qu'une telle conduite ne tendait qu'à l'extinction de la vérité au roilieu d'eux ; qu'elle était d'ailleurs opposée au traité de paix, puisque le premier article porte que tous ceux qui avaient donné du secours aux Bernois et aux autres étaient compris dans la paix ; que cependant les cinq cantons ayant voulu que les fraiar de la guerre fussent réservés dans ce traité pour être réglés dans une autre journée, Berne y avait enfin consenti pour le bien de paix ; qu'ainsi ils exhortaient et priaient leurs alliés de Soleure de préférer le trésor inestimable de la vérité céleste a un peu d'argent ; leur offrant d'intercéder pour eux auprès des Cantons, afin de faire modéreir cette somme si elle leur paraissait trop forte. ^ »

Les Bernois avaient raison de dire que ces propositions avaient pour but l'extinction de la vérité dans Soleure ; car la suite fit bien voir que les catholiques du lieu étaient d'intelligence avec les cinq cantons. En effet, ces propositions furent une pomme de discorde en* tre les bourgeois de Soleure. Elles y produisirent une division si échauffée qu'on crut qu'elle ne se terminerait pas sans effusion de sang. Les réformés, sans doute à la

^ Haffncr H. Bern. bistr. 163. Ms. Amp. 194. b.

soUîcitaiioii des Bernois; Toalarent^ pour le bien de paix, se charger de payer aux cinq cantons les mille écas'jqa'ils demandaient. Mais ce n'était pas de l'argent qu'on cberchail. On voulait détruire la réformation. Ainsi les réformés ne furent pas écoutés de leurs conci<* loyens , et leur ministre fut congédié. Les réforma furent obligés d'aller au service divin hors de la ville dans un hameau voisin, • et d'y entretenir leur ministre à leurs frais. * Encore heureux si on lea eût laissés en paisible* possession de ce peu de liberté ! Hais la fu» reur du zèle catholique n'était pas encore satisfaite. Ge* pendant le parti réformé paraissait eifcore fort dans le canton ; puisque de quarante-quatre paroisses dont il est composé, il s'en trouvait trente-quatre qui avaient embrassé volontairement la réformation k la pluralité des voix.

Les seigneurs de Berne envoyèrent de nouveaux députés h Soleure pour ce sujet, le 31 août^ avec ordre 1 ® de dire aux magistrats : « qu'on avait appris qu'ils voulaient relever les idoles, et rétablir la messe dans leurs terres ; et même dans les paroisses oà Berne avail la haute justice et le droit de collature ; » 2^ de les détourner d'un tel dessein en leur représentant : « Qu'il était contre le traité que les deux étals avaient fait ensemble, suivant lequel chaque parti devait deraeorer paisiblement dans le règlement qui avait été fait a kt pluralité; qu'on leur recommandait en particulier de laisser en paix ceux qui dépendaient de Berne , de la manière qu'on vient de le dire ;• faute de quoi on les ti-

* Zouchweil.

' Holtîng. 66it.

148 SO£SU&B. TaOOBLBS.

rerait en cause par devant des jages^ conformément à leurs alliances mutuelles. ' »

Il sembla que cette députation avait produit un bon effet. Les seigneurs de Soleure envoyèrent un député à Berne (dans le mois d'octobre) pour assurer LL. EE. qu'ils étaient résolus d'observer leurs traités mutuels anciens et nouveaux, et pour faire quelques propositions au sujet de Knegsletten (paroisse du canton de Sojeure, mais dépendante du patronat de Bernc)^ qui avait résolu d'avoir tout à la fois un ministre et un prêtre. On répondit, le 18 octobre, à ce député : c Que Ton comptait que leurs alliés de Soleure observeraient exactement les traités ; qu'on ne voulait point s'opposer à ce qu'on mît un prêtre à Kriegstetlen avec un ministre ; qu'ainsi on espérait que là ou Berne avait la haute justice et le patronat, l'état de Soleure ne ferait aucune vexation aux paroisses qui avaient embrassé la réformation de Berne. * »

Les choses demeurèrent dans cet état environ un an. Mais vers la fin de l'année suivante 1533, les affaires • se brouillèrent si fort a Soleure que la réformation en -A fyi absolument bannie. Pendant le cours de cette année* les tfinabaptistes troublèrent beaucoup ces églises, et en divei^;fieux ils refusaient absolument de se soumettre à leurs ijpa^eurs ; tellement que leur opiniâtreté et leur mauvaise conduite firent un tort infini à la réformation , parce que les catholiques confondaient malicieusement les anabaptistes avec les réformés^ et regardaient les désordres que les premiers causaient comme des fruits de la nouvelle doctrine. Ce fut a la fin d'octobre 1583

^ Bern. Inslr. 196. Ms. Anp. 125. b.

> id. SI8. ibid. isr.

&11ATI0II Dll CATBOUQUBS. ^ Ii9

^ que les divisions des bourgeois do Soleure en vinrent a un éclat funeste. Pendant le cours de Tannée^ les réformés prirent patience et se contentèrent de leur sort^ laissant leurs adversaires gouverner à leur gré. Mais , comme la violence de ces gens-là allait en augmentant , les réformés^ entre lesquels il y avait des personnes de

' considération , qui faisaient même près de la moitié du g^and et du petit conseil ^ ne voulant pas se laisser met- Ire le pied sur la gorge, prirent les armes pour se défendre , le 30 octobre. Comme la cbose est de grande conséquence et mérite toute l'attention du lecteur , pour bien juger de quel c6lé était le droit ou le tort, je mettrai ici, avec une entière impartialité, les relations que les deux partis en ont publiées.. lies catholiques dirent : a Qu'après avoir été bravés durant trois années, ils n'avaient plus voulu permettre au oiinistre de prêcher dans réglise des Cordeliers; que cependant, pour éviter une aédition on avait^cédé aux luthériens , comme ils les appelaient, réglise de Zouchweil, petit village près de Soleure; qu'après y avoir fait tranquillement leur service divin ils avaient machiné secrètement de s'emparer de Tarsenal , à main armée , et de massacrer les catholiques à la faveur de la nuit : ce que l'un des conjurés avait incessamment découvert à l'avoyer. Que, sur cet avis, Tavoyer avait promptement fait occuper l'égH&e de St- Urse et le cimetière, et l'avait fait garder par des gens armés; qu'avec le secours de quelques femmes ils avaient attendu l'ezébution du complot des luthériens, et qu'ayant appris qu'ils 8*étaient"emparés de l'arsenal et s'y étaient fortifiés, les catholiques avaient rempli de mousquetaires toutes les maisons qui sont aux environs de Pârsenal, ensorte que les luthériens furent obligés de sortir de la ville et de se retirer dans le faubourg, et de là dans la

150 SOUOaB. RXLATIOII .

petite ville de Wiedlisbach. Qu'après leor départ les ca* thoUques avaient engagé la ville à se lier par serment de demeurer dans la religion romaine^ et à chasser tous les ministres de la ville et du pays à la réserve du bailliage de Bouchberg j où les paysans avaient embrassé la réformation avec la permission du magistrat. *■ »

Voici , d'autre côté, ce que les réformés de Soleure disaient dans une apologie qu^ils publièrent : « Que pen- 'dant quelque temps avant qu'ils fussent chassés ils s'étaient vus menacés de tous côtés par leurs adversaires ecclésiastiques et séculiers^ et même en chaire ^ et qu'il s'était passé encore dans la ville d^autres choses , par où les évangéliques comprirent que les catholiques avaient machiné de mettre la main sur eux ; que contre la pro> messe qui avait été souvent /aite de laisser en paix les réformés, oii avait envoyé des messagers par tout le canton pour dire aux paroisses que, puisque la messe était suivie du plus grand nombre dans la ville, il fallait que les sujets, s'ils ne voulaient pas passer pour séditieux et rebelles, rétabEssent aussi la messe et se soumissent à cette pluralité de leurs seigneurs; que dans cet intervalle les catholiques avaient dit aux réformés de la ville que quand les messagers seraient de retour de la campagne il faudrait qu'ils aUassent aussi à la messe ou qu'ils sortissent de la ville, ou bien qu'ils se battissent avec eux ; que sur ces menaces et d'autres semblables après avoir tenu conseil ils s'armèrent en plein midi, et se' postèrent près de l'arsenal , attendant ce que les catho* liques voudraient entreprendre contr'eux; cependant sans insulter ni attaquer personne, soit par de mauvaises paroles j s(»t par des voies de fait. Mais que voyant

* Haffocr ; Sololhurner SchaopUu II. tiS et seq.

les calhoUqiles aDimés d'une foreur sans ^ale^ ensorie qa'il y avait a craindre un grand malheur si l'on en fût venu aux mains y. ils prirent le parti de quitter volontairement et paisiblement l'arsenal^ et de sortir de la ville sans avoir fait aucun mal à personne, ne demandant autre chose perpétuellement que la paix et la justice. Enfin, que les réformés qui faisaient à peu près la moitié du grand et du petit conseil et même de la bourgemsie s'étaient retirés pour le bien de paix sur les terres de Berne à Wiedlisbach et à Wangen , laissant leurs fem-. mes, leurs enfans et leurs biens a la merci de leurs adversaires ; que des députés de tous les cantons excepté Appenzell y étaient venus pour accommoder les parties ; qu'ils avaient d*abord ordonné pour préliminaire une trêve de quinze jours , et demandé aux parties qo*on leur laissât le pouvoir de travailler à ajuster leur différa rend. Que les réformés les prièrent de leur faire justice avec impartialité, et demandèrent qu'on leur donnât pleine liberté de conscience; ce qui leur fut d a^rd re^ fusé par les cinq cantons et par les Yalaisans. Que les. députés ayant encore proposé aux réformes de les laisser prononcer au sujet du soulèvement dont ils étaient pourtant innocens, et de se soumettre à leur châtiment avec cette réserve, que ce serait sans préjudice de la liberté de conscience qu'ils demandaient, ils déclarèrent enfin que pour éviter une effusion de sang ils voulaient bien donner quelque argent, mais sous l'expresse réserve qu'on leur donnât ensuite satisfaction sur la religion. Que là-dessus huit d'entr'eux furent exclus de la pacification , et les autres , condamnés à une ameâdo de c}eux mille florins de tlhin ; qu'il fut ordonné à l'égard des réformés, originaires delà ville, qu'ils pouvaient revenir chez eux sans craindre aucune violence pour la rc-

ISS aOLBVAB. RBtATIOR DBS EirOBtfiS.

Ugionf mais qae dix -sept autres qui n'étâienl pas originaires Saisses devaient sortir da pays dans un mois. Que ce règlement avait été violé dans. tous ses points, en ce que premièrement, peu de temps après, on avait chassé trente-quatre ministres et établi à leur place et a main armée des prêtres qu'on avait feit venir d'Alsace et du Brisgau. Que ce règlement ayant été rapporté à ceux qui étaient à Wicdiisbach cl aux huit qui avaient été exclus de la paix, en les assurant que les Bernois né* gocieraient avec la ville de Soleorç a la fin de novembre tant pour ces huit que pour TaSaire de la religion , lorsque les Bernois voulurent exécuter cet article dont on leur avait remis le soin , ils n'avaient point été écoutés. Que la-dessus les réformés s'établirent à Buren et que, comme la trêve d'une année que quelques cantons avaient établie n'avait produit aucun adoucissement, ils avaient déclaré une inimitié ouverte, non a leur patrie, mais a quelques particuliers de Soleure qui avaient été cause de la violation des traités qu'on avait faits avec eux , comme a leurs injustes persécuteurs ; ensuite de quoi eux ( les réformés) avaient éié déclarés par le grand conseil de Soleure ennemis de la patrie et proscrits; si bien qu'on avait mis leur tête à prix et promis cent florins de Rhin pour chacune, avec déclaration expresse qu'on ne leur répondrait que devant les cantons. ' »

Comme l'examen de ces troubles et des suites qu^Is eurent , rouie principalement sur cette question : qui sont ceux qui ont été les aggresseors et qui ont comploté d'égorger leurs adversaires!^ cl que comme on vient de le voir les deux partis s'accusèrent réciproquement d'un tel complot, je laisse volonfiers a juger aux

*• HoUiBin ces. 666. 6C7.!

MA&aATIOR DB STBTTLBft. 153

lecteurs imparliaux , de quel côlë a élo la violence et rinfraciion des loix et des traités. Je ne dirai qu'un mot là dessus. Si l'on en veut juger par l'esprit violent et meurtrier qui règne dans l'élise romaine^ et par les massacres que les catholiques .ont fait end^autres pays comme *celui de la S. Barthélemi, en JPrance, l'an 1572, celui de la Valteline^ l'an 1620, celui dlrlande, l'an 1641 , où il y eut plus de cent-mille prolestans massacrés; enfin celui des Vallées de Piémont, en 1655, on ne pourra pas nier que la présomption ne *soit très-forle en faveur des réformés deSoleure, et contre les catholiques. Au m'oins on ne peut rien reprocher de semblable au parti réformé.

Afin de mettre mieux les lecteurs au fait sur cette affaire j'ajouterai ici, par voie de supplément, ce que Stettler historien Bernois en dit et ce que j'ai trouvé dans les mémoires que j'ai tirés de Berne. Voici comme Stettler en parle. ^

» Apres que ceux de Soleure eurent ôté aux réformés la liberté de conscience, quoique des 44 paroisses du canton, il y en eut 34 qui eussent embrassé la réformation, avec permission de leurs magistrats; cependant les personnes les plus puissantes de l'état portèrent les choses si loin, que ceux qui étaient résolus de demeurer dans la religion réformée furent obligés de se soumettre, vivantdans l'inquiétude et laissant leurs adversaires gouverner à leur gré. ](tai^ comme quelques-uns de ceux qui n'étaient pas de la religion romaine étaient des personnes déconsidération et d'un rang distingué, et qu'ils n'étaient pas des moindres du conseil, ils ne se trouvèrent pas d'humeur à se laisser opprimer, la chose en

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