‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 3)Chapitre 12 sur 98 · SO&BQ&B. MA&RATION · texte numérisé non relu

SO&BQ&B. MA&RATION

Tint k une telle aigreur , qu'âpre s'élre long-temps querellés j' il s'éleva de grands troubles tant dans la ville que dans le canton. Car le 30 octobre^ quelques I^ourgeois prirent les armes de nuit et quelques-uns de ceux de la campagne en firent autant. Les deux partis s^approchèrent l'un de l'autre ; et quoi qu'on apaisit ce tAmulte^ cependant le plus petit nombre fut obligé de céder au plus grand sans qu'il se donnât pourtant un seul coup d'épée. Les réformés se retirèrent dans le faubourgs et abattirent le pont après eux. Ceux de Soleure donnèrent avis de ce tumulte fort au long^ non-seulement à leurs alliés de Berne , mais aussi à leur baillif de Landshôut^ Caspar Kouttler : sur quoi l'on envoya de Berne deux députationsy dont la première était composée de l'ancien avoyer d'Erlacb^ et du thrcsorier Tillman avec 4 autres personnes, et la seconde, de Pierre de Werd, Crispin Fischer et du baillif de Landshout, qu'on vient de nommer, pour tâcher de mettre la paix entre les parties. »

J'ajouterai que les seigneurs de Berne donnèrent ordre (le 2 novembre) à leurs premiers députés d'ex* . horter les deux partis à ne point user de violence les uns contre les autres, mais à laisser à chacun liberté de conscience; et leur remontrer le tort qu'ils avaient d'en venir aux mains, contre la promesse qui avait été faite à ^ leur députés quelque temps auparavant, puisqu'une personne même avait élé tuée dans le faubourg. '

Stettler continue en ces termes. ^ a Comme on obtînt peu de chose, à cause de la grande animosité des partics; ceux qui s'étaient campés dans le faubourg, en sortirent en bon ordre sous la conduite de deux capi-

* Ms. Amp. Itistr. 3i7.

* Page 61 . a b.

DE STBTTLER. 155

tainCB^ Jean Roggenbach ' deSoleure^ ei Ulrich Glaser du village d'Ansingen y sans drapeaux , ni tambours ni fifre, et s'arrêtèrent dans une prairie devant Wietlisbach, » Sur cette démarche des réformes de Solcure, l'historien fait une réflexion, qui me paratt fort juste. ' Ils ne firent pas grande attention à une conférence qu'on avait ordonnée pour eux. Ils quittèrent leur poste avantageux et se campèrcnt-là, ( devant Wiedlisbach ) avec un nombre assez considérable de peuple de .la campagne , qui se joignit à eux. Ainsi ils donnèrent au. plus grand nombre de la bourgeoisie (c'est-à-dire aux catholiques) la facilité entière de régler tout a leur gré. » En effet ici encore comme en d'autres occasions , on a vu la vérité de la maxime , qui quitte la partie la perd. Si les réformés de Soleure s'étaient tenus bien unis dans le faubourg de la ville et qu'ils ne se fussent point séparés, que tout n'eût été réglé, ils auraient pu se soutenir contre leurs ennemis , qui furent enhardis de plus en plus par leur retraite. Je reviens à Stetller. « Sur ces entrefaites, dit-il, tous les cantons, à la réserve d'Appenzell , envoyèrent des dppulés à Soleure , qui firent un projet do pacification pour es&ayer d'accommoder les parties , et entendirent les raisons des uns et des autres. Mais comme malgré les instantes sollicitations des Bernois, on ne pouvait guère procurer de soulagement a la plus foiblc partie, et qu'il courait plusieurs bruits étranges d'un certain secours qui devait venir au parti le plus fort, il parut aux députés des cantons médiateurs que, pour prévenir une guerre civile, sans toucher à la religion, le moyen le plus sûr était une sentence impartiale. Mais ils ne purent Toblenir , qu'à

' On prononce Rockebach.

156 SOtXORB.

condition que les reformés reqôanotlraient en quelque sorte leur faute et se soumettraient au châtiment. Quelques-uns de leurs meilleurs amis leur conseillèrent et les exhorlèrent à obéir ^ sans préjudice pourtant de leur religion. Plusieurs de leurs plus grands ennemis élaient leurs juges. Ainsi la sentence ne pouvait pas être favorable au parti le plus faible.

« Or, entr'aulres articles^ il fut réglé : Que les bourgeois de Soleure qui étaient sortis^ de la ville, paieraient, pour punition de leur fausse démarche, 2,000 florins dQ RÛn avec la réserve que huit personnes , savoir Jean Houg, ancien banderet, Urse Slark, trésorier, Jean Henri Winkeli , Urse Durr , Jean et Rodolphe Roggenbach, Henri Von Arx, et Jean Houbler seraient exclus de cet accommodement. Item, que dix-sept personnes qui n'étaient pas nées Suisses, sortiraient de la ville et du canton avec leurs femmes, leurs enfans et leurs biens, dans l'espace d'un mois. Que cependant les gens du canton pourraient s'en retourner chez eux sans aucun châtiment; et que par rapport à la conscience ils pourraient vivre en sûreté et en liberté. Ainsi finit cette fâcheuse affaire; et dès -là on ne parla plus guères de la religion réformée à Soleure. »

Comme la narration de cet auteur est un peu sèche , et qu'il coule légèrement sur des articles importans, j'y suppléerai par ce qui suit : Lorsque tons les cantons envoyèrent des députés à Soleure à la réserve de celui d'Appenzen , les cinq cantons zélés et Fribourg ne se contentèrent pas d'y envoyer les leurs, mais de plus ils prirejDt les armes disant pour prétexté que les Bernois voulaient soutenir aussi par les armes les réformés de Soleure, a quoi les Bernois ne pensaient nullement, comme on le va voir tout a l'heure. Ceux-ci chargèrent

HÉOOaATlORS DBS OàHTOllS. 157

leurs dépalés^ le vendredi 7 novembre, de conférer particulièremenl avec ceux des cinq cantons, de les assurer : « Que Berne ne voulait point employer les armes et ne chercherait jamais que les voies de la douceur et de la justice; enfin de les engager avec les autres arbitres, à faire que ces troubles fussent apaisés et qu'on remit en vigueur les édits et les arrêts; et^que si on ne pouvait pas Tobtenir de ceux de Soleure^ qu'au moins on donnât aux réformés une église près de la ville et un ministre.'»

Dans l'assemblée des députés des cantons , les réformés tant de la ville que du pays qui s'étaient retirés sur les terres de Berne, demandèrent qu'on les laissât en pai* sible possession de la liberté de religion qui Içur était acquise par les traités et par les édits. Mais les catholiques de Soleure , qui étaient désormais les maîtres , répondirent qu'il fallait premièrement examiner Taifaire de la sédition et la terminer ; que quand cela serait fail, ils rendraient une réponse convenable au sujet de la reli« gion ; et pour mieux endormir Fes réformés , quelques conseillers de Soleure dirent en particulier aux députés de Zurich et de Berne, qu'on ne voulait faire violence à personne sur la religion ; et ils leur montrèrent même le serment qu'on faisait prêter aux bourgeois, qui ne contenait rien d'opposé à la religion réformée. ' '

Huit jours après, c'est-à-dire le 15 novembre, les députés de Berne eurent ordre de dire aux arbitres, députés des cantons , que Berne était d'avis que les séditieux fussent punis. Ils furent aussi chargés d'aller à Wiedlisbach vers les réformés de Soleure, 1^ leur conseiller de la part de LL. EE. de se soumettre au châti-

^ Ma. Amp. 139. Bern. Instr. 520.

* là. 157. ibid. 3A7.

ISS SOUORB.

ment^ lear laissant néanmoins là liberté de réserver lear religion ou non et de se séparer les uns des autres y ou de demeurer unis ; 2^ de leur déclarer nettement que les seigneurs de Berne, ne voulaient pas entreprendre une nouvelle guerre pour eux , afin de né pas s'exposer à entendre dire dans la suite qu'ils avaient eu du dessous dans une affaire de religion. *

Les réformés ayant suivi le conseil des seigneurside Berne et s'étant soumis à la punition qu'on voudrait leur infliger y les députés de Berne eurent ordre de travailler à pacifier les affaires de religion. Et comme on soupçonnait déjà que les cinq cantons ne s'en voudraient pas mêler I il leur fut ordonné de se joindre aux députés de Zurich^ Bâle, Claris^ Mulhouse^ St*Gal etBienne, et d'aller ensemble prier les députés des cinq cantons et de Fribourg de leur aider à faire la paix ; et au cas qu'ils le refusassent encore on devait leur dire : «c Qu'on voyait bien leur dessein ; qu'ils ne voulaient pas s'employer à faire cette paix parce qu'ils cherchaient à faire naître une nouvelle guerre de religion ; que pour cette cause ^ LL. EE. déclaraient qu'ils observeraient de leur côté l'alliance dé Soleure^ en tout ce qui intéresse la vie et les biens 9 et qu'ils ne permettraient à personne de passer eu armes par leurs terres. » Enfin ils eurent ordre de travailler de toutes leurs forces a procurer aux réformés la même liberté de conscience qu'ils avaient eue avant les troubles ; et de leur conseiller de prier leurs seigneurs de remettre le jugement de cette affaire à des juges impartiaux^ en leur proposant l'exemple des sei^ gneurs de Berne qui, cinq ans auparavant, dans les troubles du Hasie et dans la rébellion de leurs monta-

* Ms. Amp. 133.

SOLBURB. 159

gnards^ avaient consenti de se laisser juger par leurs propres sujets. *

Les députés des cantons^ assemblés à Wiedlisbach^ proposèrent aux parties un accommodement consistant en deux articles : 1^ Qu'on n'inquiclerait aucun parti pour cause de religion. 2^ Que les étrangers reformés pourraient s'en retourner dans leur pays sans payer ni rançon ni amende^ et que les bourgeois qui s'étaient soumis à l^amende pourraient librement retourner chez eux à la réserve de huit , entre lesquels était le banderet Hong. ' Après quoi les députés des cantons, pour ne pas s'arrêter trop long- temps à l'examen d'une affaire qui pourrait dire d'une longue discussion ^ remirent le soin aux Bernois de négocier avec Soleure pour l'affaire des huit exclus et pour celle de la religion. Ceux de Soleure acceptèrent tout cela , promettant de s'y conformer, et les cinq cantons ne s'y opposèrent point. ^

Les Bernois s'aquitlèrent incessamment de la négociation dont on les avait chargés. Ils s'y employèrent avec beaucoup de peine et de dépense, mais sans succès. ^ Car d'abord^ les magistrats de Soleure marquèrent une journée aux Bernois, au Commencement de décembre, pour régler l'affaire des huit bourgeois exclus, sans faire aucune mention de celle de la religion. Les Bernois en furent fort surpris^ car disaient-ils, dans toute la négociation on a toujours réservé la religion , et il a toujours été dit qu'on ne ferait violence k personne pour cause de religion. Et puisque le châtiment a été

* Ms. Amp. ibid. et Bern. Instr. ^5.

' Ms. Amp. 156.

' Bern. Instr. 3S5.

* U, hffj, Ms. Amp. \hk.

160 flOLBUBS. ZUAICB.

infligé aux Teformés, el qa'ik Tonl subi; qa^ainsi tout étant terminé^ à la réserve de ce qui regarde les huftper. sonnes el la religion, on doit les finir toutes deux selon l'arrêt des cantons et la promesse de messieurs de Soleure. Us envoyèrent dont des députés à Soleure , le 7 décembre^ avec ordre de négocier pour ces deux affaires , en commençant par la première, mais en sorte que Tune ne se finit pas sans Tautre : et en cas de refus de la part de messieurs de Soleure , ils furent chargées do leur dire ^ que cela était contre l'arrêt des cantons et contre leur promesse^ et qu'on n'aurait pas attendu cela d'eux. Enfin ils devaient se retirer, après leur avoir demandé la punition de quelques sujets de Soleure j qui injdriaient ceux de Berne à cause de leur religion, et les appelaient hérétiques. Les magistrats de Soleure refusèrent tout et ne voulurent plus se souvenir de leurs promesses. C'est pourquoi les Bernois recoururent (le 27 décembre ) aux autres cantons, pour obtenir d^eux qu'on leur fit justice, et que le conseil de Soleure satisfit à l'arrêt de leurs députés. '

ym. Parmi ces troubles de la Suissse, le pape Clément Vil croyant l'occasion favorable, fit de nouveaux efforts par le ministère de son nonce Ennius pour y raffermir son autorité. Il fit solliciter les Zuricois à rentrer dans le sein de l'église romaine, en leur promettant s'ils le faisaient, de leur payer les diverses sommes que la cour de Rome leur devait depuis long-temps. C'est-àdire donc que, suivant la théologie du pape, une somme due. légitimement à une. personne ou à un état, n'est plus due ^ dès que cette personne ou cet état ne pense plus comme lui sur la religion ! Voilà une théologie

* Ms. Amp. 153. Bern. Instr. 5S5.

; ZVRICB. CANTONS AVBC LB VALAIS. 161

bien commode ! On peut acqaiticr ses déliés à peu de frais! Je m^élonne que certaines puissances de l'Europe, qui doivent de grosses sommes aux cantons réformés » ne se soient pas encore avisés de celle méthode abr^ gée , pour s'acquitter auprès d'eux ! Les Zuricoâs rejetèrent avec indignation la proposition du pape ^ de son nonce. Ils lui auraient dit volontiers^ comme S. Kerre à Sfmon le magicien : Que ton argent périsse avec toi. ' Hais les cantons catholiques ^ gagnés par le pape, savoir, Uri, Schwiiz^ Undervrald, Zoug et Friboorg, firent avec lui une alliance étroite et particulière. Les seigneurs de Zurich s'opposèrent à cette alliance, et prétendirent, que comme les cantons catholiques avui^nt stipulé dans le dernier traité de paix, que les reformés renonceraient aux alliances étrangères qu'ifs avaient faites avec des puissances protestantes, il était juste qu'ils renonçassent aussi à celle-là, comme étant contraire a leurs traités mutuels. La chose était d'autant plus plausible) que Zurich vehajt de refuser tout récemment d'entrer dans une alliance contre le pape, et contre d'autres puissances, proposée par des partisans de la France. Mais parler a des catholiques contre les intérêts du chef de leur religion , c'est prendre de gaieté de cœur une peine inutile. Non-seulement les catholiques rejetèrent la proposition des Zuri* cois ; mais dans le dessein d'enraciner , d'affermir et d'éterniser ,^ s'il leur était possible , la religion romaine dans le LL. corps helvétique, ils firent bientôt après une alliance particulière avec Tévéque et l'état du Valais , dont le principal but élait.de se maintenir réciproque*ment dans leur religion , envers et contre tous. ' Cette

* Acl. VIII. V. 20.

* Houing. 675.

162 Fin DB l'AILUKCB DB BB&NB AVBG BB5A1IÇ0K.

alliance iv'etail pas absolument nouvelle. Trois cantons, Lucerne , Uri et Undervrald, étaient déjà liés par un ancien traité de coinbourgeoisie avec cinq dizains du Valais^ ^ Gambs, Brig, Visp, Sion et Siders. Hais elle fut nouvelle V. en ce que tous les cantons catholiques y entrèrent savoir , Schwitz , Zoug , Fribourg et Soleure, avec les 3 préccdens , et qu'ils le contractèrent avec révéque et tout Tétat de Valais, composé de 7 dizains ; dont les deux qui y entrèrent alors sont Leucket Baren. 2^. Elle était nouvelle encore en ce qu'elle avait pour but principal la religion. Bile fut signée le mercredi 17 décembre 153 S et renouvelée au bout de 45 ans, l'an 1578 le lundi 9 juin. '

D'autre côté les Bernois finirent leur alliance avec la ville de Besançon. Cette capitale delà Franche-Comté avait fait (l'an 1518) un traité d'alliance et de combourgeoisie avec les villes de Berne » de Fribourg et de Soleure, pour l'espace de 15 ans. Quand les 15 ans furent écoulés, le vendredi 12 décembre 1533^ les villes de Berne et de Besançon déclarèrent que leur alliance était finie. ^ Une pareille alliance était parfaitement inutile aux Bernois, surtout depuis le changement arrivé dans .la religion , et ne pouvait que leur être à charge. Ainsi ils furent bien aises de s'en voir débarrassés. Mais dans le même temps qu'ils se détachèrent de Talliance d'une ville étrangère et catholique , ils serrèrent plus* étroitement les nœuds qui les attachaient à

* On-nomme ainsi en français et Zehnden en allemand, les sept parties ou cpiartiers de pays, qui composent la république du Haut-Valais.

* Hottîng. I. c. Waidkirch II. p. 379. ' Bern. Inslr. 1. 139. b.

M0UVBHXH8 DSS BBaHOIS KT DES T&IBOU&GEOlS. 165

une ville heWéliqoe et réformée, je veux direàBftIe. Par un traité conclu le 3 novembre , Berne et Bâie se promirent un secours mutuel , au cas qu'on les attaquât Tune ou l'autre. '

Dans ce temps-là les cantons réformés furent dans une grande inquiétude à cause des pratiques sourdes des cantons cathoUques et de leurs alliances, soit avec le pape, soit avec les Valaisans. Les Bernois en particulier prirent des mesures pour leur défense, se donnèrent quelques mouvemens et firent divers préparatifs de guerre, toqt comme s'ils eussent été à la veille de se voir attaqués par quelque ennemi. Les Fribourgeois en pri* rent ombrage. Ils armèrent de leur côté, demandèrent du secours aux Lausannois , * et envoyèrent une dépu-* tation à Berne pour s*informer de la chose et en faire des remontrances aux Bernois.

La lettre des seigneurs de Fribourg fut portée à Lai^ sanne le vendredi après la Tous-Saints^ 7 novembre, et lue dans le conseil des Soixante. Ces seigneurs y di« Baient avoir appris qu'on voulait les attaquer; en conséquence de quoi ils priaient leurs alliés de Lausanne de leur envoyer un secours de cent arquebusiers.

Les Lausannois soupçonnèrent que les seigneurs de Fribourg voulaient faire la guerre a l'état de Berno^ et résolus de né point se déclarer si le cas arrivait , ils con^ durent qu'on n'enrôlerait point ce nombre de soldats , jusqu'à ce qu'on sût quel était l'ennemi contre qui Messieurs de Fribourg voulaient les employer. ^

Six semaines se passèrent sans qu'on eût à Lausanne

' Bem. Instr. 519.

* Mac. de Laus. 397. b.

' là. 395. b.

iSn BERNE.

aucune nouvelle de Fribourg. Enfin le vendredi 19 dé* cembre , le conseil reçut une lellre de Messieurs de Fribourg, qui demandaient celte compagnie de cent hommes^ sans faire aucune mention des ennemis qu'ils avaient en vue. Ce silence affecté parut suspect aux Lausannois. Pour s'éclaircir sur ce sujet ils envoyèrent des députés à Fribourg, pour s'informer du nom et de la qualité des ennemis contre qui on voulait employer leurs soldats. ' Les registres ne nous apprennent point quel fut le succès de celte dépu talion. Mais la auite de l'histoire le fait assez connaître, Comme personne n'attaqua Fribourg , le conseil de Lausanne n'eut pas besoin' de lui envoyer du secours.

En effets les seigneurs de Berne ayant entendu les remontrances des députés de Fribourg, leur répondirent,. le dimanche 4 janvier 1534 : «c Qu'on leur faisait tort de leur attribuer quelque mauvais dessein ; qu'il était bien vrai que^ se voyant menacés de tous côtés, ils avaient averti tous leurs sujets de se tenir sur leurs gardes pour être préts^à se défendre ; mais que du reste ils n'inquiéteraient jamais personne , ni pour cause de religion , ni pour aucun autre sujet, ne demandant rien sinon qu'on les laissât en paix ; qu'ainsi leurs alliés de Fribourg n'avaient rien à craindre de leur part. > Ils se plaignirent, de leur côté, de ce que les Fribourgeois avaient fait une alliance particulière avec les cinq cantons et les Valaisans , et leur remontrèrent que cela élait contre les conditions de leur ancienne combourgeoisie ; que d'ailleurs une telle alliance était superflue, puisqu'ils étaient résolus de ne les inquiéter jamais sur leur religion. *

*■ Ms. Laus. 599.

' Bern. Inslr.'336.

SOLBURS. H. WINKSfcl. I6S»

NoaobstanI ces représentations des seigneurs de Berne, ceux de Fribourg persévérèrent dans leur défiance; et soit par ce principe, peut-être aussi par sim* pie zèle de religion , ils se lièrent d'une façon particulière (Tan 1534) avec les cinq cantons, par une alliance nouvelle et plus étroite que jamais^ sous le nom de cona* bourgeoisie, ' Ceux de Soleure y entrèrent aussi; et, encouragés par cette alliance , ils chassèrent les réformés de leur ville.

Berchtold Haller écrivit dans ce temps-là à Bullinger, le 30 décembre : « Cinquante personnes sont sorties de Soleure, entre lesquelles est M. Henri Winkeli, fort honnête homme, parent de Léon de Juda. Il n'avait point eu de part à ces troubles ; cependant, pour éviter la persécution , il s'est retiré d'abord a Berne et ensuite a Bâie, et se voit réduit dans sa vieillesse a la triste si* luation d'un exilé. » H avait été baillif à Dornek, Tan 1518. Haller lui écrivit encore que les réformés qui étaient restés dans la ville étaient traités fort indignement. Bullinger avait beaucoup de considération pour ce baillif Winkeli. A sa prière il composa un petit traité. Tan 1 537 , ou il montre quelle est l'ancienne religion , afin de fortifier ceux qui en font profession , en leur faisant voir qu^elle est la même que celle que tous les an-^ ciens fidèles et les saints ont eue dès la création du monde , et pour servir aussi d'avertissement à tous ceux qui la persécutent. Il dédia ce petit livre à Winkeli. *

Mais pour reprendre le fil de ma narration , la démarche des seigneurs de Berne parut ramener ceux de So*^

* fiern. Inslr. 373.

' HoUiog. 6C7.

166 coNriaBHCB des &ipo&iiis a bsrmb.

leure. Ils consentirent enfin à traiter de raffaire de la religion, aussi bien que de celle des huit bour^fgeois exclus. Ainsi les Bernois envoyèrent des députés à Soleure, le 5 janvier 1634, pour terminer ces deux affaires. Ils furent charges , enlr'aulres choses, d'exhor- ^er ceux de Soleure à laisser en paix les réformés qui s'étaient retirés dans les terres où Berne avait la haute justice, et à ne les point inquiéter pour les obliger d'aller à là messe. * Ces députés allèrent à Soleure. On s'assembla. On entendit les accusations que les catholiques portaient contre ces huit personnes. On écoula aussi leur apologie. Les députés de Berne firent tous leurs efforts pour y mettre la paix, mais sans succès. Les seigneurs de Berne ayant ouï le rapport de la négociation infructueuse de leurs députés^ convoquèrent dans leur ville , pour le 24 février ^ une conférence de tous les cantons et états réformés de la Suisse ^ Zurich, Bâle, Schaffhouse , St-Gal! , Mulhouse et Bienne. Les députés de tous ces états, ayant ouï le rapport des seigneurs de Berne , les soins qu'ils avaient pris pour la pacification de cette affaire et le peu de succès de ces soins ; ils résolurent d'aller tous ensemble a Soleure pour faire un dernier effort auprès de ces gens- la. « Ils leur représentèrent ce qui s'était passé dans la première conférence des députés des cantons, comme on l'a rapporté ci-dessus , et les assurances favorables que ces Messieurs avaient données aux. députés de Zurich et de Borne à regard de leurs concitoyens réformés. Ils leur mirent devant les yeux leur propre serment de bourgeoisie, qui n'exigeait rien des réformés qui fût contraire a leur

' Ms. Aœp. 166. Bern. Instr. 857.

SO&BURB. i67

religion . Ib les fireDi souvenir , que dans toutes les conférences^ il avait été toujours réservé qu'il ne sérail fait ^ aucun tort ni violence à aucun des deux partis pour cause de religion ; que leurs concitoyens réformés^ qui étaient ensembles à Wiedlisbach^ comptant sur cette promesse^ avaient renoncé volontairement à la trêve ordonnée par les arbitres^ et que pour avoir la paix, ils s'étaient soumis a la peine qu'cHi voudrait leur infliger ; que là-dessus ils s'étaient séparés ; ce qu'ils n'auraient pas fait, s*ik avaient su qu'on voulût, contre la foi donaée^ tes inquiéter sur leur religion; mais qu'ils se seraient toujours tenus étroitement unis, jusqu'à ce qu'ils en eussent ou une bonne assurance; que les députés 'de Berne, agissant au nom et de la part de tous les cantons, selon la commission qu ils en avaient eue, n'avaient pas voulu traiter de Taffaire des huit bourgeois , qu'on ne leur promit de les laisser négocier aussi pour l'affaire de la religion, ce qu'ils avaient enfin obtenu avec peine» après bien des instances ; et qu'après avoir terminé la première affaire, ils n'avaient rien pu obtenir pour la seconde. Us leur représentèrent, que par une telle conduite Messieurs de Soleure faisaient affront, non-seule^ ment à leurs alliés de Berne^ mais aussi à tous les can* tons et états de la Suisse qui leur avaient remis le soin de cette négociation, puis qu'après tant de promesses solennelles, ils voulaient se rétracter. Ils finiréni en les conjurant^ au nom de tous^ de leur permettre de traiter avec eux pour f affaire de la religion ,. foute de quoi on ferait honte à ceux de cette régence > qui leur avaient fait ces promesses ; et enfin de laisser les réformés dans la paisible possession de ce qui leur était acquis par les édils et les traités précédons^ ou du moins dans Tétat où

168 SOLBURS.

ib ëlaieni avani le soalëTement. » Hais toas les soins de ces bons pacificateurs furent innliles. *

n y eut encore une nouvelle assemblée, ou les cantons de Glaris, de Fribourg et d*Appenzell, se joignirent à ceux de Zurich et de Berne , pour leur aider à finir cette aflEaire. Les Bernois ordonnèrent à leurs députés de consulter ceux des autres cantons et des yilles alliées^ qui étaient entrés dans cette affaire ; et de leur déclarer, que « LIi. EB. ne pouvaient pas^ en bonne conscience, abandonner cette aflEetire ; que s'ils le faisaient ^ ils ne pourraient pas s'en laver devant Diea ni devant les hommes, v fflais cette nouvelle assemblée fut aussi inutile que la précédente, tant Messieurs de Soleure étaient fixes à ne vouloir observer ni traité, ni promesse ; sur quoi ceux qui étaient ensemble àWicdIisbach se dispersèrent. D arriva de cela, qu^on reprochait aux Bernois et aox autres cantons, d'avoir beaucoup promis à ces pauvres gens de Soleure, mais qu'on ne leur avait rien tenu.. Les magistrats ayant chassé tous les ministres, contraignirent leurs bourgeois d'aller à la messe, et emprisonnèrent quelques personnes du canton; de sorte que non-seulement les huit personnes , mais aussi plusieurs autres furent obligées de quitter Soleure. *

Stettler finit son récit des troubles de Soleure, sur l'année 1<534, en ces termes ^ : ce On eut encore de l'embarras à Soleure, à cause des huit bourgeois.qui avaient été exclus ; car quoique les quatre premiers, le banderet Houg, le trésorier Stark, J. Henri Winkeli, et Urse Durr, eussent fait leur paix avec la ville de Soleure, les

* Ma. Amp. 137. Bern. lostr. 3it7.

' ta. tu. Ibid. 407 et ieq.

' 65. b. et G6. a.

SOLBURB.

quatre autres n'eureni point de part a celte pacification. On fit divers essais et diverses négociations à leur sujet, tant à Bade, qu'à Buren et en d'autres lieux, mais inutilement* Ils se lamentaient de la perle de leur liberté de religion, et ne voulaient point se laisser conduire, non plus que les autres qui étaient eitclus. L'emporte* ment de leur zèle causa beaucoup d'incommodité à la ville de Berne, qui ne voulait' pas entrer en inimitié pour l^afnour d'eux, avec ses bons et fidèles alliés de Soleure. Il survint encore quelque difficulté au sujet de Kriegstetten, de sorte que, pendant toute cette année, les deux villes furent dans l'embarras. »

Je ne sais par quelle raison l'historien Stetller n'a pas ▼oalu parler plus clairement. Voici le commentaire de sa narration. Avant la fête de pâques , il se trouva quel* ques réformés à Soleure , qui déclarèrent qu'ils aimeraient.mieux mourir que d'aller a la messe. On ne les fit pas mourir. Mais autant valait-il, puisqu'on leur inter> disit tout commerce. '

Quelques réfugiés de Soleure, habitués à Buren, indignés contre quelques-uns de leurs concitoyens^ qui les traitaient de traîtres et d'hérétiques, leur déclarèrent la guerre en forme , et usèrent contre eux de voies de fait. Cela fit grand bruit. Messieurs de Soleure demandèrent que ces gens-là fussent cités à Bade, devant la diète des cantons. Mais eux répondirent, qu'ils comparaîtraient devant les soigneurs de Berne sous la pro* tection desquels ils s'étaient mis, avec offre de mourir SUT le champ s*ils étaient coupables. Les seigneurs de Berne approuvèrent cette réponse, ne voulant pas perdre les droits de leur jurisdiction et même de leur sou-

' HoUing. 667.

170 SOLBURB. JUPFAI&B

verainelé, qai paraissaient blessés par la demande de ceux de Soleure ; ei ils offrirent de faire droit à ceux qui le leur demanderaient. Mais en même temps ils n'approuvèrent point la conduite des réfugies de Soleure, comme en effet elle n'élait nullement OYangélique, et ib leur firent dire, de s'abstenir de toute violence et de voies de fait, qu'autrement ils ne tes protégeraient plus, et donnèrent avis de cette résolution aux six autres cantons arbitres. Mais comme les cinq cantbns zélés et celui de Soleure qu'ils animaient, ne voulurent pas se contenter de cela et menacèrent même les Bernois de leur faire la guerre , usant de divers discours également insolens et grossiers, que la gravité de l'histoire ne me perçiei pas de rapporter; ces seigneurs crurent devoir prendre des mesures pour leur sûreté, en cas d'attaque. Ils envoyèrent donc des députés par tout leur canton, le 19 septembre, pour instruire leurs sujets de la vérilé, et leur faire connatlre la justice de leur conduite, afin de s'assurer de leur affection et de leur fidélité. ^ C'est des instructions qui furent données a ces députés que j'ai tiré tout ce qu'on vient de voir.

Pour ce qui regarde l'affaire de Kriegstetten, dont parle -Stettler, voici ce que c'est : On se préparait dans ce village à célébrer la fête de la dédicace de son église, le premier dimanche' de septembre , qui était alors le sixième du mois dédié à St Magnus. Un grand nombre de bourgeois de Soleure avaient résolu d'y aller, et d'y faire dire une messe à force ouverte. Les Bernois, après avoir vu l'opiniâtreté des gens de Soleure contre la réformation, avaient révoqué la permission qu'ils leur avaient accordée, d'avoir un prêtre à Kriegstetten. Lors

' Ms. Amp. el Bern. Inslr. 1. c.

DB KRIB6STBTTBN. 171

qu'ils apprirent lear dessein^ îb ëcri virent aux magistrats de Soleare qu'ils ne le permettraient jamais. Et d'abord ils mirent des troupes sur pied^ et les log^ërent le long des frontières pour voir ce qui se passerait^ et être en état de s'y opposer. Le conseil de So? leure leur répondit^ qu'il y mettrait ordre lui-même; et pour le coup il tint parole^ Tavoyer défendit d'aller à Kriegstetten à cette dédicace ; ce que les Bernois ayant appris^ ils congédièrent leurs troupes. Cependant cette levée de boucliers fit de l'éclat dans la Suisse^ et d'abord cinq cantons, Zurich, Claris, Fribourg^ Schaffhouse et Appetizelly envoyèrent des députes a Berne pour paciGer cette affaire. Les Bernois rendirent raison de leur conduite a ces députés , et en même temps ils se plaignirent de leurs alliés do Soleure^ en rappelant tout ce qui s'était passe entre eux depuis le commencement de ces troubles. ^

J'ai cru devoir rapporter ici tout de suite ce qui regarde ces troubles de Soleure, pour n'en pas faire a deux fois. J'ai voulu aussi rapporter un peu au long tout ce que j'en ai découvert, pour faire voir que dans cette rencontre on avait tout-à-fait tort àfi blâmer les Bernois. Us se virent dans cette occasion exposés fiux reproches des deux partis. Les catholiques trouvaient qu'ils 8*y portaient avec trop de chaleur pour les réformés. Les réfugiés de Soleure ou leurs partisans trouvaient qu'on ne les avait pas soutenus assez fortement, et auraient voulu que Berne eût d'abord pris les armes et déèlaré la guerre à Soleure, pour l'amour d'eux. Mais c'était sans raison ; car les seigneurs de Berne ne trouvèrent pas à propos d'exposer leur état aux suites périlleuses d'une

* M. Amp. 141. Bcrn. Inslr. 399.

I7S GBKBVB.

guerre pour cette querelle, après avoir éprouvé que les guerres de religion ne sont pas toujours favorables à la bonne cause. Ils firent tout ce qu'ils purent, et tout ce qu'on pouvait légitimement exiger d'eux. Au reste ces troubles de Soleure ne furent apaisés qu'en l'année 1536, comme nous le verrons dans la suite.

IX. Si la réformation perdit à Soleure , elle gagna du côté de Genève ; et à mesure qu'elle s'éteignait dans la première de ces villes, elle s'avançait dans la seconde. II semblait que le Seigneur voulût faire voir dans ces deux villes, et dans le même temg^^ que sans sa bénédiction tous les moyens humains sont inutiles ; et que quand il lui plaît, il peut opérer les plus grandes merveilles sans le secours des hommes. En effet, la réformation paraissait établie à Soleure sur des fondemens assez solides , pour y devoir durer à perpétuité. Car qu'y a-t-il parmi les hommes, sur quoi l'on doive mieux compter, que sur les traités et les arrêts des magistrats souverains? Cependant la réformation y fut éteinte au bout d'un an ou deux, malgré les efforts des réformés. A Genève, au contraire , Içs apparences n'étaient rien moins que favorables à la réformation : le clergé y était puissant et fort bigot, et l'ignorance fort grande. L'évéque, Pierre de la Baume^ qui dans la suite fut cardinal, y avait un puissant parti. Il était d'ailleurs prince de cette ville, dignité qui lui donnait un grand pouvoir. Les mœurs des Genevois étaient fort corrompues; ce qui n'était pas un merveilleux acheminement à la réformation , commb on a vu ci-dessus, que Bonivard le leur reprochait. ^ Us étaient perpétuellement harcelés par le duc de Savoie, ce qui semblait devoir les éloigner de penser a ioute autre

* Tom. II. Liv. V. p.281.

6B1IBVB. LE CLUlGi S't.&XHD ODIBUX. 173

chose qu'à h consenration de leur liberté. Ce prince d'ailleurs clait puissant ^ appuyé par le pape Clément VII qui était son ami , et par le roi de France qui était son neveu, fils de sa sœur Loqise. Genève était éloignée de tous les états réformés, entourée de tout côté des sujets du duc, qui étaient non-seulement ennemis de cettç ville, mais de plus souverainement ignorans et supertitieux. Enfin, si d'un côté les Bernois, leurs alliés, les sollicitaient à permettre la prédication de la doctrine évangélique, les Fribourgeois , d'un autre côté, s'y opposaient avec une véhémence sans égale , jusqu'à les menacer de rompre ralliance qu'ils avaient avec eux, au cas qu'ils s'éloignassent le moins du monde de la religion romaine, au lieu que les Bernois n'employèrent jamais de semblables moyens pour introduire la réformation. Nonobstant toutes ces difficultés, le Seigneur y fit son œuvre. H faut voir par quels degrés.

n faut d'abord savoir que , dès Tan 1531 , le clergé se rendit fort odieux aux Genevois , parce que dans les embarras ou ils se trouvèrent, et par les dépenses excessives qu'ils furent obligés de soutenir^ tant pour fortifier leur ville, rebâtir les murailles et fermer le faubourg de St Gervais, que pour payer les sommes qu'ils devaient aux Bernois et aux Fribourgeois , dépenses qui étaient au-dessus de leurs forces; ils ne purent jamais obtenir de leurs ecclésiastiques qu'ils voulussent y contribuer d'un sol; et ces pauvres gens étaient alors tellement aveuglés par la superstition , qu'ils auraient cru commettre un sacrilège , s'ils avaient entrepris d'obliger leurs ecclésiastiques à se cottiser pour le bien public , comme ils auraient été en droit de le faire. De plus , par les divers endroits qu'on a vus dans les livres précédens, la doctrine évangélique avait fait peu-à-peu quelques

174 TUMULTB A L*OCCASION DB QOBtQVBS AmCBZS.

petits progrès à Genève , mais ce fat principalement i^an 1S32 qo elle y fit de l'éclat.

Au commencement de l'été , comme on parlait d'an jubilé que le pape devait bien-tôt publier, on trouva (le 9 juin)*en divers endroits de la ville ^ des placards imprimés qu'on y avait affichés pendant la nuit , sentant le luthéranisme comme on parlait alors. On y promet* tait un pardon général aux pécheurs , sans autre condition que celle d'une véritable repentance et d'une foi vive en Jésus-Christ. Le clergé en fit beaucoup de bruit. Il y eut même quelque émotion dans la ville à cette occasion, et quelques coups donqés; parce que les prêtres voulaient lesiirracher^ et les protestans voulaient les en empêcher. Entr'autres un chanoine, qui était bourgeois de Fribourg, nommé Pierre Wernli, * ayant trouvé un jeune Genevois, nommé Jean Goulas, qui avait affiché un de ces placards au pilier, devant leglise cathédrale de Saint Pierre , lui donna un soufflet et tira son épée pour l'en frapper ; car à Genevo les chanoines portaient l'épée tout comme les séculiers ; «tandis que Tépée spirituelle de la Parole de Dieu, était un meuble inconnu chez eux. Goulas tira aussi son épée pour se défendre et blessa le chanoine au bras. Il y eut aussi une batterie dans le Bourg do Four , à la même occasion, où deux hommes d'entre les partisans du clergé furent blessés. Le conseil de Fribourg fut indigné de cette insulte faite à la personne sacrée d'un chanoine leur bourgeois. Non contens d'écrire à Genève, ils y envoyèrent un député qni se plaignit des écrits qu'on avait affichés, et de la facilité qu'on faisait pâraî*

* Et noirTerly, ni Verlich, comme quelques Français et Allemands ont écrit.

GBHBYS. VAEBSi ST SACHISR. 17S

Ire pour les nouyelles opinions. On lui donna toute la satisfaction possible. On condamna Goolas^ à une grosse amende, en faveur du chanoine Wernli qu'il avait blessé ; et Ton répondit aux Fribourgeois , qu'on était dans une sérieuse résolution de vivre comme eux dans l'ancienne religion. A cçla près, tout ce vacarme se ter* mina amiablement. Mais pour prévenir des cas pareils ^ les syndics et conseil de Genève firent publier a son de trompe , défense expresse, sous de grosses peines , d'en» treprendre aucune nouveauté et d'afficher aucun écrit

sans leur permission ; ordonnant à chacun de vivre en

* t paix. *

Cependant le nombre des réformés croissait parmi la bourgeoisie, et même parmi les magistrats. Sur la fin du même mois de juin> le conseil fît prier le grand vicaire, de faire prêcher dans toutes les paroisses et les couvens selon la pure doctrine contenue dans l'évangile^ sans y mêler aucune fable, ni mventions humaines, afin qu'ils vécussent tous dans une parfaite union comme leurs ancêtres avaient vécu. ^ Au mois d'août on publia les indulgences à Genève de la part du pape. ^ *

Au mois de septembre, Guillaume Farci vint à Genève, accompagné d'un autre ministre, son compatriote, Antoine Saunier, natif de Moirant en Dauphiné. Ce grand homme animé d'un zèle infatigable pour Tavancement du règne du Seigneur, avait été avec Saunier dans un synode des Vallées du Piémont , où l'on fit divers règlemens pour remettre sur un bon pied les églises

* M«. Chouet p. 3. Savion III. 7S. Roset II. Ch. 66. ' Bfs. Chooet I. c.

' Sâvion p. 73. Roset I. c.

176 6BRBYB. PARBL BT 8AVM1BR.

apostoliques de ces Vallées. Il y fut entr'aatres ordonné qu'on ferait une nouvelle traduction française de rBcritureSaintej tant de 1* Ancien que du Nouveau Testaroeni, et le soin en fut donné à P. Robert Olivetan , parent de Calvin. * Farel et Saunier étant à Berne ^ on leur conseilla d'aller à Genève , dans l'espérance qu'ils y trouveraient une grande moisson. Ils y allèrent munis de lettres de recommandation des seigneurs de Berne. D'abord.qu'ils y furent arrivés , ils se mirent à parler de religion à tous ceux qui voulurent les écouter; et furent d'abord suivis d'un certain nombre de bourgeois , qui souhaitaient qu'on introduisît parmi eux la réformation de Berne, quoique du reste , eomme parlent les deux anciens historiens de Genève^ ils étaient de vie mondaine et dissolue^ n'ayant pas encore grande crainte de Dieu. »

Le bruit de ces discours étant venu aux oreilles des chanoines et d^sprétres , ils résolurent de s'opposer à ces nouveautés avec plus de soin qu'auparavant. Farel et Saunier furent cités devant le conseil. IXabord on les censura vivement comme des brouillons, et des gens qui ne venaient que pour exciter des troubles ; Farel , surtout ^ qui était regardé généralement comme le fléau

* Savion p. 75. Roset III. Cb. I. et Spanheim Geneva ReslitaU. p. AS. Ils se trompent seulement • je pense, dans une petite circonstance • en ce qu'ils disent que Farel vint A Genève à son retour de ce synode ; ce qui né paraît pas possible. J*ai montré ailleurs (Liv. X. Gh. VI.) que Farel était à Morat le 9 juillet 1659, à Tvonan et à Grandson au mois d*ao&t. Il n'a donc pu aller de là 'aux Vallées assister à un synode , et se retrouver à Genève au mois de septembre. Cependant je soumets cette critique au jugement de gens mieux instruits que moi.

' Savion 1. c. p. 75. 7^. Roset III. Gh I.

GEIlnrS. FAESL.' 177

des prêtres 5 et pour cette raMon soaverainemeiit haï d^ bigot0. Farel répondît qail n'était point une trovnpette de sédEtion, mais prédicatear de la vérité; qu'il était prêt de sacrifier non-seulement tontes ses peines , mais même sa vie pour miette doctrine céleste ; que la patente> on la lettre de créance, dont LIi. BB^ de Berne, ravaient muni, était une preuve suffisante de son innocence et de la bonté de sa doctrine; et qu'on ne pouvait ni le condamner, ni le renvoyer sans l'entendre, sans se rendre coupable de mépris pour Dieu , pour l'évangile, et pour les seigneurs de Berne. » Ce discours et la vue de I& lettre de créance des seigneurs de Berne, adoucit les conseillers. Cependant on lenr défendit de troubler la tranquillité publique par la prédication d'une ivouvelle doctrine. '

A peine ces deux ministres étaient-ils de retour dans leur logis, qu'ils furent cités a comparaître devant BeauiDonl^ grand vicaire de Tévéque, et son conseil épiscopal, sous le prétexte d'y rendre raison de leur doctrine, mais en effet pour les faire tomber dans les embàches qu'on lenr y tendait* Le conseil, craignant que les ecclésiastiques ne&sent quelque coup mal taillé, qui pourrait leur faire perdre la^ protection et l'amitié des seigneurs de Berne, y envoya deux syndics, Jean Ballard et François Hugues, qui tirèrent paroles des ecclénasiiques, qu'il ne serait fait aucun mal a ces deux nnoislres an cas qu'ils voulussent soutenir leur doctrine contre eux ; et qui assistèrent même à leur assemblée, afin d'en modérer la vivacité par leur présence. Cependant ce n^était nullement le dessein de ces messieurs

* SpaDh«im. Gen. Hesl. p. hS.

178 GBMBVB. IJMML EV DAMGBll.

d'entrer en dispuie avec les ministres, ni cle conférer amiablement avec eux, comme c'eût été leur devoir. Le juge des excès ou procureur fiscal de l'évéque dit toal naïvement, qu'il ne fallait point disputer et que cela ne leur tournerait point à compte ; usant de ces roots latins^ si disputetur, iotum nostrum mysterium destrueiur : c'est-à-dire, si Ton dispute tout notre mystère va être détruit. Us se mirent donc à -décocher des injures contre Farel^ en lui disant : « Viens çà méchant diable de Farel,que vas-tu faisant çà et là? D'où viens-tu? Qu'estu venu faire ici ? Qui t'a fait venir en cette ville pour la troubler » ? Farel leur répondit courageusement : « Je ne suis point diable. J'annonce Jés,us- Christ crucifié, mort pour nos péchés et ressuscité pour notre justification ; si bien que celui qui croira en lui aura la vie éternelle ; mais qui ne croira point sera damné. A celle fin suis-je envoyé de Dieu notre bon père ambassadeur de Jésus-Christ, obligé de prêcher à ceux qui me voudront ouïr, et ne tâche autre chose sinon qu'on le reçoive -par totil le monde, et suis venu en cette ville pour essayer s'il y a personne qui me veuille ouïr, et suis devant vous prêt de rendre raison de ma foi et de ce que je prêche, s'il vous platt de m'ouïr patiemment, et maintenir ce que jç dirai jusqu'à la mort, n'ayant autorité que de Dieu duquel je suis envoyé. A ces mota^ ' l'un des juges ecclésiastiques se leva et usantdes propres . expressions de Caïphe contre Jésus-Christ, se mit à dire en latin, <c hlasphemaM, non ampliùs indigemus tesU" hus.,Reus est mortis, y^ c'est-àrdire, « il a blasphémé : nous n'avons plus besoin de témoins, il est coupable de mort. » Fuis il s'écria en bon français suivant l'usage de Genève, « au Rhône, au Rhône : » pour dire qu'il fallait le jeter dans le Rhône, ajoutant, «c il vaut mieux

FABBL SB RBTIBs. PROHBNT. 179

que ce médianl Lulher meure que de troubler tout le peuple. » Farel lui répondit : c Parle les paroles de Dieuj et non de Caïphe. » Là-dessus ils se mirent tous a crier, « lue, tue ce Lulher, » lui crachèrent au visage, le chargèrent d'injures et lui donnèrent quelques coups de poing. Ensuite sous prétexte de vouloir délibérer sur 8on sujet, ils le firent retirer sur une petite galerie au bout de laquelle était un des serviteurs du grand-vicaire> nommé François Giviri, armé d'une arquebuse qu'il lâcha contre Farel ; mais heureusement il ne lui fit aucun mal. L'un des syndics, Guillaume Hugues fut fort fâché d'un tel excès commis contre la parole donnée ; mais l'autre, Jean Bal lard, partisan du clergé ne s'en souciait pas beaucoup. Enfin^ par arrêt du conseil épiscopal, il fut ordonné à Farel et a Saunier de vider incessamment la ville sous peine de prison. Ils se retirèrent donc escortés jusqu'à quelque dislance par plusieurs citoyens qui avaient goûté leur doctrine, et retournèrent prêcher au pays de Vaud, particulièrement à Orbe et à Grandson. * X. Mais Gei^ève ne demeura pas long-temps sans docteur. Le Danphiné lui en envoya un troisième nommé Froment, dont le nom comme le remarque agréablement Spanheim^ * semble avoir été destiné à répandre l'évangile. Ce jeune homme avait été pendant quelques années auditeur et disciple de Farel, le compagnon de ses voyages et souvent aussi des persécutions qu'il souffrait. Farel connaissant sa piété et son zèle intrépide,

* Savion. III. p. 74. 75. Roset III. Gh. I. Spanh. l. c. 44. 45. Scallel 383 385. \

* Pag. 46. 47. Il ^ait allasipn à an autre jeune homme » nommé Krumentîus , qui , dans le troiaième siècle , prêcha le premier Tévaikgile dans les Quartiers de l'Ethiopie, qui sont au bord de la Mer Rouge. Toy. Socrate Liv. 1. Ch. XIX.

180 FROMENT A GBNÈyC.

le jugea irès-propre pour arroser et aogmenler'la parole de Dieu quil avait jetée dans Genève. Il l'exhorta d'y aller, lui faisant remarquer que comme il était pea connu, et que son nom n'avait point encore fait de bruit dans le monde, il y pourrait travailler en sûrelé, et que du reste il devait se reposer sur la protection* de Dieu. Froment s'en défendit quelque temps, ne se croyant pas assez de force pour entreprendre avec succès un ouvrage de cette importance. Mais enfin pressé par Farel> il se laissa persuader ei se rendit a Genève au mois de novembre. Il s'adressa d'abord à ceux des Genevois queParel leur avait indiqué comme de bons réformés. Hais n'ayant rien trouvé chez eux que de la froideur, parce que les menaces et les dangers avaient ralenti et presque éteint leur zèle pour la vérité, il se trouva dans un grand embarras et ne croyant pas sa vie en sûreté, il pensa tout de bon à se retirer. Mais comme il sortait de la ville^ il se sentit si fortement pressé en sa con* science d*y rentrer qu'il ne put résister à ce mouvement. Ainsi de retour dans la ville, il chercha par quels moyens secrets et détournés il pourrait s^insinuer dans les esprits sans bruit et sans obstacle. ^

Après avoir bien délibéré^ il lui vint dans l'esprit d'imiter l'exemple de Farelson maître, qui s'était introduit k Aigle sous le nom d'un maître d'école. Il mit donc des affiches par la ville pour avertir le public qu*il voulait apprendre à grands et petits, à lire et à écrire en français dans un mois, et quelques autres choses. Ainsi sous prétexte d'enseigner à lire et à écrire et l'arithmétique, et de donner des conseils pour la çanté, il s'attira

< Spanhein 47. SivSon lit. 75.

FROMENT A GBNfiVK. I8{

bientôt un grand nombre de disciples^ non seulement de la jeunesse^ mais des personnes âgées à qui il enseignait en même temps les vérités évangéliques. De cette manière il y fit beaucoup de fruit, parce que ceux qui prenaient goût à sa doctrine y amenaient leurs parens, leurs amis et les gens de leur connaissance^ hommes et femmes. Leur nombre se multipliait tous les' jours quoi qu'on en murmurât beaucoup par la ville, et malgré lea oppositions des catholiques dont le zèle bigot et ignorant allait jusqu'à dire, que les femmes qui prenaient goûl à cette doctrine étaient ensorcelées. ' Ses instruction» furent heureusement soutenues par un cordelier nommé Christophe Boquet qui était protestant dans l'ame, et qui préchant l'Avent a Genève^ usait d'une grande modération dans ses sermons, en sorte que ses auditeurs au sortir de ses sermons allaient en grand nombre entendre Froment qui prêchait dans une salle. * Le peuple devenait par la plus éclairé. Les réformés conféraient et disputaient entre eux. Ils lisaient divers petits livres de^ controverse qu'on répandait de tous c6tés; mais ils s'attachaient particulièrement à la lecture de l'Ecriture Sainte pour distinguer dans la religion ce qui venait véritablement de Dieu^ d'avec les dogmes et les pratique» ou plutôt les abus que les hommes y avaient ajoutés. ^ Il ne faut pas oublier ici une aventure des plus singulières qui arriva dans ce temps-là, et qui fait bien voir la puissance de Dieu pour lourner les cœurs comme il lui plaît et quand il lui plaît. Les prêtres avaient fait courir le bruit, et à Genève et partout ailleurs, ^ que les

* Savion III. 75. 76. Rosel III. 2.

* Saviou 1. c. p. 76. Roset III. Gh. S Spanh. tô. » MS. Chonët. 4.

* Voyez liivre XY.

182 raoMBNT. coNYBRSioN d'ome fbmme bigotte.

prédicateurs de la nouvelle doctrine étaient tous autant de magiciens qui avaient des charretées de diables à leur commandement^ jpar lesquels ils ensorcelaient les oseilles et les esprits de leurs auditeurs. Ce bruit quelque impertinent qu'il fût avait vivement frappé une dame de Genève nommée Claudine^ extraordinairement bigote, de manière que regardant Froment comme un maître enchanteur, elle résista long-temps aux sollicitations de ses amies qui voulaient rengager à Técouter, ne fût-ce que par curiosité. Enfin pourtant elle se laissa gagner et se résolut à y aller, mais munie de toutes les armes spirituelles qu'elle jugea nécessaires pour repousser les efforts du prétendu enchanteur ; je veux dire chargée de croixj des reliques Agrms Dei^ et d'autres babioles de cette nature. Ainsi équipée elle entre dans la salle où prêchait Froment. Elle se place vis-à-vis de lui, fait deux ou trois signes de croix et se recommande ardemment à Dieu et à tous les saints pour n'être point séduite. ^Ue écoute Froment, et d'abord elle entre dans un étonnement extraordinaire ne trouvant rien dans sa doctrine qui sentît le grimoire. Après le sermon fini elle demande a Froment « s'il avait bien prêché la vérité? » Il lui répondit « qu'il était prêt à lui prouver ce qu'il avait pré-» ché. Mais lui dit-elle, le prouverez-vous par l'Evangile? Oui, répondit-il. La messe répliqua-t-elle n'est-elle pas fondée en l^riture ? » Froment l'assura que non, et qu'on n'y en trouvait pas même le nom^ non plus que la chose . Enfin elle lui demanda, «,si le livre dont il avait tiré son texte était le Nouveau Testament? » Froment lui ayant dit qu'oui, elle le prie de le lui prêter pour le lire chez elle. Elle s'enferme trois jours dans sa chambre et ne fait autre chose que lire ce saint livre, mangeant fort peu pour ne point perdre de temps. A mesure qu'elle Ht,

âKMÀVB. 183

elle se sent saisie d'admiration^ et son ame se remplit de zèle. Elle pleure à chaudes larmes^ elle prie^ elle reconnaît son égarement et déteste sa superstition. Au bout dç trois jours elle fait venir chez elle Froment, cet homme* qu'elle avait auparavant regardé avec tant d'horreur. Elle lui demande une conférence, et après l'avoir entendu encore une fois elle embrasse sur-lechamp la doctrine évangéllque, bénissant Dieu de tout son cœur de l'avoir éclairée. Elle fait plus. Elle gagna son mari qui n'était pas moins bigot qu'elle l'avait été, et gagna quelques-unes de ses parentes. Et dans la suite elle rendit toutes sortes d'offices de charité chrétienne aox fidèles qui étaient fugitifs pour cause de religion. Quelques années après, cette ame simple et* sans malice eut le malheur de se laisser séduire par quelques anabaptistes qui s'étaient glissés dans Genève ; mais Dieu lui fit encore la grâce de reconnaître cette nouvelle espèce d'erreur et d'en sortir. *■

Dans le même temps un citoyen de Genève, zélé réformé, nommé Claude Bernard, avait une petite fille de sept à huit ans qui était on prodige de connaissance. Elle avait une intelligence eztraordinaire.de l'Ecriture Sainte, et fort au-dessus de son âge, ce qui était d'autant plus admirable que dans ce temps«la, rintelligence de l'Ecriture Sainte était une chose extrêmement rare. Elle faisait de temps en temps aux prêtres sur divers articles de l'Ecriture des questions qui les confondaient ; et ces honnêtes gens pour couvrir leur honte publiaient qu'elle ^tait possédée. Des ambassadeurs de France passant par Genève eurent la curiosité de voir cette

*■ Spamh. 1. c. pag. 49. 50. Vita Farel MSC. apud Hotting. 6S7. 6K8.

nre

•ete.

iS^ GBMBTB^TUMULTI.

enfant. Db eureni avec elle une conversalion de Irois heures, et la quittèrent remplis d'admiration. ^ ^

Cependant les disputes des réformes de Genève avec ^J^^ leurs concitoyens catholiques s'échauffèrent extraordi* ^^ nairement, de sorte qu'il naissait presque tous les jours ^ P quelque querelle. U en arriva une le dernier jour de cette même année qui faillit à avoir des suites très-fâcheuses. Quelques réformés buvant avec un prêtre, vi- * caire de l'église de la Madelaine, entrètent en dispute ^ \ avec lui sur quelques articles de la doctrine de Froment. ^ ^ Le vicaire s'obligea de prouver la sienne par la Sainte '*" Ecriture. On prit jour chez lui où se trouvèrent plusieurs autres prêtres. Mais le vicaire au lieu d'apporter la Bible comme il l'avait promise, se contenta de produire un théologien scholastique nommé Nicolas de Lyre^ qui a fait des gloses sur la Bible. Les réformés se moquèrent de cette preuve. On s'échauffa là-dessus de part ef d'autre. On en vint aux injures. Un des prêtres mit l'épée à la main. Quelques autres montèrent au clocher et son- ^ nèrent le tocsin. Plusieurs coururent aux armes. Les ^'^ ecclésiastiques et les catholiques s'assemblèrent dans la '^^ rue des Chanoines, et les réformés dans la place de la Madelaine. Mais les syndics et le lieutenant y étant accourus, et ayant fait emprisonner un prêtre et trois des plus mutins d'entre les catholiques qui avaient été les agresseurs, le désordre fut apaisé. '

Le soir, le conseil s'étant assemblé fit défense aux deux partis de s'attaquer de quelque manière que ce fût; ordonna que Froment cesserait de prêcher et sortirait de la ville, et qu'on se contenterait du prédicateur or-

^ HoUing. 658. ex Hûtor. Rèforin. Gen Turrett. MSG. ' Boset [II. Gh.4. MS. Ghouët k.

FEOMBMT PRBCBB AU MOLARD. I85

dioaire qui élait le cordelier dont j'ai déjà parlé, nommé Boquet ou Bouquet. II fui dit aussi qu'on prieAiit le grand-vicaire de punir les prêtres qui avaient causé le désordre et sonné le tocsin, et de prendre des mesures pour avoir dans toutes les paroisses de bons prédicateurs qui préchassent la parole de Dieu dans téote sa pureté. * •

XI. Les réfqjrmés, persuadés de la bonté de leur cause et irrités de l'insulte que les prêtres venaient de leur faire ^ protestèrent, quand le jugement du conseil leur fut prononcé, 4c qu'ils iraient ouïr la Parole de Dieu g^r tout où ils pourraient. Que personne n'avait droit de la leur cacher. » Ils exhortèrent Froment a ne point se rebuter , et le lendemain , premier jour de Tannée 1533 après le sermon de Bouquet > ils allèrent chez Froment en si grand nombre,. que la salle où il prêchait, ne pouvant contenir tous ceux qui y venaient, ils Tobligèrent d'aller à la place dû marché nommée le IHolard, qui était près de là, et on le fit monter sur le banc d'dne revendeuse, le peuple lui criant, «prêchez nous la Parole de Dieu; » ce qu'il fit. Tandis qu'il prêchait, le conseil; averti de cette nouveauté > s'assembla iucesfiamment, et envpya le Sautier , pour lui ordonner de se taire. Froment répondit^ <x il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes; » et continua son sermon. Le conseil irrité envoya des gens armés pour le saisir; mais il fut sauvé par quelques-uns de ses auditeurs : et quelque temps après , il sortît de Genève, ne pouvant plus y demeurer, à [cause des dangers où il élait exposé parles édits. Car le second de janvier le conseil défendit de prêcher sans permission des supérieurs , sous peine aux

* MS. Ghouët ib.

135 GKNBYB.

contrevenans^ de trois traiude corde pour la première fois! * Froment s'en alla dans son église d'Yvonand , où il était ministre depuis un an ou deux. '

Dans ce temps-là les deux partis étaient à peu près égaux à Genève^ soit parmi la bourgeoisie^ soit dans le (<bpseil. Mais le parti catholique paraissait le plus fort, étant appuyé par l'évêque, parlAlergé et parles Fribourgeois ; au lieu que les réformés' n'j^taient soutenus que par les Bernois. En effet les Fribourgeois ne lais* saient perdre aucune occasion, d'exercer leur zèle à Genève, pour y soutenir la vieille religion. Le cordelier Boquet , que les syndics avaient trouvé à propos d^ retenir pour seul prédicateur^ était protestant dans l'ame, comme je l'ai déjà remarqué. Il avait prêché Tavent 9 et s'était si bien ménagé dès le commencement, que les deux partis Tallaient également écouter. Mais

I après le départ de Froment, il garda moins de mesures. Il s'expliqua plus ouvertement sur la messe, sur le culte des saints etc. ce qui le rendit odieux aux ecclésiasti* ques, et causa de grandes divisions. Cependant le conseil ordonna qu'il prêcherait encore le carême, et qu'il serait payé aux dépens des curés des sept paroisses. Mais les Fribourgeois l'ayant appris^ en firent tant de bruit, et par une députation de six personnes de leur

>conseil, et par une lettre menaçante^ qu'on trouva à propos, pour bien de paix, de laisser aller Boquet en

1 d'autres endroits, où il était appelle pourprêcher le' carême. On le congédia donc et on lui fil un présent fort honnête. Les députés de Fribourg arrivés à Genève,

* Id. p. 5. Savion ïll. 76. 77. Roscl lU. Ch. 5. Spanh. 1. c. p. 54. Spanb. 1. c. il met Jurnatuirï mais c'est safhs doute une faute d'impression.

6BNÊVE. RÉFORMÉS OPPRIMÉS. fg?

le 23 de février^ avaient déclaré aux Genevois : que s'ils voulaient se faire luthériens , ( c'était leur s^le ) Fribourg renoncerait à leur alliance. Les Genevois leur répondirent^ « quils voulaient vivre comme leurs prédécesseurs : qu'ils faisaient tout . leur possible pour .empêcher l'introduction de la nouvelle doctrine , et même qu'ils avaient exhorté le vicaire de l'évéque, à poursuivre cette affaire vivement, parce qu'elle était ecclé-> siastique et de son ressort. » Les députés de Fribourg ayant reçft cette réponse s'en retournèrent satisfaits.^ '^

Au mois de mai on permit l'impression de la Bible en français ; mais on défendit d'imprimer les livres de controverse, écrits ^ncett^e langue; quoique les Bernois eussent demandé qu'on le permit. '

Environ ce temps-là. Froment ayant entrepris de retourner à Genève, y fut en grand danger de la vie. Etant sur le pont du Rhône , il rencontra une procession avec une grande troupe de prêtres, qui voulurent l'obliger à se mettre à genoux devant leur croix. Il le refusa. Là-dessus une troupe de femmes bigôttes qui suivaient la procession, plus animées que les prêtres > lui sauta dessus et voulut le jetter dans le Rhône ; mais il fut garanti par quelques réformés qui se trouvèrent là heureusement, et qui le tirèrent de leurs mains. ^

La dispersion des pasteurs n'entraîna point celle du troupeau» Les réformés de Genève, quoique privés, de docteurs , ne laissaient pas de faire des assemblées secrètes , mais de nuit, où les plus habiles lisaient l'écriture sainte, l'expliquaient le mieux qu'ils pouvaient , et

' SavioD 1. c. Roset III. G. 5. Spauh. ^.

* Ms. Ghouët.

* Spanh. 95.

188 GBKBVB. LBS EifORUiS PaBMNBHT ^ CBNB.

faisaient des prières , et aulres actes de piété. Quand il Tenait quelque étrangler, bien versé dans la connaisr sance de l'Ecriture, ils le recevaient et Técoulaient avec avidilé. Ils établirent même entr'eux une bourse , pour le soulagement des pauvres de leur petite troupe , tant étrangers que bourgeois. Un jour entr'autres, ils s'assemblèrent hors de la ville , dans un jardin du pré l'évéque, où après les exercices ordinaires, ils communièrent entr'eux, et firent la Cène pour la première fois. Ils choisirent pour la leur distribuer, un bonnetier nommé Jean Guerin , qui était plein de zèle et de piété , et qui pour un artisan entendait bien l'Ecriture' Sainte- Le conseil, ayant eu avis de ce qjii s^était passé, et pressé par les catholiques, bannit Guerin, qui se retira à Montbeliard, où il exerça quelque temps le S. ministère , et de là il passa dans le comté de Neuchâtel ^ où il fut aussi reçu ministre, et il y mourut l'an 1549. *

Los réformes firent en même temps revenir Farel> mais ayant aussi été maltraité, sans aucun égard jfour sa patente de Berne , il fut obligé de se retirer. '

Ces mauvais traitemens ne faisaient pourtant pas perdre courage aux réformés, ou du moins ils n'empêchaient pas que de temps en temps ils ne fissent quelque coup d'éclat. Un jour, entr'autres, un jacobin prêchant dans le couvent de son ordre, nommé Palais, déclama horriblement contre ceux qu'il appelait luthériens. Il sci trouva là un jeune homme, nommé Pierre-Robert Olivetan, parent de -Calvin et natif comme lui deNoyon en Picardie, qui était chez un Genevois, nommé Jean Chantemps , en qualité de précepteur de ses enfans . Il

* Id. ibid. Ms. Cbouët. HoUiiig. 669.

^ Wa. Chouët.

olivetau baivhi. lvs révormAs se plaignent a bk&nb. 189

ne pot souffrir les criaîlleries du jacobin et le réfula publiquement. Sa hardiesse excita un grand trouble dans rassemblée el lui aurait coûté la vie s'il n'eut été sauvé par les soins de Claude Bernard et de Jean Cbantemps son maître^ qui le tirèrent de bonne heure d'entre les mains des moines y et le mirent en lieu de sûreté. Il fut condamné par le conseil au bannissement. Il alla de là à Neuchâtel où il fit imprimer la Bible en Français y l'an 1535. Ensuite il fut à Rome, l'an 1538, ou on l'empoisonna ; il fut emporté par la force du poison et mourut à Ferrare. '

Peu après le bannissement d'Olivetan , au mois de mars, un étranger qui demeurait à Genève depuis un an s'avisa de dire une fois dans une grande compagnie que tous ceux qui allaient à la messe étaient des idolâtres et des mauvais chrétiens. Il n'en fallut pas davantage pour le chasser de la ville. Le conseil le bannit aussi avec défense d'y rentrer jamais sous peine de la vie. s

Quelques bourgeois des plus zélés pour la réformation , vojant l'état des affiiires de la religion a Genève allèrent à Berne se plaindre de la conduite du conseil , et implorèrent la protection de l'état. Les seigneurs de Berne écrivirent aux Genevois une lettre extrêmement forte sur ce qu'ils avaient insulté Farel « nonobstant la lettre de créance qu'il avait d'eux , qu'ils avaient chassé Guérin et maltraité tous ceux qui entreprenaient d'y aller prêcher TEvangile, enfin sur le peu de cas qu'ils, avaient fait de leurs prières pour l'impression des livres de controverse, concluant que si Genève voulait vivre

* Savion III. 77. 78. Spanh. S6.

* Savîon 1. c.

190 «BNBVB. sioinoiis. .

avec eux en bonne intelligence on devail permeltre la prédication de l'Evangile. * »

Cette lettre, qui arriva à Genève le 25 mars , fut Toccasion d*un vacarme terrible dans cette ville. Le lendc main plus dé deux cents catholiques, animés par les prêtres^ allèrent à Thôtel de ville demander tumultuairement justice contre ceux qui l'avaient sollicitée. Le conseil renvoya cette troupe tumultueuse , et leur ordonna de se tenir en repos , les assurant qu'on ne voulait pas se départir de la religion de leurs pères. * Le conseil fit appeler les réformés qui étaient cause que les seigneurs de Berne avaient écrit cette lettre , les en censura et leur fit défense de leur plus rien écrire des affaires de la ville. ^

Mais ces soins du conseil ne furent pas suffisans pour apaiser la séditiop. Comipe le grand conseil des Deux Cents devait s'assembler le vendredi, 28 mars, pour délibérer sur les affaires de la religion, la nuit du jeudi au vendredi, les catholiques prirent les armes et s'assemblèrent chez le grand vicaire, où, animés par les ecclésiastiques , ils s'engagèrent par un serment solennel de faire périr les luthériens. ^ Le jour étant venu, plus de sept cents hommes armés , ayant à leur tête les chanoines et d'autres prêtres aussi armés allèrent a l'église de St-Pierre pour faire sonner le tocsin. Pierre Yandel, citoyen d'une honnête famille, zélé pour le bien de la patrie, et qui lui avait rendu de grands services.

* M«. Gbouet. Savion I. c. Bened. Tarrelin. Hisl. Ref.^Genèv. adnd Scultet. Annal Evangel. p. m. 596, et seq.

* Ma. Chouct p. 6. Spaph. 67. Roset III. Ch^O.

* Roset m. Ch. 10.

* Spinh. I. c. •

COHJURATIOll DBS CATBOUQU18 COlfTAS LBS RiPOlVis. 191

Toulut s'opposer à celle sédition ; el, pour calmer la fareor des catholiques , il leur représenta les funestes suites de ces dissensions. Mais ses soins charitables furent mal récompensés. H n'en remporta que des injures et des coups : on le blessa d'un coup d'épée et il aurait été massacré sur la place^s'il ne s'était promptement sauvé. D'autre côtéj les réformés, avertis secrètement par un bon prêtre du complot tramé cootr'eux, s'étaient assemblés en petit nombre, car ils n'étaient au plus que soixante, dans la maison d'un citoyen nommé Nicolas Baudichon, de laJHaison Neuve , où ils avaient déjà accoutumé de s'assembler pour faire leurs exercices de piété. De la ils allèrent dans la rue des Allemands où ils demeurèrent la plupart et s'y préparèrent^ à se bien défendre contre leurs ennemis, implorant le secours de Dieu. Le conseil, averti de cette émotion , envoya incessamment deux syndicsjdans Téglise de St-Piefre pour faire retirer les catholiques, çt deux autres a la rue des Allemands pour faire la même chose aux réformés, mais inutilement. Les catholiques ayant appris que les autres étaient en armes et animés par les prêtres , firent sonner le tocsin et s'assemblèrent au Molard , où ils furent bientôt suivis ^ par un grand nombre d'autres qui se voyaient autorisés* par la plupart des syndics qui s y trouvèrent parmi eux. Ils firent venir de l'artillerie pour battre la maison de Baudichon, dans la pensée que les réformés y étaient encore. Ils s'avancèrent pour les attaquer, et dans la fureur qui les animait, ils firent fermer les portes de la ville afin qu'il n'ep pût pas échapper un seul. Ils allaient doutant plus hardiment à celte expédition que l'évéque leur avait donné carte blanche comme on parlait alors ; c'est-à-dire, un blanc signé pour les assurer qu'il approuverait tout ce qu'ils feraient contre les ennemis

199 GBNBVB. ÏXB DBIJX PAKTfS tONT BU PBÉSBNCB.

de la religion calholiqae. On assure que les seuls prêtres armés' faisaient le nombre de cinq cents hommes, mais je crains bien qu'il n'y ait de Terreur dans ce compte. Quoiqu'il en soit, quelque grand que fut leur nombre, ils n'osèrent pas encore attaquer les réformés et attendirent quelques autres compagnies de gens armés^ dont l'une était conduite par un chanoine nommé de Vegla, qui voulait mettre le feu lui-même à la maison où les réformés s'étaient assemblés. Le dernier capitaine étant venu, il attaqua l'un des sjndics, Jean Philippe, capitaine de la ville qui passait pour luthciîen et le jeta par terre. Mais les soldats de Jean Philippe prirent le parti de leur capitaine, blessèrent son agresseur et dissipèrent sa compagnie. Cependant les réformés^ renforcés par un nombre considérable de bourgeois jusqu'à deux cents hommes s'étaient rangés en bataille, avaient repris courage et s'étaient mis à genoux pour prier Dieu, s'attendant d'être attaqués. En effet, le chanoine de Vegia s'avança pour les attaquer, mais ayant appris que l'autre capitaine sur qui il comptait s'était retiré, il perdit courage et rebroussa vers le IHoIard.

Jamais Genève ne se vit dans un plus grand danger, et il semblait qu'il s'allait faire un massacre horrible des deux côtés. Car si les catholiques étaient furieux', les réformés étaient résolus à vendre bien chèrement leur vie. L*air retentissait des cris horribles que poussaient les prêtres comme des Bacchantes en fureur, et des la^ mentations d'une infinité de gens affligés de voir le père prêt a égorger son fils, le frère altéré du sang de son frère, et les parens de celui de leurs parens. Enfin l'acharnement était venu à un tel point que nui n'osait parler d'accommodement et de paix, de peur d'être traité comme Pierre Vandel et de passer pour hérétique.

X18 FAATIS SOHT APAISAS. 195

Heureasemenl la proYideuce de Dieu «mena-Ià quelques honnêtes négocians de Fi ibourg, qui voyani avec dou» leur ce qui se passait s'empressèrent à apaiser ce tumulte. Bs allèrent d'un parti à l'autre, et les appelant par les tendres noms d'amis et de corobourgeois , ils les exhortèrent à la paix. Les réformés y consentirent d'abord, ne demandant autre chose que de vivre en paix suivant les monvemens de leur conscience^ et n'étant pas tant irrités contre leurs comhourgeois , que contre les prêtres qui étaient les flambeaux de la sédition. Hais ces bons médiateurs trouvèrent plus de résistance du côté des catholiques • Ils eurent beau représenter aux prêtres, « qu'il leur eon* venait mieux d'être a l'église et d'y prier, que de s'armer comme ils faisaient, et qu'ils devaient exhorter le peuple à la paix plutôt que de Tanimer à la guerre ; i^ mais les prêtres furent inflexibles. Ainsi ces deux Fribourgeois allèrent trouver les magistrats qui étaient dans la troupe, et leur représentèrent leur devoir et le mal qui allait arriver de cette levée de boucliers. Alors les conseillers publièrent un ordre de se disposer à la paix. Les prêtres au l;ontraire exhortèrent le peuple a aller attaquer; mais les Fribourgeois leur dirent : « Que quant à eux ils ne voudraient pas conseiller aux Genevois de 8*^orger les uns les autres, et de se mettre les pères contre les enfans^ et les frères contre les frères; que d'ailleurs les réformes les attendaient en si bonne disposition, qu'ils aimeraient mieux (eux les Fribourgeois) être de leur côté que du côté des prêtres^ et qu'ils étaient en plus grand nombre qu'ils ne se le figuraient. Que si les prêtres voulaient s'y aller frotter, ils trouve* raient k qui (iarler. » Là-dessus le peuple qui était autour d'eux s'écoula peu à peu, disant : « Nous serions bien fous de nous égorger tes uns les autres pour l'a-

I9ft KB6LBMBMT POUft LA PMZ.

mour du dergé ; que s'ils ont quelque difficulté avec les réformés^ qu'ils la terminent entré eux ou bien qu'ils disputent avec eux par l'Ecriture, plutôt que par Tépee. « IiQs prêtres se voyant abandonnés du peuple se lais» sèrent enfin gagner, et consentirent à faire la paix. Les deux partis se donnèrent réciproquement des otages, et le lendemain le conseil des cinquante fit publier à son de trompe les articles suivans :

« 1^, Que les^nimitiés cesseraient entre les ecclésias* jUques et les laïques; que chacun vivrait en paix, et qu'on lie ferait aucune insulte à personne, ni par parole ni par action.

«t 2^. Que pul n'eût à parler contre les sacremens de l'Eglise, et que chacun pût vivre en toute liberté. . « 3^. Défense de manger de la viaj^de le vendredi et le samedi.

« 4^ . Défense de faire ou de dire des choses capables de scapdaliser.

«5^. Défense de prêcher sans la permission des supérieurs ecclésiastiques , et des syndics.

« 6^« Défense de prêcher autre chose, que ce qu'on pourrait prouver par l'Ecriture Sainte. »

Le dimanche , 30 mars , les séculiers jurèrent l'observation de'cette paix, entre les mains des syndics ; et les ecclésiastiques entre les mains du vicaire de l'évéque ^ à peine pour la première fois, de soixante sols d'amende, et pour la seconde, de la même amende et de trcMS jours de prison au pain et à l'eau ; et pour la troisième , de la même amende encore et de bannissement jpoat

un an. ^

* Savion III. 78. 81. Roset III. Ch. fO. Spanh. 59. 6o. HoUîng. Vila Parel Ms. €71. %7%. Ms. Chouët. 7. Ben. Tarretlin. I. c. 8^7.

Xll. Pendanl que les Génerois ëtaioiit dnrf diviséa enlr'eux pour cause de retigion ^ el animes les aascoatrf les autres comme les ennemis les plus acharnés; ud ennemi secret des Suisses leur suscita des incendiaires, pour se venger d'eux san^ s'exposer. Pans nne diète des cantons assemblée à Einsidien , vers la find'atril^ o^ futarerti^ ^u'>l y evait dans la Suisse un grand nombre de scélérats et d'incendiaires , dont Tun , nommé George Blarî, de Huocheo Buebsée, ayant été pris à Fromittf* feld, avait avoué, « qu'étant en Piémont , avec trots de ses camerades , le odréme dernier, il avait rencontré un seigneur Italien de grande laiUei entre Yvrée et lu Yal-Hi'Aoste ; que^cet homme les avait engagés à mettre le fea en divers endroits , dans les cantons de Zurich et de Berne en leur donnant a chacun un florin dW de récompense ; et qu'il leur avait prorois de leur en donner (ont autant pour chaque maison qu'ils réduiraient en oendres. U dit aussi , quils élaieol environ* soixante incendiaires I assembla dans le canton de Berne; qa'ila étaient presque tous habillés d'une manière uniforme pour pouvoir se reconnatire entr'eux siivoir, en culottes blanches doublées de rouge , le canon gauche découpé , arec nne découpure à tous les deux an dessous du genoux^ à la mode des lansquenets , et qu'ils portaient un petil bâton blanc a la main. » Les cantons, ayant découvert cette pernicieuse conjuration, prirent de bonnes meso* res pour s*en garantir , et par là ce complot abominable échoua. On ne douta point que ce seigneur Italien, de grande taille dont pariait Blari , ne fut le marquis de Huss, qui était en fureur contre les cantons , et partions lièrement contre celui de Zurich et de Berne ^ parce qu'ils avaient le plus aide aux Grisons à renverser son petit trône et a détruire sa tyrannie. On le crui d'autant

196 iCOlB DB GAPPBL EÉTABLIB.

plus aisoment qu'on savait qu'il s'élail relire dans ces quartiers du Piémont. * Peut-être fut*ce à cette occa<» sion que les Bernois , apprenant les complots étranges qui se faisaient contr'eux, ^e tinrent sur leurs gardes , et envoyèrent (le 2i mars ) des députés partout leur pays , pour exhorter leurs sujets à se pourvoir d'armes et de munitions ^ afin de pouvoir se défendre en cas d'attaque. Sans doute avant la découverte de ces incendiaires , ils soupçonnaient quelque ennemi plus pmssant et plus redoutaJblel ^

Dans ce temps-là les seigneurs de Zurich remirent sur pied récole de Cappel, qui avait été désolée par la guerre de 1581. Pierre Simler> de J^ynaw^ qui en avait été prieur, et qui en était Tadministrateur^ avait réparé cette maison depuis la guerre dans l'espace d'une année, et à sa réquisition , le conseil de Zurich y réia- Mit récole le premier de mars, et y mit quatre écoliers^ pour y être entretenus aux dépends de la maison , avec d'autres qui y furent aux dépends de leurs parens. On les enseignait là , jusques à ce qu'ils fussent en état de faire des études plus considérables , et alors on les foisait venir dans la ville. L'an 1541, Pierre Simler quitta cette administration, et prit un ministère dans le Freyampt, avec la dignité de doyen de ce quartier^là^ et y demeura jusques à Tan 1557 qu'il mourut, le 9 juillet, âgé de 71 ans. H fut père du célèbre historien Josias Simler. Après lui on confia l'administration de cette maison à des gens , qui ne s'accommodaient pas avec les maîtres, ni avec les écoliers. Ainsi cette école fut abolie Tan 1547 et les écoliers qu'on y entretenait,

* Stettler II. 62. 63. a. Savion 1. c. 81.

* B. Iiutr. S4S.

ARAu. màmotMiâ dx BaxMGA&TXii. 197

furent incorporés au collée de Fraw^Munster à Zurich, qui avail été fondé l'an 1538 comme nous le dirons en son lieu. *

Un historien catholique nous apprend que cette an^ née là, dans le pays des Grisons plusieurs communautés embrassèrent la réformation. Il aurait été bon qu'il nous en eût appris les noms. *

Dans le même temps ceux de la ville d'Arau élab& rent chez eux un collège pour Téducation de leur jeu^ nesse. I^es seigneurs de Berne les y encouragèrent, el leur promirent que s'ils avaient des écoliers de qui on pût concevoir de bonnes espérances , ils feraient du bien à ce collège, comme ils ^i faisaient aux villes de Brouk et deZoffingen. '

Ces seigneurs continuèrent cette année h Caire voir leur zèle pour la réformation. Les cinq cantona calholir ques continuèrent de leur côté dans leur ardeur pour le papisme. Ils ordonnèrent aux réformés de Bremgarten d'aller se confesser a Einsidlea> a la fête de la Pentecôte, et d'y communier. Le baillif de Bade parlait fort injurieuseinent contre la. doctrine évangélique. Il avait même déposé et chassé, je ne sais pourquoi , le minière de Tœgerfeld, village mi-parti^ près de Zurzach. Ijcs Bernois écrivirent une lettre fort civile a ces cinq cantoha^ pour les prier de laisser en paix les ^êfoirmés de Bremgarten. Biais comme ils n'en eurent aucune réponse j, îb donnèrent le 21 juin ordre à leurs députés^ qui partaient pour la diète ordinaire de la SainUJean. V De demander une réponse a ces cantons. 2^ De se^

< HoUiDg,67K.676.

* Bttcelin. apud Hotting. 675.

' B. Instr. thU.

plaindre ans autres, de leur injastice el de rinfractkm qu'ils faisaient au trailiP de paix par ces violences. 3^ De demander qu'on punit le baillif de Baden de ce qu'il avait mal parlé contre la réformation. Enfin 4^ que le ministre de Tœgerfeld fut rétabli . ^

L'abbé de St4iall , à l'imitation de ces cantons , mat» traitait aussi les réformés de ses terres. En particulier, il ne voulait pas permettre aux gens de Roschach et de Waldkilch^ de baptiser, de bénir les mariages et défaire la Ste-Cëne dans leurs églises. Les députés de Berne, ^ur la diète qui s'assemblait à Bade, en juillet, eurent ordre (le 35 juillet) de prier ce prélat que puisqu'il permettait le plus à ses sujets, savoir de prêcher et de vivre dans la religion réformée , il devait aussi leur permettre le moins. Us devaient encore lui représenter, que puisqu'il avait été rétabli en vertu du traité de paix de Suisse^ il devait observer ce traité à Tégard de ses sujets. *

Il y eut aussi des troubles dans le canton de Claris, vers ta fin de l'année, au sujet de la religion. Les seigneurs de Berne y envoyèrent des députés le 18 dé^ eembre, pour contribuer avec lés autres cantons à y rétablir la paix et la tranquillité. ^

Ces êeigneurs eurent aussi occasion dé -porter leurs soins sur les églises de ta prévôté. Les nouvelles difficultés qui s'y élevèrent entre les chanoines de Moutiers Orand^Val et les gens du pays , occupèrent les seigneurs de Berne et de Soleure presque toute l'année 1533. Enfin l'Etat de Soleure ayant proposé à ces chanoines de porter leurs griefe dans une conférence qui se tiendrait

* ïbid.

* Ibid. S68.

' Ibld. 528.

LA VKiyàti. 199

à Berne entre lc6 députes des deux TÎIles ; ei ceux-ci y ayant consenti , le Conseil de Soleure marqua le 1^' jujl-» let pour celte conférence. Les parties y comparurent et plaidèrent leur cause. Les députés des deux villes examinèrent la sentence de Bienne , et décidèrent : « I. Que puisque les bourgeois de Moutiers. avaient eu de tout temps rentrée de la grande église, pour y faire tous leurs exercices de religion, il était juste qu'ils reossenl toujours. U. Que d'un autre côté, il était aussi raison*nable que ces gens-là payassent aux chanoines leurs re* devances, ji forme de leurs droits; et leur obéissent en tout ce qui regarde le temporel, in. Que les chanoines laisseraient vivre ces gens«là dans la paisible profession de la religion réformée^ et qu^ils fourniraient des pensions honnêtes a leurs ministres. » IV. Us tirent quelques règlemens touchant les appels^ et snr quelques autres artides qui concernaient des intérêts temporels. y. Enfin ib ordonnèrent : « Que si a l'avenir il s'élevait quelque nouvelle difficulté entre les parties^ les seignears de Berne en décideraient avec ceux de So« lenre. » '

Le 39 septembre suivant, oette a£Eaire fut examinée de nouveau à Berne, entre le Conseil de Berne et les députés de Soleure » à la prière de TBtat de Soleure et des gens de la prévôté, qui souhaitaient qu'on révoquât Tarticle des appels. Tout fut confirmé, à la réserve de cet article, qui fut enlevé par les particuliers, avec cet éclaircisseménti que quand une* communauté on un particulier serait en procès avec le chapitre, la partie actrice pourrait en appeler^ a TéVêque de Bâie. On régla

' Ms. AiDp. 199. B. Instr. S6G. Apolog à p. lOft. ad 107. vibi irrcpsit error typographicus , et legitur Junii pro Jolii.

SOO BIBHIIB BT TALBBGIR.

aussi la pension que le chapitre devait donner aux mi* nistres, sur les plaintes des gens du pays, *

Il est à remarquer que dans ce temps-là il se trouva deux jeunes chanoines h Moutiers^ qui s'étaient rendus si abominables par leurs usures^ par leurs blasphèmes» par leurs adultères et par leur ivrognerie, que Tévéque même ne put les souffrir, et les fit mettre le neuf juia en prison. * Le prévôt qui était à leur tête ne valait guères mieux, puisqu'il vivait tout ouvertement, dans on commerce scandaleux avec une femme débauchée, el qu'il y persévérait encore Tan 1542 , nonobstant les fré« quentea remontrances qu'on lui avait faites a cet égard. Au reste les différends de ces églises ne furent pleinement terminés que l'an 1536. ^

Les seigneurs de Berne se virent aussi obligés d'entrer dans un différend tout semblable qui s'était élevé entre la ville de Bienne et le jeune comte de Challant, seigneur et comte de Valengin. La vieille comtesse, mère de ce seigneur, étant morte cette année-là, il recueillit sa succession. Les seigneurs de Berne, avec qui cette maison avait fait un traité de bourgeoisie, prirent cette occasion pour l'exhorter de laisser à ses sujets pleine liberté de conscience , et de ne point inquiéter sur la religion, les églises de sa terre qui auraient embrassé, ou qui embrasseraient à l'avenir la réformation à la plura- Uté des suffrages. H le leur promit. Mais les catholiques croient n'être pas obligés de garder la foi à ceux qu'il leur plate d'appeler hérétiques. Le comte ne tint rien de ce qu'il avait promis. Il fit défendre à ceux qui devaient

* B. Iiiilr. 800. Apolag. 107. tlK < Apolog. lOi.

> Hotting. 654.

BIBIIini BT VAISIIG». ' ÎOI

des cenees ou des dîmes à Tancien chapîlrè de Saini* Imier^ de les payer à la ville de Bienoe. Et comme le ▼i liage de Donibresson eut embrassé la reformations et que les Biennois, en qualité de collateurs y eurent envoyé un minisire ^ nommé Pierre Harmot, le curé du lieu appuyé par les catholiques, ne voulut point lui céder la place; et la décision de ce différent ayant été remise^ au jugement du comte ^ le comte donna gain de cause au curé, et commanda au ministre de vuider la cure dans 24 heures. Les Biennois s'en plaignirent aux seigneurs de Berne, qui envoyèrent (le 11 décembre) deux députés au comte avec ordre de lui faire les mêmes remontrances qu'on avait faites à sa mère, Jrois ans auparavant ; « de laisser la ville de Bienne en possession des biens et des rentes qui provenaient du chapitre de St. Imier, et de son droit de coUalure sur les églises de sa terre qui en dépendaient ; enfin dé rétablir le ministre de Dombresson , lui déclarant qu'ils ne permettraient jamais qu'on ftt du tort à ces gens^Ià; que s'il y avait quelqu'un qui contestât ce droit de collature à la ville de Bienne, ils contribueraient à lui faire rendre justice ; enfin qu'on le sommait de se souvenir de la promesse qu'il leur avait faite ,^ concernant la reli* gion. ' »

Le comte, pour ne pas s'attirer a dos les seigneurs de Berne, qu'il avait intérêt de ménager , fit semblant do céder à leurs remontrances , et ne se mêla plus ouvertement de celte affaire. Hais il fit agir sous main le prévôt de St. Imier. Ainsi ce prévôt soutenu par le comte porta l'affaire à la diète, devant les cantons

^ B. iBstr. 5917.

SOI BUNHB BT YALBRem.

assemblés a Bade. Les cantons sommèrent les Bi^moia de rendre* raison de leur conduite deranl eux /à la pre* mière diète qui s'assemblerait l'année suivante. Mais les Bernois ne lè trouvèrent pas a propos , ^ soutenant quo les cantons n'avaient rien à leur commander. * Les can-» tons assemblés à Badè> au mois de mars renouvelèrent leurs instances auprès des Biennois en faveur du prévôt de St. Imier ; mais ceux-ci refusèrent de rendre raison de leur conduite, et de répondre au prévôt, autrement que devant leurs juges légitimes* Et les Bernois persis* tèrent dans leur sentiment / ^ que les cantons h'avaient rien a voir dans cette affaire. ^

Dans une diète, assemblée à Bade Tannée 1533, Tambassadeur de France se plaignit d'un livret imprimé à Neucbâtel. Mais les cantons n'ayant aucune autorité sur les Neuchâtelois , et l'affaire ayant été renvoyée, à une diète suivante avec celle de Yalengin, les Bernois forent d'avis de répondre à l'ambassadeur sur sa plainte^ qu*il pouvait aller à Kenchâtel faire partie criminelle à l'imprimeur. '

Comme les Bernois prenaient soin des Eglises de leur voisinage et de leurs alliés , ils ne négligeaient point les leurs propres. Jusqu'à cette année ils avaient permis, à la campagne de sonner pour les morts, aCn d^averUr le peuple qui était dans les cbamps qu'il y avait un mort à ensevelir. On abusait de cette permission , et quelques-uns ne sonnaient que quand le mort était en-

Le B marf IttSA.

B. Instr. 381.

Le iS avril I53&.

B. tbstr. 3V9.

Ibid. 353.

Cl,OCBBS POOK US IfORTS. TOR&BN8. f05

seveli. Pour celle raison ils inlerdirenl celle sonnerie, par un édil du 20 seplembre, sous peine de 10 livres d'amende. En même lemps ils ordonnèrent aux ministres ,. d'instruire la jeunesse .dans les catéchismes de Taprès dînée, les dimanches cl les jours de fêle , et leur recommandèrent fortement de s'acquitter religieusement de celle fonction , d'une telle manièrcqu'ils en pussent rendre un bon compte a Dieu. ^ Et afin de s'as* surer de l'exécution de leur édit et de leurs autres règlemens de réforme, ils envoyèrent, deux jours après, quelques-uns des ministres de leur ville , pour aller présider dans les classes de leur canton, chargés d'y porter leurs ordres et d'examiner l'état des églises. '

Cette année le Seigneur de Torrens , dont les Ancêtres avaient été Seigneurs de jurisdiction, du Bourg d'Aigle et de sa dépendance, -fut reçu bourgeois de Berne le 26 décembre ,- et il renonça solennellement à .toutes les prétentions qu'il pouvait avoir sur Aigle. H fui le dernier de sa race. '

< B. Mandai B. ttft.

' B. Instr. 292.

'{Steller II. 65. a.

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