‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 3)Chapitre 13 sur 98 · ET · texte numérisé non relu

ET

1 . Les seigneurs de Berne furent encore occupés Tan 1533 avec ceux de Fribourg et de Soleure» a terminer de nouvelles difficultés* qui s'étaient élevées entre Tévéque, la ville et le clergé de Lausanne.

Il j avait une grande aigreur de part et d'autre, et il parait par divers monumens de ce temps-là^ que les Lausannois, quoique zélés catholiques, n'avaient ni amour ni respect pour leur clergé. La' querelle commença l'an 1531, à l'occasion de la guerre de Cappel. Il faut se souvenir que les Lausannois donnèrent alors quelques soldats à leurs alliés de Berne pour cette guerre-là. Lorsque ces soldats furent partis, un prédicateur de Lausanne, zélé catholique, s'avisa un jour d'y dire en chaire ; que puisque ces troupes qu'on envoyait aux Bernois, étaient destinées pour soutenir une cause contraire à la religion romaine, il souhaitait qu'il n'en pût pas revenir un seul soldat à la maison; et qu'aussi ils auraient bientôt la verge sur le dos, et que le temps en approchait coïkime il Tavait lu dans là prophétie de sainte Brigite. Ce discours choqua ses auditeurs comme on peut le penser. Le

PmftT&B HALTRAITâ A LAUSARIIK. SOS

conseil fit appeler ce préire pour rendre raison de sea discoors téméraires. Il y parat^ il reconnut sa faute el l'avouant humblement^ il se soumil à la peine qu'on voudrait lui imposer. Mais les chanoines trouvèrent fort mauvais qu'il eut fait paraître si peu de courage devant le conseil. Us Tinjurièrent à cette occasion et s'opposèrent à Ja soumission qu'il avait faite. Leur opposition irrita les esprits de la bourgeoisie^ et comme cette affaire ' tratna plus d'une année, il arriva qu'au 'commencement de Tan 1533, le jour du mardi gras, quelques jeunes bourgeois masqués allèrent saisir ce prédicateur, le mi« rent sur un tratneau, le menèrent par toute la ville pour servir de spectacle, en le fouettant publiquement, et l'ayant conduit jusques devant la maison du boureau, ils le laissèrent la avec le tratneau. Ds prirent en même temps deux vieilles images dans Féglise de Saint^Laurent, et les jetèrent dans la fontaine qui est près de la. '

Une action de cette nature si contraire à tous les canons de l'immunité ecclésiastique, choqua extrêmement l'évéque et les chanoines. Ils s'en plaignirent aux seigneurs de Fribourg qui en furent aussi fort irrités, et menacèrent les Lausannois de renoncer à leur bourgeoisie, s'ils ne s'acquittaient mieux de leur devoir envers leur évéque et leur religion. *

Peu de jours après maître Michel, ministre a Orroont dessus au gouvernement d'Aigle, fut à Lausanne, soit qu'il y eut été appelé par quelques particuliers soit qu'il y fut venu de son propre mouvement ; mais a peine y fut-il arrivé, que le zèle catholique dii clergé effrayé par la seule figure d*un ministre^ se remua vigoureusement

** Slettler U. 58. b.

> Id. m. a.

506 mcBSL uAAim, hais m vais,

pour robliger k se retirer sans lui permettre pour ainsi dire d'ouvrir la bouche. Ces deux événemens por» tes à Fribourg, y firent un g^and bruit. Le zèle des seigneurs de cette ville en fut ému. Us envoyèrent d'abord deux députés à Lausanne pour faire des remontranem aux conseils sur ce sujet : ces députés parurent le 17 té^ nier, devant le conseil des soixante. Ils se plaignirent : « 1. Dé quelques bourgeois soit habitans, qui avaient amené ou fait venir du lieu d'Aigle, un prédicateur la<^ thérien pour prêcher ; demandant, s*ib voulaient se dévoyer de leur ancienne foi et loi ? Bt s'ils voulaienl vivre autrement que leurs pères? Que s'ils le faisaient, Fribourg renoncerait a leur alliance. 2. Dos violences dont on a parlé, et quelques autres qu'on avait faites en rompant de nuit les portes des chanoines et des prêtres, etc. 3. Qu'ils ne voulaient pas payer letdtmea et les censés dues au clergé, et qu'on défendait mémo aux paysans de les payer. » Le conseil leur répon^t ; . « Qu'aucun particulier de Lausanne n'avait amené ce ministre dans la ville ; quoiqu'il fut vrai qu'il y avait été , mais qu*il n'y avait prêché ni en public, ni en par* ticulier ; qu'au contraire on l'avait d'abord fait ralirer ; qu'ils avaient dessein de vivre comme leurs pères.

a 2. Que ces Messieurs pouvaient porter leurs plaintes à l'évêque de ces violences, et qu'on lui aiderait à en faire justice.

a S. Qu'ils ne refusaient point de payer les redevan* ces, pourvu que les créanciers fissent voir leurs droits.' »

Le mois suivant, le ministre Michel fit encore iin voyage è Lausanne par ordre des seigneurs de Berne^

' MiD. Latts.

DB PasCBSR A LA0SAN1IB. )07

pour essayer s'il pourrait faire une nouvelle tenlalive» ei essayer s'il pourrait y être éconté. En mémo temps ces -seigneurs écrivirent aux Lausannois une lettre, par laquelle ils les exhortaient à Técouier. Cette lettre fut lue à Lausanne, le 27 mars, et le 1*^ avril ils répondirent aux Bernois que leur résolution était de ne point écouter de ministre. Ils renvoyèrent donc maître Michel sans Fentendre et sans lui permettre ^ prêcher. CependanI à la considération des seigneurs de Berne, ils lui payèreal sa dépense et celle des bateliers qui l'avaient amené ; et lui donnèrent deux hommes, un do la part de Tévéque, et un de la part de la ville pour le conduire hors d^ leurs terres ; mais en même tempe ils lui défendirent de revenir sans élre appelé. *■

Le bruit de cette aventure fut sans doute porté incessamment à Fribourg. Trois jours après , le vendredi 4 avril, on vit à Lausanne plusieurs seigneurs du petit el grand conseil de Pribourg, députés pour faire de nouvelles remontrances aux Lausannois, et pour soutenir les intérêts de Tévêque et du cl^gé. Ils parurent devani le grand conseil des deux cents , le vendredi 4 avril , et lut proposèrent divers articles, sur lesquels ils demandèrent réponse et particulièrement sur deux : 1 8ur la manière de vivre ; -^t 2 sur les violences qu'on avait faites aux gens d'église. On leur fit la réponse qu'on avait dqk faite au mois de février. Le lendemain samedi 6 avril (veille du dimanche des rameaux, ) ces députés parurent encore devant le même conseil. Us haranguèrent vivement pour détourner les Lausannois de la réformation , les menaçant de nouveau , de renon*

Ibid. 580. b.

S06 LàXfBAMBM.

cer à leur alliance s'ib remlnassaieiit. En même femps , ils lear proposèrent de la part de Tévéque : « qu'il youlait lear accorder le pouvoir de saisir les gens de jour ; et qu'ils lui accordassent de faire saisir de nuit par ses officiers. » Les Lausannois acceptèrent le premier et refusèrent le second. Pour le reste , le bourgmatire Jean de S. Cierge > leur répondit civilement au sujet de leurs remontrances ^ et fit des protestations solemnelles contre leurs menaces. A cette occasion les députés de Fribourg assignèrent les Lausannois à une con» Carence 9 ou journée de marche qui se tiendrait à Payeme^ le dimanche suivant de Quasimodo^ qui était cette année-la le 20 d'avril. '

Les Lausannois recoururent aux seigneurs de Berne , les priant de leur accorder leurs bons avis et leur secours dans cette affaire. Les Bernois leur promirent l^ur assistance avec générosité, et envoyèrent des députés à cette journée de Payerne, pour apprendre les raisons, pour lesquelles les Fribourgcois voulaient rompre avec Lausanne, et offrir leur médiation aux parties pour les réunir. Ils les chargèrent de représenter aux Fribourgeois , que leurs prétendues raisons n'étaient pas suffisantes pour renoncer à cette alliance, d'autant moins que les deux villes de Berne et .de Fribourg avaient toutes deux ensemble contracté cette alliance avec Lausanne. Les Lausannois se plaignirent aussi à Berne des chanoines, qui leur enlevaient leurs privilèges^ et souhaitèrent que les députés de Berne allassent de Payeme a Lausanne. Les Bernois y consentirent, et donnèrent ordre à leurs députés de s'informer des plaintes des

' Idem.

CONFÉRBUCB DB PATBRNB. )09

bourgeois > et de travailler à porter Tévégae et le chapitre j à 8e contenter de leurs droits y à rendre justice aux autres et à les laisser posséder paisiblement leurs privilèges ; leur remontrant que les seigneurs de Berne seraient obligés en vertu de leur alliance^ de prêter main forte à leurs comboùrgeois. ^

La conférence se tint à Payerne; les parties y assbtèrent aussi bien que les députés des deux villes , Berne et Fribourg. Les Lausannois présentèrent à'ces députés^ dans cette rencontre, nn nombre surprenant d'articles de plaintes atroces y contre Té véque et son clergé, fl y en avait onze contre Tévéque^ et dix-huit contre le clergé. Les uns regardaient la corruption étrange de ces ecclésiastiques , et les autres roulaient sur diverses infractions de leurs droits , ou des loix de la justice. J^ai dqà rapporté les premiers dans mon discours préliminaire^ qui est a la téie du tome premier de cette histoire , on on peut les voir, dans les pages 32, 33^ 34, 35 et 36. Je ne les rapporterai donc pas ici, pour ne pas grossir inutilement ce volume^ Les antres étaient I. « Que ré véque avait défendu aux curés , vicaires et confesseors, de donner l'absolution à Pâques, aux pénitens qui avaient mangé du beurre et du fromage en carême, ce qui est disaient-ils contre Dieu et raison. IV. Qn'il avait contrevenu à Tordonnance des trois états ^ touchant la monnoie, qui devait être bonne. IX. Qu'ayant confisqué les biens d'un boui:geois condamné à mort ponr crimes , il n'avait pas voulu payer ses créanciers, ni rendre à sa veuve sa dot et ses autres droits : ce qui leur semblait être contre tout droit. ' »

* Ma. Amp. 128. B. Instr. 250.

' B. Arch. pap. inut. n. 6987.

SIO LAUSAmiB.

L'évite de son c6të se plaignait, que lea liaiisaniiois altentaieni à son autorité, par réiablisaement qu'ils avaient fait d'un bourgmattre Tan 1529,auUeu des syndics qu'ils avaient auparavant. Les chanoines se plaignaient des violences qu'on leur avait faites, à eux et à d'autres ecclésiastiques.

C'était l'usage des journées de marche, (comme on les appelait, ) de prendre pour juges des différends qui s'élevaient entre deux villes alliées, des conseillers de ces villes mêmes, qu'on déliait du serment de fidélité qu'ils avaient à leur bourgeoisie , afin qu'ils pussent juger en toute liberté. Suivant cet usage, deux conseillers de Fribourg et deux de Lausanne furent établis pour juger de ce différend; le lundi, 21 avril, lesdépu* tés de Fribourg et de Lausanne plaidèrent leur cause devant eux. Comme les plaintes étaient graves de part et d'autre , et^que Tanimosité était fort grande entre les parties > les juges ne trouvèrent |>a8 à propos de prononcer encore leur sentence, et renvoyèrent leur décision à une autre journée, qui se tiendrait à Payerne le 18 mai. Le conseil de Berne y envoya encore ses députés, avec ordre de travailler à accorder les deux parties, et de porter les seigneurs de Fribourg h demeurer dans leur alliance avec Lausanne ; leur remontrant qu'ayant embrassé cette alliance conjointement avec Berne , ils n'étaient pas en droit d'y renoncer sans le concours des Bernois. '

Cette seconde journée n'aboutit à rien. Le même jour qu'elle devait se tenir, il arriva à Lausanne une

* Steitler H. S9. a. Ms. Amp. 137. Inst. S55. Arch. Laus. Il y a de l'erreur dans les chiffres de Steltler. Vo]r. sur une action toute semblable en IS58 , le Manuel de Lausanne p. 414.

sibiTioir. SU

nouvelle sédition qui fiiil Uen voir l'animosité qu'il y avaii entre les parties et la férocHé des mœurs de ce siècle là* I<e 18 mai, jour de dimanche^ plusieurs personnes jouaient h la paume ; et comme on fit un coup qui fut disputé, on en demanda les avis des assistans. Un banderet delà ville, qui était présent en dit sa pensée, comme il le jugea à propos. Cela déplut à un chanoine de relise cathédrale, fils de Barthélemi de Prez, seigneur de Corsiersur Lutry^ qui était de la pEàrtie. Cechanoinecuréde Saint-Paul, brutal et emporté comme il était, ei plus prompt à. manier les armes que le bréviaire, se sentant offensé de la décision du banderet, lui donna un démenti en l'appelant méchant homme, et le chargeant de diverses autres injures. Le banderet irrité se plaignit au conseil de la ville, et au capitaine de la société de la jelinesse. U fut arrêté que la maison de ce chanoine serait mise au pillage et l'on sonna le tocsin. Le chanoine étant averti de ce complot mit une bonne garnison a sa maison, tant de prêtres que de laïques qui firent une vigoureuse résistance contre les bourgeois ; mais enfin il fallut céder au nombre, et la maison fnt prise et pillée. Cependant il n'y ^ut que quelques personnes blessées dans ce conflit. * Cette affaire rendit inutile la journée de Payeme^ et donna matière à de nouveaux griefs.

n y eut donc à Lausanne une conférence entre les députés de Berne et de Fribourg pour terminer toutes ces difficultés; mais ils ne purent faire autre chose que de n^ler un accomodement entre Tévéque et la ville. Ils décidëftent donc le 29 mai, I. « que l'emploi de bourgmattre subsisterait. U. Que cependant pour don-

^ Mfl. Thom. S7.

212 LAUSANNE. ACCOHMODEMBNS.

ner quelque salisfaclion à Tcvéque^ le bourgmaître irait le trouver avec quelques conseillers^ lui en ferait coni'' pliment^ et le prierait de leur pardonner s'ils avaient fait quelque chose contre son autorité ; bien entendu que cette démarche ne porterait aucun préjudice aux fran* chises de la viHe. III. Que les Lausannois devaient être maîtres de leurs murailles et de leurs portes selon leur ancien usage. TV. Qu'à l'installatioa de l'évéque^ la ville lui présenterait les clefs et que l'évéque les remettrait à Messieurs de la ville. » Us ordonnèrent aussi que les réglemens faits par le chapitre contre les ecclésiastiques qui tenaient des femmes débauchées dans leurs maisons seroient exécutés ponctuellement. Enfin ils réglèrent quelques autres articles peu intéressans pour notre histoire^ en particulier celqi de la monnaie. ^

n restait encore à accommoder les chanoines avec la bourgeoisie, et les seigneurs de Fribourg avec la ville de Lausanne, avec qui ils voulaient rompre. Comme la chose traînait en longueur, et que les Lausannois paraissaient ne s'empresser pas beaucoup à faire la paix avec leur clergé^ le mercredi 11 juin, les chanoines prièrent le conseil de prendre un terme fixe -pour ac» commoder le différend qui était entre eux et l'évéque d'un côté, et la ville de l'autre ; disant qu'ils voulaient venir à paix et à concorde. Les conseils consentirent de différer la journée de marche jusqu'à la St-Gall, ' mais cette journée n'eut pas lieu, je n'ai pas pu en décoovir la raison. Elle fut renvoyée au lendemain de la Chandeleur de Tannée suivante 1 534 à s'assembler à Fribourg. Le conseil de Lausanne y députa sept conseillers^

^ Arch. du Chat, de Laos. Man. Laus. 590. ' Man. Laus. 399.

FARBL SAISI A DOMPIEEaB. S15

François de Prez^ Etienne Loys^ Girard Grant, Jean de St-Cierge bourgmaîire aVec trois aytres. Ces dépotés n'ayant pa en venir à un accommodement^ firent renvoyer la journée au 201 avril ^ ' mais cette journée ne fut pas plus fructueuse que les autres^ et malgré les soins des seigueurs de Berne quoiqu^en dise Steltler, * les Lausannois ne furent accommodés ni avec Fribourg, ni avec leur évéque. Les animositéa durèrent toujours entre ces parties^ et l'évéque fit bientôt après éclater son ressentiment contre les Lausannois, comme on le verra dans la suite. ^

Farel fut occupé Van, 1533 en divers endroits pour Tavancement du règne du seigneur. Passant un jour sur les terres de Fribourg dans le mois d*avrii^ il fut arrêté au village de Dompierre par les paysans qqi le conduisirent à Doçadidier auprès de leur baillîf. Blaîs le baillif n'ayant ppintd'ordte de ses maîtres de le saisir^ le relâcha. Les Bernois s'étant plaints * a Fribourg de celte saisie^ les Fribourgeois excusèrent leurs sujets en disant^ que ce n'était pas Farel qu'ils avaient eu en vue^ mais le ministre d'Orbe, qui avait agi et parlé contre eux d'une telle façon, que s'ils le trouvaient sur leunT terres, ils le saisiraient. Les Bernois leur répondirent, qu'ils ne devaient point user de violence contre ce ministre, mais que s'il avait violé quelque loi, ils devaient le faire punir suivant Tusage de la justice et conformément aux lois. Us se plaignirent aussi du baillif de Grandson, et dé^

« Man. de Laus. «00. ftOl. b.

» Pa(ç. 89. a.

' Voyez ci-dessous. Vojez* aussi pour ce qui regarde Fribourg « dans le Livre sniyant Section VIII.

^ Au mois de Mai.

%ik jTA&BL PaâCBB A PAYBRHB.

clarèrent aux Fribourgeois, que s'il lui arrivait de faire de nouTelles fautes ils ne lui pardonneraient plus. '

Quelque temps après, Farel eut occasion d'exercer son zèle et sa patience à Payerne. Les bourgeois de cette ▼ille-là, toujours zélés pour la religion catholique et sans doute animés par les moines del'abbaye, ne remplirent pas mieux que les années précédentes la promesse qu'ils avaient faite aux seigneurs de Berne^ de laisser prêcher tranquillement la doctrine évangéliqne. Ils ne cessèrent d'inquiéter et maltraiter les réformés d*entr'eux^ travaillant à éloigner les ministres qui leur venaient prêcher^ et punissant ceux qui les logeaient. C'est pourquoi lorsque les Bernois envoyèrent des députés à Payerne^ le 6 juin^ ' pour renouveler Talliance selon la coutume, ils leur reprochèrent le peu de compte qu'ils faisaient des seigneurs de Berne^ et leur dirent qu'absolument ils rompraient leur alliance et ne la renouvelleraient point, s'ils ne promettaient de bonne foi de laisser en paix les réformés. ' Ils le promirent; mois ce fut tout comme auparavant. Les catholiques sont-ils obligés de garder la foi aux hérétiques ? Cela n'est pas dans leur credo. En effet sept Vu huit jours après^ le dimanche 15 juin, Farel comptant entièrement sur la promesse solemnelle de ces bons chrétiens, alla de Horat à Payerne dans le dessein d'y prêcher. Mais on lui ferma les deux temples ; celui de la ville , et celui de l'abbaye. Se voyant rebuté de ce côté-là, il se mit à prêcher sur le cimetière; mais le conseil étant survenu avec le banderet en tête le fit mettre en prison. Et ce ne fui que Tannée suivante que les réformés de Payerne eurent la

* B. Inslr. 252. Ms. Grooss.

' Ms. Amp. m. B. Instr. S57.

SAGES mlQUnUNS OS MODDON. t|5

permission de prâcher dans le temple de la ville, qu'ils appelaieni la Chapelle. '

Quelque temps après^ Farel pria les seigneurs de Berne d'intercéder auprès du roi de -France en faveur de ses frères et de ses parens, dont les uns étaient pri«sonniers, et les autres fugitifs pour cause de religion. lie roi leur répondit fort fièrement le 4 octobre ; * que la prière ni d'eux ni d'aucun autre ne l'empêcherait ja* mais d'exterminer les hérétiques de son royaume. Ap* paremment il était irrité contre eux de ce* qu'ils n'avaient pas voulu non plus que les autres cantons renouveler Talliance avec lui, quoiqu'il les en eût feiit sol* Kciter par son ambassadeur dans une diète tenue k Bade vers la fin de juillet. ^

Farel fut- aussi employé cette année à Genève ; mais avant que d'en parler, U faut voir ce qui se passa dans quelques autres villes du pays de Vaud.

On a déjà vu dans plus d'un endroit de cette histoire, que pendant que les ecclésiastiques s'abandonnaient è l'impureté comme de vrais épicuriens, les laïques faisaient paraître plus de probité qu'eux et plus d'éloignément pour le vice. Le conseil de Houdou' mit a l'amende un bourgeois au commencement du carême pour avoir loué sa maison à une femme débauchée, fin même temps il ordonna à toutes les femmes de cette espèce, comme aussi à ces scélérats qui corrompent la ieunesse par le commerce abominable de ces prostituées, de vider incessammebt la ville sous peine d'une 0Btrapade de corde. Et parce qcL'elles ne voulurent pas tfbéir, on les mit en prison. ^

* Mft. Groou.

' Ma. Grooss.

* Rc|ptr. de Moudon^

216 YIEBT A PATBRKE.

Quoique Farel eût été si mal reçu à Payeroe, cependant ce mauvais traitement ne rebuta point Virct. H y avait dans cette ville-là plusieurs bonnes âmes qui soupiraient après la réformation^de l'Eglise^ et qui souhaitaient qu'on leur prêchât la pure doctrine de TEvangile. y i ret alla donc a Pay crne pour les édifier et en gagner d'autres s'il était possible . Ils fit quelque fruit; mais il y rencontra aussi bien dès traverses de la part du clergé. Il entra quelques fois en dispute avec les prêtres du lieu^ une fois sur le baptême des petits enfans^ et une autre fois sur une question captieuse que le curé de Payerne vini lui faire. Je ne saurais mieux narrer la chose qu'il le fait lui-même dans une lettre qu'il écrivait aux seigneurs de Berne. Les lecteurs curieux seront bien aises del'entondreparler dans son vieux et naïf langage, a Le curé de Payerne^ (dit-il) me vint prendre en parole, moi demandant si les prêtres étaient larrons? auquel je répondis que tels les appelle la parole de Dieu, et que tels sont-ils^ comme par la parole de Dieu je m'offrais à le prouver et montrer. Et ne pouvais autrement répondre que Jésus-Christ n'enseigne sans dire mensonge et sans scandaliser les auditeurs qui étaient en grand nombre. A cette occasion les prêtres m'ont mis en droit, et je me suis offert devant la justice publiquement de maintenir et prouver par la parole de Dieu ce que j'ai dit. Déjà deux fois me suis présenté à la justice pour 8a<^ tisfaire à ma cause, mais elle; n'est pas vidée encore, à cause que le jour devant *que je devais répondre, le prêtre qui me trouva sur lé chemin me blessa si fort que je ne pouvais comparaître à la justice. * »

Il parait par ce récit de Viret, que les ecclésiastiques

^ Inter Epist. Farel. inédit, pag;. 210.

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