‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 3)Chapitre 14 sur 98 · TROUBLES A ORBE · texte numérisé non relu

TROUBLES A ORBE

étaient faits à Payerne tout comme ailleurs ^ et qu'ils étaient de rudes disputeurs^ qui repoussaient les argumens des hérétiques à coups de poings et d'épée. Il arriva, quelque temps après cette aventure^ que les sei^ gneurs de Berne, roulant envoyer des députés à Genève, pour y tirer raison des discours, insolens qu'un moine, docteur de Sorbonne, y avait tenus en chaire contr'eux, ordonnèrent à Farel, à Viret et à Froment ide se prépa^rer à accompagner ces doutés. Viret leur écrivit le je^di 1 jour de janvier l'an 1534, la lettre dont on vient de voir un fragment , pour l^s prier de mettre ordre, à ce qu'il ne se fit rien contre lui à Payerne, durant son absence : leur représentant que sans cette précaution^ les prêtres ne manqucraien^pas de le faire condamner par contumace, et de crier qu'il s'était retiré, parce qu'il se sentait incapable de soutenir sa cause, ce qui rejaillirait au grand scandale des réformés. Les seigneurs de Berne donnèrent sans doute les ordres nécessaires pour faire suspendre l'affaire de Viret à Payerne \ car il parut à Genève, à la suite des députés de Berne ^ comme on le verra en son lieu. Cependant il n'y alla pas d'abord^ parce que sa blessure ne fui permit pas de se mettre si-tôt en ch^smin, sur-tput à cause de la rigueur de la saison.

Cette année il y eut de nouveaux troubles à Orbe. Le dimanche , 4 jour de mai , les jeunes gens de la religion catholique , ayant à leur léte trois gentils-hommes, firent une assemblée , et prenant le drapeau de la ville, qu'ils ornèrent de branches de pin, ou de sapin, et s'ornant eux-mêmes chacun d'une guirlande du même arbre, ils se promenèrent de qptte manière, en faisant diverses insolences. Les seigneurs de Berne, en ayant été avertis par Jost de Diesbach, baillif d'Echallens ;^

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prirent cela pour une sédition formelle faite contr'eox , et dans le dessein de les insulter. '

En bien des choses de ce monde il n'y a de mti que celui que l'esprit y attache; telles sont plusieurs démar^ t;hes, plusieurs actions, qui sont indifférentes de leur nature inais qui deviennent mauvaises » par la mauvaise intention avec laquelle on les fait. Bien des gens qui ignorent les usages des anciens Suisses , seront surpris de ce que les seigneurs de Berne fussent si offensés de cette promenade. Mais il faut savoir, que ces ornemens rustiques des gens d*Orbe étaient ordinairement^ autant que j'en puis juger, une espèce de trophée, que les vainqueurs érigeaient pour humilier les vaincus : et que dans ce temps-là les catholiques romains prenaient ces branches de pin comme des manières de livrée , pour se distinguer des réformés. Les cinq cantons en avaieat érigé de semblables, après la guerre de l'an 1531 et les Bernois avaient aussi demandé qu'on les abolit. On verra ci-dessous * un exemple tout semblable à Genève. Ils regardèrent donc cette promenade des catholiques » sur-tout vu les insolences qu'ils y commirent, comme une insulte qu'ils voulaient leur faire. La dessus ils eih voyèrent (le 2 juin) l'ancien avoyer de Diesbach à Fribourg, pour représenter aux Fribourgeois : « Que comme ils étaient intéressés à la chose, aussi bien que les Bernois, ils n'avaient pas voulu punir ces séditieux sans leur concours; qu'ils devaient donc envoyer à Orbe, une députation avec eux pour ce sujet, et qu'en cas qu'ils le refusent, les Bernois ne laisseraient pas do punir les coupables. ^ »

• Ma. Tbom. 5tf . b. *

' Sur la fin da cbap. III. •

' Ms. Amp. 118. b. B. Inatr. Î55.

PUNITIOR DBS COUPABUU. Si9

lia réponse n'ayant pas élé favorabld^ les Bernois renvoyèreni de nouveaux députes avec ordre de deman* der aux députés de Fribourg, s'ils avaient plein pouvoir de punir les séditieux^ en corps et en bien^ comme des gens rebelles i leur souverain P Ils devaient aussi lear dire. « Que quant à eux ik étaient résolus de punir en corps et en biens les auteurs de ce soulèvement ^ et en cas qu'ils se fussent évadés de confisquer leurs biens ; et pour ceux qui y avaient simplement trempé^ de les punir par amende pécunaire. ' » *

Xes députés des deux villes étant écrives à Orbe^ assemblèrent la bourgeoisie ; et Tun d'eux fit une sévère réprimande à tous ceux qui avaient été de cette compa* g^nie^ concluant qu'ils devaient tons être mis en prison. lies coupables demandèrent pardon, protestant de leur innocence, et assurant qu'ils étaient et voulaient toujours être fidèles sujets. Mais nonobstant leurs excuses^ on en mit trente-et-un en prison tout kja fois, et quelques autres après. On les y retint deux jours et deux nuits; et au sortir de la prison , on les obligea de donner caution j corps pour corps , et bien pour bien ; et de prêter serment, de ne garder aucun désir de vengeance contre qoi que ce soit, pour cette affaire. Si quelqu'un ne voulait pas prêter ce serment, on le remettait en prison. ' Ensuite cette affaire ayant été remise à la journée des comptes entre les deux villes , le 20 septembre , les Bernois demandèrent, que les capitaines de la bande fussent condamnés chacun à 100 écus, les autres chefs à 50 diacoB, et les autres chacun à 4 ^. La bourgeoisie

^ Ms. Àmp. tS9. B. lustr. 959.

* Ms. Thom: 36.

' BIf. Amp. iSi. B. Instr..290.

2S0 JEAN t.B COMTB A ORBC.

d'Orbe envoya deux dépntés à Berne et à Fribourg pour demander grâce. Les seigneurs de Friboorg leur cédèrent leur part de l'amende, mais ceux de Berne ne voulurent pas céder la leur , jugeant l'honneur de leur religion blessé par la conduite de ces gens-là. ^

Parmi tous ces troubles la réformation faisait des progrès à Orbe , par \ës soins tant de Pierre Viret, que de Jean le Comte , qui y travaillait en l'absence de Viret. Voici ce que Jean Houlard en écrivit d'Orbe même (le 11 janvier), à Farel, qui était alors à Morat : «L'Evangile, maugréJSalan, croît et^de plus en plus confond les adversaires. — Notre bon frère , maître Jean à Cruce, s^en acquitte fidèlement etc. » ' Dans cette même lettre Houlard priait Farel de le recommander à Berne ^ pour lui faire obtenir le ministère de l'église de Mayry , qui avait embrassé la réformàtion, comme on l'a vu cidessus a Tan 1530.

Lorsque la paroisse d'Yvonan eut embrassé la réforroation à la pluralité des voix , ceux du village de Cheyres, qui dépendaient de celte paroisse, miais étaient sujets de Fribourg, ne voulurent pas s'y conformer. Les seigneurs de Berne demandèrent qu*ils s'y conformassent, comme étant membres de cette paroisse, et ne voulurent pas permettre ^ qu'ils remissent la chose entr'eux à upe nouvelle délibération. Mais ces paysans demeurèrent fermes dans leur résolution; et retinrent même leurs dîmes, qui appartenaient à la cure d'Yvonan. LL. EE» de Berne redemandèrent ces dîmes.

D'autre côté les Frîbourgeois se plaignirent des Berpois , de ce qu'ils avaient fait ppblièr à Yvonan un cdit

* Ma. Amp. lAO.'Ms. Thom. 1. c.

• Inter Epislol. Farci, ined. N« XXV.

• LA PRivdTé. 291

portant défense jd'allep à la messe dans les lieux d'alenlour. Leurs députés disaient . que cette publication était contre l'autorité des Seigneurs de Fribourg. Les Ber^ nois répondirent (le 11 ' septembre) , qu'ils n'avaient rien fait en cela que conformément au traité faitentr'eux pour le bailliage de Grandson , puisque cent d'Yvonan avaient souhaité d'eux-mêmes , d'embrasser la réformation de Berne. *

Les seigneurs de Berne furent occupés une partie de l'ai^. 1534 avec ceux de Soleure^ à pacifier les nouveaux troubles qui s'élevèrent dans la prévôté. L'arrêt prononcé le 29 septembre 1533 * par les députés médiateurs de ces deux cantons^ entre le chapitre de Moutîers Grand-Val, et Tes gens du pays, ne fut pas suffisant pour les mettre entièrement d'accord. Deux mois n'étaient pas encore écoulés , qu'ils eurent ensemble de nouvelles difficultés , sur le sens de trois articles de cet arrêt. Les seigneurs de Soleure en donnèrent avis à ceux de Berne, le 28 novembre de la même année, et demandèrent une nouvelle assemblée pour examiner cette affaire. ^ Mais comme dans ce temps-là l'état de Berne était occupé de la grande affaire des reformés de Soleure, qui lui causait d'assez grands embarras pour ne pas pouvoir donner beaucoup d'attention à des démêlés de moindre importance ; l'assemblée que Tétat de Soleure avait demandée, fut différée jusqu'au mois de mai de l'année suivante 1534. *

Ce long délai donna lieu à certains nouveaux excès , qui se commirent à Moutiers , au commencement de

* Ms. Afadp. 131. B. Inatr. 283 ■ Voyez Tom. IV. p. 341.

3 Apolog. 111.112. 113.

M tA peévôtI.

ce mois-là. On força , une nuit^ la porle da chœur de la grande église , celle da clocher elxelle de la sacristie , et on enleva même les serrures et les barrés. L'évâque titulaire de Bâle , prince de Porentrui , s'en plaignit amèrement aux seigneurs de Berne par une lettre datée du 1 2 mai , les priant, comime il avait appris qu'ils avaient marqué une nouvelle journée pour mettre d'accord les gens de ces montagnes avec leurs chanoines , d'avoir ces ecclésiastiques en recommandation , afin de les garantir pour l'avenir de semblables violences. Il leur apprenait en même temps, qu'il avait, persuadé à'ces chanoines, pour éviter de nouvelles insultes, de se transporter avec tous leurs effets, dans la petite ville deDelémont, la principale place de ces quartiersrià, et de sa dépendance, et d'y établir leur résidence ; qu'il leur avait donné ce conseil , pour empêcher qu'ils n'allassent ailleurs , ce qui aurait pu donner lieu à de nouvelles difficultés. *

Les paroissiens de Montiers Grand-Val, ayant appris qu'on les accusait d'être les auteurs de Tezcès dont on vient de parler, s'en justifièrent hautement par une lettre qu*ils écririrent sur ce sujet à LL. EE. de Berne, niant d'y avoir aucune part , et protestant n'avoir rien fait que ce qui leur avait été permis par les traités et les arrêts de leurs arbitres.

La conférence se tint à Berne, le 19 mai. Le conseil examina les difficultés des parties, conjointement avec deux députés de jSoleure : après quoi cette auguste assemblée prononça de la manière suivante :

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