‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 3)Chapitre 16 sur 98 · IL T EST REÇU AVEC DE GRANDS HOKKEURS. S · texte numérisé non relu

IL T EST REÇU AVEC DE GRANDS HOKKEURS. S

dos à 8a double dignité d'évéque et de prince ; mais tous ces honneurs ne satisfaisant pas son ambition^ il parut bientôt avoir en vue de porter son autorité plus loin qu^il ne l'avait fait jusqu'alors. En effet, il fit d'abord relâcher les chanoines et les prêtres qui avaient été mis en prison^ à cause du tumulte du mois de mai. Le trois juillet, après la messe du St-Esprit, et une procession générale où ce prélat assista en personne avec les députés de Fribourg et un président du comté de Bourgogne, il fit as* sembler le conseil général ; et fit demander à la bourgeoisie par ce même président, si l'assemblée ne le re» connaissait pas pour son prince ? On lui répondit qu'oui. Là-dessus il les fit exhorter à vivre en bonne union, et à ne pas recevoir la nouvelle loi. ^ Il ajouta de grandes menaces contre ceux qui avaient quitté la religion romaine. '

La conduite que ce prélat tint à Genève donna lieu de présunder qu'il n'y était venu que pour faire plaisir à Messieurs de Fribourg. En effet, il n'y demeura que quinze jours; et pendant ce temps -là il ne s'occupa d'antre chose que du soin de faire venger la mort du chanoine Wernli. D'abord il ordonna aux syndics de faire bonne justice des meurtriers. Il demanda ensuite que ses officiers assistassent au procès avec les syndics, ils le lui refusèrent, disant que cela était contre leurs libertés. Le vicaire de l'évéque fit saisir neuf citoyens qu'on regardait comme luthériens et qu'on accusait de la mort de Wernli ; dont les principaux étaient le sei^ gneur de Torrens, Ami Ferrin, Fierre Vandel, Jean Pécolat, etc. Les syndics demandèrent qu'ils leur fussent

^ Savion. Roset 1. c. Msc. Ghoutt.

' Stettler I. c. 60.

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remis dans viogt-quatre heures, conforméaieni à leurs privilèges. L'évéque répondit, qu'il évoquait la cause a soi, et qu'il en voulait juger. Les syndics s'y opposèrent encore ; et ce fut là la matière d'une longue contestation qui fut débattue avec chaleur. Les Fribonrgeois intéressés dans cette affaire^ prirent parti pour l'évéque, et les Bernois pour la ville. ^

Cependant Gaspard Wernli^ ennuyé de la longueur de ces procédures, et impatient de venger la mort de son frère, vint aux environs de Genève dès le commencement de juillet^ accompagné de plus de cent hommes armés ; et alla se camper a Gaillard, village de Savoye, a une lieue de Genève, d'où il menaçait et insultait les Genevois qu'il croyait ne lui être pas favou râbles ; il est vrai que les seigneurs de Pribourg en» voyèrent défendre a ces gens -là de passer le lac; mais ils se moquèrept de cette défense. Non-seulement ils traversèrjBnt le lac ; * mais de plus ayant reçu du secours du comte de Genevois^ ' ils commirent diverses hostilités et violences autour de Genève; en particulier, ils prirent trois châteaux au seigneur de Torrcns qui était en prison à Genève, hors d'état de se défenAre. 4

Les Bernois informés de ce qui se passait, envoyèrent le douze juillet de nouveaux députés à Fribourg et à Genève, pour solliciter les deux villes à ne point permettre à leurs gens d'en venir à des voies de fait, de peur de s'engager dans une guerre. Ils leur mettaient devant les yeux, d'un côté les articles de leur alliance réciproque, et de Tautre, le danger auquel on pouvait

* Savion. Roset III. 15. Ift.

* et ' Savion. Roset. III. tft. Mac. Ghouet. ^ SteUler 1. c. 80.

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par-là s'exposer dans ces conjeclures périlleuses. En particulier ils exhortaient leurs alliés de Fribourg à se contenter de Tadministration de la justice ; offrant d y contribuer de tout leur pouvoir, aussi bien qu'à la conservation de la tranquillité. Ils écrivirent aussi fortement à la ville et à l'évéque de Genève, pour le» exhorter à se faire justice réciproquement. Ils en firent de même aux officiers de Vaud, et les avertirent de ne se point mêler de cette affaire^ de ne point insulter les Genevois à cette occasion et de n'entreprendre aucune hostilité contre eux. Les députés de Berne ayant exécuté leur commission à Fribourg, le grand conseil de Fribourg députa diverses personnes considérables avec eux à Genève^ les deux avoyers, les deux trésoriers, le greffier^ et d'autres seigneurs du petit et du gran4 conseil. Les uns et les autres étant arrivés à Genève, les Genevois leur firent diverses plaintes des entreprises violentes de révéque qui semblait s'entendre avec les gens' de Wernli. Là-dessus les députés des deux cantons se divisèrent. Ceux de Fribourg soutinrent la prétention de révéque avec chaleur, menaçant même les Genevois, et leur disant, que si on empêchait l'évéque de leur faire justice, ils trouveraient bien moyen de venger cette mort. Les Bernois au contraire soutinrent les droits des €renevois. Enfin pourtant les parties s'accommodèrent. On convint que les syndics et le conseil jugeraient de cette affaire ; mais que deux commis de l'évéque, deux de Berne, et deux de Fribourg assisteraient au procès ; cependant sans y avoir droit de suffrage. *

Au milieu de ces troubles, quelques Genevois crai<»

^ SteUler il. GO. Roset III. ik Ms. Ghoael.

236 l'BVBQUB QUITTB 6BMBVB.

gnant que l'évéque ne îi\ enlever les prisonniers remis au jugement des syndics ^ se tinrent en armes de nuit par la ville. En général le peuple murmurait de ce que ce prélat voulait porter trop loin son autorité et faisait opprimer des citoyens innocens^ contre toute justice. Alors révéque^ soit qu'il ne se crût pas en sûreté à Genève, soit qu'il feignit seulement de craindre quelques mouvemens de la part de ce peuple , sortit de Genève le 15 de juillet pour n'y rentrer jamais ; et dès lors il embrassa les intérêts du duc de Savoie contre la ville. Les syndics , avertis de son dessein par lui-même ou de sa part,' le prièrent de demeurer pour mettre ordre au bien de la cité. Mais il leur répondit qu'il était nécessaire qu'il s'en allât , parce que l'empereur convoquait les états de Bourgogne ; que d'ailleurs son séjour à Genève lui causait une trop grande dépense^ et lui revenait à quarante écus par jour outre son ordinaire; mais que du reste il reviendrait dans peu de temps pour le bien et le repos de la ville. *

Dans le même temps ^ Caspar Wernli congédia son monde et n'en retint que vingt hommes qui demeurèrent à Gaillard avec deux parens qui s'arrêtèrent a Genève^ pour solliciter un jugement.

Après le départ de l'évéque et de tout ce monde, les syndics examinèrent les prisonniers. Par les informatiens qu'ils prirent, il parut que c'étaient les ecclésiastiques qui avaient causé tout le désordre, et que Wernli lui-même avait été le principal auteur de la sédition ; de sorte que de dix prisonniers il s'en trouva neuf d'innocens, que les syndics firent relâcher. Le procureur fiscal

* Savioii. Roselllf. i5.

LB MBURTRIBR DB WBHNtl BXÉCOTÉ. 337

de l'évéque appela de celle sentence ; mais les syndics regardant le départ de l'évéque comme une désertion qui les laissait en pleine liberté , lui répondirent sur-lechamp : « Nous n'avons point de ^périeur , ainsi nous n'admettons point ton appel.» Le dixièmeprisonnier^ qui était un misérable charretier nommé Pierre Thoberel , surnommé THoste^ * ayant été convaincu par témoins , et ayant' confessé a la torture d'avoir tué le chanoine Wernli d'un coup qu'il lui avait porté par derrière^ dans le temps qu'il fuyait, fut condamné à avoir la tête tranchée, et exécuté le 7 août ; après quoi^ les députés de Fribourg s'en allèrent contens. '

Mais il n'en fut pas de même de Caspar Wernli. ^ Cet acle de justice ne fut pas capable d'assouvir sa vengence. Non content des voies de fait rapportées ci-dessus , qu'il avait déjà employées pour se faire justice a lui-même; ayant encore de. plus attaqué dans le Paysde-Vaud Thomas Baudichon, marchand Genevois, qu'il aurait tué sans le secours de quelques marchands de Strasbourg et de Constance qui voyageaient avec lui ; il fit demander hardiment au ponseil de Genève de mettre en arrêt trepte Genevois des plus considérables ; et de plus il en battit lui-même et en blessa plusieurs autres; enfin il agit avec un emportement extraordinaire. ^

Les Bernois trouvèrent sa conduite fort mauvaise, et envoyèrent le 13 d'août une troisième députation à ce sujet, premièrement a Fribourg et ensuite à Genève. Les Fribourgeois répondirent civilement qu'ils étaient

* Blatè Stettlcro dicitnr Lola. — Ce fut la victime offerte à Fri-' bourg. ( Ediieun )

' Sttttler II. 60. b. Savion p. m. 87. 88. Roset III. 16. ' Savion rappelle Pierre; mais il se trompe. ^ Stettler I. c. Savion ibid.

938 LES F&IBOUA6BOIS NB 80HT PAS VICOBA GOBTBHS.

disposés à empêcher dé tout lear pouvoir tout acte de violence et d'injustice ; mais qu'au cas que les Geneypis ne leur fissent pas. justice, ils les appelleraient à une journée de marche, conformément à leur alliance réciproque. En effets suivant cette résolution, ils envoyèrent à Genève, en septembre, u^e députation plus nombreuse qu'aucune qu'ils eussent envoyée ; elle était composée de députés du petit conseil, de celui des Soixante, de celui dès Deux-Cents, de la communauté, et même dé leur canton. Ils teur donnèrent ordre de faire partie à un des plus considérables citoyens de Genève nommé Jean Philippon, de sç présenter par devant le conseil général de toute la bourgeoisie et de les exhorter à s'engager par serment et par des actes authentiques , à garder leur ancienne religion. Les Bernois , ayant appris cela, y envoyèrent deux députés, le 11 octobre, avec ordre de se présenter aussi devant le même conseil général, et de leur remontrer qu'ils peuvent se souvenir que leurs excellences de Berne les avaient toujours assistés dans leur besoin , exposant leurs biens et leur vie pour eux. Que cependant i|^ ne voulaient point imiter les seigneurs de Fribourg qui leur proposaient de se lier par serment à leur anci'enne religion , et par là voulaient lier leurs consciences ; que quapt à eux, ils ne leur avaient jamais proposé de s'attacher a une religion plutôt qu'à une autre ; qu'ils s'étaient contentés de les exhorter amiablement , . en charité chrétienne et fraternelle, à vivre en bonne union ensemble, et à laisser à chacun la liberté de sa conscience^ à ne faire violence à personne pour cause de religion ; que c'était là la seule chose qu'ils leur demandaient à l'heure présente , puisque personne ne répondra de la foi d'autrui au jour du jugement; mais que chacun portera son propre fardeau

viN n^è DirricuLTis. i39

cl répondra de sa conduite au grand Juge de looie la terre ; les priant de ne se pas lier ainsi par un serment et par des actes ; mais de laisser a chacun la liberté de servir Dieu , selon les mouvemens de sa conscience.

En cas qu'on ne leur eût pas rendu une réponse favorable^ les députés avaient un ordre secret de demander aux Genevois le paiement de la somme qu'ils devaient à l'eut de Berne. *

On agita aussi dans cette occasion l'affaire du meurtre da chanoine Pierre Wernli, et des prétentions de ses parens.

La conclusion de cette affaire fut que Caspar Wernli serait contraint de se contenter de ce qui avait été fait. Ainsi les Genevois sortirent enfin de cette fâcheuse affaire, quoique avec bien de la peine^ et purent jouir de quelque repos. *

Le 16 octobre , les deux villes de Berne et de Soleure conférèrent ensemble au sujet des dix mille florins de Rhin pour lesquels elles avaient cautionné le duc de Savoie. Elles convinrent d'écrire au duc de payer dans an mois le capital et les intérêts ; faute de quoi elles mettraient les mains sur les hypothèques qu'il leur avait assignées par ses lettres de garantie. ^ Le vendredi , 26 décembre^ le duc envoya le baillif du Pays-de-Vaud à Berne , et après lui l'écuyer Piochet pour demander une prolongation de ce cautionnement. Les Bernois y consentirent encore pour un an. ^

Le 20 octobre les Genevois envoyèrent deux députés

* Ms. Amp. 13t. p. Instr. B. 303.

* Stettler 60. p.

' Instr. B. 306.

* Ibid. 330.

tftO L'ivÂQDK S'OPPOSB A LA ftirORMATION.

a révéque pour le prier de leur aider a sortir des dettes dont ils étaient chargés. L'évéqae^ pour toute réponse^ leur dit qu'il voulait qu'ils n'élussent plus de lieutenant du Vidomnat ^ (quoi qu'il fut élu sous son nom , ) et qu'il ne voulait pas non plus led en pourvoir, pour ne pas se brouiller avec le duc de Savoye. Mais les Genevois jugeant que la société ne peut pas subsister sans un tribunal de justice, continuèrent à établir un lieutenant ei des auditeurs, comme auparavant. *

Dans le même temps , l'évéque écrivit aux moines do Genève^ de ne prêcher que selon l'ancien usage sans aucun changement. Ils produisirent cette lettre au conseil, qui leur répondit, qu'ils ne devaient prêcher que l'Evangile, sans rien avancer qu'ils ne pussent prouver par l'Ecriture. *

Un mois après l'évéque écrivit aussi au conseil, pour les exhorter à persévérer dans la religion de leurs pères ; a chasser les docteurs de la nouvelle ; a défendre de lire l'Ecriture Sainte en langue vulgaire , et à faire publier ces choses à son de trompe , sous de grosse^ peines ; les assurant que s'ils le faisaient, il ne leur manquerait pas au besoin. Mais les Genevois avaient si souvent éprouvé depuis 10 ans son humeur changeante, son peu de fermeté et le peu d'inclination qu'il avait à leur faire véritablement du bien, qu'ils jugèrent aisément qu'il n'y avait pas grand fondement à faire sur ses promesses. On fut d'ailleurs indigné de pareilles propositions si peu chrétiennes^ et si scandaleuses, surtout venant tle la bouche d'un prélat. Le conseil déclara nettement au vicaire , que ces articles de défense étant contraires à

* Savion. p. m. 89.

' Ms. Ghouet.

FUEBITI PaSCBB A ST. PIERRE. 241

tout ce qu'on avait publié le 30 mars ^ et juré une 2* fois le 26 juin, que d'ailleurs les sanctions pénalesque Tévéque y avait attachées^ étant contre les privilèges de la bourgeoisie , on ne pouvait pas consentir à leur publication. Le clergé de Genève , voyant ses projets échoués de ce côté-là, fit venir de Montmélian un dominicain, docteur deSorbonne fort célèbre et assez savant, nommé Guy Furbiti, pour y prêcher Tavent. Le clergé voulut qu'il prêchât dans l'église cathédrale de St Pierre, contre la coutume, au lieu qu'il ne devait prêcher que dans le couvent de son ordre. Ainsi le 2 décembre , on le conduisit pompeusement dans la grande église , avec une troupe de gens armés , comme s'il avait eu besoin d'escorte, et qu'il eût craint la persécution. Ce théologien^ ha^di et violent, commença ses prédications d'une manière qui causa un grand tumulte, et qui eut de grandes suites^ plus qu'on ne s'y serait attendu. Parlant des bourreaux du Seigneur, qui ^près l'avoir fait mourir, s'étaient partagé ses habits , il fit allusion aux hérétiques qui déchiraient son église^ tels que sont les Ariens, dit-il, les Sabelliens et les Allemands. Il déclama en même temps avec beaucoup de véhémence contre cefc qui mangeaient de la viande dans les jours défendus ; qui lisaient l'Ecriture Sainte en langue vulgaire ; qui ne voulaient pas reconnaître le pape, les évéques, etc. et particulièrement contre ceux qui les protégeaient. Enfin il prononça diverses injures grossières contre les uns et les autres , les traitant d'hérétiques , de chiens enragés , de juifs, de turcs, de gens piresque les juifs, etc. et exhorta ses auditeurs à n'avoir aucun commerce avec eux. ^

' Savlon III. 89. Roset III. 17. Ms, Ghouet. Hottiog. 678. Spanh. Geneva Rcsiît. 63. OU, Ms. Amp. 155.

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