‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 3)Chapitre 17 sur 98 · S42 DUMOULIN ET FROMENT PROTESTENT · texte numérisé non relu

S42 DUMOULIN ET FROMENT PROTESTENT

Quelques réformos qui étaiéut présens ^ perdant patience^ se levèrent, et dirent tout haut que ce pré* dicateur prêchait directement contre la Parole de Dîea.

Antoine Froment, qui était revenu à Genève, se trouva aussi par hazard à ce sermon, avec un autre docteur protestant, nommé Alexandre Camus, dit du Moulin. A l'issue du sermon il y eut un grand bruit dans la cour de saint Pierre. Ces deux docteurs soutinrent que Furbiti avait prêché une fausse doctrine, et offri» rentde le prouver clairement par rEcriture Sainte. Mais le conseil ayant fait saisir du Moulin , le condamna à un bannissement perpétuel, sous peine de la vie. H s'en alla en France, et quelque temps après, il reçut a Paris la couronne du martyre, ayant été condamné au feu, pour avoir soutenu la vérité. On ne put pas d'abord saisir Froment, qui s'était évadé à travers la foule. Le conseil ordonna prise de corps contre lui. Mais il fut caché par les réformés. En même temps le conseil ordonna à Furbiti, de ne rien prêcher qu'il ne pût prouver par l'Ecriture Sainte. *

L'affaire n'en demeura pas là. Les seigneurs de Berne en ayant été informés , s*appliquèrent tout ce que Furbiti avait dit contre les hérétiques et leurs fauteurs ^ qu'il avait désignés assez clairement par le nom d'Allemands. Le 21 décembre ils écrivirent à Genève une lettre de reproches et de plaintes , <c de ce qu'on chassait de la ville leurs serviteurs, gens attachés à la Parole de Dieu : qu'il fallait plutôt chasser ceux qui prêchaient l'erreur et le blasphème contre Dieu et son honneur. » Ha concluaient par demander que Furbiti fût arrête ,

* Idem.

FURBITI BST ARRETA. )/|5

déclarant qu'ib lai faisaient partie crimiaelle, et qu'on leur marquât un jour ^ pour venir former leur plaiate contre lui. Cette lettre fut Toccasion d'un grand trouble dans là ville. Les catholiques surent je ne sais comment^ ce que la lettre contenait , avant qu'elle eut été ouverte en conseil. Ils se mutinèrent; et pour se distinguer des réformés ils mirent une branche de pin sur leurs bonnets ^ et plusieurs se mirent en armes. Le procureur fiscal fit aussi armer les prêtres^ et fit saisir un homme qui avait été autrefois banni de la viHe. Le grand conseil > ayant long-temps délibéré sur cette affaire^ pria le vicaire de l'évéque, de' s'assurer de Furbiti et de le prendre sous sa garde, jusqu'a-ce que cette affaire fut vaidée par voie de justice, pour ne pas préjudicier à l'autorité de l'évéqùe, ce docteur étant religieux dominicain. Le vicaire ne voulut pas s'en charger. Sur son refus les syndics s'en chargèrent. On donna six gardes à Furbiti , avec ordre de le suivre par tout même lors qu'il allait prêcher. Cette espèce de détention ne l'effraya points et ne lui fit rien rabattre de ses déclamations emportées contre la réforroation. Le vendredi 26 décembre fête de saint Etienne, il prit congé de ses auditeurs, feignant de ne vouloir plus prêcher. Mais le lundi suivant, 29 du mois, il retourna prêcher, et dans son sermon , parlant sur le même ton il dit entr'autres choses : Que tous ceux qui suivaient \h nouvelle loi vivaient méchamment^ et qu'ils étaient tous des plus vicieux. Les Genevois écrivirent à messieurs de Bqrne que le prédicateur était arrêté ; que cependant ils ne 'savaient point s'il les avait outragés , et qu'ils ne l'avaient pas ouï; qu'autrement ils ne l'auraient pas souffert, par le

su

FAatL. handement

devoir^ ( disaieni-iU ) que nous avons à vos seigneuries . *

Guillaume Farel appréhendant que les prédications de Furbiti ne produisissent de mauvais effets à Genève^ y retourna pour s'opposer à lui et commença à faire des assemblées' où il le réfutait. Les'Fribourgeois Tayant ap-^ pris, écrivirent là-dessus aux Genevois une lettre extrément forte qui leur fut apportée le 27 décembre. Ils y disaient/qu'ils avaient appris que Farel et d'autres prédicateurs étaient à Genève pour y prêcher la loi nouvelle; mais*qu'ils se gardassent bien de les écouter, ou de leur permettre de prêcher; qu'autrement ils renonceraient a leur alliance. '

Cependant le nombre des réformés croissait considérablement à Genève, et sur la iin de cette année 1533 on y en comptait déjà jusqu'à 400. ^

Le l^*" janvier de l'année 1&3^ le grand-vicaire de l'évéque fit publier dans toutes les églises paroissiales de Genève un mandement, portant défense de prêcher ou de faire prêcher, soit en public, soit en particulier, sans la permission jde l'évéque ou de lui son vicaire. Ce mandement portait aussi ordre à tous ceux qui avaient la Bible imprimée en français ou en allemaiid, de la brûler incessamment, sous peine de son indignation et d'excommunication. ^

On peut juger quel effet produisit une si horrible ordonnance dans l'esprir de ceux qui avaient quelque teinture du christianisme. Brûler les livres sacrés ! la règle

* SavioD p. m. 89. 90. Sis. Ghouet.

Savion. p. m. 90.

" Hotting. 675.

* Sation. Ben. Turretin. Hwt. Ms. Rei. Genev. apud Scultet in Annal. Evangel. p. m. &31. Spanh. I. c. 65.

SCANDALEUX DU OIIAMD VICAIRB. S&5

de vie que Dieu lui-même a bien voulu donner aux hommes par sa grande miséricorde^ pour leur montrer le chemin du bonheur éternel! Et tout cela ordonne par un conducteur ecclésiastique ! par un homme dont l'emploi est destiné à expliquer^ à inculquer les doctrines et les préceptes de ces livres sacres ! Quelle horreur! Jamais les Mahométans n'ont rien fait de semblable à regard de TAlcoran de leur faux prophète. Jamais les Guèbres qu'on accuse d'adorer le feu, n'ont pensé à rien d'approchant, à l'égard des livres de Zoroastre le fondateur de leur religion. Il n*y a que des chrétiens, ou plutôt des gens à figure de chrétiens, des loups cachés sous la peau de brebis qui fussent capables de semblables horreurs^ qu'on a encore vu renouveler de nos jours ; assurément les infidèles s'élèveront un jour en jugement contre de tels' chrétiens et les condamneront.

Le mandement du vicaire fit un effet tout contraire à cehii qu'il en attendait. Il donna beau champ à Farel el à Froment, de déclamer vivement contre le clergé romain et de peindre des plus vives couleurs sa tyrannie. Ils prêchaient l'un et l'autre dans les maisons, n'osant jpas le faire publiquement ; ynais ils n'en prêchaient pas avec moins de succès. '

IV. Dans le même temps les seigneurs de Berne envoyèrent à Genève une députalion de quatre conseillers^ ' pour avoir raison des insolentes déclamations du moine Furbiti. Ceux de Frîbourg l'ayant su y envoyèrent aussi des députés pour soutenir la religion romaine, et pour

* B. Turrelin et Spanh. II. cit.

' Sébastien de Diesbach, George Schoeni, Jacob Tribolet, et Xean Rodolphe de Graffenriedt.

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s'opposer au dessein des Bernois. Les députés des deux Villes y arrivèrent en même terops^ le dimancbe quatre janvier. Les Fribourgeois dirent au conseil : « Qu'ils avaient OUI parler d'un tumulte qui s'était élevé le lundi avant Noël, à cause de certains prêcheurs luthériens ; et que si on voulait leur permettre de prêcher et de vivre autrement que par le passé, ils renonceraient a leur bourgeoisie, ne voulant point souffrir qu'on attentât contre la juridiction de Tévéque. » Les Genevois leur répondirent, qu'ils voulaient vivre comme du passé, se* Ion l'accommodement qui avait été fait entr'eux. *■

D*autre côté les députés de Berne paraissant le cinq, le huit et le neuf janvier, demandèrent aux conseils le payement de la somme que les Genevois devaient à l'état de Berne^ disant, « que leurs seigneurs voulaient être payé$, ou mettre la main sur les hypothèques. Ils leur représentèrent aussi, que les seigneurs de Berne étaient fort surpris de ce qu'ils avaient permis à un moine de les injurier chez eux et d'attaquer leur honneur, efSle ce qu'ils maltraitaient de cette manière ceux qui professaient l'Evangile, les inquiétant, les chassant, les mettant en prison et les punissant ; pour ne pas parler des séditions et des conspirations violentes qui s'étaient faites auparavant et en dernier lieu, contre ceux qui souhaitaient de connaître la vérité divine ; et puisqu'ils permettaient ainsi qu'on les inj uriât, qu'ils leur laissaient a penser si c'était là une conduite conforme au traité d'alliance ; qu'ils les priaient donc de faire venir le moine devant eux pour les injures qu'il leur avait dites, et porter là-dessus un jugement, tel qu'ils voudraient qu'on Teur donnât à Berne, s'il s'agissait d'eux. » Enfin ils leur

*' Savion. III. p. m. 9r

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dirent neliemenl . « Que s'ils ne voulaient pas les payer et faire venir ce moine en justice, ils renonçaient à leur alliance, ne se souciant pas d'avoir de pareils allies qui n'avaient pas plus de soin de leur honneur; que cependant s'ils renonçaient à leur alliance^ LL. £E. de Berne sauraient bien trouver les moyens de soutenir leur honneur. » Ils ajoutferent : « Qu'à l'égard des autres articleS) qui étaient ceux de la doc|rine ou de la religion^ ils en laissaient le soin à Farel^ à Viret et à Froment^ qu'ils avaient amenés avec eux, qui devaient pour ce sujet disputer contre le moine; parce qu'il s'était vanté de vouloir soutenir par la Parole de Dieu tout ee* qu'il avait prêché ; que s'il pouvait prouver sa doctrine par la Parole de Dieu^ ils ne lui demandaient rien^ mais qu'ils feraient plutôt justice de leurs propres docteurs, comnfe ils avaient fait autrefois des dominicains de leur ville, *■ ne voulant pas souffrir qu'on leur préchdt autre chose que la vérité. * »

Les Genevois refusèrent de faire ce qu'on leur de* mandait. Ils répondirent que c'était là une affaire de religion t[ui devait être renvoyée par devanj^ des juges ecclésiastiques ; que le conseil n'en prenait point de eonnaissance , et qu'on priait ces députés de s'adresser au vicaire et à l'ofEcial»

Le conseil de Berne avait bien prévu que messieurs de Genève feraient celte réponse; c'est pourquoi il avait donné ordre à ses députés de se retirer, au cas qu'on la leur fit, et qu*on voulut constamment s'y tenir. Ainsi, suivant les instructions qu'ils avaient^ ils répon** dirent au conseil de Genève, qu'ils ne reconnaissaient

* L'an 1S09. Voyez ceUe bistonre i U fin dn tome premier.

* B. Instr. 33S. Ms. Amp. 135. Acta Disput. Gcnev. p. 18.

Stô FURBITI DEVANT LU DÉPUTIS DB BBRRB.

point d'autres jages que les conseils; tous les ecclésiastiques étant parties en cette affaire ; et que si on ne voulait pas leur faire justice^ ils avaient ordre de leurs supérieurs de remettre le traité d'alliance qu'ils avaient avec Genève^ et d'en arracher les sceaux, pour les emporter. '

Cette déclaration allarma les Genevois. Ils cherchèrent un tempéramroent pour satisfaire tout à la fois à leur religion et aux intérêts de leur ville. Ils trouvèrent à propos de faire venir Furbiti devant le conseil, de Tint€;rroger en présence des députés de Berne, et d'accommoder la chose à l'amiable s'il était possible. Furbiti comparaissant nia d'avoir voulu parler des seigneurs de Berne^ lesquels, disait-il^ je tiens gens de bien ; et ne voudrais, comment qu'il en soit, en dire mal ; mais pour te reste il ne voulut point répondre, disant : « Qu'il était religieux et docteur de Paris ; qu'il ne pouvait pas répondre devant eux qui n'étaient pas ses juges, sans la permission de son prélat et supérieur, qu'autrement il ferait tort aux privilèges de son ordre, à ceux de la faculté de théologie de Paris et a toute TEglise. ^ »

Un des députés de Berne lui objecta^ qu'il n'avait pas demandé licence à son supérieur de parler contre la vérité, et d'offrir au son de la grosse cloche de soutenir sa doctrine devant tout le monde par l'Ecriture Sainte. Un des ministres^ (apparemment Farel ), lui objecta aussi ; « que jamais ni prophète, ni apôtre^ ni même Jésus-Christ, n'avait demandé d'être renvoyé au juge spirituel ; que toute personne -doit être soumise aux puissances supérieures. » Il lui cita l'exemple de Jésua-

' Savion. 92. InsSr. et Ms. Amp. I. c. ' Act. Disp. Genev. p. 90.

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