‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 3)Chapitre 3 sur 98 · GENEVE ET LB DUC. 7S · texte numérisé non relu

GENEVE ET LB DUC. 7S

Cl que le duc de Savoie, craignant de perdre le pays de Vaud^ laisserait Genève en paix. Mais ce ne fut point cela. On a déjà vu dans le livre septième^ * comme quoi le duc ne voulut accepter de cette sentence que ce qui raccommodait. Et dès les premiers jours dejanviçr 1531^ il envoya un homme d'office à Genève pour y exercer le vidomnat en son nom, avec une lettre adressée aux Genevois (à qui il donnait le titre de ses chers et féaux, comme s'ils eussent été ses sujets) , leur ordonnant de le recevoir sous peine de son indignation. Les Genevois refusèrent de reconnaître cet homme-là en cette qualité, jusqu'à ce que le duc eut satisfait aux autres articles de la sentence dePayerne, et lui demandèrent; où étaient les sept mille écus qu'il devait leur payer et où était Bonnivard ? ^

De plus les iienevois étaient maltraités dans les terres du duc et les gentilshommes de la ligue de la Cuillère tenaient toujours la campagne en armes , de sorte que les Genevois ne pouvaient sortir de la ville sans être attaques, maltraités et blessés. ^ Cependant ils envoyèrent des députes à Bade pour y voir ratifier, par la Dicte ^ la sentence de Payerne, comme on en était convenu ; ce qui fut fait malgré l'opposition des ambassadeurs de Savoie j et il fut résolu que le secrétaire, après en avoir dressé les actes au net en parchemin, les porterait par tous les cantons pour y être scellés. ^

Sur la fin de février , la duc paya sept mille écus a Messieurs dePribourg^ et fit publier dans ses états do-

* Ch XI.

' Savion p. m. 89. 55.

' Ibid.

* Savion p. ni. 54.

76 ALLIANCE BBNOyVBLÉB

fense de faire du tort aux Genevois^ sous peiae de la

.vîe. *

Au commencement de mars , la combourgeobie el Talliance des trois villes fut jurée et confirmée de nouveau par leurs députés respectifs. La cérémonie s'en fit en particulier à Genève , le 6 mars^ dans le conseil général. On régala les députés de Berne et de Fribourg, el on les défraya. On leur fit aussi des présens; mais ceux de Berne ne voulurent rien prendre. On le leur avail défendu. '

Les Bernois ayant levé huit mille hommes pour la guerre deMuss, en donnèrent avis aux Genevois par une lettre qui leur fût apportée le 12. avrils et les prièrent de tenir prêts cent hommes pour joindre à leurs troupes y ce qui fut fait. ^

Cependant le duc , toujours animé du désir de s'approprier le vidomnatj fit demander à l'évéque une déclaration comme quoi il reconnaissait que le vidomnat lui appartenait. Mais Tovéque le refusa et fit savoir son refus aux Genevois. ^

Dans ce temps-là ^ les Genevois profitant de la tranquillité dont ils jouissaient 9 prirent diverses mesures pour leur sûreté. Ils fortifièrent le faubourg de Saint- Gervais ^ qui jusqu'alors n'avait été fermé que de gazons^ ils le fermèrent de murailles et l'environnèrent de fossés. ^ Ils résolurent en même temps dans leur grand-conseil de punir tous ceux de leurs bourgeois qui , du temps de |a guerre y s'étaient joints à leurs ennemis ; et que ceux

• Savion p. m. 5S.

' Id. p. m. S6.

• • Id. 58. •

• Id. 59.

AVEC BEam BT miBOlTBG. 77

d'enlr'enz , qui s'étanC troovés hors de la ville dans ce terap»-là, et ayant sa le dessein de leurs ennemis, n'y étaient point revenus pour aider à la défendre^ ou qui même par la crainte de la guerre et par lâcheté en étaient sortis, seraient obligés de prêter de nouveau le serment, et de payer un tant pour la façon de quelques toises des fossés de St^ervais. Les ecclésiastiques prêtèrent ce serment entre les mains des ^ndics , en présence du vicaire de Tévêque. '

Cependant le duc de Savoie fit diverses tentatives auprès de quelques cantons pour faire casser ralliance de Genève avec Berne et Fribourg,mais inutilement '• Le 46 juillet^ ses députés parurent à Berne, et après quelques autres propositions , ils demandèrent si Mes • sieurs de Berne voudraient envoyer une députationpour accompagner le duc de Savoie quand il irait prendre possession do vidomnat de Genève, et si après qu'il l'aurait en , ils voudrillent quitter la bourgeoisie de Genève? Ces seigneurs répondirent qu^iîs s'en tenaient à la sentence de Payerne sans autre déclaration ; ^ et le mois suivant ils envoyèrent un héraut à la cour de Savoye pour demander au duc de payer l'argent qu'il devait en Allemagne , et pour lequel ils l'avaient cao^ tienne. *

Les Bernois écrivirent aux Genevois à la fin du mois d'août, qu'ils avaient appris qu'on assemblait des gens de guerre contre Genève , et qu'ils étaient étonnés qu'on ne leur en donnât point d'avis, les exhortant en même temps è se tenir bien sur leurs gardes , et a se fortifier.

* * Savion p. m. 89.

^ Bern. Instr. 89.

Sàvion I. c. p. 60.

78 LES VAUBOUaGS BASiS.

Les Genevois répondirent : qu'ils avaient seulement ap* pris que les princes se préparaient à se jetter sur les cantons ^ s'ils entraient en guerre. Les Genevois le craignaient beaucoup^ parce que par là, ils couraient risque de se voir privés du secours des deux villes^ en cas de besoin. C'est pourquoi ils prièrent Messieurs de Berne de chercher la paix. *

niais pour ne pas s'attendre à un secours étranger, qui pouvait être incertain , ils pensèrent sérieusement à se fortifier. La ville de Genève avait alors cinq ou six fauxbourgs , qui faisaient ensemble un second corps de ville aussi grand que la, ville même. Celui de la porte de Rive, qui s'étendait jusqu'aux Eaux-Vives ; celui de Si-Antoine^ qui s'étendait jusques versSt-Victor ; celui de Sl-Legier^ qui s'avançait jusqu'au pont d'Arve le long de Plein-Palais et vers la Corraterie, jusques à l'hôpital des pestiférés , et enfin celui de àt-Gervais. Afin donc d'arrondir la ville, et de la mettre plus aisément et plus prompte«ment en état de défense , on résolut de démolir tous ces fauzbourgs, à la réserve du bourg de Four, et de celui de St-Gervais^ qu'on attacha à la ville par des murailles^ et Ton obligea les habitans à venir s'établir dans la ville. Les pierres et les autres débris des maisons qu'on y démolit^ servirent de matériaux pour construire les murailles et les boulevards. Pour fournir à toutes ces dépenses , les Genevois empruntèrent quelques milliers d*écus à Bâle. ' Mais ce grand changement ne se (ti pas si tôt.

Dans le mois de décembre, les gens du duc de Savoie firent, de nouvelles instances auprès des seigneurs de

' Savion62. * Savion 1. c. 63.

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