‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 3)Chapitre 24 sur 98 · FURBITI CONDUIT KM PRISON · texte numérisé non relu

FURBITI CONDUIT KM PRISON

menant de le faire d^une lelle manière que Messieurs de Berne et tous autres auraient lieu d'être satisfaits. On remit la décision au lendemain vendredi treizième. Ce jour-là les députes de Berne produisirent les articles de leurs plaintes, les dépositions des témoins et tout ce qui avait été dit et fait de part et d'autre^ continuant à demander justice. Le grand conseil ordonna: que le dimanche suivant au son de la grosse cloche , en l'église de Saint-Pierre à l'heure de midi^ Furbiti rétracterait les articles qu'il avait prêché ei reconnaîtrait avoir mal parlé contre l'honneur de Dieu et contre Texcellence de Messieurs de Berne, et tous autres gens en mettant avant , propos qu'il ne pouvait maintenir par la Sainte Ecriture, et avec ce dût absenter la ville de Genève, sans jamais soi trouver en icelle sous peine de la vie, etc. *

Le dimanche 15 février, il fut conduit à Saint-Pierre, marchant à grands pas quoique un peu pâle. Etant en chaire, au lieu d'y (aire la rétractation à laquelle il avait été condamné, il commença un discours où non seulemenl il se justifiait et faisait son apologie, niais donnait encore aux choses un tour malin. ^ Les syndics qui étaient présens le firent descendre et le conduisirent en prison. Quelques jours après on ordonna qu'il y serait étrojtement gardé jusqu'à ce qu'il fût disposé de satisfaire au jugement qui avait été rendu. Cependant il n'y était pas mal à son aise si nous en devons croire ce qu'un catholique en écrivait cette année-là ; Dieu merci il n'a faute de rien car il est fort en grâce des Dames, comme il^a été toujours , lesquelles ne lui laissent avoir faute

* Ib. ihS, ISO. Roset III. Ch. 23.

^ Ms. Chouet. p. 13.

S80 F. COUTBLIEK VIBNT PUBCHbIi LB CAaâMB.

de rien ; el la femme du geôlier qui aime grandemenl rEglise» lui fait tout service. Il est gras et en bon point, etc. * n y demeura deux ans dans cette espèce de prison, et enfin Tan 1536 il fut élargi ' à la sollicitation du roi de France, François I. qui écrivit en sa faveur comme on le dira en son lieu. Les Bernois consentirent facilement à sa liberté» parce que la prison d'un simple moine n*était pas ce qu'ils avaient le plus à cœur : c'était la réformation de la religion qui avait alors réussi selon leurs souhaits. Leurs députés pendant qu'ils pressaient l'affaire de Furbiti, travaillaient en même temps avec vigueur selon les ordres qu'ils en avaient reçus, à procurer une entière liberté à Tégard de la religion. ^ Le prédicateur, qu'on avait promis pour le carême» arriva au mois de février. Il était cordelier , et s'appelait François Coutelier. Il vint accompagné de quelques uns de ses confrères, et d'abord il se présenta devant le grand conseil , on il fit une longue harangue étudiée. II dit; « qu'il avait été envoyé par son provincial, poar prêcher le carême ; qu'il s'appliquerait si on voulait le recevoir, a le fiyre d* une manière que chacun en serait content. » Four persuader l'assemblée de sa bonne foi, il produisit neuf ou dix articles, sur lesquels il dit qu'il ferait ses sermons ; priant le conseil de lui en dire son sentiment, et d'en retrancher ce qu'il trouverait à propos. On les examina et l'on en retrancha trois, savoir le culte de la vierge , l'invocation des Saints et le purgatoire, avec les prières pour les morts. On l'exhorta vivement, à s'attacher sur-tout à m morale, a ne prêcher que le

* Act. Dûp. p. 189. B. Tarretid. I. c. ft35.

* Roset m. Gh. 93.

* Ma. Ghouet I. c.

LES BSanOIS réclament contre LDI. S81

pur évangile^ et à n'avancer rien qu'il ne pût prouver par le vieux et par le Nouveau Testament.' Il promit d'exécuter tout cela ponctuellement. *

Mais il ne s'en tint pas là; car quoi qu'il prêchât avec plus de modération que Furbili n'avait fait, plusieurs se plaignirent après ses premiers sermons , qu'il n'exécutait point sa promesse, et particulièrement les quatre

dcpuiés de Berne. Depuis leur arrivée, ils avaient fait prêcher dans une chambre particulière Farel, Viret et Froment, qu'ils avaient pris sous leur protection, et qu'ils disaient être leurs domestiques : mais ils formèrent alors le dessein de les faire prêcher publiquement, pour les opposer au cordelier , et se firent donner par le conseil de Berne des ordres pour cela.

Dès le commencement du carême , ils eurent plusieurs audiences dans les conseils , où ils représentèrent avec beaucoup de force : ce Qu'on était malheureusement trompé par le cordelier ; qu'il avait promis solennellement de ne prêcher que la vérité, mais qu'il ne s'appliquait qu'à la corrompre ; qu'il y allait de l'honneur des syndics et du gouvernement de ne pas perrareltre ce désordre, puisqu'ils avaient promis eux-mêmes qu'il ne s'attacherait qu'à l'Ecriture Sain te; qu'il prêchait une infinité d'erreurs, et qu'ils offraient de le prouver; que si cela continuait, leurs prédicateurs, qui étaient leura domestiques, seraient enfin obligés de le relever publi-t quement^ et de le censurer à haute voix ; que pour éviter cela ils avaient ordre de prier le conseil, de per-mettre qu'un de leurs prédicateurs prêchât pendant leur séjour en ville, dans quelque Eglise ou dans quelque.

i«ouvent; que le bien public l'exigeait néces8airemea,t '^

^ Id. p. 14.

28il ON REFUSB AUX BERNOIS DE LAISSER

que ce serait le moyen d'éviter le bruit et les divisions y puisque chacun ayant des prédicateurs à son gré, tout le monde serait content ; que les leurs n'avanceront jamais rien^ qu'ils ne prouvent en même temps par le Vieux ou par le Nouveau Testament y et qu'ils promettaient de ne parler ni de messe, ni d'images, ni d'autres controverses; qu'ils avaient encore un intérêt particulier à faire cette demande, parce que lors qu'ils passaient dans les rues, eux et leurs prédicateurs, ils entendaient que le peuple les traitait d'hérétiques ; leur reprochant qu*ils n'oseraient paraître en public, qu*ils prêchaient leurs hérésies dans les ténèbres et dans des étables à , pourceaux^ avec mille autres injures; qu'ils priaient donc le conseil^ de prendre à cœur leur honneur et celui de leur caractère, afin que pendant que leur présence serait de quelque utilité à Genève, ils pussent y rester avec quelque satisfaction ; qu'au reste personne ne serait contraint d'aller ouïr leur prédicateur ; et qu'alin qu'il n'y eût ni mécontentement, ni désordre, on pouvait choisir tel jour de la semaine et telle heure du jour^ aussi bien que telle église que l'on voudrait; et que leurs supérieurs leur en auraient une singulière obligation. * 3>

Les conseils, quelque penchant qu'ils eussent à accor- . der aux Bernois ce qu'ils demandaient, n'osaient pourtant le faire. Ils craignaient d'irriter les Fribourgeois, aussi bien que l'évêque et le clergé. Les suites de cette liberté pouvaient être très-dangereuses , par rapport au peuple; et ils appréhendaient d'clre blâmés dans le monde, en faisant une chose qu'ils ne croyaient pas

* Ms. Ghouei p. (5. 16. Conf. Savion. III. 95. 96. Roset UI. Ch. 2&. •

PRKCBR FUBLIQUEBIBMT FARBL. 885

avoir droit de faire. Ils répondirent donc d'abord aux

députés : « Qu'ils auraient bien souhaité d'être en état

de leur donner satisfaction y mais qu'il n'était pas en *

leur pourvoir de le faire'; que le gouvernement ecclé*

aiastique ne leur appartenait pas, mlis à leurévéqu^ et à son vicaire ; qu'on les priait de s'adresser à eux y pour

la place qu'ils demandaient : Qu'en l'état où étaient les choses^ ils ne pouvaient recevoir d'autre prédicateur que le cordelier ; que si on recevait le leur de la manière qu'ils le proposaient; on verrait indubitablement des séditions parmi le peuple^ comme on avait vu auparavant ; qu'on tiendra la main a ce que le cordelier exécute de* bonne foi ce qu'il a promis ; quQ,si leurs prédicateurs remarquent qu'il prêche des erreurs ^ qu'ils feront plaisir d'en donner avis et qu'on y remédiera; et que s'il s'écarte de son devoir on le chassera ; que l'on continuera de prier le vicaire et les sept curés, de prendre garde que la Parole de Dieu soit préchéedans sa pureté; que c'est là tout ce que les conseils peuvent faire ; qu'on était très-fâché des [insultes dont ils se plaignaient ; mais que s'ils voulaient nommer les auteurs, on tes punirait comme ils le méritaient ; qu'au reste, on avait fait un règlement, (ily avait à peu près un an, ) qui avait éié approuvé par leurs alliés de Berne et de Fribourg ; qu'on s'y était conformé jusqu'alors, qu'on s'en était bien trouvé^ et qu'ils étaient dans le dessein -de l'observer toujours. * »

Cependant quelque temps après, les conseils, vaincus enfin par les instances de ces députés., auraient souhaité, aussi-bien qu'eux, que l'on eût prêché publi-» quement la réformation ; mais par les raisons qu'on vient

* Ms, Ghouet p. i6. Roset et Savion 1. c

9d& FARBL PRBCHB PUBLIQUBMSIIT

d'alloguer , ils auraient voalu que la chose fût venae des Bernois mêmes , sans qu'il parût qu'eux s'^n fussent * mêles. Ainsi le 1 mars les députés de Berne parurent devant le grand conseil > et représentèrent, « qu'ils avaient reçu des lettres de leurs supérieurs ^ qui conti* nuaient de prier instamment les syndics et conseil, de permettre que du moins pendant leur séjour , un de leurs prédicateurs pût prêcher en l'une des paroisses, ou dans un couvent.» Ils appuyèrent cette demande par tous les motifs les plus touchans et les plus pressans. On leur répondit^ que les syndics et conseil n'oseraient leur accorder ce qu'ils demandaient, mais qu'ils jiourraient examiner eux-mêmes ce qu'il y avait à faire ; et que s'ils faisaient prêcher leurs prédicateurs , on n'était ni en état, ni dans le dessein de l'empêcher.

Il n'en fallut pas davantage. Après le dtner , une troupe de bourgeois, d'entre les réformés, allèrent prendre Farel , et le conduisirent dans la salle du oouvent des cordeliers , où il prêcha sans aucun obstacle. Ainsi le dimanche 1 mars 1 534 fut le premier jour qu'on prêcha publiquement a Genève la doctrine évangélique. » Il est vrai qu'il y en eut de grands murmurés parmi les catholiques. Le lendemain il en alla plus d'une vingtaine au conseil^ qui s'en plaignirent hautement. Ils demandèrent par quel ordre Farel avait prêché ? et prièrent de ne lui donner aucune protection : protestant pour tous les maux qui en pouvaient arriver. '

Les députés de Berne y comparurent quelques momens après. Ils déclarèrent : « Qu'ils n'avaient aucune part en cela ; que la chose s'était faite comme miracu-

* M*. Chouel p. 16. 17. Bosel III. Ch. S&. Sarion III. 96. 97. B. Turretin l.c. 437.

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