‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 3)Chapitre 25 sur 98 · DANS LB COCYERT DB' RIVE · texte numérisé non relu

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leosemenl^ et qu^ils en remerciaient Dieu, d Ils doinandcrent en même temps leur congé. On leur fit entendre que puisqu'ils se reliraient , ils feraient plaisir d'emmener avec eux leurs prédicateurs ; pour éviler le bruit, qu'on avait sujet de craindre , on résolut , en même temps d'envoyer des députés à Berne et à Frîbourg, pour les prier de 'travailler à apaiser les troubles, qui agitaient la ville, et de trouver quelque expédient pour accommoder les différends de religion. *

Ce fut par ces endroits , que Ton commença a prêcher la réformation publiquement dans Genève. Les députés de Berne recommandèrent avec beaucoup de soin leurs prédicateurs, et ceux qui les allaient ouïr. On fit pôur«tant quelques petits efforts, pour persuader aux uns et aux autres de (aire leurs exercices dans une maison particulière comme auparavant; mais il y a beaucoup d'a|> parence, qu'ils continuèrent do le faire dans le couvent de Rive, puisque le 2 avril le grand conseil défendit à Farel, de faire sonner la cloche ce jour*là , et le lendemain, pour observer la coutume; parce que ces deux jours étaient lejeudi et le vendredi de la^emaine sainte. ^

Cependant Messieurs de Genève prièrent LL. EE. de Berne de leur -envoyer une députation dont les Genevois feraient les frais, pour tâcher avec les seigneurs de Fribourg de pacifier la division qui était entre les bourgeois. Les seigneurs de Berne le firent de bon cœur. Ib envoyèrent des députés ( le samedi 28 mars ) avec ordre « de faire tous leurs efforts po^ir mettre la paix entre les Genevois ; et surtout d'obtenir que chacun eût pleine liberté de conscience, et d'empêcher qu'on

* Ms. Gbouet. p. 17. Savion p. 97.

' Ms. Chouet p. 17. 18.

286 LES FRIBOOBGEOIS SONT PRBS

ne chassât les ministres. Ils devaient aussi exhorter les réformés à ne rien faire qu'on pût blâmer et à ne point user de violence ; et leur dire secrèlcmeijt qu'ils s'étudiassent à la paix, parce que LL. EE. avaient déjà chez eux tant d'affaires sur les bras qu'ils ne pourraient pas leur donner du secours en cas de besoin. » Et comme le moine Furbili avait encore censuré les Bernois sur leur conduite à l'égard des biens de l'Eglise ; ces députés devaient s'en informer de Farel et en faire le rapport à la seigneurie de Genève, cependant sans faire partie expressément à ce moine. *

Les seigneurs de Fribourg mécontens de Messieurs de Genève depuis l'affaire de Portier y envoyèrent aussi des députés, mais ce fut pour rompre avec Genève. Ils voyaient avec beaucoup de chagrin les progrès que la réformation y faisait, et les soins que se donnaient les Bernois a cet égard, et ils ne doutaient point que cette ' ville changeant tout à fait de religion, ne prît dans la suite de plus étroites liaisons avec Berne iqu'avec eux. Cela lès engagea donc à s'entendre avec l'évéque et avec le duc de Savoye même pour prendre des mesures contre rétablissement de la réformation. Dès le commencement de cette année 1534 ils^ avaient toujours eu des députés dans Genève qui ne cessaient de solliciter les conseils, à s'opposer vigoureusement à l'introduction des nouvelles opinions; «c leur représentant vivement les suites que leur changement aurait infailliblement, et les menaçapt de rompre l'alliance qu'ils avaient avec

eux. ' »

Enfin, sur la fin de mars ils envoyèrent quatre dé-

* Ms. Ainp. 157. b. 138. B. Instr. 358.

* Ms. Ghouet p. m. 19.

DB ROMPRE ATEC 6BNSVE. 287

pulés des principaux de leur canton^ qui ayant demandé d'élrc ouïs dans tous les conseils Tun ^rès Taulre, même )}ans le conseil général du peuple, firent le 30 mars de longs discours qui aboutissaient à montcer a qu'on ne leur avait pas tenu parole à Tcgard de la religion; qu'on les avait plusieurs fois assurés que l'on vivrait conformément aux règlemens qui avaient été faits, et que cependant on se rangeait ou vertemen t à la secte des luthériens ; que Ton permettait à Farel de prêcher publiquement au son de la cloche dans le couvent des frères Mineurs; que d'ailleurs on ne gardait plus de mesures avec l'évéque, qui avait pourtant été réservé dans Talliance des troi? villes; qu'on lui avait donné une infinité de justes sujets de plaintes contenus dans un cahier qu'ils produisirent en même temps, et qui commençait par les rébellions, etc. et qu'ainsi ils pouvaient dire avec justice que c'étaient les Genevois les premiers qui rompaient Tallianca; mais que quoiqu'il en fût^ ils en avaient apporté le traité pour le remettre aux conseils, et pour ôter leurs sceaux de la copie de Genève et l'emporter

avec eux. * »

Quelque sujet que Ton eût de n'être pas content depuis quelque temps de la conduite de Messieurs de Fribourg; les conseils prirent la résolution de faire tout leur possible pour leur persuader de continuer Talliance. Ils répondirent donc : a Qu'on était dans la dernière surprise de voir leur dessein ; qu'on ne croyait pas avoir rien fait qui dût mériter un semblable traitement, que si on leur avait dit que l'on vivrait selon les règlemens, on tâchait aussi de le faire; qu'on leur faisait tort, en les

* Id. p. 19. 20. Savion IJl. p. m. 97. Rosct III. Ch. S5.

888 RBVRÉSBNTATIONS DO C0N8BIL.

accusant d'avoir ouvertement embrassé le luthéranisme; qu'on ne voyait encore ni cérémonies abolies, ni églises abattues ; que si Farel avait prêché et prêchait ^ncore^ on ne pouvait avec raison le leur imputer; qu'ils s'y étaient toujours opposés; que les députés de Berne étant venus pour avoir justice contre le dominicain qui les avait offensés publiquement, l'avaient amené avec eux ; qu'ils l'avaienS fait prêcher dans une des maisons qu'ils occupaient, 1. Xqu'ils n'avaient pu empêcher; et qu'ensuite Farel était t^iè lui-même soutenu de plusieurs citoyens, prêcher dans *i couvent des Cordeliers ; qu'ils en étaient très- fâchés, mais qu*on les priait de considérer les ménagemens que Ton avait à garder avec le canton de Berne ; qu'eux-mêmes avaient souvent donné ce conseil; que voyant qu'il n*était pas en leur pouvoir de remédier à cela, ils avaient envoyé à Berne et à Fribqurg demander des députes, qui vinssent pacifier de concert tous ces différends. Aiifti disaient-ils, ils ne croient pas qu'on puisse leur rien reprocher à cet. égard. Pour ce qui concerne l'évêque, ils sont surpris que le conseil de Fribourg prenne son parti plutôt que le leur, puisqu'ils sont alliés avec eux et nullement avec lui, et que le cahier des plaintes qu'ils produisent de sa part ne contient que des impostures et des calomnies comme ils peuvent facilement le faire voir ; que si l'évêque a été réservé dans l'alliance, ça été de leur part et non de celle de Fribourg, qui par conséquent n'est en rien engagé a cet égard. On prie donc ces seigneurs par le serment qu'ils ont prêté de maintenir les droits et l'honneur de la ville de Genève, comme les leurs propres, de la protéger contre lui et contre tous autres; et on les conjure de continuer l'alliance. Au reste s'ils demeurent fermes dans la pensée de la rompre, Genève n'y

FRIBOV&G ROMPT AVBC GBNKVB. IBO

donnera jamais son cohsentement , puisque d'ailleurs cela ne pourrait se faire sans la participatidn de Berne^ qui est une des parties et qui Ta jurée aussi bien qu'eux. * » •

Les députés de FriJbourg Après plusieurs prières qu'on leur en fit, repgrent leur traité d'alliance; mais, selon* l'usage de ce temps-là ils ajournèrent les syndics à une conférence de marche, qu'ils devaient convoquer à Lausanne le dimanche de Quasi modo 12 avril, c'est-a- 'dire^ huit jours après Pâques. Les syndics et le conseil firent tout ce qu'ils purent pour parer le coup, et en^voyèrent des députés à Berne et à Fribourg pour détourner cette rupture.

Les seigneurs de Berne à la prière de Messieurs de Genève envoyèrent le 10 avril * deux députés a leurs alliés de Fribourg, pour les prier de se désister do cette entreprise ; leur remontrant : « Que c'était eux qui avaient attiré les Bernois a cette alliance, et qu'il leur serait mal honnête de la quitter de cette manière; que les Bernois auraient bien plus de raison qu'eux de rompre avec les Genevois , s'ils le pouvaient, faire sans blesser leur honneur, puisqu'eux étaient payés de leur solde et non par les Bernois. » S'ils ne pouvaient rien obtenir, ils devaient aller avec eux à Lausanne pour a Voir soin que la journée se tînt selon le règlement du traité d'alliance. * Mais les soins et les représentations des dcpTstés do Berne et de Genève furent inutiles. La conférence se tint à Lausanne à deux reprises, dès le milieu d'avril. Les Fribourgeois furent inflexibles^ et en présence de ces mêmes députés, ils déclarèrent l'alliance rompue et

* Us. Ghouet p. aO. 24. Roset et Savion I. c. ' Ms. Ainp. i38. B. Inslr. 362.

arrachèrent leur sceau du Iraîlé. Ce fui aînsî que finit l'alliance entre Fribourg et Genève, huit ans après qu'elle eut été contractée. *

On voit assez par ce*que nous venons de rapporter, quel était le penchant des conseils au moins de la plus grande partie de leurs membres, aussi bien que celui du peuple pour )a féformation. Aussi après l'a rupture de Fribourg les choses allèrent avec beaucoup de rapidité, parce qu'à l'occasion de cette rupture plusieurs Genevois atuchés à la vieille religion, quittèrent leur patrie et allèrent s'établir ailleurs, animés de fureur contre leurs compatriotes, telle que cette religion en inspire ordinairement à ses sectateurs. Quelques-uns même allèrent joindre l'évéque avec d'autres mécontens, et se liguèrent avec lui et avec les Savoyards pour faire la guerre à Genève comme on le verra dans son lieu. *

'D'un autre côté les réformés faisaient paraître une ardeur extraordinaire pour achever l'ouvrage de la réformation et se procurer une pleine liberté ; et les syndics n'étaient pas peu occupés a retenir leur ardeur. Cependant il y avait une grande division dans la ville^ et le partage des sentimens sur la religion causait de violentes brouilleries dans les familles, parce que les catholiques cherchaient à soutenir leur.parti de tout leur pouvoir. *

Le dimanche 24 mai qui était un jour de Pentecôte, neuf statues de pierre qui étaient sur le portail du couvent des Cordeliers de Rive, furent trouvées mutilées, rompues, abattues, et quelques-unes jetées dans la fon-

* Ms. Cboaet 21. Koset III. Gh 3K. Savion III. 98. 99.

• Mt. Chouetîi.

' Savion. p. m. 99. Roset III. Gh. 96.

FAIT DB RAPIDB5 PaO«EBS. 191

taine. Ce désordre s'étail fait pendant la nuit précédente. Le conseil en fot fort indigné et fit faire des in* formations contre les auteurs^ ordonnant que les statues seraient raccommodées à leurs dépens au cas qu'on pût les découvrir. Mais cet arrêt ne fut point exécuté^ parce ' qu'on ne put pas découvrir les coupables jusqu'à la fin de juillet au'on en emprisonna quelques-uos ; et alors le conseil était déjà fort radouci et ne regardait plus cette action que comme un coup d'étourdis; ayant appris que la loi de Dieu défend d'avoir des images. Pour revenir au temps dont nous parlons; les syndics et conseil voulurent aussi qu'on mit la statue de François d'Assise sur le portail de ce couvent, au lien de celle d'Antoine de Padoue qui y était. Mais c'était toujours à recommencer, parce que le peuple plein de zèle pour la réformation ne pouvait plus se contenir ; et même les ministres allaient hardiment se plaindre contre les prêtres qui osaient calomnier leur doctrine. *

Un mois après ce premier coup d'éclat^ le conseil ayant appris que les cordeliers avaient dessein d'emporter les ornemens de leur égllise^ les vases sacrés et ce qu'il y avait de plus précieux, résolut de les en empêcher ; et pour ce dessein il en fit prendre un inventaire, av*ec ordre de remettre le tout en lieu sûr. '

Au commencement de juin il fut proposé au grand conseil au sujet de la Péte-Dieu, (qui était le 4 du mois), s'il ne serait pas à propos^ de faire une publication extraordinaire pour obliger' le peuple à nettoyer les rues^^ et parer le devant de leurs maisons, à cause du peu de

* Id. 1. c Roset III. Ch. 26. Savion p. m. 100.

* Ms. €houet. 1. c.

S9i txcù Dsa WLkroumis. biehb obtibrt

dispoeition que l'on remarquait à le faii'e ? Hais il foi té- 8olu de ne faire que la publication ordinaire. *

Dans ce temps-là Faret et Yiret qui prêchaient dans le couvent de Rive, commencèrent h y administrer les sacremens ; on leur apportait tous les jours des enfiins à baptiser. *

Sur la fiç de juillet, quelques protestans animés d'an zële indiscret, allèrent au couvent des cordeliers de Rive , abattirent et brisèrent les images qui étaient dans l'intérieur de ce même couvent, et démolirent l'autel d'une des chapelles. Le conseil en fit emprisonner plusieurs, parce (disent les registres) qu'encore que les images par la Parole de Dieu ne doivent pas être souffertes, ils avaient fait cette action sans ordre et contre l'autorité du magistrat. ^ En même temps ik ordonnèrent de relever cet autel, ayant été avertis par les seigneurs de Berne qu'on faisait de grosses menaces contr'eux à ce sujet.

Pendant ce lemps-la deux Genevois réformés, nommés Baudichon et Colomier furent arrêtés à Lyon à cause de leur religion. Les seigneurs de Berne écrivirent deux fois au roi pour leur élargissement^ mais en vain. Voyant donc que les lettres ne servaient de rien, ils lui envoyèrent, le 26 juin, deux des principaux seigneurs de l'état, pour lui représenter modestement Tiniquitéd'une pareille conduite ; s'il voudrait bien que ses sujets fussent ainsi inquiétés et persécutés en Allema* gne et en Suisse à cause de leur religion ? Que S. M. pouvait aussi juger quelle horrible chose se serait, si les nations ne' pouvaient plus désormais commercer les unes

* et *^Ms. Chouet p. 29.

' Ms. Chouet p. %i. Rosei III. 26.

L'iLARGISSKMiKT DB BAUDICHON BT DB GOLOMBIBE. S9B

parmi les autres sans être tourmentées pour leur re- ' ligion. *

Les envoyés de Berne étaient le Banderet Schœni, jeune homme de grand mérite, et le conseiller Jean Rodolf de Diesbach. Ils s'adressèrent au fameux Guillaume du Bellay, seigneur de Langey, gentilhomme de la chambre du roi, et aux autres principaux officiers de ce prince ; çt par leur moyen ils obtinrent l'élargissement des prisonniers. Schœni à, son retour fut saisi d'une fièvre quarte qui le consuma lentement, de sorte qu*il eo mourut au bout de quelques mois dans de très-beaux sentimens de piété et de soumission à la volonté du Seigneur. Il fut extrêmement regretté de toute la bourgeoisie a cause de ses belles qualités. On soupçonna une ^ femme de l'avoir empoisonné à Lyon, dans du vin de Malvoisie, à la sollicitation de quelques prêtres; et cette malheureuse étant dans la suite venue de Lyon à Genève pour faire la même chose à Farel et à Viret, fui saisie et punie comme elle le méritait. '

Ajoutons ici avant que de finir l'article de Genève^ que vers le commencement de Tannée l'évêque envoya un homme à Berne pour y traiter quelques affaires de sa part. Mais comme ce député fut trouvé chargé de certaines lettres remplies de faussetés, et tendantes a exciter du trouble au pays et a y mettre la division, les seigneurs le mirent en prison. ^ Les Bourguignons envoyèrent une députalion à Berne, pour demander son élargissement; mais les Bernois le leur refusèrent. Les Bourguignons recoururent à l'intercession des cantons,

* Ms. Amp. 12S8. B. In«tr. 376.

' Steftler II. 66.

' B. Inttr. 585. 58&.

S9I& BBRMB nCTBRCBDB Bll 7ATBUa DO DUC DB SAVOIB.

qui demandèreoi la même chose. Les Bernois poar faire honneur aux cantons^ relâchèrent cet homme à leur prière en avrils ^ sans lui avoir infligé aucun châtimenl quoiqu'ils eussent eu droit de le punir à cause de ses méchantes pratiques. *

On pourrait s'imaginer que les seigneurs de Berne à cause des liaisons étroites qu'ils avaient prises avec G^ nève^ vivaient dans une inimitié déclarée avec le duc de Savoie. Ce n'était point ce\^. Ils n'avaient aucun autre dessein que de soutenir leurs alliés contre une oppressionqu'ils croyaient injuste ; car du reste ils rendaient de bons offices au duc lorsque l'occasion s'en présentait. Ainsi cette année^ comme les cantons ennuyés de ce que le duc de Savoie leur retenait trop long-temps a leur gro les pensions qu'il leur devait^ l'avaient menacé de rompre avec lui et de renoncer à son alliance s'il ne les payait incesaammeni ; les Bernois envoyant des députés à la diète de Bade qui s'assemblait au commencement de février, leur donnèrent ordre de prier les cantons d'écrire encore une fois au duc avant que d'en venir à une rupture avec lui. ^

Vil. Il est ietnpH de revenir au pays de Vaud. Cette année 1534 on célébra a Lausanne le jubilé accoutumé avec les indulgences qui y étaient attachées^ en conséquence d'une bulle du pape Nicolas V. On la célébrait de sept ans en sept ans. Il commençait le jeudi saint après vêpres^ et finissait le lendemain a même heure. ^ Le conseil donna les ordres nécessaires pour faire faire bonne garde par la ville pendant la nuit, afin d'empêcher

. * ib. aei.

« Ib. 345.

' Ms Thorn. k^.

dAbiIlé entre uoudon et tvsrdon. S95

les insolences^ les violences et les'meurlres qui se cominellaient en semblables occasions^ parmi la multitude infinie de dévots que le jubile attirait à Lausanne ce jour-là, à cause des indulgences qu'on y gagnait. '

Cette même année, environ la Pentecôte, il y eut un démêlé forl vif entre les villes de Moudon et d'Yverdon ; ' et elles en vinrent à une telle animosité , qu'elles firent de partet d'autre des préparatifs > pour se faire la guerre à enseignes déployées ; mais tant de gens interposèrent leurs bons offices pour les raccommoder, que la paix se fit. La cause de la querelle était que ceux d'Yverdun ayant mis en prison quelques bourgeois de Moudon, le conseil de Moudon les leur demanda, mais les autres ne voulurent point les relâcher. Les seigneurs de Fribourg députèrent deux membres de leur conseil, ^ pour ofiHr à ces deux villes leur médiation^ afin de pacifier ce différend. La ville de Payerne envoya aussi ses députés à Moudon , pour le même dessein , et en particulier pour offrir à ceux de Moudon toute la faveur et le secours possible de corps et de biens. Mais il y a quelque apparence que ces députations furent inutiles. Ceux de Moudon recoururent au duc, et ayant fait intervenir son autorité, ils obtinrent l'élargissement des prison-

niers. *

Les gens d'Avenche avaient souvent promis à LL« EE. de Berne, et par écrit et de vive voix, qu'ils n'in-^ quièteraient jamais les réformés d'entr'eux^ ni leurs ministres, pour cause de religion. Cependant, celte

* Mai). LauAan. A03 p.

* Voyez dans les Documens de M. de Grenu rorigine de ce démêlé.. (EdiUur.)

* Antoine Pavillard , chevalier et N. Mallibacfa , banderet. ^ Man. de Moudon. Ms. Thom. &4. p. 45.

t96 L*iyftQUB DE LAUSANHB VEUT S'EMPARBa DS LA YILLB.

nnnée ils Youlorenl contraindre Antoine Bonjoar et quelques autres bourgeois, d'aller à la messe ^ les me* naçant, en cas de refus, de les exclure des divers privilèges de la bourgeoisie. Bonjour recourut aux seigneurs de Berne ^ qui députèrent ( le lundi 3 avril) un conseiller à ceux d'Àvenche , pour les faire ressouvenir de leurs promesses , et les exhorter à les accomplir ponctuellement ^ et à laisser leurs réformés en paix. En cas qu'ils refusassent de le faire, le député eut ordre de leur dire, que LL. EE. verraient là-dessus quelles mesures ils auraient à prendre. *

Sébastien de Montfaulcon^ évèque de Lausanne, ne se contentant pas de l'autorité, que les titres de son église lui donnaient sur cette ville, entreprit de s'en rendre maître de vive force, et par droit de conquête. Le sieur de Boëge, son neveu, assembla du monde en Savoye et dans la Gruyère, pour la surprendre. II disait pour prétexte que ceux de Lausanne étaient tous luthériens,«et que l'évéque n'osait pas sortir de son château; ce qui n'était pas vrai. Le conseil de Lausanne en fut averti, dans le mois de juillet, et donna les ordres nécessaires pour sa défense , et pour se garder de toute surprise. ^ Ils en donnèrent aussi sans ^oute avis aux seigneurs de Berne leurs alliés. Du moins ceux-ci l'apprirent, et-la dessus, ils envoyèrent un député à Lausanne (le 23 juillet)^ pour s'informer de la vérité du fait et rassurer les Lausannois, en leur promettant un bon secours, en cas de besoin, àforme'de leur traité d'alliance. ^ .

^ Ma, Âmp. 138. B. Insh*. 363.

' Man. Lau8.A05. b.

' Ms. Amp. 139. B. Inslr. 380.

ROUAINIIÔTIBR. t97

Daii$ ce temps-là les habitans des qdalre paroisses de La Yaax étaient zëlés pour la catholicité. On en peut juger par ce trait : Us envoyèrent cette année*des dér pûtes à Lausanne , pour empêcher que des soldats n'allassent au secours de Genàve^ et que les I^ausannois ne le leur permissent, t

Vers le commencement du mois d'août Claude D'Esta-r wayer, évéque de Belley^ abbé de Haute-Combe^ et prieur.de Romainmôtier, et ses gens attaquèrent sans cause les bourgeois d'Orbe, les blessèrent et les chassèrent dans la ville d'Orbe. Les Bernois demandèrent a l'évéque mille écus de satisfaction pour cette injure, et qu'il eût à payer les frais et dommages de tous ceux qui avaient été blessés , et à punir les coupables selon leur mérite, menaçant, faute de satisfaction, de prendre d^autres mesures. Ils envoyèrent (le 16 août ) des députés à Fribourg , pour inviter les Fribourgeois à concourir avec eux , à demander celte satisfaction. *

Mais leurs poursuites furent arrêtées, par la mort de ce prélat qui arriva le 28 décembre suivant. Dans sa jeunesse il avait été peu de chose. L'abbé de Haute- Combe son oncle l'avait élevé. Cet* abbé étant un jour tombé malade, le jeune Claude gagna le médecin et le confesseur de ce prélat ; ils lui firent entendre qu'il mourrait infailliblement, et qu'ils lui conseillaient de disposer de ses bénéfices et de ses biens. Ce qu'il fit. Il donna son abbaye à son neveu , qui s'en empara incessamment. Cependant le vieux abbé ne mourut point, il revint en santé, et fut bien chagrin de se voir dépouillé de son abbaye ; il en mourut presque de regret. Il eu^

^ Arch. de Villette.

' Ms. Amp. 140. B. Initr. 391^.

296 ROMAINMÔTISa. f.-LI^-COIITB PR&GHE A BCHALLBNS*

pourtant la consolation de se voir encore abbé du Lac de Joux j où il mourut. Ainsi Claude d'Estavayer^ qui dans sa jeunesse n'était qu'un marmiton du couvent , devint abbo et puis évoque de Belley^ et enfin prieur etsei* gneur de Romainmolier. Enflé de ses richesses^ il se fit un gros équipage, tenait grand train, suivait la cour des princes, et faisait de grands régals particulièrement aux dames. Il mourut enfin à Romainmotier, et y fut enseveli avec un jeu de caries. ^ Le gouverneur de Vaud, ayant eu avis de sa mort, alla à Romainmotier , avec quelques soldats , pour prendre la garde du couvent au nom du duc son maître. En même temps Adrien de Boubenberg , lieutenant de Jost de Diesbacb baillif d'Orbe accompagné de quelques|soIdals de son bailliage, alla à Romainmolier, et en fît sortir les gens du gouverneur de Yaud, n'y laissant que le gouverneur qu^l retint sans lui faire aucun mal. Au bout de cinq ou six jours, tous ces gens furent congédiés par Torde des seigneurs de Berne et de Fribourg^ après quoi le clergé et le peuple de Romainmotier élurent pour prieur le vicaire du couvent nommé Théodule de Rida, qui ne fut qu'une année en possession.de sa dignité. Il mourut le dimanche 3 janvier 1536. Après sa mort, les seigneurs de Berne mirent un. baillif à Romainmotier; et -ce fut le même Adrien de Boqbenberg, ' dont j'ai parlé.

Jean-Le-Comte , ministre de'Grandson, fit quelques progrès cette année. Il fit le premier prêche libreàEchalens, dans le temple, le 3 mai. ^

Le ^9 du même mois il y eut un petit synode à Neu-

' Ms. Thom. 46.

' Mémoîr. de J.-Le-Gorate.

» Id.

SYNODE A NEUCHAT£L. 299

châtel, où assistèrent Farel ^ Le-Comte et quelques autres ministres du canton de Berne. On y traita non-seulement des affaires du comté de Neuchâtel ^ mais aussi, de celles de^ églises du bailliage de Grandson , qui fait frontière à cette principauté.

Les ministres du synode jugèrent qu'il n'y avait pas assez de pasteurs réformés dans ce bailliage, et donnèrent l'ordination à un nommé Jean Martel pour y exercer le ministère dans quelques églises. Mais Jean-Le- Comte souhaita qu'on y employât un nommé Jaques Roy^ et qu'on lui assignât une pension sur les rentes des cordelier^ de Grandson. Farel donna avis de cette résolution du synode de Neuchâtel aux seigneurs de Berne ^ et Le-Comtc leur écrivit aussi son sentiment. Mais ces seigneurs ne trouvèrent pas bon que ce synode s'ingérât dans les affaires de leur pays ; et écrivirent *■ à Farel et aux ministres de Grandson : « Que la résolution de ce synode ne leur paraissait ni nécessaire^ ni convenable pour eux ; que pour cette cause ils ne prétendaient point entretenir ni Jean Martel, ni Jaques Roy a leurs frais, non plustqu'aux dépens des cordeliers de Grandson ; qu'il leur semblait que les quatre ministres qu'ils avaient diUis ce bailliage* la étaient sufOsans pour ce temps- là ; que du reste quand une église de ces quartiers-là renoncerait au pa[jisme, ils ne lui refuseraient point un ministre. *

, Quelque temps après, LL. E)S. de Berne tinrent parole. Jean-Le-Comte obtint d'eux, le 5 septembre, un ministre pour les églises de St. Maurice et de Champagne. »

* Inter.EpistoI. Farel, inédit.

* Mém. de J.-L.-C.

300 VONTAONT BT TTONAHD.

Le 3 novembre il y eut un autre synode ^ assemble à Grandson , où se rencontrèrent jusqu'à quarante ministres, tant du pays de Neuchâtel que du canton de Berne. Jean-Ie-Comte, qui nous apprend la convocation de ce

synode, ne nous dit rien de ce qui s'y fit.

II ne faut pas oublier ici une particularité qni fait honneur à l'église de Montagny, Tun des principaux villages de ce bailliage-là. Les paysans demandèrent qu'on défend

dît chez eux le jeu de cartes ; ce que leurs seigneurs des deux villes leur accordèrent, dans le mois d'août, et

les Bernois y ajoutèrent la sanction de trpis livres à'ar mei^de. Cependant la réforme n'y était pas générale , non plus qu'à Yvonand. Dans ce jdemier village on mit à l'amende des gens qui allaient avec des fiffres et des tambours pendant le prêche. Le ministre d'Yvonand se plaignit de quelques-uns de ses paroissiens qui méprisaient les lois de la réformation , et vivaient dans la débauche. Il fut ordonné au baillif de Grandson de les punir, *

Les seigneurs de Berne furent aussi souvent occupés cette année, à résister aux efforts que les cant^ms catholiques faisaient pour éteindre la réformation dans les seigneuries communes. Leurs efforts eurent quelque succès à l'égard des paroisses , mais non à Tégard des monastères. Les catholiques rétablirent l'abbaye de Wettingue avec toute la moincrie et ses dépendances , comme on Va dit ailleurs. Les seigneurs de Berne s'jr opposèrent long-lemps ; mais comme ils n'avaient que leur suffrage dans cette affaire, ils ne furent pas les plus forts. •

* Instr. 389.

9 Ib. 3tô.

OBBRWSlL. 301

Il se présenta bientôt après une autre occasion ou ces seigneurs se trouvèrent en opposition avec les cantons catholiques pour un sujet pareil. Les Itabitans d'Oberweil , village près de Breingarten> étaient tous de la religion réformée j sans exception. Ils avaient tous été compris dans la dernière paix des cantons ; et à l'abrite ce traité^ ils avaient vécu paisiblement pendant deux ans et quelques onois sans que personne les inquiétât. Au bout de ce tems-là un certain prêtre, poussé secrè^ teroent'par quelques zélés, demanda d'être introduit et établi dans ce village. Les cinq cantons l'appuyèrent de tout leur crédit ; mais les seigneurs de Berne s'y oppo* serent avec la même vigueur ; et entre les instructions qu'ils donnèrent à leurs députés qu'ils envoyèrent à la diète des cantons, assemblée à Bade, au commencement de mars 1534, ils leur ordonnèrent de ne permet* tre point qu*on inquiétât les gens d'Oberweil pour leur religion, mais de demander aux cantons catholiques d^'observer exactement le traité de paix comme eux aussi l'observaient de leur tôté. i

Les cantons catholiques faisaient toujours mine de vouloir observer la paix et protestaient en toute occasion qu'ils n'avaient point d'autre dessein. Cependant^ cette année, les cinq cantons zélés entreprirent de chasser et de bannir les réformés de Klingnaw, petite ville du comté de Bade, située sur l'Âar, pi;ès de Zurzach. Les Bernois s'y opposèrent encore , et ordonnèrent à leurs députés, qui allaient à la dièlc de Bade, assemblée en juin , de solliciter les cantons à laisser en paix ceux de Rlingnaw, leur représentant : « Que ce lieu-là étant

'Ibid. 3S5.

902 ARAU* CHAMOIMBS OB*ZUaZACB.

du comté de Bade^ qui était compris dans le traité de paix y il n'était pas raisonnable de traiter ces gens-là plus durement que les autres sujets du comté, » vu que les cinq catitons protestaient toujours de vouloir observer la paix. *

Cette année encore le capitaine Jean Junker de Rapperschwyl ayant encouru Tindignation des seigneurs de Berne ^ par divers discours injurieux qu'il avait tenas contr'eux, fut arrêté dans la ville d'Arau , et détenu en prison, nonobstant la recommandation de l'ambassadeur de France. Ces seigneurs envoyèrent un conseiller à Arau^ pour y faire le procès a cet bomroe; mais tandis que ce député était en chemin, Junker trouva le moyen de s'évader de sa prison. Les Bernois, irrités contre ceux d'Arau, pour l'avoir si mal gardé, envoyèrent un député pour les censurer âprement de cette faute, et de ce qu'ils ne suivaient pas leur réformation ; et même ils les dépouillèrent de leurs privilèges pour quelque temps. '

Vers la fin de cette année , les chanoines de Zurzach, apparemment pour se ménager quelque retraite dans l'empire, vendirent au comte de Soulz la terre de Kadelbourg , qui appartenait à leur chapitre. Déjà même , en conséquence de cette vente les habitans de cette terre avaient prêté fidélité au comte ; mais les cinq cantons , seigneurs de la ville et du comté de Bade^ dont Zurzach est un membre, ne voulurent point consentir à cette vente, et la cassèrent, la jugeant préjudiciable aux droits de leur souveraineté. En particulier les Bernois en* voyant, le 8 février, des députés à Lucerne, pour une

^ Ibid. 573.

' Ms. Amp. i39. B. Instr. 378.

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