ULRICH DB WIRTEMBERG
âiële qui 8*y assemblait, leur ordonnèrent de concourir avec ceux de Zurich et de Claris pour ordonner au baillif de Bade d'obliger les chanoines de Zurzach à racheter ou reprendre la terre de Kadelbourg, à rendre au comte de Soullz l'argent qu'il leur en avait payé ; et à dégager les habitans de cette terre du serment qu'ils lui avaient prêtée voulant qu'elle demeurât perpétuellement unie au comté de Bade. ^
Dans une diète suivante assemblée à Bade au milieu du mois d'août^ les Bernois demandèrent aux cantons leurs conseigneurs d'abolir aux foires de Zurzach, tous les jeux, les danses et autres désordres qui s'y commettaient; en particulier la licence qu'on y permettait aux femmes de mauvaise vie^ d'y dresser des tentes pour leur usage. *
VIIL Cette année le duc Ulrich de Wirtemberg qui avait été dépouillé de ses états depuis l'an 1519 par la ligue de Souabe', y fut rétabli par le Landgrave de Hesse-Cassel, qui, dans une bataille livrée aux Autrichiens près de Laùlen^ ^ remporta sur eux une victoire complète et les chassa de ce duché. ^ Comme ce duc avait aimé Zwingli, Bullinger lui écrivit une lettre de félicitation sur cet heureux succès> et en même temps lui insinua qu'il ferait bien pour en témoigner sa reconnaissance au Seigneur, d'imiter les Juifs qui a leur retour de la captivité de Babylone, rebâtirent le temple de Jérusalem ; c'est-a-dire, de s'appliquer sérieusement à réformer l'Eglise qui est la maison de Dieu. Ce prince prit cet avis en bonne part ; et pour exécuter son pieux des-
* B. Inalr. 5.
* Ib. 19. p.
* Sletdan L. IX. p. m. 95L 2&2.
son DtSPOTBS LUTHéaiUlIBS.
sein il employa AmbroiseBlaarer^ célèbre docteur et pasteur de Constance et Erhard ScbnepC de Heilbmn^ predicatear de la cour du Landgrave. D'abord Schnepf ^ ardent luthérieni ne voulut point travailler de concert avec Blaarer^ le regardantcomme un béréti()ûezwingliôn; Blaarer pour le ramener lui montra l'écrit d'accommodement fait à Marpourg et signé par Luther^ où l'on disait : Nous confessons que par la vertu de ces paroles^ ceci est mon corps, ceci est mon sang, le corps et le sang de Jésus- Christ sont présens dans la S. Cène véritablement^ c'estr à-dire, essentiellement et en substance, et non en qua» lité ou en quantité, ni localement. Schnepf ayant vu le seing de Luther^ dit à Blaarer : si vous pouvez m'accorder cela je ne vous demande rien de plus. Blaarer répondit, que ceux qu'on nommait zwingliens n'avaient point d'autre sentiment que celui-là ; sur quoi le prince répondit : A la bonne heure ! et Dieu bénisse cet ouvrage ! On en demeurera làj etct *
Luther qui avait dressé ce formulaire à Marpourg, l'agréait encore alors ; maisZwingliravait rejeté à cause de ces mots^. essentiellement et en substance. Cependant ces mots se trouvant employés dans l'apologie de la confession d'Augsbourg, acceptée par ceux de Strasbourg, Blaarer ne se fitpoint de scrupule de s'en servir ; dans la pensée que ces mots ne signifient autre chose, si non qu'on reçoit dans la S. Cène le corps de Jésus-Christ; comme Zwingli Tavait constamment déclaré; d'autant plus que ces mots ajoutés pour explication, (ni localement) emportent manifestement qu'il n'y est point présent corporellement. Dans la suite comme Schnepf publia que
* Hotling. 083. 684.
MSPCTBS LUTBéa«SflNE8. 305
Blaarer avail renoncé à son senlîment^ et embrassé cehri de Luther; et qu'il s'éleva diverses disputes en Suisse sur ce formulaire; Blaarer soutint constamnîent qu'en s'y conformant il n'avait point du tout renoncé k 6on opinion. Bientôt après le duc défendit de se servir en chaire des mots de ce formulaire a cause de leur obscurité, voulant qu'on s'en ttnt à la confession d'Augsbonrg, et qu'ainsi l'on enseignât au peuple que le corps de Jésus-Christ est véritablement présent et distribué dans la S. Cène. Plusieurs ministres suisses chassés de Soleure et de Thurgovie s'en allèrent dans le dnché de Wirtemberg et y trouvèrent de l'emploi. Le duc appela aussi de Bâle Simon Grynasus qui était un homme d'une piété distinguée, pour y mettre les écoles en bon ordre. Grynœus arrivé à Stutgard le 27 octobre eut un nouvel assaut à essuyer de la part de Scbnepf sur le même sujet. De retour à Bâle il engagea le prince à appeler à Tubingue Paul Constantin Pbrygion, pasteur de St-Pierre à Bâle; et à lui donner la profession de théologie^ H laqueHe on joignit dans la suite l'emploi de pasteur. On offritaussi àPelIicanusIa profession hébraïque, mais il la refusa, ne voulant rien avoir à faire avec Schnepf ni avec ses. semblables, qui osent disait-il, se donner l'autorité de vouloir dominer sur notre foi, pour nous presser de croire ce qu'ils ne croient point euxmêmes, puisqu'ils ne peuvent ni le comprendre ni le prouver par l'Ecriture. Et ils ramènent au monde toutes les opinions des ihéologastres, etc. Jamais aucun théologien ne parla comme cet homme voudrait nous faire parler. •
^ Hotting. 68S. 68^5. Conf. Sculler. Annal. Cvangel. ad A. 1534.
306 &C CATiCRISHS IHTmODUlT BR SUISSB.
Dès le commencemeot de la réformalion de ce daché on- y introduisit le pelit oaléchisme de Brentius pour l'inslruclion des enfans et des adultes ignorans. La pratique de catéchiser était entièrement tombée dans Toubli dans l'Eglise Romaine depuis plusieurs siècles. A Timitation de Luther^ de Brentius et de ceux de Strasbourg qui avaient déjà des catéchismes^ on pensa aussi à introduire ce genre d'instruction dans les Eglises helvétiques. Il est assez surprenant qu'on n'y eût pas pensé plutôt* Mais Tesprit de l'homme esi borné dans ses vues , et ne peut pas d'abord penser a tout ; d'ailleurs il vaut mieux tard que jamais* lies Bernois introduisirent ce genre particulier d'instruction chrétienne dans les églises de. leur canton^ dès l'an 1533 comme je l'ai déjà dit. ^ Mais on n'avait point encore de formulaire fixe pour ce dessein; et avant l'an 1534 on n'avait pas vu un seul catéchisme allemand. Ainsi Léon de Juda ayant entrepris un ouvrage do cette nature a l'exemple d'Oecolampade, en fit un d'abord fort ample en latin et en allemand qui fut reçu avec un grand applaudissement. Ensuite^ à la réquisition du synode du canton de Zurich, il en fit un autre plus abrégé pour les enfans. Lorsque quelques années après, Calvin eut publié ses Institutions de la Religion chrétienne, on* les partagea par demandes et par réponses à Zurich, et l'on s'en servit dans les écoles au lieu de catéchisme. Celui de Léon de Juda fut aussi reçu à Berne, à St-Gall, cher les Grisons et dans quelques églises de la Westphalie. *
Dans ce temps-là le roi Ferdinand gouvernait l'AIletnagne^ sous le titre de roi des Romains, tandis que
* Voy. Tome IV. p. 348.
' HoUiofi;. 687. 688.
TRAVAUX POUR LA EiUKIOR DBS PEOTSSTAMS 507
l'empereur son frère était en Espagne/ H négociait la paix avec le nouvel électeur de Saxe, Jean Frédéric, qui avait succédé à son père, mort le 13 août 1532, * et' la lui proposait à cette condition , entr'autres , que non*8eulement les anabaptistes en seraient exclus , mais aussi ceux qu'il plaisait aux luthériens d'appeler sacrainentaires. ' Cette conjoncture réveilla le zèle de Bucer pour la paix et la réunion des Eglises protestantes. Il s'y porta d'autant plus volontiers que M elanchton , revenu de ses pr^ugés sur la Cène du Seigneur, y contribuait aussi de son côté. A !& réquisition de Bucer, les pasteurs de sept Eglises de Souabe, Augsbourg , Ulm , Memmingue. Constance, Kempten, Isny et Lindau s'assemblèrent à Constance au mois de décembre , pour conférer Bor cette a£hire. Ceux de Biberach y envoyèrent leur sentiment par écrit. Bucer y invita les pasteurs des Eglises helvétiques; mais ils s'excusèrent de s'y rendre, les uns à cause de leur indisposition , les autres à cause de la saison qui était peu propre pour voyager. Cependant ceux de Zurich, de Bâle, de Schaffhouse et de S. Gall , y envoyèrent un écrit où ils exprimaient leur sentiment, disant : « Qu'ils souhaiteraient fort de vivre en paix avec. Liither , pourvu qu'il reconnût que Jésus - Christ, selon son corps, est localement dans le ciel, mais que ce corps est présMit dans la sainte Cène d'une manière sacramentale, et qu'on ne le reçoit que par la foi. » Bucer et les églises de Souabe , que je viens de nommer, approuvèrent cet écrit. Mais les Bernois ne trouvèrent pas à propos d'y souscrire. Ils dbâicnt : « Qu'il s'y trou-
* Sleidan VIII. p. m. 9i8.
' Id. L. IX. p. m. 943.
S06 THAVAvx POUR LA aéuiiioR.
vaîl certaines expressions obscures , dont la partie ad- Tcrse pourrait abuser ; que d'ailleurs ils n'espéraient point qu'on pût jamais porter Luther à une véritaUe et constante union j et qu'ainsi ils craignaient que lesBgli* ses de Suisse^ en voulant faire la paix avec celles des pays étrangers^ ne perdissent celle qu'elles avaient en*» tr'elles, et ne«e divisassent. » Simon Grynœus, qui fit cette année le voyage de Vilteberg, avec Bucer, pour voir Luther 5 ne conçut pas une meilleure espérance de
tous ces mouveroens. *
A la fin de Tannée, le landgrave de U.esse-Cassel, prince zélé pour la paix des Eglises, souhaita que Me^ îanchton et Bucer eussent encore une conférence sur cette matière en sa présence. B les invita tous deux à se rendre a Cassel pour ce dessein , et Melanchton en écrivit aussi à Bucer. Luther donna d'amples instructions à Helancbton pour cette conférence ; il y disait entr'autres choses : « Que le corps de Jésus«Christ est rompu, mangé, et brisé par les dents, dans ou avec le^pain; qu'il ne pouVait point avouer que Zvnngli et Luther ne s'ententendissent pas, ni se contenter qu'on dise que Ton reçoit véritablement le corps de Jésus-Christ. » Il y reconnaît ingénument que S. Augustin .a fort approché du sentiment de Zwingli. Il conclut que ces paroles remarquables : «Jésus-Christ m'est témoin que je voudrais racheter cette dissention de ma vie et de mon sang, et même de plusieurs. Mais que faut-il que je fasse ? Pealétre que ces gens-là sont en bonne conscience, retenus dans un autre sentiment. Supportons^les donc. S'ils sont sincères, le Seigneur Jésus-Christ les dégagera. Pour
' Lavater p. m. 67. HoHinçer 688.
MODiBATlOH DB LOTHBR. * 309
moi^ de mon côté.^ je suis cerlainei&ent retena par une ])onne conscience , ou je ne me connais point mot-même. Qu'ils me supportent aussi dans ce sentiment^ s'ils ne peuvent pas y entrer. » Si ce grand homme s'était tonjours renfermé; et avant cette année et après , dans ces> sages bornes d'une louable modestie et de la charité chrétienne, il aurait épargné aux Eglises bien des peines, des travaux, de la dépense^ des injures, des divisions et des scandales ; et tous les^ malheurs qui ont été les suites funestes et inévitables de cette division. Hais ces bonnes et pacifiques pensées ne lui durèrent pas long^temps, comme on le verra bient6t. Dans la conférence de Gassel , Bucer présenta à Melanchton l'écrit des théologiens helvétiques , dont j'ai parlé , qui avait été approuvé par les pasteurs de huit Eglises de Souabe. Helanchlon prit cet écrit et en fut satisfait; et dès là il jugea plus favorablement des Eglises de la Suisse et de^ la Haute - Allemagne et de leur doctrine y. qu'il n'avait fait jusqu'alors. H s'intéressa sincèrement à la réunion avec ces Eglises, et y contribua de tout son pouvoir. ^
J*ai dit que Luther n'avait pas toujours des pensées pacifiques. Cette année même il publia un livre sur la messe privée et -sur la consécration des prêtres, où il dit entr'autres choses que le Diable lui avait apparu quel» quefois de nuit, et avait disputé avec lui , et qu*il l'avait tellement tourmenté qu'il avait cru qu'il en mourrait. Apparemment il avait eu quelque fièvre chaude j dont les accès violens lui avaient fait prendre ces rêves pour des réalités. Quoi qu'il en soit, il ajoute qu'on peut expliquer par là comment il arrive quelquefois qu'oa
Uvater 68. HoUtiog. 689.
510 LUTBBR CALOMNIB ŒCOLÂMPADB.
irouve des gens morts dans leur lit, savoir qu'on est suffoqué par ces sortes de machinations de Satan. Après quoi il conclut qu'il croit que c'est ainsi que Emser el Oecolampade et autres semblables sont morts si subitement, frappés sans doute de ces flèches et de ces traits enflammés de Satan . * On voit dans cet écrit un triste exemple de la force des préjugés dans un esprit violent et emporté y qui adopte sans examen les contes les plus impertinens et les plus calomnieux. Le détail exact et fidèle que nous avons fait ci «dessus ^ de la roala^ die et de la mort d'Oecolampade, peut suffire pour réfuter cette noire imposture de Luther sur le suj.et de ce saint homme ^. pour ne rien dire du parallèle odieux qu'il en^ fait en le mettant avec Emser ^ papiste violent et emporté.
Les Zuricois indignés contre Xuther, à cause de ses écrits violens el peu mesurés^ et particulièrement à cause de ce dernier^ ou il traitait si mal Oecolampade , résolurent enfin l'année suivante de rompre le silence, * afin de ne pas lui laisser croire qu'ils n'eussent rien à lui répondre ; mais c'est une affaire que nous verrons en son lieu. <
Les troubles du Luthéranisme donnèrent occasion à une autre sorte d'écrit , qui fut composé et publié dans la Suisse réformée. Les pasteurs de Strasbourg donne* rent avis à ceux de Bâieque leur Eglise, (c'est-a-dire celle de Bâie, ) avait été mal imprimée dans l'esprit de quelques Allemands qui l'accusaient de ne pas croire
' Lavater p. m. 68.
' Voyez Tome m. p. iW8.
' Lavater p. 69.
PREUliRB COVPBSSIOH DB BALB. Sli
que Jésas-Chrisl soit dans la sainte Cène. A cette occa-^ sionles pasteurs de Bâie s'assemblèrent aa mois de janvier de cette année 1534 et formèrent un synode, ou assistèrent les deux principaux pasleurs de«Strasbourg, Capiton et Bucer. Ils conférèrent ensemble sur cet article de la présence du Seigneur dans la sainte Cène et sur plusieurs autres, et convinrent d'adopter pour leur symbole Vahrégé de la doctrine chrétienne^ composé par Oecolampade Tan 1530 et présenté la même année a la diète d'Augsbourg, et de le faire imprimer, pour dissiper les calomnies de leurs ennemis et leur fermer la bouche. Cet écrit fut signé par tous les pasteurs et les théologiens de la ville et du canton de Bâle. On fit plus^ On assembla les conseils , et on demanda sur ce sujet le sentiment des conseillers. On convoqua aussi fous le» bourgeois dans leurs tribus ou corps de métiers , et on leur fit la même proposition. Les uns et les autres dccla-^ rèrent quHls embrassaient la doctrine contenue dans cet écrit, et s'engagèrent à la défendre au péril de leur vie, et le 21 janvier, cette confession de foi fut mise sous 1» presse par ordre de la seigneurie. Cette pièce qui fui appelée la première confession de Bâle, pour la distinguer d'une seconde qui fut faite l'an 1536, et qui fut adoptée par toutes les Eglises de la Suisse, fut souscrite par les pasteurs de Strasbourg , Capiton et Bucer , et par ceux de Mulhouse. Et comme dans la suite Messieurs de Mulhouse la firent réimprimer l'an 1550 avec un» préface datée du S janvier, elle fut appelée la confession de Mulhouse. I/an 1561 à l'occasion de quelques dis^ putes qui s'étaient élevées à Bâle, les ministres de cette %lise-là, la signèrent de nouveau pour assoupir les contestations. On la traduisit en latin et Tan 1580 on l'inséra dans le recueil des confessions , où on la raU
513 ANJ^BAPIISTKS DANS LE CANTON DE BBBNB.
pour de certaines raisons sous lo nom de Mulhouse. ' A la fia de celte confession, les docteurs Bâlois disaient, ce A l'égaré des erreurs des Anabaptistes, nous déclarons nettement que non-seulemenl nous ne rece* vous pas, mais nous condamnons même, et rejetons comme abominables et blasphématoires , toutes les doctrines étrangères et erronées ; en particulier celles de ces fanatiques qui,. entre autres opinions damnables el mauvais sentimens, disent qu'on ne doit pas baptiser les enfans, (lesquels nousfaisoîis baptiser, selon Tusage des apôtres, et de la primitive église, [el parce que le baptême a pris la place de la circoncision. ) Iteni^ qu'on ne doit jamais prêter un serment, quand même la gloire de Dieu et Tamour du prochain le demandent; etque les chrétiens ne peuvent pasêtre magistrats, etc. ^ » IX. Les Anabaptistes continuèrent cette année à troubler l'Alsace , et une partie de la Suisse. Ils se fortifièrent dans le canton de Berne , et leur nombre y allcùt tous les jours en croissant. Gela donna de l'inquiétude à LL. E£. de Berne, qui consultèrent les ministres de leur capitale, sur ce qu'il fallait faire pour se délivrer de ces fanatiques. Voici ce que BercbtoldHaller, pasteur et réformateur de Berne, en écrivait a un ami le 24 novembre. « Sur la fin d'août, dilr-il, comme les Anabaptistes se multipliaient tous les jours ^ le conseil nous ordonna de délibérer, sur la manière dont il fallait s'y prendre pour s'en débarrasser commodément. Ilss'atten-r daient que nous approuverions le dessein de tes faire mourir. Mais nous avons fait tout le contraire. Nous avons représenté au petit et grand conseil^ que la cause
' Hotliiig. 682. 683. T^avater 66.
* Oui) Annal. 69.
ÉDIT DE Ll. El. CONTK'euX. 3iS
de ce mal et de celte secte étaient les vices et les divers scandales^ qui régnent dans TEglise. Enfin nous avons fait un projet^ de la conduite qu'on doit tenir dans cette occasion, etc. ^
Le 8 novembre on convoqua te grand conseil de Berne pour délibérer mûrem.ent sur cette affaire ; et pour rendre la délibération plus solennelle et plus fructueuse^ on ^^ appella les trente-cinq baillifs , dispersés dans le canton'. On y fit la revue de tous les édita qu'on avait publiés sur la religioa depuis la réformation de TEglise. Enfin après quelques débats/ on y convint de l'édit dont les ministres avaient donné le projet. ^
Dans cetéditLL. EB. disaient dès l'entrée : ^ ce Qu'ils espéraient qu'il n'y aurait personne , qui voulût dire ou s'imaginer, qu'ils n'eussent aucun o)*dre'de faire ce qu'ils faisaient, et qu'on n''était pas obligé de leur obéir à cet ^;ard , puis qu'ils trouvaient dans l'Ecriture des exemples de divers princes pieux, pour ne rien dire des actions des bons rois Bzécbias et Josias ; que pour cjette cause, ils allaient montrer en peu de mots la raison de leur dessein et le pouvoir qu'ils en avaient. »
I. « Comme, disaient-ils, la foi est un don de Dieu, que l'incrédulité au contraire est un ^ caractère de réprobation et qu'il n'est pas au pouvoir de l'bomme, ni de donner la foi ni de l'ôter ; afin qu'on ne nous accuse pas de témérité, comme si nous entreprenions des cboses qui n'appartiennent qu'à Dieu , à sa grâce et à son élection , notre dessein n'est que de faire des ordonnances pour des choses extérieures , afin de nettoyer une bonne fois
* et * Ottij annal. 1. c. 69.
'B. Mandat, p. CI.
^ £in ZSeicbeu der Unf^nad,
31& iMT DB tL. n. DB BB&HB
nos Eglises et les unir ensemble^ autant qu'il nous est possible. »
Hb ordonnent donc : « Que chacun aille écouter la Parole de Dieu ^ et par conséquent écouter son ministre, puisqu'il est nécessaire qu'il y en ait un dans chaque église. S'il arrive qu'un ministre ne prêche pas la vérité, il devra être déféré au consistoire suprême, pour y être châtié de la manière que les édits précédens l'ordonnent.
n. « Etcorome Jésus-Christ a institué deux sacremens^ qui ont été en usage dans toute l'ancienne Eglise, ils veulent que chacun fasse baptisêt ses enfans , et par là les fasse recevoir dans l'église extérieure.
« Quant à la sainte Cène , ils veulent qu'elle soit célébrée trois fois par an , comme par le passé ; qu'elle se fasse dans les lieux publics ordonnés pour cet usage, et que personne ne s'en éloigne par malice ou^par mépris. Cependant, comme il y a du danger d'y communier in* dignement, afin que nul n'ait sujet de se plaindre d'être contraint d'y aller contre les mouvemens de sa conscience pour éviter le bannissement, LL. EE. déclarent, que si un homme se trouve chargé en sa conscience , en sorte que dans l'espace d'une année entière il n'aille point à la sainte Cène, il faudra qu'il en rende raison à sdh ministre; qu'il confère amiablement avec lui sur ce sujet ; et qu'alors il pourra s'en tenir aux^nstructions qui lui seront données^ conformément à la Parole de Dieu.
m. «c Enfin ils veulent que chacun fasse bénir son mariage dans l'église. »
Tous les seigneurs de l'état prêtèrent serment sur cet édit.Ils ordonnèrent aussi, « que chacun ferait le même serment tant dans la capitale , que dans le canton : si quelqu'un refusait de le faire, il devait incessamment être
COMT&B LES AKABAPTISTBS. SIS
banni et sortir du pays avec foas ses biens ; permis cependant aux exilés , de passer et repasser dans le pays pour y négocier, et faire leurs affaires, comme aux autres étrangers ; pourvu qu'ils ne se missent point à dogmatiser, et qu'ils ne fissent rien contre cette ordonnance. Enfin que s'ils voulaient rentrer au pays en prêtant serment sur cet édit comme les autres , on les y recevrait.
« Que s'il se trouvait des gens^ qui ne voulussent ni prêter le serment ordonné sur cet édit, ni quitter le pays, mais qui s'opposassent à Texécution de ce règlement , comme faisaient surtout les Anabaptistes^ on devait les marquer et envoyer leurs noms à LL. EB. pour en user comme ils le trouveraient à propos.
« Ceux qui après avoir prêté serment sur cet édit, y contreviendraient ensuite par leurs discours ou par leur conduite devaient être punis d'une manière proportionnée à leur faute. »
L'année suivante 1535, LL. EE. de Berne publièrent une déclaration, datée du 14mars^ sur l'article de cet édit qui réglait le châtiment de ceux qui ne voudraient ni prêter le serment, ni sortir du pays , soit Anabaptistes, soit papistes. Elle contenait, que ces sortes de gens, « seraient mis en prison à Berne ^ huit jours et huit nuits ; après quoi s'ils voulaient persister dans leur résolution^ ils devaient être conduits hors du canton ; et on devaient leur déclarer que s'ils s'avisaient de rentrer dans le pays, et qu'on les y surprît , ils seraient punis de mort; les hommes auraient la tête tranchée, et les femmes seraient noyées.
Cette année 1534 au mois dé mai, Guillaume du BeU 1^7 9 seigneur de Langey, ambassadeur de France, homme savant el habile dans les manières de la cour.
516 PROPOSITIONS DX LA FfiAIRCS AUX CANTONS
alla dans touies les villes réformées de la Suisse^ et parai ensuite à Bade devant la diète dés cantons^ où il fil un beau discours^ pour les assurer de la sincère amitié du roi son mattre. Il y joignil une relaiion étendue des peines qu'il s'était données à Âogsbourg pour rétablir la paix de la religion dans l'Europe, et pour obtenir la tenue d*un concile. Il finit par des promesses qu'on leur payerait bientôt les pensions qu'on leur devait. Les cantons peu éblouis de ces beaux discours, lui répondirent d'une manière à lui faire comprendre qu'ils auraient mieux aimé du comptant^ que des paroles dont ils n'étaient pas d'humeur de se repaître. Cel ambassadeur'convoqua ensuite à Zurich tous les ministres et les professeurs, pour conférer avec eux au nom de son maître, sous le prétexte du concile qu'on devait bientôt assembler ; et leur proposa, si l'Bglise réformée pourrait faire un accommodement avec la romaine, et jusqu'à quel point elle pourrait s'approcherd'ellePMaisilslui répondirent en peu de motsj etlui firent entendre, qu*on ne pouvait s'ouvrir en rien sur ce sujet. Vers la fin d'octobre le même ambassadeur négocia encore par écrit pour la même affaire, et il envoya Ulrich Cholius en Suisse pour cette négociation, Maiscommedans ce temps-là on persécutait les réformés avec fureur dans toute la France; que le roi lui-même en fit bi^ûler plusieurs à Paris ; qu'on voyait tous les jours un grand nombre de ces pauvres gens qui se réfugiaient à Genève et à Bâle ; on jugea bientôt que le roi de France ne cherchait nullem*ent l'amitié des Al« lemands par une réunion de religion ; mais que son dessein était seulement de faire une ligue avec les protestants contre l'empereur, et diviser t'AHemagne. Ainsi on le remercia en Suisse de sa bonne volonté.
Il y eut néanmoins quelques savans^ qui s'imaginant
POUa RAPP&OCBIMBHT DB RBLIfilOll. •ARSiCCTIONS. 5|7
qu'il y allait à la bonne foi^ mireat par ccrit quelques projets de réunion^ voulant montrer jusqu'où Ton pourrail^ se relâcher en faveur de l^glisé romaine, pour avoir la paix avec elle. Comme Melanchlon et Bucer avaient assez fait connaître dans le monde leurs inclina* lions pacifiques, le roi François I. souhaita qu'il al-* lassent à Paris pour conférer avec l.es docteurs de Sorbonne sur cette affaire, cependant sans rien dire du pape^ Mais ce voyage fut inutile, et ne servit qu'à attirer à cea deux grands hommes des reproches et des jugemens sinisslres. Le seul bien qui en revint, fut que l'empereur, qui comprit aisément le dessein du roi de France, traita les protestants d'Allemagne avec un peu plus de douceui* qu'auparavant, pour ne pas achever d*aigrir leuca esprits/ n est vrai pourtai{t que- le roi de France atait paru avoir quelques bons sentimens de religion. Tan 1533, ayant été porté à des pensées plus douces, par la reine de Navarre sa sœur, et par les deux frères de la maison du duc de Bellay, savoir l'ambassadeur dont j'ai parlé, el l'évéque de Paria ; de sorte qu'il souhaita d'entendre lui-même Mélanchton. Mais tout cela fut rompu vers le mois de novembre de l'an 1534 par le zèle indiscret de quelques-uns, qui ayant fait dresser et imprimer certains articles d'un style fort aigre et violent contre la messe,' en forme de placard, a Neuchalel en Suisse, non-seulement les plantcrenlet semèrent par les carefoors et autres en^ droits de la ville de Paris, contre l'avis des plus sages ; mais aussi en affichèrent un à la porte de la chambre du roi, étant pour lors à Bloys ; ce qui le mit en telle furie, ne laissant aussi passer cette occasion ceux qui Tépiaient de long-temps et qui avaient son oreille^ comme entr'on-
^ SleUler 11. 63 p.
518 BBaaftcunoiis a paris, le papb
très le grand matlrej depuis connclable, et le cardinal de Tourapn, qu'il se délibéra de tout exterminer s'il eût été en sa puissance.^ ^ ^
En effets élant à Paris au mois de janvier suivant^ qui commençait Tan 1535, il ordonna, le 29 du dit mois , une procession générale en laquelle il se trouva en personne avec ses trois enfans , cheminant à pied , tête nue y avec cierges de cire blanche ardens en la main ; et pendant cette procession-là on brûla très-cruellement six personnes vives, aux principales places de la ville i avec de merveilleuses huées du peuple, tellement ému que peu s'en fallait qu'ils ne les arrachassent des^mains des-bourreaux pour les déchirer. Qui plus estj le roi aymit dtné en la grande salle de l'Evéché , ohte trouva toute la cour de parlement en robes rouges^ avec une grande partie du clergé et grande noblesse, et avec les ambassadeurs de plusieurs nations étrangères , protesta devant tous avec une extrême colère que s'il savait qu'un de ses membres fut infecté de cette doctrine , il l'arracherait, de peur que le reste n'en fût corrompu. Mais si sa fureur était grande, la constance des martyrs fut encore plus grande. '
Cette année le pape Clément YII^ pressé par les deux plus grands monarques de la chrétienté de convoquer on concile, fit mine de s'y résoudre ; mais il proposa des conditions qu'il savait bien que les protestans n'accepteraient jamais ; ce qui était justement ce qu'il souhaitait. Dans la conférence qu'il eut à Marseille avec le roi François 9 dans l'automne de l'an 1533, il le priud'in*
* Ce sont les eipressions même de Th. de Bèse dans son histoire des Eglises réf. de France, Tom. T. p. Itf. Md. Ibid.a0.9l.
ÉtOOS LA DEMANDE D'OR COUCILE. 519
lerposer ses bons offices auprès du landgrave de Uesse^ et des autres proteslans d'Allemagne , pour qu'ils se désistassent de la demande qu'ils faisaient d*un concile, leur proposant de chercher d'autres voies d'accommodement^ sous la promesse qu'il faisait de s'y prêter de' bonne foi , et d'y contribuer de toutes ses forces* Le roi s'acquitta de sa commission, mais il ne.put rien gagner. Les prolestans demeurèrent fermes à demander un concile libre qui fût assemblé en Allemagne. Au commencement de l'an 1534^ il donna avis au pape du succès de ses négociations , et s'ofi&it de faire que les protestons se contentassent que le concile fût convoqué à Genève. Cette ville ne fut pas mieux au goût du pape que celles de l'Allemagne ; et Clément, sur cette proposition , se défiant du roi , résolut de ne le plus employer pour celte affaire. Il se contenta de le remercier de ses soins officieux > sans parler de Genève, et il releva le courage de plusieurs personnes de sa cour qui avaient déjà pris chaudement l'alarme , les assurant que, pour rien au monde, il ne consentirai! à faire une démarche aussi imprudente. ^
Mais s'il ne fut pas content du roi de France, l'Em-» pereur ne fut pas non plus satisfait de sa conduite. Ce monarque lui écrivit une lettre de reproches, de ce qu'il n'avait pas rempli les engagemens , où il était entré avec lui à l'égard du concile; et que loin de les remplir, il avait fait aux protestans, sur ce sujet des propositions toutes propres a les en éloigner. Il concluait en le priant de donner quelque satisfaction à l'Allemagne. Il y avait des cardinaux qui voulaient qu'on satisfit l'Empereur,
' F. Paolo Sarpi Hist. duConc. de Trente. Lib I. p. m. 77.
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poar empêcher qo4l ne f&t contraint d'accepter quelque autre chose qui serait plus préjudiciable à l'Eglise. Mais les autres cardinaux , et le pape avec eux^ demeurèrent fermes à ne point accorder de concile qu'ils ne fussent assurés d'en être mattres. Us lui écrivirent que le temps n'était pas favorable pour tenir un concile^ el prirent pour prétexte les divisions, qui s'étaient élevées entre lui et le roi de France , et d'autres princes , qu'il, fallait terminer auparavant. ' Enfin la mort tira Clément de l'embarras , où il se trouvait à cet égard. Il mourut à la fin de septembre. Sa mort fit un très-grand plaisir à la cour de Rome ; car il s'était fait haïr à cause de sa dissimulation, de son avarice, de sa dureté et de sa cruauté. *
Pendant la vacance du siège, les cardinaux ont accoutumé de dresser une forme d'articles , pour la ré^ formation du gouvernement papal à l'observalion desquels chacun d'eux s'oblige par serment, en cas qu'il parvienne au papat : quoique par tous les exemples des temps passés^ on ait toujours vu qu'ils font ce serment avec intention de n*eq rien tenir ^ s'ils viennent à être papes; comme en effet d'abord après qu'ils sont créés, ils protestent et disent qu'ils'n'ont pu s'obliger , et que par l'acquisition du papat ils sont dégagés. Après la mort de Clément, les articles furent dressés selon la coutume. L'un de ces articles portait^ que dans le terme d'un an sans plus différer, le pape serait obligé de convoquer le concile. Biais ces articles ne purent être arrêtés^ ni jurés : parce que le même jour que le conclave
* lé. ibid.
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PAUL in. 3St
fat fermé , le cardinal Farnèse fut créé pape prcdpitamment. Il prit le nom de Paul m. *
Ce pontife qui avait été cardinal sons six papes ^ routine dans les ruses de la cour de Rome, fit d'abord semblant de vouloir un concile ^ et d'avoir dessein de réformer Fétat ecclésiastique. H exhorta même les cardinaux à se réformer , avant que le concile les réformât. Mais tout ce fracas n'était que pour jeter de la poussière aux yeux du monde : et l'hypocrite se démasqua bientôt^ avant *méme que l'année fût finie* An mois de décembre il créa cardinaux deux jeunes hommes qui étaient ses petits-fils par ses bâtards^ savoir : Alexandre Far- Mse^ égé de quatorze ans, fils de son bâtard Pierre- Louis, et Gui-Ascagne Sforze, âgé de seize ans, fils de Constance sa bâtarde. Et comme on voulut lui représenter que ces élections n'étaient point canoniques puisque ces cardinaux n*avaient pas l'âge requis par les lois , il répondit en se moquant d'eux : Qu'il y suppléerait par son âge décrépit. Enfin, bientôt après ^ il délibéra sur les moyens d'empêcher le concile.' Ponr achever le portrait de ce pape Paul m, voici ce que j'en trouve daps ^ SIeidan. Il avait prostitué sa sœur, Julie Farnèse, au pape Alexandre VI, afin que par cette complaisance infâme, il pût obtenir de lui le chapeau de cardinal. Il était adonné à l'astrologie judiciaire, a la magie et au devinement. Il ne délibérait sur aucune affaire de conséquence qu'après avoir consulté les démons. Il fit mourir par le poison sa mère et son neveu, afin d'attirer^ à lui tout l'héritage des Farnèses. Il empoisonna aussi une autre sœur qu'il avait débauchée, parce qu'elle
« Jd. ib. 8i.
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