LIVRE DOUZIEME
QUI GOHTISirr, ENTR'AUtRES CHOSES ^ LA. REFORBIATimff
DE GsirivE, tfs 1585.
Je reviens aux affaires de Genève. Je les rapporterai un peu au long^ parce qu'elles donnèrent lieu à la double résolution qui arriva dans le Pays - de * Yaud Tan 1536| en ce qu'elles servirent d'occasion aux Bernois pour s'ea emparer sur le duc de Savoie^ en défendant contre lui les Genevois leurs alliés.
I« Guillaume Farel et«Pierre Viret continuaient à prêcher avec succès à Genève , dès le commencement de Tété de Tan 1534 j et les déformés faisaient leurs assemblées dans l'église des Gordëliersdu couvent de Rive. Ils commencèrent le jour de la Pentecôte d'y administre^ les sacremensy faisant la sainte Cène > et baptisant les enfans qu'on leur apportait. * Il arriva ce jour-là une chose tout a fait remarquable. Dans le temps que les réformes fai-
* Ms. Chouet %%.
3t4 DÉPUTATIOM DB BB&NB
saieni la Bainte Cène , un prêtre s'approcha de la lable dans réqaipitge d'an homme qui vent dire la messe. El iont d'an coap , au grand éionnement de rassemblée , il jeta là son surplis et le reste de son équipage, et déclara qu'il embrassait la religion évangélique. * Le vicaire de St. Gervais, homme vif et ardent^ prêcha souvent contre ce prétendu désordre^ se plaignant du peu de respect qu'on avait pour les commandcmens du pape et de l'Eglise. Farel et Yiret en portèrent des plaintes au conseil. On fit venir le vicaire et l'on entendit les parties y qui disputèrent quelque temps sur ces articles. La conclusion fut que le conseil exhorta le vicaire de prêcher avec modération et d'une manière à n'offenser perBonne. L'exhortation était tout à fait raisonnable et évangélique. Cependant le vicaire en fut piqué. Il demanda si donc on lui défendait de prêcher? Le conseil lui répondit : Qu'on lui défendait simplement de prêcher des erreurs , et qu'on lui ordonnait de prêcher l'Evangile dans sa pureté. * A peu près dans ce temps-là, un prêtre nommé Louis Bernard^ Aggrégé au clergé de la cathédrale , quitta l'habit et se maria avec la sœur d'Ami Perrin. Pierre Tiret bénit leur mariage. '
Pendant que ces choses se passaient dans Genève, son évêque, Pierre De La Baume ^ prenait des mesures avec le duc de Savoie pour y rentrer et s'en rendre absolument le mattre, d'une manière ou d'une autre. Il partit du comté de Bourgogne on il faisait ordinairement sa résidence, et se rendit à Chambéry auprès de ce prince, au mois de juin 1534, pour concerter avec lui les me-
' Hottiiig. 681.
' Bis. Ghonet p. 9SL
' Hôuing. 6B1. Spon. 1. 360.
BU rAYBQA DB «BRKmS. SSIUI
sores qu'il y ayail à prendre. Et pour l'engager plus for-^ lement dans ses intérêts , il promit de résigner An évd? ché k celui de ses fib, qu'on appelait le comte de Bresse. Les* Bernois ayant appris ce complot, en écrivirent au duc le 33 juin. Ils lui dirent : Qu'ils avaient appris ce qui se tramait entre lui et Tévéqne de Genève, ce qui ne pouvait avoir pour but que d'inquiéter leurs alliés de Genève; qu'ils le priaient de ne les point inquiéter et de se tenir exactement au recès de S. Julien et a la sentence de Payerne. Je ne sais quels furent les sentimens du duc à la lecture de cette lettre. Hais , quoi qu*il en jsoit, la mort termina cette difficulté. Le comte de Bresse qui n'était encore qu*un jeune enfant^ vint à mourir au bout de quelques jours ; ainsi la résignation n'eut pas lieu. *
Cependant, pour exécuter leur dessein, ils machinèrent de se rendre mattres de Genève , par trahison , par le moyen des intelligences qu'ils avaient dans la place avec un bon nombre de citoyens, zélés papistes qui, en haine de la religion réformée, voulaient livrer leur pa* trie à l'évéque. Déjà même les principaux du conseil étaient allés joindre l'évéque hors de la ville ; et ils se proposaient^ disaient -ils, de châtier ceux qui tenaient les rênes du gouvernement et d'exterminer la secte luthérienne. * Ces princes assemblèrent des troupes qui s'avancèrent jusqu'au pont des Tremblières, à une lieue de Genève. Le baillif de Chablais et le baron de Rolle ramassèrent environ huit mille hommes , tant infanterie que cavallerie. Par le moyen de ces troupes, le ma-
* Ma. Chouet I. c
* Roscl III. S7. SteUler II. 65. Spon I. 361. Savion lU. iCH.IOS.
5S6 ^ ^^ oonanaATiOH
réchal de Bourgogne , frère de rëvéqae^ prétendait passer sortie venlre aux Çenevois. ' La noit da 30 ao 31 juillel^ jour pris pour rezécution du complot» les cott^ jurés devaient /aire un signal de quelque feu à ceux de dehors. Les portes devaient être ouvertes par le maître serrurier de la ville , et quelques pièces d'artillerie d'une tour qui battaient sur le lac étaient sans munition» L'évéque lui-même s'était avancé jusqu'à Le Luiset> village à deux lieues de Genève, pour se trouver à Texéculien de ce projet. Mais heureusement pour Genève, les syndics furent avertis assez à temps de ce complot povir pouvoir se mettre sur leurs gardes et le Caiiro échouer. A rentrée de la nuit même du 80 juillet^ un nommé Jaques Blaubuisson, vint leur découvrir tout ce noir projet qu'on avait formé contr'eux, et qu'on devait exécuter le lendemain à la pois te. du jour. Bs doublèrent le guet et la patrouille de la ville , et firent mettre une bonne partie de la bourgeoisie sous les armes à* neuf heures du soir, afin d'être prêts à tout événement, et donnèrent tous les autres ordres nécessaires pour leur sûreté. Cette nuit- là les Savoyards se mirent en marche en grand nombre^ les uns par eau et les autres par terre^ sous la conduite du gouverneur de Chablais , et de plusieurs officiers et gentils-hommes du pays et s'approchèrent de Genève; de sorte que le matin, se trouvant près do Gergonnan, tambour battant et enseignes déployées, ils s'avancèrent jusque vers les portes de la ville. Pendant la nuit, un grand nombre des pa'jMstes de la ville s'étaient armés secrètement et assemblés dans quelques maisons , afin de favoriser cette entreprise ; mais
* Stcttler 1. c.
iCHOuB. 5S7
craignant le guet, qu'on faisait faire plus ezactenaent que de coutume, ils n'osèrent pas sortir de leurs maisons , ce qui fit échouer le complot. Deux des principaux des ennemis vinrent près de la ville et mandèrent un jeune garçon^ pour voir si les portes de Rive ou de S.- Antoine étaient ouvertes. Mais, ayant appris qu'elles étaient fermées, et voyant une torche au clocher de St- Pierre, qui leur apprenait qu'on faisait bonne garde dans la ville , ils se retirèrent disant entr'eux : Nous sommes trahis, nous sommes trahis; jamais nous n'entrons dans Genève, *■ puisque nous avons manqué ce coup. Ils saccagèrent quelques maisons de campfigae et emmenèrent prisonnier Pierre Vandel qu'ils trouvèrent en chemin ; mais il fut échangé contre le seigneur de Coudrée, qu'on avait arrêté à Genève par droit de représailles. Les papistes, qui étaient du complot, se retirèrent de Genève; mais on en saisit quelques - uns qui avouèrent tout le secret de la conspiration. Ils dirent : « Que révéque avait donné dîx écus à chacun des prin*. cipaux conjurés; qu'ils avaient entrepris d'entrer dans la ville, les uns* en bateaux-, les autres par une porte qu'ils prétendaient rompre, qu'ils devaient venir combattre contre les luthériens, et que quelques-uns de leurs complices devaient leur donner le signal d'un coup d'arquebuse , qu'ils tireraient au Molard ; que Perceval De Pesmes était le chef de la conspiration, ou du moins l'un des principaux ; qu'il y avait déjà un an que cette affaire avait été tramée dans un souper où ils s'étaient trouvés au nombre de deux cents personnes. Un d'entr'eux confessa qu'il avait été à Arbois , chez l'évéque ,
* Roset. Spoh. Stelller et Savion I. c.
5S8 DéPUTATIOll DB bbrui
où il a?ait vu que ce prélat écrivait aux seigneurs de Pribourg pour les prier de lui aider dans cette occasion , et de faire choix d'un homme qui pût aller à Genève en qualité de son lieutenant avec son vicaire. Que les ca^ tboliques devaient s'assembler cette nuit - là sous une enseigne rouge , au Holard^ pour recevoir ceux qui ve* naient de dehors y et crier : Vive notre prince l'évéque S après quoi ils devaient se jeter sur les luthériens. Tes égorger tous et confisquer leurs biens , dont l'évéque leur avait d^à fait présent d'avance* *
Cependant les syndics ayant envoyé incessamment à Berne un exprès , le 31 juillet , pour donner avis a leurs alliés du complot qui avait clé formé contr'eux, et 'pour leur demander leurs secours en cas de besoin ; les Bernoiç ' envoyèrent prompteroent quatre députés, savoir : jtean-Françoîs Nœgaeli , trésorier ; WoUgang von Wein» garten, banderet; Jacob Tribotet, et Jean-RoMphe NœgueK,, pour s'informer de l'état des choses, teur en .donner avis, et faire tous leurs efforts sans épargner ni peine, ni dépense, pour porter les parties a la paix. Ils devaient s'adresser d'abord aux ministres du duc de Savoie, et leur dire : Que LL. BB« étaient fort surprises de leur dessein , puisque dans une journée tenue à Payeme, les députés des cantons avaient donné une sentence juridique sur ce sujet , dont ils pouvaient fort bien se souvenir, et que tout nouvellement (il n'y avait que peu de jours ) ^ up gentilhomme Savoyard^ nommé Piochety envoyé à Berne de la part de S. A. avait assuré LL. SE. que S. A. ne voulait entreprendre aucune
' Tiré d*une copie de ces dépositions qui est aui Archiires d» Berne ^ entre les papiers îniUiles. ».
BN 8AV0IB BT A 6BHBTB. 529
Violence contre ceux de Genève. Que LL. EE. faisant fond sar cette promesse^ les exhortent à se désister de tonte hostiNté, qa'autreiïient ils prendraient d'autres mesures là-dessus et qu'ils se souvenaient bien de l'issue de la dernière guerre. Que si le duc de Savoie j. bu l'é^ véque de Genève, ou quelqu'autre que ce fût avait quel* que prétention sur Genève^ qu'il la devait prendre par voie de droit et non par voies de fait, puisque les Gen^ vois s'étaient toujours offerts de faire droit a qui il était dû. Et comme l'on craignait pour Genève une irruption du côté de la Fpanche-Comté, parce que le maréchal de Bourgogne était frère de l^é véque de Genève, les dépn-> tés eurent aussi ordre de représenter ces choses à ce maréchal, et surtout qu'une pareille irruption était contraire à leur alliance héréditaire avec le comté dé Bour» gogne, puisqu'elle portait qu'aucune des parties ne devait attaquer les alliés de l'autre^ «et que Genève était étroitement Kée avec Berne. Enfin ils devaient faire voir leurs instructions aux Genevois , afin qu'ils connussent la bonne volonté de Messieurs de Berne et qu'ils se ré* glassent là-dessus. ^
Les seigneurs de Berne écrivirent aussi aux Etats du Pays*de-Vaud pour les prier de ne se point mâer de cette affaire. Aussi ^ bientôt après ^ le due de Savoie ayant envoyé ordre à ces Etats de marcher contre Ge* nève pour unç nouvelle entreprise , ils «'en voulurent rien £»ire, et ce fqt en partie ce refus qui la fit échouer.^ Cependant les Genevois portèrent leurs plaintes de cette entreprise du duc, h Lausanne, à Fribourg et a la diète des cantons, assemUée à Bade au mois d'aoûts
' Ms. AmporC. 139.140. Bern. Insir. 38S. ^ lf9- Aœp. ibid*
590 l'évbqob bxcommunu gbkbvb.
Les canlons en furent éinus et écrivirent fortement au duc de s'abstenir de toute entreprise contre Genève , et de s'en tenir à la sentence qu'ils avaient rendue à Payerne^ trouvant fort élr^nge qu'il eût ordonnné une semblable attaque , sans avoir fait aucune décUratioo de guerre.
Dans le même temps l'évéque de Genève^ au désespoir d*avoir manqué son coup se retira en Bourgogne, d'où il fulmina le 22 août une excommunication contre les Genevois, dans laquelle il en désignait 200 par leurs noms. Il les y taxait d'hérésie et de i:0bellion ; et défendait à tout le moode de leur donner aide ni faveur, et même d'avoir aucun commerce avec eu^ ; et confisquaii leurs biens. Mais les Genevois se moquèrent de celte excommunication. Ces foudres brutes conunei|çaSent à n'élre plus a la mode. ^ En même temps il livra Son château fort de Peney aux catholiques, et générale^ ment à tous les Mamsaelus ; afin que de là ils pussent faire tout le mal possible à la ville de Genève. %
D'un autre côté le duc jugeant apparemment que les Genevois seraient consternés par cette excommunication, forma une nouvelle entreprise contr'eux. U assembla du monde, et fit venir des. officiers et des troupes étrangères dans le dessein d'attaquer Genève secrètement: Les seigneurs de Berne en ayant eu avis, envoyèrent le 25 .août une députation au Pays de Vaud^ pour remercier le gouverneur et les villes de ce qu'ils avaieaft fait peu de lemps auparavant , et pour leur représenter; que si l'entriefuîse du duc, ieqr seigneur, venait a éclater, ils en soufEricaieat les priemiers^ étant en-
* Rosel III. 37, Ben. Tgrrctin. 1. c. 439.
* Slclller H. 65.
«OUVSAU COVPIéOT TEAVBRSÉ par B£aKB. 351
vironnës des Bernois et des Geneyois; qu'ils pouvaient assez savoir^ que les députés des cantons, lors de la guerre précédetite de Genève, avaient fait on accommodement à StrJulien, et prononcé une sentence à Payerne, qui portait entr'autres choses, que, si le duc ne voulait pas laisser les Genevois en paix selon leur sentence, )el qu'il la violât en les inquiétant, dans ce cas-là le pays de Vaud serait échu aux devaC villes de Berne et de Fri* bourg. Qu'ils devaient donc y penser, et faire réflexion^ que s'il arrivait que le duc de Savoie attaquât les Genevois de quelque manière que ce fût, ou qu'il leur ftt quelque vexation contre la sentence; qu'alors leurs ez« cellences mettraient 1^ mains sur l'hypothèque qu'on leur avait assignée ; que l'on n'avait pas fait beaucoup de mal au duc dans la guerre précédente, en considération de bon voisinage; mais que^ puis4u'on voyait que cette douceur ne le touchait point, on ne le ménagerait pas tant si là guerre se ralloroait, et qu'alors eux en souffriraient le plus ; qu ils devaient donc faire leurs ef» forts auprès de S. A. pour la porter a laisser en paix 1^ Genevois^ ou du moins à les poursuivre par le 4rpit, s'il avait quelque légitime prétention contr'eux. ^
n. Mais nonobstant tous ces soins des Bernois, le duc continuait dans son dessein de se rendre mattre de Genève. Il assembla de nouveau des troupes dans la Savoie. Tout ce pays-la était en armes ; et les savoyards noB-seolement empêchaient qu'on ne fit entrer des vivres dans Genève, mais exerçaient plusieurs violences contre les Genevois. Les deux villes de Lausanne et de Neuchâtel envoyèrent offrir du secours aux Genevois,
* Ms. Amport. lAO. Instr. 597.
S31 LB PAPB BXCOBniUim GBNSYB.
mais ils le refusèrent craignant de trop charger leur
▼îllc. *
A la solKcilation du dac^ de Savoie, le pape se mit aussi de la partie ; et fulmina une sentence d'excommunication contre les Genevois^ et contre tous ceux qui leur donneraient le moindre secours. Elle fut publiée dans le mois de septembre, et causa bien des chagrins aux Genevois. Les gens du pays de Vaud, zélds cathcAques comme ils Tétaient alors^ en furent émus, et passèrent de la modération qu'ils avaient fait paraître à un excès de zèle qui les détermina à vouloir s'opposer au passage des Bernois, au cas qu'ils voulussent secourir Genève; et pour ce dessein, le duc fit faire une revue générale des milices par toui le pays< *
Quelques jours après les Genevois écrivirent à leurs alliés de Berne^ qu*ils étaient tous les jours dans Fattente d'un assaut de la part du duc. Les Bernois communiquèrent cette lettre le 14 septembre, aux députés des cantons de Zurich, Fribourg, Glaris^ Schaflhouse et Appenzel, qui étaient venus à Berne, pour les troubles de Soleure ; les priant d'en faire le rapport à leurs seigneurs , d'autant plus que c'était le marquià ou châtelain de Muss, Tennemi commun de la Suisse qui était l'auteur de ces pratiques. ^
Le 16 septembre ils envoyèrent de nouveaux députés au duc de Savoie, pour lui dire : « Que LL. EE. auraient espéré qu'il do serait contenté de la réponse raisonnable qu'on avait donnée à son envoyé, et qu'il an-
' Roset III. S8
' Ma. Thon. 59. b.
' Ms. Amp. 141. Instr. AOS.
niPOTATIOHS DB BBBKi EK FAYBUB. DB GBKBVB. 8S5
rail tenu la parole qu'il leur avait fait donner de ne point inquiéter les Genevois; que cependant il leur fiusait de continuelles vexations; et non -seulement à eux, mais aussi aux sujets^e Berne; qu'on le priait de. se souvenir de ce que leurs députes -précédens lui avaient représenté à Chambéry; que puisqu'il ne s'était pas opposé au traité fait à St-Juïien^ par les députés des cantons^ et qu'en conformité de ce traité il avait paru, par ses députés a Payeme, qu'il était entré dans une discussion juridique de ses droits, les reconnaissant ainsi, '(1^ députés des cantons), pour ses juges; qu'il s'en ttnt à leur sentence ; qu'on le priait donc de laisser en paix les Genevois selon ce traité ; ou s'il croyait avoir qudque sujet de plainte ou d'eux, (des Bernois), ou des Genevois, qu*il prétendit que les uns ou les autres eussent violé la sentence de Payerne ; qu'ils lui offraient le droit par devant les députés des cantons ; que s'il persistait à vouloir en venir aux voies de fait, ils s'en plaindraient en tel lieu, que cela ne lui ferait pas plaisir. Enfin on lui demandait réponse à la lettre que les cantons lui avaient écrite dans la dernière diète de Bade. »
Ces députés devaient aussi exhorter les Genevois à faire tous leurs efforts pour se conserver la paix et la tranquillité. En chemin foisant, ils devaient faire con* nattre leurs instructions au gouverneur du pays de Vaud, aux Genevois, et au vi-comle de Hartigues, lieutenant Au duc en Savoie, et travailler à faire retirer les troupes qui étaient autour de Genève. '
Le même jour ils envoyèrent d'autres députés en Valais pour représenter à l'évéque de Sion, au capitaine et
' Ma. Amp. US. B. Instr. AM, etc.
534 * l/£vâQUB tf ACHINB AVBC LS DUC
au conseil du pays : « Que peu de joars auparavant quelques gentilshommes du due de Savoie, conjointe* ment avec tes officiers et les gens de Tévéque de Genève avaient entrepris de surprendre Genève ; que ce dessein leur ayant manqué, le duc assemblait du monde et faisait venir des troupes étrangères pour aUaqoer celte ville^ et qu'entr'autres le chAtelain de Moss lui conduisait des troupes ; qu'il ne cessait de vexer les Genevois^ leur prenant les hommes et les bétes^ et pillant leurs maisons et leurs granges ; qu'on les priait de considérer le mal qui arrivait dans lepays^ s'ils donnaient passage a ces troupes^ et que les Genevois et eux étaient toujours prêts de faire droit au duc selon la sentence de Payemc ; enfin qu'on souhaitait de savoir quelle asan* rance on pouvait fonder sur leur amitié et leur alliance, en cas dé besoin? ^ Cette démarclie fut jugée nécessaire^ parce que les Yalaisans avaient promis du secours au duc contre Genève, en hdine de la rel%iôii réformée. Aussi ne firent-ils aucune ré^nse aux d^tittés de Berne qu'au bout de dix jours ; ce fut le 39 septembre. Il arriva dans le même temps que les Savoyard» arrêtèrent sur le lac un bateau chargé de marchandises et le pillèrent, croyant qu'il appartenait k des Genevois, et il se trouva qu'il appartenait à des Yakisans. ' Les cinq cantons catholiques et les Fribourgeois favorisaient aussi leduc^ ^t ce fut peut-être pour caelte raison et potir regagner leur bienveillance, que le conseil de Genève défendit aifx réformés de s'assembler au temple de Rive, et même leur fit fermer les portes de ce temple le 25 septembre. Mais cela ne duisa pas lo^9*tett|)6. D'un c6té le parti des
^ Ma. Amp. iA3. B. Instr. /k06.
' Rosel ni. 38. Savion m. 109. 110.
' point SB mvRDai uAtrunB db obr^vb. 3Btt
réformés était déjà considérable dans la ville^ et y faisait la moitié des habitans ; et de l'aatre ils avaient aussi intérêt a ménager Tamitié des Bernois, d'aatant plus que ceux-ci leur envoyèrent des députés pour les assister de leurs conseils. *
Les députés de Berne envoyés auprès du duc de Savoie, ne le trouvant pas à Ghambéry^ exposèrent leurs ordres au vi-comte de Iffiartigues^ en présence de son conseil. Il leur répondit : <x Qu'il ne savait rien de tout cela; que ce n'était point Tinlention du duc son maître, qu'on maltraitât les Genevois, et que même en établissant Monsieur de Lornay à Gaillard^ S. A. lui avait ordonné de gardef la paix avec Genève ; mais que du reste si Pévêque de Genève inquiétait ses sujets, le duc ne savait qu'y faire ; et que ni le duc, ni lui, ne voulaient pas se mêler ^'affaires d'Eglise, ni entreprendre sur la seigneurie et sur les droits d'autrui. ' Après cette réponse les députes de Berne allèrent 'chercher le-duc à Turin.
L'évêque de Genève, voyant que son excommunication n'avait rien opéré contre les Genevois, s'y prit d'une autre manière pour les chagriner. Il transféra son conseil épiscopal et la cour de son ofBcialité à la ville de Gex^ ^ ordonnant à son grand vicaire, à son officiai et à ses autres officiers de s'y transporter. Les syndics et le conseil s'y opposèrent. de tout leur pouvoir; ils emprisonnèrent tous ceux qu'ils soupçonnèrent d'avoir quelque pari à ce changement, et défendirent aux ec-
* RosetIU.SS.
' Ms. Gross.
' Roset lil. S9dU, vers la 6n de septembre. Savion III. lOB dit, le 98 d*aoùt.
S36 GBRBTB CBS8B D*OBftl& A SOM BVB<^UB. ^
olésiaBtiqaes de reconnattre ce noaveau tribunal de Gex et d'eotretenir aucan commerce avec ses officiers , sous peine de rébellion.
Une déroarcbe de celle nature donna occasion aux conseils d'examiner sérieusement vers la fin de septembre de quelle manière on en devait user avec Véwêqne, après tout ce qui s'était passée II fut conclu que « puisqu'il avait abandonné la ville pour se joindre a son ennemi capital ejL formé diverses entreprises contr'elle ,^ jusqu'à lui faire la guerre; non*seulement on ne pouvait plus le regarder comme le pasteur du peuple, mais qu'on devait le regarder comme don ennemi déclaré. » Ensuite de cela> le premier d'octobre, les syndics et le conseil allèrent en corps dans rassemblée des chanoines ^ oit ils représentèrent, par un discours fort touchant, « le peu de soins que Tév'éque avait pris depuis quelques années de la ville, de la justice et de la religion ; ses liaisons avec le duc de Savoie, ses entreprises^ et «toute sa con* duile, les remèdes qu'ils avaient tâché d'apporler a tous ces maux ; enfin les secours qu'ib avaient reçus des Bernois et les obligations qu'on leur avait. » Ils finirent par une proteslation contre l'évéque et par une prière qu'ils firent au chapitre de leur servir de témoin en tout cela, et de vouloir créer un vicaire , un officiai , et les autres officiers nécessaires puisque, igoulaient-ils^ le siège épiscopal est vacant. Les chanoines répondirent à ce discours avec une grande froideur, * ce qui engagea les conseils de faire une protestation solennelle contre les entreprises jle l'évéque , et d'inteijeter formellement un appel au pape contre ce prélat et ses adhérons j le 7
' Ms. Ghoaet. 95.
coHFimiRCB A BBmm. SS7
d'octobre. Mais cet appel ne fut jamais vidé , a cause des troubles qui survinrent et de la révolution dont ils furent suivis. *
Cependant le duc de Savoie conservait. toujours le dessein de pousser ses prétentions sur Genève , et pour les colorer de quelque apparence de droit , lorsque les envoyés de Berne parurent devant lui » et qu'ils lui eurent exposé leurs ordres^ il se plai^^nit de son côté des Genevois qui avaient brisé ses armoiries au chftteau de llsle^ démoli son autel à S. François de Rive, et qui lui retenaient le Vidomnat. Il demandait donc qu'ils le lui restituassent , et qu'on le laissât seulement entrer à Genève, offrant de pardonner à tous les luthériens. Et comme dans ce temps-là la diète des cantons avait confirmé le recès de S. Julien ei la sentence de PayemCj, chargeant en même temps la ville de Berne de soutenir les droits de celle de Genève ^ ' le duc offrit de traiter à Berne même et avec les seigneurs de cet état touchant ses droits. Ainsi, lorsque les députés de Berne se retirèrent, il envoya trois commis avec eux à Berne, Millet, De Yillarzel et Piochet, pour solliciter les Bernois à une nouvelle discussion de ses prétentions et de ses droits. Les Genevois y envoyèrent aussi leurs députés; on leur proposa les demandes du duc. Ils répondirent qu'ils s'en tenaient a Tarrét de S. Julien et à la sentence de Payerne ; et que pour le reste , après tout ce que le duc leur avait fait et leur faisait encore , ils ne pouvaient nullement se fier en lui. En effet, ils étaient avec lui , ou domoins avec ses sujets,* comme dans un état de guerre
* Roset III. S9. B. Tarreiin. I. c. &39.
* Savion III. p. m. ilO. III. Boset III. C. 29.
558 I>V DCC PROMBT TOUT XT IfB TIENT HUN.
perpéloelle. On leur einpechail de faire Tenir des vivres et il fallait de temps en temps qu'ils sortissent à main armée, pour en amener des villages. *
Ainsi cette conférence de 3erne n'ayant abouti à ried, les seigneurs de Berne marquèrent une aulre journée à Thonon, pour le 15 novembre suivant, laissant au duc la liberté d'y appeler les autres cantons, ou de traiter leurs différends à l'amiable avec eux seuls ; mais ils réservèrent qu'en attendant cette journée 1® le duc levât la défense du commerce avec les Genevois; 2^ qu'ils fussent en sûreté sur les terres du duc ; 3^ et que leurs exilés , qui étaient a Peney et qui les avaient molestés jusqu'alors , cessassent de le faire et que le duc cessât de les favoriser. ' Le duc promit tout, mais il ne tint rien. C'est pourquoi les Bernois s'en plaignirent de nouveau à ses envoyés qui étaient a Berne le 6 novembre, déclarant qu'ils ne le voulaient point souffrir, et qu'une pareille conduite reculerait la paix. ^
En effet, nonobstant la résolution de la diète des cantons , dont on a parlé , les Genevois se virent toujours exposés aux insultes, ou plutôt aux brigandages des Savoyards. Le duc de Savoie fit exhorter fortement ses sujets à se garder de la secte luthérienne et à l'extermiiiér ; t% qui tendait indirectement a faire la guerre aux Genevois à toute outrance. Ses sujets, tant les séculiers que les ecclésiastiques > jinimés du même zèle^ contribuèrent de tout leur cœur à l'exécution d'un si noble dessein. Aq commencement de novembre, plusieurs gentils -hommes de Savoie et duPays-de-Vaud^ tant
* Roaet lU. 88.
' Ms. Amp. lAJI. B. Instr. &I6.
* Ms. Amp. I&5.
ATROCITia DSS PSNBTSÀNS. SS9
par ordre de leur seigneur que de leur propre iqouve<inoni, amassèrent du inonde. Il j avail entr'aqtres du Pays-de^Vaudj Michel Mangeroz^ baron de La Sarraz, les seigneurs de llIontfor.t9 de Berchié> du Châtelard, el quelques autres. Le trois novembre tous ces gentilshommes vinrent en armes contre Genève, amenant environ dinq cents hommes > enseignes déployées ; et s'^ tant avancés jusqu'à un trait d'arc de la ville du côté de Gex, ils la tinrent bloquée gardant exactement les passages fermés , dans le dessein de l'affamer. Mais ils 86 retirèrent peu de jours après et se contentèrent de battre la campagne autour de Genève, jusqu'au commencement de décembre , que le froid devenant trop rude les obliga de reprendre le chemin de leurs maisons. I| n'y eut que le baron de La Sarraz , l'un des plus emportés d'entre les ligués de la Cuillère j qui tint encore la campagne quelque temps avec ses gens. *
Cependant le duc convoqua une assemblée des cantons à Thonon, à ses dépens, pour le 15 novembre, comme on en était convenu. Les députés des cantons 8*7 trouvèrent au jour marqué; mais le duc ne s y rendit que le 26 avec l'évéque. L'assemblée dura près d'un mois^ cependant on n'y conclut rien. Les Bernois demandaient que les mini8ti[es pussent aller et venir librement par tout le pays du duc. Le duc, au contraire , demandait qu'ils fussent chassés de Genève. ^
On renvoya donc à une autre assemblée, qui fut marquée à Lucerne , pour le mois de janvier de l'année suivante. En attendant, les Bernois envoyèrent à Genève leurxapitaine, Antoine Bischof, avec quelques soldats
* Roset m. 90. Ms. Thomass.
' Bosel III. 30. Ms. Thom. 40.
Wi nusoRHiBas.
pour la défendre ; et ceux-ci furent joints par une qaatatitaine d'autres soldats suisses , qui avaient bonne envie d'attaquer les bandits de Peney^ mais il leur fut dé» fendu de commencer aucune hostilité. ^
Au mois d'octobre on reçut à Genève des lettres du roi de France, par lesquelles il disait qu'il avait mis en liberté pour l'amour des Bernois et des Genevois, deux Genevois qui avaient été pris à Lyon pour la religion ^ savoir Baudichon et Gologny ; les priant à la pareille de relâcher Furbiti. On ne jugea pas à propos de le faire sans en donner avis à Messieurs de Berne qui le faisaient détenir. Ils y consentirent; cependant^ comme il ne se trouva personne qui voulût payer les frais de sa détention,* dont les Genevois étaient charges, et qu'il n'avait pas le moyen de le faire , son élargissement fut accroché plus de quinze mois par cet incident. Peut » être même qu'il n'aurait pas été relâché si tôt, si le duc de Savoie n'y eût encore contribué vers la fin de l'an 1535 , en offfrant l'échange du ministre Saunier qu'il avait fait ar* réler en Piémont. ' •
Parmi ces divers mouvemens des partie? intéressées pour ou contre la liberté de Genève, les chanoines se rendirent suspects de mauvais desseins , et on eut avis , le 3 décembre, qu'ils avaient résolu de se retirer à Anneci; et qu'ils y faisaient déjà transporter secrètement leurs livres et leurs titres. Le conseil défendit de distraire ces titres, ordonna qu'ils seraient conservés et que a'il se trouvait qu'oii en eût enlevé quelques-uns, on
^ Stettler 65. p.
* Savion III. p. m. IftO. Ma. Ghoaet. p. 45. Roset III. Ch. S3. Il ial relâché le K avril IK36.
PLu$iBUR3 Bonaesois quittent la viub. 8^1
devait arrêter les chanoines, jusqu'à ce qu'ils les eus-, seni rapportés. *
La veille de Noël iU 6rent demander au conseiï s'ils pourraient célébrer la. messe comme à l'ordinaire ? On leur répondit qu'ils en usasseut comme ils. Iç.troAveraîent a propos. *
Après qu'on eut entièrement rompu avec l^âvéque, plusieurs bourgeois et habitans catholiques, des plus ardens pour son service, quittèrent la ville. Les uns allèrent joûidre ce prélat en Bourgogne o]] il était retourné^ les autres se jetèrent dans le château de Peney, situé sur le Rhône , a deux lieues de la ville, et qui était une espèce <le citadelle appartenant a l'évéqué. On cita à ion de trompç les uns et les autres pour les obliger à revenir, mais n'obéissant pas, on saisit l^urs biens et on travailla
* à leur procès^ ^
Au, reste pendant les derniers mois de l'année, les catholiques se plaignirent de temps en temps que l'oi^ abattait des images et des croix, tantôt dans un lieu, tantôt dans un autre. Les conseils en faisaient faire des
* informations, et on en punissait les auteurs par la prison et par d'autres peines, lorsqu'on pouvait les découvrir. ^
L'année 1535 vit l'entière ruine de la religion ror maine, et l'établissement de la réformée dans Genève. Mais avant que de passer au détail, il est bon de remarquer qu'il y avait sept paroisses et cinq couvents. Les paroisses étaient St-Pierre, Nbtre-Dame-la-Neuve, la Madelaine, Str-Germain, St-Gervais, St-Victor et St-Lëger. Les couvents étaient ceux des cordeliers de Rive, des
^ ' Mê. Ghonet p. S3.
' Voyez ci-destous p. 161.
* Ms.^Chouet. p. S&.
%k% f,B8 RiFOKMis SONT BH SAJOEITA.
cordelières de Sie^Clâire, des Domiaicains, des Augustains, et celui de St-Viclor, qui était de l'ordre de Cloni. Il est vrai que les églises paroissiales de St^Leger^ et de St'^ Victor, et les couvents des dominicains, de St^-Victor et des Augustins furent démolis à peu près dans ce temps-ci, que Ton rasa les faubourgs où ils étaient situés ; de sorte que, de ces bâtimens, il ne resta que ceux de cinq églises et de deux couvents qni subnslent encore aujourd'hui. '
Le nombre des réformés augmentait sensiblement tous les jours, non-seulement par ceux des catholiques qui changeaient, mais encore par les Français qui fuyant les persécutions^ se réfugiaient dans cette ville. Lorsqu'ils se virent de beaucoup supérieurs an parti opposé, ils firent souvent paraître leur chagrin, de ce que, pendant qu'il ne leur était permis que de prêcher dans le seul couvent des cordeliers, les catholiques avaient une pleine liberté de pratiquer publiquement leurs cérémonies, et de faire généralement par toute la rille tous les autres exercices de leur religion. Les conseils ne souhaitaient pas de leur côté avec moins d'ar» deur de voir l'ouvrage de la réformation achevé ; mais faisant sagement réflexion sur les désordres qu'attirent après eux ces changemens, lorsqu'ils se font avec trop de précipitation, ils prenaient toutes les mesures possibles pour conduire la chose avec douceur, afin de conserver autant qu'ils pourraient l'union entre les bourgeois , et de faire que tout se passât sous leur nom et sous leur autorité. ^
* Ma. Ghouet p. 2à.
' Idem cl Savioii. H. i%^,
OOmpiEBRCB DE LOCBRHB. SUS
Dans la diète des canlonSj assemblée à Lucerne^ aa mois de janvier 15S5| pn proposa les différends du duc de Savoie et de l'évéque de Genève^ avec les Genevois et les Bernois leurs alliés. lia diète prononça, qu'oir devait accepter la trêve qui avait été proposée à Thonon ; que Berne devait rétablir l'évéque de Genève, let ^ laisser rentret* le duc ; et que le reste des diGGcultés serait examiné à loisir par les cantons. IfO duc et l'évéque furent contons de cette proposition ; mais les Bernois et les Genevois la rejetèrent, disant : « Quejamais on n'avait observé nucune trêve à lei^r égard } qu'ils avaient des sentences prononcées et scélées par les cantons ; et qu'ils croyaient qu'on devait les y maintenir; demandant qu'on leur fit justice là-dessus, et sur toutes les autres ' iniquités que leurs parties avaient faites. » Les Bernois disaient enqore> pour ce qui les concernait en leur propre : « Qu'ils n'avaient rien pris au duc ni a l'évéque ; qu'ils * ne les avaient point déposédés ; qu'ainsi ils n'avaient rien à leur rendre; que c'était une affaire qui regardait leurs alliés de Genève, qui sauraient bien leur répondre. » Et ce qui les fâcha le plus, c'était, que quel-^ ques cantons jentrcprirent de les porter à renoncer à la combourgeoisie de Genève, ce qu'ils ne pouvaient point faire avec honneur ; et qu'ils virent que ces cantons étaient même résolus, au cas que ce [différend aboutit à une guerre, de ne s'eg point mêler; quoique les Bernois ne leur demandassent leur secours, que pour obtenir justice, t
Les Genevois de leur côté, disaient : Quils ne poi«vaient absolument point laisser entrer à Genève, ni le
Stetiler II. 369.
3fc4 SUITE DB {.A
dttCy ni révéqoe; et ils alléguaienl les raisons qu'ils avaient de se défier de l'un et de l'autre. Quanta ceqnele duc proposait la cause de Tévéque avec la sienne^ ils disafent : « Que ce n'était point son affaire,. et que si révéque se plaignait d*étre dépouillé de sa jurisdiction^ il ne devait s'en prendre qu'à lui-même, puis qu'il en avait retiré ses cours ecclésiastiques, pour les transférer à Gex, dans les états du duc ; que du reste ils étaient disposés à répondre à l'évéque devant les cantons, à forme de leur traité d'alliance avec Berne. » Ainsi cette conférence n'aboutit à rien. Le duc et l'évéque se firent donner un acte du refus de lourd parties. D'autre côté les Bernois et les Genevois demandèrent. un jugement de droit sur leur proposition; les cantons les renvoyèrent à une autre assemblée, qui se tiendrait le deux mars suivant. *
III. Pendant ces mouvemens, le conseil souhaitant d'amener insensiblement les choses à une heureuse réformation, avec douceur et avec prudence, comme on Ta dit^ chercha pour le carême un prédicateur qui fût au gré des réformés. Ils firent venir un cordelier, qui avait de la réputation, et ils trouvèrent ^ propos pour ne donner aucun sujet de plainte au clergé, qu'il allât demander au chapitre une place pour prêcher. Mais les chanoines, à qui il était suspect, l'ayant renvoyé au grand-vicàire, qui se tenait à Genr, et celui-ci lui ayant répondu que l'évéque devait envoyer au premier jour un prédicateur ; le conseil ordonna, après en avoir fait encore parler au chapitre de sa part, que le cordelier prêcherait le carême à Téglisc de St-Germain. '
* Ms. Cbouel U. 25. Savion. III. p. m. 123. Hoscl III. Ch. 3a
* Ms. Chouet tk. 25. Savjoii 111. 122.
. RiFOanATlOR DB 6B1IBVB. ftlS
Le 14 février qu'il devait faire son premier sermon, quelques-uns des principaux de la paroisse vinrent au conseil en faire des plaintes, et le prier qu'on ne prêchât point le carême dans leur église, et qu'ils se contenteraient de la messe. On leur ordonna d'aller entendre ce prédicateur, en leur promettant^ que s*il prêchait des nou-^ veautés contraires à la Sainte Ecriture, on le chasserait. Il y eut néanmoins beaucoup de bruit dans l'église, et quelques femmes y excitèrent une espèce de sédition. On en punit les auteurs, les uns par la prison, les autres par la cassation de leur bourgeoisie, et les autres par le bannissement. Le cordelier fut maintenu; il prêcha ^vec l'approbation des réformés, et on le logea chez le curé de Si- Germain, * qui commençait à se convertir. *
Ceux de la paroisse de Su-Gervais en usèrent bien d'une aulre manière que ceux de St-6ermain. Us représentèrent au conseil^ le 19 mars, que pendant qu'ils allaient à Rive ou à St-Germain pour ouïr le sermon, les ennemis qui étaient répandus de tous côtés dans le voisinage de la ville, pourraient bien user de quelque surprise contre leur quartier ; et qu'ils priaient qu'on Içur permit d*avoir un prédicateur qui leur prêchât tous les joursI'Evangile. Le conseil, trouvant qu'ils avaient quelque raison, avait beaucoup de penchant à leur accorder ce qu'ils demandaient ; mais la those ayant été portée en deux cents, on fut d'avis de n'aller pas si vite^ et de se contenter encore des prédicateurs ordinaires. ^
Par ce même principe, et parce que le conseil voulait que tout se fit avec ordre, et par son autorité^ on conti-
* Thomas Vandel , chanoine de S. Pierre.
* Ms. Cbouet p. 25.
* Id. ibid.
546 VIRBT BnPOKOHRi.
naît de punir, par la prison, les particaliers qui se donnaienl la liberté d'abattre les images, et ceux qui les jours de fête tenaient leurs boutiques ouvertes, ou qui travaillaient. Au mois de mars, ou détruisit un StnJean- Baptiste dans le couvent des Ausgutins, et unSt^eorge dans celui des Gordeliers; les auteurs furent emprisonnés, et condamnés à en payer la valeur. '
Les chanoines et les^utres ecclésiastiques de Genève voyant que ni les efforts ni les menaces du duc, da l'é* yéqueetdeleurs partisans ne pouvaient arrêter le cours 4e la réformation dans Genève, quelques-uns d'entr'euz cherchèrent un autre monyen pour en venir à bout ; ce fut (Pempoisonner les trois ministres qui y prêchaient; ce qui leur parut aisé, puisqu'ils étaient logés tous trois dans une même maison, chec un particulier, nommé Claude Bernard, très-honnête homme, et zélé pour la réformation. Ils subornèrent pour ce dessein une paysanne, de la province de Bresse^ qui s'était retirée de Lyon, sous prétexte de religion, et la firent entrer dans cette maison en qualité 4e servante^ ou elle commença par faire périr sa maîtresse. Peu de jours après, le potage qu'on avait préparé pour les trois ministres^ se prouva empoisonné. Heureusement, il n'y en eut qu'un qui en mangea, savoir Viret, qui en fut malade à l'extrépité« Farel, soit qu'il fût indisposé, soit pour quelque autre raison^ ne dîna point ce jour-là; et Froment ^langea ailleurs. Après de grandes recherches, la servante de la maifqii se trouva coupable. ^
La chose arriva vers le commencement de mars, et |es députés de Berne qui étaient alors à Genève, en écri-
* Id. ibîd.
* Boscl in. 31. Ms. Ghouet. S6. Savion III. p. 12C.
INrO&BIATlOll BT PROCBfl. 347
virenl la nouvelle à leurs seigneurs le 13 de ce rooîs-là. Ils disaient dans leur lettre : que Viret était si mal, qu'on n'en attendait que la mort; que l'empoisonneuse avait d'abord avoué son crime^ * et que comme on lui avait demandé qui le lui avait fait faire , elle avait répondu, qu'ayant été à la journée de Thonon, quelques évéques le lui avaient fait proposer par quelques-^uns de leurs gens, lui promettant une grosse somme d'argent. ' On ne voit pas pourtant dans les historiens de Genève qu'elle accusât d'autres personnes qu*un chanoine, nommé Gounin Dorsières, et un prêtre, de l'avoir poussée à ce crime. Il y a beaucoup d'apparence que les conseils de Genève voulant encore ménager leur évéque, suppri-< nièrent ce qu'on vient de voir, et ne laissèrent paraître de la confession de cette malheureuse, que ce qui concernait le chanoine et le prêtre. On les emprisonna tous deux de nuit au commencement d'avril. L'affaire fi( grand bruit, et le procès des deux ecclésiastiques dura jusqu'à la fin de juillet. Pour ce qui est de la servante, ^le fut condamnée à la mort le 14 avril ; mais le cha^
noine se tira d'affaires par son crédit^ et par celui de ses parens qui étaient considérables. On lui fit pourtant prêter serment, que les faits qu'il avait allégués pour si| justification étaient bien véritables, ek qu'il comparât-^ trait lorsqu'on le lui o;rdonnerait. Cette aventure fit re-* garder les chanoines et les prêtres avec plus d'horreur, qu'auparavant; d'autant plus qu'on apprit que les prêtres avaient machiné d'empoisonner le pain et le vin de la
' Que lé crime lût réel^ oa que la torture en ait arraché l'aveu , i*ijidignation fut grande contre leâ bonnets ronds et la cause de la réforme en lut d'autant avancée. {Editeur.)
* Ms, Gross.
348 AU DirAUT du sscou&s d« bb&nb
Ste-Cène^ pour faire périr loas les réformés à la fois lorsqu'ils célébreraient ce S. Sacrement, Ce fut alors que le conseil trouva a propos le (S avril) de placer Farel, Viret et Froment, dans un appartement particulier du couvent de Rive. '
Dans ce temps-là^ les Bernois embarrassés chez eux à cause de la nlalice de leurs ennemis , qui les décriaient dans la Suisse , donnant un mauvais tour au zèle qu'ils faisaient paraître pour les intérêts de Genève^ et ayant appris que quelques cantons les menaçaient de lés attaquer eux-mêmes^ tandis qu'ils seraient occupes à la guerre contre le duc de Savoie , ' écrivirent aux Gène* vois le 17 mars : Qu'ils pouvaient se pourvoir ailleurs de secours au c'as qu'ils fussent obligés d'essuyer une guerre, parce qu'eux (les Bernois) ne pouvaient pas les secourir , à cause des conjonctures périlleuses où ils se rencontraient ; n'étant pas raisonnable de laisser leur pays exposé aux dangers d'une guerre pour secourir leurs alliés. ^ Une telle déclaration surprit extrêmement les Genevois, surtout de la part de ces alliés, sur qui ils comptaient le plus, et dont l'alliance était la seule ressource humaine qu'ils eussent. Ainsi , ne comptant plus sur le secours des Bernois , les syndics se tournèrent du côté de François V, roi de France, et négocièrent secrèl^ement avec lui , par l'entremise de quelques particuliers, pour avoir sa protection etsoasecours. Ce prince reçut fort gracieusement la proposition qu'on lui en fit^
■ M«. Chouçt 26. Gonf. Savion 1. c. Roset ibid. Spanheim. p. 7h. 75. Ben. Torretin. I. c. 470.
* B. luftlr. ihS.
' Roset III. 30.
LB COHSEIL CBBRCHB CELUI DB lA FEÂNCB. 549
et témoigna d'avoir beaucoup de bonne volonté pour eux. Voici les articles qu'il leur fit proposer :
I. Qu'il sera protecteur Vie Genève, qu'il défendra les Genevois envers et contre tous , tant en actes de guerre que de droit, et aussi en toutes querelles que à présent ils ont et pourraient avoir à l'avenir. *
n. Item ^- leur livrera dans deux mois la somme de deux mille écus pour leur aider en leurs affaires.
in. Item , tous les ans donnera deux mille écus d'or pour la réparation de la ville.
IV. Item , laissera les dits syndics en leurs junsdictions, seigneuries et prééminences, statuts et coutumes. et totalement maitres et seigneurs de leur dite ville et pays qu'ils ont à présent^ et qu'au tempe à venir y pourraient conquester.
V. Item , les laissera vivre en la loi de Dieu , tout ainsi çpmme il leur plaira , jusques à la conclusion du concile qui est à faire.
Ces articles furent tenus forts secrets, mais à la fin ib furent découvei:ts, ' et la négociation rompue, comme on le dira en son lieu.
^Cependant, le 8 avril, les Bernois envoyant des députés a la diète de Bade , leur donnèrent ordre de se plaindre de ce que, dans la dernière diète de Lucerne, quelques cantons avaient fait connaître qu'en cas que pour l'affaire de Genè*ve on en vînt à une guerre avec le duc de Savoie, ils ne voudraient peut-être du tout point s'en charger. On devait leur représenter : a Que LL. EE. de Berne ne demandaient autre chose que d'être maintenus dans la sentence de ÏPayerne , donnée par les députés mêmes des cantons, et qu'ils offraient tou-
' Ms. Gross.