‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 3)Chapitre 29 sur 98 · HOSTILITÉS DIS PBNBYSAHS. SORT · texte numérisé non relu

HOSTILITÉS DIS PBNBYSAHS. SORT

jours de s'en rapporter à la décision des mêmes cantons^ et qu'ils seraient fort surpris si les cantons les abandonnaient et ne voulaient pas soutenir leur propre ouvrage. 9 Ils devaient aussi se plaindre de ce que « les cinq cantons avaient pris les armes ^ peu de jours auparavant , sur un faux bruit que les Bernois- voulaient les attaquer par surprise. Enfin ils devaient représenter qu'on ne devait pas ajouter foi si aisément à de pareils bruits^ et que les Bernois n'étaient pas si lâches que d'attaquer des gens par surprise ; mais que quand ils voudraient en- ^ treprendre la guerre , ils s'y prendraient en gens d'honneur^ en la déclarant ouvertement et dans toutes les for-

rocs. ^ 3»

Dans le même temps les gens du château de Peneji .se sentant appuyés du duc et de l'cvéque qui les avaient autorisés par leurs lettres à piller les Genevois , exercèrent ^ comme de véritables voleurs, toute sorte de violences et de brigandages contre les Genevois j pillant, massacrant, ou prenant prisonniers tous ceux qu^ils at^ trappaient , et ensuite leur faisant leur^rocës et les exécutant à mort comme rebelles à leur prince/ *

Lès Genevois de leur côté faisaient de temps en temps quelques sorties pour les surprendre. Ils en firent une entr'autres le 5 mai^ veille du jour de l'Ascension. Ils partirent à onze heures de la jsuit, avec sept pièces d'artillerie et cinq cents hommes, mais ils n'y purent rien faire. Une de leurs pièces d'artillerie creva et se rompit, et les Peneysans se défendirent on désespérés. Les Ge* nevois ne purent leur tuer qu'un seul homme, et en

* Ms. Amp. I&5. B. Inslr. 10. •

* Ma. Amp. 1. c. Benedict. Tarretin. Historia Reformât. Gènevcnl. apud Scultet. Annal. E van gel. p. m. ftOT et seq.

CONTE*BUX. ON LRUR FAIT LBUR PROCÎSS. 3S|

perdirent trois de leur côlé, dont l'un fui tué sur la place^ et deux autres furent blessés mortellement. L'a« lariqe s'étant donnée dans le pays, comme à Taube du jour les^gens d'alentour accouraient de tous côtés au secours des Peneysans, les Genevois se retirèrent. * Ne pouvant donc les dompter par les armes^ et à force ouverte, ils les attaquèrent par les formes de la justice. Ils firent proclamer ces fugitifs à son de trompe, et on fit leur procès par Toie d'enquête et par production de té* moins ; ensuite de quoi ne comparaissant point, ils les déclarèrent ennemis de la patrie, et les condamnèrent a la mort comme contumaces et traîtres, et à une amende de cent mille écus au profit de la république ; ce qui se fit contre les uns le 16 juin^ et contre les autres le 13 juillet. '

Ces sortes de procédures ne servirent qu'à aigrir tant plus ces fugitifs, qui, n*ayant plus rien a ménager avec les Genevois, continuèrent leurs hostilités et leurs bri* gandages contre eux, avec une licence effrénée ; tandis que les sujets dq duc, tant de Savoie que du pays de Vaud, faisaient aussi de leur côté tout le mal qu'ils pouvaient aux Genevois, pillant leurs granges, retenant leurs grains et leurs denrées, et prenant prisonniers tous ceux qu'ils pouvaient attraper^ hommes et femmes ; et même sous ce prétexte, ils faisaient le même traitement aux étrangers qui venaient de Genève, ou qui voulaient y aller. ^

Les Peneysans vinrent même à cet excès d'inhumanité, que de brûler vif, un pauvre français qui s'était ré-

* Rosel III. 33. SftviOD III. p. m. 1S7.

* Roset 1. c. Savion. p. i5U( 130.

' Ma. Gross. et Savion locis cit.

SttS 'ATROCiTfS DBS PBNBTâANS.

fugié à Genève pour cause de religioD; il s'appelait Pierre Goudet^ natif de Val-de-Gallie, près de St-Cloud. Il avait quitté sa patrie, et s'était retiré à Genève Tannée précédente avec sa femme^ ayant quitté Tordre des chevaliers de Rhode, qu'on appelle aujourd'hui chevaliers de Malthe. Son oocle^ catholique bigot, qui était du même ordre, et commandeur de Gompesière^ a une lieue de Genève, fit tant par de belles promesses qu'il l'engagea à sortir de cette ville le 23 juin. Il fut bientôt saisi par ces trattres de Peney^ et conduit à leur château, où, après avoir passé cinq jours dans de grands tourmens, et soutenu constamment la doctrine de l'Evangile^ il fut brûlé vif, sans autre forme de procès. Dieu lui donna la force de souffrir courageusement ce supplice ; et il rendit son ame au seigneur, en invoquant perpétuellement, son nodi. '

Dans le même temps un français nommé Mégrat, ou Maigret, habitué à Genève, reçut une lettre qui lui fat adressée, sous le nom d'un certain comte français^ réfugié à Strasbourg pour cause de religion, dafis laquelle le comte lui marquait, qu'ajant appris que les voleurs de Peney faisaient tant de mal à Genève, il s'offrait^ si les Genevois Tagréaient, de les en dénicher à ses dé« pends, pourvu qu'on lui donnât ce château en propre. On soupçonna que c'était une intrigue du roi de France qui avait juré de chasser le duc de Savoie ; et la proposition fut rejetée. *

Antoine Bischoff^ capitaine Bernois, qui, comme nous l'avons dit, avait été envoyé à Genève avec quelques

' Roset ni. Ce fait ne se trouve pas dans tons les Exemplaires àe cet Auteur.

^ Ms. Gross.

Bnuim soiticiTv u mic a ia paix.

wMeU da^sftnioii poar veiller aux inlérâts de celte ville^ découvrit les articles de la nëgociation seerèle d'entre le roi de France et les Genevois. Il écrivit cette nouvelle à ses seigneurs le 24 juin, et leur envoya une copie de ces articles tels que je les ai rapportes ci-dessus; di« sant^ que le roi avait fidt présenter ces articles aux quatre syndics , et qu'il les tenaient Yorts secret , de peur qu'ils ne vinssent à la connaissance àe, la l>ourgeoisie. ^

On peut juger aisément que cet avis ne manqua pas de réveiller l'attention des BeHiois pour les affaires de Genève. Os reconnaissaient qu'un voisin tel que le roi de France, dès qu'il auridt une fois mis le pied dans Genève, ne les accommoderait nullement^ ni eux, ni lés antres, comme ils le disaient eux-mêmes dans une autre occasion. * Ils se remuèrent donc de nouveau en faveur des Genevois. Et connue les ravages des Peneysans faisaient trop crier le monde, et qu'en particulier le supplice baribare qu'ils avaient fait souffrir au pauvre Goudet en haine de sa religion, excitait l'horreur de tous les réformés ; les Bernois en firent grand bruit auprès du duc, loi demandèrent qu'il fit justice des voleurs, el qu'il fil publier des défenses très-sérieuses è tous ses sujete de faire aucun acte de violence ou d'hostilité contre les Genevois. Le duc promit d'envoyer un ordre exprès^ et en Savoie, et par tout le Pays de Vaud pour arrêter le cours de ces brigandages , afin que le monde fût en sOlreté Star ses terres. Il publia en effet un édit tel que les Bemds l'avaient souhaité, mais les Peneysans s'en rooquèreni et continuèrent leurs brigandages. Les Ge^»

* M».^ros0.

* Voycft d-dsMOtts secttoa Xfi.

Sto ' «BMBVft TRAYAILLB à SU rOaTITICATlOIIS.

norois ne IrooTant aucun soulagemenl dans la voie de la nëgocialfon^ cherchèrent à se défendre par la voie des armes> et opposèrent la force a la force. Bs usèrent de représailles sur ces brigands. Ils les attaquèrent, el il y eut diverses rencontres où il se fit des prisonniers de pari et d'autre. ^

Lea ravages de ces voleurs et la crainte de pins grandes hostilités dont oh était menacé, obligèrent les Genevois a ezécoter enfin la résolution qu'on avait prise Tannée précédente, de fortifier le faubourg de St^Gervaisy et de démolir les autres, afin de fermer exacte* ment la ville de tous côtés et d'éviter toute surprise. On peut }Oger qu'une entreprise de cette natore ne s'exé» GQta pas sans de grands murmures et de violentes oppositions de la part des intéressés ; mais enfin la considération du bien public l'emporta sur celle du particulier, ei l'arrêt en fut donné le 10 mai 1535 et exécuté incessamment , mais peu à peu On ruina donc les jpomastères et les Eglises de 6t-Victor, dé Notre-Danie^e- Girâce, des Jacobins ou Dominicains en Palais^ de Si- Itégor ^t des F. IHineors dans la ville. Les rues de ces feubonrgs contendent 6,200 pas. * On employa les mie lériaux démolis, a fermer de murailles et à fortifier ce* hii de Sl-Gervais ; on en fit aussi les murailles et le boulevard de la porte de Rive.

IV. BsndanI ces troubles, la réformation faisait toujours des progrès a Genève, et enfin elle s'y établit font à fait avant la fin de l'été. On a vn ci-dessus que dès le 2 avril on avait logé les trois ministres, Farel^ Viret et Froment, dans le coiivent des cordeliera dift ,

* B. lostr. «16. Ma. Amp. 14tf.

^ Roset III. 31t. Sftvion p. m 131.

Rive, ha présence de ces trois minblfes prMuftrîf'Qii grand ch^kDgtemenl parmi ces icordelicrs, el plndictars d'enIr'euK eiabrassèiisnila téfomatîeiu Le eonséil péochaii aussi beaucoup de ce o&té4à. Deifiiafre syndicé^ il j en avait iroi^ qui étaient réformés. QepMdânf ik 'ne pouvaient paa fte résoudre à iaiveun changement si bon* aidérable que plusieurs citoyens démandàieDt> parce que les sentimehs étaient encore partagés; ^ Ainsi te pa« pisme était toujours exercé Ubreraent, et il régnait divers abus dans l'Eglise, soutenus par r^neraaicbj'qoff est la mère de la superstition*. IL y avait entr 'au très hors des portes, l'égUse de Notre^Dame^'de-firâtie^ qui avait la réputation de ressusciter les petits enfans morts «tne baptême, du moins yoQv autant de temps qu'il en -fallait pour les baptiser. Chacun sait quelle est la doctrine de l'Eglise romaine^ sur le sujet de ces pauvres petites. créa«» ^ures^ qu'elle, condamne aux Limbes (le faubourg des £ofers) faute d'avoir eu part à ce saèrement. Cette' dots* trine étraqge a effrayé de tout temps les esprits faibles, qui aucaient volontiers saoriGédes somâne9coniidéi*4bles pour procurer le salut à htnrs enlans^; cfis# qoe ne féft*Mt pas un père pour racheter .on enlaot de iTenlsr !<tt Vést ce qui é donné lien k miUe finrbenee^ qée des esprits ifi^pies et séducteura ont. imaginée» en divers temps, ^ en divers- endroits pour s'attiser des offrandes.- A 6ë» nèvè donc, dans l'élise dont, je viens de parlei-, de * vieilles matrones portaient les enfisQS mortesanshàptânie au pied de la statue de la Sainte Vierge;* et lii, par A» certains moyens subtilement inventée, elles excitaient un mouvement machinal dans la tête de l'enfant, ce qui faisait remuer une plume qu^elles lui avaient mise sur la

' Ms. Chotiet. 26. Savioti. p. in. liti.

koueliA, on Uen en échiilliml: d— wbm, gHe> le» faî- MdeBl qiie^oefois; nrinor el mer/ et k rinstanl eDea éniiéilty miracle^ muacle ! El là-dessus les moineB se «Mttsiieiil & sonmr tootes leers cloches . Le conseil jugée à propos d'approfondir cette afiaire, el par cel examen eës miracles foreni reconnus tàta^ en sorte qae le 1 1 mai 1S85 il fol dëfisudo à ces moines d'en plus entreprendre à Tayenir. *

Bnire les oorddiers du çooTcnl de Rive qoi ombrai sèreni la rtformaliony les plus considérables forent le gardien 9 et on reUgieox nommé Jaques Bernard. Ce dernier était citoyen et d'une famille distinguée. D avait deu icères ^ tous deux estimés , et qui dès l'année précédente s'étaient rangés du c^té des réformés. Le prearier g'qipelaii Gbode , et e'est chez lui que Farel et 1^ rel étaient logés , lorsqu'on entreprit de les empoisonner» * el Taotre Lo\iis, qui était prêtre de S. Pierre avant son changement. Jaqoes était demeuré ferme jusqu'àlors dans la religion romaine. H en avait été même l'un des plus ardens défensedrs , jusques là qu'un an auparavant il y avait eu un grand démêlé entre loi et Farel an iogeldn .cube de k Vierge; et du signe de la Croix. Haia iêpm, ayant examiné avec plus d'application lea controverses» et ayant conféré avec les ministres» il se dé- Iflirmina entiireraeni à embrasser la religion réformée» et à en faire profession. Cependant il ne trouva pas à pr<^Nis de se déclarer ouvertement» qu'apis qu'il aurait exécuté le dessein qu'il avait formé de soutenir puUiqoemeni une disputé de roligion. D composa donc des

' Rotet 10. 88. BcB. Tarrttio. lib. ex. p. m. MB Spsahcim Cu^ R. ff • ' Toyes sî<idsvsBl| p. tH.

thiiei sur Un» las pomts oonlasl^^ el s'engagea de fkirt voir que les dogmes que les thëologieiis catholiqiies so«tenaieiii contre les réformés ne se Iroovaienl poini dans rBcritute^ mais qnHls lai ilaient contraires. AyaM communiqué son dessein à GoiUaume Farel ^ à Fierre Tiret et au gardien de son couvent qui TappronTèrent, il se présenta devant le conseil avec eux^ le 2S avril, il y produisit ses thèses , et deman4a la permisnon de les soutenir dans la grande salle de son couvent pendant plusieurs jours» après avdr invité tous les savans de la ville et les étrangers à venir disputer contre luL * "* Ses thèses contenaient les doctrines suivantes :

F Qu'il ne faut chercher d'être justifié de ses péchés qu'en Jésus-Christ.

IP Qu'il ne laut rendre qu*a Dieu l'adoration rein

gieuse.

m'' Que le gouvernement de l'BgUse ne doit être t^

glé que par la Parole de Dieu.

IV^ Qu'il a été suffisamment* satisfait pour nos p^ chés^ par la seule oUation Csite par Jésus-Ghrisl*

V* Que Jésus-Christ est le seul médiateur entre Dien et les hommes.

Que de ces doctrines il résultait :

1^ Que ceux-là erraient j qui attriboaient à leurs sso^ vres la vertu de justifier.

2^ Que c'est une idolâtrie d'adorer les saints et les

images.

8^ Que les traditions humaines et les constitutions qu on appelle de l'Eglise , qu'on doit appeler plutôt romaines ou papales, sont non - seulement vaines, mais même pernicieuses.

' Ms. ChoaetiS. t7 ^psabeim , p. 77.

IM auVOTB BB QWHKW9.

4* ''(ue le aacrifice dé la mesâe, les prières poar les aoris el cellM .qa'oD lèor adresse 9<mt coillre la Parole de Dîeiii^ et inutiles courte salai.

6^. Qaeles saints ne sont pas nos avocats on nos inlercesaenrs^ et que c'est par raotorité des hommes et non pae celle de Dîea qu'on a itftroduii dans TBglise la doctrine de lenr intercession. '

Lexronseil vit avec plaisir le dessein de Bernard^ ne domiilit point 4in'on n'en tirât un très-^rand fcoit. Ainsi , malgré, les efforts de parti eatboiiqiie qui s'y opposait de toq>i son pouvoir, te bon retigieur obtint la permission qu'il.demandait^ lie consefi lot ordonna de commùnkfoer ses thèsebi an chapiIre'deSt. Pierre*, afin que les Q^ianoines et les autres ecclésiastiqueé éusse^it le temps ^ tes enoiiner, et de venir préparés à la dispilte. Bile fut fixée au 30 mai, et les conseils déclarèrent qn'elte se ferait s^s leur autorité, parce qu'ils la regardaient comme un moyen très-propre et ttèd-efiicacê pouf réunir les esprits sur les matines dé religion , et pour rétablir la tranqnilliié pnUîqne. ^obs les ssfvatts du pays y étant invités, on espérait qu'ils ^eoii viendraient entt'eox des dogmes qlii étaient contenus dans la Parote de Dieu , et de ceux qui ne s'y trouvaient pas ; ou que s'ils n'en convenaient pas ils feraient du moins assez connaître aux personneaqui ne cberchaient que leur salut, de qiiel côté était la vérité. Les conseils réglèrent donc l'ordre et les préliminaires de la dispute. Ils ordonnèrent : « Qu'ello serait publiée de leur part à son de trovnpe ; qu*on y inviterait, toute aorte de saVans, et dé la ville, et étrangers, eodésiasthieeS'etséculterè; qu'on promettrait aux

' RoAel lu. 35. Spsuhcim , p. 77. 7S. Bofi Turrctt. 1. c. pa^. 469.

uns el aux aulres uoe ealière sûrelérque cbacn» îadîCfiéremmealy poiirrail dkpaler avec pne pleine liherié ; i» qu'on défendrait surtoul sous de grosses peines loolfis querelles ei toutes injures; qu'il y aurait huit commis, tous du conseil et gens éclairés pour être témoins de ce qui s'y passerait, et pour que toui se fit arec Uenséance ; ^ quatre secréuires pour écrire fidèlement tout ce qui se dirait de part et d'autre. On prit aussi quelques précaur tions pour la garde et pour la s&refë de la ville , à cause de l'affluence de monde qu'une semblable dispute ^ vait vraisemblablement attirer. *

Les thèses furent imprimées et affichées aux portes des églises de Genève , et a celles de quelques églises voisines , dans les villes alliées ou sujettes de Berne , et dans les terres du duc de Savoye. On en envoyn même a Grenoble, et à Lion , avec une déclaration du sautconduit et de l'assurance de la pleine liberté qui devait être accordée a tous ceux qui voudraient disputer. *

La dispute commença dans le grand auditoire du coui-

vent des cordeliers de Rive, au jour marqué qui éuil le dimanche 30 mai, et dura près de 4 semaines, ayant continué sans interruption , jusqu'au 24juin qu'elle finit. * Il s'y présenU peu d'ecclésiastiques, parce que l'évêque avait défendu à tous les catholiques de son diocèse d'y assister, sous peine d'excommunication ; et le duc de Savoye avait fait aussi les mêmes défenses , de son côté, a tous ses sujets. Néanmoins sur les pressantes exhortations que les syndics en firent aux chanoines, et aux religieux de la ville, il y en eut toujours quelques-uns;

* M». Chouet «7. Beii. Turreliii. làb, cit. *70. / Roael m. 3». Spanb. 78. Ms. TJiom. p. 40. b.

Mo MSrOTt DB GBHSTB

enlr'aulres un docteur de Soribonne Dommé !

el un dominicain citoyen de. Genève ^ nommé Jean

Chapnis , qui y parurent avec beaucoup de distinction. *

La dispute se fit en présence des conseillers, qm y assistèrent régulièrement pour que tout s'y passât en bon ordre. On disputa presque toujours en français^ sur tontes les matières controversées. Et quoique le cordelier Bernard f&t le principal ^ souvent Farel et l^ret » et quelquefois méoM Froment^ prenaient sa place tonr-atour pocv le soulager , et soutenaient ses thèses. Le succès de cette dispute fut tel ( comme il parut par les suites qu'elle eut 9) qu'on peut dire sans aucune prévention f que ce fut-lè le triomphe de la réfbrmation dans Genève. En particulier Caroli et Chapuis se confessèrent vaincus ' et déclarèrent publiquement qu'ils embrassaient la religion réformée. ^

Lorsque cette dispute s'ouvrit, on devait célébrer la féte-Dieu. Le grand vicaire^ quoi qu'il eût transféré a Gez ses tribunaux de justice, résidait pourtant encore a Genève pour l'ordinaire. Il fit demander, quelques jours avant la fête, aux siodics et au conseil , si leur intention

* Ms. Chouet S7. Savion p. m. 118. 129. Rosctill. 35Spanh. 79

' Mfl. Chouet 88. Spanb« 79. Roset IIL G. 5S

' A dire vrsi, CaroH ni Chspiii» D*eUieiit dea adversaires. Csrali avait été chassé de Sorbonne , il y avait dix ans , soit qu'il eût montré do penchant pour la réforme , soit que sa vanité Tait fait haïr de mm confrères. Il prit le rôle de défenseur des vieilles choses qu*n allait partout combattant, peul-^tre pour chercher à embarrasser Farel et Virel, qu*il haïssait. Se» mœurs étaient loin d*élre celles de la réforme. Peut-être voulaitr-il faire montre de son savoir. Il commençait toujours par dire que s'il faisait des objections, ce n'éUit pas pour combattre la doctrine des prêcheurs, qu'il sa-

nUtlSURS QOITTBMT LA VILLX. Ml

ii*éUiit pas de s'y trouver en personne selon la conlume el de donner les ordres afin qu'elle se fit avec la pompe accootamée? On lui répondit : « Que cette fête, aussi bien que les autres^ étant un des points contestés, on en suspendait la célébratimi, du moins pour la procession publique jusques apris la dispute ; que Ton verrait alors à quoi on s'en devrait tenir ; que cependant si le clergé voulait faire ce jour-là quelques processions, on n'empêchait pas qu'ils ne les fissent dans leurs églises ; mais qu'on leur défendait de les faire dans les rues. »'

La dispute ne fut pas plutôt finie, que l'on courut pour ainsi dire à la réformation. On vit d'abord une infinité de gens, de l'un et de Tautre sése, qui s'y rangèrent. Plusieurs ecclésiastiques, moines et prêtres, l'embrassèrent les uns plutôt^ les autres plus tard. * Il est V rai aussi que quelqnesHins abandonnèrent la ville , et se retirèrent les uns en Savoye, les autres en Bourgogne auprès de leur évéque. Pour ceux qui restèrent, le bruit se lépandit qu'ils étaient dans le même dessein que ces derniers ; et que les chanoines en particulier avaient pris la résolution de s'aller établir a Anneci> et les autres ou dans ce lieu-la même , ou ailleurs dans les

vait orlhodoxe el saisie , mais pour laire ressortir mieux combien la vérité de Christ est impénétrable k tous les IraiU des papistes. » — Chapvis fot éloigné par son provincial . qni l'envoya à Besançon. Il n*y enl donc pas proprement de Dispute. Mais les faits se chargeaient de plaider. Le silence des prêtres et leur désertion du combat était an langage , et celui que le peuple comprend le mieux. Aussi chaque jour >enait-il en fonle se ranger sous les étendards de la réforme. ^ {Editeur.)

* C. SW. Ben TvrreUin. I. c^ A70 pag. Je ne donne pas l'extrait des Actes de ceUe Dispute , parce que les ayant cherchés à Genève )c n*ai pn les y trouver.

' Ms.Choqetibid.

362 LB CONSSIL PÎLBMD IN¥BMTAIRB DBS BIKM O'^GLISB.

terres da doc , et qu'ils n'attendaient tous que d'avoir mis quelque ordre aux a£Erires et aux biens de leurs coavens et de leurs églises, pour emporter toiit avec

eux'. '

Le conseil réfléchissant sur eeê bruits qui lui rêve» naient de tous côtés j crut qu'il ne devait pas permettre que ces biens-là, qui appartenaient à l'Eglise de Genève fussent ainsi enlevés ;etque l'Eglise de celte ville ( qui comprenait non-seulement un grand nombre d'ecclésiastiques, mais tout le peuple et tous les magistrats) ne cessant pas d'être l'Eglise de Genève, parce qu'elle jugeait nécessaire de Véformer selon l'Ecriture Sainte quelques articles de sa doctrine et de sa discipline ; ceux du clergé elTévéque même, qui se retireraient, ne de* vaient plus élre considérés comme membres de cetle Eglise mais comme des déserteurs qui en devaient être retranchés. Sur ces avis il nomma des commissaires de son corps, pour avoir les yeux sur ce qui se passait dans les Eglises et dans les couvens , dans l'étal de confusion où étaient les choses, pour faire l'inventaire des meubles, linges, omemens, vases, papiers etc. et pour empêcher que rien ne se perdît. *

Vf Pendant ces mouvcmens pieux des Genevois pour réformer leur Eglise « les fugitifs de Peney en faisaient d'une toute autre nature contr'eux. Us étaient animés par l'évéque qui plein de fureur contre la ville, leur écrivit le 30 mai, pour les eucourager à tenir bon contre les Genevois, leur donnant avis d'une levée de monde qu'il faisait pour envoyer a leur secours, et les assurant de la faveur du duc. Il leur envoya même un renfort

* Ms Choiiel p. 28.

^BMBYSAMS APPUYAS PAU l'ÂVBQDE. ^3

d'an grand nombre de* Bourguignons^ qui tenaient la campagne^ et couraient de tous côtés autour de Genève avec quelques gentils-hommes, sujets du duc de Savoye, pillant et détroussant tous ceux qu'ils pouvaient attraper, etcoupanttousieéfoinsqoiappartenaientaux Genevois. * Ce fut dans ce temps^ci (le 16 juin ) , que les syndics , après les citations et les termes de droit accordés à quatre des principaux Peneysans ( Genevois fugitifs), les condamnèrenta 100 mille ocus d'amende, et a être mis en quatre quartiers^ et que leurs noms seraient gravés sur une pierre et mis dans les lieux de la ville les plus exposés k la vue^ afin de servir d'exemple. '

Dans le même temps les Genevoie envoyèrent un dé« polé à Berne , pour implorer le secours de cette repu-» blique contre les Peneysans. Les Bernois répondirent au député : que quand les Genevois leur auraient payé ce qu'ils leur devaient pour les frais qu'ils avaient dqà fiuts pour les secourir , ils les trouveraient prêts à leur rendre service. Le député leur répondit que ses concitoyens étaient tous résolus de le faire. ^

C'est une chose véritablement digne d'admiration que celte ville ait pu se soutenir dans une si triste situation ; environnée d'ennemis de toutes parts , serrée de fort près par des voleurs acharnés, qui la tenaient pour ainsi dire a la gorge , lui coupaient les vivres de tout leur possible, et étaient à peu près maîtres delà campagne j et ayant encore de grandes dépenses a faire pour se fortifier, en particulier pour fermer et fortifier le faubourg de S. Gervais, et l'environner de bons fossés.

* Roset III. 55. SavioQ lU. p. m. 125. Bcu. Turreltin L. c. /i7i. ^ Savioii, p. m. tôO.

' Idem p. J51.

564 tu rBlllTBAIIB BHTOIBIIT Vff GABTtt

. Ceax de Peney eurent Tinsoleiice de faire fiûre dm défenses, par loul le diocèse de Genève, ao nom de Vé- ▼éque, d'avoir aocun commerce avec cette ville-là, et de lai donner aucan secours sous peine d'excommunication. Ils faisaient même défense aux fermiers des Genevois qui avaient des fonds en Savoie d'avmr soin de ces fonds afin qu'ils restassent en friche. Les Bernois l'ayant appris, envoyèrent un* héraut avec une lettre an parlement de Dole, pour les requérir de faire retirer les Bourguignons que l'évéque avait envoyés à Peney contre leurs comhourgeob de Genève ; disant, que ce qa'on faisait aux Genevois leurs alliés, ils le regardaient comme fait a eux*mémes, et qu'une telle conduite étaifr c^iposée è l'alliance qu'ils avaient avec la Franche-Gomlé^ et qu'ils les priaient de l'observer. '

Le 13 juillet, les fugitifs de Peney envoyèrent un cartel à la ville, pour l'échange de huit prisonniers Genevois qu'ils avaient à Peney, contre quelques-uns de leurs complices qui étaient détenus dans les prisonÎB de Genève. C'était assurément quelque chose de curieux de voir une troupe de trente ou quarante bandits, oser traiter comme d'égal k égal avec une ville toujours incomparablement plus puissante qu'eux, et comme s'ils avaient été en guerre légitime avec elle. Lès conseils rejetèrent avec indignation un semblable cartel. Et comme les parens de ceux qui étaient prisonniers à Peney, sollicitaient cet échange auprès des magistrats, on le leur refusa. On leur dit pour les consoler^ que leurs parens détenus, a Peney étaient honnêtes gens et in-

Avx «mvoit. »i«mociTiâ. S6V

Mùcm», M lieu que ceux qu'on.avait dans les prisons de la ville élaîenl des Irattre8;,et qu'on pareil échange ne pouvait pas se faire avec honneur. '

Le même jour les syndics pour montrer a ces bandits qu'ils n'avaient aucun traité à faire avec eux, après les citations accoutumées firent encore le procès en forme aune trentaine d'entr'eux^ et les condamnèrentau mémo supplice que les précédons, au cas qu'on pût les saisir ; et quatre jours après ils firent trancher la tête a Jacques Malbuisson qui avait été l'un des principaux chefs de la eonjuration de l'année précédente, et firent mettre son corps en quatre quartiers, t

Cettefermetéavaitquêlquechosedegrandetd'héfoique, mais il en coûta aux Genevois; car les Peneysans de leur côté se regardant comme les fidèles sujets de Tévéque, qu^k appelaient leur prince légitime, et les Genevois commodes sujets rébelles,usaient de représailles sur ceuxqu'ils saisissaient, leur faisaient aussi leurs procès en forme comme à des rebelles, les torturaient, les suppliciaient, et les mettaienten quatre quartiers. Ce fut là le traitement qu'ilsfirent entr'autres a un marchand de Genève, nommé Antoine Mercier, à qui ils firent le procès pour une conspiration prétendue faite par le conseil de tuer Tévéque, la dernière fois qu'il avait été dans la ville. Et quoique le fait ne pût nullement se prouver (si bien que celui qui faisait-lè les fonctions de juge refusa d'en juger, recon-» naissant que c'était une imposture, comme il le déclara lui-même dans la suite aux Genevois qui le firent prisonnier, vers le milieu du mois d'août) ; ils ne laissèrent

^ Raïain. 56.

* Ssvioa p. m. 116' 184.

3fi6 BBRKI BNVOIB DBf DéVUTÉft A PBNbV.

pas de le iaire mourir, el de mettre son corpsrjen quatre quartiers. * . •

On a vu ci-^essuB * .qee les Berncm araient fait dé grandes instances auprès du duc de Savoie» pour arrêter la fureur de ses sujets contre Genève, et que le duc avait effectivement publié un édit sur ce sujet. Le duc et le baiiUf de Vaud écrivirent aux Bernois^ qu'on avait fait publier partout^ et afficher aux portes des églises Tédit qu'ils avaient demandé. Là-dessus ils envoyèrent le 21 juillet des dépulés pour s'informer de la véritédu fait; et supposé que la chose fût vraie, ils 4evaient aller à Penej montrer a ces gens-là Tordre du ducj et leur demander 8*i!s voulaieni obéir à leur^eignèùr ou non , et rendre leaprisonniers sans rançon? S'ils disaient qu'ils ne les rendraient point qu'à condition que les Genevois relâchassent ceux d'éntr'eUx qu'ils avaient faits prisonniers, les députés devaient dire aux Genevois que LL. BE. ne trouvaient pas hors de propos qu'ils laissassent aller des coqums et des scélérats pour faire rendre la liberté à d'honnêtes gens, tis avaient aussi ordre d'écouter les plaintes que ceux de Peney pouvaient leur porter contre les. Genevois, afin qu'ont pût faire administrer la justice aux deux parties d'une manière impartiale. ^ Les députés de Berne exécutèrent leur commission auprès de ceux de Peney. Us les exhortèrent à sortir de ce château leur déclarant, que leurs seigneurs ne voulaient plus souffrir leurs hostilités contre leurs alliés de Genève^ Ge^ bandits leur répondirent : Qu'ils étaient alors trop peu. de gens pour leur répondre, mais que dans deux jours ils leur rcn*

* Roset III. 56.

> Page 966.

* yïs. Amp. 145.

•touvEHnis pooa la méroKWATiON. 967

draieni réponse ptr écrit. En effet, au booi de deux jours ils leur eovayèretit aae l^re cacketée, et adrMsée au grand et petit conseil de Berne, qui ne contenait que des moyens frivoles de différer la paix ; ce qui engagea les Genevois à renvoyer on député a Berne pour demander de nouveau du secoors. '

Quatre jours après la dispute^ savoir te 28 juin^ les ministres et plusieurs bourgeois avaient demandé au conseil qu'il lut plût de prononcer son jugemeni snr celte affaire. Mais les catholiques s'y étaient opposés et avaient déclaré qu'ils voulaient vivre comme leurs pères avaient fait. Le conseil balançait sur le parti qu'il devait pren« dre. Il aurait de bon cœur réformé l'Eglise^ mais il était retenu par la considération dés dangers auzquela on s'exposait en faisant un si grand changement j et par celle des fidèles citoyens qui étaient encore catholiques, et qu'il ne convenait pas a une république naissante d'aig^r et d'irriter par un zèle précipité. Ainsi il diffé* rait le plus qu'il pouvait. Mais le zèle des réformés, npe s'accommodait pas de ces délais. *

Dans ce temps-là l'exercice pubKc de la religion ré-* formée se faisait dans le couvent des Cordeliers> et dans rBgKse paroissiale de St-^ermain. Ce qui donna occasion à cela fut que, lorsque la dispute commença, Farel et Viret qui prêchaient dans le grand auditoire des Gor-' deliers» ayant été contraints de l'abandonner, allèrent prêcher par ordre du conseil à Si-Germain. Après que la dispute fut finie, ils allèrent reprendre leur pi*emière place aux Cordelters, et ne laissèrent pas de faire aussi

' Savion^lII. p. m. ,135.

'Ms. Chonet p. m. 30. Bosel III Gh. 37. Spanheim. 80. Ben. Turreltin; I. c. &71.

S66 HoirvBHBM loua la Aérnuiatiok.

. lflarsaiieidblMtdaB8l'%liiedeSl4>eniittii. lUis b 22 joiltel, joar de la S. Maddmne, une grande oiolâuide de réfennés s'étaol assemMés dans l'Eglise paraiisiate de ce nom^ qoelqaes-aiis d'entr'eox allèrent prier Farel de venir y faire on termon, 0 y alla, quœqu'il eùi fait sonner a Rive comme à Tordinaire» Les préirea qni avaient commencé la messe^ la quittèrent à son arrivée, et s'enfuirent avec les cathoUques qui s'y trouvaient. Le curé de la paroisse s'en plaignit, et les catholiques en murmurèrent. Le conseil envoya défendre le lendemain a Farel de continuer, jusqu'à ce qu'il en eût été autrement ordonné. * Il cbéii pendant quelques jours. Mais le 28 du même mois, lui et ses collègues allèrent prêcher dans réglise de Sl-Gervais ou les syndics avaient mis une garde de cinquante hommes pour empêcher les désordres. Le 30 juillet, le conseil fit appeler Farel pour lui défendre encore de prêcher dans ces églises. Farel après avoir écouté respectueusement le conseil, lui adressa un fort beau discours pour faire voir qu'il était temps de donner gloire à Dieu, et de faire trion^pher partout la vérité. Il finit en priant le conseil de lui faire des commandemens qui ne fussent point opposés à ceux de Dieu, et aoxquebjil pût obéir^ et d'assembler au plutôt les soixante et les deux cents pour y traiter la question. Le conseil fut touché de ce discours ; il ne laissa pourtant pas de demeurer ferme dans la résolution qu'il avait prise auparavant de conduire louvrage de la réformation avec beaucoup de prudence, et de ménager les esprits des cathoUques ; quoique d'ailleurs le peuple commençât a se plaindre de cette lenteur, et que cet esprit passât aussi dans le grand conseil. Les syndics donc répondi*

^ 5avîon lU. p. m. ISS Ghouet f. m. ftt.

FARBL A ST-PlKRRE. IflACSS* OÉT&DITES. 569

renl à Farel et aux aulres réforihaleurs^ Yirct cl Froraenl qui raccompagnaient : « Que l'on ne trouvait pas à propos qu'ils préchassent ailleurs qu'à Sl-Gcrmain^ et au couvent de Rive pour le présent; -qu'on avait de grandes raisons pour en user ainsi ; qa'on attendait de leur sagesse qu'ils y déféreraient; et qu'on ne jugeait pas nécessaire de porter l'affaire devant le grand conseil. *

Nonobstant ces eji:hortations> le 5 d'août Farel et ses collègues firent sonner en l'église de la IHadelaine^ et après y avoir prêché ils allèrent faire la même chose dans celle de St-Dominique*de-Palais qui subsistait en*cote. Le 8 d'août, jour de dimanche, Farel et ses collègues déférant aux ordres du conseil, firent sonner le sermon du matin au couvent de Rive; mais appelés dans la cathédrale de St-Pierre, par une grande multitude de peuple qui fit*spnner la grosse cloche^ Farel y alla prêcher. Le conseil s'assembla et le fit appeler. Il se défendit commB la première fois^ et continua de demander la convocation du grand conseil. '

Sur le soir de ce même jour plusieurs des prindpaux citoyens allèrent dans cette même église , et abattirent ou enlevèrent la plupart des images ; ils firent encore la même chose le lendemain, en quelques autres lieux> comme nous le dirons dans la suite. Le conseil , après leur avoir fait de grandes censures et de vives exhortalions a reconnaître son autorité^ ^ comprit bien alors qu'il n'était plus possilîle de retenir le zèle du peuple , et qu'il fallait enfin terminer celle grande affaire. Il avait été pressé plusieurs fois de se déclarer sur le succès do

* Mf . Chouet. S9. 30.

'*Ms. Ghouet 30. Savion p. 136. Roscll. c. Spaiili. SO.

' Idem et Ben. Turreltin 1. c. &73.

370 IMAGES BRI8ÉBS A SJ-GBHVAis.

' la dispute. Mais il avait différé pour les raisons que j'ai marquées. Ce qui retardait encore la chose , était que le conseil avait ordonné que quatre secrétaires de la dispute mettraient au net tout ce qu'ils avaient rédigé par écrit ; qu'ils en conféreraient ensemble^ et qu'ils le rap* porteraient.

Le rapport ne put. être fait qu'un mois après, savoir le 27 juillet, et le même jour Farel avec ses collègues ayant demandé audience au conseil > avait encore ap» puyé de vive voix tout ce qui avait été proposé en favear de la réformation , et expliqué tout ce qui pouvait y rester de difficulté. *

Le 9 d'août les réformés s'étani mis en armes sous la conduite de trois capitaines , Baudichon , Pierre Van* del et Amy Perrin, allèrent au son du tambour à l'église de S. Gervais et a celle de S. Dominique-de-Palais , où ils firent encore pis qu'a la cathédrale. Ils y brisèrent, entr*autres, un tableau magnifique qui avait coûté cent ducats d^or. De là ils s'en allèrent à l'église de Notre- Dame*de-Grâce , au pont d'Arve , où les syndics accoururent avec leurs bâtons de commandement pour empêcher qu'on ne gâtât ou démoltt la chapelle de René, bâtard de Savoie et de ses enfans ; mais y étant arrivés un peu tard, tout ce qu'ils purent faire fut de sauver l'image de Notre-Dame qu'ils firent apporter dans la maison-de- ville. Elle y resta jusqu'au 31 octobre, que le petit peuple murmurant de ce que l'on conservait une* image comme*celle-là, et disant tout haut qu'on avait quelque dessein caché; le conseil, pour faire voir la pureté de ses intentions, et pour empêcher que personne

* Ms. Chouei i. c.

DÉLIBÉRATION DU GRAND COJfSRIL SUR LA RELIGION 371

à l'avenir ne pât faire un mauvais usage de cette fameuse image ^ la fil réduire en cendres dans la salle même de la maison*de-ville^ et en présence d*une grande ipulliiude de gens. ^

VI. Les choses étant en cet état^ le petit conseil fit * assembler extraordinairement celui des Deux-Cents, le mardi 10 août. Là comparurent Farel^ Yiret, Bernard^ quelques autres cordeliers et plusieurs bourgeois. Farel» qui était un de ces esprits supérieurs auxquels il est difficile de résister^ fit avec sa force et sa gravité ordinaires un trcs-beau discours sur l'importance de l'affaire dont il s'agissait j, et représenta particulièrement : ce Qu'il s'était fait une dispute publique par ordre de ce conseil et sous son autorité pour convenir enfin des points contestés ; qu'on y avait invité tous les ecclésiastiques et de la ville et des environs; que là, pendant plusieurs semai* nés, on avait examiné quels étaient les articles qui avaient leur fondement dans la Parole de Dieu> et quels étaient ceux qui avaient été inventés en divers temps depuis les apôlrès. » Il parcourut tous les dogmes dont on avait disputé > et insista surtout sur le sacrifice de la messe et sur le culte des images. Ensuite il continua et dit : « Qu'il ne demandait en celle occasion que la conversion et le «alttl de ceux qui étaient dans l'erreur ; que lui et ses collègues étaient prêts de subir la mort la plus cruelle, si les prêtres pouvaient faire voir que dans la dispute ou dans leurs setmons ils eussent avancé quelque chose de contraire à la Ste Ecriture. » Enfin il pria avec beaucoupde véhémence le grand conseil de décider sans plus de délai ; et finit par une belle et vive prière qu'il fit à Dieu pour les éclairer dans celle occasion, où il

* Savion p. m. 136. Rosel IH. C.&5.

37S DiuBiaATiOMr nu consul.

«'agissait ^e sa gloire el da salut de tout uo peuple. ' La délibération fut longue ; les sentimens ne furent pas d'abofd unanimes. La séance se passa néanmoins avec un très -grand ordre, et on écouta tranquillement * ce qui fut dit de part et d'autre. Enfin l'on convint 1® qu'on appellerait les ecclésiastiques pour leur faire voir le résultat de la dispute^ et pour les ouïr sur ce qu'ils voudraient encore dire pour soutenir leurs opinions ; 2® que jusques à ce que cela fût fait , on cesserait d'abattre les images ; et même que si les prêtres faisaient voir par la Sle Ecriture que les images doivent être reçues et vénérées dans la religion, on rétablirait celles qui avaient été détruites ; 3® que l'oii suspendrait de dire la messe dans la ville > jusqnes à ce qu'il en eût été autrement ordonné; 4^ enfin que l'on donnerait avis de cette résolution au conseil de Berne. '

Deux jours après, on appela en conseil les itioines des couvens des Cordeliers^ des Dominicains et des Augustins. Il j en eut douze qui comparurent. ^Âprès leur avoir lu le sommaire de la dispute on leur demanda s'ils avaient quelque chose 'à dire là-dessus? On les assura que s'ils pouvaient prouver les dogmes et le culte de leur religion par l'Ecriture Sainte, non - seulement on les écouterait tranquillement, mais que même on était prêt de rétablir les .choses dans l'état qu'elles étaient auparavant. Ils répondirent tous les uns après les autres comme ils en étaient convenus : « Qu'ils n'avaient rien à dire sur la dispute ; qu'ils ne se croyaient pas capables de décider des matières de foi; qu'ils se soumettaient docile-

^ Ms. GhouetSl.

* Id. ibid. Spanheim. p. 81. Savion p. m. 137. Roset III. C. 37. Ben. Turrettin I. c.

EBPOHSB SES CHANOINBS BT BBS CUftis. 573

ment aux décisions des conciles , et qu'ils priaient qu'on tes laissât vivre comme leurs prédécesseurs avaient vécu, promettant d'être toujours fidèles au gouvernement com*^ me ils l'avaient été. * »

L'après-dinée du même jour^ trois syndics et deux conseillers allèrent de la part du conseil chez Tabbé de .Bonmont) grand vicaire de l'évéque, qui les attendait avec tous les chanoines et les curés des paroisses. Les cinq députés leur représentèrent avec beaucoup d'honnêteté , après les avoir fait souvenir de tout ce qui s'é^ tait passé depuis ^quelques années par rapport à la religion, à peu près les. mêmes choses que Ton avait dites aux moines le malin en conseil. Mais ils répondirent assez fièrement > par la bouche de l'abbé et du doyen des chanoines : Qu'ils n'avaient que faire de la dispute a puisqu'elle ne s'était point faite par l'autorité de Tévé^ que ; qu'ils n'en voûtaient point ouïr la lecture, non plus que des sermons de FareU ^t qu'ils étaient résolus de vivre à l'avenir comme ils avaient vécu ^ et ils prièrent qu'on les laissât exercer leur religion avet liberté, sans les contraindre. Alors ces députés du conseil leur décla-r rèrent, comme on l'avait aussi déclaré aux religieux^ qu'on leur ordonnait aux uns ^et aux autres de cesser de dire la messe jusques à nouvel ordre. '

Depuis ce jour-là on ne célébrait plus la messe publi"* quement, ni dans les églises ^ ni dans les couvens. Et le 27 d'août les conseils publièrent un édit général qui portait ordre de servir Dieu selon les règles de l'Evan*

' Ms. Chouel 31. 39. Sp'anh. 81 Rosct III. C. 37. Savion III. p. 157.

' Ms. Cbouet p. 39. Rosetl. c. Spanh. p. SI. Ben. Torretlin ft78.

37A ON SE rixB a pbecher daks deux bgusbs.

gile^ et défease de faire aucun acte d'idolâtrie papistique. Depuis ce temps-là Farel et ses deux collèg^nes pré^ chèrent avec une entière liberté , administrant le baptême et la Ste-Cène^ bénissant les mariages et faisant enGn tous les exercices de la religion réformée par toutes les églises sans aucune opposition. Cependant bientôt après ^ on se contenta des deux principales églises paroissitilcs ^ S. Pierre et S. Gervais tant parce. que les deux temples suffisaient pour le nombre des réformés qu'il y a^ait, que parce qu'on n'avait pas assez de ministres pour continuer de prêcher partout. *

On mit le mieux qu'on put ces deux églises dans l'état où l'on crut qu'elles devaient être pour répondre à la simplicité du culte, qu'on venait de rétablir. On fit passer l'éponge sur les images, et Ton emporta les statues avec tout ce qu'il pouvait y avoir de choquant. On laissa pourtant subsister dans la vofltejde Téglise cathédrale de St-Pierre une image de la Ste-Yierge qui était parfaitement bien peinte ; ce qui donna occasion à un fait curieux que je rapporterai présentement. Cette peinture se conserva fort bien durant cent ana; tous les catholiques qui la voyaient en étaient surpris, et criaient au miracle. Il y vint mémja vers Tan 1630 on officier de distinction, qui ayant ouï parler de cette peinture à quelques prêtres n'avait pas pu le croire^ et voulut s'en assurer par ses propres yeux. Quand il eut vu cette peinture^ surpris, ravi, il se mit incessamment a genoux pour rendre ses hommages à la Sainte ou à son image, ce qui fit éclater de rire un Genevois qui était présent. Mais quelque tem.ps après on reblanchit toute la voûte

Ms. Chouct. ibid. Spanh. p, 85.

• PAuaSBS ABUQUBS A ST-PIKRaB. 57S

du lemple ; el alors l'image p^élendae miraculease, cou- ▼erte de plaire disparu! pour toujours. ^

Au mois de décembre^ comme on voulut examiner de près les objets de la vénération des catholiques^ on décoavrit des impostures étranges. On prétendait avoir dans la même église de St.Picrre deux reliques importantes. L'une était le cerveau de St-Pierre, patron de Genève^ et Tautre un brasdeSt^Ântoine. Celte dernière entr'autres était extrêmement considérée ; on ne la montrait que dans les bonnes félcs, et on ne la présentait à baiser qu*ë ceux qui s'y étaient préparés convenablement. On avait même tant de vénération pour la châsse où Ton croyait avoir c^te précieuse relique, que dans les affaires de la plus grande importance, on en faisait approcher les personnes qui devaient prêter serment; dans la .persuasion on Ton était que ceux qui les violaient étaient punis d'une façon miraculeuse. Plusieurs figAes de mains sèches> faites de cire, et suspendues audessus de la châsse, entretenaient la crédulité vulgaire. Mais lorsqu'on ouvrit les châsses oii l'on tenait ces deux reliques, on ne trouva pour le cerveau de St«Pierre, qu'une pierre ponce; et pour le bras de St-Antoine, que la partie la plus vile d'un cerf. '

On avait cru de tout temps à Genève que les corps de Sl-Nazi^e, St-Gelse, et StrPantaleon étaient véritablement sous le grand autel de St-Gervais ; de là vient que la rue voisine en a retenu le nom> de la Rue-des-Corps-

' Morus in'Oratione de duobus Genève miraculis , pag. 16.

' Mfl. Ghouet 32. Savioil p. ni, Ifô. Roset III. G. SO. Morus 1. c. pag. n. Ben. Turrettin 1. c. 476. Gervi Veretrum , pro Antonii brachio rcpertum est. O sacrum non ridicalum modo , sed deteitafaile et veré pudendam ! Spanheim S4. 25.

576 1MP0STURS5 MONACALBfi. TABLXAV •

Saints. On y croyait même communément que ces saints chantaient et parlaient entr'eux, toutes les veilles de Noël^ et end'aatres semblables occasions; et que, lorsqu'on mettait des chapelets dans le trou qui aboutissait à ces prétendues reliques^ on sentait une force qui les retenait plus ou moins^ selon que la pcrsonbe était plus ou moins agréable à ces saints. On apprend par les registres publics, que le 8 décembre on découvrit l'origine de cette opinion, ou plutôt l'imposture monachale qui y avail donné lieu. Car, en tournant et remuant les pierres do dessous de l'autel^ on trouva que celle où gissait les chapelets était de roche, et taillée à pointes ou dents de poissons ; et que plus bas on avait placé avec beaucoup d'artifice deux ou trois vaisseaux de terre, de figure concave^ et' séparés les uns des autres par un canal de même matière, perce en divers endroits comme des flûtes d'orgues, d'où il arrivait que pour peu de bruit qu'on fit auprès du trou, il se faisait un certain résonnement Ans ces vaisseaux qui étaient placés à différentes distanoes ; on'^sorte qu*il semblait qu'on entendait effectivement des voix obscures qai sortaient des entrailles de la terre. On fit diverses railleries sur celte découverte. *

On trouva aussi dans le couvent des Dominicains de Palais, un tableau fait à Turin, l'an 140^, qui rapportait d'une façon singulière l'origine du pape et des j^oines. Il représentait un monstre à sept têtes, et à dix cornés, en posture de satisfaire aux nécessités de la nafure, jetant au lieu d'excrémens des papes et dos moines qui tombaient dans une chaudière qu'on voyait au-dessous, remplie d'cvéques^ de prêtres, d'hermites' et de re-

**Ms. Chouet 53. Ben. TurreUin. 1. c. &77. Savion. 1G5. 164. Roscl lU. C. 50. Spanh. S5. 26.

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