‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 3)Chapitre 4 sur 98 · J2M. PR0PO8ITI01I DB BBRHK · texte numérisé non relu

J2M. PR0PO8ITI01I DB BBRHK

Berne pour renouveller TalUance avec ce priiice et pour rompre celle de Genève. Ces seigneurs repondirent : « que pour les satisfaire on enverrait demander aux Genevois^ s'ils voulaient quitter cette bourgeoisie de leur bon gré^ ou non? Que s'ils la voulaient quitter^ les Bernois feraient une alliance plus étroite avec la maison de Savoye, cependant sous la réserve de garder l'alliance contractée avec Lausanne. * x> Effectivement ils envovèrent le 10 décembre^ trois députés à Genève, avec ordre de travailler à persuader les Genevois de renoncer volontairement à leur alliance;, en leur représentant, « que Genève n'élait pas assez riche pour payer les secours qu'il faudrait, lui envoyer toutes les fois qu'elle serait atta* quée, puisqu'ils n'avaient pas même pu encore leur payer les 25000 écus, qu'ils leur devaient pour les frais de la guerre. » Les députés qui étaient Sébastien de Diesbach, Jean-Jaques de Watteville, et Jean-François Nœgueli arrivèrent à Genève le 4 janvier 1532, après avoir été à Gex, auprès du duc^ pour lui demander le payement de ce qu'il devait à eux et à d'autres. Les con« seils ayant été assemblés, ces députés s'acquittèrent parfaitement de leur commission, particulièrement dans le conseil général , qui fut assemblé le 9 du mois ; tâchant d'engager les Genevois^ par la crainte qu'ils* voulaient leur inspirer à renoncer volontairement a cette alliance. Après qu'ils se furent retirés, les syndics communiquèrent à la bourgeoisie la réponse que le petit et le grand conseil avaient rendue a ces seigneurs. La voici toute entière, et mot pour mot : « qu'ils ne connaissent point d'appointement bon^ fors que la bourgeoisie demeure, et la sentence dernièrement donnée à Payerne par tous

* Bem. iDslr. i32.

80 aiPONSB COURAOBOSB. nSIORS.

les messieurs des lignes ; et quand on les menacera ^ et on leur donnera plus de crainte^ de lant plus ils seront fermes et constants^ pour maintenir leur droit jusqu'il Ta mort ; et que s'ils meurent pour maintenir leur bon droit, ils se tiennent pour heureu^iç , toutefois qu'ils se fient tant à Dîea et aux excellences de Messieurs des deux vîlîea , qu'ils observeront les sermens faits à Dieu entre les hoiQmes , et quand ils devraient engager tous leurs Uens, femmes et enfans , ils leur payeront tout ce qu'ils leur peuvent devoir, de sorte qu'ils auront occasion de se contenter. » Celte réponse fût agréée de la bourgeoisie, et approuvée tout d'une voix. * Il ne fallait pas moins qu'une pareille fermeté pour se soutenic ; les grands desseins demandent un grand courage. Si les Genevois eus* sent molli dans cette rencontre, ils étaient perdus. Des gens aussi courageux que ceux-lii, étaient dignes de vi* vre en liberté;

Dans ce temps-là , le duc étant encore à Gex, ceux qui j faisaient le guet sur les murailles, rapportèrent qu'ils avaient vu deT nuit sept cavaliers, habillés àé noir, et sans tête, qui vinrent frapper à la porte. Cette vision fit peur an duc qui quitta Gex et s'en alla incessamment à Chambéry. *

On parlait aussi de visions à Genève. Une pauvre fille qui demeurait a l'hôpital ,. dit avoir vu de nuit, une femme vêtue de blanc, qui la fit lever, pour aller dire à celui qui lui faisait le plus de bien, qn'on devait faire des processions générales trois jours durant ; les enfans habillés de blanc; que Dieur leurdonnerait victoire sur leurs ennemis. Les Genevois reçurent cette vision, comme un

' Savion III. 69.

* Id. îb.

GBNBVE BN BAN6BR. 81

avertissemenldocicl , et firenl les processions avec beaucoup de dévolion et d^umililé. '

Ils étaient dans une grande perplexité^ et jamais leur liberté ne fût en plus grand danger que cette année. D'un côté le duc indigné de leur fermeté, fit publier^ [vers la fin de janvier^] défense de fournir des vivres aux Genevois, sous peine de la vie, et commandement à chacun de se tenir prêt avec ses armes , pour marcher au premier ordre. Il fit avancer 10 mille Italiens^ et 5000 Lansquenets du -côté de la Bourgogne, pounvenir fondre sur Genève ; et toqt son pays d'au de^là des Honts était en mouvement. ' D'autre côté les Genevois recourant à messieurs de Berne, pour implorer leur secours, y trouvèrent Jes esprits indisposés a leur égard; et soit par les intrigues des agens du duc ^ soit qu'en effet il leur parût que Talliancer de Genève leur était onéreuse aux uns et aux autres, les seigneurs de Berne voulaient y renoncer, dans la pensée que c'était là le moyen le plus court de mettre fin à toutes les difficultés, comme le duc le disait. H n'en était pas de même des Fribourgeois. Ils parurent encore tenir ferme pour cette alliance, et a la diète de Bade, qui se tenait à la fin de janvier, ils prièrent les cantons d'obliger le duc de Savoye à observer leur sentence donàée à Payerne ^ de prendre Genève sous leur protection; puisque ce prince contrevenait à cette sentence , par la défense des ' vivres et par les autres vexations qu'il faisait aux Genevois. ^ Mais les seigneurs de Berne gagnèrent ceux de Fribourg, en leur représentant par leurs députés >

^ Id. p. m. 70.

• Id. p. m. 69. 70-

* Id. 70.

8t BBRVX BT VEiBoime p&is

au oommencemenl de fcTrier : * « Que les Genevois n'avaient pas encore payé la solde des troupes qu'on avait envoyées à leur secours , et que s'il fallait encore en venir à une autre guerre, qu'il en arriverait de même, et que les Genevois ne payeraient rîen , comme ils y étaient pourtant obligés : Que d'ailleurs , les députés des communautés de leur pays avaient été à Berne , et leur avaient déclaré qu'ils ne donneraient aucun secours pour des alliances qu'on contracterait li Ieurinsçu> ou contre leur gré ; et que si même ils allaient à Genève , ils vooldent être payés : Que quand ils y seraient si les Genevois ne les payaient pas , ( ce qu'ils ne pourraient' pas faire, ) les soldats se mutineraient, et pourraient pSler la ville, comme il serait peulrêlre arrivé la dernière fois, si l'on n'y avait pas mis ordre. Qu'ainsi celte alliance leur était plus' onéreuse , qu'utile , aux uns et aux autres. » Ils étaient convenus de certains articles de pacification, proposés par les agens du duc. Ces articles étaient : 1"*. que le duc offrait de garder les Hhcr- . tés de la ville; 2^. qu'il y fût remis en possession de ses prééminences; S"*, qu'on abolit la bourgeoisie, le traité de S. Julien, et la sentence de Payerne; 4*. qu'on choisit des arbitres, pour terminer toutes les difficultés des parties dans quatre ans , offrant encore d'engager le Pays-de-Vaud, particulièreroens Bomont et Yverdon , s'il contrevenait a ces articles. ^ .

Ainsi Fribourg étant gftgné , les deux villes envoyèrent leurs députés k Genève , pour exhorter les Genevois à accepte^ ce^artides ; mais tous les conseils assemblés, les 6. 7. 8. et 9. de février, leur rendirent la

* Bem. Inslr. lU.

* Rose! n, G. OS.

D*ABAND01INBa 6BVBTE. 85

même réponse , qu'ils avaienl faite aux Bernois un mois aaparavanl ; déclarant que du reste ils useraient envers le duc de toute Thonnéteté et Tamitic qu'il pourrait souhaiter raisonnablement^ et lui feraient (oui hon^ ' neur etaervice possible. ^ Ils envoyèreni des députes à Berne et à Fribourg , pdur porter les seigneurs de ces deux villes , a des résolutions plus fayoraUes pour eux. Ces députés parurent à Berne et à Fribourg devant les grands conseils^ et surent si bien parler, qu'ils les tou^ chérent depHié, pt obtinrent d'eux un décret 5 <« qu'on garderait l'alliance, et qu'on engagerait le duc de Savoye a relâcher les vivres aux Oenevois ; et qu'on les secourrait^ ea cas de besoin. ' » Et le 16 février, les agens dn duc ayant fait de nouvelle^ instances auprès 4es Bernois, ils leur répondirent; « qu'ils voulaient bien reneuveller avec le duc l'alliance du duc Philibert, mais sous la réserve que rallianco de Genève subsisterait tout le temps poar lequel on l'avait contractée, qui éiait de 25 ans , » offrant cependant leur médiation , pour accommoder les parties. ^ Et vers la fin du même mois, les deux villes écrivirent au doc, pour l'exhorter a rdâchcr les vivres aux firenevois, et pour lui demander le payemeni des sommes qu'il leur devMt, savoir 14000 écos aux Bernois et 17000 aux Fribourgeois. ^ D'abord le duc répondil aux deux villes, etparjeltres, ^t par Torgane de Bellegarde, son envoyé, qu'il avait permis le libre commerce avec Genève. Cependant il n'en était rien ; et les Genevois , se trouvant toujours dans la soni-

* Savîon m. p. m. 70. 7i. Ms. Grooss.

* Savion I. c. 7J.

* 8ern. Inair. th7.

^ lbid.151.

8& BSailB INTERVIENT

frànce^ s'en plaignirent à leur allies. Là-dessus les Fribourgeois prirent feu , et voulaient qu'on déclarât la guerre au duc. Mais les Bernois les en dissuadèrent par leurs députés 9 le 18 mars^ en leur représentant : « Que le duc de Savoye les ayant assurés et par lettres y et par son envoyé 9 qu'il avait r'ouvert le commerce avec les Genevois^ ils ne pouvaient pas croire qu^il eut nienti : Que d'ailleurs l'issue de la guerre était toujours incertaine; qu'on ne ferait aucun bien aux Genevois ^ et qu'il n*y aurait que les pauvres et If s innocens qui en souffriraient : Que d'ailleurs ils avaient un député auprès du duc^ chargé de lui' parler fortement sur ce sujet, et qu'il fallait du moins attendre sa réponse. » ^ L'événement fit voir qu'ils avaient raison. La députation de Berne opéra si bien que le même jour ^ 18 mars, le duc de Savoye rétablit la liberté du commerce avec Genève. * Cependant les Genevois profitant de la bonne disposition de leurs alliés des deux villes, demandèrent d'être ouïs devant -la diète des cantons, pour y porter leurs plaintes contre le duc de Savoye, des diverses infractions qu'il avait faites au traité de S Julien et à la sentence de Payerne. ' Us en firent la proposition à Berne. On leur répondit, la 10 avril : a Que LL. EE. étaient fâchées, de ce que le duc de Savoye n'observait pas les traités : Qu'elles lui offriraient de juger de leurs difficultés et do leur faire droite s'il voulait , lui, se soumettre à leur jugement sinon qu'on le citerait par devant les arbitres, qui avaient fait le traité et la sentence de Payerne. » ^ En effet les deux villes propose-

* Rem. Instr. 151.

* Bosetll. 63.

' Id. Ch. 65.

* Bern. Instr. 169. . . i;

l'eni la chose au diic^ mais il refosa de se soumettre au jugement des Suisses, disant fièrement^ ' « qu'il était prince^ et qu'il n'avait que faire de plaider avec Genève. » Les Bernois ne se rebutèrent point. Ils envoyèrent > le même mois , des députes au duc y pour lui pro« poser certains articles nouveaux d'accommodement. Comme l'affaire trainait en longueur, les députés de Genève à Berne firent de nouvelles instances auprès des margistrats. On leur répondit le j28 avril : » Qu'on les priait d'avoir un peu patience, jusqu'à-ce qu'on eût appris le succès de leur nouvelle tentative auprès du duc , dont on se promettait on bon effet r Que si l'on ne pouvait rien obtenir duTduc par amitié, et qu'il fût dans le tort, alors les Bernois , selon leur promesse, aideraient aux Genevois, a leur faire rendre justice. * »

Dans une diète assemblée en été, le duc de Savoye fit solliciter les cantons , et particulièrement les Bemob, à renouveller leur alliance avec lui. Il y envoya , dans ce dessein, en ambassade, le comte d'Entremont, le président Lambert et deux antres gens d'office, avec le seigneur d'Estavayer ; mais les cantons le lui refusèrent, en lui demandant le paiement des pensions qu'il leur devait^ ^ Les Bernois en particulier, le lui refusèrent aussi, parce qu'il demandait toujours l'abolition^de Talliance de Genève et de la sentence de Payeme, ^

' Roset 1. c.

' Bern. Instr. 168.

* Cette alliance du doc avec tous les canlons avait été faite Pau J5i5. Par le^dernicr article, le duc s'était engagé à payer annuellement 200 écus d*or à chaque canton. Gnichenon a supprimé cet article dans son Histoire» p. 624. Cette alliance n[avait été contractée que pour 25 ans. Voyez Simier Hep. Helvet. p. m. 298. 259.

* Stettl. II. 56. b.

86 ^ INSTANCES Xm DOC RBPOUSS^ES.

Cepeadant le dac ne payait poini ce qu'il devait Aux Bernois et aux Fribourgeois^ nonobstanl les sollicilalions réitérées qu'ils lui avaient faites. Enfin , à l'entrée de rautomùe, les Friboui^eois perdant patience, voulaient tout de bon lui déclarer la guerre , et ils écrivirent aux Bernois ^ qu'ils voulaient s'emparer du pays de Vaud. Le& Bernois leur envoyèrent des députés le 27 septembre^ pour tâcher de les adoucir et de les dissuader d'entreprendre une telle guerre. ^ Les Fribourgeois se laissèrent persuader , et la guerre n'eut pas lieu pour le coup. D'autre côté, le duc ne cessa de solliciter les deux villes y a renoncer à l'alliance de Genève. Il demanda aussi la même chose, k l'égard de celle de Lausanne. Dans le mois de novembre, il "y envoya encore un ambassadeur, pour les prier de le mettre en possession de ses prééminences dans la ville de Genève, de le délier de rengagement du pays de Vaud , et de quitter ralliance de Lausanne. Les seigneurs des deux villes lui nipotodirent, d'un commun accord : « qu'ils étaient contons de mettre le duc en possession de ce qull devail avoir à Genève^ et de l'y accompagner, pourvu qu'auparavant il donnât aux Genevois une lettre de sûreté, bien signée et scellée, comme la sentence de Payeme l'ordonnait, c'est-à-dire une promesse authentique, de ne leur faire aucun tort, ni en leurs personnes ni en leurs biens ; qu'après que le dUc se sera acquitté du dernier paiement qu'il doit faire à Noël prochain, des 21000 écus qu'il leur doit, ils agiront avec tant de modération envers lui^ au sujet de cet engagement de son pays, qu*il aura lieu.d'étrô satisfait; qu'enfin ils veulent gar^ der l'alliance de Lausanne et l'observer. » *

* Ma. Amp. 196. b. Bem. lostr. 916.

* Ma. Amp. 127. Bern. Instr. 995..

SEHXHCES D£ &ArOBMB. 87

Parmi toutes ces agitations de la ville de Genève, et ces mouvemens pour la consenration de sa liberté, la rëformation y faisait peu de progrès. Cependant il s'y trouvait plusieurs bonnes âmes qui soupiraient après un si heureux changement. Voici ce que Farel en écrivait de Grandson à Zwingli, le 1^ octobre 1531. « J'apprends que Genève pense à embrasser Jésus-Christ. S'ils n'étaient pas retenus par la crainte des Fribourgeois^ ils embrasseraient TEvangile sans différer d'avantage. H serait à souhaiter que d'autres personnes eussent autant à cœur les intérêts de Jésus-Christ, comme ces gens-là (les Fribourgeois) se montrent zélés pour les intérêts du pape. Les papistes du lieu , comptant sar leur protection, mettent les fidèles en prison sans écouter leurs défenses, et leur font diverses iniquités, sans que personne les en empêche. Jus est in armis. Leur droit est dans leurs armes. » *

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