ABBAYE DB ST-YICTOB
çaieDt dans les coins des églises et des cimetières ^ oii ils les laissaient aller. '
En même temps qu'on faisait ces changemens dans les églises paroissiales , on disposait aussi des bâtimens des couvens, selon que le bien public le demandait. Celui de saint Victor avait été détruit auparavant avec le faubourg du même nom. II ne s*y trouvait que neuf moines j de Tordre de Cluni y dont quelques-uns se retirèrent eh Savoie^ et les autres embrassèrent la réformation. Leur prieur^ qui était François Bonnivard homme de naissance , auss^bien que d'esprit et de savoir, était encore en prison dans le châteaa de Chilien , où le duc de Savoie Vavait fait mettre depuis cinq ans, pour avoir fait paraître trop de zèle pour les intérêts de sa patrie, et trop d'éloîgnement pour ceux de ce prince. Les Bernois s'étant saisis , Tannée suivante, du Pays-de-Yaud ^ le mirent en liberté. Il se retira dans Genève où il embrassa la religion réformée , et où il vécut encore trèslong-temps , avec une pension annuelle que le conseil lui donnait. '
Le couvent des Dominicains,, qui était à Textrémito de la Corraterie, près du Rhône, et celui des Augostins près du pont d'AVve, furent aussi démolis sur la fin de Tannée, et au commencement delà suivante, pour les mêmes raisons que celui de saint Victor, et dans le même tèmpa qu'on abattit le faubourg'de la Corraterie, et les maisons des environs, qui pouvaient nuire à la ville, dans un temps de guerre. ^ ^
Pour les bâtimens de deux autres monastères , celui
' Ms. Ghonet 33.
* Ibid.
' Spanhelm 27.
580 U8A6B DBS BIBVS^BCCLiSlASTIQUXS.
des cordeliers, proche la porte de Rive et celui des religieuses de sainte Claire, qui était entre celui-là elle Bourg de four, on les laissa subsister^ Tun et Tautre. On se servit du premier pour y placer Técole ou le col- ' lége public, qui auparavant était vis-à-vis du côté da lac ; et on établit l'hôpital dans celui de Sainte Claire , ou il est encore aujourd'hui. *■
Avant que de disposer des bâtimens des EgKsésel des couvens de la manière que nous venons de dire^ on en avait tiré tous les meubles, vases, linges, et joyaux, après que l'inventaire en eut été fait par les commissaires du conseil , et on avait porté le tout a la maison de ville. Le premier usage qu'on en fit, fut d'en assister les ecclésiastiques qui avaient embrassé la réformation. Il y en avait plusieurs, de tous les ordres, chanoines^ curés^ simples prêtres et moines. On leur fournit des habits > on- fit a la plupart une pension pour subsister. Le reste fut destiné aux pauvres , et à l'érection d'un hôpital. H y avait auparavant sept petits hôpitaux, mais les pauvres n'en étaient pas mieux secourus ; soit qu'il n'y eût pas des revenus suffisans , soit qu'ils fussent mal administrés. On proposa d'abord, le 29 septembre, de faire deux hôpitaux , mais six semaines après , dans le conseil général du peuple qui fut assemblé pour ce sujet , le 14 « novembre, il fut jugé plus convenable, de se borner a on seul qui, pour cette raison, fut appelé l'hôpital général. Il fut résolu de rechercher tous les biens meubles et immeubles des précédens hôpitaux , des couvens , des églises , et des confrairies , et tous les autres qui avaient été destinés à des usages pieux , pour les appliquer à ce
^ M«. Ghouet 3i.
OK TRAITS AVEC DOUCBD& IBS BCCLÉStASTIQDiS. S8i
nouvel hôpital. On y élablit un hôpitalier pour y résider, el des commissaires qu'on appclla procureurs , pour en avoir avec lui la direction. * N^oublions pas de remarquer à la louange de Claude Paste , qui en fut le premier hôpitalier^ qu'il enrichit Thôpital en lui donnant son bien par son testament. '
Vn. Si on eut un soin particulier des ecclésiastiques qui changèrent de religion. Ton traita aussi avec beaucoup de douceur ceux qui demeurèrent fermes dans leurs opinions^ el particulièrement ceux qui voulurent se retirer de la ville, Tels furent plusieurs chanoines , qui les uns après les autres allèrent h Anneci , où ils s'établirent; aussi bien que quelques autres prêtres et quelques moines. Non-seulement ils obtinrent la permission de sortir de la ville , et d*en emporter leurs livres et tout ce qui pouvait leur appartenir en propre ; mais de plus, quand ils partirent, ils reçurent toute sorte de civi* lités de la part du conseil.
Le 28 août les religieuses de Sainte*Claire ayant demandé permission de se retirer, les syndics allèrent dans leur couvent pour leur dire qu'on voyait leur départ avec déplaisir, et que si elles voulaient rester en ville, elles devaient être assurées de la protection du conseil. Elles répondirent qu'elles resteraient agréablement, si on voulait leur laisser un libre exercice de la religion romaine ' comme auparavant ; sinon, qu'elles priaient qu'on leur permît de se retirer. Les syndics leur dirent qu'elles pou* vaieat fieiire ce qu'elles voudraient. Comme donc elles demeurèrent fermes dans leur dessein, et qu'elles firent
* Roset m. G. &4. Mft. Cbonet M. 55.
' Ben. 'Tarrettin Lib. cit. p. A7&. Rost t 1. c. l'appelle Claude Poste.
38t LES SCEUKS DE STE-CLAIRE QUITTENT LA VILLE.
comprendre qu'il y avait plus de deux mois qu'elles négociaient leur retraite avec le duc de Savoie, et même que ce prince leur avait fait préparer un couvent k Anneci, on les laissa on leur liberté. Elles partirent quelques jours après le 30 août toutes ensemble, excepté une seule qui embrassa la réformation. Les syndics leut firent compagnie jusqu'au pont d'Arve, comme elles l'avaient souhaité, ' de peur qu'on ne leur fit quelque insulte. BUes n'étaient que neuf, et il y en avait quelques-unes qui depuis trente ans n'étaient point sorties du couvent. Aussi employèrent-elles toute la journée pour arriver à St-Julien, qui n'est qu'à une lieue de Genève. Elles étaient lâéme si étonnées de se voir à la campagne, qu'il y en avait qui, voyant des vaches-ou des moutons, croyaient que c'étaient des lions ou des ours, comme le dit la sœqr de Jussi, qui a déciit cette sortie dans un petit livre intitulé : Le commencement de Thérésie de Ge. nève. Ce livre est écrit, (dit M. Spon)^ ^ avec toi?te la naïveté et la confusion qu'on pouvait at^ndre d'une pauvre religieuse. Elle était , aussi bien que ses compagnes avant qu'elles en partissent, dans de grandes appréhensions de tous ces trôdbles. Elles s'imaginaient à tout moment qu'on leur allait faire quelques violences. Cependant elles n'eurent que la peur, comme on peut le voir par cette relation même. Le plus grand mal qu'on leur fit, fut de les exhorter à quitter le voile et a se marier. Farel même prêcha dans leur couvent, et prit son texte de la bienheureuse Vierge, sur ces paroles, Exsur^ gens Maria abiït in montanaf leur représentant qu'elle
* Sâvion m. 142. 143. Roset UI. C. 57. B^n TurrcUin, 1. c. 473 Ms. Chouetp. m. 35.
* Hist. de Gen. T. I. p. 37i. 372.
SOBUES DB STB-GLAIRB. S85
n'avait pas été reçlase^ qaoiqa'elle (àt un parfait modèle de saiotelé. Cela n'ébranla point leur constance. .^
n y a pourtant quelque lieu de douter si ces religieuses étaient aussi simples que la sœur de Jussi voudrait nous le faire accroire. Les chemins souterrains qu'on découvrit après leur départ sous leur couvent^ (et^ qui conduisaient à celui des Cordeliers qui était à quel-^ques pas de là)^ donnent tout lieu de soupçonner qu'elles recevaient de temps en temps des visites de ces bons frères, et qu'ainsi elles i^étaient pas tant novices dans les affaires du monde. '
Avant le départ de ces filles, l'une d'entr'elles, nommée Blaisine, fille de Dominique Warambert^ ayant embrassé la réformation, présenta requête au lieutenant de la justice pour obliger ses religieuses à lui rendre sa dot, ses habits nuptiaux , et ses omemens d'église. Ces filles ne voulant pas plaider, se soumirent à un arbitrage, et convinrent de lui donner 200 écus pour toutes ses prétentions^ assurant d'ailleurs n'avoir reçu d'elle ni argent, ni habits nuptiaux. Et protestant n'avoir point d'argent, elles assignèrent ces 200 écus a prendre sur les biens du couvent. Le lieutenant à qui elles en laissèrent les clefs^ fit mettre en inventaire ce qui s*y trouva, en présence de deux bourgeois ; le fit vendre, et paya cette somme à la sœur Blaisine. ^
n y eut aussi plusieurs particuliers de tout sexe et de toute condition, qui, a l'imitation de ces ecclésiastique^ se retirèrent de la ville ; mais quoique le conseil vit cela
^ Spoii ibid.
' Spanh. G. R. p. 21
' Savion IH. p. m. Itô. 143.
384t PLUSIBUES PRBT&BS NE VEULENT PAS SB RETIRER.
avec chagrin, puisqu'on était en guerre et qu'on avait besoin de monde, il ne leur fil pourtant aucun obstacle. On les laissa sortir avec tous leurs biens. Mais comme ils étaient les 'premiers à rompre le lien qui les unissait à leur patrie, le conseil crut aussi, le 30 août, qu'on pou* vait avec justice leur ôter la bourgeoisie, et c'est là tout le châtiment qu'il leur fit. ^ Cependant il s'en trouva plusieurs à qui cette privation fit de la peine. Ils revinrent au bout de trois jours, et prièrent qu'on leur laissât au moins trois messes par jour à la Madelaine^ Mais le con* seil le leur refusa.
Il était cependant resté dans la ville plusieurs prêtres et moines qui n'avaient voulu ni changer ni se retirer. Ils allaient de maison en maison, chez ceux qui étaient encore catholiques pour les aïïfcrmir dans leurs sentimens. Ils les confessaient ; ils baptisaient, its mariaient, et célébraient' la messe. Mais quoiqu'il semblât qu'on ne dût pas avoir^de grands égards pour eux, cependant on fermâtes yeux assez long-temps, et il ne paraît pas qu'on leur dit rien jusqu'au 8 octobre. Ce jour-là le conseil les fit appeler avec tous les bourgeois qui étaient encore catholiques. Il leur fit entendre avec douceur^ qu'ils devaient s'abstenir de dire et d'entendre la messe, à moins qu'ils ne voulussent s'engager à faire voir qu'elle était fondée sur la Parole de Dieu ; qu'on leur donnait pleine liberté de le fâire> afin qu'ils ne pussent pas se plaindre qu'on les eût condamnés sans les entendre. On conseilla même aux prêtres de ne pas paraître avec leurs habits sacerdotaux, parce qu'il était à craindre qu'ils ne fussent
^ Ms. Ghouet p 3S. Boset HI. C. 37.
* Idem p. 36. Spanh. 83. Ben Turretlin. I. c. 474. habet XV. octobr. Koset ibidem III. G. 49.
TU «CAKOALKVSB DK QCBtQUBS P&BTRBS. ' ' S8K
exposés aux insalles de la populace^ el des soldais dont la ville était pleioe. *
Hais un mois après, le conseil apprenant que non-seuleraent ces mêmes prêtres continuaient de faire ce qu'on leur avait défendu ; mais qu'ils invectivaient d'une manière odieuse contre la réformation et les réformateurs ; s'aigrit contr'eux et chargea les syndics de les faire appeler pour leur déclarer encore une fois, qu'à moins de vouloir soutenir publiquement que leurs dogmes étaient con* formes à la Sainte Ecriture, ou de le faire par des gens éclairés s'ils n'en étaient pas capables eux-mêmes, on leur défendait absolument de faire aucun exercice 'de leur religion dans les maisons particulières, à peine de sortir de la ville, et d'être traités comme séducteurs. *
Ces prêtres et ces moines ne menaient pas tous une vie fort évangélique, et leur conduite déréglée (contribuait beaucoup à prévenir les esprits contr'eux et contre leur religion. Le 23 d'août on surprit un cordelier dans son couvent de Rive, avec une fille de mauvaise vie. On le contraignit de quitter son habit, et d'épouser cette fille. '
Le 1 8 septembre on surprit un prêtre dans la ville et sur le fait avec sa concubine. Ceux qui le surprirent, l'ayant saisi de leur autorité propre, le promenèrent par la ville monté silr un âne, faisant marcher après lui sa concubine, cquippée en laquais. Une farce de celte nature ne pouvait manquer de déplaire souverainement aux
* Idem p. 36. Spanh. 83. Ben TurrcUiii I. c. 47&. habet XY. Oc<i tobr. Roset ibidem III. C. AS.
' Ms. Chouek îbid. Spanheim I.' c.
' Savioii m. lAO. Roset IlL C. 30.
966 TEOISIIMB RBHONTEARCX DBt MAGU'mATS
calholiques. ^ Ces prétendus religieux auraienl mieux fait dMmiter rexemple de Jacques Bernard, qui, après sa dispute avait quitté l'habit de son ordre, et épousa solennellement une fille de Jean l'imprimeur, belle^ mais pauvre, qu'il dota honorablement. Farel bénit leur mariage le 15 d'août, dans l'église 4e St- François de Rive.*
Cependant les prêtres continuaient à séduire le peuple et à lui inspirer de l'éloignement pour la réformation, par divers discours malins; ils disaient : Que le mauvais succès de la dispute n'était pas une preuve de la fausseté de leur religion ; qu'il en est de ces exercices comme de la guerre , ou les armes sont journalières ; qu'il ne fallait pas ji^er de la bonté de la cause de leur Eglisepar l'ignorance du clergé de Genève ; qu'il se trouvait ailleurs de grands et d'habiles théologiens , qui renverseraient sans peine des milliers de ces prêcheurs de la nouvelle doo trine. Ces discours parvinrent aux oreilles des magistrats; cela obligea le conseil de les faire tous citer devant lui (le 24 novembre). Ils y comparurent au bout du troisième jour au nombre de 20 ou de 30. On leur représenta:«Qu'ils abu» saient de la patience du conseil et qu'on était résolu de ne plus souffrir leur désobéissance; qu'on leur défendait donc, pour la dernière fois, de dire la messe, d'administrer leurs sacremens , et de séduire davantage le peuple, à moins qu'ils ne s'engageassent à faire voir qu'ils avaient la Sle-Ecriture de leur rôle ; que s'ils n'étaient pas capables de le faire par eux-mêmes ils devaient choisir d'autres personnes plus habiles qu'eux; qu'on voulait bien encore, par surcroît de bonté, leur permettre de
' Savionl&e.Rôactibîd.
'»5avion p. 158.
AUX purmia. arbAt ptoitOHCi co«te*bcz. 887
fore ymnt des Iheologiciis étrangers pour diapoter arec les miaîstros , el qu'As pouTaienl amener ceux qu'ils jn* géraient les plus capables de défendre leur religion ; que du reste, appelés comme ils l'étaient a enseigner les aiH très 9 ils devaient premièrement s'instruire eux-mêmes ; que penr cet effet on leur ordonnait d'aller ouïr les aer* moBs des prédicateurs ou de se retirer de la ville. Ils ré^ pondirent, par la boude de Rolet Dupan, qui était à leur tète : « Qu'ils n'avaient jamais eu la témérité de croire qu'ils pussent réformer ce qui avait été enseigné par lenrs prédécesseurs, et décidé par l'Eglise ; qu'ils «EÎinaient mieux plutôt que d'exposer leur religion à une nonTelle dispute , se sonaoïettre à la défense qu'on leur faisait, de faire aucune {onction pastorale; mais que pour aller ouïr les prédicateurs ordinaires ils ne le fe~ raient jamais, et qu'ils aimeraient mieux sortir de la ville. * »
Cette réponse n'ayant pas satisfait le pelit conseil, il rapporta la chose an grand (le 25 décembre), qui ordonna que les prêtres qui ne voudraient pas aller ouïr la prédication de TBvangile dans un des temples sortiraient de la ville pour n'y jamais rentrer. On les appela le lendemain pour leur prononcer cet arrêt. On ajouta : « Qu'on n'exigeait rien d'eux qui ne fut raisonnable, parce qu'en allant aux sermons ils y entendraient ou la vérité (et alors ils en pourraient profiler et faire leur sakit) on l'erreur, et alors ils en donneraient avis et on y mettrait ordre. » Quelques-uns déclarèrent qu'ils renonçaient pour toujours à la religion romaine, et qu*il y avait long-temps qu'ils en reconnaissaient les abus, rouis qu'ils
Ms. Choael 56. 57. ^n. TurreUin I. c. 475 RomI liJ. Gb. 47.