‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 3)Chapitre 33 sur 98 · INTB&DIT TOUT COMMERCE AVEC GENEVE · texte numérisé non relu

INTB&DIT TOUT COMMERCE AVEC GENEVE

leurs enfans el on saisit tous lears biens ; mais ils continuèrent toujours leurs violences. *

Les seigneurs de Berne en furent extrêmement indignés et dirent (le 11 d'août) résolument à Fontanel, envoyé du duc de Savoie , que si son maître ne voulait pas garder les traités et obliger ses sujets et ces bandits à les garder^ ils renonceraient enfin à son alliance et pren-^ draieht d'autres rocspres. Ils lui donnèrent terme de quinze jours pour prendre sa dernière résolution.^

Mais j bien loin de déférer aux représenlalions de ces seigneurs pour prendre des résolutions plus pacifiques^ le duc fit publier ^ un nouvel édit par lequel il interdisit à ses sujets tout commerce avec les Genevois^ sous peine de la vie. II y disait en même temps que tous les Genevois qui voudraient se retirer sur ses terres et y vivre comme le reste de ses sujets y seraient bien reçus. * Ce fut ce qui engagea divers particuliers à s'y retirer^ comme on Ta dit» Ce prince se proposait par-là d'épuiser Genève 'd'habitans, et de Taffaiblir de telle manière qu'il pût aisément s'en rendre maître. Mais l'événement fit voir qu'il avait mal compté. Si d'un côté Genève se dépeupla par le grand nombre de bourgeois catholiques qui en sortirent^ ce fut un bien pour elle, plutôt qu'un mal , parce qu*elle se purgea par-lk de citoyens mal intentionnés, qui auraient pu tôt ou tard y causer du trouble. Maisj d*un autre côté, elle se repeupla considérablement par l'afBuence de religionnaires étrangers que la persécution contraignit de s'y réfugier^ et qui , recueillis charitablement dans son sein , devenaient tout autant

^ Ms. Ghouet 1. c.

' Ms. Amp. 146.

^ Savton m. p. m. l&3«Rose\ 111. G. 37.

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de bourgeois zèles et courageux , résolus à endurer lentes les extrémités plutôt que de baisser ▼(dootairement le cou sous le joug. Aussi , tAiidis que les premiers lonn berent dans la servitude^ eux et leur postérité , ceux qui restèrent dans la ville eurent le bonheur d'établir plei* Bernent leur liberté y et la gloire de la- transmettre à leurs descendans.

Il est vrai que les premiers temps furent fort fâcbeux , et que les Grenevois eurent d'abord bien des peines et des difficultés a essuyer. La disette d'argent n'était pas la moindre. L'argent est le nerf de la guerre. Et Genève était épuisée^ tant par la dépense considérable qu'il avait fallu faire pour se fortifier, que par les frais accaMans qu'on était obligé de soutenir en envoyant perpétuellement des députés tant à Berne qu'aux. diètes des can* tons, pour plaider contre le duc. Dans ce temps-la même ils furent pressés par les seigneurs de Berne, qui demandaient le remboursement des grands frais qu'ils avaient faits pour eux. Ne sachant ou trouver de l'argent, ib prirent tous les calices , les custodes et l'argenterie des églises paroissiales de la viUe, qui firent ensemble la valeur de trois cents écos. L'argenterie de l'église de la Magdelaine montait plus que tout le resta Us prirent aussi tous les reliquaires de la cathédrale de Ç. Pierre. Par ce moyen ils amassèrent une pelite somme d'argent et envoyèrent, le 24 août , cinq cents écus aux Bernois, qui s'en contentèrent pour le coup, voyant leur impuissance et leur Ijjonne volonté. *

Quatre mois après , pressés de nouveau par la nécessité et no reconnaissant plus aucun mettre, ils recbururent

' Savion III. p. m. Ul. Ms. Cbouet 143.

DBS iGtlSBS. lis rOMT BATTEE MOMlfAIB. 591

aa iDoyëû qui se préseolail nalurëllemeDi d'avoit de Targent, c'esl d'en faire , et de battre de la monnaie au €K>in de la ville» Il y avait long-tenips qu'on n'y avait leno de monnaie courante, battue à ce coin> parce que la ville ayant eu depuis près de cent ans , au moins dès Tan 1451 , des évéques qui étaici i ou de la maison de Savoie , ou dévoues à cette maison , ces évéques avaient négligé ce droit j ou avaient battu monnaie sous le coin ; de Savoie; et quoiqu'ils en eussent depuis un fort long» temps , on ne s'y servait que de monnaie de Savoie. Oa trouve;, entr'autres, plusieurs deniers ou demi -déniera battus par les ordres de Jean-Louis de Savoie, évéque de âenève, vers la fin du XV*^* siècle, où l'on voit d'un côté une croix avec celte légende : Ludopicus, et de Tautre : De Saioudia, avec le frontispice d'un temple. * On fit fouiller dans les bourses des marchands pour voir â l'on pourrait déterrer quelques espèces battues au coin de Genève. On y trouva de vieux deniers où était d'un côté la tête de Saint Pierre ,. avec cette légende : Ses. Petmsy et de l'autre une croix avec ces mots Geneva CwUas. Il fut donc résolu (le 24 novembre) de battre de la monnaie à un coin nouveau. ^ Il m'en est tombé une pièce entre les mains, où l'on voit d'un côté les armes de Genève, la clef et la demi-aigle, avec cette légende : Deus noster pugnat pro noUs , 1535, et de l'autre : Genuina civitas. L'année suivante on fit un autre coin , et Ton battit de la monnaie où étaient d'un côté les ar-> mes de la ville avec celte légende : Post ienelras lucem, 1 536 , et de l'autre côté une croix ébranchée par les qua-

^ J!eu ai donné plusieurs de celle sorte à la Bibliothèque gublisque de Genève.

891 " chaugehemt dams lbub. BEViai.

Ire bouts ^ avec le monogramnie du nom de Jësas i h s dans le centre ^ et cette devise autour MUd se sejleciei omne genu. Jusqu'alors, la ville de Genève , faisant al* lusion à son symbole , qui était le soleil^ (vraisemblable*» ment conservé depuis le temps du Paganisme, qu on y avait adoré le«oleil) avait pris pour sa devise ces paroles tirées de Job j XVII, 12, 13 : « Posttenébras spero bicem. ]» C'est-à-dire : Âpres les ténèbres j'espère la lamière, devise tout a fait significative de ce qui s'y fit cette année et la suivante. C'est pourquoi ils la cbangërenl, au moins dans leur monnaie , et en bannirent le mot Spero^ j'espère, pour faire connaître qu'ils avaient en« fin obtenu la lumière qu'ils espéraient. Ds prirent donc pour devise : Posi tenebras lucem ou lux , qui est le terme dont on s'est servi depuis, c'est-à-dire après les ténèbres la lumière , pour dire qu'ayant recouvré la lu« mière de la vérité céleste et salutaire, il ne leur restait plus que de la conserver et de la suivre > et de ne plus souffrir que leur lumière devint ténèbres, comme un ex« cellent bomme de ce siècle, et l'un de leurs citoyens et de leurs pasteurs ^ les y a exhortés dans une occasion solennelle. ' J'ai dit que ce changement se fit alors au moins sur la monnaie ; car on ne changea rien encore dans le sceau public de près de vingt ans. J'ai vu des lettres de Messieurs de Genève, écrites à la seigneurie de Berne l'an 1552, avec un sceau qui portait encore l'ancienne devise : Post tenebras spero lucem,

VIII. Mais c'est assez parlé de Genève pour le présent. Voyons ce qui se passa cette année dans le reste de

* M. Alphonse TurreUin, dans le sermon qa*il fit Tan 1719, à l*occa$ioii du Jubilé de la Béformalîon de Zurich ; imprime la même année à Genève, in-A®.

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la Saisse, et en particolier dans le Pays-de-Vaud. Celte recherche ne nous arrêtera pas long*tenips^ parce que les érénemens de Tan 1535 n'y furent pas fort considé» râbles.

Les cantons catholiques continuèrent leurs conquêtes spirituelles dans les seigneuries communes. La ville de Bischoffzell est l'une des principales de Thurgovie. Le papisme en avait été banni dès Tan 1 529. Tout le conseil était réformé^ la bourgeoisie Pelait aussi, à là réserve peul-élre de quelques personnes qui pouvaient encore * élre catholiques dans le cœur. Mais les chanoines de l'église collégiale de Sle-Pélagie avaient constamment retenu la religion romaine. A leur sollicitation les cantons catholiques les rétablirent cette année dans leur église et dans la possession de leurs bénéfices ; et c'est l'état où est aujourd'hui cette ville. La bourgeoisie est réformée ; mais les chanoines avec quelques particuliers qui ont quelque liaison avec leur chapitre sont catholiques. Ces cantons donc, interprétant le traité de paixde%iisse a l'avantage de leur religion voulurent absolument la rétablir dans cette ville-la. Pierre Speiser, prévôt d'Uberlingue, y dit la première messe ^*et prêcha dans le carême^ n'ayant pour auditeurs que cinq personnes, savoir le châtelain, le chef delà justice, et quatre prêtres. Les bourgeois virent la cliose avec une souveraine amertume de cœur, et ils se seraient portés peut-être à une sédition si le conseil , plus prudent et plus modéré que le peuple , n'eût calmé l'animosité de la bourgeoisie pour l'empêcher de commettre quelque désordre» Comme on avait été averti de bonne heure de ce dessein des cantons catholiques , Hiconius eut soin d'écrire à l'église de Bischoffzell, dès le 17 janvier précédent, une

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leltre de consolation poar la préparer à ce changement el pour l'exhorter à le supporter avec patience et atee douceur. Sans doute cette lettre fut d'un grand usage pour calmer les esprits. Dans ce temps-là le pasteur ré^ formé de la ville était Jean Joung, ou Le Jeune, de Constance^ qui s'était fendu aux pressantes sollicitations de TEglise pour s'y arrêter. Le premier jour que Speiser y prédha^ Joung réfuta sa prédication dans un sermon. U fit encore la même chose dans quelques autres sermons qui suivirent ; mais avec douceur, se contentant d'apporter de bonnes preuves de ce qu'il enseignait. La prédication de ce bon ^serviteur de Dieu y fut tellement goûtée, qu'on vit ordinairement entre ses auditeurs des étrangers, en tr autres des sujets réformés de l'abbaye de S. Gall. '

Si les chanoines de Houtiers-Grand-Val avaient eu autant de pouvoir que les cantons catholiques, ils n'auraient pas manqué de le faire sentir aux réformés de ia prévôté, mais n'ayant pas les mains aussi longues que des magistrats souverains, ils faisaient au moins tout ce qu'ils pouvaient pour chagriner les réformés. Les paroissiens de Moutiers se plaignirent à Berne, qae ce» chanoines a n'avaient point voulu se soumettre au traité du 19 mai 1534, qu'autant qu'il était en leur faveur; qu'ils ne voulaient ni duvrir leur grande église, ni laisser sonner les cloches, ni faire raccommoder l'horloge ; et de plus , qu'au lieu d'employer les rentes de leur hôpital à soulager les pauvres du pays selon leur destination naturelle et suivant leur ancien usage, ils les transportaient ailleurs. » Les chanoines^

HoUins 699.

LA PRivori DB HODTnaS 6RAMD-VAL. fSQ^

niaienl ftae partie de ces choses, et de lear oftté ils ac-* cosaient les geas da liea d'élre coi^»ables d^infraclion contre les traités à divers égards. Pour termiDet ces DÔi^yeUes difficaltés, les seigneurs de Berne invitèrent leurs alliés de Soleure à une conférence à Berne au mois de juin de Tan 1535. L'évéqûe titulaire de Bflle^ prince de Porrentruy^ à la prière dea chanoines de Houtiers, ccririt è Berne le 25 juin en leur faveur^ afin qu'on leur Ctt bonne justice. La conférence se tint à la fin de juin; lies seigneurs de Berne conjointement avec deux dé* pûtes de Soleure» après avoir entendu les parties^ firent le 30 jaîn>une nouvelle ordonnance pour les mettred'accord. Us r^;lèrentce qui regardait \éà affaires de la judicature et d'appel. 4}uant a celle ^e religion^ ils ordonnèrent ; 4^ que le choeur de régKse et le clocher seraient oi»- ^erts aux paroissiens ; mais que la sacristie demeurerait fermée ; 2® que si les paroissiens voulaient avoir Tusage de l'horloge, ils devaient la faire raccommoder et rentre^ tenir à leurs dépens. » Les chanoines avaient avoué qu'ils possédaient des bi^is qu'oi^ appelait les biens de l'hôpital; mais ils niaient d'avoir un hôpital ; et prétendaient que les amnônesqu'ib faisaient en certains temps réglés aux pau* vres du pays n'étaient point d'obligation, mais de simple pratique suivant l'usage des maisons reh'gieuses^ Les seigneurs médiateurs décidèrent que les chanoines emploieraient leurs biens, nommés de l'hôpital, à distribuer annuellement des aumônes à Moutiers comme ils* Tavaienl pratiqué par le passé, etc. Enfin, en confirmant les traités ou les arrêts des années pjrécédentes, dans toutes les choses où ce dernier n'y dérogeait pas, ils mirent une amende de dix livres Bernoises, a celle des deux parties qui violerait la première quelqu'un de ces

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