‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 3)Chapitre 34 sur 98 · X.AI7SAMME SB MONTRE · texte numérisé non relu

X.AI7SAMME SB MONTRE

arréu ; afin d'arréler s'il était possible, la foftgae de ces gens-là. *■ Mais cette sage précantion ne fut pas encore suffisante pour apaiser tous les trouUes dans ce pays-là, comme on le verra dans le livre suivant.

La réformalion fit peu de progrès au Pays de Yaudj, pendant le -cours de Tannée 1535«

A Lausanne^ qui, par le grand nombre de ses ecelésias^ tiques aurait dû être une source de lumière pour ce payable, les choses étaient toujours sur le vieux pied; c'esl-à-dire, qu'on y pensait fort peu, ou point du tout à la réforma* tipn de l'Eglise. Disons pourtant que si on s'y opposait a rétablissement de la religion réformée, on y fit quelques petits règlemens pour la réforme des mœurs. Le grand conseil qu'on nomme les deux cents, assemblé le di» manche 28 février^ défendant de manger de la viande, da fromage et du beurre dans le temps du carême, et dans les autres temps prescrits par les lois de l'Eglise, défendit en même temps de blasphémer, sous peine de baiser la terre pour la première fois, de trois sous d'amende pour la deuxième, et du carcan pour la troisième. 'Quelques mois après on eut occasion d'exécuter la seconde partie jde celte ordonnance. La nuit du 8 au 9 septembre les guets surprirent deux hommes qui jouaient et blasphémaient, dont l'un se disait prêtre ; ils les conduisirent à la maison de ville, et le lendemain selon l'usage ils les remirent aux officiers de Tévêque pour les châtier. ^ • Le jpremier article de celle ordonnance pourrait faire soupçonner qu'il y avait alors à Lausanne quelques personnes qui avaient goûlé les principes de la réforma^ tion. Je ne sais si l'on pourrait tirer la même conséquence

* Apolo|];. à p. 118. ad. 127.

' ' Mao. (le Lausan.

TOOJOU&S ZiiÂn CATBOLIQVS. 597

d'an aulre fait qu'on tronve aussi dans les registres. Vers le miliea da mois d^août, des jeanes gens de la ville al-^ lèrent dans le couvent des Dominicains de la IHadelaine, et y commirent quelques désordres et quelques actes de violence. On les en punit par la prison ; et le mardi 24 août le conseil établit des avoués ou prolecteurs aux couvents des Cordeliers de St-Prançois, des Dominicains de la HHadelaine, et des religieuses de Belles-Vaux^ hors 'de la ville pour empêcher qu'on n'y fit aucun dé-* sordre. '

Le conseil eut encore une autre occasion dans le même mois, d'exercer son zèle pour la catholicité. H apprit que plusieurs Genevois qui avaient embrassé la réformation 8*élaient réfugiés à Lausanne pour éviter les troubles de leur patrie. Il donna ordre incessamment à leurs h6tes de les avertir de ne point parler de religion, et de n'en point disputer afin de ne causer aucun désordre par Ik dans la ville. ' Et dans le mois d'octobre suivant, un capitaine Genevois ayant entrepris de faire quelque enrôlement à Lausanne pour le service de sa patrie; le clergé, la bourgeoisie, et les quatre paroisses de La Vaux s'y opposèrent, et on le lui défendit. '

J'ai dit dans le livre précédent^ que dans la conférence qui se tint le 20 avril 1534 enire les villes de Fribourg et de Lausanne, cette dernière ce fut point accommodée ni avec Fribourg, ni avec leur évéque. Messieurs de Fribourg étaient aigris contre ceux de Lausanne, et ils suivaient en cela les sentimens que l'évéque leur inspi-

^ Ibid. 500

' Ibtd. I. c.

■ Ib. M», a.

* Voy. ci-devant.

1(98 LkvsàaxiM.

roU. Peu^tre aussi ^ienft-ils fîqoés coqlr'e^Kj de ce qae, les derniers mois de Tan 15S5 ils avaietti lanl fisil les difficiles lorsque Friboarg leor avail demandé d«i se- * cours. * Quoiqu'il en soil, ils TOolaieDt absolumenl rompre leur alliance avec Lausanne^ ne .iroulanl pas avoir des alliés, sur raffection desqueb ib ne ponvaienl pas compter. Les brouiUeries durèrent toul le resie de l'année 1534 entre ces parties; et Ion a vu Tëclat que fit révoque de Lausanne an mois de juillet de cette année là. Enfin pourtant la paix se fit.

L'évéque se raccommoda le premier avec les Lausannois vers la fin de l'année^ et le dimanche 20 dé* eembre les conseils de Lausanne lurent assemblés pour ce dessein. * L'acoommodement avec Fribourg suivit de près celui-là. Au commencement de février de l'an I5SS il y eut une conférence de marche à Fayerne, entre les deux villes oii les Lausannois députèrent enlr'aotres François de Prez^ dit Tavel, et Girard Grand, docteur W droit, pour leur servir de juges dans cette afiSodre. Et le lundi 8 du même mois, veille de carême, ces deux }uges donnèrent gain de cause à leurs compatriotes, et déboulèrent Messieurs de Fribourg de leur prétention. ^ Les registres ne nous apprennent point comment ces seigneurs prirent le jugement des députés de Lausanne, ni quelle fut la sentence des juges établis de leur part. liais la suite de l'histoire iait voir que ces deux villes furent dès lors raccommodées, et que l'alUance de Lausanne avec Fribourg subsista.

Les réformés de Payerne étaient toujours maltraites

*■ Voy. Tome III.

' Man de Leiuannc.

> Ibid. p. Si4.

BiwùUiÈs MArswLàirts a fatiimb. 899

el inqaiélà par leurs coneitoyeus catholiques. El même les Fribourgeois se joignirenl avec les catholiques du lieu pour les inquiéter, parce qu'ils faisaient prêcher dans la chapelle. Les Bernois envoyèrent le 13 mars des députés à leurs alliés de Fribourg pour les exhorter h laisser ces gens«là en repos. *

Le 21 mai les Bernois envoyèrent un député à Payerne pour renouveler TalKance selon la coutume; mais avec les conditions ordinaires de la liberté de pré«> 'cher la Parole de Dieu; qu'ils n'inquiéteraient personne pour sa religion^ el qu'ils protégeraient même le ministre. '

Les choses n'allaient guères mieux il Avenches.-Le conseil de cette ville avait promis aux seigneurs de Berne de laisser prêcher tranquillement la doctrine cvangélique, mais ces promesses demeurèrent sans effet. Cette année encore deux bourgeois d'Avenches, (dont l'un se nommait Antoine Bonjour) , se plaignirent qu'on leur avait défendu Tusage des bois communs de la bourgeoisie en haine de la religion qu'ils avaient embrassée. Les seigneurs de Berne furent indignes de voir qu'une petite ville osât pour ainsi dire a leurs portes^*^ se donner les airs de persécuter ceux de leur religion , et se moquer d'eux en foulant aux pieds les promesses qu'elle leur avait faites de la manière la plus solemnelle^ et cela quatre ans après avoir imploré leur protection. Ils lai écrivirent donc par un exprès une lettre fort vive, dont voici la copie.

«Notre amiable salutation devant mise, nobles pour-

' Ma. Amp. B. [nilr. II. p.

* Ibidem.

' Avencht est ii 7 Heaes de Berne.

àXJO LSTTEB BB BBERB A AYBNCBBS. •

veaUes^ diacrels^ aingaliers amis et bons voisiiis ; noas vous avons par cy devant plusieurs fois par lettres, et nous (nos) ambassadeurs^ * requis, admonesté et prié de donner lieu à vos promesses que nous avés faittes, de non plus persécuter les vostres que suivent la ParoUe de Dieu ; ce que toutefois n'a tant proufité, que toujours la persécution ne soyt allée, principalement contre An- Ihoyne Bonjour, et son compagnion, esquels avés deffendu les bois communances, et de ce ne vous contentez, ains naguayre leur faict deffense du foin. Dequoy nous mervcillons grandement, et en avons gros regrets. A cette cause voulons, cesle foys pour toutes, sçavoyr de vous s'y voulez satisfayre à vous (vos) promesses, (desquelles avons vous (vos) lettres et seaulz,/e8quelles nous gardons bien) ; ou non? .Et sur ce, vostre response par présent pourtour pour y ad viser, et meUre ordre nccessayre. Daium XIUI. juin, l'an MDXXXY.

Signé, L'Advoyer et conseil de Berne. * »

Je n'ai pas pu découvrir que^e fut la 'réponse de la ville d'Avenches. Sans doute qu'elle fut favorable; car il ne coûtait rien aux catholiques de promettre tout ce qu'on voulait, quand ils avaient quelqu'un à ménager ; résolus qu'ils étaient de ne tenir leur parole qu'autant qu'ils y seraient contraints; comme on a déjà vu divers exemples.

Quoique la ville de IHoudon fut fermement attachée à la religion catholique, cependant il s'y fit deux règlemens qui méritent attention. Le conseil scandalisé de la vie déréglée de quelques personnes de son clergé, fit, au mois de novembre une ordonnance contre les ecclé-

* Archiy. d'Avenches.

RSGLEMBNS concernant les PRETRES. AOl

siaslîques et autres qui vivaient dans la débauche. Elle portait que si un prêtre^ ou quelque personne que ee fût, était surpris dans des lieux suspects^ avec une fille ou femme de mauvaise vie^ il serait mis à l'amende de 60 sous ; dont la moitié appartiendrait au seigneur, et Tau- Ire moitié à ceux qui le surprendraient. Dans ce mois-là encore le conseil fit un autre règlement plein de bon sens que j'ai déjà rapporté ailleurs ' mais qui mérite bien qu'on en fasse ici mention ; il y est tout à fait à sa place. Voyant avec indignation que le curé de la villç était un pasteur muet, qui laissait ses ouailles sans instruction, ne sachant faire autre chose que chanter ses messes, etc.^ il lui ordonna d'expliquer au moins au peuple les dix commandemens de la loi de Dieu, chaque dimanche après la messe. ^

On vit dans La Vaux, Tan 1535 un nouvel exemple du zèle catholique dont les habitans étaient alors animés. Vers le milieu du mois de mars, un ministre, nommé maîlre Michel , pasteur de l'Eglise d'Ormont-dcssus^ dans le gouvernement d'Aigle, passant par la ville de Lutry , fut insulté cruellement par les prêtres et les moines du lieu^ qui, au sortir de la ville ^ le battirent, et le contraignirent de chercher un asile dans les'vignes. Mais ils animèrent encore les vignerons contre lui^ criant, au larron, au larron! Le pauvre homme, accablé de coups de poings^ de pierres, et de fatigue, courut se cacher dans les fossés de Lutry. Mais ce fut encore pis. Ces pieux ecclésiastiques s'y jetèrent sur lui, lui prirent son manteau, son chapeau, son épée,

* Discours pr^liroin.

' Be^ist. de Moudon*

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