APOLOGIB DES MINISTRES DE ZURICH
lence. Ainsi ^ le 6 d'août^ tous les ecclésiastiques de la capitale ; pasteurs et professeurs y et tous les dojens des qlasses de la campagne, s'assejnblèrent à Zurich pour délibérer sur la conduite qu'on devait tenir avec Luther et ses partisans. Ils convinrent tons qu'il fallait composer en allemand et en latin une apologie, où non-seulement ils fendraient exactement compte de leur doctrine £t de leurs usages religieux, mais aussi repousseraient les calomnies de Luther et de ses adhérens ; et qu'après qu'on aurait montré cette apologie au conseil souveraio de Zurich^ on la ferait imprimer et on l'enverrait , par un héraut de la ville ^ au. landgrave de Hesse et au duc de Wirtemherg. *
Dès que les ministres de Strasbourg furent informés de cette résolution , Wolf%ang Capitoo, Tup d'eux, prétextant quelque raison de faire le voyage de Zurich , y courut incessamment pour détourner les théologiens de cette ville de l'exécution de leur dessein , du moins pour empêcher qu'ils ne fissent imprimer leur apologie. Il leur représenta : a Qu'il y avait plusieurs princes et plusieurs savans hommes qui étaient occupés du pieux dessein de terminer par quelque moyen la funeste division qui partageait les Eglises sur le sacrement de l'Eucharistie, et qui avaient déjà fait beaucoup de dépense et pris beaucoup de peine pour en venir à bout ; et que tout cela serait perdu si cette apologie voyait le jour , puisque difficilement pourrait-on éteindre le feu dès qu'une fois il serait allumé. Il ajoutait que Luther, quoique d'un tempéramment ardent, n'aurait cependant jamais écrit ces choses s'il n'avait été animé par des es-
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kOÙ BIGBR TRAVAILLE A LA PAIX.
prils mal lournés, qui venaieni lui rapporter plusieurs mauvaises choses de celte nature.» Cette représeftlalion produisit son effet. Les Zuricois , afin de montrer leur inclination pour la paix des Eglises^ ne publièrent point leur apologie et gardèrent le silence. '
Cependant Bucer^ anime d'un zèle infatigable pour celte paix tant souhaitée ^ ne se donoa aucun relâche pour parvenir k son but. Mais il s'y portait avec une chaleur qui le rendait un peu suspect aux Eglises helvé* tiques^ dans l'appréhensiou où elles étaient qu'a force de vouloir porter les Eglises a la paix^ il ne penchât un peu trop du c6té de Luther^ et qu'il n'embrouillât et n^obscurcU par des expressions nouvelles, et des formulaires embarassés, une doctrine qui était assez claire d'elle-même, et qu'ainsi il ne se trouvât au bout du compte qu'il ne prêcherait pas arec .la même franchise et la même précision une doctrine qu'il avait préchée lui-même auparavant. George duc de Wirtemberg , neveu du duc Ulrich , par son père , (et tige d'une branche cadette qui a possédé les terres de celte maison en Alsace, et qui possède aujourd'hui ce duché par l'exlinclion de la branche aînée) ^ George , dis -je, était alors dans les idées des Eglises helvétiques sur la religion, et vivait dans une étroite union avec elles. Ce prince écri* vil a Bucer de prendre garde a lui*même, qu'à force de vouloir tourner la vérité d'une manière trop fine pour l'accommoder au goût du monde, il ne s'attirât la répu-
* Idem.
^ LouU le pieux, duc régnant de Wirlemberg, et peliUfiU du duc Ulrich, étant mort aana eufans mâlea, Tan 1595, son cousin Frédéric , comte de Montbeillard , fils du duc George, recneillit sa successiou.
LA B.Sro&lIK s'introduit BH ALSACE. 407
lalioa d'un homme înconslant^ ce qui ne se pouvait pas faire tans qu'il en arrivât un grand mal^ et que même par une telle conduite il se ferait beaucoup de tort en son honneur ; *ce qui ne pourrait aboutir qu'à mettre un grand obstacle aux progrès de la Parole de Dieu^ et à donner du scandale à plusieurs, etc., enfin qu'il se con* Iredirait lui-même. ^ On voit encore à Zurich une copie de cette lettre, datée de Reichenweyer, du 23 février 1535.
Le duc George, pour le remarquer en passant, travailla avec beaucoup de soin a réformer les Eglises qui étaient de sa dépendance en Alsace. La terre de Hoolr beillard, qui est française par rapport au langage, lui ayant été rendue, il y. appela Tossanus, ou Toussain, qui avait été chanoine à Metz, pour y abolir entièrement le papisme par son moyen. Et pour réformer les Eglises allemandes d'Alsace , à Reichenweyer et aux environs, qui sont au nombre d'environ une douzaine, il envoya Nicolas Rhégius jusqu'à trois fois à Zurich , pour demander quelque théologien habile et zélé, capable de conduire un si saint ouvrage. D demanda d'abord Léon de Juda, et celui-ci s'en étant excusé, ce prince, par le conseil de Pellicanus , souhaila d'avoir Erasme Fabricius, personnage savant et d'une piété solide et sans fard; et d'abord il ne le demanda que pour six mois. Hais après que ce temps |i court fut écoulé, les Eglises s'étant parfaitement bien trouvées de ses soins et de ses services , le prince souhaita qu'il y restât encore quelque temps. Ainsi il y resta sept ans et demi. Après lui , on y appela fflatthias Erjl>, qui conduisit aussi ces Eglises
* Scultet 11. «aO. HSk.
40è EFFORTS POU A LA RBUl$[lOH
avec beaucoup d'application et de fidélité. Pendant la vie de ce prince toutes ces Eglises ont constamment retenu la doctrine des Eglises helvétiques ^ et même pratiqué les rites de Zurich. George fut lui-même un modèle de piété et de constance dans la religion. Lors des grands troubles qui arrivèrent en Allemagne dans les années suivantes , et qui l'obligèrent à quitter son pays , il demeura ferme dans ses bons sentimens et se retira dans la Suisse ; faisant sa résidence tantôt à Zurich, tantôt dans les autres villes réformées y vivant dans une entière union avec nos Eglises , et témoignant beaucoup de bienveillance en particulier à BuUinger, dont il écoutait beaucoup les conseils dans les différends de religion.^
Pour revenir aux affaires de Ja réunion^ Henri Bullinger, pasteur de Zurich et Berchtold Ualler, de Berne^ voulant aussi contribuer de leur part à cet excellent ouvrage^ convinrent ensemble de se voir à Zofingue, au mois de mars, tant pour ce sujet qu'au sujet du concile dont on parlait beaucoup alors, niais comme il survint quelques obstacles qui rompirent le dessein de cette entrevue , Léon de Juda etCasparGrossmanouMegander, seconds pasteurs, l'un de Zurich et l'autre de Berne ^ eurent une conférence ensemble sur les mêmes sujets, dans la ville de Brouk, le 29 avril. '
Pendant ces mouvemens, le bon vieux pasteur de Berne, François Kolb mourut en novembre , âgé de septante ans. Comme j^ai parlé de lui dans le premier tome de cette histoire, je ne répéterai pas ce que j'en ai dit. Sa succession fut donnée à Pierre Kontzen, qui lui avait
* 1(1. A79. HoUiiig. 698.
' Hospinian. IF. 140. HoUin(j. 697.