DES* EGLISES PROTESTANTES
été déjà joint pour vicaire ou coadjuleur^ six mois auparavant y à cause de ses inGrmités. *
Dans ce temps-là Luther parut considérablement radouci, et souhaiter la réunion des Eglises prolestantes. Il en écrivit aux ministres de TEglise de Strasbourg, le 5 d'octobre, les assurant qu'il était prêt à se réunir avec les autres Eglises; et il les priait de faire convoquer une assemblée pour délibérer sur cette affaire. ^
A cette occasion^ dans le mois de décembre, il y eut une assemblée des principaux théologiens de Zurich et de Bâie , qui se rencontrèrent à Arau , ville du canton de Berne. De Zurich, il y vint Léon de Juda, et Bibliander; de Bâle^ Osw^ald Myconius, et Simon Gryneus. Ils délibérèrent sur la manière dont ils devaieqt s'y prendre pour se réunir avec Luther, en particulier pour mettre par écrit leur doctrine de l'eucharistie , avec laquelle on pût sûrement conclure la réunion. On verra dans la suite ^ le résultat de cette conférence. ^
Mais dans le temps que Luther semblait vouloir se rapprocher des Eglises de la Haute-Allemagne, les princes et états protestans d'Allemagne , au contraire , semblaient s'en éloigner de plus en plus. €ar^ dans le même mois de décembre, ils renouvelèrent leur ligue de Smalcalde pour dix ans , avec cette réserve de n'y recevoir que ceux qui embrasseraient la confession d'Aligsbourg.^ Et d'autre côté il s^inblait ausçi aux théologiens de la Suisse réformée, que Bucer allait trop loin dans les ex-
* HoUing I. c.
* Hospin. 1. c. Lavât. 71.
* Voy, le livre XllI. Section Uf.
'^ Laval, ib. HoUing. 690.
* Laval. 71.
'410 LES G£NBVOIS CONTINUENT A BTRB
pressions doDt il s'élail servi , dans les écrits qu'il avait publiés contre les Anabaptistes de Munster, et contre Amsdorff, et ensuite aussi dans ses rétractations. Cependant Bucer assura constamment les Eglises réformées de la Suisse, et de bouche et par écrit , qu*il persévérait dans son sentiment sur le sens qu'il faut donner aux paroles de l'institution de la*Ste-Cène, et qu'il ne fallait pas entendre d'une autre manière les paroles de Luther lui-même. ^
X. Si Ton ne réussit pas à réunir les Eglises divisées sur la religion , les Bernois ne réussirent pas mieux à réunir les Genevois avec le duc de Savoie. Ce prince parut toujours si raide et si animé contr'eux qu'il n'j eut que la force qui put arrêter le cours de ses hostilités. Il comptait sans doute sur le secours de l'empereur Charles V, * son beau-frère, qui étant alors empereur et roi d'Espagne^ et de plus seigneur des Pays-Bas^ possédait une puissance formidable ; mais l'événement fit voir qu'il avait mat compté. L'empereur s'embarrassa l'an 1 535 , dans une expédition en Afrique, pour rétablir sur le trône de Tunis, Muley-Hasem, qui en avait été dépouillé par Barberousse, fameux pirate de ce temps-là. Ayant appris les démêlés du duc de Savoie avec Genève, il se contenta de faire écrire en sa faveur aux Cantons^ dans une tettre datée du 27 septembre , où il leur donnait avis de ses triomphes africiyns, et les priait en même temps de pacifier le duc de Savoie et Tévêque de Genève avec les Genevois , afin que la ville de Genève s'acquittât, comme elle l'avait fait anciennement, de
* HoUin(;.700.
' L*emperear et le duc avaient épousé les deux soeurs , infantes de Portugal.
BN DIFFÉKBNDS AVIC LE Dt'C DB tAVOIB. - 4||
ses devoirs envers S. M. I. , le saint empire romain , le duc de Savoie^ et Tévéque. ^
Les diflfërends do ces deux princes avec les Genevois occupèrent plusieurs séances des cantons pendant toute cette année , et donnèrent lieu à diverses négociations dont le détail serait aussi ennuyeux qu'inutile. Enfin dans une diète assemblée à Bade, au mois de septem*bre, six cantons catholiques^ Lucerne, Uri, Schwjtz^ Unterwalden, Zoug et Soleure, voyant que les Bernois et les Genevois ne voulaient point accepter les décrets de la «diète de Lucerne, ' résolurent do ne se plus mêler de cette affaire. Les députés des autres cantons ne voulurent pas non plus en entendre parler jusqu'à ce qu'ils eussent de nouveaux ordres de leurs seigneurs. '
Dans ce temps-là le duc de Savoie envoya de Thonon deux gentils-hommes à Genève pour faire à la bourgeoisie de nouvelles propositions de paix. » C'était de chasser les prédicateurs hérétiques de leur ville > de renoncer à l'hérésie^ de rétablir les images, de rendre à révéque et au clergé tous leurs droits , enfin de rétablir toutes les affaires de religion sur l'ancien pied. » A ces conditions ils offraient aux Genevois la paix et la liberté du commerce. Les conseils rejetèrent courageusement ces propositions , ils répondirent : Qu'ils savaient qu'il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes ; que pour cette cause ils étaient résolus de sacrifier leurs biens , leurs avantages , leurs enfans et leur vie même pour la Parole de Dieu ; et qu'ils mettraient plutôt le feu aux quatre coins de leur ville que de se priver jamais, eux et les
* Stettler T. H. 6&
* Voyes ci-dessQs.
' Idem 69.
413 «ENBVB ST LE DUC DB SAVOIB
leurs de ce précieux el sacré dépôl; qu'il ne fallait poini allrîbuer cela à opiniâlrelé , mais à la raison , puisqu'on doit soutenir la vérité et ceux qui l'annoncent ; que si pourtant on pouvait convaincre, par la Parole de Dieu y leurs ministres de fraude ou de mensonge^ le conseil les ferait mourir pour les sacrifier incessamment aux désirs de leurs adversaires çt a la justice; que l'évéque^pouvait rentrer en ville librement, pourvu que, se souvenant de son nom , il voulût faire les devoirs d'un évéque, selon la Parole de Dieu ; mais quant aux instrumens de la superstition , on ne pouvait ni ne devait les rétablir, tandis que Genève se souviendrait qu'elle est libre et consacrée à Dieu seul.^
Cependant comme les bandits de Peney continuaient leurs hostilités et leurs brigandages , les Genevois envoyèrent des députa a leurs allies de Berne pour s'en plaindre et demander du secours. Le duc de Savoie y envoya en même temps quelques agens pour s'opposer aux représentations des Genevois et pour se plaindre d'eux.
Le 26 septembre j, le conseil souverain de Berne entendit les envoyés du duc el ceux de Genève dans leurs représentations opposées ; après quoi il répondit aux premiers qu'ils devaient incessamment, pour bien de paix, écrire au duc leur maître, de vider le château de Peney, d'accorder la liberté du commerce aux Genevois, et les laisser en repos ; que s'il ne le faisait pas^ la ville de Berne renoncerait à son alliance et verrait ensuite ce qu'elle aurait encore à Caire sur ce sujet. D'autre côté on répondit aux députés de Genève, que la ville de Berne ne
' ^paulieim Lib. cit. p. 85. 86.