‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 3)Chapitre 91 sur 98 · LE SER1II0N*D£ FROMENT AU MOLARD · texte numérisé non relu

LE SER1II0N*D£ FROMENT AU MOLARD

Extrait.

» Le nombre des aaditears de Froment avait cru tellement, le jour de Tan, après Noël, que la multitude des hommes et femmes fut si grande, étant tant affectionnez d'oujr la parolle de Dieu , qu'il ne peult parvenir jusques dans sa chambre ; car la maison, les degrSs, le porche et les rues estoient si pleines que Funs foulloit l'autre. Et commencèrent a crier à haute voix les uns aux autres : au Mollar, au IHollar : et le mirent au ÏÏIollar sus un banc de peyssonnière, et crioyent cncores plus fort, hommes et femmes : Preschés nous , preschcs nous la parole de Dieu. Auxquels respondit à haute voix : C'est aussi celle qui demeurera éternellement, et leur fit signe de la main qu'ils fissent silence, et se teurent. Le peuple étant appaysé commença à prèscher, se mettant à genoux à terre, levant les yeux au ciel, avec larmes et ioinles m^ins, exortant le peuple d'invoquer Dieu avec lui, eslevant sa voix si hault que uns chacun Tentendoit parler^ si fussent tous auprès de lui, disant :

* D*après le récit qui se lit dans te manuscril de Froment, à

la bibliothèque de Genève, au Clmpilre IV.

0 Diea clernel^ père de toute miséricorde, la as prorois à les enfans de leur donner loul ce qu'ik le demanderont en foy, sans rien leur refuser, moycnnanlquece soil chose iuste et raisonnable. Tu as toujours exaulcé les tiens enfans oppresses, de toutes choses. Tu sais maintenant qu'il est besoing a ce povre.peuple, mieaix que luy ne insy^ c'est qu'ils ouent (oyent) principalement ta parolle : combien que nous tous avons été ingrals de te recongnoistre pour nostre seul père, el celuy que lu as envoyé ton propre fils Jésu-Christ à la mort pour nous, pour notre seul Saulveur, avocat etmaislre.Toulesfoîs, Seigneur , lu nous a promis que loules fois el quanles que le povre pécheur se retirera à loy, par le moyen de Ion fils Jésu-Christ, nay de la Vierge Marie, la le ezaulceras. Car nous sçavons et si sommes assurés que lu ne demandes point la mort el la confusion des povres pécheurs, mais veulx qu'ils se convertissent et vivenl. Et si veulx qu'ils soyent retirés de ténèbres dy'dolatrie, d'erreur et de mensonge, en vraie repenlance, non pas qu'ils demeurenl lonsiours soubs ceste grande lyraniiie de 4' Antéchrist^ sous la main du dyable et de ses serviieurs, qui sont les faulx prophètes, ennemis el adversaires de la sanicle parolle contre laquelle ne font que batailler par leurs faulses doctrines, malices et inventions humaines, controuvées de leurs lestes, ne tachanl à autre chose qu'a ruiner et dissiper Ion œuvre, ainsi que salan leur seigneur et maistre a fait dès le commencemenl du monde. Parquoy nostre Père lu vois ce povre peuple, qui est aveugle el conduit par les aveuglés , tellement qu'ils sonl lous tombés dans la fosse de perdition, el ne pourroient estre relevés si ce n'estoit de la bonlé y et miséricorde. Il te plaira donc, Seigneur, le relever et

l'exAuIcer avec nioy^ leur donnant Ion sainct sperit , pour ouyr la ^aincle parolloy leiy ouvrant les yeulx et leur cueur^ et les oreilles de leurs entendements ^ pour en faire leur profit^ et recognoistre leurs faulles et péchés^ ne regardant leurs iniquités^ mais la bonté de ton fils que tu as donné à la mort poui^eulx. Or puisque il t'a pieu y Seigneur^ moy envoyer à ceulx-ci^ pour leur donner à entendre la saincte voullonté, la voye de leur salut, sans qu'ils l'eussent mérité ne desservi^ tu leur feras et à moy. Seigneur, ceste grâce, par la bonté infinie, de la leur vouloir communiquer, en leur faisant entendre ouyer et recepvoir, par ton sainct sperit, ce que tu mettras en la bouche de ton serviteur et ambassadeur, indigne certes de pourter la tienne telle et si grande ambassade. Toulesfois^ Seigneur, puisqu'il t'a pieu, et m'as voulu eslire, entre les choses foibles et débilles de ce monde, pour confondre les grandes, tu me dourras force, constance^ et sagesse^ telle que tous les adversaires ne scachent contredire; affin que ta vertu et puissance soit magnifeslée, non seulement en ceste ville, mais par tout le monde. Car aullrement ne seroit à ton serviteur poussible de subsister à la présence de tant de gens, ne d'une si grande multitude d'adversaires, si ne te playsoit de fortifier ton serviteur par ta puissance et vertu. Montre donc. Seigneur, que ta puissance est grande que tu as plus de vertu que Satan,ne les siens, et que ta force ta vertu et prudence, n'est pas comme celle des h<9mmes. Te suppliant très affectueusement qu'il te playse nous fayre cheminer sainctement et purement comme tes enfans, 61 persévérer iusques a la (in, te priant tous ensemble; ainsi que nostre Saulveur Jésu-Christ nous .a appris de prier en disant : NosirePcre, qui es aux Cieulx etc.

S64 APPBNDICB.

La lecture du lesle de l'Evangille fui faicle de St. Matihieu au septième chapîire ainsi que s'ea suit :

Donnez-vous garde des f aulx prophètes , qui viennent à vous en vestemens de brebis , et par dedans ce sont des loups ravissans; vous les congnoistrez en leurs Jruicts.

Nostre Saulveur Jesu Christ^ vray Dieu et homme, conceu du St. Sperit , nay de la vierge Marie , congnoissant les choses lesquelles debvoienl advenir à ses apostres^ et finallement à nous^ les exorloit d'estre sçaiges et prudens comme serpens et simples comme col* lumbes, pour et affin qu'ils se deubssent donner garde des faulx prophètes qui debvoieiit venir à eulz^ en vestemens de brebis , et de ceulx qui desia étoient venus au monde 9 donnant à entendre que les faulx prophètes et l'Antéchrist ne viendroit pas en face ydeuse aux hommes y se disans estre des trompeurs, mais soubs la couleur de saincteté et en la plus belle apparence du monde apparoislront , en sorte que les enfans de Dieu y seront deccus , tant sera belle et apparente leur doc* trinc et vie, ils seront colorisez de toute saincteté^ veslus de peau 'de brebis, ayant leur deffense et bouclier des sainctes Escripiures , mal entendues et interprétées ii leur fanteizie. A cesle cause nostre Dieu ne veult pas avoir un peuple fol ne esscrvelc , mais qu'il soit doîié d'une grande prudence de Dieu , non pas comme celle des enfans de ce siècle, ou du monde^ ains comme vray s enfans de lumière, à sçavoir congnoistre et discerner ces esperits , si sont de Dieu. En la loy de Moyse, on faisoit grande différence des bestes nettes aux immondes; par plus forte raison debvons sçavoir discerner et congnoistre ce que nostre Dieu nous a baillé par ses

Sles Escriplures^ et ce que nous faysons si est de Dieu commandé ou deffendu, veu que ne debvons' rien adiouster ne diminuer à ce que Dieu nous a baillé^ non pas mesme quand ce seroit ung ange du ciel qui nous vouidrait aultrement dire. Si le serpent est si prudent en sa génération , qui n'est que une beste brute ^ ayant eu soy une telle absluce que de fermer les oreilles pour non {)as ouyr la voix de l'enchanteur^ et changer sa vielle peau y en teibps deu, que debvons nous pluslost faire affin que n'entendions et en suivions la doctrine faulse et controuvée des hommes j sinon de nous en flonnergarde, selon le conseil de Jesu Christ^ qui nous en admoneste, et fermer les oureilles du cueiir pour non estre séduit et trompé d'iceulx. Et davantaige les fouyr et éviter comme basillicques, qui nuysent es hommes, non seulement de présence, mais de veiîe, et qui plus est despoUiller la leur et la nostre ancienne peau , en vestissant une nouvelle, reiectant la vielle, comme le serpent. C'^st à dire estre faicts nouvelles créatures, estre régénérez par l'esperit de Dieu, veslir ung novel homme qui est Christ, et despouiller le viel, qui est la chair, la concupiscence, péché, satan, ydollatrie, blasphème^ paillardise, rapine, hypocrisie, orgueil, averice, que est la racine de tout mal, avec la faulse doctrine de TAntechrist et des siens. Car ne nous serviroit de guieres d'oiiyr et entendre la paroUe de l'Evangille , si ne nous voulions changer de nos vies meschantes , ne de congnoistre les faulx prophètes et docteurs , et voir leur vie meschante, si ne les vouUions au soi éviter, non plus que d'avoir la congnoissance des bestes venimeuses , et habiter avec elles , ou avoir l'expérience du venin , le voyant au plact, et ne soy garder d'en manger :

KQ5 APPENDICE.

celui qui auroitceste coognoissance^ el ne s'en g^rderoît, il serort incontinent iugé des plus fols plus qoe insensé et téméraire.

Non seulement Jésu Christ admoneste ici ses disciples et aposlres d'cstre prudens comme serpens, entre les hommes du monde , mais nous tous en général , à leur personne^ de se donner garde des faulx prophètes, et en s'en prenant gerdequ*on soil simple comme collumbe, non pas d'une simplesse de foullie, ou d'hypocrisie monastique, et bigoterie, mais de simplicité de cueur. Car noslre Dieu veult que nous ajons cette simplesse sai^ fiel ne amertume, comme la collumbe, que est doulce et aymable : ainsi qu'il veult que ne soyons enfans de sens, mais de malice vraiment si nous cheminons par telle simplicité de rie comme il nous enseigne en sa parolle , faciliement nous vaincrons nous ennemys : car c'est la voye plus seure et plus brieCve que nous puissions avoir que ces armeures, par lesquelles nous fault vaincre les faulx prophètes > à l'imitation de nojstre bon Saulveur Jesu Christ qui ptfr sa vie et conversation a convaincu ses ennemys et adversaires les Scribes et Pharisiens , leur amollissant le cueur par sa doulceur et bénignité, non pas à battre ne à frapper, non pas à tuer ne brusier, ainsi que font les tyrans et adversaires de sa parolle. Voici donc le souverain moyen et les principales armeures des enfans de Dieu , pour se défendre des faulx prophètes^ de satan et du monde, voire de les ruiner et abbattre avec ce Cousteau de la parolle de Dieu. Aussi l'enfant de Dieu Jesu Christ n'a autres armeures pour se défendre contre ses ennemis les faulx apostres, contre les Scribes et Pharisiens, ne contre salan, que ceste doulceur^ avec le cousteau de \^ parolle du Dieu , qui

tranche des deux coslés , et frappe iusques au dedans des mouëlles ^ et iusques à la décision de Tame et de l'esprit^ ensorte qu'il fault que tout y obéisse, soit au ciel et en la terre.

Cependant qu'il parlait encgre^ voici venir Petremant Parquet {Palquet), le grand Soultier de la ville qui lui fait commandement de cesser et de non plus prèscher, auquel respondit, sans rompre son propos , à plus haulte voix qu'il ne preschoit ; Il vault mieulx obéir à Dieu que aux-hommes^ car me commande que ie presche sa parolle, et tu le me défens; ie n'en feray rien par ton commandement^ car à cène sufs tenu d'obéir : disant au peuple; ne vous troublez' point , mes amis, mais escoutez ce que nostre seigneur Jésus dict qu'on se donne garde des faulx prophètes, qui viennent à vous en habits de brebis , et par dedans ce sont loups ravissants; vous les congnoistrez à leurs fruits.

Or, mes chers frères en nostre Seigneur Jesu Christ, ' pour se bien donner garde des faulx prophètes preallablement et davant toutes choses, il faull congnoislre quels ils sont^ quelle est leur doctrine^ quelle est leur vie comment et de quoy sont vestus ermarqucs. Je vous prie donc d'entrer en vous mesmes, et iuger si n'est pas ainsi, ou non, et de considérer quels pasteurs vous avez, quel beau maistre vous servez , quel Dieu de terre vous adorez, car pour toute recompense ils vous meynent à perdition. Mais afiin que ci ne vous détienne trop longuement sus ce propos , ci vous signifie et déclayre ouvertement que c'est lepapedequice parle, et les faulx prophètes ce sont les prebstres, moynes, capbars, et tous les aultres de son mesnayge.

Beaucop de gens diront à présent que c'cbt nous qui

sommes Ânlechrisl ci faulx propheles, el non pas les âullres; disani : vous estes venus à présent de noaveaa prescher une nouvelle loy, pour dcslruire la noslre^ laquelle est ancienne^ et approuvée de loog-terops par beaucop de gens de bien , par conciles et univcrsitez , et de si grands recteurs qui ont esté par le passé ; mais la vostre n'est que de deuxiours, et nouvelle par laquelle ne faites que troubler toute la terre et les hommes , et la nostre est ancienne. Donques et par ces raysons, c'est vous qui estes les antechrists et faulx prophètes, non pas nos prebstres. Aussi Jesu Christ disait que es derniers temps debvoyent venir de faulx prophètes ^ et vous estes de ceulx qu'il entendoit dire, veu que venez en ces temps et après les nostrcs : parquoy vous estes faulx prophètes, et si ne faictes que troubler toute la terre, mettre en division et, débat les ungs les autres ;« mais cependant que les nostres ont reigné nous estions en bonne paix et amytié les ung avec les aultres^ nous avions tant de bien, tant de bonnes années que c'e^toit merveilles, mais d'empuys que est venus prescher cette loy y n'y a eu que guerres, famines, pestes, mauvaises années y divisions, noyses, malveillances les ungs contre les aultres. Certes, si vous estes de Dieu envoyez, comme vous dites, vous pourtcriez le pain avec vous, non pas la guerre, *car là out est paix. Dieu y est.

Or, mes frères en nostre Seigneur Jesu Christ, vous voyez ici les propos et allégations que Ton faict a présent contre nous , lesquels fault confuter, et donner entendre évidemment par bonnes raisons et autorité d'escriptures^ qui a le droict ou le tort, ou vos prebstres ou nous^ et qui ont les faulx prophètes desquels J.-C. parle, car il fault que les ungs ou les aultres vivent mal, veu que

APPRKDICE. S69

1 Tung dict secy^ Taullre cela, en diverses opinions. Parquoy^ pour bien discerner de la cause, fauldrail pre-

. micrement^ et davant toutes choses que lesambes par-

: ties eussent ung juge competant, pour sçavoîr iuger iustement et selon équité, sans pourter partie, ne sans

. estre accepteur des personnes, affin que n'y eust point d'appellation , non pas que les parties soyent eulx-raesmes

. iuges en leurs propres causes. Pourtant pour oster toute suspicion et senestre affection ^ ou qu'on ne pense pas que ie parle de moy mesme , ou que ie veuille estre iuge de ma propre cause, vous ne desclinerez ne d'ung cousté ne d'aultre, sinon d'aultant qu'ion dira vérité par la parolle de Dieu. Nous prendrons donc ung iuge souffisant et competant produisans tesnioings, lettres^ et coustumès anciennes, pour la deffense de noslre droiet. Et en premier lieu le iuge ce sera Dieu ; secondement son vray fils J.-C. Toutes fois pQur plus grande vérification^ et que les adversayres ne puissent trouver quelque excuse d'ignorance sus cecy, nous produirons encore des bons et légitimes tesmoings c'est assavoir les prophètes et aposlres , affin que personne ne pense que ie veuille estre le iuge de mon dire. Tiercement lettres signées et sellées du sang précieux de notre seigneur J.-C. qui est son Evangille, salut à tous croyans, pour l'amour duquel tant de bons serviteurs de Dieu , tant de bons martyrs en ont rendu tesmoignage, pour lequel ont esté mis à mort, etespandu leur sang n'espargnant leur propre vie, à rendre ce tesmoignage de J.-C. contre les faulx prophètes. Quartement sera monstre quel est le dernier temps , et que de long-temps ont commencé les faulx prophètes mesme du temps des aposlres y avoint des antechrist qui régnoint au monde. Finale-

ment sera alléguée la coutume ancienne dès le commencement du monde , qu'est d'avoir heu commandemeai de Dieu, de n'estre transgresseur de sa loy et ne fair? ce que nous sembleroit eslre beau et bon y ne de cheminer selon nos testes ou advîs^ ne comme Ton dict communément, par bonnes intentions, ains selon l'intention et vouloir d'icelui.

Nostre Seigneur reprochoit aux Scribes et aux Pharisiens qu'ils estoîcnt aveugles, et x:onducteurs d'aveugles; et pource que vous dictes que vous voyez , ei que riaçn point de péché, vostre péché demeure. Si cet reproche est faict de nostre seignour J.-C. aux Pharisiens^ qui n'avbient pas tant d'orribles blasphèmes, ni tant d'ydolatries que ont de présent les noslres, pensez-vous qo'ils soyent exemps d'eslre reprins de luy . Qui non seullemeot se disent iustes et saincts , par leurs mérites y n'estant comme les aultres du commun peuple, mais tous seuls de l'Eglise, et pardonneurs de péchez, par leurs bulles, pardons^ confessions, oriculayres, messes, et tout plein d'aullres tracasseries, ou badinages, qu'ils ont controuTe de leurs testes ; ce que les Pharisiens n'ont iamais ausé entreprendre faire. Et ne fault pas qu'ils allèguent qu% font a la mémoire de ki mort et passion de nostre Saolveur et Rédempteur J.-C. , car leurs escrips les desmentent , ils le font en la mémoire premièrement de la vierge Marie, mère de Dieu^ de Pierre^ de Pol, de Clite, de Grisogone, de Cosmes et deDamian. yoje2 leurs communicantes, en leur messel. Donques, pour venir a plus grande probation des choses sus dictes , ot affin que personne ne se puisse excuser davant Dieu, en son iuste iugemcnt, qu'il n'aye esté assez adverty, J.-C. dict encores, pour plus grande vérification elcon-

çxmoissaDce des faulx prophètes j desquels veull qu'on >'oii garde , en S. Luc, 22 chap.^ donnant entendre juels ils sont, et comme ils font. C'est qu'ils viendront non seullement en vestemens de brebis, et en habis discioDulés, mais chemineront en longues robes , et dévoreront les femmes vefves, sous humbre de longues oraysons/

Or regardez maintenant, peuple, je vous supplie, et iug^ez vous mesmes qui sont ceux là qui portent tels accoustrements , telles robes longues, qui mangent les V ef vea sous Tumbre de longues ora jsons Vous voyez assez que ce ne sommes pas nous : car nous sommes accoust,res comme les aullresdu peuplé, *sans faire différence de ces choses externes, ce que ne font pas les voslres, Ainsi seroit excommunié et apostat celui qui feroit au oontrayre. Et davantage, nous ne donnons pas à entenclre au povre peuple qu'ils nous apportent de leurs biens et nous les sauverons, ou prierons pour eulx, et pour les morts, lesquels, parmesses et prières, les surtirons du purgatoire. Mais les vostres font tout au contraire, en sorte qu'ils ont tiré^ par telle çoulleur, soub leur pâte, presque tous les biens de la terre, comme vous voyés : et s'il n'en fault dire mot, car celuy qui en parlera, sera soubdaynement mis à mort , ou excommunié, ou appelle hérétique ou Luthérien.

EtouUre le témoignage que desia Jésu-Cbrist a renda des faulx prophètes, l'apostre St.-Pol, et les autres, les viennent à despeindre au vif^ en leurs escripts, tellement que n'y a si aveugle ne si ignare de présent qui ne fos puisse facilement congnoistrCi si non que soyent ceux qui ont peur de perdre leurs souppes grasses; car leur baillent tels tiltres et épitetes, c'est assavoir, fonta-

d7S APPBiTDice.

gnes el sisternes sans eaue , mangears du troapeau , antechrisls^ mocqueurs et conlemptcurs de magislrals , elmespriseur^de la seigneurie, etrenonciateurs de Jésus- Chrisl. Et S.-Pol, pour le tout consommer, les appelle gens hors de foy , cheminans en la doctrine des diables , deffendans le mariage et les viandes, lesquelles Dieu a crée pour en user avec actions de grâces, aux*fidellcs et à ceulx qui ont cougnu la vérité : car toute créatare de Dieu est bonne , et nulle est à reiecter, de laquelle oo use avec action de grâces, car elle est sanctifiée par U parole de Dieu, et par orajsons; or, pour ceci, uni chascun de vous peult iuger en soy, maintenant, si ce dis vérité ou mensonge.

JEAN HOLARD A G. FAREL.

A mon très-cher et honoré frère en noire Seigneur Jésus-Cjirist, M. Guillaume Farel, minisire fidèle de b Parole de Dieu en l'église de IHorat.

' La grâce et la paix de Dieu noire bon père par noire seigneur J.-C. ! Très-cher frère, je rends grâces à Dieu par J.-C. pour votre charité et soin, lequel vous avez pour moi et pour tous les frères, comme j'ai appris par mon frère Christophie ; lequel me fait avoir douleur el tristesse à cause de la pauvre vie qu'il mène , ce que par icelui ne vous ai point rescrit, pour éviter noise et suspicion ; car par tous moyens ni par force n'ay pu le re-

luire de son ordure^ avccque soupirs cl gémissemens în prières à notre Seigneur^ car c'est pîlîé; et si prévois ï^rands inconvéniens qu'en sortiront^ si Dieu n'y montre ia grâce en brief. Touchant mo\ n'est point question le faire ma demeure avec lui, si ne voulois bientôt es- )ouser la besace et mendier. Car ce galant pour lequel investir me suis dépouillé de toute ma substance que lepuis ma jeunesse ay amassée, maintenant moy des- >rise, et tient vil, là où j'avais espérance qu'il auroil souvenance du bien que luy ai fait, ayant soin de moy 30vre dechassé et destitué de toute aide mondaine. Pourquoy, mon'frère, ne me scai recourir sinon à notre Seigneur et m'en plaindre à vous et à tous bons frères ?n J.*C. auquel néanmoins ai ma entière confiance. J'ai entendu qu'avez tenu propos de moy avecque M. le se- :;retaire de Berne pour moy faire estre à Meiry, comme mon dit frère me l'a dit. Le lieu est fort propice à ma coinplezion et pour être auprès de vous encore plus agréable; vous priant d'en faire comme pour votre pauvre fils, et m'en mander votre bon avis, à ce que je scachc disposer de mon affaire éi en rescrire à M" du Chorgricht à Berne , lesquels je me persuade estre en ma faveur, ensemble aux très-bons frères et seigneurs. Car si en brief ne me vient autre secours, je serai contraint de retirer ma portion d'avecque mon dit frère, vendre tout et m'en aller hors du* pays. Dieu par sa grâce veuille nous garder de faire chose qui soit contre son honneur et gloire, ains faire sa sainte volonté, et que son nom soit sanctifié en nous, à l'avancement de son évangile, lequel maulgré Sathan croit de plus en plus, et confond les adversaires; vous certifiant que nostrebon frère M'^ Joh. a Cruce (le«comte) s'en acquitte

Hjh APPBNDICB.

tidclcmeol; lequel n'es! point sans labeur conUnoel, avecque bon fruîl ol bon témoignage, lequel aossi dernièrement a épousé un mariage et baptisé un enlant à Jo.Cordier, avecque grand auditoire et fait ensorte que nul ne povoit dire que cela ne fut bon et selon Dieu. D y eut des përes et plusieurs autres grands adversaires, mais il n'y eut personne qui fit rumeur. Notre châtelaio fil bon devoir plus que paravant. Les petits enfans confondent les grands, lésquieuls prouffitent grandemeni et sopt en bon nombre et assidus en Técole tout le joor, comme bien avez entendu , laquelle chose s'y plaît à notre Seigneur donner grâce de persévérer amènera grand fruit. Dieu par sa bonté veuille avoir pitié et illaminer les pauvres ignorans et aveugles; auquel prie^ mon cher frère , accomplir de la grâce ce qu'il a commencé en vous à son honneur et gloire et au proafit de 9on église. Ainsi soit-il. D'Orbe ce jour 1 1 janvier 1533. Votre frère 9 en J.-C. , Johan Houlard.

P.«i$. Je prie être recommandé à M. le commissaire Lando^ ensemble à tous les frères de vostre Eglise.

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