‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 4)Chapitre 16 sur 112 · LETTRE DE CALVIN, TROUULES À GENÈVE · texte numérisé non relu

LETTRE DE CALVIN, TROUULES À GENÈVE

Lrus d’une manière criminelle, Gar les particuliers n'ont que faire de s’embarrasser de ces scrupules ; c'esl avec l'Eglise qu'ils participent au sacrement. » Saunier demandait encore, s'il devait exercer le ministère avec ceux de Genève ?Ils lui répondirent que non ; parce qu'un minisire qui.est chargé de la dispensation de ce sacré mystère, doit apporter de la prudence dans son choix ; que d’ailleurs celui qui ne refase pas d'être collègue avec de mauvais ouvriers, approuve tacitement leur ministère, Saunier là dessus pensa à se retirer, et à suivre Calvin à Strasbourg. Mais il fut tout étonné qu'on lui demanda une confession de sa foi. Il s'inaginait qué ceux de l'Eglise de Strasbourg, ayant été instroïts par lui, eell seul devait leur suffire. Cependant à la fin il se lai persuader, et il approuva celle que Calvin avait écrite au nom de son Eglise.

Dans la même lettre Calvin exhorte Farel à la modération, et à céder un pou au temps, pour relicher de celte exacte régularité qui n'était pas alors de saison, et à lâcher de retenir tous les ministres qui seraient pasables, Engagez les frères, lui dit-il, à ne pas contester avec leurs voisins pour do peliles cérémonies avec la même opiniâtrelé. Il arrivera par là que toutes choses seront à nous, et nous élant libres à l'égard de toutes choses nous serons les esclaves de la paix ot de Ia con corde. *

On vit encore éclater à Genève de nouveaux troubles à Noël. Diverses personnes, ciloyens, bourgeois , des magistrais méme et divers étrangers réfugiés à Gonève pour cause de religion, en particulier Antoine Saunier, 64 Mahurin Cordier, (régonLtrès-célèbre, dont nous avons les

2 Gal Epist, pe

JEAN LAMBERT BRULÉ À CHAMRÉRT. 101 colloques} ne voulurent pointeommunier, lesuns pour ne pas recevoir la communion de la main des ministres, qu'ils regardaient comme de faux pasteurs, et d'autres par aversion pour le pain sans levain. Le conseil des Deux-Cents bannit incessamment lous les étrangers, entr'autres Saunier et Cordier, leur ordonnant de vider la ville dans dix jours; et quant aux citoyens et bourgeois, ils furent appelés et contraints de promettre de vivre comme les autres. Les ministres de leur côté demendaient leur congé, se plaiguant de diverses personnes, qui ne voulaient point observér la réforme établie par. les lois et qui médisaient d'eux, déclarant qu'il n'était pas possible qu’ils fissent du fruit an milieu de ces désordres. Là dessus le grand conseil assemblé le 8 janvier suivant, arrêla, que tous les ciloyens et bourgeois qui ne voudraient pas se conformer aux cérémonies établies, seraient bunnis. *

Pendant ces confusions un pauvre cordonnier, nommé Jean Lambert, citoyen de Genève, étant allé à Chambéry au mois de décembre, y fui saisi, pour avoir mangé de la viande le vendredi et tena quelques discours de religion. Sou procès lui fut fait incessamment par le s6nat. Il confessa la doctrine qu'il avait reçue dans sa patrie, et la soutint courageusement devant ses juges, sans vouloir jamais la renoncer ou la désavouer. Pour cette cause cet auguste sénat le condamne à être brûlé vif. Dans ce temps-là la Savoie était depuis deux ans entre les mains du roi de France, Dés magistrats de Genève fotercédérent prompiement en sa faveur. Mais le zèle de la religion l'emporta. On n'eut aucun égard à l'inter-

“ Rosel. IV. 25, Saviou 217. 218,

102 CMANGEMEXS À LURICHe

cession d’un état voisin et mi du roi de France, La sentence fat exécutée. !

XII. Ce fout environ ce Lemps-lh, que les Seigneure de Zurich firent une nouvelle réformation dans leur culte. Depuis l'an 1525, époque de leur grande réforma. ion, où y'avait conservé l'ancien usage de célébrer plusieurs fétes de semaine, savoir, les fêtes des Apôtres ‘et de Jean-Baptiste. Mais comme les catholiques du votsinage s’imaginaient qu'on célébraït ces fêtes à l'hon= neur des Sainis, pour leur ôter cette pierre d'achoppement, on trouva à propos de les abolir, On ne retint que le dimanche et les fêtes de Jésus-Christ, savoir, Noël, la Circoncision et l’Ascension, * Dans ce même temps-Mà, la ville de Zurich se trouva déchargée peu à peu d'an grand fardéau, para mort des prêtres et d'autres personnes ec= clésinstiques à qui l'on avait accordé des pensions vit gères, comme aussi par l'übolition des écoles de Stein er de But. Mais d'un autre côté il en arrivait un mal. Comme depuis le temps de la réformation il en: coûte beaucoup plus d'étudier pour entrer dans l'Eglise, qu'il n'en avait coûté auparavant, il n'y avait presque per: sonne qui voulüt faire éludier ses enfans ; de sorte que le nombre de ceux qui devaient un jour être appelés à servir l'Eglise, avait considérablement diminué, et qu'il y avait lieu de craindre que si le mal continuait, à la lougue on manquerait de ministres dans le pays. (On n’est pas dans celte peine aujourd'hui, puisqu'il y a ordinairement plus de cent impositionnaires À Zurich, qui auendeok des vacances pour pouvoir les remplir. ) Bulliuger prit la liberté de représenter aux Seigneurs qu'on

* Hoset. IV. 25. Savion 247 * Bulling: Ep. ad Calv. 29. aug. HU8S. inter Epiato. las Calvini.

Eglises que dans l'académie et le collégo; qu'ainst il no suffisait pas d'entretenir un certain nombre d'écoliers dans la grande Eglise; mais qu'il était raisonnable d'en élover encore d'autres des revenus des autres Eglises et gnours, qui (le 29 juin ) prirent à leur charge quinze écoliens, et les logèrent dans-la maison appelée Cappeler-Hof, pour y étre nourris, entretenus e instruits gratuitement, sous l'inspoction et les soins de Joan Muller, de Rhellikon, { nommé ordinairement Rhellicanus, ) qui ayant travaillé dix ans à Berne fot rappelé dans sa pairie à cette occasion. Mais le logement s'étantirouvé trop étroit, on transporta ces écoliers cetle année même (au milieu d'octobre ) dans l'appartement qu'occupait autrefois labbesse de Frauen - Munster, nommé le Hof, ou la Cour. On mit le mattre et les 6codiers en pension chez le concierge de ceîle maison. Dans la suite on donoa un logement particulier au maître, et l'an 1540 il fot ordonné qu'on enverrait voyager les quatre premiers de ces écoliers. — Ce fut 1à l'origine du collége de Zurich, Rhellicanus fat dans la suite appelé au ministèee de l'Eglise de Bienne, et il eut pour successeur au collége de Zurich, Sébastien Guldibek. !

À Nous ayons dit ci-dessus, ? que les Tockenbourgeois avaient acheté leur liberté l'an 1731 des deux cantons dé Zurich et de Glaris, pour n'étro plus sujels de l'ab-

£ Hoiting. 738. 72.

2 Hd, 729. 720.

# Part Memo 1. Liv VAL pee SOU.

baye de St, Gall, et que les quatre cantons protecteurs de l'abbaye, Zurich, Lucerne, Schwytz et Glaris leur en avaient donné une pleine assurance par écrit; mais que l'abbé Diethelm, depuis son établissement, ne s'était donné aucun repos, qu'il n’eût fai easser cet achat. H en était enfin venu à bout l'an 1532, et les Fockenbourgeoïs s'étaient remis sous le joug de l'abbé par un traité provisionnel qui devait dur

terme fut écoulé, il fallut tr:

Enfin, au bout de deux ans de négociations, l’accommo= dement fut pleinement conclu, — Vers le milieu du carême, le conseil et les députés du pays de T'

firent un nouveau traité à Wyl, par la médiation des quatre cantons protecteurs, avec l'abbé et l'abbaye de St. Gall, par lequel l'achat de leur liberté fut révoqué sous certaines conditions; et ce traité fut ratifié ct scellé à Rapporschwyl le 16 de juillet suivant. En vertu de ce traité les T'ockenbourgeois devaient remettre à ceux de Schwylz la lettre d'achat avec los lettres d'assurance, qui leur avaient été données par les quatre cantons, au sujet de cet achat, A l'égard de la religion les choses devaient demeurer sur le picd du traité de paix, fait par le Tockebourg avec le canton de Schwytz, l'an 1531, rapporté ci-dessus, ? jusqu'à un concile œcuménique, où jusqu’à la réformalion de loute la Suisse ensemble, Chaque parlie devait demeurcr en paisible possession de ses droits, anciennes libertés, franchises, usages et coutumes, ele, L'abbé et ses religieux promirent solenvellemont d'observer entièrement ct exaetement ce trailé.qu'ils scellèrent. Le conseil et les dé-

1 Voy: Prem. Part, T. HE, Liv. X. pag, 109.

3 Part x page M7.

LETFRÉ DE LUTIER. 405 potés du pays promirent aussi la même chose, en réservant leur droit de compatriolage aveë Schwrytz et Glaris, comme aussi tous les droits, franchises ele. de leur pays. ! Ce traité fut renouvelé e1 confirmé dans les années 1539, 1596 et 1601. *

XHII. Je reviens maintenant à Lather el à l'affaire de la réunion. Luther ayant reçu la letire des états réformés de Suisse, leur répondit assez gracieusement le jeudi 27 juin. Dans cette lettre il dit son sentiment sur la présence du corps du Seigneur dans le sacrement, que le vrai corps et Le sang de Jésus-Christ est reçu sous le pain et le vin; et pour l'expliquer mieux, il s’en rapporle encore une fois à Bucer et à Capiüton, à qui il a tout confié, et les « priés de cela. « Comme je ne doute nullement, ditl, qu'il n'y ait parmi vous un très-bon peuple, qui a un sérieux désir de faire bien et de charier droit, cela me donne une grande joie et une vive ossurance au Scigneur, que quand même il y aurait encore quelque différence entre nous, (notre faible et infirme Lroupeau),avee le temps, si nous agissons d'une manière convenable avce ce faible troupeau, le Seigneur nous fera la grâce de voir heureusement enlevée toute la division. Amen! Car quand même j'en ticndraïs encore quelques-uns pour suspects, porté à cela par leurs écrits, ÿaice, nt fait voir tout cela au docteur Bucer, etc. Car ai que je pourrai jamais, je veux vous regarder comme gens de bien, jusqu'à ce que vous rereniez à nous. » * En effet il né manquait pas de gens de part et

# Voyez le traité même dans le Manifeste de Zurich et de Berne, NO XL pag. 25.

3 Hotting. 729. 730.

3 Steulor 108. b. Hospin. 287. a. Hoking. 734.

106 LA LETINE DES SUISSES, RÉTORMÉS d'autre qui soufflaient de toute leur force le feu de Ja di: vision; de softe que Frecht écrivait d'Ulw, le 24 juillet : « Vous nosauriezeroire, comme la plupart, tant dos luthéricns, que des nôtres, rendent celte concorde entière ment suspecte. » Cependant nonobstant les efforts de c06 gens-là, il régnait alors une assez bonne intelligence entre les Saxons et los Suisses ; comme il paraît par les lettres civiles et honnéles qu'on s'écrivait de part ct d'autre, Joan-Frédéric, électeur de Saxe, et Philippe Landgrave de Hessen-Cassel ayant reçu la lettre des états réformés de Suisse, qui leur était particulièrement adressée , y répondirent de la manière du monde la plus gracieuso et la plus cordiale, (le 3 juillet}, leur promettant.de rapporter leur réponse et lours bonnes disposition dans l'assemblée des princos ot dos étais protostans, qui devait so tenir à Eysenach, le 24 juillet, En effet ils tioront parole. On lut dans cette assemblée les lettres des Suisses, tant celle qu'ils avaiont écrite à Luther, que celle qui était adressée à ces deux princes; et elles furent généralement spprouvées et par les princes, ot par Luther, et regardées comme pieuses et chrétiennes. Los députés de Strasbourg qui avaient élé envoyés à cette assemblée, on donnèrent avis à leurs magistrats, dt ceux-ci écrivirent incessamment le 26 août à leurs alliés, les Suisses réformés, avec qui ils vivaiont alors en bouno intelligence et même en étroite amitié.

Bullinger écrivit à Luther, à Mélanchton et à fOsisnder, comme à des frères; et Luther de son côté & une lettre à Bullinger, où il paraissait beaucoup de modération. En voici la copie traduite en français : « J'ai réçu votre lettre, mon cher Bullinger! avec votre livre :

* Stettler 109, 1e HG».

SF MEN DEGUE EN ALCEMAONE. [2

De d'autorité de l'Ecriture et de b fonction des évêques. À la vérité jo n'ai pas encore lu co livre, ayant plusieurs + cependant je n'ai pas voulu différec ma réponse plus longtemps que jusqu'à cetke foire de Leïpsik, quoique je me puisse pas comme vous le souhaïtez, vous diro mon senlimont sur votre livre, ayant si peu de temps pour cels. Vous savez d'ailleurs, que ne le Mens palat soupe ui las ati que vous fraitéz. Blais nous n'avons pas los mêmes inclinatioas et Les mémes sentimens. Je le dirai librement. Dès que j'ai va Zivioglo à Marpourg, je l'ai regardé comme un {rès-honnéte homme, aussi bien qu'Occolampade, et leur mort m'a extrémement consterné. Vous croyez/pout-être que noussoyons dans l'erreur. Je laisse cola au jugement do Dieu. Certes nous de notre côté, ous no pouvons pas approuver Lout ce que vous faites. Mais rien ne me pourra arriver de plas agréable derant ma mort, que si Dieu, par sa grâce, nous donnait son Esprit, qui réjouit mon cœur ei nous réunit tous. ele. -A Witiemborg, le 14 mars 1538. »

1 ne sora pas inutilo d'ajouter ici cotte remarquo, quo Luther ayant donné à Bacer et à Capiton plein pouvoir #08 senlimens aux Suisses, el de traiter de la - réunion avec eux sur ce pied là: et ni Luther, ni les princes protostans n'ayant rien trouvé à rediro à la Confession Helvétique, àl'éclaircissomont qu'on y avaitjoint eLà leur leutre, où ils expliquent nettement leur pensée sur la matière de la Cène, los ayant au contraire approavés el rogardés comme des écrits pioux ot chrétiens ; des dluthériens des temps suivans ont eu grand tort de re garder les réformés comme des hérétiques indignes de

Afoniager. lee. citMotting. P. Tom. VE. pi 700

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