LEVISE DE CALVIN: LE
pasiears ot pour légitimes succosscurs des trois oxilés, Tls furent même choqnés contre Galvin de ce qu'il leur avait éeril, comme je l'ai remarqué, que les particuliers ne devaient pes étre aussi scrupuleux que les pasteurs, 04 qu'ils n'étaient pas appelés aux mêmes devoirs. Hs prétextaient encore que les ministres des Eglises voisines ne voulaient pas non plus les reconnaître pour légitimes minisires. Enfin pouriant ces minisires les reconvnurent pour leurs compagnons do service et se rêunirent avec eux, et il fallut encore recourir à Farel et à Calvin, qui approavèrent eelte réunion. * Malgré tout cela la division dura toujours dans l'Eglise de Genève, €k ces ontétés so séparaient de lours pasteurs, et parlaient d'eux d'une manière fort dure, Calvin s6 erat obligé de leur écrire pour les ramoner à leur devair, El leur adressa donc une lettre (le 26 juin} assez longue, pour leur faire connañre combien il blâmait leur conduile, combien le schisme csb une chose odieuse eb pere nicicuse dans l'Eglise. a 11 leur mot dovout les yeux le sainteté et la digoité du ministère évangétique, et com bien on doit le respecter dans tous les pasteurs, pour pére qu'ils soient supportables. I leur représente que la vocation de ces ministres ne s'esk pas faite sans In volonté de Dieu ; qu'ils doivent reconnaitre la bonté de Dieu envers £ux, dé ce qu'il n'a pas permis que leur Eglise sit été détruite et Vempire de l'Ante-Christ rétabli parmi eux, mais qu'il a voulu que la venie docitine leur fàvtoujours préchée, et qu'il y eût parmi eux quelque forme d'Eglise, ensorte qu'on y peut vivre en bonné conscience, Eh comme les ministres des Eglises voisines avoicat ape prouvé la vocation de es pasteurs, il les aisuré que
2 Calv. Fpist. p.15. 19 20
LIL GENEVE, CALVIX
quant à lui, il avait sincèrement souscrit à leur senti= ment; qu'ils ne devaient donc pas désapprouver facile ment ce que tant de serviteurs de Dieu avaient ap prouvé; qu'à la vérité on ne doit pas souffrir les faux pasteurs, mais qu'on ne doit pas regarder légèrement un homme comme un faux pasteur, ni le condamner pré= cipitwmmment pendant qu'il préche purement les doctrines fondamentales de la religion, comme le faisaient leurs pasteurs; que si même il a quelques défauts, {comme chacun a ses faiblesses ) il faut, suivant la règle dé la charité le supporter, pourvu qu'on voie en lui une vraie crainte de Dieu, et un désir sincère de suivre sa vérité; etc. Que si dans cet état on se brouille avec de tels pasteurs, on sen prend au Seigneur luimême, ete. »
Il ÿ avait alors à Genève des gens qui pensaient à y faire revenir Calvin, maïs non Farel. Calvin l'ayant su, déclara que comme il avait été chassé de Genève avec Farel, il n’y voulait rentrer qu'avec Farel. « Que veulent dire ces bonnes gens ( écrivait le 16 mars, Calvin à Farel) qui se sont mis en tête de me faire revenir sans vous, moi qui ai été chassé avoc vous, Ils veulent que de quatre ministres il en reste deux avec nous, afin qu'étant rétabli comme par grâce, sans aucun jugement de l'Eglise, je sois dans mon poste sans aucune autorité? Sije dis un mot qui leur déplaise, ils m'imposeront d'a bord silence. etc. v Cependant Calvin n'était pas trop bien dans ses affaires. 11 avait emprunté de l'argent do Farel, etil lui écrivait au mois de mars, qu'il n'avait pas de quoi le payer. Ma condition est telle, lui disait-il, que: je n'ai pas de quoi compter un sou. Al est surprenant,
* Calv. Epist, ibid
KT LE CANDISAE FADOLRT. av combien d'argent je consume en dépenses extraordimaires, et de plus il faut que je vive sur mes coffres, pour, n'être pas à charge aux frères. ®
Calvin donua encore dans ce temps-là, à l'Eglise de Genève une nouvelle preuve de son affection pour elle. Le cardinal Sadolet, évêque de Carpentras, ayant appris les 1roubles de cette ville-là, et sollicité à ce qu'on croyait, par l'apostat Caroli, écrivit ne longue lettre aux conseils et citoyens de Genève, pour les exhorter à rentrer dans la communion de l'Eglise romaine. Lu lettre était * accompagnée d'un petit livre de controverses, On reçut à Genève la lettre et le livre par un exprès du cardinal, le 22 mars. Le conseil sans entrer dans aucun détail des matières de religion, se contemta de répondre au cardinal en termes honuétes : « Qu'on le remerciait de sa bonne volonté, et que comme on s'assurait d’être dans le chemin du salut, on n'avait pas besoin de peuser à ua changement, et que quant à son * livre, on lui répondrait une autre fois. » Ils communiquèrent ce livre à leurs alliés de Berne, qui le remirént à leurs ministres, alin qu'ils se donnassent la peine d'y répondre. * Un des ministres de Genève pria Viret, alors pssteur à Lausanne, dé se charger de ce in. Je ne sais s'il le fit où non. Maïs Calvin, qui ( quoique placé à Strasbourg ) élendait toujours sa vigilance pastorale sur l'Eglise de Genève, se chargca de répondre au cardinal. Sa réponse a été imprimée avec sos autres opuscules. Cependant La faction des demi-papistes erut avoir Arouvé uve occasion favorable pour reprendre le dessus,
(9. Rosat, 1V. 29.
Welsch. Miss. 116,
416 DUNPICOUTÉS ANTRE LERNE RT GENÈVR
Le jour après qu'on eut reçu la lettre et le livre du eardinal Sadolet, plusieurs citoyens se présentérent devant le conseil, demandant qu'on abolit les articles qu'on leur avait fait jurer dans le temple de St, Pierre, el préten= dant qu'ils étaient opposés à leurs libertés. Maïs le con seil se soutint pourtant contr'eux, et l'on ne fit aucun changement à la religion.
Le différend qui s'éleva entre les deux villes de Berne et de Genève, au sujet des Lorres de St. Victor ot Chapitre, fut poussé vivement de part ot d'autre, el peu s'en fallat qu'on en vint à une ruplure ouverte. Et je crois que les Genevois auraient rompu tout nel avec les Bernois à celle occasion, s'ils n’eussent eu encore besoin de leur alliance pour 4; er leurs droils auprès du roi de France, qui, à la sollicitation des anciens chanoines, les Saquiétait dans le même Lemps au sujel de la soigneurie de Thies, dont il s'empars, et de diverses Lorces de Sa-
. voie, dont les revenus avaient appartenus à leur Eglise, et avaient été appliqués à lour hôpital. En effet les Bernois recommandèrent vivement au roi, lo 15 août, les intérêts de Genève. * Mais leurs sollicitations furent ioutiles, BL d'abord que la cour de France eut pris possession de celte terra, il la romit à l'évêque el au Chapitre de Genève pour en tirer les revgnus, s'on réservant la souveraineté, — Lo détail de ceute affaire qui traîne pendant 5 ans, serait long ol ennuyeux, et d'ailleurs pou intéressant pour une histoire ccclôsiastique conne la micane, Je n'éu rapporterai done que ce qu'il y a de plus considérable à remarquer pour lice Les évènemens auxquels cette affajre donne occasion. — Trois couscillers
* Roset. 1V. 98.
2 Waelsch, Miss. 186
AU SUSET DES TERRES DE ST, VICTOR Du Cabitue, 417 de Genève des plas apparens, furent députés à Berne, le 3 avril, pour conclure un traité avec les Seigneurs de celte ville, au sujet des terres dont je viens de parler. Us en reriofent au bout de quelqacs jouts, sans rapporter ce lrailé, disant, qu'on l'enverait dus pou, dé Bernc. Quaad les Genevois l'eureni tequ, ils ne voulurent point lé ratifier, le trouvant trop désavattiagéus et contraire aux instructions qu'ils avaient données à leurs députés. De ces trois députés ils en renvoyérent deux à Berne, avec quelques auttes pour demänder une révision, ces deux soulonant que le traité avait Gé couché par écrit autrement qu'ils n’en élaient convenus. Les Bernols n'en voulurent rien fire, soutinrent que Ic traité avait été fidèlement couché par éerit, et leur offrirént de maintenir leur prétention par le droit. Ces députés à leur retour passèrent à Fribourg pour redemander aux Seigncurs de celle ville-là les droits de Genève, qu'on leur avait confiés ét mis en dépôt entre leurs mains lors de In journée de Payerne contre le due de Savoïe. Mais Messieurs de Fribourg ne voulurent point leur remeltro ces titres; disant que l'éréque de Genève les avait fait barrer et melire en séquostre. Ils dirent cependant qu'ils en écriraient à l'évêque pour lui dire de venir soulénir co séquestre, À leur rolour à Genève ces doux députés qui étaiont retournés à Borne avec quelques autres, ayant faitleur rapport, furent déchargés par lé conseil au sujot de cette affaire, pourvu qu'ils fosent prête à répondre aux Scignours de Berne aux dépens de la ville on cas do besoin. Le soupçon Lombn sur le troisièmé qui avait refusé de retourner à Berne quoiqu'il proteslt de son intégrité. *
1 Hoïet, IV. 29, 50, 94, Savion #19 — 239.
ns GExÈVE. PRÉCAUTIONS CONTRE LE PAFISME.
Pendant ces troubles on remarqua que les prêtres C'RS les papistes secrels recommencaicnt à parler de la messe, comme s'ils eussent entrepris de la rétablir, 11 ne con» venait pas à une république naissante et déjà divisée par tant d'autres endroits, de laisser élever de nouveaux sujets de division. C'est pourquoi le 22 décembre, le conseil fit appeler devant lui et en présence des ministres tous les prétres qui élaient en la ville, pour leur demander ce qu'ils pensaient de la messe. — Les uns répandiront qu'ils la croyaient mauvaise, el qu'ils l'avaient bien fait voir en se mariant, contre les lois du pape, qui interdisent le mariage aux ecclésiastiques. D'autres dirent qu'ils ne la éroyaient ni bonne, ni mauvaise, D’autres enfin répondirent, qu'ils n'avaient pas assez de savoir pour rien décider là-dessus, les plus savans étant partagés entr’eux sur cette question. D'autres plus lâches que les précédens, et que la crainte de perdre leur patrie et leurs biens engageait à trahir leur conscience, dirent: que si le magistrat trouvait la messe bonne, ils la jugeraïent aussi bonne, que s'il la lrouvait mauvaise, ils la condammeruient de même. — Quelques conseillers qui aveïent 1eou ferme pour le papisme, avaient éké démis de leur dignité lors de la réformation de la ville, et dans la suite on les y avait rétablis, dans l'espérance qu'ils tiendraient une bonne conduite. On les menaça aussi bien que les prêtres de les bannir s'ils voulaient soutenir la messe. Is promirent tous de vivre comme les autres citoyens. Il y en avait un entr'autres, nommé Jean Ballnrd , fort considéré à cause de son intégrité qui, étant interrogé sur sa foi comme les autres, répondit néivement : « Si je savais certainement que la messe fût bonne ou mauvaise, je ne me ferais pas presser pour le dire; mais parce que je ne lé sais pas avec certitude, je
RÉPONSE XAIVE DE 3. RALKARD, #19 ne dois pas jugor témérairement, et V. S. né doivent pas mé le conseiller. Tout ce que je puis faire pour leur agréer, c'est de m'efforcer de croire les articles de oi, tels que In ville les croit ; car je ne me pique pas de faire sécle à purt, ou contraire, comme bon compatriote, je ne soubaite rien tant que d'être uni à 1ous égards de senlimens avec mes concitoyens. Si V. S. me pressent encore dévantage, tout ce queje puis leur dire, c'est que je crois au St. Esprit et à la Sainte Eglise Universelle, et que j'ai de la messe la méme idée qu'en ont les vrais chrétiens. Signé, Jean Ballard, »— Cetté réponse ne eatisfit point le conseil qui lui fit dire, que puisqu'il ne voulait pas condamner la messe, il n'avait qu'à sortir de la ville duns dix jours. Ballard, trouvant cet arrét trop rude, pria le conseil de l'adoucir ; il dit, qu'il était prêt à dire ce qu'on voudrait, que puisque le conseil voulait qu'il condamnât la messe, il la condamnait; rs même temps il demandait pardon à Dieu de ce qu'il jugeait témérairement des choses qu'il ne connaissait pas. — Cete réponse n’était pas meilleure que la précédente; mais comme on remarqua dens cet homme-lh beaucoup de bonne foi, et de crainte de déplaire à Dieu par un jugement léméraire, on ne voulut pas géner sa conscience en le pressant davantage. Le conseil révoqua même l'arrêt de bannissement qui lui avait été signifié, ei lui dit qu'il pouvait reprendre sa place de conseiller dont il avait été suspendu pendant quelques jours. *
Les Bernoïs avaient Loujours sur le cœur les discours queMont-Chenu était accusé d'avoir enus contr'eux à Gemève, pour aliéner les esprits des Genevois, et les faire pencher du côté dela France. Il leur impartait d'en dé-
4 Savion 236. Rosct. IV. 5 Spon Not, sous Les pagts 284. 282.