PROCÈS DU MOBT-CHENU
sabuser los Genevois, d'autant plus que ces discours pouvaient faire impression sur leurs osprits, dans cette conjoncture où los deux villes étaient en différend pour des prétontions réciproques. Ils écrivirent donc aux con= seils de Genève, le 17 avril, pour les prive de saisir © Mont-Chonu lorsqu'il passerait par leur ville ; afin de l'o= bliger à répondre on justice aux plaintes qu'ils voulaient faire contre lui devant les tribunaux même do Genëvo. ! Mais comme il se tenait éloigné, ils lui envoyèrent un saufconduit pour venir à Berne se justifier. * 1} y alla ace compagné de Bois-Rigaut, ambassadeur de France, qui le protégeait de la part de son maître. Trois Genevois des plus apparens y allèrent aussi, accompagnés de quelques députés de Gonèvo. Ils parureat tous devant les consoils le 26 novembre. Les trais Genevois soulivrent à Montchenu d'un commun accord, qu'il avait accusé les Bornois 1° de vouloir leur défendre de fortifier leur xille; 2° de vouloir usurper le Vidomnat, et 3% que lui, de son côté avait entrepris de faire tomber la ville de Genève sous le pouvoir de la France, Il nia les deux premiers articles, mais il avoua le troisiome, Cependant EL. BE, lai pardonnèrent à la recommandation de Bois Rigavt, ct par considération pour le roi de France, Al élait vassal de l’état de Borne, par les terres qu'il avait. héritées du siour de Thorens. On les lui avait saisies: au profit du fisc; oo les lui rendit après qu'il eut promis à LL. BB., de les servir fidèlement de ses biens et desa porsonne, selon le devoir d’un bon vassal. À | René de Chalant, Comte de Chalant et de Valengio,
Welich. Miss. L8S.
# Savion #95.
3 Inst, G. 003.
Eng Où GALANT,. "#i qui était bourgeois do Berne, se trouvait dans un ess à peu près semblable. Vassal et sujet de la maison de Savoie, à cause des terres qu'il avait dans la Vallée d’ ?] sa patrie, et de plus maréchal et gouverneur de coute province-là, pour le service du due, et par conséquent engagé au service de l'ennemi déclaré de Berne, il ne pouvait pas passes eL repasser librement par lo Payede-Vaud, sans sauf-conduit pour aller à sa comté de Valengia. Il demanda permission aux Seigneurs de Berne de passer par leurs terres, sans avoir besoin de sauf-conduit. Mais ils le lui refusèrent, ne jugeant pas convemable d'ouvrir ainsi leur pays à un homme qui était ser- . viteur et officier de leur ennemi. Cependant pour lui montrer Jour penchant à lui faire plaisir, on lui promit de lui accorder nn sauf-condult toutes les fois qu'il en aurait besoin. Dans le même temps se trouvant chargé de dettes, il voulut emprunter 7,000 éeus, et souhaita que les Seigneurs de Berne le cantionnassent ? pour coute somme. Ces Scigneurs avant que de s'y
voulurent satoir, pour quelle somme sa comté de Valen= pin était déjà engagée ou hypothéquée, et lui écrivirent le 20 février pour le lai demander. Ayant appris per sa réponse le montant de ses dettes, et trouvant qu'il devait déjà trop, ils ne voulurent pos se rendre caution pour lai. *
Coue année Froment mil au jour un livre de religion qui ft boaucoup de bruit. Quelques portonnes prétendiront y découvrir des bérésios, Les Genovois mirent en prison l’imprimeur, et saisirent tous ses livres ; el en voyèrent à Berne ec livre avec celui de Sadolet. Fro-
4 Stouler Le.
? Welsch. Miss. 100 — 107.
12 PROMENT PUBLEE UN LIVRE.
meot rocourut à Berne ct se présenta devant Les Soigoeurs, voulant répondre devant eux de lout ce dont on l'avait chargé. EL. EE, remirent ces deux livres à l'examen de leurs ministres, avec ordre de répondre au dernier; en même lemps ils écrivirent aux Genevois, le 23 mai, de relâcher l'imprimeur de Froment -sous caution, et de lui rendre ses livres, sans relenir que ceux de Fromet, jusqu'à ce que cette affaire fût examinée, Comme ce livre était écrit en français, les ministres de Bernen'entendant pas cettelangue, prièrent leurs Seigneurs de le faire traduire en latin, afin qu’ils pussent examiner la doctrine qu'il contenait. C'est pour« quoi les Seigneurs de Berne écrivirent le 14 juin à Pierre Viret, el à Béat Comte, ministres de Lausanne, de le faire traduire, afin qu'ils passent remédier aux troubles que ce livre pourrait causer.
Je n'ai pas pu découvrir la suite de cette aire.
A1 paraît par une lettre de Calvin, que Froment était un bon homme, mais un petit génie, une cervelle légère, et qui se crynie beaucoup plus habile qu'il n'él jusques là, qu'un jour revenu de France, l'honneur de parler à la reine de Navarre, il vint trouver Calvin à Genève, lui conseilla d'écrire à celle princesse, et voulut lui dicter la lettre qu'il devait lui écrire.
+ Béat Comte, ministre de Eausanne, dont on vient de faire mention, fut accusé je n'ai pas pu découvrir de. quoi, ni par qui. L'accusalion étant grave, il fut cité. à Berne et mis en prison. Il se justifia pleinement. et prouva son innocence ensuite de quoi il fut relâché et rétabli en son honneur et en sa dignité. Les Seigneurs de Berne notifièrent, le 29 août, cette nouvelle aux mi-
Eh pe HG, ct Latin. Miss. p. 515.
EMAMMÉRY, CALVIN A STRASNOUNE. 4125 nistres des six classes du pays conquis, savoir : de Payerne, Yrerdun, Lausanne, Morges, Gex et Thonon, les exhortant d'en rendre grâces à Dieu, *
Un ecclésiastique de Chambéry, capitale de Savoie, nommé Jean Volat, était venu au Pays-de-Vaud, et avait été établi ministre de Lonay, paroisse de Morges. Le zèle du sénat de Chambéry poursuivit ce pauvre homme jusque sur les terres de Berne, ct le cita à son de trompe, le 5 juillet, à comparaître devant lui pour rendre raison de sa conduile ; faute de quoi ses biens soraient confisqués au profit du roi de France. LL, EE, de Berne l'ayant su, écrivirent au sénai de Chambéry, pour lui recommander Volet, et Le prier de lui faire rendre justice. * Dans ce temps-là, les Saroyards étaient ardens contre les prétendus hérétiques ; je ne sais si c'était zèle de religion où animosilé contre les Bernoïs 4 les Genexois, Celle année on brûla à Anneey un homme de la paroisse de Frangier, nommé Pierre Courtet; pour cause de religion, ?
XV. Calvin travaillait à Strasbourg avec beaucoup d'application pour le bien des Eglises. 11 préchaît, l donnait des leçons de théologie. Il répondait à plusieurs personnes qui le consultaient. Il composait divers ouvrages. Outre la réponse à Sadolet, il composa son com mentaire sur l'Epitre aux Romains, qu'il dédia à Simon
8, théologien de Bâle. La lettre dédicatoire est datée du 18 octobre 1589. I avait aussi retouche son Jostitution Chréticone; il la publia de nouveau, considérablement augmentée. Il ft aussi imprimer en fran-
1% CAUVING S2S PRAVACE.
çnis un petit traité familier surila Sainte Cène, Ce grand homme, voyant que les contestations qui s'étaient élevées sur ce sujet, avaient été la cause d'une division-déplorable entre les chrétiens, crat devoir bander pour ainsi dire toutes les forces de son esprit, pour mettre celte matière dans un tel jour, que toutes les pérsonnes sensées pussent voir à quoi s’en Lénir, et il s'en est acquitté si heureusement, que quiconque voudra bien considérer ses écrits, confessera, (dit Bèze), que c'est à lui après Dieu qu'appartient l'honneur de In résolution, depuis suivie par toutes gens de bon jugement, Six ans après, l'an 1545, Nicolas des Gallars, alors ministre de Genève, traduisit ce livre en latin, en faveur de ceux qui n’entendent pas notre langue. ! Calvin eut encore la consolation de rainener plusieurs Anabaptistes , entre lesquels les deux prineïpaux étaient Paul Volscius, autrefois abbé, à qui le fameux Erasme avait dédié Van 1518, son livre intitulé Enchiridion Militis Chris: tiani ; et l'autre un bon bourgeois de Liège, nommé Jean Storder, Volscius ayant embrassé la religion réformée fut établi ministre h Strasbourg. Storder mourut quelque temps après de la peste dans la même villes Eb laissa une veuve, nommée Idelelte de Bure, femme de mérite , que Calvin épousa dans la suite, par le conseil de Bucer et de quelques autres amis. Comme il est utilo et agréable en même temps, de voir les allures des grands hommes dans les plus petites choses, par exemple dans les affaires domestiques, parce que c’est là, où l'on remarque quelquefois le mieux leur véritable naturels il ne sera pas hors de propos de faire voir , do quelle mn nière Calvin pensait sur son mariage. Voici comme il
4 Bèso Vic de Calvine
IL ÉPOUSS UNE vi
VE. 425 écrivait à son ami Farel, le 19 mai : « Je ne sais si quelqu'un, par hasard, vous aura parlé de la personne dont je vous ai écrit. Mais souvenez-vous toujours de ce que je cherche en elle! car je ne suis pas de cette espèce extravagante d'amoureux , qui aiment jusqu'aux défauts de leurs maitresses, lorsqu'ils sont une fois charmés de leur beauté. C'est ici la seule beauté qui peut gagner mon cœur, si elle est chaste, si elle est complaisante, si elle n’aime pas le faste, si elle est économe, si elle est patiente; enfin, si je puis espérer qu’elle prendra soin de ma santé; si donc vous croyez que cela me couvienne, venez, sinon n’y pensons plus. » ‘ — Il en eut un filg, qui mourut peu de jours après sa naissance.
Calvia ne pensait pas seulement aux affaires de dedans, mais aussi à celles du dehors. Comme les princes et états d'Allemagne, catholiques et protestans, élaient assemblés à Francfort, au mois de février, pour faire on une paix ou une trève au sujei de la religion, Calvin crut devair y aller, et profiler de celte occasion pour travailler à la pleine réunion des Eglises réformées. La relation qu'il fait à Farel, dans deux lettres, de ce qui se passa dans celle auguste assemblée, fait connaître les dispositions favorables aù étaient les princes prolestans à l'égard des suisses réformés. « L'ambassadeur de l’empereur, (lui dit-il dans la première lettre ? datée du mois de mars) 8 osé proposer des conditions si injusles, qu'il s’en est peu fallu qu'on n'ait repris les armes. Il voulait que nos gens sc séparassent des sacramentaires. Vous voyez'les artifices du Diable. Mais nos gens ne reconnaissentaucun des sacramenlaires, el veulent se tenir unis
* Calv. Fpist.p 19. :
2 Ib. p.12.
12% CALVIN A LA DIÈTE DE FAANCGTONT, avec les Eglises holvétiques. Ainsi l'empereur a renoncé à celte demande, et cela a fait, que les esprits s'étant calmés, se sont trouvés portés à faire une trève. » Et an peu plus bas : « Je me suis entretenu avec Philippe (Mélanchton ) sur plusieurs choses : je lui avais écrit auparavant au sujet de la réunion, afñn que nous pussions rendre aux gens de bien un lémoignage assuré de leurs senlimens, Je lui a: donc onvoyé un petit nombre avais compris celto malièré en peu de mots; pour lui il les reçoit sans difficulté; mais ilavoue qu'il y acertaines gens de ce cb1é-là, qui veulent quelque chose de plus matériel, et cela avec tant d'obstination, pour ne pas dire de tyrannie, qu'il a été longtemps en danger, parce qu'ils le voyaient un peu éloigné de leur sentiment. Quoiqu'il ne croie pas qu'on en puisse venir à une solide conformité de sentimens, cependant il souhaite qu'on entreticane celte réunion telle qu'elle est jusquà ce que le Seigaeur : nous amène de part et d'autre à l'unité de sa vérité. El quant à loi, ne doutez nullement qu'il ne soit entièrement dans nos idées.»
Et dans une autre leltre écrite au moïs d'avril, ! par= lant des états protestans d'Allemagne, assemblés à Franefort, il dit à Farel : « Plût à Dieu que N. * sùt de quels artifices on s'est servi dernièrement dans leur as. somblée, et avec quelle fermeté ils y ont résisté. L'ambassadeur de l'emperour faisait, Lous ses efforts pour les détacher des Eglises helvétiques.. Cependant il ne les
* Calv. Epist p. 18.
* A y a apparence qu'on aici supprimé le nom de Büllinger, ou do quelque autre théologien Suisse, qui n'avait pas boanc opinion des états protestans d'Allemagne.
TERMETÉ DES MAGISTRATS DE, STRASOURS, au nommait pas; mais it leur demandait de ne pas se char ger de l'imérêt des sacramentaires. Ils ont ré qu'ils araient une communion fraternelle avec ceux qu'il appelait sacramentaires. »
Un peu plus bas il rapporte un acte de vigueur et de fermeté admirable, qu'avaicnt fait les magistrats de Strasbourg. « On leur a apporté, ditsl, les conditions que l'empereur exigeait, savoir : de rononcer à toutes les alliances contractées après la diète do Nuremberg , et que nos gens n’en fissent plus de nouvelles, et que
chaque parti demeura tel qu'il est ; jusqu'à ce qu'on eût une assemblée de la nation Gormanique où l’on réformêt l'Eglise. D'abord le sénat a publié sa résolution, qui portait qu'ils aimeraient micux voir leurs femmes et leurs enfans massacrés devant leurs yeux, leurs biens dissipés , leur ville rasée de fond en comble, e4 eux-mêmes enfin être tous taillés on pièces, que d'admettre des conditions qui formaient la porte à l'Evangile de Jésus-Christ ! Jugez, mon cher Farel, si nou ne faisons pas bion tort à de tels personnages, nous qui los accusons élant à notre aise, pendant qu'ils essuyent des dangers et dés alarmes, sans s’en laïssor ébranler en aucune manière, ni détourner da droit chemin. —Nous devons, dites-vous, preadre bien garde de ne pas donner scandale aux gons do bion. Je l'avoue. Mais les gens de bien doivent aussi prendre garde de lour côté, de no pas prondre du scnndale mal-à-propos et sans raison.
Les états protestans d'Allemagne, étant si bien disposés pour les réformés de Suisso, il ne faut pas s'étonne si ceux-ci, et particulièrement les Bernoïs, cul. tivaient avoe soin leur amitié, ot cherchnient à éloigner tous les obstacles qui pouvaient s'y opposer. Mais il semble qu'ils portaient cette attention un peu trop loin.
128 MERLETRES DU PAVE-DE-VAUD MALTAAITÉS.
On a vu ci-dessus lo iraitement qu'ils avaient fait h Caspar Mégander, au Grossmann , leur premier ministre. Quelques ministres du Pays-de-Vaud, Richard, pasteur de Payerne, et André Zébédée, d'Orbe, n'approuvéient pes les idées de Bucer. Ils furenk aussi maltraités pour ce sujel, et pensèrent être déposés. Gependant Bucer qui était un homme doux et humble, en état monifié et voyait avec douleur que quelqu'un souflrit à sou occa= sion. Voici ce que Calvin en écrivait à Farel dans une autre leure du 19 mai. ‘ « Je n'epprouve nullement qu'on ait pensé à offrir à Saunier l'Eglise de Payerne; car c’est ne chose de Lrès-mauvnis exemple d'ôter de fidèles pasteurs à leurs Eglises, pour faire place à d'au tres. Si Richard est toujours le même qu'il a été, et que cependant il ue soit pus agréable, je ne suit pas qui sont ceux que nous devons aimer, Pour moi au moins je ne ferais pas difliculé de le préférer à plusieurs Sannierst» Va peu plus bas il dit : « Je suis très-afligé d'ap= prendre que Zébédée soit traité avec tons de dureté, Bt croyez-moi, ceux-là ne font point plaisir à Bucer, qui souticonent ses livres avec lant de tyrannie. Hi souffre. beaucoup plus acilement ma liberué, toutes les fois que, Je me trouve d'au sentiment différent du sien. J'ai rape porté à Bucer qu'il vous arrivait un très-grand Lort; em ce que lous ses amis continuent à être irrités contre vous, ci que même vos anciens amis sont alidnés de sous, à son occasion, Îl en a té affligé plus vivement que jene m'y dtais aende, » }
Cette anaéo les Seigneurs de Berne établirent un mi nisiro à l'Eglise d'Ecuklens et St. Sulpy : mais le, cos seil de Bausanne refusa de le recevuir. Les Seigneurs
4 Calve Epist. pe #9
CAROLL VEUT RENTRER DAXS L'ÉGLISE RÉrONMÉR. 420 de Berne leur écrivirent de nouveau, le 12 février, pour leur ordonver de le recevoir. Ils ordonnèrent en même temps, que le bourgmaître de Lausanne assistât au Cha pitre qui devait s'assembler à Lausanne le 10 mars, * Le même ordre fut renouvelé l'année wie pour le Chapitre qui devait s’assembler à Vevey, le 19juillez.
On-fit cette même année 1539 une si grande abondance de vin dans le Pays-de-Vaud, qu'on ne savait pas où en mettre In moitié. Les füstes, qui au commencement ne coûlaient que 15 sous, coûlèrent dans la ven dange jusqu'à 5 livres ou 60 sous. Le char de vin ne coûa que 7 lixres jusque près des vendanges de l'année suivante, qu'on avait tellement prodigué le vin que le char coûla 10 livres, On vit la méme abondance dans tout le reste de Ja Suisse. ?
XVI. On a vu ci-dessus Ja rotraite précipitée et l’a postasie de Pierre Garoli. Il s'était apparemment figuré que le pape ot les puissancos catholiques, charmées d’aoir rogagoé un homme de celte importance, l’allaient charger de bénéfices, Maïs on à vu de tout temps que los esprits qui sont si changeans, sont égaloment méprisés et de ceux qu'ils quittent, et de ceux à qui ils se lient. Caroli ne trouva pas ce qu'il avait espéré, ni auprès du pape, ni auprès du cardinal de Tournon. Il prit done le parti de revenir en Suisse, el arriva d'abord à la Bonne-Ville, au bord du lac de Bienne, où il témoigna le dessain qu'il avait de rentrer dans l'Eglise réformée, souhaitant de pouvoir y exercer de nouveau le ministère. Farel en ayant élé averti, consulta avec quelques autres
A WVek Miss, De pe 108. b, 2 1bid.
# Mas, Thom, V, Roset. 51.