ANTRE BERNE ET GENÈVE
former de tout cele, et de Gens a calomnialeurs. *
Le départ de ces députés fut différé Sata" mot d'artil Le 14 de ce mois-là ils parureat à Genève eb s'acquitièrent de leur comunission, Les trois dé- . putés Genevois qui avaient conclu et signé le traité dont gissait ot qui étaient » répondirent que Les Bei ceufstdé Bars aAIeÉT NET «ilest ainsi, dirent-ils, el nous n'avons rien passé contre la bourgeoïsie. » Cela augmenta le soupçon qu'on avait déjà conçu contr'eux, de sorte qu'on dit aux députés de Berne, qu'ils pouvaient tourner leur action contre ces trois hommes , ét qi'on leur en ferait bonne justice. Cependaot le peuple déjh aigri de la perte de Thiès, et mécontent de ceux qui gouvernaient, s'émut contre ces {rois
samment : « Justice ! justice des traitres. » Ils rotirés hors de la ville, pour se dérober à la fureur din peuple, par le conseitdes députés de Berne. On les proclama à son de trompe pendant trois jours: et, sur leur refus de comparaître comme ils s'y étaient engagés, malgré les fréquentes sollicitations des députés, ct ensuñte de l'état de Berne à surseoir leur jugement , ils furent condamnés le 5 jui > dans le conscil général ; à la tête, auens qu'on pôt les saisir, el à avoir leurs biens confisqués,
Cette sentence causa un grand tumulte dans la ville ot ronouvela les divisions , les uns voulant qu'on eût égard à la sollicitation dés Sciguours de Berne et qu'on sursit
4 lustr, C. 567.
2 Aloict: IV. 57.88. Savlon 229-251.
110 sÉpirion xGITÉR PAR JEAN PAILIPPE, le jugement jusqu'après la journée amiable qu'on aurait avec eux, et les autres s’y opposant, Le lendemain, dimanche 6 juin, lé capitaine général et ses partisans, irrité de celle condamnation prononcée contre leurs meilleurs amis , émurent une sédition sur le soir, battant et maltraitant par les rucs ceux qui n’claient pas de leur faction. Le peuple courut aux armesz lé bruñt se répandit, que Jeon Philippo avait tué un homme; en ef il eu avait blessé an de telle manière, qu'il en mourub au bout de trois jours; on voyait même tirer des arquebuses de sa maison. Les syndics accoururent avec lour bâton de commandement, pour apaiser le lumulle, LL) e faut pas confondre avec le capitaine général Jean Philippe) fut blessé sans aucun égord à sa dignité, avec plusieurs autres. Jean Philippe, ne se trouvant pas en élat de rdsister au peuple, (sur la faveur duquel il avait trop complé), après avoir vu un homme de sa faction tué, el plusieurs faits prisonniers, courut se cacher. On ferma les portes de la ville; on le cherche partout: on le Lrouva enfin le lendemain caché sous une gerbe de paille, au logis de la Tour- Perse, Le peuple, qui l'avait adoré jusqu'alors, parcoqu'il était riche et libéral, était en fureur contre lui, etne posait point les armes, environnant la maison de ville eu les prisons, de jour et de nuit, criant tout d'une voix : Justice, juélice; et amenaot la femme ot les enfans de celui qui avait 616 blessé à mort, pour exciter la pitié et l'indigoalion des juges. Les syndios aursient bien voulu examiner son affaire müremont, pour découvrir ses desseins ot les intelligences secrettes qu'on Te soupçonnait d'avoir avoc le cardinal de Tournon; mais le peuple qui n'entrait pas dans leurs vues, les pressant de fuire justice, ils se virent obligés d'expédier le procès
ae nse ExÉCOTÉ. AÉFLECION, at de cet homme dans trois jours. Des députés de Berne, arrivés dans le même jour, demandérent qu'on eurstt le jugement, el les exhortèrent à ne rien précipiter, leur représentant, qu'il y en avait quelques-ans qui émouvaient le peuplé pour leurs intéréts particuliers; ils requéraïent à loût lo moins, que pour l'amour d'eux on don- #âL la vie au capitaine, etaux aulres qui étaient tombés en faute. Mais le peuple irrité au dernier point, erinit qu'il ferait lui-même exéeulion des meurtriers, si la justice ne In faisait pas. Les ministres cotrèrent aussi dans celte affaire, exhortant à prier Dieu, et à faire justice. Ainsi Jean Philippe fat condamné à étre décapité, exéeuté sur le champ, et enseveli par grâce dans lo cimnelière commun, !
A ne faut pas oublier ici one remarque excellente, que font à cette occasion les deux annalistes de Genève, Hoset et Savion, savoir: qu'on vit alors manifestement le jugement de Dieu surles quatre syndies de l'an 1538, qui avaient ému le peaple contre ces dignes serviteurs de Dieu, Farel et Calvin, et les avaient fit chasser ; ous qu'en bo do dénrehs el dabs lé dir ils furent tous quatre condamnés par le méme peuple; et quelques-uns périrent misérablement, Le premier, nommé Monaton , qui était de la faction de J. Philippe , et qui avait été complice de sasédition, cherchant son salut dans la fuite, se dévala. par unc fenétre qui était aux marailles de la ville: mais comme il était gros ét pesant, il lit une chüte si lourde, qu'il se crcva et mourat peu de témps après. El ayait dit à Calvin par moquerie que les portes de la ville étaient assez larges pour on sortir, Jesn-Philippe fat décapité, comme on vient de le veir;
2 WVelsch. Miss. 180, 184, Rose IV, 59. 40, HE, Savion 251-299.
18 K29 DYIGOLTÉS sowr APAtES.
- les deux autres furent condamnés comme tratires à être décapités, quoique dans le fond it y eût plus d'imprudence dans leur fait que de mauvaise volonté. Plusieurs autres de leur faction, craignant sans doute un paroil traitement, même un syndic de celle année et quelques conseillers, quiuèrent la ville, et se retirèrent ‘auprès d'eux, de sorte qu'il fallut par trois fois remplacer les vacances qui se faisaient dans le consoil et substituer un syndic, À
Les Seigneurs de Berne trouvèrent fort mauvais que les Genevois n'eussent eu aucun égard à leurs recommandationsen faveur de leurs députés, et surtout qu'onles eût condamnés comme traîtres, pour avoir signé le traité qui causait lant de troubles. Ils prétendañent que cette condamnalion réjaillissait à leur déshonneur; et ayant appris ensuilo la condamnation de Jean-Philippe, ils écrivirent à Genève le 14 juin, demandant copie de lour procès et des sonlences prononcées, afin d'y aviser et de donner là-dossus Jours ordres à leurs dépetés qui devaiont aller à Lausanne pour une nouvelle journée de marühe assignés au 4 juillot, * — Dans cble conférence de Lausanne ; les députés de Berne déclarérent à ceux de Genève, que LL. EE, pourant lour faire voir Tour | drviture, voulaient bien se relcher de ce traité puisqu'il | leur faisait tant de peine, et Le mettre à néant, moyensant qu'on leur relâchât les bious des trois magistrats | condamnés, pour les remettre à leurs femmes et à leurs 'enfans ; et qu'il fussent icous pour gens de bien, etnon pas traîtres. Le consoil général , assemblé pour ce sujet le 6 juillet, voulut en partie graëfier aux Bernoïs.
% Hosot, TV, A1. Savion #54. Savion 255, 2 NVelsch. Miss. 480, 484. D.
MIRPOTR A BERNE SUR LA CÉNE, LL Mais l'après-dinée il ÿ eut quelques esprits ardens et amateurs du trouble qui firent rassembler le conseil 6. néral sans brait, sans son de trompe et de cloche ; et cle celte manièro a yant la pluralité des suffrages , ils Gront prendre la résolution à l'assemblée de ne rien changer à l'arrêt prononcé contre les trois condamnés. Cependant le traité demeura aboli et regardé comme non avonu.
1 y eut dans le reste de l'année plusieurs allées et venues, plusieurs négociations entre Berne et Genève , mais on y conclut rien, Lo détail en serait ennuyant et inatile.
XV. Coue année il y eut de nouvelles disputos à Berne entre les ministres, au sujet de la doctrine du sa- ‘crement de la Gène, Sébastien Meyer précha le dimanche des Ramoaux, d'une manière qui déplat à Erasme Ritter, eelui-ci s'en plaignit et le réfata méme en chaire. Meyer était souteau par les deux autres ministres, Pierre Kuntzenet Simon Sur, ot par les deux diacres, Conrad Schmid, où Paul Strasser. Moyer et ses associés 50 plaigasiont extrémement d'un serment qu'on leur avait
imposé aussi bien que des édits qu'on avait publiéesur ta matière de l'Eucharistie après les arrétés Er disant que par là on leur dtait la liberté « vangile suivant l'esprit du premier édit de religion. = ent qu'ils ne voulaient point s'éloigner des conclu sions dela dispute de Berne, de la confession de Bâle, de l'éclaircissement envopé à Luther, ni de la liturgie ; que cependant ils ne croyaient pas devoir étre liés par ces arrêtés dos synodes, ces édits et ce serment au sujet de la Cène , mais être libres , voulant bien d'aillours s'engngorhse servir d'expressions claires, quoi Riller nes'op-
* Inste, C. 512.