‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 4)Chapitre 48 sur 112 · POLITIQUE DU PAPE · texte numérisé non relu

POLITIQUE DU PAPE

pondit autre chose sinon, qu'il voulait exécuter son dossein avec le sacours de Dieu. Maurice de Saxe sa plaiguit en même temps de ce qu'il y avait quelques milliers de Suisses, en partie sous la conduite du chevalier Sébastien Schertlein de Burtenbach, dons l’armée des protestans et les exhorta à les rappeler. Les cantons lui répondirent : « Que quelques-uns de lears sujets étaient allés à coute guerre sans ordre; que pour cette raison l'on no pouvait pas les rappeler : mais que quand ils seraient de retour chez eux, on ne les Inisserait pas impunis, Cependant on publia de nouvelles défenses contro les earollemens et les services étrangers, * »

L'empereur fut fort mécontent du pape qui avait ainsi découvert sessecrets et lui en sut irès-mauvais gré; d'autant plus que le pape avait fait cela dans le dessoi de susciter des embarras à l'empereur, à la faveur desquels il pourroït lui-même se débarrasser du concile qui lui, causaït tant de peine. 1! n'était pas | faché d'ailleurs dé trouver les moyens d'affaiblir la maison d'Autriche qui était trop puissante à sou gré Ccomine il le fit assez cote naître l'an 1544) et qui lui était de jour en jour plus suspecte, si bien même qu'il ft une étroite alliance avecla France ; ce qui donna occasion à un bruit qui se répandit, en Lialie, que le pape et le roi de France ensemble avaient fait alliance avec le ture, et qu'ils étaient, ro lus de chasser l'empereur d'Italie. *

IL, Dons cette occasion Rodolf Gualther de Zurich, dont j'ai déjà parlé quelquefois, mr r) d'août cinq sermons, où il s'attachait à prouver quelé pape était le véritable antéchrist, dont il était parlé dens

# Hotting, 774.

4 Sloid. 47.

SERMONS DE GUALTHER. ss l'Ecriture ; il dédia ces scrmans au landgrave de Hesse, comme au général des protostans ligués en Allemegae. Cet ouvrage fut parfaitement bien reçu parmi les protes- Hans ot on le vit traduit incéssamment en italien, en an- £laïs ot en français. Les catholiques en furent en fureur

: contre Gualiher et eherchèrent à venger leur roligion sur sa personne par des machinations secrèles ct perniciouses; mais la bonne providence de Dieu dissipa loue complot. À È

Les cinq cantons catholiques en firent une querelle à celui de Zurich, qui protégen son théologien. 1 y eut une diète assemblée au moîs de mars de l'année suivante 1547, où les Bernoïs secondés des deux auires cantons réformés soutinrent les Zuricois ; mais on les exhoria

néanmoins en particulier à user un peu plus de modération, les manières trop vives n'étant pas alors de snison. ?

Cette année la bourgeoisie de Bâle ayant été assembléc le 27 d'août résolut courageusement, de persévérer dans la profession de l'Evangile et do ne s'en laisser détourner par aucun danger. ?

Tout le comté de Neuchâtel avait reçu la réformation sans grande difficulté à ln roserre de deux paroisses, Landeron, petite ville et Crissier, village, qui sont entre les lacs de Neuchâtel et de Bienne, George de Rire, Seigneur de Prangins, gouverneur du comté de Neuchätel, devenu aussi élé protestant qu'il avait été ardent catholique, employa quelque temps son autorité ct se4 remonirances, pour porter ces deux paroisses à recevuie

© # Houing. 770. # faste. 545. | 3 Wuritigen VIL 48.

284 GUERRE AUX PROTEMTANS.

la réformation. Il étnit soutenu en cela par les Seigneurs de Berne, qui ayant le droit de collature sur l'Eglise du Landeron, voulurent y introduire un ministre; mais ces deux paroisses s'y étaient opinidtrement opposées, et avaient imploré le secours de l'état de Soleure avec qui elles avaient ua traité d'alliance et de combourgeoisie. Il y eut diverses négociations sur celte affaire, qui se terminèrent sans rien conclure, Enfin, comme celle anaée le Seigneur De Prangins voulut y établir uni. nistre par force, Soleure s'y opposa vigoureusement, el envoya 900 hommes armés pour soulenir $6s alliés dans leur religion. Ainsi le projet du gouverneur tomba, et ces deux paroisses sant demeurées papistes ; ce sonb les seules qu'il y ait de ceue religion dans toute la prineis pauté de Neuchâtel et Vallangin. ! ©

Cette année Chatles V exécuta les menaces qu'il avait. faites aux états protestans d'Allemagne, et cela causa dans l'empire une guerre sanglante qui dura cette année” et la suivante, avec un tel succès que les L2 virent à deux doigts de lour ruine. Late celte guerre. IL était mort peu après le commencement de l'aunée, à Eisleben, sa patrie. Il y avait été par les Comes de Mansfeld, pour accommoder Le diffé rent qui était entr'eux au sujet de leur héritage. Quoi qu'il fôt indisposé sur la fin de janvier, cependant il ne laissa pas de vaquer aux affaires pour lesquelles il) L était allé la, et il préchait quelquefois el communiait ; « et même ( dit Osiander, que jo copie ici, ) dans ces ns mons il déclamait très-fortement contre les ds eLlés Calvinistes; c'est pourquoi il y a tant'plus lieu de! s'étonner que les Calvinistes osent ainsi mentir, en dis

* Hafner Theatr. So!od. 254.

MONT DE LUTHER, 2815 sant que Luther a embrassé leur parti. » — Je no sais quels sont ces Calvinistes qui ont publié ce que dit Osiander. Je erois qu'il aurait été fort embarrassé à le prouver,

Ge que les Calvinistes ont dit et qu'ils ont dit avec raison, c'est que Luther ayant examiné leur doctrine sans passion C4 sans préjugé, ne l'avait pas trouvée si mauvaise qu'il l'avait cru aupa qu'il avait approuvé lour confession de foi et ircissement qu'ils y avaient ajouté sur l'article de la Sainte Cène, et qu'il leur avait lémoigné non seulement consentir à l'union de leurs Eglises respectives, mais même li souhaiter ardemment, nonobstant quelque légère différence de sentiment, comme on l'a vu ci-dessus. Mais il changea depuis borriblement. Le 17 février se trouvant plus mal de la poitrine , après avoir soupé avoo sa femme ei ses enfans et quelques amis, il prit un remède et 5e mit au lit disant à ses amis: e Priez Diou qu'il nous consorve la doctrine de l'Evangile, ear le pape et le concile de Trente machinent de terribles choses, » Après ces mots il s'endormit un peu, mais le mal redaublant il se reveilla après minuit se plaîgnont d'une grande oppression de poitrine. Alors jugeant que sa fin était proche il adressa à Dieu la prière suivante avee beaucoup de ferveur: « Mon père céleste! Dieu ! et père de N. S. Jésus- Christ} Dieu de toute consolation ! je te rends grâce de ce quetu m'as révelé Jésus-Christ, ton file, à qui j'ai cru, que j'ai fait profession de croire, que j'ai aimé , que j'ai célébré, que le pape de Romo et tout le reste de cote troupe d'impies persécule et outrage. Je Le prio, Seignour Jésus-Christ! reçois ma pauvre âme! Mon père céleste! quoique je quitte celte vie, quoique je doive quitter ce corps, je sais cepondant pour certain, que je

236 ANÉCDOTE.

demeurerai avec toi éternellement et que nul se me peut arracher d'ontre 165 mains. » Bientôt après coule prière après avoir eneore une fois ou deux recommandé son âme au Seigneur, il mourut doucement comme s'il se fütendormi, le 18 février 1546, âgé do 63 ans. Soncorps fut porté à Wiltenberg par ordre de l'électeur de Saxe dans un cercucil d'élain, et inhumé dans l'Eglise du château. ?

Lei il ne sera pas hors de propos de rapporter une couversation que Luther eut avec Mélanchton peu de jours avant sa mort, touchant la controvorsé sacramenlire, comme on l'appelait alors, de la manière qu'elle a été racontée par des lémoins très-dignes de foi, en= autres par Mélanchton lui-même, (qui avait résolu de V'insérer dans son lestament, s'il n'eût pas élé prévens par la mort, } et par Alexandre Alesiu, professeur très célèbre dans l'université de Leipsik. Voici ce que ce dernier en a écrit dans un livre imprimé: « Luthorpres nant congé des théologiens 505 collègues, avant que dé partir pour aller dans sa patrie, où il mourut, cab ne conversation avec M, Philippe Mélanchton que ce doc | leur n racontée à plusieurs personnes, et qui peutêtre prouvée par des témoins au dessus do toute chicaue, 8 voir, que de son propre mouvement, e1 saus qu'on le lui demandât, il dit brusquement: Mon cher Philippe, 3e l'avoue, on en a trop Fait dans la dispute du Sacrément: Mélanchton lui répondit ; Ek bien, Monsicur le docteur, pour pourvoir au bien de l'Eglise, publions quelque écrit composé avec donceur, où nous expliquions clairement notre doctrine, Luther lui réplique : Mon cher Philippe, J'ai aussi ponsé à celn avec booucoup d'application;

M'Ohiander (5, 909.

SUR AUTRE. 27 mais par là je rendrais toute ma doctrine suspecte. Ainsi jo remots Ja chose à la providente du bon Dieu. Faites aussi quelque chose, vous autres, après ma mort.» Voilà ce que Mélanchlon a raconté,

Les luthériens 26lés ont travaillé de toutes-leurs forces à supprimer celle anecdote de la vie de leur mattre où à la faire révoquer en doute, mais où en à si authentiques qu'il n'y a que des fronts qui ne savent rougir de rien qui puissent contester ce fait; on peut les voir dans Hospinien. * Je ne m'y arrête pas, parce que cela n'est pas proprement de mon sujet. D'ailleurs il nous importe assez peu que buther ait teau ou non le discours qu'on lui attribue. Car soît qu'il l'ait tenu soit qu'il ne l'ait pas tènu, noire doctrine n’en est ni meilleure, ni plus mauvaise, S'il l’a tenu, cela lai fait honneur; on voit par là qu'il réconnaissait sus excès eL ses emportemens, mais qu'il n'avait pas le courage de publier quelque rétractation, à l'exemple de St. Augustin, retenu par la crainte frivole de rendre sa doctrine sus= peete sur tout le resté. *

Les théologiens de Zurich après qu'ils eurent publié leur apologie, et depuis lamort de Luther, ne publièrent rien qui eontint la moindre insulie contre sa mémoire, ni qui put donner lieu à de nouvelles contestations, car ils auraient beaucoup mieux aimé à ceite affaire eût élé entièrement assoupie. Ce ne fut que malgré eux qu'ils fürent obligés, dans la suîte do réprendro laplume pour s6 défendre. # Bion loin d'insultér à la mémoire de

À Hospin. 564.1, 302. a.

® Hospin. 385. b.

2 Hotting, P.T, VE pi 768.

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