ET PERRIN EN PRISON
et à mes collègues, qu'ils foignent tous, même Les plus scélérats, de regarder comme an parricide le moindre mal qu'on voudrait nous faire, »
Calvin finit sa lettre par ces tristes réflexions : « Leur méchanceté a éclaté avec tant de violence; que j'espère à peine que l’on puisse conserver, plus longtemps l'Eglise dans un état supportable; surlout par mon mi mistère. Je suis abattu, croyez-moi, si Dieu ne rate la main. »
On voit par là que ce grand homme commençait à perdre courage, à cause des longues, fréquentes et violentes contradictions qu'il avait à esstyer, où oppositions que la faction des libertins faisait à l'exercice | de la discipline ecclésiastique; oppositions qui allaient jusqu’à la sédition, à la rebellion et au carnage: El jugoait que ces gens-là ne se donneraient aucun repos qu'ils ne fussent venus à bout de leurs pernicieux desseins: Mais la Providence de Dieu y pourvut bientôt. Quat-e)jours après cette sédition, le 20 septembre, les magistrats dé couvrirent que le capitaine Porrin avait outrepustéises instructions auprès du roi de France, et qu'il yanait né gocié une compagnie de 200 chevau-légers, dontilse rait le capitainé et qu'il entretiendrait à Genève, aux dé: pens er pour le service du roi. Ainsi il fut retenu long= temps en prison, comme coupable de trahison. Des députés de Berne onvoyés pour un autre sujet; infor cédèrent pour lui, ls obtinrent le relichement delsos beau-père et de sa femme, sous condition qu'ils iraienk faire leur soumission et reconnaître leur el consistoire. *
M y avait alors à Genève un français nommé, es
Moset. 45. 15.
ANAIRE DC MAIGRET. 12 gaifique Maigrot qui avait élé reçu bourgeois, ct qui fur accusé d'avoir fait avec quelques autres des proliques criminelles contre la liberté de la ville et d'avoir roçu quelques lettres du président du sénat de Chambéry, pour le roi de France, touchant 200-chevaux qu'on of: frait aux Genevois de la part du roi pour la: défense du pays. Cet incident ponsa brouiller de nouveau les deux villes. Los Seigneurs de Berne envoyèrent le 13 octobre à Genève des députés pour faire punir ee Mai. gret ol ses complices, regardant ces démarches comme contraires à leur traité d'alliance, qui portait qu'on ne pourait prendre d'autre alliance à l'insu les uns des autres. Hs demandèrent qu'il füt chassé, l'accusant d'étre l'auteur dos brouilleries des doux villes, et que.sans lai ile n'auraiént point plaidé contre Genève. Ainsi ces mêmes députés qui demandaiont grâco pour Porrin, demandèrent justice contre Maigret, et produisirent plusieurs articles contre lui, demandant qu'il y répondit. Les Genevois roulurent que cette affaire fût portée de. vant leur tribunal ordinaire de justice ; mais les députés de Berna voulurent la porter devant le conseil général, selon l'ordre qu'ils en avaient, et démandèrent d'y étre entendus ; mois le grandeonseil le leur refusa, para raison que l’assemblée générale ne prenait point connaissance des causes criminelles. Ces députés furent renvoyés à Genève, le 11 novembre suivant, pour se plaindre de co refus aux conseils, quoique l'affaire f0t si importante et que ce ne FdL pas on crime ordinaire mais un crime d'élat qui intéressait toute la république, et pour les solliciter de nouveau à punir co Mnigrot, d'autant plus qu'il avait fait épier uo genevois qui avait dté en grand danger d'être enleré, etc. Cos députés exécutèrent vivement leur commission, et demandèrent de nouveau
Li GRÈVE, ÉTRAKGENS, d'être entendus devant le conseil général, regardant le refos qu'on leur en avait fait comme l'effet d'un soupçon très-mal fondé qu'on avait conçu conir'eux, protestant que jemais ils n'avaient attenté contre les droîts et La lie berté de Genève, etquesi l'on n'en faisait pas justice, fls y'avisersiens et prendraient d'autres mesures, Mais les eunsails furent tovjours fermes à leur refaser l'entrée du conseil général; c’est pourquoi ces députés s'en ale lérent trèsamal eontens. * — Cependant le capitaine Perrin fat relâché Le 29 novembre, maïs déposé de tous 05 emplois. On ne fit aucune attention à l'exeuse dont ilse servait, disant, que dans la négociation de es 209 chevau-légers il avait réservé la permission de La Seis gaeurie, etqu'ilne l'avait pas faite pour aucun dessein contre Genève. Muigret fut aussi relèché de 46 janvier | suivant, à condition de se représenter quand on Nape pellerait. * “ Comme dans ice temps-là de mombre des.
s'augmentait considérablement à Genève, où ls 80 ré fugiaient de ous côtés pour fuir, les uns la persécution qui se faisait en Halie et en France, les autres In déso> lation que causait ki guerre en Allemagne, lerconseil erot devoir prendre des mesures pour prévenir let maux et les désordres que pourrait causer celte afuence ex= traordinaire de réfugiés, Le conseil les Gt | le dimanche 27 novembre, et leur it préter sorment:ds fidélité et de soumission à la Scigneurie, avec pormis: sion de vivre selon Ja réformation évangélique, établie dans ceue Eglise. H fut même ordonné pour plus grande assurance, que tout étranger arrivant à Gonève pour s'y
# Savion. Rosct, . 13.40. Mister, 580, 585.
? Savion. floset. V. 40.
LETTRE DE CALVUX, m7
habituer, devait d'abord à son arrivée présenter aux magistrats des certiGcais do bonne conduite, pour obtenir d'eux la permission d'habiter dans la ville. * Cependant la tranquillité n'étoit pes encore rétablie à Genève. Voici ce que Calvin en écrivait à Farel dans une lettre du 28 décembre: « Nous avons donné quelque crainte à nos gens; mais il ne parait aucun amendement. — Nous avons presque lout essayé jusqu'aprésent, mais sans succès. Il reste le dernier acle auquel je souhaïlerais que vous fussiez présent, — Les Deux-Cents ont ordonné que nous et des autres pacilicateurs énlerassions toutes les querelles. J'ai roulu qu'on commencät per moi-même. Notre César de ci-devant * disait qu'il n'avait point de démélé erec moi : j'ai d'abord touché le vif da mol, Jo lui ai adressé un discours grave et modéré; j'y ni entremélé quelques traits un peu vifs, mais sané le choquer, Quoiqu'il m'ait promis en me 4oucliant la main, qu'il soulait se repentir , je crains bien d'avoir parlé à ue sourd, — Je sais qu'il y a des gens qui se sont plains h Wiret de ma trop grande rudesse. Jens sais ce qu'il en a cru; cependant j'ai entreva qu'il appréhende que je ne me laisse tropaller à la sivacité de mon tempérament. Je l'ai prié de venir ici. Je pourrais bien lui répondre co qu'un acteur dit dons Téronce : « Si vous étiez à ma phaoe, vous ponseriez 4oul autrement. ? » VIL. Cette année 1647, l'Eglise protestante ne présentait de tous côtés qu'un aspect triste el lugabre : en Allemagne il #'en fallutpeu qu’elle ne fût rainée par les victoires de Charles V, Ce puissant monarque vint à
# Rosel. V. #5.
2 Li désiguait par là le capitaine Perrin.
Spip
528 PROTESTASS VATNOUS.
bout de diviser les protestans confédérés à Smalcalde, qui firent une faute capitale de ne pas se tenir fortement unis. Il s'empara d'abord dès le commencement de l'année du duché de Wartemberg; et le due sbandonné de ses alliés, fut obligé de se soumettre à des conditions 1rès-dures, enir'autres de lui ouvrir tout son pays, de lui payer 800 mille écus pour les frais de la guèrre, eh de recevoir garnison impériale dans trois de ses meile leures places, Asperg, Kircheim et Schors, d'Or. Les villes impériales de la Haute-Allemague, Memminguo, Augsbourg, Bibrach, Lindoa et quelques autres se sque
mirent et furent reçues en grâce, à, D ms se |
de grosses sommes d'argent par forme d'
bourg en fut quitte pour 5 mille éeus : et 12 pi
canon. Elle était moins à portée des efforts de Charles, Le mois d'avril suivant Charles V poursuivit l'électeur de Saxe, Jean-Frédéric, avec son armée, ei l'ayant at teint à Mublberg, près de Wittemberg, 3} le bauit à plate couture, il + prit prisonnier et le
l'électorat de Saxe, pour le donner à son cousis
due de Saxe, dont la postérité le possède
d'hui, Il ne restait plus que Philippe, La e Hesse. Ce prince se voyant demeuré seul, w'était pas en état de tenir tte à l'empereur. Maurice, son gendre, nouvel électeur de Saxe, et l'électeur me RS se chargèrent de faire sa paix avec l'em
durent, quoiqu'à des conditions fort er, Len
rent avec eux à Hall, en Saxe, auprès de qui, par une insigne supercherie et contre, la parole donnée aux deux princes médiateurs, le retint prisoë=
nier, et le garda dans les chaînes pendant cinq ans en= | tiers avec l’ancien électour de Saxe. Après cela il alla tenir la diète de l'empire à Augsbourg, où il fittant, et
SEA ALLER 529 par flatueries et par menaces, qu'il cngagea la plupart des princes et élals protestans d'Allemagne, à se soumettre aux décisions du eoncile de Trente. *
Dans co temps-là Jean Haller était ministre à Augsbourg, où il avait été appelé de Zurich, lan 1545. était fils de ce Jean Haller, qui ayant été chassé de Froutigue paroïsso des montagnes du pays Allemand de Berne, par les paysane rebelles, s'était retiré à Zurich, où on lui avait confié le ministère de la petite ville de Bulach. I avait perdu de bonne heure son père, qui fat tué à côt6 de Zrviogli, dans la funeste journée de Cappel, au mois d'octobre de l'an 1531, Il avait fait ses études à Zorich et comme il se fil bientôt remarquer par ses progrès à son retour de ses voyages académiques, il fut reçu au St. Ministère l'an 1542, n'étant Agé que do dixmeuf ans et demi, car il était né le 11 janvier de l'an 1578, comme il nous l'apprend lui-même dans sa chromique, Pendant {roié ans il fut employé à servir quelques Eglises do campagne dans le voisinnge de Zurich; * et l'an 1545, le sénat d'Augsbourg syant besoin d'un ministre el ayant écrit aux Seigneurs de Zurich pour en avoir un qui pütseconder dignement Wolfgang Musculus, qui y était déjà depuis seize ans, on lui envoya, mais pour deux ans sculoment, notre Haller qui répondit parfaitement à l'attente dela Seigneurie ot de l'Eglise. * El y fut2 ans entiers, assez lranquillement ; mais celte année 1547 l'Allemagne étant toute en troubles, et les protestans abattus par les armes victoriouses de l’empereur, à qui la plupart des villes impériales et éntr’autres Augsbourg,
! Sleidan.
3 Bern. Mausol. 11. Part 489. 485.
5 Ib 484. :
55 .MALLER RAPPELÉ 4 ZURICN, avaient été obligées de se soumettre, le sénat de Zurich le croyant en danger, el craignant pour dui, lui écrivit le 18 mai de quitter Augsbourg, et do revenir à Zu rich. ‘Les magistais d'Augsbourg l’ayanisu, écri) incessamment aux Seignours de Zurich, pour Les prier de leur lsisser Haller encors quelque Lemps, d'autant plus qu'il n'avait pas encore accompli les deux.
lesquels on le leur avait prété. Ces Scigneurs
de la désolation prochaine dont était menacée cette belle et florissante Eglise, consentirent à lui laisser Haller encore quelque Lemps, en attendant qu’on vit
que les aflaires de religion prendraïent en All quoiqu’ils s'en fissent beaucoup de peine à ca
garnison et des ai troupes impériales qui. Augsbourg. Ile écrivirent donc aux magistrats d'
bourg le 50 mai, qu'ils déféraient à leurs désirs, n conditions que ces Messieurs prendraient soin de
“pour Je garantir de tout mal, et que dès qu'ils
qu'il n'était plus dans leur pouvoir de le p
laisseraient partir. * Comme le danger allait en
à Augsbourg , les Seigneurs de Zurich écris
une fois aux magistrats, lo 28 juillot pour
mander d'en prendre soin, et de le laisser p
qu'ils n'eussent pas assez de pouvoir pour le
Enfin l'emploi d'archidiaere étant venu à v
vich, les Seigneurs no lrouvant personne po dignement ce poste à leur gré, ne balancère
rappeler Haller ao commencement de
ET GÉDÉ A Benne, 551 tobre. a Aipoïhe dur enorot nes maires son nouvel emploi à Zurich, que les Seigneurs de Berne ayest appris son retour, informés qu'ils étaient de son rare mérite, souhaitéront de l'avoir dans leur capitale, et lo demandèrent aux Seigeoursde Zurich par une lettre datée du 9 de novembre. Et quoique d'abord ils le leur eussont refusé; ils ne se rebutérent point. Ils revinrent encore à la cherge et députèront à Zurich, le printemps svivant, Joan Rodolf de Grafenried, banderet, Seignour distingué par son zble et sa piété, pour demander Haller, —— Les Scigneurs de Zurich consen- Biront'alors le 5 moi 1548, à prêter ce digne ministre à ceux de Berne promierement pour un mois, et sl était goûté de l'Eglise pour une dermi-année, ét même pour une année entière #'il le fallait; mais sous condition expresse qu'il rotournorait à Zurich au bout de l'années de sorte que dans cétte année on lui conservait à Zarieh son poste avec le bénéfice et on faisait dosservir son emploi par un autre à ea placo. — Maller commença ainsi ses fonctions de pasteur à Berne, le jour de l'Ascensionide l'an 1548. * É
On fat tellement éWfié à Berne de sa conduite et de sa prédication, qu'avent que l'armé fut écoulée, les Seigncurs de Berne prièrent ceux de Zurich de le Icuroisser pour losjours, leur représentant le besoin qu'onavait de lui, et le grand froit qu'il faisnit dans l'Eglise, Maïs les Scignours de Zurich ne pouvant pas se résoudre à so priver pour Loujours des services de cet excolleut Homme, ne voulurent lo laisser à Berne que pour une aunéo encore, et lui en donnèrent avis par une lettre daléc da
2 Ibid. 497 — 399.
? Ibid, 600 — 506.