‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 4)Chapitre 56 sur 112 · LE PAPE TRAVAILLE CONTRE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

LE PAPE TRAVAILLE CONTRE L'EMPEREUR

Dans le même temps les émissaires du pape travail. laient aussi vigoureusement à animer les Suisses contre l'empereur, où du moins à leur inspirer de l'éloigne ment et de la défiance à son égard. Jérôme Franck, nonce ordinaire en Suisse, présenia aux cantons deux eu trois semaines avant Pâques, un long mémoire ten. ! dant à les inviter au concile qui venait d'étre transféré à Bologne. Le lundi après la St. Jaques, (c'était le 30 juillet, } Albert Rosin, agent du pape en Suisse) dis. tribun à chacun des dépatés des cantons à la diète, un écrit imprimé qui venait de la cour de Rome, et disait, que le pape et le sacré collége exhortaient les cantons à ne point se laisser diviser, parce qu'il ne pouvait pas arriver un plus grand plaisir à l'empereur, que celui que lui donnerait leur division. Il ajouta que, quand il était en route, venant de l’Ialie en Suisse, il avait appris par les chemins que les impérinux avaient envoyéet dise» bué quelque argent en Suisse, pour les brouiller, Deroi

de France fit aussi solliciter les cantons à renouvelle |

l’ancienne alliance de sa couronne avec eux, toutes ses sollicitations et le souvenir des, honnétetét dont il avait comblé leurs ambassadeurs, il ne put rien obtenir. © te D'un autre côté l'empereur et le roi Ferdinand son frère, sollicitaient aussi les cantons à renouveler leur capitulation pour le Milanais, mais avec le méme succès. Touies ces négociations opposées de ces diverses puis= sances causèrent des allarmes aux Suisses, œæ ils crurent voir que ces puissances se jouaient en quelque manibce d'oux, cherchant à se fortifier à leurs dépends. A cette occasion le canton d'Uri prit une résolution

4 Steltler 464.

sac8 nÉsOLurION p'unx. « sui

fort sogo, qu'il serait à soubailer qu'il eût constamment obsorvéé, et tous les autres cantons avec lui. Il fit dire à la diète par ses députés; « que comme leurs ancêtres avaient fait une union héréditaire avec l'empereur, et une paix et une union avec la couronne de France, ils voulaient les observer religieusement tant qu’elles dureraicot; mais qu'après qu'elles seraient expirées, ils étaient résolus de renoncer à tous les princes et Seigueurs étrangers, persuadés que personne ne pouvait le trouver mauvais ; qu'ilsno voulaient fairc-la guerre à perone, mais que tant qu'on. vivrait en bons voisins arec eux, ils vivraient aussi on paix. Et comme depuis que l'or des princes étrangors s'était gliseé en Suisse, il n'a vaif produit que la cherté, le luxe, l'orgucil, l'envie, les querelles et les divisions, et qu'on voyait que le frère Nicolas, ( ce-bon hermile d'Unterwald } avait rencontré juste dans co qu'il avait prédit qui arriverait. de ces sortes de pratiques ; pour colle cause ils avaient résolus de commencer par eux-mêmes, afin de contribuer à une plus grande union, priant les autres cantons amiabloment, et à bonne intention de se conformer à celte r6solution, pour le repos et la tranquillité générale de tous. » Mais celte sage représentation ne fut pas écoutée.* Dans ce temps-là, un envoyé du roi Ferdinand parut. devant la diète et s'appliqua vivement à réfuter les mémoires des sgons du pape; il peia les cantons de ne pas croire ce qu'on leurdisait des dossoins de lomperouret du roi son matire, contr'eux, de ne pas les soupçonnor de rien de semblable, d'être platôt persuadés, que ces deux monarques n'avaient que de bonnes intentions à leur égard, résolus d'observer religieusement l'union héré-

“id. 188.

se LE DUC DK AVOIR.

ditaire contraclée avec eux. Ils lui répondirent 214 Qu'i la vérité on leur avait tenu divers discours, capables

de les remplir de défiance, mais mean RER n'y avait pas ajouté foi, w'oyant rien plus à cœur de leur côté, que de vivre en paix avec tout le monde, ac. »

Cependant Bâlo et Schañouse furent inquiétées de nouveau par dos lettres citatoires de la chambre impériales. Leurs députés s'en plaignirent à la diète, qui fit à ce sujet des remontrances aux agons de l'em pereur, leur représentant que cos deux villes avaient été exomptéos de ces sortes de procédures par des patents) d'empereurs. Ces agens en donnèrent avis à l'empereur, qui leur répondit : « Que cela n'était arrivé que par mé gardo, et non pour aucune raison. » Ainsi ils excusèrent) la chose le mieux qu'ils purent, nement villes se contentassent de celle excuse. À

Les Dernoïs, les Fébourgeoïs et les Vallaïsans’ pc | | aussi inquiétés par le duc de Savoie, qui leur ff rede mander les terres qu'ils lui avaient prises:

Vaudan parut à Berne pour ce sujet, offrant deson maître de renouveler l'alliance de la” Savoñc avec leur république. Les Bernoïs lui |

que puisque cela n’était pas arrivé, et que 1e avaient pris le our qué chacun sav ï, ct cela pari faute du due Mis on ils n'y voulaient rien

Via. 168.h 2 Id, lbid.

DISPUTS À LAUSANNE, 543 Les Fribourgeoïs rent une réponse qui n'était pas plus satisfaisante pour le due, *

VHI. Los Bernois ne pensaient guèros à reslituor à ce prince les pays de Vaud, de Gex et de Chablais. Ils étaient au contraire occupés à y avancer de plus en plus la réformolion, qu'ils y avaient établie. Ils publièrent en décembre un nouvel édit de réformation, dans lequel ils 0 pligoirent du peu de progrès que la réforme avait fait, des superstitions papistiques el magiques, et des vices qui étaient encore en vogue, de la négligence des ministros à s'acquitter de leurs charges, elc. A Bursins dés sage-femmes baptisèrent un enfant, qui vintau monde malade. Les ministres de leur côté se plaignaient des Seigneurs, qui ne voulaient pas souffrir qu'on exer- Gât la discipline d'une manière propre à bannir les excès de l'Eglise. *

On disputa h Lausanne sur 90 thèses qui firent grand bruit. Quand on les eut à Berne, on en extraisit dix, qui se trouvèrent contraire aux dix articles de la célèbre dispute de Berne, Lo conseil ordonna aux ministres de la ville de-les examiner, et d'en donner leur avis par écrit. Deux d'entr'eux, Béat Gherung et Simon Sulzer, approuvèrent ces thèses, et offrirent de les soutenir dans une dispute publique. Mais les Bernoïs, las de ces disputes et no voulant plos en entendre parler, congédièrentces deux ministres; « ayant trouvé, nous el notre grand conseil, disent ces sénaleurs, le 11 mai, que cos dix thèses sont opposées aux articles de notre dispute ; à cos causes, pour le maintien de la paix et do quillité, et afin d'enlever une bonne fois pour tout

% Ms. Fhorw. 2 Wal, Miss, B. p. 196. Arch de Lausanne.

5% HALLER EST LATSHÉ À BERXE, disputes et ces querelles, nous avons été occasionnés de congédier, ele, *

Se voyant donc obligés de chercher d'autres ministres plus propres et plus portés à l'union, ils souhaitèrent tant plus ardemment d'avoir aller pour ministre, et le demandèrent avec empressement aux Zuricois. # Et quand ils le leur eurent accordé pour un Lemps,' ebique son ministère eut fait beaucoup de fruit à Berne, ils souhaitèrent de le retenir pour toujours au miliou d'eux, et l'en firent prier. Il répondit que la chose no dépendant pas entièrement de lui; il la remettait au bon plaisir des Seigneurs de Zurich. On envoya dove, le 2 ds juin, deux députés do l'état à Zurich, comme je l'ai déjà rapporté ei-dessus, pour prier ces Seigneurs d'accorder entièrement Jean Haller à l'Eglise de Berne, pour toute sa vie, parce qu'on l'y souhaitait extrémement, à cause des grands froits qu'il y faisait, d'autant plus qu'il étaitné Bernois. ? Les Scigneurs de Zurich l’accordèrent.

On appela aussi Bénediet Marti, pour remplis l'autre place vacante, qui était la profession de théologie. LL, EE, l'avaient entretenu à leurs dépens dans l'uriersité de Marpourg. Is lui écrivirent le 6 août,-pourle rappeler à Borne, et lui envoyèrent en même lemps un courrier pablie, (Loüffer) pour l'amener, s comme il y occupait un poste honorable, ol que sa présencemy était encore nécessaire, celle université pris LL. EE; delle leur laisser jusqu'à Pâques de l'année suivante ; ec qu'ils lui accordérent. — C'est le même qui dans la suile ayant grécisé son nom, 80 fit appeter Arélius,

4 Ms. Grous.

2 Lnstr, D p. 405. Ms. Gross.

3 Just. D p.38. Ms. Amp. p.19,

sua sn neTINR À HALE. ss

Sulzer se retira h Bâle avec sa fomme, qui étrit B4loise, de la famille des Mérian et après y avoir été quelques mois sans emploi, on lui donna la conduite du collége des Augustins ; et l'année suivante 1349, il fut étnbli pasteur de la paroisse de St. Pierre, à la place de Wolfgang Wissebourg. Les années suivantes il eut encore d'autres emplois, comme on le verra dans son lieu, I fut aceusé d'avoir plus de penchant pour la doc trine de Luther, que pour celle de Zwingli. *

Bien des lecteurs souhaitéront peut-être de savoir co que c’étaient que ces thèses de Lausanne, qui donnèrent occasion à Lant de vacarme, et qui était celui qui les avait composées of soutenues. Mais je n° n pu découvrir sur ce sujet. J'ai trouvé seulement qu'au mois de maï il survint quolque division entre P. Viret et André Zébédée, principal du collége de Eausanne, au sujet de la Sainte Cène. Elle dura jusqu'au moïs de mars de l'année suivante, qu'ils furont appelés 1ous deux au synodo de Ber:

Le jeudi 2 février, le village de Rances, proche a'Orbe, fut désolé par un incendie qui y consuma 44 maisons, où habitaient 241 personnes. *

IX. Jo reviens aux affairés générales. Charles Virrité contre le pape, qui lui rompait toutes ses mesuros par la translation du concile, entreprit de régler la religion sans lui, pour lui faire comprendre qu'il n'avait pas besoin de son concours pour une affaire de celte pature. Il chargea deux prélats catholiques, Jules Plloug, (ou Charruë) évêque de Naumbourg, et Michel Sidonivs,

# Molch. ad p. 169.

Sa6 INTER,

grand-vicairo de l'archevêque de Mayence et un luihérien mitigé, Joun Islebius À gricola, (prédicateur do la cour de Joachim, électeur de Brandebourg,) do dresser un nouveau formulaire de religion, solon lequel on

Allémngne les instructions, les cérémonies de l'Eglise, et la réformation de Vétat ecclésiastique; on appel ce formulaire du mot lnin interim qui siguïlie en aifondant, parce que quand Charles le fit pablier, il déclara qu'il voulait qu'on s’en servit en tout lieux, seulement à lemps, el en altendant les décisions d'un concile. Cet interim était un pot pourri de diverses doctrines et pratiques des deux religions. ? On y faisait quelques réformations, suivant les idées des proleslans, mais on y relenait encore ples du vieux levain du papième: Ar'autres on y permellait le mariage aux prêtres, eLlon leur donnait ordre de se défaire de leurs concubines, On diva à co sujet, que l'évêque do Bille foi chargé de la part

diocèse, de se défaire de leurs concubines dans quatre semaines. Mais quelqu'un éerivais là dessus 2 « Commentcolairat-il? faudra que l'évêque commones par lui-même, ensaite tous les chanoines, cte:5 Golformuldire déplut également aux deux partis, le trouva fort mauvais et en voulut beaucoup de prélats allemands, tant paree que la cour dé Rome est en possession de ne jamais souflrir aucune ré forme, non pas même le moindre changement en matibro d8 religion, qu'à cause qu'on y regardsit comme un attentat inovï, que Charles mit la maïs à

* On peut le voir tout entier dans les Annales où Abrôfé de l'Histoire Ecelésiastique du Siècle XVI, par Luce Osiasder, dés la page #5, avec les remarques de l'historien.

rentes. ES l'encensoir et entreprit de Mere rpm autorité.

Les protestans n’en furent pas satisfaits non tal Agricola lui-même qui en avait été l'un dés compila- Lours, s'en repentit amèrement dans la suïle, et l'on prétend même qu'il mourut désespéré et qu'il se ton lui-méme. * Et Joachim, électeur de Brandebourg, qui souhaitait que l’ouvrage de son prédicateur fü ogréé des prolestans, et l'électeur Palatin, firent venir de Strasbourg auprès d'eux le docteur Bucer, comme un esprit pacifique et modeste, pour l'engager à souscrire à cet interim, dans l'espérance que son exemple en en trainerait plosieurs autres. Mois Bucer l'ayant examiné, et Lrouvant qu'on y avait retenu les erreurs les plus grossières du papisme, we voulut point l'approuver, Nonobstant ces oppositions l'empereur publia un édit, Cle 15 mai 1548, } par lequel il ordonnait aux villes impériales de recevoir ce formulaire et de s'y conformer, interim, en aitendant nue d'un concile; avec ordre

de chasser lous les prédicateurs qui refuseraient de s'y conformer dans leurs instructions et dans l'exercice du service di joutant que, comme il était résolu de travailler à faire contiauer le concile de Trente, les

causa de grands troubles dans les villes impériales, et divers docteurs luthériens qui avaient rejeté avec tant de hauteur les offres de paix et d'union des réformés do Ja Suisse, se trouvèrent fort heureux de pouvoir se re rer parmi eux, ét d'y avoir uo osile, * Jean Brentios,

* Steidan. XX, * Slcidan. 20.

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ET] INTERIM ardent luthérien, qui avait été vingt-cinq ans à Hall, en Soyabe, se réfugia à Bâle, d'où il écrivit à Calvin uno lettre pleine de lémoignages d'amitié fraternelle, le. 6 d'octobre, le conjurant de prier Dieu pour les Eglises affligées d'Allemagne. Calvin lui répondit, le 5 mars 1549, sur le méme ton, le consolant et lui offrant sos il Mais Brentius changea bion de langage IL était un ardent ubiquitaire. Al a écrit que Jésus-Christ, lorsqu'il était dans la crécho, était en même Lempà glorieux dans le ciel, même à l'égard de son corps, L'empereur après avoir con-

gédié la diète qu'il avait convoquéo à Augebourg, | changea le gouvernement de cette ville-lh, y abolitles

Aribus, cassa le congoil et en établit un nouveau, qui fut | à sa dévotion, Ce nouveau conseil cbasea les sinistres qui rojetèrent l'intorim, ontr'autres Wolfgang, Musculus, était depuis plusieurs années. Cet excellent homme se retira à Zurich, dans un élat pitoyable, avec famille composée de neuf enfans ; l'année suirante les Seigneurs de Berne l'appeléront chez. eux, pour y étre professeur en théologie, à la place de Sulzer, Plusieurs autres docleurs ot ministres protestans do l'Allemagne cherchèrent uno rotraite, les uns deçà, les autres delà, et» fut en trouble dans ce pays-lù, de sorte qu'on y disait communément, que « cet interim enatinteritus reformationis et germaniæ, » c'est-à-dire; étaitla ruine de la réformation et de l'Allemagne : ekémerim Jerè omnes civitates interémit; e. à, l'interira a faitpérie presque toutes les villes d'Allemagne. Ils'y trouva peude princes qui osassent s'opposer à ce mal. Le plus courageux fut peut être J. Frédoric, ancion éloclour de Saxe,

2 Epe pr 76. 78.

asrenue 59 qui, quoique prisonnier de l’empereur, ao vent anne l'accepter non plus que ses fils.

Louis, Comte d'OEtingen, le rejeta aussi et afma mieux quitter son pays, et se réfugier à Zurich. De six ministres d'Ulm il ÿ en eut quatre qui rejetèrent l'interim, et qui à cause de cela furent mis en prison, par ordre de l'empereur, et conduits à Kirkheïm, forteresso du due de Wurtemberg. *

L'empereur ordonna à ceux d'Augsbourg, de lui livrér Ochin, qui s'était habitué chez eux; mais il se sauva à Constance, et de là à Zurich, d'où il alla à Bâle. eut pour com, on de sa fuite Françoïs Slancarus, Mantouan, qui s'était réfugié de Vienne à Augsbourg. Ce dernier s'en alla dans la suite en la Valieline, et enfin en Pologne et en Prusse, où il causa de grands troubles dans les Eglises.

L'évêque titulaire de Bâle entoya aussi l'interim par Gomponberg , prévôt de son chapitre, à l'Eglise de Bile, s’excusant en même temps de cette action, sur ce qu'il était obligé de le faire, parce qu'il en avait reçu l'ordre de l’empereur, Mais ceue Eglise le rejeta courageusement et demeura ferme dans la résolution dont on

rlé ci-dessus. #

Charles avait aussi défendu sévèrement d'écrire contre Vinterim, marchant en cela sur les traces de Mahomet, qui a défendu de disputer contre son Alcoran, Maïs diverses personnes illustres, (entr'autres George, duc de Wurtewberg, comte de Montbéliard, } sollicitèrent

1 olng- 776: Lara,

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