GENÈVE. DIFFICULTÉS AVEC MERDE
dirent les cloches superflues qu'il y avait dans quelques
clochers, vu, dit Roset, qu'ils n'usaiont plus tant # sonneries comme auparavant,
1 survint encore un autre incident qui augmenta les brouilleries entre les Genevois ;.ce fut la différence qui se trouva entr'eux et les Bernois, au sujet de quelques cérémonies de peu d'importance !. À Berne et dans tout le canton on célébrait L, quatre fêtes dans l'année, Noël, le Nouvel-an, l'Annonciation et l'Ascension. EI°. On 5e servait de fonds baptismaux de pierre, pour l'administration du baptême. I. On faisait la Ste Cène avec du pain sans levain. IV°. Enfin à la bénédiction des mariages les épouses paraissaient dans l'Eglise en tresses pendantes. * Les ministres de Genève désapprouvaient tout cela, ? et y avaient introduit une pratique tout op= posée. Les seigneurs de Berne le trouvèrent mauvais. Ils craignirent avec raison que celte différence de rites ne donnût lieu avec le temps à des divisions et à des schismes. On en a bien vu naître en d'autres endroits pour d'aussi minces sujets. D'ailleurs Ia réformation ayant été introduite à Genève par les soins e1 sous la protection des seigneurs de Berne, il leur semblait que les Genevois ne devaient point s'écarter de leurs usages sur des choses de si petite importance. Ils en firent des reproches aux Genevois, qui s’excusèrent rojelant a fante sur Farel ; # ev les Genevois envoyèrent en même temps, le 15 décembre, quatre députés à Berne pour y conférer sur cette affaire. Farol y alla aussi de son pro-
Tom, IV, L, IV. chap. IX.
2 Spoñi dit : échéveldes, mais d'est une erreur, * Bere Viede Calvin.
* Savion p. en, 208.
KT AVEC SONMIVARDS 1 pre mouvement; sans doute ‘pour rendre raison de sa conduite, et pour instruire les seigneurs de Berne de La situation de l'Eglise de Genève.
Les Genevois eurent encore une autre difficulté avec François de Bonnivard, prieur de St-Victor, au sujet de son prieuré. Ce bon homme, comme on l'a dit ailleurs, * avait été saisi par les Savoyards et détenu 6 ans entiers dans les prisons do Chillon, d'où il fat enfin tiré par les Bernoiïs l'an 1536, lorsqu'ils se rendiront maîtres de cette place. Il avait toujours été zélé pour les intérêts de Genève, sa patrie, ot il semblait que les Genevois avaient mal récompensé son zèle, en saisissant son prieuré, pendant qu'il était on prison pour l'amour d'eux. 1 le redemanda aux magistrats de Genève, quand il eut êté mis en Hiborlé; mais on le lui refusa. Cependant il souffrait, n'ayant aucun moyen pour s'entrelenir, Voyant donc ses poursuites inutiles, après avoir pris patience pendaut un an et demi, où environ, il récourut aux séigueurs de Berne, implorant leur protection contre les Genevois et demandant contr'eux une journée de conférence ou de’ marche, comme on l'appelait alors. Ces seigneurs lui accordèrent sa demande, et écrivirent le 2 janvier 1588 à Messieurs de Genève, * les invitant à une conférence à Lausanne, pour le dimanche le 20 janvier suivant, Cette conférence fut transportée à Berne, où cette affaire fut terminée à l'amiable au mois de février, Res députés de Genèro s'engagérent de payer à | Boanivard 800 écus d'or pour un coup, et une pension anmuelle de 140 écus. Bonvivard, comme on l'a déjà dit
1 Tom. UL p. 379.
% WVelsch. Miss. pag. B6.
À Roset. IV. 13, Saviou p. m. 244. 212.
60 *. nenns ns PRUT NÉTAUEIR L'ORDRE À GENÈVE, ailleurs; * embrassa la réformation, et vécut en bon chrétien à Genève jusqu'à sa mort, *
Mais pour revenir aux troubles de Genève, les députés de Berne qui y arrivèrent au commencement de l'année, firent tous leurs efforts pour rétablir l'union et le bon ordre dans cette Eglise divisée. Ils exhortèrent vivement les Genevois à la paix et à la concorde, leur offrant de les y aider de tout leur pouvoir. En particulior ils leur dirent, que ce qu'on leur avait rapporté du discours des députés précédens sur leur confession et leserment avec lequel on l'avait embrasse, n’était veau que d'an malentendu; puisque comme ils l'avaient compris depuis, <e serment regardait uniquement la profession qu'on dovait faire de sa foi. Cela se fit le 9 février. ?
Tous Les soins des députés de Berne furent inutiles. Les réfractaires se croyant désormais soutenus par les nouveaux syndics qui étaient tous quatre de leur eabalé, firent de nouvelles insolences dans la ville, de jour et de auil; et pour décrier Farel à Berne, ils l'aceusèrent d'y avoir dit, queles Genevois voulaient rétablir ln messe. D'un autre côté, les ministres voyant que les vices n'6tient point réprimés, se mirent à crier on chaire contre les vicieux plus fortement que jamais et s’y même des inagistrats, { blämant leur mollesse et leur négligence à maintenir l'ordre dans la ville. En effet, loin de faire observer les règlemens de réforme, publiés l'année précédente, les magistrats foignirent de douter do la réoliié de quelques-uns, pour pauroir labels
4 Tom. IV. pag. 46,
À HosetIV, #3, Savion p ma. 211. 212, 3 Roset IV, 12 Savion p. m. AL.
* Spon. p. 976, not, 6,
MONFCNENC Y TRAVAILLE POUR LE RO! Li] s0as le prébexte de les rodresser. — Dansle méme temps ua gentilhomme français, nommé Montehenu, qui était au service du roi de France, vint à Gonève avec 20 chevaux et un capitaine italien, dans le dessein d'engager les Genevois à 0 meltre sous la protection de son roi. Il leur dit, « que le braït courait à la cour de Fronce que les Bernoïs voulaient établir un vidomne à Genève; qu'il valait mieux pour eux se mettre sous la protection d'un si puissant monarque, que de demeurer exposés aux assauts de lours ennemis ; que le roi transportoruit à Genève deux des foires de Lyon, qu’il fortifierait leur ville à,ses dépens et donnerait des pensions à ceux qui seraient porlés de bonne volonté pour lui, et qu'il Les laisserait du reste ca paisible possession de leur religion et de leur liberté, ? »
Les Beruois ayant appris toutes ces choses, envoybrent un député à Genève, le 25 février, pour détraïre tous ces faux bruits et pour recommander Furel aux Genevois À cause de son zèle et de ses grands travaux. Montchenu
Genève avant l'arrivée do dépnié de Berne, et écrivit encore les mêmes choses à quelques conseillers aveg qui il avait fait connaissance, Son messager remit ces lelres à leurs adresses, dans un conseil général nssemblé le dimanche 3 mars. Le dépaté er taine général du canton qui y parut, représenta que l'empereuret le rai de France ayant fait la paix ensemble, Gil venaient de la conclure à Nice, par l'entremise du pape Paul IT, ) ils faisaient de grands préparatifs de guerre pour se jeter sur eux, et leur demanda la ratifi- ‘cation de l'alliance que les deux étais avaient contractée
L'tuste, B. G. 496, 197, Roset, IV, 14, Savion p. m. D, Stculer LI Part. E. 5. pe HS.
LL] PARTISANS DE MONTCHENT DÉPOSÉE, ensemble. El leur rappela ce que les Bernoïs avaient fait pour eux, ce qu'ils avaient souffert eux-mêmes pour soutenir leur liberté, et les assura que les Bernoïs étaient disposés autant que jamais de s'acquitter fidèlement do ce qu'ils leur avaient promis par leur alliance, bien loin de vouloir attenter à leur liberté. Là-dessus les Gengvois convinrent de répondre à Montchenu, qu'il devait s'abstenir de semblables pratiques; et dans la suite François I. le désavoun. Quelques semaines après, le 14 mars, les seigneurs de Berne envoyèrent d'autres députés à Genève pour y faire faire le procès à ce Montchonu et aux conseillers qu'on croyait être ses partisans, Ils y arriverent le 25 mars, mais * avant leur arrivée, le 10 mars, plusieurs ciloyens se présentèrent devant le conseil, demandant que les conseillers à qui Montchenu avait adressé 505 lettres, fussent déposés comme suspects de trahison, ot qu'il f0t défendu aux ministres de se mêler d'affaires d'état, ni do parler des’ magistrats en chaire, On leur accorda leur demande et l'on déposa sept conseillers; ce qui fit d'autant plus de plaisir à la cabale, qu'on croyait qu'ils soutenaient les ministres. * * , Dans le même temps les seigneurs de Berne ayant con voqué un synode à Lausanne pour la fin du mois de mars, pour achever de régler ce qui restait encore à faire pour établir de l’uniformité entreles Eglises, endonnèrent le 20 mars, avis à leurs alliés de Genève, ? les invitant à y em! voyer deux deleurs ministres, Farelet Calvin, maish con ditionqu'euxet leurs ministres seconformeraient à l'usage
! Rosot. et Saviou |, €.
SYRODR À EAUSANRE. (51 ctaux rites de l'Eglise de Berne, leur déclarant qu'à moins de cela ils ne seraient point admis au synode, mais seule- Re a ARR Un conclusion du synode, et qu'on traiterait avec. sur les choses qu'ils auraient à proposer, EEE trouvèrent un peu étrange la condition sous laquelle on les invitait à ce synode. Il leur semblait que dans une affaire qui regardait l'union des Eglises, on devait aussi les écouter e4 avoir égard à leurs raisons. Îls se rendirent pourtant à Lausanne, mais ils ne voulurent point sc soumeltre à la décision du synode. * Ils représen- Kërent aux seigneurs présidens du synode, que la chose méritait bien d'être examinée et débattue, et demandèrent du temps pour en délibérer. Mais on le leur refusa, et là-dessus ils en appelèrent à une conférence de religion qui devait se Lenir à Zurich au mois d'avril suisant, pour l'affaire de la réunion avec les luthériens, Les seigneurs de Berne leur écrivirent le 16 avril, * en même lemps qu'aux magistrats de Genève, pour les exhorter amiablement à se conformer à eux, à l'égard des trois pelits articles décidés dans le synode de Lausaane, les fonds baptismaux, l'usage du pain sans levain, t la célébration des quatre fées, leur représentant que la chose n'était pas de si grande conséquence, que l'on dûbse diviser pour ce sujel. Les ministres trouvèrent qu'on les pressait trop, el se plaignirent qu'on n'avait aucun égard à Berne, à la résolution prise à Lausanne, W'aitendre sur cette affaire la décision de l'assemblée de Zurich. Le conseil ? n'approuva point la résistance de
4 Reset. IV. 10. Bêce vie de Calvin.
2 Voyez la copie de 60s lettres Tom. IV. Liv. XVI. ehsp. IX. # Roset. Le.