‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 4)Chapitre 80 sur 112 · AN PAYS ÉTRANGERS. A · texte numérisé non relu

AN PAYS ÉTRANGERS. A

au due de Somerset, et qu'illui eut dit qu'il en avaivausst une autre pour le roi, il se charges de son propre mon vement de la présenter au roi, et le lendemain iballath la cour. Si l'ou ne me trompe pas, mon présent a beaucoup plu au conseil du roi et a fait extrêmement plaisir au roi lui-même. E'Archevêque de Cantorbéry lui a dit, que je ne pouvais rien faire de plus utile qued'écrire roi; cela me fait bien plus de plaisir que si l'on m'avait donné une grosse somme d'argent à m'enrichir: ! »

Comme dans ce temps-là plusieurs personnes demandaïent à Calvin communication du formulaire de l'union de doctrine, dont il était convenu avec tes théologiens de Zurich, sur l'article de la Sainte-Cène , il y avait deux ans, il écrivit à Bullinger pour le prier de le rendre public par l'impression, n'ayent pas voulu le fairé, lui, de son autorité et sans leur consentemeél. Il lui mat qu'il était persuadé que l'impression de cette pi utile aux Eglises de Saxe, Son sentiment fut suivi et ce formulaire fut imprimé. d

La ville de Genève se pouplait de jour en jour par le grand nombre d'étrangers qui s'y réfugiaient à cause des persécutions de France et d'Halie, mois particuliérement de celle de Franco; cor si lo roi Honri IL était brouillé avec le pape s’il rejetait son concile de l'rente, ce n'était point par amour pour la vérité mais par pure belle politique. Et pour faire voir à ses sujets qu'il étaittoujours zélé catholique malgré celte brouillerio, il avait fait allumer les feux presque par toutson royaume, pour brûler les

us bérétiques. Et l'on a remarqué depuis, que ç'a

été la ln politique ordinaire des princes catholiques ro-

+ Cskv, Ep 34 DS,

SE REMPEI RANGER: | mains, que quand ils sont brouillés avec le pape, c'est | alors qu'ils malteaitont le plus leurs sujets protestans, afin de prévenir le soupçon que leurs sujets pourraient avoir contre Jour roligion où leur foi, à le casion de leur brouillerie avec ee qu'ils appellent le Si. Siège, Comme done la ville de Genève se peuplait beau- | coup, plusieurs de ces réfugiés demandaient | bourgeois. Mais une partie des ps geois s'en faisaient de la arriver du mal si ep ago Le)

seil général. C'est pourquoi dès le en ES

sonnes les mieux intentionnées pour tion, !

Cependant comme parmi ces réfagiés où poufait se glisser dans Genève, el qu’il s', tivement des gens suspects ou de mauvaise, fausse doctrine, on rafraichit et l'on étendi

lemens qu'on avait faits quatre ans L

1547) av sujet dés étrangers. Il fut ordonné de

miner avec soin , à À ivée ; sur leur vieiet

sur le sujet de leur venue, avant que de leur,

d'habiter dans la ville, On fit méme venir tous cet avaient déjà été reçus, on leur fit prêter verment d'être |

© Rôset V, 54

NOUVEAU RÉGLEMENT À LEVR SUIETI LL fidèles à l'état, et d'observer les règles de la Réforma- Lion. I-fat encorc ordonné qu'ils prendraient chacun di certificat de leur réception, sigaé et scélé. Et dans la suite l'on ajoula encore à co règlement , qu'ils séraiont obligés d'apporter des certificats de leur bonne conduite, ce qui a été toujours observé depuis, et qui, si je ne me trompe, s’observe aussi dans tout notre pays. Par cell sage précaution l'on a quelquefois découvert à Genève des scélérats qui s'y retiraient sous prétesto de religion, dont quelques-uns méme ont été jugés et exéculés à mort pour lonrs crimes, ! met

Parmi ces divisions inlostines les Genevois eurent quelques fois des alarmes. Bo. noavel évéque D'Auberive avait bonne envie de remonter sur le trône de ses prédécesseurs, IL fit donc quelques complots pour se rendre maître do cette ville. L'Empereur lui donnait socrètement du secours: El amassa do monde dans la Fran- <he-Comié , mais Lout ect appareil de guerre n'aboulit à rien * As

VIII. Entre les étrangers qui se rolirôront à Genève dans ce temps-Hà, fl n’y eneut point dé plus illustre que le marquis de Vico, Napolitain. Comme le but de l'histoire doit étre principalement de présenter aux hommes de bons.exemples à imiter; je crois que je ne ferai rien de mal à propos, en rapportant un peu au long colle de cé grand homme, qu'on pout bien appeler dns un sens particalier un héros chrélion. On peut dire que son his- Loire est le triomphe de la grâce sur la nature, et de l'es prit de Dieu eur l'amour du monde,

Galeaca Caracciolo nâquit à Naples, l'an 1517, de l'an:

1 Savion: oser. V, 80.

2 oseliV, 54.

550 ASIÉTOIRE DE CARACOIOLO cionne el illustre famille des Caraccioli de Capouo. Saû père s'appelait Nicolas-Antoine , marquis de Vico, e1sa mère était de la famille des Caraffa, Elle avait un frère qui dans la suite fat pape, sous le nom de Paul LV. Son père qui était bien vu de l'Empereur, le poussa à La cour de ce monarque et lui Gt épouser Victoria, fille du due de Nocera, dont il eut six enfans, quatre fils et desx filles. Mois la bonne Providence qui l'appelait à étre grand dans l'Egliso ot non dans lo monde, lui fit faire | connaissance à Naples avec un gentilhomme espagnol noromé Jean Waldez, qui raisonnait souvent sur lave ligion avec des gens de qualité, et combattait quelques dogmes de l'Eglise romaine. Il voyait aussi sourentsot cousin Jean François Césaria, qui le vasité dos grandeurs de co monde, do F l'eflicace de la Parole de Dieu, et de nr la plupart des abus du papisme. Cependant Île | tenait toujours au cœur, Dans ce temps-là préchait à Naples , et "y faisait estimer par la 308 mœurs el par sa prédication. Galeace persuad son parent alla un jour l'entendre, et il en | ment touché, que dès ce moment it tous ses plaisirs, de lire avec soin l' plus voir que des > Lrapes qui pussent r changement parut ridicule aux uns ét merveilleux sur autres. Son père qui était un homme À s'était Îlatté que ce cher fila ferait la gloire en était au désespoir et Le censurait, vait renoncer à ces pensées imélancoli -pas là le seul combat qu'il eut à soutenir. =

Sa femme Victoria, jeune, belle, aimable, mai i tendrement, mais qui aimait le,

MARQUIS DM VICO. LI de à, elle travailla de toutes ses forces à le détourner de ce parti qu'il asoit.pris, par es soupirs et par ses larmes ; et ce fut ce qui lui ft La plus grosse poine. D fat

exposé aux attaques des Arriens qui, comme on l'a

“IL fut aussi ébranlé par le mauvais exemple des disciples de Waldoz qui, roconnaissant l'idolûtrio de Eglice romaine , cependant semblables aux anciens gnostiques, ne se faisaient point de scrupale d'y participer en allant à la messe. 11 se faisait une peine infinie de retourner à la our de l'Empereur où san emploi l'appelait, parce qu'il n'y entendait parler que des plaisirs et de la gloire du monde, et jemaïs de la Parole de Dieu. Cependant il fallut aller la joindre à Strasbourg. Heureusement pour lui il y troura Pierre-Martyr, qu'on y avait établi professeur en théologie et qui l'instruisit sur ta nécessité de ne point se souiller par l'idoläirie; et lors= qu'il fat de retour à Naples, les Waldézions rompirent avec lui quand ile ourent appris son sentiment sur l’obligotion indispensable de fuir la messe, parce qu'ils ne voulaient point s'exposer à la persécution.

Mais pour loi, Dicu lui ft la grâce do demeurer ferme, et voyant qu'if n'ÿ avait point de Héformation à attendre à Naples, il résolut de tont abandonner, père, femme, enfaus, biens et dignités, pour suivre Jésus-Christ, Mais avant que d'en venir là, il eut de grande combats à soutenir: car, guabd il pensait à son père avancé en âge qu'il aimait et respectait et dont il était nimé ; surtout quand it pensait à sa chère épouse, à sa Lendre, aimable et fidèle éponse, qui ne voulait pas renoncer au papisme ni le suivre; il fat dans an embarras extrême qui lui ar” rachait mille soupirs , et dont ln conclusion était poar=

LT MISTORE tant loojours celle-ci : « Quoiqu'il en soit ; il faut plutôt suivre Jésus-Christ et la quitter, que de la PES L: « fans qu'il:

La vue de ses enfans qu'il allait abandonner lui çait aussi le cœurs de sorte qu'il Pa | prodigieux, pour s'empêcher de verser des larmes: el Lout cela lui faisait d'autant plus do pain à <0 s'ouvrir à personne sur son dessein, de le traversät ot qu'on prepa fin ilso considérait aussi lui-mémo, et les tristes réflexioos qu'il faisait sur les suites de son déssoin.: renoncer pour jamais à toutes les douceurs et les, ec monde, à la compagnie des grands et des ter un emploi brillant à la cour du

eurité, exposé au mépris du monde ; fou à le chair. Mais il recourut à Dieu dans c Dieu le romplit do foros et de courage nf a Seigneur! tam

pourquoi je veux Lesuivre, en quylque lieu q pelles! Père, femme, enfans, gloiro,

qui m'arrache à la vanité péché du monde Quand il eut une fois pris son parti er

DE CARAGESOLO. . #5 dessein à un petit nombre de ses amis les plus aflidés, qui en furent si touchés qu'ils lui promirent de l'accom pagner dans cet exil volontaire-Mais quand il furent arri. vés aux dernières bornes del'Italie, la plupart d'enueux, considérant les douceurs dont ils allaient se privor pour toujours, perdirent courage et s'en retouraèrent chez eux. Cependant, dans le temps qu'ils se croyaient être en sûreté ; ils furent saisis par les juges er

vérilé Fe Pils avaient connue, par où ils s' sert blâme et le mépris des hommes dans les deux éommunions. Quant à Galeace, il poursuivit son voyage jusqu'au bout à l'âge de trenle quatre ans, âge où l'on est encore dans la vigueur et en état de goûter toux las plaisirs. Il partit de Naples le 20 de mars, prenant avec Jui quelques milliers de mares d'argent, et laissant sa fa= mille dans la pedsée qu'il allait à la cour. Harriva heu rousemeot à Genève daos le commencement d'avril, bénissant Dieu de l'avoir amené dans un lieu où il pouvait le servir en liberté de conscience. n'y trouva personne de connaissance qu'un gentilhomme de Sienne, qui était prédicateur d'une potite Eglise italienne, Maïs il dit bientôt connaissance avec Calvin, qui lui donna quelques iostructions et qui l'aima et l'honora constamment pen dant toute sa vie. * d Quelques personnes mal-intentionnées avaient répandu le bruit à Genève, avant qu'il y armivât, qu'il ÿ venait pour lramer quelque chose contre la ville dela part de l'Empereur, Mais sa conduite pieuse et entièrement retirée du monde, dans laquelle il ne se démentit jamais, conrainquit bientôt le public da contraire; ct Roset,

# Réite. Al, » pag. 4 ad O0. .

ss msroanx historien de Genève qui vivait alors, lui rend témoigoage, qu'il so fit loujours remarquer comme un exemple de vraie foi et de piété.

Le 25 novembre de la même année les Italiens réfugiés, appuyés des sollicitations de cet excellent et véri-

table chrétien gentilhomme, oblinrent du Conseil le |

pouvoir d'établir une Eglise de leur nation , qui y a subsisté jusqu'à présent, Lo premier ministre. fut Maximilica de Martinengo, frère des comtes de ce nom, bomme savant et de grande piété. ?

Quand op sut à la cour et à Naples que le marquis do Caracciolo élait à Genève, celle nouvelle y causa une surprise extraordinaire, et jela sa famille dans une af fliction inexprimable, Son père lui envoya un doses parens avec une lettre, par où il le covjurait de revenirà la maison. Ce parent arrivé à Genèvo, trouva le marquis dans une petite maison qu'il avail louée, n'ayant post tout cortège que deux valots. Pendant quelques hearet ilne pot faire autre chose que plourer et sangloler, la violence de la douleur ne lui permettant pas de parler, Bafa il lui remit sa leltre en l'arrosant de ses larmes el le conjurant de 50 rendre à ce qu'on souhaitait de lui, lui faisant ua portrait ter del laffiction extrême où lui répondit : « Qu’ ct qu'il avait bien pensé à tout à l'avance. Que puisqu'il avait fallu opter entre ces deux partis, où de demeurer chez lui avec une conscience chargée, sous le joug destaat d'erreurs et de superstitions , ou d'abandonner tout pou servir Dieu en liberté, il fallait bion de deux maux choi:

4 Hoset. V, 55. " # |A. V, 59.

BE CARACEIOLO. ë ss sir le moindre et fermer les yeux aù brillant de là gloire du présent siècle, pour ne pas perdre celle de l'éternité, Qu'il était fort affligé de ce que son père, sa femme ét ses enfans ne voulaient pas lo suivre, où de no pouvoir. pas étre avec eux en liberté de conscienée ; mais que du reste il était content de son sort, lant qu'il pourrait servir Dieu librement dans sa pelite maison avec 808 deux valets, et avoir de bannoë conversations avec dos gens

L'envoyé voyant qu'il s’oblénait rich; 60 Lut e alla tout triste. Quand à son retour à Naples on apprit la fermeté du marquis, ce fut de nouveau une af- , fiction extrême , d'autant plus que l'Empereur avait pu= blié un édit contre lui, dans lequel il le déclarait coupable de hauto trahison ; confisquail ses biens, dégradaïi ses enfans de leur qualité, et les rendait incapables de posséder le marquisat de leur père. Ce fut là un surerolt de douleur pour le vieux marquis; qui partit inces= samment pour aller se jeter aux pieds de l'Empereur, et cnvoya devant lui un messager à son fils, pour lui dire de le venir trouver à Vérone ; sur les terres de Venise, Galesce obéit après avoir prié Dieu de le soutenir, et s'être recommandé aux prières publiques de l'Eglise do Genève. Son père le reçut avec bonté et fi tous ses ef forts pour le gagnor ; muis il lui répondit, qué son père ne pouvait pas l'obliger à rechercher la gloire et les biens du monde , plutôt que la gloire de Dieu ot le salut de son ame. Ainsi ils se séparèrent; le marquis revint à Genève, et son père alla trouver l'Empereur et obtint de lui la révocalion de son arrêt, afin que les enfans de son fils ne fassent pas punis à cause de leur père. !

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