À MONSIEUR
Monsieur, + « « Encore avez vous moins dexcuse quung aultre, attendu le lieu que vous tenez. Car le comple sera double, si au lieu de montrer le chemin comme vous y eses tenu, vous donnez occasion a ceulx ai VOUS regar-
dent de sen divertir Quoy quil en soit, je vous prie, monsieur, de: ne lis. ser pas amortir la grace que Dieu a mise en vous. Sil vous a donne des biens en ce monde, gardez qu’au lieu de luy en faire hommage vous ne soiez empesche de le servir. Je laisse a dire qu’il vous a donne un ayde que tous nont pas. C’est que vous avez une Sara quy sera preste de vous suivre.ou ce bon Pere Celeste vous ap= pellera ; tellement qu’il ne tiendra qua vous que vous ne sviviez lexemple de nostre pere Abrabau. Il est vray que vous ne trouverez lieu en terre ou vous soiez a seu : reta. Comme de faict ce n'est pas raison que nostre foy éoit exempte de ses exercices; mais puisque nous sommes au temps de combat, il ny a rien meilleur que de nous
27 APPENDICR 555 la chair, cela est mal assuré: mais en lui recommandont sa pauvre Eglise et le royaulme de son Fils, espé: rous qu'il bosongaera oultre nostre estime. Jusques icy il y a danger que los moicns humoins ne nous aient esblouy les yeux. Maintenant paisqu'il n’y a rien qui nous .empescho de regarder à sa majn, reduisans en memoire corament il a gardé son Eglise le temps passé ,. ne doub- Lons point qu'il ne se glorifie en.sorte, que nous en seron eshahis. Copendant ne nous lassons point de batailler soubs l'enseigne de la craix de nostre Seigneur Jésus; car cela vault mieux que tous les iriomphes du/monde, Quant est des bruits qui ont vollé de nos troubles, premièremeot ils se sont forgés sur les champs pour la plus grand'part, Cr si vous estiez sur lo lieu, vous n'y verrioz point la'dixiesme partie de ce qui s'en dict dehors, Vray est que nous on avons plusieurs do duro cervelle et de col rebelle au joug, qui à Loules occasions ne deanandent que s'eslever, et par tumulte dissiper et abolir, Houte ordre en l'Eglise; voiro lant jounes que vieux et priocipalement nous avons uno jeunesse fort corrompne. Ainsi quant un ne leur veull point permettre, toute tie cence, ils font des maulvais cheranx à mordre et à regibber. Naguëres ils se sont fort despites soubs umbre d'ove petite chose. C'est qu'on ne leur voulait point con, cëder de porter chausses descouppés ; ce qui a eslé deffondu en la-ville il y a douze ans passés. Non pas que nous fissions instancede cela, mais pourceque nous voions | que par les fenestres des chausses ils voulaient introduire toutes dissolations, Cependant nous avons protesté quo c'estoit ung menu fatras, qui ne valloit pas lo parler, que la découppure de leurs chausses, el arons Lenda à un, aulire fin, qui estoit do les brider ot roprimer leurs fo. es. Durant ee petit combat le diable en à entrelassä
ET APPENDICÉ. LE
1 jours revenir à ceste conclusion , de lui demander pardon de nos faultes. Et d’aultant que vous pouvez bien, ‘exporimenter combien nous sommes fragiles, soiez Lous-
+ jours diligens à continuer l’ordre que vous avez de prier ‘et ouïre sa saincte Parolle, pour vous exercer, esguiser et conformer de plus en plus. Que rien ne vous en divertisse, comme quelquefois on a plusieurs couleurs, pour faire trouver bon.de s'en passer. Je scay qu’il 8e-
roit beaucoap meilleur que tous ceulx qui desirent d’honorcr Dieu convinssent ensemble, et que chacun y appellast les aulires comme à son de tronpe ; mais encore vault-il beaucoup mieux d’avoir ce que vous avez, qui est comme la moitié, que rien du tout. Ainsi gardans bien de réculler, allez plus tost en profittans, et faictes servir ce bien que Dieu vous donne, edifians les uns les aultres, et on general tous pauvres infirmes et ignoraos, par un6 bonne vie, et que par ung mesme moien les iniques demeurent confus. En ce faisant vous sentirez Ja main de Dieu sur vous; lequel je prie de vouloir aug menter en vous .les graces qu’il y a mises, vous fortifier. en vraie constance, vous garder entre les èhiens et les loups, et se glorifier en vous en Loutes sortes : apres m'es- {re affectueusement recommandé à vos bonnes prières.
Le 24 do juillet, 1547.
Vostre humble frere ot entier amy, Charles Despeville.
À MONSIEUR *** . Monsieur, Vous écaves bien, que vous n’allez à la messe à aultre intention, sinon pour monsirer aux ennemys de Dicu,
AT APPEXDIGE,», 2 #7 port. Mesme il fault que vous soiez fort adverty que vous n'enlrerez pas ob ung paradis Lerrcstre, pour Nous resjouir en Dieu sans auleune moleste. Vous trouverez ung peuple fssez ruda: vous y aurez des tentations nssez fascheuses, Brief, ne protendez de meliorer vostre con dition, sinon en lant que cstant delivré de coste malheureuse captivité de corps et d'ame, vous aurez congé de servir Dieu purement. .… Ce 18 d’ octobre, 1548.
Vostre humble frere et serviteur en N. Sgn. J. C: Chartes Despeuille.