IMAGES DÉTRUITES DANS L* ABBAYE A S. GALL
port a la réformation. Jusques ici Ton n'y avait réformé que les temples qui appartenaient proprement à la bourgeoisie , et Ton n'avait point encore touché à celui de l'abbaye qui semblait n'être pas soumis à leur autorité. Mais le 23 février^ * les ipagistrats assemblés en conseil souverain^ résolurent d'abolir aussi les autels, les images et les tableaux et autres choses de cette nature dans ce temple et dans ses chapelles , tout comme on avait fait dans ceux de la ville ; et de serrer dans un lieu propre les linges d*autel,^les croix ^ les chandeliers et en général Jlous les ornemens de cette église faits d'or ou d'argent. Pour prouver le droit qu'ils prétendaient avoir de faire cette reformations ils disaient que le temple de l'abbaye avait été l'église commune de toute la ville; et qu'une partie considérable de ses ornemens appartenait en propre à la bourgeoisie. Le doyen et les religieux de l'abbaye s'opposèrent vivement à Texécution de Ce décret, mais il fallut céder à la force. Les magistrats ordonnèrent aux bourgeois assemblés de l'exécuter, et ils le firent incessamment le jour même avec tant de diligence, que dans deux heures toutes les images furent enlevées et mises en un monceau. On brisa celles qui étaient de pierre et Ton en fit servir les quartiers à bâtir. Quant à celles de bois, on en remplit quarante charettes, d'autres disent quarante-six , et on les porta dans un lieu hors de la ville où on les brûla toutes. Le lendemain ils détruisirent tous les autels , qui étaient au nombre de trente-trois. On vendit tous leurs ornemens, et Ton en distribua l'argent aux pauvres. Le 7 mars, les réformes s'y assemblèrent pour la première fois, et l'as-
^ Scultet. T. II. p. m. 191. 192 HoUing. 458. &59.
FAUSSBS RBLIQDES. 97
semblée fut si nombreuse qu'on y compta plus de trois mille âmes. Dominique Zilli fit le sermon^ et au Heu de la messe Ton y chanta le psaume LI. Il y avait dans cetle église une grande croix d'argent doré pour laquelle les catholiques avaient une particulière dévotion, disant qu'elle renfermait des reliques d'un fort grand prix. Mais on en découvrit alors l'imposture. On l'ouvrit en présence de Joachim Yadian^ bourgmaître, et de plusieurs autres personnes de distinction , entr'autrès d'un député de Glaris , bon catholique. Elle était creuse ; au dedans , au lieu de reliques , on ne trouva que de la poix-résine^ dont elle était remplie, avec quelques vieilles petites pièces de monnaie et deux cornets d'ivoire. Sur l'un des deux était écrit : « Une pierre du saint sépulcre,» et quand on Teut ouvert, on y trouva une coquille d'escargot. Le député de Glaris voyant cette coquille , fut piqué contre les auteurs d'une telle imposture, et changea dès lors- de sentiment sur la religion. On la lui donna pour l'emporter chez lui et la faire voir. Les châsses, où l'on disait que reposaient les corps de St. Gall et de S. Othmar, étaient enrichies d'or, d'argent, de perles et d'autres pierres précieuses. On les ouvrit aussi, et au lieu de corps sainte, l'on n'y trouva que quelques petites images de bois, quelques vieux linges tout usés, un crâne et une grosse dent.
Il y avait encore a S. Gall un couvent de religieuses , appelé Ste. Catherine. Le docteur Schappeller les instruisit avec tant de succès que^ renonçant au vœu qui les engageait à une clôture perpétuelle , elles sortirent volontairement de leur monastère le 21 mai, et quelques-unes se marièrent.
Quelques cantons catholiques voyaient tous ces chan-
% BIINNE.
gemens avec uo extrême déplaisir, et menaçaient la ville de S. Gall de l'abandonner dans le temps qu'elle aurait besoin de leur secours , si elle ne renonçait à sa réformation. Ces menaces engagèrent les St. Gallois à rechercher Talliance particulière de Zurich et de Berne , laquelle leur fut accordée.
Quelque temps auparavant, savoir le 4 février, on convoqua dans la ville de S. (iall un synode^ composé des pasteurs de cette ville et de ceux de quelques églises du voisinage , pour régler la forme du service divin et de l'administration des sacremens^ la liturgie, etc.
L'Eglise de Bienne marchait constamment sur les traces de celle de Berne. Le 30 d'août de Tan 1528, le conseil de Bienne permit à tous ceu^x qui avaient donné quelque chose à l'Eglise pour des usages superstitieux^ soit eux-mêmes , soit leurs parens, dont ils étaient héritiers légitimes , tant étrangers que naturels du pays , de retirer leurs fondations en payant le vingtième denier pour la traite foraine , s'ils étaient étrangers^ et le quarantième s'ils étaient du pays ; avec cette condition, que les étrangers seraient obligés de jurer qu'ils savaient fort bien que ces donations ne sont d'aucun usage pour les morts. * En conséquence de cette permission, plusieurs personnes, étrangers et autres , retirèrent ensemble une somme considérable des biens de l'Eglise de Bienne. Au commencement de l'an 1529, cette Eglise se trouva presque dans la même situation qu'avait été celle de Bâle. Les conseillers étaient la plupart catholiques, soit dans le cœur^ soit a découvert; mais la bourgeoisie était réformée. Le mai^e de Tévéque , nommé Simon de Reimenstall , fit
* I^œtali. HUt Msc.
, I . DB /C<MeEIA «^T PAETAGÉ. . i >09
e&sorté' que l'on i^elât par devant le conseil Geoi^e Slekeliii, pasteur de la Tille. ^ Les conseiUers lui par^ lèrent fort rodemenl^ et le secrétaire catholique, homme violent (commue on t'a vu ci^essus), lui objecta seize articles qu'il avait prêches contre la vieille religion; Quand il s'agit de juger sur cette affkire, le conseil se trouva partagé. Les uns auraient voulu le condamnera la mort. D'autres opinaient à le faire chasser . Mais la plaralité des suffrage» emporta que^ s'il pouvait prouver . par rBcritune les artidefi qu*on lui objectait , il serait conservé dans son emploi.'
Nicolas Schnell, bourgeois'de Bîennç; qui était abbé deBellelay, dans la prévôté des Franches-Montagnes, faisait tous ses efforts pour empêcher la réformatioa parmi ses concitoyens. Quand le jour fut venu que Ton devait renouveler les sermens de la ville , les bourgeois, qui voyaient avec douledr cette disposition de la plupart de leurs magistrats, ne voulurent pas leur prêter lee sermens ordinaires , et demandèrent que Ton dtât du conseil tous ceux qui S'opposaient à la Parole de Dieu. Le conseil recourut aux Bernois, les priant d'interposer leurs bons ofBceâ avec les députés de l'évéque^ pour paV^ifier cette" affaire. Mais toute la bourgeoise, assemblée le 20 février, résolut de ne plus souffifir à l'avenir aucun magistrat qui retiendrait les images chez lui; et ce fut daols le nlême mois^ comme on Ta dit ci-dessus , qu'elle entra dans l'alliance particulière des villes réformées.
IV. L'exemple des deux plus puissans cantons de la Suisse, Zurich et Berne, fut aussi d'une grande influence pour divers autres lieux , surtout dans les sei-
* Hoaing.46i.
100 PROGRÈS DR LA RéffORflB BH THOROOTIB ,
g^euries communes. La réformatioii avança dans la Thurgovie et dans les Bailliages libres. A Bischof&ell, ville de la Thargovie, on délibéra sur les aflEnires de la religion. * Le conseil fit appeler les prêtres ^ le 5 février, et leur ordonna d'étudier l'Ecriture, et de montrer par ce saint livre si Dieu approuve les idoles ou non ? Us répondirent qu'on ne pouvait défendre ni la messe, ni les idoles, par l'autorité de l'Ecriture. Làdessus on abolit la messe et les images, et l'on ordonna de prêcher purement la Parole de Dieu. Ambroise Blarer, théologien de Constance, fut un excellent instrument dans la main du Seigneur pour réformer cette Eglise. ^
Quelque temps après, vers le milieu de mars, la ville de Diessenhofen renonça aussi a la messe et aux images. ^
La ville de Frauenfeld, capitale de la Thurgovie^ fit aussi la même chose, environ le même temps. ^
C'est aussi, sans doute, dans les mêmes conjonctures que la plupart des habitans de ce pays-là s'engagèrent ensemble à embrasser la réforroation, et en* voyèrent des députés à Zurich pour le faire savoir aux seigneurs de ce canton , qui est le premier de leurs souverains, et les prier de leur envoyer des ministres.^
La réformation avait aussi fait des progrès à Mellinguen, petite ville sur la Reuss'; mais les habitans n'osaient pas s'exposer au ressentiment des cantons catholiques leurs souverains. Les seigneurs de Berne leur
^ Scult. p. m. 19S.
' Hotting. A60.
* Scultet. 1. c. 195.
* Id. ibid.
" Hotting. A67.
A MBLUBGBN, A BBXM6ART11I. 101
écrÎTirent pour les encourager à embrasser TEvangile, sans se laisser effrayer par aucun danger. ' Animés par cette lettre, ils renoncèrent au papisme, et le samedi veille de Pfique, 27 mars, ils enlevèrent toutes les images de leur église paroissiale et les brûlèrent sur la place de l'église, et congédièrent les prêtres qui voulaient persévérer dans la religion catholique. En même temps ils en donnèrent avis aux seigneurs de Berne, se recommandant à leur protection. L'on peut voir dans Stetller leur lettre tout entière, qui est pleine de courage et de zèle.
Bremgarten, ' autre ville sur la Reuss^ fut affermie cette année dans la doctrine de l'Evangile , par les deux BuUinger, père et fils. Henri Bullinger le père, curé de cette ville-là depuis Tan 1S06, avait senti quelque chose des erreurs et des superstitions de TEglise romaine; mais faute de lumière ou de courage, il ne s'était point encore déclaré contre cette Eglise. H le fit cette année, a l'entrée du carême. D monta en chaire, et dit à ses auditeurs , « qu'il y avait vingt-trois ans qu'il leur prêchait ; que véritablement il leur avait toujours prêché ce qu'il regardait comme la vérité, mais qu'il avait été aveugle et dans les ténèbres, comme les autres; qu'il en demandait pardon à Dieu, et que désormais il était résolu , avec le secours de sa grâce , de leur montrer le droit chemin du salut, et de les con« duire à Jésus-Christ seul. ^ » L'avoyer de la ville ^ nom-
* Stettl. n. SS. b. Msc. Grooss.
' Brciii(;arten appartenait alors aux hait anciens Cantons. Aujourd'hui, depuis la paix de l'an I71S, elle appartient aux cantons de Zurich et de Berne ; et celui de Glaris y a conservé son droit pour un huitième.
^ Scult. p. m.l^. Hetting. *57.
i02 LA RÉFORME ETABLIE A BREMGARTEII.
nié Honegker^ l'entendant parler de cette manière^ sortit (de TégUse tout en colère ^ et cabala tant contre lui parmi la.iboui^oifiie^ qu'il obtint de le. faire déposer et de faire étaUîp à sa place un bourgeois zélé catholique. Cependaint la ville était partagée. La réformation y avait fait des progrès. Et commet à la sollicitation d'Honegker^ les cinq cantons catholiques y cmi^oyèrcnt de6 députés pour obliger les bourgeois a persévérer dans la religion romaine , les réformés recoururent aux Seigneurs de Zurich, pour en obtenir aussi une députaticm en leur faveur. La division alla si loin y qu'il s'en fallut peu que leâ bourgeois ne prissent les -armes les uns contre les> autres. Mais les députés de Zurich et Wernher Schodeler, ancien avoyer de la ville > empêchèrent qo^on n'en vtnt anx'coups et .calmèrent 4es esprits; 'Après que le trouble fut passé , les bourgeois s^étant afôëmblés pour délibérer sur l'affaire de la religion •, les roforaiés se trouvèrent s(i|)érieui^ en noàibre, et il fut résolu à la pluralité des voix, «e qu'on abolirait la messe et tout le fatras des inventions faundaiû'es; » c'est ainsi qu'ils s'expliquaient. «Qu'on abolirait aussi les images, çtqu'ofi les serrerait en quelque endroit; enfin, qu'on demanderait nn pasteur réformé .^)>< Le 17 avriPy left Bernois leur envoyèrent des députés poui^ les exhorter a Tupiion et à demeurer fermes dans la résolution qu'ils 'avaient prise a la pluralité des voix, de s'attacher a rBvangîle. Le premier çasteur qu'pn leur donna fut G^aisSchouler, qui était alors en Alsace, pasteur de Bischwyler^ près de Strasbourg. Le second fut Henri Bullinger, le jeune, fils de celui dont on vient de parler. Lç, lundi 17 mai, lendemain de la Pentecôte , ils brisèrent leurs autels et
* Bern. Inslr. S86.
BAILLIAGES LIBaXS. PAYS DE GASTE&. i03
brûlèrenl leurs images; et poar montrer qu'ils se proposaient la réformation des mœurs, aussi bien que celle de la religion , ils publièrent un édit fort sévère contre les juremensj Timpudicité, Tivrognerie et autres excès.
Dans le même temps, ^ neuf paroisses du bailliage nommé Frej'iSlmter, ou Bailliages Libres^ dans le Wagenthal, ' embrassèrent aussi la réformation, et le 24 mai elles brûlèrent leurs images en présence du baillif. En même temps, ils envoyèrent a Zurich demander des ministres, qu'on leur accorda.
Gaster est un petit pays entre les lacs de Zurich et de Wallenstatt, appartenant aux cantons de Schwytz et de Glaris. ^ On y voit un bourg, autrefois fermé de murailles, nommé Wesen, situé à l'issue du lac de Wallenstatt; et a quelque distance de là, un autre bourg, nommé Schennis, où est une ancienne abbaye de filles de grande qualité, conduite par une abbesse qui a le titre de princesse. Cette année, la réformation s'introduisit dans ce pays-là. Le dernier dimanche de janvier, ceux de Wesen, de Schennis et de divers autres lieux renoncèrent à la messe. On croit que l'instrument de leur réformation fut BalthazarTrachsel, curé d'Arth^ dans le canton de Schwytz, le premier ecclésiastique suisse qui osa se marier dans ce siècle-là, mais qui rayant fait dans un temps oii une telle entreprise était
* Scult. 193. et Hotting. ii96. Rhan. 702.
* Il est le long de la Renss. Autrefois il était soumis aux huit anciens cantons : mais depuis l'an I71S une moitié est tout entière aui doux cantons Zurich et Berne » avec le droit de Glaris pour un septième. L'autre moitié c&t aux huit anciens cantons. On n*y voit que des villages , mais il s*y trouve quelques riches couvens comme Monri. Gnadenthal et Hermetschwyl.
^ HotUng. «56.
104 LE TOOLBMBOUEG SB HÉIORIIE BMTÙaBMSNT.
encore hors de saison, fut chassé de son église el se retira dans ce pays-là.
Le Tockenbourg, qui est dans le voisinage do Gaster, mit la dernière main à sa réforroation. Le samedi 1 3 février, * il s'y assembla une espèce de synode national, composé du conseil d'état du pays et de tous les ministres , pour établir un bon ordre dans les affaires de la religion. L*on y dressa des règlemens, consistant en quinze articles. On y disait entr'autres : ce On devra administrer la Ste-Cène à une Eglise, toutes les fois qu'elle la souhaitera ; mais on la célébrera pour le moins dans les trois grandes fêles de Tannée. Aucun ministre ne doit ni prêcher ni entreprendre rien de nouveau^ de son chef et de sa propre autorité, «mais communiquer la chose au synode , pour y être examinée. » L'an 1553, il fut ordonné que le synode s'assemblerait tous les ans à Liechtensteig^ capitale du pays, le troisième mardi après Pâque; que cependant les modérateurs auraient le pouvoir de le convoquer extraordinairement toutes les fois qu'ils le jugeraient nécessaire. Ce synode s'assemble en présence de trois notables réformés, députés du pays, dont l'un est du Quartier d'en-haut, le second du Quartier d'en-bas, et le troisième est un bourgeois de Liechtensleig.
y. Pendant tous ces mouvemens des réformés^ les catholiques ne s'endormaient pas. Résolus de maintenir leur religion a quelque prix que ce fût^ et non contens de la ligue particulière qu*ils avaient faite entr'eux, ils cherchèrent du secours étranger ; soit qu'ils n'eussent d'autre vue que de se maintenir contre leurs alliés réformés, soit qu'ils eussent dessein de les opprimer. Quoi
« Jd. 460.
wBSBK ss aiFoairs. lOS
qu'il en soil, les députés des cinq cantons catholiques furent (au mois de février) kPeldkirch^ petite ville du Tyrol, et y traitèrent une alliance avec les envoyés de Ferdinand d'Autriche , roi de Bohême et de Hongrie ^ pour le maintien de la religion catholique. * Et elle fut jurée de part et d'autre à Waldshout le 23 d'avril. ^ Environ le même temps les deux cantons seigneurs du pays de Gaster^ ayant appris que les habitans voulaient renoncer a la messe et brûler leurs images, ^ ceux de Schwytz les en voulurent détourner^ en {eur représentant le serment de fidélité qu'ils leur avaient juré. Ceux de Wesen répondirent : a Que dans toutes les affaires temporelles ils étaient résolus de rendre à leurs souverains toute Tobéissance qu'ils leur devaient, comme il convient à des gens d'honneur; mais que dans les choses qui regardent la religion , il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. » Gomme les députés de ce canton leur faisaient des menaces à ce sujet, on rapporte que des jeunes garçons, ayant tiré quelques images de leurs églises « en leur présence, les portèrent dans un carrefour, et leur crièrent : « Voyez; ce chemin-là conduit à Schwytz , celui-ci à Glaris , cet autre a Zurich et le quatrième a Goire. Choisissez lequel il vous plaira. On vous donnera sauf-conduit pour y aller. Mais si vous ne pouvez pas vous bouger de la place, nous vous allons brûler. » Et la-dessus ils les jetèrent dans le feu. Les députés prirent cela pour un affront, et s'en allèrent fort irrités. Il y eut aussi quelques catholiques de Glaris qui allèrent à Wesen et querellé*
* Houing. Mit.
' Stelll. 1. c. S8. a.
3 Hotdng. 656. A57.
106 SCHENNIS SE EBFORMB.
renl ces gens-là. Majls ceux-ci leur parlèreni vertement; et des paroles Ton en vint aux coups, tellement qu'il y eut quatorze personnes blessées^ et a grand peine pût-on mettre entr'eux la paix. Le jour de la Chandeleur, ceux de Scbennis abolirent aussi les images. Nonobstant le mauvais succès de la tentative que Schwytz avait faite à Wesen , les cinq cantons catholiques envoyèrent ensemble une dcputation solennelle au pays de Gasier, et à Wesen en particulier, pour détourner ce peuple de la réformation. Mais ils leur répondirent, que si Ton pouvait les convaincre d'erreur par l'Ecriture, ils étaient préis à se laisser instruire. Et comme on continuait à leur faire de grandes menaces , nonobstant qu'ils offrissent de rendre raison de leur conduite par les voies de droit, ils implorèrent la protection de Zurich, et l'obtinrent; ce qui, comme on peut penser, ne fut pas vu de bon œil par les cantons catholiques.
D'autre côté, les deux cantons reformés, Zurich et Berne , furent fort çfifensés par les libelles diffamatoires que Mourner ne cessait de décocher contr'eux à Lucerde ; mais plus offensés encore contre les Lucernois qui le souffraient. Et le 19 février ils y envoyèrent des députés pour faire partie à ce moine insolent et pour demander qu'il en fût puni. ^ Mais loin de leur rendre justice, comme cela se doit entre souverains, on le fit évader.
Les cantons réformés étaient aussi fort mal satisfaits de/4'alliance que les cinq cantons catholiques venaient de faire avec la maison d'Autriche, ennemie jurée des Suisses. C'est pourquoi les Bernois, pour être en garde contre toute sorte de surprise, envoyèrent des députés
* Bcrn. Insir. 268.
DIVISION EHTaS LES CAHTOKS. 107
a Fribourg et à Soleure^i pour lenn demander ce que l'on AFaità attendre d'eux dana le^ conjonctures dan* g«reuse&. où l'on se trouvai^ ? ^ Les deux villes répon* dirent, fort obligeamment., assurant leurs cher^. alliés et combourgeoia de Berjae. qu'on a'acquitlerait envers eip( de. tous les devoira de fidèles «Uiça et c^mbourgeoi^; seulement.qu'onjes suppliait de pardonner à ceu:i: d,'UnT tenraUen. .. .> .. ^ * *r
. hes Bernois étaient irrités contre ceux de ce canton, à cfime ,da secoura qu'ija ayai^ei^t. donné, à leurs .^ujçts rebelles du Hasli^ et ne. vouaient plus les regarder oomme: alliés et membres di}. Cçtps. Helvétique, ni.|ea admettre dans, lea diètes ^ ni m^ipe souffrjr.ou recevcdr les. baillifs que ce^ canton devais eqypjer celte an,iiéer:l#f selon son rang, à JQade et aux Bailliage^ Libres. ' Zuricb était dans le même sentim)9nt^7nai8 .les, cantons eatboliquea appuyaient celui d'IJnterw^lden. Toules ces choses ensemble menaçaient la Suisse des troubles qu'on vit édore quelque tempa aprèsw . Pour les prévenir^ . l($s députés., de Baie, de Schaffhouse, d'Appen^ell et. des Grisons travaillèrent à pacifier cette afiaire^ans troîa4îètea ^assemblées a ce sujet, etfirei^t, le 22 mars, ua prpjejl d'Açconjmodeipent.^ Les Bernois étaiei^t assez disposés. a V^ccepter, n'ayant point d'envie de faire la guerre ; étant d'^Ueurs forte-^ ment sollicités a cela tant par les. députés médiateurs queparceux.de Glaris, de Fribourg et de Soleure. Mais les Zuricois , que Berne .s'était adjoint^ comme in* lér^psés dans la même querelle, ne voulurent, point ac«
* Steltl. 1. c. 27. b.
' Id. 28. a. HoUing. A6K. A66.
^ Steltl. et Hottinf;. 1. c.
106 AO SUJBT B'UHTB&WALDKIC.
cepter cel accommodement^ ne le Irouvant ni honorable^ ni avantageux; et le 24 mars^ ils sollicitèrent fortement les Bernois a le rejeter. Ceux-ci, embarrassés sur le pATti qu'ils avaient à prendre i ne leur donnèrent point de réponse positive, prétextant la fête de Pâque qu'on allait célébrer, et le temps où ils étaient de renouveler les charges de l'état et d'élire les baillifs. Le 15 d'avril, les villes réformées tinrent une assemblée à Berne, et le 21 suivant à Zurich. Il se trouva dans cette dernière des députés des cantons neutres, Glaris, Bâle,-Soleure, Schaffhouse et, Appenzell. Tous ces sept cantons envoyèrent des dépulés auprès des cinq catholiques pour les exhorter à renoncer à Talliance qu'ils venaient de contracter avec le roi Ferdinand, a bien considérer la teneur de l'alliance mutuelle et perpétuelle du Corps Helvétique, et le bien de leur commune patrie, qui ne peut pas s'accorder avec des alliances étrangères^ elc.
Avant le départ de ces dépulés, il en vint à Berne de quatre cantons, Lucerne, Uri, Schwytz et Zoug, avec un plein pouvoir de celui d'Unterwalden , qui parurent devant le grand conseil le 22 avril , se plaignant des Zuricois qui avaient, disaient-ils, fait de grands préparatifs de guerre pour tomber sur eux^ et priant leurs chers alliés de Berne de se déclarer, s'ils voulaient observer les alliances à leur égard ou non ? et de ]euT donner leur résolution par écrit. *■ Les Bernois leur répondirent honnêtement, et les assurèrent qu'ils feraient incessamment leurs efforts pour rétablir la paix et l'union. Mais cette démarche des catholiques était une feinte grossière pour cacher leur mauvais dessein,
* Slettl. 1. c. SI), a.
ZURICH SE MET ^UR LA DÉf BNSIYB. 109
el ponr détacher les Bernois d'avec les Zaricois^ comme on va le voir par la suite. Et les plaintes^ qu'ils faisaient contre les Zuricois ^ ne partaient pas d'un meilleur principe. Les Zuricois apprenaient de toutes parts qu'on faisait contr'eux de terribles menaces ; qu'on comptait beaucoup sur la nouvelle alliance faite avec le roi Ferdinand. Ils crurent nécessaire de se tenir sur leur garde ^ et ordbnnèrent à tous leurs sujets (le 3 mars) de faire la même chose; et le mois suivant^ par un nouvel édit^ ils leur ordonnèrent aussi de vivre en paix avec tout le monde , et leur défendirent d'exciter aucun trouble ; seulement que^ comme il paraissait que les affaires se disposaient à une guerre, on leur recommandait de se tenir prêts à tout événement avec leurs armes. * Aussi donnèrent-ils ordre à leurs députés, .qui devaient aller auprès des cinq cantons avec ceux des six autres^ de réfuter cette plainte et quelques autres qu'on faisait. '
Ces députés des sept cantons pacifiques , auprès des cinq catholiques, y furent mal reçus; et même en quelques-uns on ne voulut pas les laisser paraître devant l'assemblée générale , selon l'usage , et comme ils en étaient chargés par leurs instructions. ^ Ceux d'Unterwalden, déjà coupables et plus insolens que les autres, firent faire des peintures infâmes des villes de Zurich, do Berne, de Bâle et de Schaffhouse^ et pendirent leurs écussons au gibet. ^ Les uns et les autres firent des réponses qui marquaient une extrême ai-
* Hotting. 465 466.
* Id. p. 468.
> SUttl. 1. c. 19. Rhan. 702. Hotting. 468.
* Stettl. 1. c. Skidan Lib. YI. p. m. 174.
IM ASSEHBllS'GilIBAALB DÇ Vk THURGOVIE.
grear conlre les reformes^ el en' particulier conU^é Znrich. Ceux d'Unterwarden répondirent encore plus arro^amment que lés antres ;'^ et soit pour cette raison même, soit par bravade^ ils refusèrent de donner leur réponse par écrit.
EnWron le même' temps ^ le mardi 20 avrils ^ les cinq cantons catholiques convoquèrent a Wcinfelden TassemUée générale de la Thurgovie. Une telle convocation parut suspecte aux Zurtcois^ qui y envoyèrent aùs^ dés députés. Les catholiques espéraient que ce peuple se déclarerait en leur faveur et pour la vieille religion; mais rassemblée résolut de s'attacher à la doctrine évangélique. Ces députés des cantons catholiques s'y plaignirent des cantons ' réformés , disant qu'on blessait les droils de leur souveraineté, et voulaient faire croire à ceux de leur religion ' que les réformés avaient dessein de les contraindre par la force a renoncer a la messe ^ ou de les maltraiter en d^autres manières ; mais il ne fut pas malaisé aux députés de Zurich de réfuter, cette calomnie. On prétend que Weinfelden a eu pour réformateur Jean Zwick, ministre de Constance»
- Cependant tout ^paraissait se disposer H la guetfe. ^ lies catholiques faisaient feu et flamme contre les réformés et évaporaient leur aigrëtir contr'eilx par liitUe traits insoléns^ par des injures^ par des itienaced ^t autres gentillesses de cette nature. Six cantons neutres, Glaris,
* < Nam cùm mafpia maie superest audacia causse , Creditur à multis fiducia. »
Javenal, Satyr. XIII. v. 109.
* Rhan. 701. Hotting. A67.
3 SteUl. Ibid.
KODVBAUX GRIEFS DB ZURICH COUTRX LBS CANTONS. Ili
Bftle, Fribourg, Soleure^ Schaffhouse el Appenzell firent tous leurs efforts pour rétablir la paix^ dans une diète assemblée à Bade^ le Vendredi 7 mai> sollicitant vivement Zurich et Berne d'accepter le projet d'accommodement qu'ils avaient fait ci-devant. ^ Les Bernois y auraient eu assez de penchant; mais les Zuricois ne le voulurent points à moins qu'on n'y établit, par un article exprès, le libre exercice de la relig;ion. D'autre côté , ceux du canton de Schwytz faisaient tout le mal qu'ils pouvaient aux Zuricois. Quelques bourgeois de Zurich y étant allés pour se faire payer de ceux qui leur devaient^ au lieu de leur rendre justice on les chargea de coups ; et quelque temps après, on y brûla un ministre zuricois. ' On avait chassé le ministre d'Obcrkirch dans le pays de Gastèr. ^ Pour remplir sa place^ l'Eglise adressa une vocation à Jacob Keyser, surnommé Schlosser, natif d'Utznach , petite ville du même pays^ et ministre de Schwertzenbach, dans le canton de Zurich, près du lac de Greiffensée. H accepta la vocation;^ mais ne pouvant pas quitter entièrement son église avani la St^Martin, il allait fous les samedià pour y prêcher. Un jour qu'il y allait , ' comme à l'ordinaire (c'était le 22 mai) , passant dans un bois, près d'Eschenbach , territoire de Gàster, quatre hommes apostés l'y enlevèrent et le conduisirent à Schwytz, où, dans sept jours, son procès lui fut fait et parfait^ et le 29 mai il fui condamné au feu. En vain le canton de Glaris, conseigneur du pays, protesta contre une violence si inouïe, qu*on avait faite à son insu et qui blessait son
* SteUl. ibid.
* Slâdan. I. c.
* Rhao. 709. Hottin^. 469.
118 COHTINOATIOH DBS TROUBLES.
aoioritc^ d'autant plus que cette année-là le baillif régnant du pays était de Claris ; en vain il voulut tirer en droit le canton de Schwytz^ pour lui en demander raison ; en vain le canton de Zurich intercéda pour ce ministre , et par lettre et par une députation expresse ; ceux de Schwytz se moquèrent de tout cela : ils voulaient une victime. La sentence fut exécutée^ et Keyser fut brûlé. Le pauvre homme parut d'abord fort abattu quand il se vit dans la prison ; mais lorsqu'il se vit conduit au supplice^ il reprit courage et mourut en invoquant perpétuellement le nom du Seigneur Jésus^ au milieu des flammes.
YI. On peut bien juger que de semblables procédures n'étaient pas fort propres a réunir les cœurs et à rétablir la paix. Le roi Ferdinand écrivit aux Gantons pour les y exhorter ; mais sa lettre n'était pas non plus fort propre à gagner les cœurs ^ étant remplie d'invectives et d^injures contre les réformés et la réformation. *■ Mais comme les Turcs lui faisaient alors une crueHe guerre y et que même ils mirent le siège devant Vienne , ce prince ne se mêla plus guères des affaires des Suisses.
Les deux cantons de Zurich et de Berne , mal satisfaits^ comme on peut juger ^ des cinq cantons catholiques^ et particulièrement de celui d'Unterwalden , écrivirent a celui de Lucerne qu'ils ne souffriraient point qu'on introduisit les baillifs d'Unterwalden ni a Bade, ni aux Bailliages Libres, comme son tour l'y appelait , que leur difficulté ne fût terminée. ' Mais le canton d'Unterwalden ne voulut point entendre parler de négociation et résolut d'aller introniser ses deux baillifs
^ HoUin^f. A68.
' Id. ibid.
COVTIBOATIOV DBS TftOUS&BS. 115
de vive force , et les quatre autres cantons catholiques lui promirent leur secours. *■ Les villes réformées con* férèrent là-dessus a Aarau dés le 24 mai , mais on n'y convint de rien. Les Zuricois voulaient qu'on se rott in* cessamment en campagne; les Bernois, au contraire, auraient mieux aimé la pûx. Tandis qu'on délibérait, il arriva deux autres choses qui engagèrent l'état de Zurich à entreprendre enfin la guerre tout de bon. Dans un tumulte arrivé enThurgovie vers le milieu de mai, un gentil-homme catholique ^ nommé Henri Lantz , tua d'un coup de feu un honnête homme du pays, qui vou«lait y mettre la paix. * Trois cents paysans l'assiégèrent pour ce sujet dans son château de Liebenfels , demandant qu'il f&t fait justice de lui , tout comme d'un homme de basse condition. L'état de Zurich prit le parti des paysans, et déclara (le 26 juin) que si Ton ne voulait pas faire justice de ce gentil-homme, il leur donnerait du canon pour battre en ruine son château. Enfin le château fut pris^ et le vieux Lantz , père du meurtrier, se vit obligé de payer une somme d'argent aux parens du mort, pour avoir la paix. D*autre côté, au commencement de juin , les gens du Bailliage Libre craignant la venue d'un baillif catholique, parce qu'ils avaient embrassé la réformation, demandèrent conseiI*et secours à leurs seigneurs de Zurich. ' Ceux-ci y envoyèrent deux cents hommes avec une députation ( le 4 juin) , le jour même que le nouveau baillif devait y faire son entrée, et s'emparèrent du riche monastère de Mouri. Le lendemain, ils envoyèrent cinq cents hommes à Brem-
* SteUl. I. c.
^ Bflsc. GroM. Rhan. 7(tt.
^ SteUl. I. c. p. 30. a.
i\k ZURICH niCLARB LA GUBRRC.
garten^ et de là à Mouri. Hb publièrent en même terop$ un manifeste pour montrer la justice de leurs armes. * Ils y alléguaient tous les faits dont on vient de parler^ et en particulier l'alliance que les cincj cantons avaient faite avec le roi Ferdinand pour opprimer la véritable religion; et ils remarquaient « qu'il avait élé stipulé daps cette alliance^ que toutes les terres qu'ils pourraient conquérir en deçà du Rhin , par le secours de Ferdinand, leur appartiendraient en propre ; par où il était aisé de voir que leur but dans cette alliance avait élé de dépouiller les réformés^ en se liguant avec l'ancien ennemi de la nation. »
A la première nouvelle de ces mouvemens, ' quatre cantons neutres, Giaris, Baie, Soleure et Schaffhouse, envoyèrent incessamment leurs députés à Zurich pour détourner cette ville du dessein de faire la guerre; mais inutilement. Les Zuricois leur répondirent « qu'ils n'avaient que trop de sujet de la faire ; qu'ils les priaient de leur donner du secours en vertu de leurs alliances. » Ils envoyèrent un héraut déclarer la guerre en forme aux cinq cantons^ par une lettre où ils se plaignaient entr'autres que le nouveau bcûUif qui devait venir d'Unterwalden à Bade , avait menacé de maltraiter les réformés. En même temps, ils mirent quatre mille hommes sur pied , avec la bannière de leur ville, sous la conduite d'un conseiller, nommé George Berger^ et envoyèrent trois autres petits corps, Tun dans le Gaster, l'autre du côté d'Einsidlen , et le troisième dans la Thurgovie. Le gros de l'armée prit le chemin de Cappel, le 9 juin. Les Bernois n'agréaient point l'équipée des Zuricois, qui
^ Sleidan. VI. p. m. I7&.
* Stettl. .W. 51. Hotting. &70 Rhan. 705.