‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 5)Chapitre 23 sur 60 · TBAITB DB PAIX. ISI · texte numérisé non relu

TBAITB DB PAIX. ISI

les qoalre canUms de Zurich, Lucerne, Schwylz et Glaris prendront en considération la ville de S. Gall , et la souliendront dans l'embarras où elle se trouve i à cause de son abbaye.

XVI. G>mine ceux de la Thui^vie ont fait diverses plaintes (entr'autres qu*on leur donnait des baillifs jeunes^ violons^ emportés, etc.), Zurich et -Berne déclarent que leur intention est qu'on donne à ces bonnes gens des baillifs pieux , de sens rassis et de bonnes mcsars, et que ceux de Zoug y envoient incessamment un autre baillif a la place de Jacob Stocker. Que do même on doit déposer sans délai Martin Werli , landamman de la province, et en élire un autre à sa place. Que les autres cantons , qui ont part k la souveraineté de la Thurgovie, s'engageront k4a même chose et de» ▼ront promettre aux deux villes de Zurich et de Berne de se joindre avec elles au plus l6t et sans délai , pour redresser les grieft et régler les aflBrires de cette pro* vince»

XVn. Les €ant<Mis jureront de nouveau tous ensemble et sur le champ leur ancienne alliance, selon Tancien usage, avec le traité de Slaatz, et cette paix na<tionale qu'on vient de conclure.

XVni. Enfin, il y aura de part et d'witre une paix ferme et inviolable; on oubliera toul ce qui s'est passé entre les deux partis^ leurs adhérons et leurs alliés; et personne ne sera inquiété, ni pour ce qu'il aura lait, ni pour ce qu'il aura dit contre ceux du parti opposé au sien, etc.

On iit deux copies de ce traité, en papier, en attendant qu'on pût en dresser les actes en parchemin ; et ces copies furent cachetées des cachets de quatre de ces médiateurs, et scellées du sceau du canton de

12S ACCOMMODBMBN'T DE BEMCB AVBC UMTBRWAUlBIf .

Zoug. Il fut ordonné que quelques-uns de ces médiateurs iraient à Bade avec un secrétaire pour y dresser les actes 9 et qu'ensuite le secrétaire irait dans les six villes et les cinq cantons intéressés dans cette guerre pour faire apposer leurs sceaux à ces actes ; après quoi il les leur remettrait , a chacun le sien.

Après la conclusion de ce traité , les deux armées se retirèrent; mais^ avant leur départ^ les cinq cantons envoyèrent dans le camp des Zuricois le traité de leur alliai^ce avec le roi Ferdinand , qui fut incessamment déchiré et mis en pièces. ^

Les députés médiateurs s'assemblèrent d'abord après^ pour exécuter lés choses dont ils étaient chargés par le traité. Ils réglèrent les frais que les cinq cantons devaient payer aux six villes^ et les taxèrent a trois mille écus d'or. Us conclurent aussi l'accommodement de Berne avec le canton d'Unterwalden, et condamnèrent celui-ci a payer aussi aux Bernois trois miUe écus d'or, pour tous frais. Le paiement du canton d'Untenvalden se fit en deux termes. H paya quinze cents écus au mois de mars de l'année suivante 1530; ' les autres quinze cents, le 20 mai de l'an 1531. ^

Il semblait que ce traité de paix devait assurer la tranquillité de la Suisse; mais il ne le fit point. Les deux partis ne l'acceptèrent qu'à regret ; chacun de son côté en élait mécontent^ et les cantons catholiques, en particulier, fâchés d'avoir cédé aux réformés plus qu'ils n'auraient voulu, n'attendaient qu'une occasion plus favorable pour remettre leurs affaires sur pied. ^

* Rhan. 705. 706.

^ Inslr. B. 397.

^ B. Spr. B £. £. i22.

* SleUl I. c. 52. b.

MiCONTBUTBMBNT DANS LA SCISSB. 125

Aussi Zwingli, qui connaissait parEaitement leur disposition^ n'approuvait point qu'on s'accommodât si mollement avec eux. ^ II aurait foulu que^ pendant qu'on en avait les moyens^ on les eût humiliés^ pour les mettre hors d'état de nuire, comme on fait aux betes féroces qu'on ne peut jamais apprivoiser. Et la suite fit bien voir qu'il avait raison ; car quand les cinq cantons ca- « tholiques congédièrent leur armée, ils jurèrent tous ensemble de conserver leur ancienne religion et de punir tous ceux qui embrasseraient celle qu'ils appelaient nouvelle. ' Bien plus^ au mois de novembre suivant, ils envoyèrent en grand secret l'amman de Zoug à l'empereur Charles V, en Italie, pour solliciter ce prince a faire la guerre aux cantons réformés, lui promettant de le secourir de toutes leurs forces. ^ Et les ecclésiastiques catholiques de la Suisse étaient extrêmement mécontens de l'Empereur, du roi Ferdinand et du pape, et en parlaient insolemment, * parce qu'ils n'agissaient pas assez vivement à leur gré, pour secon- . der l'ardeur de leur zèle meurtrier à opprimer les réformés.

Vn. Tous ces mouvemens de guerre n'arrêtèrent point les progrès de la réformation.

A Uérisau, gros bourg du canton d'Appenzell, on avait reçu l'Evangile par les soins de Jean Thœring. ^ L'évéque de Constance l'excommunia et le fit chasser. Un prédicateur catholique , nommé Jean Forer, y dé-

* Id. 31. a.

' Hotting. &72.

' Msc. GrooM.

* Pabflt, Kayser and KSnig seye ein Bub wie der andere. ^ Hottiog. 470.

Itt wkTOwaa aams lb comté mt bàdk.

Iruifiil ce que Taatre avait édifié. Mais les brelHs, qui ne connaissaieol pas la voix de cet étranger, ne voulurent poini récoùter et prièrent l'église réformée de Constance de leur prêter Ambroise Blarer pour un mois, en attendant qu'on eût tro&vé on pasteur. Il commença d'y prêcher le 30 mai.

Pendant le cours de la guerre, trois paroisses du comté de Bade^ savoir SchHeren, Rordorff et Dietiken, embrassèrent la réformation le 6 et le 7 de juin. ^ Le pasteur de cette dernière était Béat Gherung , de Munster en Ai^vie, Le âS d'aoAt, tous les religieux de Wettinguen , riche abbaye de l'ordre des Citeaux, près de Bade, renoncèrent aussi à leur habit eVau papisme, a la réserve d'un seol, et convertirent leur maison en on collège, sur le modèle de celui de Gappel. Leur abbé y consentit, quoiqu'à regret et les larmes aux yeux, priant que du moins on ne brûlât pas les images. Os promirent de donner de bons pasteurs à Bade et aux autres égUses dont ils avaient le patronat. Nicolas Hanuel, banderet de Berne ^ et Bernhard Brunner, de Glaris, ancien baillif de Bade , eurent beaucoup de part à cette reformation. ' Berne écrivit ^ ces religieux pour les louer de ce qu'ils venaient de faire, les en ;*emercier et les assurer qu'on les protégerait. ^ Zurich et Berne exhortèrent ceux de Bade k imiter cet exemple ; mais ils le refusèrent. Il n'en fut pas de même des villages de Wurenloss et de Yislisbach , qui se réformèrent dans le même mois. ^ Ils furent suivis du commandeur de Hitzkilch, le 4 septembre.

* Id. page 473.

> Stettl. 1. c. 23. a.

' Msc. GrooM.

^ Hotting. 473.

SCBATIHOCSB 8X RÉrOAMB. IS8

Mais ta réformation la plus considérable ,, arrivée dans cette saison-là , fat celle de la ville et du canton de Schaffhouse. ' Elle se fit lentement , et cette affaire tratna dès le commencement de Tannée jusqu'à la fia de septembre. Le 23 janvier^ le magistrat ordonna aux deux couvons de la ville de se dessaisir, avant la Pentecôte, des terres qu'ils possédaient dans le pays de Hegau , et de les vendre. Il fut aussi ordonné de ne rien innover en matière de religion, sans la volonté du conseil souverain. Vers le miliea d'avril, on établit quelques commis du petit et du grand conseil, pour examiner cette importante affaire. Le vendredi 22 juillet , on fit enlever toutes les images de la chapelle dç StrWolfgang , hors de la ville ; on en démolit les autels, et ce qui s'y trouva de précieux fut vendu aux bourgeois ou remis entre les mains des magistrats.

Cependant il y avait une grande division dans la ville. Chaque parti cherchait à se maintenir, ^et implorait le secours des cantons de sa religion. Vers la fin de septcmbre, Zurich, Berne, Bâle, St-Gall et Mulhouse y envoyèrent des députés^ qui ayant demandé d'être entendus dans le grand conseil, le 30 du mois, les exhor^ tèrent à se déterminer enfin , et à consommer courageusement l'heureux ouvrage de leur réformation, puisqu'ils avaient reconnu sur ce siget la volonté de IKeu , comme ils l'avaient déîà tait voir en abolissant tant de messesj d'images et de moineries. Que par là ils glo^ rifieraient Dieu, et rétabliraient le calme et la tranquillité dans leur ville. Que, du reste, on les assurait qu'on les secourrait toujours de corps et de biens, toutes les fois qu'ils seraient attaqués. Le petit conseil, sur-

*■ Sctttt. p. m. 190. Stettl. 25. .HotUng. A55. Hic. GrooM.

126 LES IHAGBS SONT O^TAUITEfl.

lout quelques conseillers, tenaient encore pour la religion catholique ; mais la bourgeoisie assemblée l'emporta pour la réformation, a la pluralité des voix. Ensuite de cette résolution^ l'on abolit la messe et les images par toute la ville. On ferma les églises des Cordeliers et des religieuses de Ste-Agnès. On brûla quelques images, enlr'autres la statue colossale du Seigneur, qu'on appelait vulgairement le Grand Bon Dieu de Schaffhouse. * Quand on Tabattit, elle tomba sur le baptistère, qui ne pouvant soutenir le poids énorme de cette lourde machine, en fut brisé. Quelques familles considérables furent si fâchées de cette révolution, qu'elles quittèrent la ville. Quelque temps après, elles voulurent y revenir^ mais on ne trouva pas à propos de les recevoir. La ville entra ensuite dans Talliance particulière des cantons réformés. ^ Le 10 de novembre on publia un édit qui donnait aux ecclésiastiques , de Tun et de l'autre sexe , la permission de se marier, et confirmait l'édit précédent qui défendait aux prêtres de tenir des concubines. Erasme Ritter, pasteur et réformateur de la ville, épousa une religieuse nommée Anna Egkenstorff, sœur de l'abbé Michel. Le 25 du même" mois on établit un consistoire. On travailla aussi à réformer les Eglises des terres sujettes de la ville, comme Kilchberg, Busingen, Dœrfflingen, etc. Les Zuricois curent une si grande joie de la réformation de leurs alliés et voisins de Schaffhouse, qu'ils leur en écrivirent une lettre de fclicitation.

Vin. Il arriva une autre chose, qui causa un grand bruit dans la suite, parmi les cantons, ce fut l'entre-

* Der grosse Herre Gott von Schaffhousen. ^ HoUin^. p. &£{6.

ABBÂTE DE S. GALt. iS7

prise de la ville de Zurich sur Tabbaye de S. Gall. ^ n est tcms d'en parler ici. L'abbé, nommé François Gheisberger se sentant malade se fit transporter a Roschachy et y mourut, dans la semaine sainte le mardi 23 mars. On tint sa mort cachée jusqu'au vendredi suivant; pour donner le temps aux religieux, qui étaient alors à Einsidlen , 'de se rassembler, pour élire un autre abbé. Les quatre cantons protecteurs de Tabbaye , étaient partagés sur le sujet de eette électton. Lucerne et Schwytz^ qui craignaient qu'on ne profitât de la vacance, pour réformer les moines, les sollicitaient à y pro- ' céder incessamment. Zurich et Glaris au contraire s'y opposaient par la même raison. Les moines pour être en liberté, s'assemblèrent à Raperschwyl et élurent Kilian Kftufflin , auparavant lieutenant de Wyl et grand sommelier de l'abbaye. Zurich et Glaris ne voulurent point reconnaître ce nouvel abbé , qu'à ces conditions : «c 1**. Qu'il prouverait par TEcriture^ que toutes les pratiquesmonacales, les frocs, la messe etc. étaient agréables à Dieu. 2^. Que s'il ne le pouvait pas prouver, lui et son couvent quitteraient Thabit, et les usages superstitieux de leur ordre, et qu'il ne serait plus abbés ni seigneur, mais administrateur et lieutenant, qui rendrait compte annuellement aux quatre cantons protecteurs, et que ce qui se trouverait de reste , serait employé au profit des pauvres. 3®. Qu'on redresserait les charges insupportables , qu'on avait imposées aux sujets de l'abbaye^ contre la Parole de Dieu : » car l'abbé défuntavait fort maltraité les réformés. Le docteur Schappeler et les autres ministres de S. Gall^ composèrent quarante-deux thèses contre les inventions et les doctrines humaines ,

^ Hotling. «66. 167.

ISS l'abbé se aSTIEB SKCRiTBMBNT.

les pratiques diverses de la religion callioliqoe, et en particulier contre celles des moines. Ils les firent imprimer , et offrirent de les soutenir dans une dispute publique. L'abbé se moqua de tout cela; * prétendit que les droits de son abbaye étaient suffisamment à couvert par les bulles des papes et les diplômes des empereurs ; et qu'il n'avait que faire de disputer sur ce sujet ; et il sommait les Zuricois de le protéger lui et son abbaye 5 à forme du traité fait avec eux par ses prédécesseurs. Zurich et Claris le sollicitèrent de nouveau à se trouver a une conférence avec leurs députés , a Wyl , à Roschach ou à tel autre lieu des terrés de l'abbaye 9 qu'il lui plairait; et lui firent dire, s'il prétendait qu'on le protégeât contre la volonté de Dieu et contre la justice? Mais l'abbé^ appuyé par Iiuceme et Schwytz , qui l'assuraient de leur protection , ne voulut entrer en auci^e conférence. Glaris lui promit aussi enfin sa protection^ pourvu qu'il renonçât à Vh» bit de l'ordre^ à moins qu'il ne pût en soutenir la validité par la Parole de Dieu. Hais il n'en voulut rien faire 5 d'autant plus qu'il avait de grosses rentes audelà du Rhin qu'il aurait infailliblement perdues. Le 18 mai^ il envoya des députés à Glaris pour prier le grand conseil d*état de le maintenir dans ses dhùts , à forme du traité > a particulièrement , disait-il , parce que Dieu n'a donné aucun règlement sur les habits. Et quel mal fait le froc ?» En même temps il fit de* mander au pape la confirmation de son élection. Hais quelques semaines après , et avant que de l'avoir obtenue , il se saisit du trésor , de l'argent et des titres de son abbaye^ et se retira secrètement à Bregentz^

* Id. 468. «69.

l'abbb de s. gall décla&b fugitif. 129

petite ville au-delà du Rhin sur le lac de Constance , qui appartient à la maison d'Autriche^ et y acheta le château de Wolffourt^ où il établit sa résidence avec ses moines. ^ Il se fit aussi donner par Tempereur Charles y l'investiture de tout le temporel du couvent^ et en particulier du Toçkenbourg et de la terre d'Anwyl. Non content d'une telle démarche , il sollicita Marc de Hohen-Ems, baillif autrichien à Bregentz, de lui donner du secours , s'imaginant que la ville et les terres de S. Gall étant sans armes ^ on pourrait s'en emparer par surprise.- Ce baillif le lui accorda^ et comme les sujets d'Autriche ne voulaient pas marcher dans cette occasion , il fit venir quelques centaines de Bavarois pour leur faire passer le lac. Mais s'étant aperçu que toutes les frontières de la Suisse étaient pourvues de monde ^ et qu'on y faisait bonne garde , il se retira. Par une telle conduite, cet abbé s'attira l'indignation des Cantons, et ils le regardèrent comme un homme fugitif, qui avait perdu tous les droits qu'il prétendait s*attribuer.

Pendant ces troubles de S. Gall , on pensa en voir naître de nouveaux dans tous le Corps Helvétique. L'accommodement des Cantons avait été fait à la hâte, et il s'en fallut peu qu'il ne fût bientôt rompu , et que Ton ne reprit les armes. Les catholiques ne pouvaient pas se résoudre de payer auic réformés les frais de la guerre.^ D'autre côté, les réformés étaient indignés contre les Lacernois, de ce qu'ils avaient laissé échapper d'entre leurs mains le moine séditieux T|iomas Mourner, et ils persistaient à demander qu'on accordât liberté de cens-

* Id. pag^ 475.

' Id. page 474.

130 NOUVBAirx TROUBLES. NOUTEL ACCOHMODBBIENT.

cience dans les cinq cantons. On tint diverses diètes , dans les mois de juillet et d'août et au commencement de septembre, pour ajuster ces différens ; mais sans succès. Les catholiques persistaient toujours dans leur refus de satisfaire à la prononciation des arbitres et de payer aucun frais de guerre.* Les Bernois voyant cela recoururent à la force pour mettre les autres à la raison , et le jeudi 16 septembre, ils défendirent à leurs sujets tout commerce avec les cinq cantons, et principalement de laisser passer aucune denrée pour eux; et deux jours après , ils ordonnèrent une levée de douze mUlc hommes auxquels on commanda de se tenir prêts à marcher au premier ordre. Là-dessus^ la diète se rassembla le 28 du même mois, et ensuite le 30, et Ton y conclut un nouvel accommodement. ' On convint, entr'autres, « Que dans les seigneuries communes, là ou la pluralité des voix l'emporterait à Tavenir, pour ou contre la réformation , la chose en demeurerait là ; que aucun canton n'y enverrait des députés, afin de laisser aux députés liberté entière ; qu'on admettrait à ces délibérations les jeunes hommes, dès Tâge de quatorze ans, etc.» Le 24 septembre on dressa le nouveau traité pour éclaircir et redresser le précédent; et, le 15 octobre ^ les douze cantons publièrent, de concert, un édit pour exhorter leurs sujets communs à vivre ensemble en paix^ avec défense dé s'injurier ou de s'insulter mutuellement pour cause de religion, sous de grosses peines. ^ On tint deux diètes dans ce mois d'octobre pour renouveler les sermens des anciennes alliances. Les réformés

^ Msc. Grooss.

' Hotting. Klh.

* Id. ib. et SteUl. 32 b.

EÉFORMATION DE SCHWARTZBOORG i3i

▼oulurent loujoura réserver que cela se fit selon Tancieii usage ^ sans que cela portât aucun préjudice à la Parole de Dieu. *

Les Bernois eurent aussi quelque difficulté avec les Fribourgeois au sujet du bailliage de Schwarzbourg , que ces deux cantons possédaient en commun ; chacun d'eux s'y intéressant pour sa religion. La doctrine évangélique y avait été préchée^ et Ton y était divisé sur la religion; les uns voulant recevoir la, reformations el les autres la rejetant.^ Berne envoya des députés aux paroisses de Schwarzbourg et de Gougisberg^ le 20 d'août^ pour les exhorter à la paix. Et comme ces corn- . munautés devaient s'assembler pour régler l'affaire de la religion à la pluralité des voix, les députés eurent ordre de convoquer l'assemblée ^ et de leur représenter « que la foi étant un don de Dieu, on ne voulait contraindre personne à embrasser la réformation ; que néanmoins comme chaque magistrat chrétien est oblige de maintenir ses sujets clans la vérité , ils sont résolus de protéger tous ceux de leurs sujets des Terres médiates ^ qui embrasseront l'Evangile. .Leurs instructions portaient aussi que là où la pluralité l'emporterait pour l'Evangile 9 la moindre partie devait céder; mais que la où elle l'emporterait pour la messe > LL. EE. voulaient protéger les réformés. Que cependant pour éviter toute contestation, ils veulent bien que les prêtres y célèbrent la messe , pourvu qu*ils s'eft contentent et qu'ils ne prêchent point , et que l'on prêche toujours la réformation avant la messe. Que pour le reste, il devait être défendu à chacun , sous de certaines peines.

^ Instr. B. 551. 36&. Hotiing. A75.

' Instr. B. p. 33. 2.

152 BT DE GO06ISBB&G.

d'inquiéter ou d'injurier personne pour sa religion. » Dans cette occasion , les deux parmsses qu'on Tient de nommer embrassèrent la reformations et d'abord la religion catholique y fut abolie. Les Fribourgeois toulorent s'y opposer, et prétendirent que du moins on laissât subsister le libre exercice de la religion catholique. Pour cet effet, ils envoyèrent des députés à Berne, au commencement de décembre, avec ordre de pousser cette affaire. Les Bernois leur répondirent , le 8 du même mois, ^ « qu'ils voulaient laisser les choses à Schwarzbourg et à Gougisberg dans Téut où elles .étaient; que par conséquent ils ne permettraient* point qu'on dît la messe, ni qu'on pratiquât aucune cérémonie papistique dans les temples ; que cependant ils consentaient, en faveur des faibles, qu'on le fit à Schwarzbourg dans la chapelle, et à Gougisberg dans le Beinhaus, bien entendu que cette concession ne prqudiderait point à leurs droits. » ^

IX. Les Bernois continuèrent cette année k réformer diverses maisons religieuses. ^ Henri Rouff, abbé de Troub', traita avec eux pour mille goulden et leur remit son couvent, et les Seigneurs lui donnèrent des lettres de rente pour paiement, le 16 juillet. Le 8 d'août, ^ ik écrivirent à Rodolf de Bénédictis^ abbé de l'tle de St-Jean, près de Cerlier, que voyant quil était extrêmement endetté et qu'il s'endettait tous les jours, telle-

^ Ibid. p. 378.

' n est à remarquer que quoique Berne et Fribourg possèdent œ bailliage en commun , cependant par un anden traité de Tan iAtftf, Berne y a des droits plus étendus que Fribourg; par exemple, les appels se portent à Berne et non à Fribourg.

' B. Instr. H. SUO. b.

* Ut. Miss. 288.

OONATIOHS DIYBaSBS. 133

meni que ses dettes ruineraient un jour le couvent > ils lai ordonnèrent dé se rendre à Berne ^ le jeudi 8uiTant> et d'avertir ses moines d'envoyer aussi quelqu'un d'eux pour traiter en leur nom. Us obéirent^ et le 16 do même mois, ils remirent leur couvent à leurs Seigneurs^ avec ses biens et ses dettes , moyennant cent écus d'or qu'on leur donna à chacun. ^ L'abbé ne résigna que le 3 septembre. H eut pour sa portion deux mille écus d'or au soleil.' Dans le même temps^ le prévôt de Wangen traita aussi avec eux^ et leur ayant remis son abbaye^ il se maria. ^ Us lui firent (le 18' décembre) une pension viagère pour lui et pour sa femme. LL. EE. donnèrent aussi (le 23 octobre) à la ville d'Arberg ^ toutes les terres et les revenus attachés à la messe de matines, et deux maisons de cure avec leurs rentes, ^ afin d'employer ces revenus à l'enU'etien des pauvres. Us eurent aussi soin de récompenser ceux dTJnterseen, ^ pour la fidélité qu'ils leur avaient témoignée dans la guerre des rebelles, et de les dédommager des pertes qu'ils avaient souffertes de la part des troupes dTuterwalden et de leurs associés. Pour cet effet, ils leur donnèrent (le 12 décembre) des biens du couvent dlnterlaken.

Dans l'automne de la même année, la réformation fit encore des progrès en divers endroits de la Suisse. J'ai dqà parlé ci-dessus de ceux qu'elle avait fait pendant l'été dans le comté de Bade. Elle n'en demeura

* B. Instr. [. p. 1.

^ Ibid. page 3.

' Ibid. p. 31.

^ Id.page 11. b.

^ FfrUnd und Widem.

^ Ibid. p. 18.

I3& P&0G&B8 DB Là RéFORVB A ZDRZACB ,

pas là. Au mois d'octobre, Zorzàch, gros bourg sur le Rhin y célèbre pour ses foires, embrassa la réforroation et abolit les images. ^ Trois des chanoines de l'église collégiale de Ste-Verene embrassèrent la reformation. Les autres se retirèrent à Waldshout. Zurzach fut suivi des villages de Deckerfeld^ Dettingen, Cadelbourg et Gebisdorf. Ce dernier renonça au papisme au mois de novembre, et recourut au gouverneur de Kœnigsfeld pour lui demander un ministre, qu'il obtint, parce que cette ^lise dépendait de Kœnigsfeld pour la coUature.^ La réformation s'avança aussi dans la Thui^ovie. Rheinau, petite ville suj le Rhin, avec une ancienne abbaye de Bénédictins, combattit long-temps pour la réformation, avant que d'y parvenir. ^ L'abbé, Henri de Handach^ s'y opposa vivement et fit chasser les deux ministres qui la prêchaient. Mais étant venu à mourir, les bourgeois reprirent cofirage et résolurent, à la pluralité des voix , d'abolir la religion romaine dans leur ville et dans Tabbaye, et brûlèrent les images des deux églises. La paroisse de Gachnang fit aussi la même chose. A cette occasion, ^ les cantons, seigneurs de laThurgovie, résolurent d'établir un administrateur sur les couvens de ce pays-la, qui sont en grand nombre. Ils y envoyèrent des députés pour visiter ces couvens et ordonnèrent au secrétaire baillival de dresser un inventaire de tous leurs biens et leurs titres, afin que les religieux et les religieuses rendissent compte toutes les années au baillif, de leur administration. La plu*

* Holting. 475. Scult.

' Msc. Grooss.

* Hotiing. 474.

* W. page 475.

DANS LA TBU&GOVIB. SYNODE. 153

part de ces monaslères s'opposaient de toutes leur force aux progrès de la réformation ; mais le zèle que le peuple de ce pays-là témoignait pour la cause de la réformation surmontait tous les obstacles. On célébra même, le 10 décembre, un synode provincial à Frauenfeld, capitale du pays, composé des ministres de la Thurgovie. ^ On y invita toutes les villes et les pays réformés du voisinage, Zurich, St-Gall, Appenzell, le Rheinthal, le Tockenbourg et les sujets de Tabbaye de Si- Gall. L'état de Zurich y envoya deux députés de la magistrature, avec trois théologiens, Zwingli, Pellican et Collin^ autrement Am-Buel. On y vit Schappeler et et Zilli, pasteurs de St-Gall, et Jean Zwick, de Constance, la noblesse de la Thurgovie, et, en tout, cinq cents ecclésiastiques^ pasteurs, vicaires et chapelains, n fut permis à chacun d'y parler en toute liberté sur la doctrine de Teucharistie. On y traita aussi de l'excommunication. On y conféra avec les anabaptistes^ qu'on y avait aussi invités ; et comme le canton d'Appenzell y avait envoyé les siens ^ on examina les actes d'une conférence tenue à Teuffen avec ces sectaires^ et on les éclaira si bien., qu'on en gagna le plus grand nombre. Enfin Ton y examina la doctrine et la conduite des ecclésiastiques^ et l'on déposa plusieurs ministres ignorans. Par tous ces endroits, ce synode produisit un grand fruit dans l'Eglise réformée.

n s'était aussi tenu un synode à Rheineck dans le Rheinthal, quelque temps auparavant, mais je n'en ai pas trouvé les actes.

X. Les catholiques, de leur côté, ne négligeaient rien pour soutenir leur religion chancelante. Us em-

* HoUing. ft79.&80.

136 GOMMXlfCBlfBlIT DB RÉFOUIB

péchèreni qae la bourgeoisie de Moari^ dans le bailliage libre, n'embrassai la reformations qaoiqne le plos grand nombre des voix portât là. ' On dépouilla un homme qui débitait des livres évangéliques dans le bailliage de Sargans. Et de tous côtés on les entendait perpétuellement faire des menaces contre les réformés.

Mais ce fut particulièrement à Soleure qu'ils firent les plus violons efforts pour y étouffer la réformation. Elle y avait fait des progrès considérables depuis la dispute de Berne, apparemment par les soins de Philippe Grotz , de Zoug, prédicateur réformé > qui s'y trouvait. La division y fut fort vive cette année, parce que les deux partis étaient forts, et l'on ne pouvait pas prévoir de quel côté la victoire tournerait. * Les bourgeois et les savans étaient pour la réformation ; mais les grands et les chanoines de l'église collégiale de S. Ours étaient contre. ' Pendant que les réformés étaient encore en petit nombre , on les persécuta de diverses manières , ou par la prison, ou par des amendes, ou par le bannissement. ^ Mais nonobstant ces mauvais traitemens, leur nombre ne laissa pas de s*augmenter; et au bout de quelque temps ils trouvèrent plus de faveur au conseil, et on leur permit d'avoir un ministre pour leur prêcher librement selon la pureté de l'Evangile. Quelque temps après, on voulut obliger ce ministre à célébrer la messe. Il le refusa, et ses auditeurs Tappuyèrent. Cette contestation causa une grande rumeur dans la ville. L'état de Berne en ayant eu avis, y envoya

* Id. «80.

' Stettl. S6. b.

' HotUng. 477.

^ Msc. Grooss.

A SOLBUEB. 137

promplement cinq dépolés da conseil pour y mellre la paix. ' Zurich y envoya aussi les siens. Le dimanche^ 19 de septembre^ le grand conseil fut assemblé en présence de ces députés et cent réformés^ tant de ce conseil que de la bourgeoisie^ y parurent pour demander liberté de conscience. L'un d'entr'eux, parlant au nom de tous^ fit un beau discours^ ^ où il se plaignit des persécutions qu'on leur avait faites^ tandis qu'on laissait impunis les crimes et la paillardise des prêtres. H représenta que nonobstant une conduite si dure de leurs supérieurs^ les réformés leur avaient été toujours soumis et fidèles^ et qu'ils le voulaient toujours être. Mais que du reste il n'était pas possible au ministre (que le conseil leur avait accordé) de dire la messe^ puisqu'elle était une abomination. Qu'ils devaient donc se conformer à la réformation de leurs alliés et combourgeois de Berne ^ à moins que les prêtres ne pussent prouver par l'Ecriture et la messe et les autres cérémonies papales. Que s'ils le faisaient^ ils mettraient leurs biens et leur vie pour les soutenir ; que si au contraire ils ne le pouvaient pas, ils priaient leurs seigneurs d'écarter et d'abolir toutes ces abominations, pour ne retenir que la pure Parole de Dieu.

lies députés de Zuricb et de Berne appuyèrent la demande des réformés. Us représentèrent aux magistrats, que ces gens-la ne demandaient rien de déraisonnable; les exhortèrent k chercher ce qui pouvait contribuer à l'avancement de la gloire de Dieu et à la tranquillité de leur état, et leur mirent devant les yeux les biens qui leur reviendraient s'ils embrassaient la réformation

* Stettl. 1. c.

' Msc. Grooss.

138 ' MOUVBMBNS DBS CATHOLIQUES.

avec eux. Ces deox représentations produisirent leur effet. Le grand conseil accorda ces deux choses : « 1^. Que le ministre réformé ne serait point obligé de dire la messe. 2°. Que dès ce moment on publierait dans toute IH^tendue de leurs terres un édit qui permettrait à tous les pasteurs des églises de prêcher la Parole de Dieu purement et en toute liberté^ nonobstant les édits précédens contraires à cela. »

Ce fut un bonheur que les députés de Zurich^ de Berne et de Bâle se trouvèrent là pour calmer les esprits y car sans eux on en serait venu à des actes de violence^ qui auraient pu causer quelque massacre. '

L'édit qui accordait liberté de conscience fut publié, mais il «te fut pas capable d'arrêter le zèle furieux des catholiques. Ils ne cessèrent de maltraiter les réformés, et Ton en serait venu à un tumulte dangereux^ si les Bernois n'y eussent promptement envoyé (le 25 novembre) quatre députés de leur conseil pour employer leurs bons offices au rétablissement de la paix. ^ Mais à peine les députés de Berne furent-ils de retour chez eux, que les catholiques recommencèrent à remuer. Un jour même ils en vinrent jusques-là que de vouloir attaquer les réformés à force ouverte; et dans ce dessein fermèrent les portes de la ville et pointèrent le canon. Les Bernois l'ayant su, y enyoyèrent incessamment quatre députés. Le jeudi, 2 décembre, le grand conseil fut assemblé en leurjprésence, et les réformés demandaient justice contre leurs adversaires qui avaient violé, avec tant de hauteur, Tédit qu'on avait publié pour accorder liberté de conscience ; et dirent qu'ils ne

^ Stettl. 27. a. Rhan. 709.

' StetU. 27. a.

IMTE&VBNTION DB BBENE. 139

voulaient plas si^er avec eux dans le conseil. ^ Làdessus il y eut une grande division dans rassemblée ; quelques-uns des magistrats voulant que les catholiques, auteurs de' ces tumultes, fussent punis, et les autres ne le voulant pas. Les députés de Berne offrirent leur médiation aux deux partis. Les réformés, pour donner à leurs adversaires un exemple de modération chrétienne, se radoucirent à leur égard ; déclarèrent qu'ils voulaient bien se désister de la demande qu'ils faisaient qu'on les punit^ leur pardonner et siéger avec eux dans le conseil, pourvu qu'on ne fit rien contre l'Evangile. Ce qui leur fut promis. Ainsi la décision Tut remise au lendemain; et ce jour-là étant venu, tout fut pacifié, lies magistrats de Soleure furent si satisfaits des soins de leurs bons alliés de Berne pour apaiser les troubles qui s'étaient élevés au milieu d'eux, qu'ils leur envoyèrent des députés quelques jours après (c'était le 10 décembre) pour les en remercier solennellement. ^ Il fut permis de nouveau à Philippe Grotz et encore à un autre de prêcher aux réformés ; et pour cet effet on y appela une seconde fois un excellent théologien nommé Ocher, qui y avait déjà prêché auparavant. ^ Le 21 décembre, le grand conseil publia un nouvel édit pour établir la liberté de conscience par tout le canton. aD'autant^ y disait-on, que la foi est un don libre de la grâce de Dieu, que personne ne peut donner, ni ôter, ni par conséquent régler avec un empire absolu. Que l'empire de la conscience n'appartient qu'à Dieu, pour cette cause on permettait à tous les sujets et babitans

* Mac. Grooss.

' Stettl. 1. c.

' HoUing. 477. &78.

lAO ion POOB. tJk UBE&TÉ DB C0R8CISHCB.

da canton de suivre la religicm que leur conscience lear dicterait élre la meilleure. » Ds envoyèrent ausâ des députes par tout le canton pour exhorter leurs siqets à déclarer tibrement leurs sentimens sur la religion; s'ils souhaitaient de garder la messe ou non. Les sujets répondirent : « Qu'ils laissaient à leurs seigneurs le soin de décider de cette afiaire^ persuadés que comme de bons pères et de bons pasteurs ils ne voudraient leur montre/ que le bon chemin. » Os ne furent pas contens de cette réponse ; ils renvoyèrent des députés pour en demander une plus précise, et alors il y eut trentequatre paroisses qui se déclarèrent ouvertement pour la réformation, et dix qui furent pour la messe.

Les Bemob possèdent en haute jurisdiction quelques villages le long de TAar, et Soleure y a la basse justice. Les premiers y établirent la réformation au mms de juillet, suivant la teneur du traité de paix. * Ds y envoyèrent des députés pour assembler les paroissiens et leur faire passer à la pluralité des suf&ages s'ils étaient résolus d'embrasser la réformation ou de la rejeter. Les députés eurent ordre d'aller auparavant à Soleure pour communiquer, la chose aux magistrats, parce qu'ils ne voulaient pas le faire à leur insu.

La réformation avançait lentement parmi les Grisons, excepté dans l'Engadine. Un moine italien prêcha l'Evangile dans la Valteline. ^ D fut cité pour ce sujet par devant les seigneurs des trois Ligues assemblés a Dantz environ le mi-caréme, et il lui fut défendu de prêcher, et même on le bannit de la Valteline. Mais un des seigneurs députés le prit avec lui

^ Bern. Iiutr. B. 325.

^ Hotting. m.

aéro&HATiON dans L*£NGADINK. 141

et le mena dans le pays de PregasU ou Pergaell. De là il fut appelé par un homme de considération dans l'Engadine, où l'Evangile n'avait point encore été annoncé. Sa prédication y causa d'abord un grand tu* multe; cependant tout s'y termina sans qu'il arrivât aucun mal à personne. Enfin ^ an mois d'avril les pa* roissiens convinrent à la pluralité des voix, qu il lui serait permis de prêcher. Ainsi il prêcha à ceux-là même qui avaient contribué à le faire exiler ; et la réformation y fit de grands progrès en peu de temps. H n'en était pas de même dans le reste du pays des Grisons. C'est pourquoi Dorffman, pasteur réformé de Coirc^ se présenta de nouveau par devant les seigneurs des trois Ligues y assemblés en juillet^ dans cette ville-là pour leur demander une nouvelle conférence de religion; mais il ne fut pas écouté.

XI. Les protestans d'Allemagne avaient les mêmes combats à soutenir de la part des catholiques que les réforma de la Suisse ; et il aurait été à souhaiter^ pour l'intérêt des uns et des autres^ qu'ils eussent été étroitement unis ensemble pour résister à leurs ennemis communs. La diète de l'empire s'étant assemblée à Spire au mois de mars , les catholiques voulurent y faire passer à la pluralité des suffrages un décret qui restreignait la liberté de conscience accordée par un autre décret trois ans auparavant. *■ Les électeurs de Saxe et de Brandenbourg ^ les ducs de Lunebourg, le landgrave de Hesse et le prince d'Anhalt firent une protestation solennelle contre ce décret , et en appelèrent à Tempereur qui était alors en Espagne et à un concile libre. Les villes de Strasbourg, Nuremberg,

* Sleidan Ub. VI. p. m. 171. 175.

I4.t ORIGIHB DO NOM DE P&OTKSTAMS.

Ulm, Constance^ ReuUing^en^ Winsheim^ Hemmin* gocn^ Lindau, Kempten^ Heilbrun, Isny, Weissenbourg, Nordlinguen et S. Gall se joignirent à ces prin* ces et signèrent leur protestation et leur appel; et c'est de là (pour le remarquer ici en passant) qu'est venu le nom de protestons qu*on a donné aux réformés.

Les catholiques avaient travaillé à diviser les protestans de la Saxe d'avec ceux de la Haute-Allemagne , parce qu'ils n'étaient pas d'accord entr'eux sur la présence réelle du corps du Seigneur dans l'eucharistie ; et dans ce dessein ils avaient fait insérer dans leur décret entr'autres choses) qu'on ne recevrait point la doctrine de ceux qui enseignaient touchant la sainte Cène du Seigneur autrement qu'on ne fait dans l'Eglise^ savoir dans l'Eglise romaine^ ou l'on enseigne la présence réelle. Les princes et les villes évangéli^ ques connurent le piège ^ et le réfutèrent dans leur protestation , disant : « Qu'il ne convenait point de faire un décret de cette nature contre ceux qui ne croyaient * pas la présence réelle, puisque l'édit de l'empereur n'en parlait point ; et que d'ailleurs on n'i^vait ni cité ni entendu les défenseurs de cette doctrine, et qu'il fallait bien considérer mûrement combien il est contraire à la justice et à l'équité de décréter quoi que ce soit dans de^ choses de cette importance sans avoir entendu les parties intéressées. »

Cependant les théologiens des deux partis protestans s'étaient fait réciproquement une guerre cruelle dans leurs écrits ; et l'aigreur allait en croissant de part et d'autre bien loin de diminuer. Il y avait dans l'empire diverses personnes de mérite qui voyaient avec douleur qu'un sacrement établi par le Seigneur , pour être un symbole et un instrument d'union et de con-

COMFÉaBNCB DE MARPOUaG. IA3

corde entre ses disciples^ fût une matière et une source de division ; et que la différence de sentimens sur ce seul article fût un obstacle à Tentière union des réformés , et ils souhaitaient qu'on pût apporter du remède à un si grand mal. ^ On crut qu'une conférence entre les théologiens des deux partis pourrait produire un si bon effet. C'est pourquoi Philippe ^ landgrave de Hesse^ prince d'un rare mérite et d'une grande piétés ayant communiqué la chose à ses alliés et sollicité les Suisses a contribuer à une siphonne œuvre ^ convoqua une assemblée de théologiens à Marpourg, ville de sa dépendance, pour y conférer ensemble amiablement et en charité chrétienne. Zwingli et Oecolampade s'y rendirent les premiers , et en passant à Strasbourg ib prirent avec eux Martin Bucer et Gaspar Hédion. Après eux y arrivèrent de Saxe, Luther , Mélanchthon, Juste Jonas; de Nuremberg, André Osiander; de Halle en Souabe , Jean Brentins ; et d'Augsbourg , Etienne Âgricola.

Luther ne goûtait point le projet d'une telle conférence; ' et le 13 juin il écrivit au landgrave, « qu'il le priait de bien examiner si une telle conférence serait utile ou inutile; puisque, disait-il, les Zwingliens voudraient à peine reconnaître leurs erreurs , et que , quant à lui, il ne pouvait point changer de sentiment. » Avec de semblables dispositions, il avait raison de croire que la conférence serait inutile.

Le landgrave de Hesse voulut qu'avant de conférer en public, Luther conférât en particulier avec Oecolampade; et IHélanchthon avec Zwingli. ^ Cela se

* SIeid. L. 6. p. m. 175. Lavât. 42.

* Scult. T. II. p. m. 197. «- ' Id. ib. page 198.

ikà CONIÉBSirCB DB MAEPOV&G.

fit le yendredi l" octobre, mais sans succès. C'est pourquoi Ton eo vint à une conférence publique, qui se tint les deux jours suivans^ en présence du lang« grave et de toute sa cour. Luther en fit l'ouverture ^ et d'abord il prétendit qu'on devait disputer sur toute la religion chrétienne, accusant Zwingli d'avoir enseigné diverses erreurs; il finit son discours en protestant, «qu'il savait que, quant à lui, il avait écrit la vérité sur la doctrine du sacrement, et qu'il voulait persévérer dans ce qu*il avait écrit. » De là il n'y avait plus qu'à souscrire aveuglément à ses écrits et à dire autos epha et amen. Zvringli lui répondit : a Que cette conférence avait été ordonnée, non pas pour disputer des autres articles, mais uniquement de l'eucharistie ; que si l'on pouvait convenir sur ce sujet, il ne refuserait pas de parler aulssi des autres doctrines.» Ainsi l'on en vint à la dispute. '

Luther ayant obtenu du landgrave la permission de parler le premier, dit d'abord qu'avant de disputer sur l'article de la sainte Cène, il fallait disputer sur la divinité de Jésus-Christ, sur ses deux natures^ sur le baptême, sur la justification par la foi et sur quelques autres articles, puisque les théologiens suisses n'étaient pas d'accord avec les saxons sur ces matières. * Oecolampade et Zwingli lui répondirent, l'un et l'autre, « qu'ils' étaient d'accord avec lui sur ces matières et qu'ainsi l'on n'avait à disputer que sur la sainte Cène> d'autant plus que c'était pour ce sujet qu'on était assemblé. » Luther commença donc la disputo en disant , « qu'il ne pouvait pas s'éloigner le moins du monde du sens littéral de ces paroles : «Ceci est mon corps»; et que

* Scultet T. II. p. m. 216.

coRriaBHCK ds mab.pourg. ihH

ceux qui étaient d'un antre sentiment devaieni alléguer leurs preuves. » Oecolampade dit, pour première rai* son, a qu'on ne peut pas nier qu'il n'y ait dans rScriture diverses expressions figurées, métaphoriques, métonymiques, et autres semblables; que ces mots^ ceci est mon corps, peuvent être de ce nombre; comme quand il est dit : Jean est Elie ; la pierre était Christ ; je suis le cep; la semence est la Parole. » Luther lui ayant accordé cela, il en conclut qu'il fallait aussi prendre ces paroles dans un sens figuré , par la raison que Jésus -Christ ayant rejeté (Jean VI) la manducation orale de son corps, il ne Ta pas par conséquent instituée dans la Cène. * Luther répondît a cela « que Jésus-Christ n'a point rejeté la manducation orale de son corps, mais la manière de cette manducation , savoir, une manducation grossière , comme quand on mange de la chair de bœuf, etc. » Oecolampade prit de là occasion de parler d'une double manière d'entendre les paroles du Seigneur, « l'une basse et charnelle, et l'autre sublime et spirituelle; que c'est à la spirituelle que le Seigneur veut qu'on s'attache. » Luther répliqua « qu'on ne peut ni ne doit point prendre les paroles de la Cène dans un sens spirituel seulement, puisque le pardon des péchés, la vie éternelle et le royaume des cienx sont attachés par la Parole de Dieu a ces choses basses et charnelles, comme elles paraissent. »

Oecolampade dit a que le passage de Jean VI n'ordonne que la manducation spirituelle, et qu'elle suffit pour le salut ; soutenant que la corporelle n'est ni commandée ni utile. * » Luther répondit « qu'il ne niait

' Id. p. 217.

> Id. tl8.

1A6 coiiri&EircB db maapov&g.

poinl la manducation spiritaelle; bien loin de là^ qu'il enseignait qu'elle était nécessaire; mais qu'on a tort d'en conclure que la corporelle soit inutile et non né^ cessaire, puisque le Seigneur Ta formellement institaée, en disant; Faites ceci, etc.; et qu'il est constant que ses paroles, en quelque lieu qu'elles soient, sont les paroles de la vie éternelle. S'il me commandait, ajoutatril, de manger de la fiente, je le ferais, sachant que cela me serait salutaire. »

Zwingli entrant ensuite en dispute avec Luther, l'accusa de préjugé^ sur ce qu'il protestait de ne vouloir point changer de sentiment. ^ Il ajouta « qu'il ne voulait point lui parier durement, ni se souvenir de ce qu'ils pouvaient avoir écrit de dur l'un contre l'autre ; qu'il s'appliquerait uniquement k tirer la vérité des ténèbres, autant qu'il lui serait possible; que quant au reste on ne devait accuser personne d'hérésie à cause de cette différence de sentimens. y> Venant ensuite au fait , il dit « que le Seigneur a voulu (Jean VI) prévenir l'erreur des Juifs sur la manducation orale de sa chair; » d'où il concluait que ces paroles, « la chair ne profite de rien, » doivent être rapportées à cette manducation orale.

Luther. * Cela ne fait rien contre moi. Cela prouve seulement qu'il est inutile de manger la chair de Christ, ce que j'accorde à l'égard des impies ; et quand je l'accorderais aussi à l'égard des gens de bien, il ne s*ensuit pas que le corps de Jésus-Christ ne soit pas dans la Cène, et qu'il en faille expliquer les paroles figuréroent.

' là. S18.

* Id. S19.

conriusMCS de marpou&g. 1&7

Zwingli représenta encore a que puisqu'il y a diverses expressions figurées dans l'Ecriture ^ comme par exemple^ « la Pâque est le passage du Seigneur^ v il faut prendre de la même manière les paroles de la Cène^ comme il paraît par Jean YI^ où la manducation spirituelle est commandée et la charnelle rejetée. » Luther soutint qae les autres expressions figurées de TEcriture ne ti* rent point à conséquence pour ces paroles^ ceci est mon corps ; a que le passage de la Pâque est une allégorie ; qu'il reconnaissait la manducation spirituelle, mais qu'elle n'exclut pas la corporelle.

Après midi, Zwingli rentrant en dispute avec ^uther^ le pressa par ces quatre raisons : .

I. Que Jésus-Christ, en inculquant la manducation spirituelle (Jean VI), a rejeté la charnelle; et que Luther lui-même, dans une postille ^ sur le dimanche de la Septuagesime, avait expliqué ces paroles, « la chair ne profite de rien, » non d'une explication charnelle, ' mais de la chair même de Jésus-Christ, ^ et que Mélanchton avait aussi écrit sur ce passage^ «c que ce n'est que par la parole qu'il faut manger Jésus-Christ. ^ »

n. Que les pères orthodoxes ont rapporté les paroles du Seigneur non à la viande , mais à la résurrection.

ni. Qae Mélanchton , dans leur conférence particulière y avait avoué « que les paroles ne font antre chose que signifiier ; » d'où il s'en suit « que le corps du Seigneur n'est pas dans le pain. »

^ Les théologiens allemands appellent postilles les germons qu'iU composent sur les sections dominicales de l'année.

* De carnali inlellectu.

* Id. S90.

^ Verbo tantùm Ghristum mandacandum ttst.

Itô CONFinBNCE DK IIAEPOUB.G.

IV. Qu'il faut nécessaireineni reconnaître un irope , .ou expression figurée dans les paroles du Seigneur ; parce que les articles du S^ginbole Fexigent^ « il est monte au ciel , il est assis à la droite du Père. »

Luther. I. H ne s'agit point ici de ce que j'ai écril , ou Mélanchton . Je ne veux rien soutenir ici que ce qui s'accorde avec la Parole de Dieu. Il s'agit de prouver que le corps de Jésus-Christ ne peut pas être dans la Cène.

n. Je raccorde ; mais il ne suit pas de là que la chair de Jésus-Christ ne soit pas une viande , ou qu'elle soit inutile.

ni. Mélanchton a dît cela; mais lorsqu'on prononce les paroles par le commandement de Dieu et en son nom, alors elles ne signifient pas seulement, mais aussi elles font et apportent ce qu'elles signifient.

IV. Pourquoi ne mettez-vous pas un trope ou figure dans ces paroles, « il est monte au ciel ; » plutôt que dans les paroles de la Cène ? *■

Zwingli. C'est parce qu'elles n*en ont pas besoin.

Luther. Ni celles de la Cène.

Oecolampade vint ensuite. I. On obtient, dit^il, par la seule régénération l'entrée au royaume des cieux (Jean ni, V. 3) ; la manducation corporelle du corps de Jésus-Christ est donc inutile pour ce sujet.

Luther. Dieu a plusieurs moyens en main pour produire et augmenter en nous la foi, comme l'ouïe de la Parole, le baptême, la manducation du corps du Seigneur. Ainsi votre conséquence est mal tirée. Et même pour celte manducation, il faut un homme régénéré, qui croie et puisse manger véritablement.

COMFé&BNCE DM MA&POUaG. 149

U. Oecolampade. Jésus-Christ a quille le monde, il s'en est allé au Père. Son corps n'est donc pas dans le pain.

Liïther. D a dit (Luc XXIV): «Ce sont là les paroles que je Vous ai dites lorsque j'étais avec vous. xrCequî donne à entendre comment il a quitté le monde. *■

m. Oecolampade. Le dogme de la manducation orale du corps de Christ est erroné , parce qu'il détruit l'espérance de notre résurrection ; ce qui se prouve par Rom. Vni. » Celui qui a ressuscité Jésus-Christ d'entre les morts, etc. »

Luther. Bien loin que cette présence du corps de Jésus-Christ nous ôte cette espérance^ qu'au contraire elle la fortifie , puisque c'est une parole attachée à une grâce promise. Si vous croyez la chair de Jésus-Christ inutile, à vous permis. Nous avons pour nous la Parole de Dieu. Le corps du Seigneur doit être en la Cène et nous être donné à manger. Mon Seigneur Jésus- Christ le peut facilement puisqu'il le veut; il l'a dit, et je m'attacherai constamment à ses paroles^ jusqu'à ce qu'il m'ait dit le contraire par sa Parole.

lY. . Oecolampade. Un véritable corps tel que celui de Jésus-Chist n'est qu'en un seul heu à la fois.

Luther. C'est là un raisonnement mathématique , qui n'a point lieu ici. Il faut des passages de rEcrilure.

y. Oecolampade.^ « Il est écrit (Mallh. XXYI): Vous aurez toujours les pauvres avec vous, mais vous ne m'aurez pas toujours. » Or Jésus-Christ est toujours présent et avec tous les siens selon sa divinité, etc. Quand donc il dit qu*il sera absent, cela ne peut s'entendre

* id.

^ Id. 823.

150 CONFi&KNCI DS UARPOU&a.

que selon son humanité. U n'est donc pas corporellemeni dans la Cène.

Luther. Ce raisonnement est^ de tous ceux qu'on a allégués^ celui qui a quelque apparence; mais si ces paroles ne s'accordent pas avec celles de la Cène^ pourquoi n'y cherchez-vous pas une figure plutôt que dans celles de la Cène? Jésus -Christ n'a voulu dire autre chose 9 sinon qu*il ne sera plus avec nous d'une manière à avoir besoin de nos services ; mais qu'il donnerait les pauvres a sa place ^ à qui nous pourrions faire du bien pour l'amour de lui, etc.

YI. Oecolampade. Si Jésus-Christ nous a donné son corps, il Ta donné sans doute tel qu'il l'a eu , or il Ta eu passible et mortel; ce qui n'est donc pas la manducation corporelle qui est requise, mais la spirituelle.

Luther. C'est là un argument tiré de la raison. La Cène me propose un corps utile à manger. Hais s'il est mortel ou passible (choses qui sont des accidens), je ne m'en mets non plus en peine que de savoir quel était l'habit de Jésus-Christ quand il fit la Cène.

Zwingli prit ici la parole. ' Il est étonnant, dit-il à Luther^ que vous ne vouliez reconnaître aucun trope dans les paroles de la Cène, et cependant vous y mettez uiie synecdoche.

, Luther. Cette figure est si fréquente non-seulement dans l'Ecriture, mais aussi dans toutes les langues, que nous ne pouvons pas nous en passer. Elle a lieu , par exemple, quand ce qui contient traîne après soi la chose qu'il contient, et au contraire; comme si* un roi dit a son serviteur, apporte-moi mon épée, il entend qu'il |ui apporte aussi le fourreau , quoiqu'il ne l'ait pas or-

« Id. m.

CONFÉ&BKCB DE MARPOuaG. JtH

donné expressément. li en est de même du sacrement où il est appelé pain, quoique le corps y soit aussi signifié 9 et au contraire.

Zwingli. Si le corps de Jésus-Christ est en divers lieux j les nôtres seront aussi en plusieurs lieux difTérens tout à la fois après la résurrection , puisqu'ils doivent étrç rendus conformes à son corps glorieux, Rom. "VlU. Et s'il a été fait semblable à nous à tous égards, à la réserve du péché, lorsqu'il a été trouvé en figure d'homme, Philip. 11^ et que nous ne pouvons pas être en plusieurs lieux à la fois^ Jésus-Christ ne le peut pas non plus.

Ijuther. Le premier raisonnement ne fait rien à la question , puisqu'il est tiré de l'accident a la substance. Et quand il serait de quelque usage, il ne prouverait autre chose sinon que la forme de nos corps sera sem-' blable à celle du corps de Jésus-Christ; et il ne s'ensuit point nécessairement qne nous devions être semblables à son corps en puissance, à moins que Dieu n'en voulût dispenser par une résolution et d'une manière* particulière.^ Le secohd argument ne prouve pas mieux, puisqu'il conclut pareillement de l'accident à la substance. Vous pourriez conclure de la même manière, qu'il a eu une femme, qu'il a eu les yeux noirs, parce que «c être dans le lieu » est un accident.

Enfin Luther proférant ces mots de la Cène , « hoc est corpus meum , » s'écria comme par une saillie : « Mes très-chers Messieurs, puisque voilà les paroles de mon Seigneur Jésus-Christ, « Ceci est mon corps, » en vérité je ne puis point m'en départir, mais il faut que

* Id. 22S.

159 COHFÉASNCB hE, MAEPOUEG.

je confesse el que je croie que le corps de Jésos-Ghrisi esl là. »

Zwingli. Eh bien! Monsieur le docleur, vous mettez donc le corps de Jésus -Christ localement dans la Cène^ car vous dites , il faut que le corps de Jésus- Christ soit là. Là {ibi) est un adverbe de lieu.

Luther. J'ai rapporté tout simplement les paroles de Jésus-Christ, et je n'ai pensé à rien moins qu'à ces sortes de surprises. Mais puisque vous voulez ainsi ag;ir captieusement , je proteste contre cela ^ comme j'ai déjà fait; je ne veux rien avoir à faire avec les raisonnëmens mathématiques ; ainsi je rejette du texte de la Cène l'adverbe ibi, là ; car le Seigneur a dit : « ceci (et non pas là) est mon corps. » Si ce corps est dans un lieu ou hors d'un lieu , j'aime mieux l'ignorer que le savoir, puisque Dieu ne l'a point encore révélé, et qu'aucun homme au monde ne peut le prouver.

Ainsi finit la conférence du samedi.

Le dimanche matin , Zwingli et Luther disputèrent de nouveau ensemble. * Zwingli pressa ce raisonnement : «le corps de Jésus-Christ est fini. II est donc dans on lieu. » Luther rejeta de nouveau les raisonnemens mathématiques, recourant à la toute- puissance de Dieu.

Zwingli. Du pouvoir à l'être il n'y a point de conséquence. Il faut prouver qu'un corps est en divers lieux à la fuis.

Luther. Je l'ai déjà souvent prouvé par ces paroles, « ceci est mon corps. »

Zwingli reprocha à Luther qu'il tombait toujours dans une pétition de principe ; et il prouva par un pas-

* Id. 22G.

COMVi&IirCB DB MARPOUBG. 153

«âge de Fulgence que ça été aussi le sentiment de l'an* tiquité^ que le corps de Jésus-Christ est dans un seul lieu. **

Luther éluda le témoignage de Fulgence^ en disant que cet auteur n'y parle pas de la Cène^ et revint à son grand cheval de bataille^ disant, le corps de Jé- Bos^^hrist peut être en plusieurs lieux, car il dit, «ceci est mon coqps; » il est donc là dans le pain.

Zwingli. S'il est là dans le pain, il est donc là comme dans un lieu.

Luther. Qu'il soit dans un lieu, qu'il n'y soit pas^ j'en laisse le soin à Dieu. Il a dit, ceci est mon corps; cela me suffit.

Zwingli. * Vous retombez toujours dans une pétition de principe; vous supposez ce qui est en question. C'est tout de même que si quelqu'un disait , quand Jésus-Christ a dit sur la croix à Marie sa mère, parlant de StJean, «Voilà votre fils,» ces paroles sont de la dernière clarté; quoique St-Jean ne fût pas le propre fils de Marie. Il faut répondre à la question, si le corps de Jésus*Christ est dans un lieu.

Jean Brentius, théologien de Hall en Souabe, répondit : Qu'il est dans un lieu. Zwingli lut, à cette occasion, les paroles de St-Âugustin à Dardanus, où il dit : « Qu'un corps ne peut pas être un corps , s'il n'est pas dans un lieu. » Luther répondit, comme au passage de Fulgence^ que St-Augustin ne parle pas là de la Cène, et il avoua que le corps de Jésus-Christ n'est pas dans le sacrement comme dans un li^u. Oecolampade prit droit sur cet aveu et en conclut, que le corps de Jésus-Chrîst n est pas là corporellement et réellement

IB4 conFiaxNCB de uAaPOuAô.

puisque c'est une propriété des coq>s d'être dans un Ueu.

Après-dîné, Oecolampade répéta l'aveu que Luther avait fait le malin , que le corps de Jésus-Christ n'est pas dans le sacrement comme dans un lieu ^ et le pria le plas civilement qu'il était possible de mettre à quartier toute chicane et de déclarer comment le corps de Jésus-Christ est dans le sacrement? On lut encore alors les passages de St-Augustin et de Fulgence.

Luther. C'est en vain que vous me pressez^ je ne m'avancerai pas davantage. Vous avez St-Augustin et Fulgence pour vous ; mais les autres pères sont de notre côté. *

Oecolampade. Nous souhaitons d'entendre aussi ces pères; car ils sont pour nous*.

' Luther. Nous ne vous les nommons pas. Les paroles du Seigneur nous suffisent. Quand St-Augustin a écrit sur ce sujet, il était encore jeune, et il a écrit d'une manière embrouillée.

Oecolampage. Si nous citons les pères i ce n'est pas pour soutenir notre sentiment par leur autorité; mais, seulement pour faire voir que c*est à tort qu'on nous accuse d*étre des novateurs.

Ensuite Oecolampade cita un autre passage de S. Augustin pour montrer que Jésus-Christ a en un corps, quia dû être dans un lieu, etc.

Luther. J'ai dçjà répondu à ces sortes de raisonnemefas ; si vous en avez de plus forts, produisez-les. Ces raisonnemens ne peuvent pas me faire dévoyer des paroles de la Cène.

Oecolampade. Si ces raisonnemens ne vous 'frappent

* id. 228.

OOKViBBRCX DB HAEPOUHG. 155

points ce serait en vain qu'on voas citerait les discours de mille pères ; ainsi il me parait qu^il vaut mieux quitter la dispute.

Luther exhorta Zwingli et Oecolampade à Tamour de la concorde ; et à entrer dans son sentiment^ qui élait fonde ^ disait-il^ sur la claire Parole de Dieu. *

Zvringli^ Oecolampade et Bucer; de leur côté^ protestèrent devant toute rassemblée , que- Luther n'avait point défendu son sentiment par la Parole de Dieu ; qu'on avait montre clairement son erreur par la Parole de Dieu et par des passages des pères.

Telle fut la fin de cette conférence. ' Elle aurait duré plus long-temps ; et selon le sentiment de quelques personnes, elle ne se serait pas terminée sans fruit, si malheureusement elle n'eût été rompue par un accident imprévu et des plus fâcheux. Une maladie horrible et contagieuse, d'une espèce toute nouvelle et jusqu'alors inouie (nommée la sueur anglaise , parce qu'elle avait commencé en Angleterre), fit un ravage incroyable dans la Haute et Basse-Allemagne, et se fit sentir à Marpourg dans le temps de cette conférence^ ' Ainsi chacun ne pensa qb'à se retirer chez soi. Cependant, afin qu'il ne p*arût pas que les théologiens des deux partis fussent aussi éloignés les uns des autres comme on l'aurait pu croire , et que cette conférence eût été tenue inutilement, ils dressèrent une petite confession de foi, conçue en quinze articles, qu'ils signèrent de part et d'autre le 3 d'octobre. ^ Je la rapporterai ici tout entière :

' Id. 239.

* Sleidan Lib. cit. p. m. 176. Scult. I. c. ' Scultet. I. c. 229.

196 cùmmBOO» db MAapooE&.

a I. Noos croyons et pensons nnammément de pari ei d'autre qa*il y a on seol vrai Diea de nature > Créa* teur de tout Tunivers , unique en essence et triple en personnes , savoir , Père , Fils et S. Esprit^ comme il a été enseigné dans le concile de Nicée^ et selon le sym» bole de Nicée qui est reçu par toute l'Eglise chrétienne.

j» n. Nous croyons que, non le Père, ni le S. Es*prit, mais le Fils de Dieu le Père, vrai Dieu, s'est fait homme par l'opération du S. Esprit, sans aucune coha* bitalion d'homme ; qu-'il est né de la Ste. Vierge Harie, selon la chair, parfait en corps et en ame, semblable aux autres hommes , sans aucun péché.

» ni. Que Jésus-Christ, ce Fils de Dieu et de Marie, sans division de personne, a été crucifié pour nous, a été mis a mort et enseveli , qu'il est ressuscité des morts, qu'il est monté au ciel, qu'il est assise la droite de Dieu, étant seigneur de toutes les créatures, et qu'il doit venir pour juger les vivans et les morts.

D IV. Nous croyons que le péché originel, qui a été propagé d'Adam jusqu'à nous par la génération charnelle , est un tel péché qu'il soumet tous les hommes à la condamnation, et que si Jésus -Christ ne nous eût secourus par sa mort et par sa vie, il nous y aurait fallu mourir de la mort éternelle, et nous n'aurions jamais pu parvenir au royaume de Dieu et à la félicité éternelle.

» y. Nous croyons que nous sommes rachetés et dé- ' livrés du péché originel et de tous les autres péchés, et de la mort élernelle, lorsque nous croyons au Fils de Dieu mort pour nous ; et que sans cette foi nous ne pouvons être délivrés d'aucun péché par aucune œuvre, ou ordre, etc.

» VI. Que celle foi est un don de Dieu, lequel nous

COlinSSIOH DB MARPOOLG. 187

n'bblenons par aucunes œuvres ou mérites^ qui aient précédé, et que nous ne pouvons point avoir par nos propres forces. Hais le S. Esprit fait et produit la foi dans nos cœurs , où et quand il veut, lorsque nous écoutons l'Evangile ou la Parole de Jésus*Christ.

)» Yn. Nous croyons que cette /oi est notre justice devant Dieu , à cause de laquelle Dieu nous réputé justes, gens de bien et saints» sans aucunes oeuvres et mérites de notre part, et que par cette foi il nous délivre du péché, de la mort, de l'enfer; nous reçoit en grâce et nous sauve pour l'amour de son fils en qui nous croyons ; et que par cette foi nous sommes faits participans de tous les bénéfices de Jésus-Christ, de sa justice et de sa vie. C'est pourquoi nous condamnons tout le monachat et les vœux, lorsqu'on croit qu'ils sont utiles pour le salut.

» VIII. Nous croyons que le S. Esprit (a parler de la voie ordinaire) n'accorde à personne cette foi et son don sans que la Parole ait été préchée, ou que l'Evangile de Jcsus-Christ ait été connu ; mais il opère et produit la foi par et avec la parole prechée , quand et dans ceux qu'il lui plaît. Rom. X.

)» IX. Que le baptême est un sacrement institué de Dieu pour produire et sceller cette foi. Et d'autant que ce commandement de Dieu, «Allez et baptisez; » et cette promesse de Dieu, « Qui aura cru, etc., » est enfermée dans le baptême ; il n'est pas un simple signe ou marque de la profession chrétienne, mais il est un signe et une œuvre de Dieu qui requiert de notre côté la foi, par laquelle nous sommes régénérés.

» X. Que cette foi, par l'efficace du S. Esprit, après que par elle nous avons été justifiés et sanctifiés, opère

158 COHTBSSIOH SB HA&FOUmfi.

par nous les Ixmnes œuvres, savoir Tainour du prochain^ rinvocaiion de Dieu et la patience dans la croix.

» XI. Que la confession , ou la demande de conseil et d'absolution que l'on fait à son pasteur ou k son prochain^ quoiqu'elle ne doive point être forcée ^ mais libre, est cependant très-utile et digne d'être éprouvée, pour les consciences tristes et affligées , ou lombées dans les péchés ou dans Terreur, principalement à cause de l'absolution ou consolation de l'Evangile, laquelle est la vraie absolution.

» Xn. Que les magistratures, les lois civiles, les jugemens et les ordonnances politiques^ en quelques lieux qu'on les trouve^ sont un ordre bon et légitime; et ne sont point défendus, comme quelques papistes et anabaptistes le croient et renseignent. Mais que le chrétien^ qui est appelé à la magistrature par élection ou par sa naissance, peut bien élre sauvé par la foi en Jésus-Christ. Qu'il en est de cela tout comme de Tétat du mariage, de celui d'un père et d'une mère, d'un roattre ou d'une maîtresse, etc. •

» Xm. Les traditions , comme on les appelle ou les ordonnances ecclésiastiques, faites par les hommes, si elles ne sont pas manifestement opposées à la Parole de Dieu, peuvent être librement gardées ou omises, selon que sont les hommes avec lesquels nous nous trouvons, ensorte que nous évitions les scandales non nécessaires, et que nous travaillions a entretenir la paix. Mais la défense du mariage des ecclésiastiques est une doctrine des diables.

» XIV. Quant à la Cène de notre Seigneur Jésus- Christ, nous croyons tous et sommes de ce sentiment : qu'il faut la faire sous les deux espèces, selon son institution; que la messe n'est point une œuvre par la-

COlinSSIOK DX UARPOVBft. 159

quelle on puisse obtenir la grâce à un autre homme ^ soit mort^ soit vivant; que le sacrement de l'autel est le sacrement du vrai corps et du sang de Jésus-Christ ; et que la manducalion spirituelle de ce corps et de ce sang est principalement nécessaire a chaque chrétien.

» XV. Pareillement à l'égard de Tusage du sacrement^ jious sommes d'accord qu*il a été donné et ordonné de Dieu, comme la Parole^ pour, exciter les consciences infirmes à la foi et à la charité par le S. Esprit.

» Enfin, quoique nous n'ayons point été présentement d'accord sur la question ^ si le vrai corps et le sang du Seigneur est présent corporellement dans le pain et dans le vin de la Cène ? Cependant chaque partie témoignera de la charité chrétienne à l'autre, autant que sa conscience s'y accordera ; et Tune et l'autre partie priera Dieu ardemment de nous conduire dans la véritable doctrine par son Esprit. Aioen.

» Signé : Martin Luther , Philippe Mélanchion , Juste Jonas , André Osiander , Jean Brentius , et Etienne Agricola; pjiis nos théologiens, Jean OecO' lampade, Ulrich Zcoingli, Martin Bucer , et Gaspar Hédion. »

On voit à Zurich un des exemplaires originaux de cette confession , où Oecolampade , Zvringli et leurs deux collègues sont signés les premiers, et ensuite Luther avec ses partisans , que 3e viens de nommer.

Four comprendre tout le sens de la conclusion de cette confession de foi, il faut savoir que Zwingli et les autres théolc^ens de la Haute-Allemagne , de son parti, demandaient à Luther qu'il les reconnût pour * ses frères, lui offrant la même chose de leur côté. Luther leur répondit fort fièrement, et les traita en petits

160 'GOBVBSSIOH DS jlUEPOUHA.

garçons ^ oa^ pour mieux dire^ en hérétiqoes ûetBoB, leur disant : « Qu'il était fort étonné comment ils pou* ▼aient le regarder comme leur frère ^ s'ils ne croyaient pas sérieusement que sa doctrine fût véritable. ^ » Gomme si des frères ne pouvaient pas être de différons sentimens sur des articles qui ne sont pas fondamentaux^ sans cesser de se regarder mutuellement comme frères. Enfin pourtant il se radoucit un peu, et voici comment. Il faut Tentendre parler lui-m.éme : « Nous leur avons accordé ( disait-il à un de ses amis ) comme on.Ka mis dans Tarticle dernier, qu'à la vérité ils ne seraient pas nos frères , mais que cependant on ne leur refuserait pas nos sentimens de charité chrétienne que Ton doit même a un ennemi ^ » Le landgrave exhorta aussi Luther s la même chose ; et ayant fait manger tous ces théologiens à sa table, avant leur départ, il eut la satisfaction de les voir se donner réciproquement la main de paix avant que de se séparer. ^ Au reste, quoique cette conférence ne produisit pas tout le fruit qu'on en attendait, elle ne fut pourtant pas inutile. Elle servit à faire voir que les théologiens des deux partis n'étaient pas si éloignés les uns des autres , comme les catholiques auraient voulu le faire accroire. Elle servit a dissiper les soupçons que Luther et ses partisans avaient conçus contre l'orthodoxie de Zwingli et d'Oecolampade. Enfin elle servit à gagner le landgrave et son théologien François Lambert (dont j'ai parlé dans le tome I à l'an 1522), et presque tous les seigneurs de la cour de Gassel. ^ L'illustre prince

* Scait«tl.c. 903.

* Id. page 901S.

' Hotting. 490. &9I.

'^ ScuU. 233. 234. HoUiog. 495.

RESTES DE BON ACCORD. i6i

que je viens de, nommer fit l'honneur a Zwingli de lui écrire de sa propre main : «c Qu'il était entièrement dans ses idées sur la madère du sacrement^ et qu'il désapprouvait tout-à-fait le schfsroe que Luther et Mér iânchton faisaient à cette occasion. » Il fiait sa lettre par ces paroles : « Vous ne devez point douter que je ne demeure constamment ^ans la vérité^ s'il plaît à Dieu; et il n'y aura ni pape^ ni empereur, ni Luther ^ ni Mélanchton qui me fasse changer de pensée.» Quant à Lambert^ il avait été jusqu'alors dans les idées de Luther sur la présence réelle. Cependant comme il cherchait uniquement et de Bonne foi la vérité^ il était venu à la conférence avec un esprit lihre de tout préjugé y résolu d'embrasser la vérité auiant qu'il la connaîtrait. H y écouta attentivement les raisons qui furent alléguées de part et d'autre y et en sortit convaincu que Zwingli et ses collègues avaient raison.' (/est ce qu'il fit savoir aux ministres de Strasbourg par une confession de foi qu'il leur adressa l'année suivante^ et qui fut imprimée après sa mort.

Le schisme du luthéranisme n'était pas encore alors au point où on Ta vu depuis^ et ou on le voit encore . aujourd'hui. Plusieurs Eglises et villes considérables de la Souabe , de l'Alsace et de quelques autres provinces de la Haute-Allemagne y vivaient danB une étroite union et dans une correspondance tout-à^fait fraternelle avec les Eglises de la Suisse. On en a déjà vu divers exemples dans celte Histoire. Par exemple, au commencement de l'an 1528, on vit à la dispute de Berne plusieurs théologiens de ces provinces y ou envoyés par leurs Eglises et par leurs magistrats, ou qui y étaient venus de leur propre mouvement. Ainsi les théologiens de Strasbourg, Martin Bucer et Gaspard Hédion, paruh-

16S N rbSt£s de bon accord.

reol à la conférence de Marpourg y comme parli&ans de Zwingli; et la ville de Strasbourg entra celte même année j peu avant Noël, dans l'alliance défensive des villes réformées de la Suisse, pour l'espace de quinze ans. ^ De même, au commencement de cette année, les Bernois appelèrent Bucer pour être leur pasteur; ^ mais ils ne le purent pas obtenir^ parce que la ville de Strasbourg embrassa la réformation , le 20 février, par une résolution commune de la bourgeoisie et de la magistrature. Ainsi aussi cette même année le sénat de la ville d'Ulm , indigné contre leurs prêtres, qui avaient refusé de rendre raison de leur foi, leur défendit de plus dire la messe, et envoya un des pasteurs de la ville à Bâic et à Zurich , aussi bien qu'à Constance , pour exa* miner les cérémonies et les rites religieux qu'on y observait. ^ Simpert Foyt, ministre deMemmingue, continuait dans son amitié pour Zwingli, tout comme il avait fait étant à Sienne, de sorte queMemraingue demanda un ministre à Zurich. Pareillement les villes de la Haute-Souabe, Kemplen, Isny et quelques autres, faisaient beaucoup de cas de Zwingli , se tenaient attachées aux cantons réformés, et recouraient à eux pour avoir du secours dans les temps difficiles. Et même Ulrich, duc de Wirtemberg , fit l'honneur à Zwingli de lui envoyer des députés pour lui demander conseil sur de certaines choses.

XII. Ce funeste schisme ne fut pas le seul sujet d'affliction qu'eurent les Eglises réformées de la Suisse daas

* Wurstis Lib. VIII. Cap. 4. p. 586.

' Farelli Vita Msc. ap. Hotting. 478.

* Hotting. &82. 483. Scult. p. m. 194. Scult. p. m. 181. Slcid. VI. p. m. iÔ8.

TEOUBLSS BB &OTHWYL. 163

rannée 1529. Elles en eurent encore deux autres fort sensibles, les troubles de Rothwyl et ceux des Anabap* listes.

Rothwyl; ville impériale du cercle de Souabe^ près de la source du Necker, était alors, dans l'alliance des Cantons^ depuis Tan 1519^ ' et faisait partie de la confédération du louable Corps Helvétique, ' tout comme Mulhouse, quoique située hors de Tenceinte de la Suisse. La réformation y avait aussi fait de grands progrès, par les soins de Conrad Stuckli , leur minisire. Après la conclusion de la paix nationale entre les Cantons et leurs confédérés, les réformés de cette ville-là ne s'e contentant pas de la tolérance qu'on leur accordait , et croyant leur nombre plus grand qu'il n'était, demandèrent conformément à ce Irailé, qu'on décidât a la pluralité des voix si l'on abolirait la messe ,-ou non ? Cette proposition excita Tindignalion des catholiques, qui étaient appuyés du -sénat, et qui d'ailleurs craignaient de perdre par ce changement les avantages qui leur revenaient d'avoir une régence impériale dans leur ville. Ainsi, pour être les plus forts^ ils firent venir leurs partisans de la campagne, la veille de l'assemblée ; et le lendemain la bourgeoisie s'étant partagée par tribus, selon l'usage des villes d'Allemagne , la pluralité l'emporta en faveur de la messe, de six tribus contre cinq. ^ Et dès l'instant les catholiques se mirent à maltraiter les réformés avec

* Simlcr Resp. Helvct. Lib. I.

* Elle a perdu ce droit lors de la guerre des Suédois , l'an 4652, ayant reçu garnison impériale, contre son traité, au Heu de demeurer dans la neutralité que les Suisses avaient embrassée. Hotting I0&6.

3 Stettl. II. S/t. a. Hotting. 476. &77. Rlian. 707.

iùk TROUBLES DE ROTHWTt.

furear. Non -seulement ils déposèrent tous ceux qui avaient des emplois^ mais ils en emprisonnèrent queU ques-unS; les jelèrent dans des cachots et les mirent au carcan ; enfin ils chassèrent tous les réformés sans exceplion^ hommes, femmes et enfans, au nombre de quatre cents piersonnes, dont il y jen eut qualre-vingt qui se réfugièrent à Zurich > d'autres à Strasbourg et à Constance^ et quelques-uns à Berne. ^ Entre ces derniers, il y eut Valère Anselme^ docteur* en médecine > qui fut fort considéré à Berne ^ à cause de son grand savoir, et qui , s'y étant déjà fait connaître auparavant^ parce qu'il y avait été chanoine et régent d'école , avait gagné la confiance des magistrats; de sorte qu'on le chargea d'écrire l'histoire de Berne , et on lui assigna pour cet effet une bonne pension en argent et en denrées, avec un logement. Ainsi il n'eut pas lieu de regretter sa première patrie. *

Cette dispersion des réformés de Rothwyl occupa long-temps les cantons réformés. Ils se donnèrent beaucoup de mouvemens auprès de la magistrature de RothvFyl pour obtenir quelque adoucissement aux réfugiés de cette ville-là. Les Bernois, en particulier^ y contribuèrent plusieurs fois par leurs soins et par leurs sollici-<* tations, mais ce fut toujours inutilement. ^

Les Anabaptistes donnèrent aussi beaucoup d'occupation aux Cantons, par les désordres qu'ils causèrent en divers endroits, particulièrement dans le canton de Bâle. n est bon d'entendre sur ce sujet Christian Wurstisen , professeur de mathématiques dans l'université de

' Scultet. dit 585. p. m. 254.

» B. Inslr. 397. hk7.

LIS ANABAPTISTES. i6U

Bâle^ el qui a publié l'histoire de ce cantODrlà; Tan 1580. Voici comme il en parle. '

<c Celte secte d'Anabaptistes, composée pour la plupart de gens du peuple et de simples paysajis» était de différens sentimens. Presque chacun d'eux avait quelque imagination particulière, par où ils renversaient pli^sieurs articles de la religion chrétienne. Cependant ils s'accordaient tous dans les articles suivans : à rejeter 1^ papisme; à se vanter de songes, divins, de révélations, d'extases et de diverses inspirations du saint Esprit ; à prendre les termes de l'Ecriture grossièrem.^nt au pied de la lettre, pour soutenir leur doctrine. Avec cela ils affectaient un grand air de probité et de sainteté ; ils censuraient vivement les vices, parlaient beaucoup de la régénération du vieil homme, portaient des liabits fort simples et sans aucune plissure, avaient toujours un air grave et morne, et ne. portaient point d'armes. Par une telle conduite, douce et paisible, ils attiraient à eux un grand nombre de personnes simples ; mais cependant la plupact d entr'eux étaieqt des séditieux, çlc.

» Les divers articles de leur doctrine erronée regardaient en partie le spirituel , et en partie le temporel. Sur le premier ils enseignaient, que le baptême des enfans venait du diable, et de la boutique du pape^ c'est pourquoi ils se faisaient baptiser de nouveau. Quq les enfans n'ont point le péché originel^ ou du moins qu*ii n'est pas damnable. Que l'Eglise .de Jésus-Christ (qui ne se trouvait, selon eux, que dans leur communion) était sans péché, pure et nette. Que nos Eglise^ étaient plongées dans le péché, et déplaisaient à Dieu;[^

* Lib. Vm. G. I. p. 576 et suiv.

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