NBUCHATBL RESTITUE A J. DE HOCHBERG
ville ^ petite ville qui est aa bord du lac de Bienae ^ dont l'évéque de Bâie a la souveraineté. Ce prëlal s'en plaignit aux Bernois^ ' et les pria de retirer ce minislre. '
De la Bonne- Ville, Farel alla prêcher à Neuchâtel. Cette ville était alors revenue depuis peu sous la domination de son ancienne maîtresse , Jeanne De Hochberg, fille unique et héritière de Philippe, marquis de Rothelin et comte de Neuchâtel,. décédé Tan 1503. ^ Cette princesse avi^t épousé. Tan 1504, Louis d'Or* léans, duc de Longueville , dont elle eut iin fils nommé aussi Louis. L*aD 1512, les Cantons s'étant brouilléa avec Louis XII, roi de France, ^ s'étaient emparés 4e la ville et du comté de Neuchatel, a titre de protection, parce que le duc de Longueville, comte du pays, portait les armes contr'eux, au service du roi son maître ; et ils Tavaient gardé dix-sept ans/ Quelques années après la mort du duc, arrivée Tan 1515, Jeanne sa veuve sollicita si vivement les Cantons à lui restituer cette principauté, et ses négociations furent si puissamment soutenues par les recommandations du roi François V, ^ qu'à la fin ils consent^îreni à lui faire cette restitution^ Les Qernois furent les premiers qpi y donnèrent les mains, ^ en se réservant les droits qu'ils y avaient d'aacienoeté et qu'ils s'y étaient déjà réservés par un traité
^ f>e 3 décembre.
* SteUl. If. 36. b.
> Tiré de la Généalogie des comtes de Neuehàtel , imprimée
iii-folio.
* Simler Rep. \le\v\ Lib. I. p. m. %U.
^ Voyez entre le^ Pièces justificatives de ce tome , I^^. I , U lettre qiril écrivit aux Cantons en faveur de cette princesse, c B. Arch. H. 320, - Le 28 décembre I!tt8.
180 FAREL PaECHB A HEUGHATEL.
solennel; fait long-temps auparavant avec les Cantons. Ainsi dans une diète de Bade^ le mercredi avant la Pentecôte de Tan 1529^ * les Cantons formèrent le décret de cette restitution/ et peu après ^ les Bernois, a la prière de la même princesse et de Jean de Moranville , seigneur de Montraste y son envoyé , renouvelèrent avec elle le droit de bourgeoisie pour elle et pour ses successeurs. ^ Enfin la restitution fut exécutée à Neuchâtel, au commencement du mois d'août : ^ Berne , Lucerne, Fribourg et ^oleure y envoyèrent des députés^ qui remirent solennellement la ville et le comté \ Messire Olivier de Hochberg , prévôt de Neuchâtel et seigneur de Ste-Croix, et au seigneur de Montraste^ tous deux envoyés de la princesse et commis pour en prendre possession en son nom.
Le premier baillif de Neuchâtel pour les Cantons fut Louis de Diesbach y chevalier^ bourgeois de Berne ; et le dernier fut Jean de Gougelberg y de Fribourg. ^ La princesse y établit pour gouverneur un gentil-homme du Pays-de-Vaud , bourgeois de Berne , nommé George de Rive, baron de Prangins et de Grandcour. ^ « Farel trouva des gens à Neuchâtel qui soupiraient aprè&la réformation de l'Eglise, et par conséquent tout disposés à l'écouter; mais il y trouva aussi une très-vive résistance, tant de la part de la magistrature que de la part des prêtres ; ensorte que ne pouvant pas entrer dans les temples, il se mit à prêcher dans les maisons^
^ Ms. Neuch. p. 68. 69.
' Le 4 jain.
* B. Arch. 554. b.
* Ms.Neuch. p. 69.
* Id. ibid.
^ Id. etStctll.II.55. a.
IL &ETOUIIKE A AIGLB. 181
et même en pleine rne ; ce qu'il fit avec un grand concours de monde ^ quoique la saison ne fût pas fort favorable y puisque c'était au mois de décembre. Je ne saurais mieux exprimer ses travaux et ses progrès, que par ses propres paroles. Voici ce qu'il écrivait à Guillaume du Moulin , ministre de lïoville au gouvernement d'Aigle^ et aux autres ministres du même quartier : ^
« Je ne vcuxpas^ mes très-chers frères, que vous ignoriez ce que Jésus-Christ a opéré dans les siens. Car contre toute espérance il a touché ici les cœurs de plusieurs^ ensorte que contre les ordres tyranniques, et nonobstant les e£Ebrts et les oppositions des gens à tête rase, ik ont accouru à la Parole que nous leur avons annoncée aux portes des villes, dans les rues, dans les granges et dans les maisons. Ils l'ont écoutée avec avidité^ et (chose merveilleuse) ils ont cru presque tout ce qu'ils ont entendu , sans excepter même les choses les plus opposées |iux erreurs qui avaient fait de^profondes impressions. Rendez donc grâces avec moi^ mes frères , au Père des miséricordes ^ etc. ^
» De Neuchâtel, le 15 décembre 1529.
» Votre serviteur au Seigneur, x> Guillaume Farel. »
Quelques jours après, Farel reprit le chemin d'Aigle, soit qu'il jugeât qu'il devait donner ses soins à son Eglise^ au moins dans les fêtes de Noël, soit qu'il crût qu'il n'y avait pas beaucoup de progrès à faire pendant l'hiver dans les lieux où il avait prêché. Mais on ne 1 y laissa pas long-temps en repos.
' Tiré de l'original que j'ai vu.
182 miFOAHATlON DB MORAT. FAREL.
Ea reioumant a Aigle, il passa par Horat. Le conseil de cette TÎlIe Tayasl prié d'y demeurer quelque tenipe, il repondit qu'il ne pourait pas le faire sans ragremetit des seigneurs de Berne. Le conseil écrivit donc à ces seigneurs, le 22 décembre, pour leur demander Fard, leur représentant qu'ils s'étaient si JUen trouvés de lui , qu'ils souhaitaient encore d'entendre de sa bouche la Parole de Dieu au moins pendant les fêtes ; mAis ils n'obtinrent pas leur demande pour ce coup. '
Nous avons déjà vu que la ville et le bailliage de Mbritt n'étaient pas éloignés de la réformation. Effectivement elle j fut établie au commencement de Tannée 1530. La ville embrassa la réfomaticm, le 7 janvier, à la pluralité des voix , en présence des députés de Berne et de Fribourg, qui j avaient été envoyés pour présider a cette action. Ce changement ne se fit pas sans de grandes oppositions de la part des catholiques , qoi, irrités au dernier point, insultaient e\ maltraitaient les réformés de tout leur pouvoir. C'est pourquoi les réformés prièrent de rechef les seigneurs de Berne de leur donner Fard pour pasteur, au moins pour quelque temps , ayant besoin d'un pasteur zélé comme lui pour les soutenir au milieu des traverses qu'ils avaient à essuyer. Ces sdgneurs le leur accordèrent et envoyèrent un messager à Farel, à Aigle, le 22 janvier , pour lui ordonner d'aller incessamment à Morat, où il trouverait, lui disaient-ils, une abondante moisson. ^ Farel partit sur le champ, et voyant une oecamon si favorable pour introduire la réformation dans ces quartiers - là ^
' Msc. Grooss.
' Msc. Grooss.
• Farel. Epist.«iuedil. B. Arcb. Utni. Miss. Î90 b.
t KST APPELÉ BT PH&CHE DANS IK YVILT. l88
ii ne se contenta pas de prêcher à Morat; mais nonobstant rincomroodîté de la saison , il alla prêcher en divers villages d'alentour. A peide une semainç s'était écoulée depuis son arrivée, que les Fribourgeois se plaignirent a Berne de ses prédications. Le conseil de Berne lui écrivit, le 31 janvier^ la lettre suivante, qui est un monument de sa diligence et de son zèle infatigable. ^
a L'avoyer et conseil de Berne à Guillaume Farel , ministre de la Parole de Dieu , salut.
» Comme bous voua avons appelé à Morat à la prière des habitans, nos combourgeois de Fribourg se plaignent que vous prêchez dans le Yullies ^ et en d'autres lieux qui ne souhaitent pas encore la Parole ; ce qui est conire le traité qui a été fait dernièrement à l'armée ; ^ nous rcquérans instamment de l'observer. C'est pourquoi nous vous donnons avis de nous apprendre com^ ment la chose va ; si ceux du Yullies ou d'autres souhairent de vous entendre, ou si la plus grande partie d'entr'eux désirent qu'on leur annonce la Parole. Que si cela n'est pas^ nous voulons que vous vous conteniez a Morai^ imitant les Apôtres, qui par le commandement de Jésus -Christ secouaient la poussière de leurs pieds. Adieu. Donné le dernier janvier 1530. »
La suite fit bien voir que Farel ne s'était point intrus dans les Eglises de ce pays-là^ puisqu'il y eut quatre des principaux villages de Yullies qui embrassèrent la
* B. Latin. Missiv. 991.
. ' On nomme ainsi une petite presqu'île , formée par les lacs d^Yverdon, et de Morat, et par la civière de la Broyé. Les Allemands rappellent Wistellach , ou Mistellach. Elle est en partie du Bailliage de Morat.
^ Ils entendent par là le traité de la paix générale faite entre les Cantons Tau i!$99.
IM BS&M EHVOIB me MUimS A CBIBT&BS.
réformatioD, dans titMs semaines de temps, depuis soo relour. ^
Dans le quartier allemand do même baiHiage^ le ▼il* lage de Kertzers (appelé en latin ad Carceres , et en français Ghiètres) fut le premier qui embrassa la réformation. L'<%lise de ce village avait été donnée l'an 962 à Tabbaye de Payerne par la reine Berthe, épouse de Rodolphe 11^ roi de Bourgogne, fondairice de celte abbaye. * Depuis ce temps-là, tes religieux de Payerne avaient été pendant cinq cent soixante-huit ans en paisible possession du patronat de cette église, dont le curé n'était que leur vicaire. Gomme donc les paysans ne s'accommodaient phis de leur curé, ik demande* rent un ministre aux seigneurs de Berne. Cependant la réformation n'y avait pas encore été reçue publique* ment et à la pluralité des suflErages ; car cela n'y arriva que deux mois après , savoir le premier dimanche d'avril. * . ■
Les seigneurs de Berne reçurent agréablement leur demande, et leur accordèrent un ministre. Mais pour ne pas déroger au droit qu'avait Tabbaye de Payerne sur régtisedece village, ils écrivirent aux moines, le 11 février, pour les prier de donner f investiture au ministre qu'ils envoyaient a Ghiètres, à ta réquisition des habîtans. ^ Je ne sais si les moines le firent ; du moins tes députés de Berne altèrent installer le ministre à Ghiètres le dimanche suivant, 13 février. Les catholiques du village ne furent point «rentens de ce chan*
* VoycE ci-dessous , pag. 187.
' Tiré de l'Acte original . qui est dans les archives de Berne.
^ Bern. Instr. 386.
^ B. Ut. Miss. 391. b.
DiSTaiBUTlON DBS BIBMS ECCLÊ8U&TIQUBS. 185
gement^ ei voulurent toujours garder leur curé. Les Pribourgeois les appuyèrent ; et à leur sollicitation , les Bernois consentirent (le 16 février) que le curé partageât la pension avec le ministre jusqu'à ce que TEglise eût embrassé pleinement la réformation. *■
Les députés de Berne^ dont je viens de parler^ étaient envoyés pour régler, avec ceux de Fribourg , le partage et la distribution des biens ecclésiastiques de Morat. Comme la réformation ne permettait pas de laisser dans une église les vains ornemens qui ne peuvent servir qu'à des usages superstitieux, ou tout au moins à distraire Tesprit et à détourner Taltention ; quand une paroisse embrassait la reformations Ton purgeait son temple de tous ses ornemens et des autres choses qui n'étaient pas nécessaires pour le service divin ; et les souverains regardant la disposition des biens d'église comme un droit régalien qui leur appartenait incontestablement, se chargeaient de ces biens pour en disposer de la manière qu'ils jugeaient la plus convenable. Ordinairement ils vendaient les meubles et les ornemens de l'église^ et en employaient le prix à des usages pieux. Et pour ce qui est des immeubles ou des biens fonds , on les laissait pour la subsistance des pasteurs ; ou si Ton trouvait que la pension était trop forte, on en re* tranchait quelque chose et Ton donnait une partie du surplus à la communauté pour l'entretien de ses pauvres et pour son école; le reste entrait dans la bourse du souverain. Cela se faisait particulièrement à l'égard des couvens et des maisons religieuses de l'un et de l'autre sexe, dont la fondation étant une charge pour l'état > paraissait dépendre davantage du bon plaisir du souve-
' Msc. Grooss.