IS6 BB LA TILLE DE MOEAT
rain. Comnie la ville de Moral dépead des dem états de Berne el de Friboarg^ les Bernois ne pouvai«ni régler celle réparlilion des biens de son égalise que de concerl avec les PriboDi^ois. Quand donc elle eut embrassé la réformalion , ces deux élals souverains mirenl a quartier les biens de celle église , el marquèrenl jour, au 14 février, pour en régler la dislribulioo. * Ainsi de Chiëtres les députés de Berne passèrent à Moral, où ils trouvèrent ceux de Fribourg, qui leur proposèrent de renvoyer cette distribution jusqu'à uit jour qu'on marquerait à tous ceux qui auraient quelque prétention sur ces biens ; mais les Bernois dirent qu'ils avaient ordre de finir cette affairé. Le lendemain , 14 février, comme les députés des deux villes allaient au conseil de Moral, pour lui notifier les ordres de leurs souverains^ -les Fribourgeois dirent, « qu'ils n'avaient point d'ordre de traiter que pour le partage des meu-* blés, comme calices, ciboires, etc., el non pas de partager et de distribuer les lettres et les titres concernant les fonds ou les biens immèuUes; » el là-dessus ils s'en allèrent, disant qu'ils reviendraient le lendemain; «car, disaient - ils , s'ils distribuaient tout, il leur demeurerait peu de cbose de reste, p Leur dessein était donc de ne laisser que très-peu de chose à l'église él à la ville de Morale el en cela ils avaient une double vue. Ils remplissaient leur bourse et en même temps ils jetaient un préjugé très-fâcheux contre la réformalion, el une grande pierre d'achoppement pour empêcher les sujets de l'embrasser, comme si la réformalion n'aboutissait qu'à pilier les églises et à les dépouiller. ' Ils se proposaient aussi de traîner l'affaire
* jMsc. Grooss.
mOUYEMESS DK &irO&MB AU yVLLT. 187
en longueur jusqu'à ce qu'il y eûl un bailKf bernois à Morat^ el .que les appellations se portassent à Fri* bourg.
Le mardi, 15 février, ^ quatre députés des quatre principaux villages du VuUies allèrent trouver à Morat les députés de Berne, et leur dirent, qu'ils avaient dessein d*embrasser la réformation de LL. EE. ^ à l'exemple de l'Eglise de Morat, les priant de passer chez eux pour y présider à l'assemblée, oii l'on examinerait la chose à la pluralité des voix, ne doutant nullement qu'elle ne l'emportât pour la réformation. Us les codh jurèrent en même temps de leur faire cette grâce au plus tôt, et de leur établir on pasteur. Les députés de Berne n'ayant point d'instruction la • dessus, en demandèrent avis à LL. EE. , leur demandant si en cas que les députéà de Fribourg ne voulussent pas assister à cette action, ils devaient passer outre?
Le même jour, les députés de Fribourg revinrent, comme ils l'avaient promis, et apportècent plein pouvoir de traiter avec les Bernois pour toutes choses. ^ Cependant cette distribution ou arrangement des biens de TEglise de Slorat ne se finit pas. ce jour la ; car il y eut^ vers la fin d'avril, une nouvelle assemblée pour ce sujet des députés des deux cantons. ^ On ne finit-pas non plus celte affaire dans celte assemblée, et ce qui restait à régler fut renvoyé jusqu'à l'année suivante 1531 . Alors le conseil de Morat pria les seigneurs des deux villes de leur laisser les biens d'église qui restaient à partager, pour leur hôpital. ^ Les Bernois y consentirent, mais
^ Msc. Grooss.
> ta.
^ B. Inslr. &25.
^ B. ibid. B. I6â.
188 KSFOaMB Ml LA PAR018SB DB UOTIBR&»
les Fribourgeois le refusèrenl^ quoiqu'ils l'eussent d'abord promis. On les sollicita souvent à cela, mais inutilement. Les habitans de Morat s'en plaignirent à leurs seigneurs de Berne. Ceux-ci représentèrent aux Fribourgeois, « qu'il n'y avait rien de plus juste que les biens d'église fussent appliqués au soulagement des pauvres. Vous devez aussi considérer (leur disaient-ils)^ que nous vous avons fait plus de grâces qu'a nos autres alliés, en vous permettant de retirer les biens donnés par vous ou par vos pères aux églises, jusqu'à la troisième génération. » Enfin ils leur offrirent le droit, en cas de refus. Nonobstant toutes ces instances, les Fribourgeois furent inflexibles là-dessus. '
Mais pour revenir à l'assemblée du 15 février 1530, les députés bernois reçurent le lendemain la réponse de leurs seigneurs, qu'ils pouvaient aller au Vnlly, marquer un jour à ceux de Môtiers ' pour y décider de cette affaire à la pluralité des suflTrages, soit que les Fribourgeois voulussent y aller, soit qu'ils ne le voulussent pas^ et qu'ik devaient assurer ces bonnes gens de leur protection. ' Ainsi la réformation fut étiiJ>Iie dans quatre villages, qui étaient sans doute les principaux de la paroisse de Môtiers.
A Meiry ^ quelques réformés indiscrets allèrent renverser les autels et aliattre les images^ avant que la reformation y eût été reçue à la pluralité. ' L^ sei-
* Crot YilUnt piroissiil el le principd de Tollies.
* Msc.Grooss.
^ Yill^lie du Kys-RonuMl » 4iia quart de lieue m nùdi de Moral, el au bord du lac.
* B, lu»lr 391.
XT DB CSLLB DB MEiEY. 189
gneurs de Fribourg en farent fori oiFenBés^ el envoyé*» reni des dépulés à Berne pour s'en plaindre (le 4 mars) el demander que les auteurs do ce désordre fussent punis, une telle conduite étant contraire au Landsfri^ den, ou traité de paix générale conclu entre les Cantons. Les seigneurs de Berne leur répondirent, a que Messieurs de Fribourg avaient été les premiers à violer cette paix ; que leur boursier Tossy avait extorqué une certaine lettre à ceux de Morat à Tinsu des Bernois (Ils demandaient donc que cette lettre fut rendue). Qu'au contraire les moines de St-Ândré avaient refusé aux Bernois un titre concernant quelque dîme, pour le donner aux Fribourgeois. Que cependant ils consentaient qu'on punit ces gens de Oleiry, mais qu'ils y voulaient envoyer une députation , afin que tout se fit avec poids et mesure.» Enfin, pour terminer les différends qui arrivaient souvent entr'eux pour les affaires de religion dans leurs seigneuries communes, ils demandèrent aux Fribourgeois «c qu'ils laissassent le ministre prêcher tranquillement, comme eux aussi voulaient laisser tes prêtres faire tranquillement leurs singeries^ et qu'ils étaient résolus d'envoyer des ministres partout où la pluralité l'eftiporlerait pour l'Evangile , étant du devoir des magistrats d'avancer la gloire de Dieu. »
On envoya, le 5 mars, des députés de Berne et de Fribourg en Vully, pour y régler les biens d'église et leur donner un bon ministre. ^
Dans le même temps, un moine de Meîry faisait beaucoup de bruit en faveur de la messe, et se vantait de vouloir la soutenir contre Farel. Le conseil de Morat le fit venir et lui proposa de soutenir la messe contre
* Id. 59&.
190 RÉFORME AU BAILLUGI DB SCBWARTZBOURG.
Pareil ou de la quitter^ s'il ne le pouvait pas. Il refusa de faire l'un el l'autre , disant qu'il avait prêté serment à la messe. Le conseil pria les seigneurs de Berne de le contraindre à cela ; mais ils se contentèrent de défendre (le 30 mars) à ce moine d'insulter les réformés. *■
La réformation fut enfin reçue à Meiry à la pluralité
des suffrages^ en présence des députés de Berne et de Fribourg, le dimanche 22 mai. ^ Elle avait déjà àà se fiûre le dimanche 24 avril j mais l'affaire avait été renvoyée, je ne sais pas pourquoi. ^
Dans ce terops-la Tavoyer et le conseil de Payerne, qui, en qualité d'avoués ou avoyers de l'abbaye, avaient la collature de l'église de Cbiètres, en augmentèrent les rentes de vingt livres par an, à la réquisition des Bernois. ^
Schwartzbourg est un autre bailliage dans les montagnes, qui dépend également de Berne et de Friboupg. La réformation s'y introduisit a peu près en même temps qu*à Berne , mais elle ne s'y exécuta pas si promptement partout. Dans le village de Gouggisberg, quelques zélés indiscrets allèrent vers la fin de janvier renverser les images dans leur église. Les Fribourgeois l'ayant appris écrivirent là-dessus, le 6 février, à leurs alliés de Friboiirg y ^ « que comme il leur appartenait aussi bien qu'à eux de punir les malfaiteurs de ces lieux-là, en particulier ces briseurs d'images (qui cependant n'avaient pas agi contre la Parole de Dieu , mais avaient seule-
> lil.UI.
* B. Arch. SpriKh. U. K, A.
^ M se. Orooss.
L ALLIANCE DB BBENB ET FRIBOUEG. 191
ment manqué, en ce qu'ils Tavaienl bit de leur propre aulorité)^ ils les priaient , pour éviter des troubles, de ne pas user d'une telle rigueur ; que comme pourtant ils ne voulaient pas laisser cela impuni , ils avaient ordonné au baillif de mettre ces gens-là en prison, et ensuite de les relâcher d'abord sous caution. »
Ces fréquentes contestations, qui survenaient entre ces deux cantons et qui étaient tout autant d'occasions de se heurter Tun l'autre, jointes à la diversité de relî* gion, ne pouvaient manquer d'aigrir les esprits de part et d'autre^ surtout dans la partie qui avait du dessous. Aussi donna-t-on avis aux Bernois, quelque temps après, queleqrs alliés de Fribourg entretenaient contr'eux des pratiques secrètes avec les cinq Cantons, et que tous ces Cantons sollicitaient une alliance avec le duc de Savoie et les Valaisans pour attaquer Berne. ^ Ils enr voyèrent donc, lei 6 juillet j des députés k Fribourg, pour leur proposer de renouveler l'alliance qu'ils avaient ensemble. ' Les Fribourgeois y consentirent, à condition qu'on renouvelât cette alliance selon l'ancien formulaire, qui engageait à jurer par les saints et à réserver le pape; mais les Bernois rejetèrent ces conditions, comme des abus directement contraires à leur réformation. ^ Après quelques contestations, les Fribourgeois consentirent enfin qu'on renouvelât le traité mutuel de combourgeoisie , sans jurer par les saints. Ils auraient voulu au moins, qu'on réservât le pape; mais les Bernois refusèrent encore > assurant les Fribourgeois que cela ne nuirait point à la substance du traité. Ainsi le
* B. Inslr. Aai.
* Id. id.
* Id. /ko3.
Ittt Zn EENODVBlie.
traité d'alliance fut renooTelé à Berne le 15 juillet^ sur le pied proposé par les Bernois. '
Dans le même bailliage de Schwartzbonrg> on était divisé sur la religion: en particulier ceux de Grassbourg, ou résidait alors le baiilif, ne voulaient point entendre parler de réformation ; et sur ce que les Bernois les pressèrent de l'embrasser, se fondant particulièrement sur le droit de coUature qu*ils avaient sur leur ^lise, ils répondirent que LL. EE. leur avaient promis de ne contraindre personne dans sa foi , et demandè- 'rent qu'on leur tint parole. Les Bernois y envoyèrent des députés (le l*'' juin), avec ordre d'exhorter les uns et les autres à Tunion et à la concorde, * et d'exhorter singulièrement ceux de Grassbourg à embrasser la réformation, et de leur répondre « que Fa promesse qu'ils allouaient leur avait été faite provisionnellement, ^ en attendant qu'on leur eût prêché l'Evangile ; ce qu'on avait fait. Que du reste ils étaient absolument résolus de détruire la messe et les images^ etc. ; et qu'en cela on ne les forçait point, puisque la foi ne dépend point de ces choses extérieures. »
n. Cependant Farel ne demeurait pas oisif. D'abord que le printemps fut venu , il alla prêcher dans la ville et le comté de Neuchâtel, à Yalangin, à la Bonne-Ville et dans les montagnes de la Prévôté.
Il commença par la Prévôté^ ^ qui est uu quartier de pays situé dans les montagnes, entre Bienne et Porentrui, ou est entr'aulrcs une petite ville, nommée Délé-
' Stetll. II. &0. a.
^ B. Instr. A. AU.
' Auf Besserung.
^ Son nom allemand est Munslerthal.
LA P&ÊYÔTÊ. * 195
monl (en allemand Tellsberg)^ et un gros boarg, nomme 'nioutiers-Grand-yal (en allemand MUnsterinGrandfelden)^ qui avail anciennement une église collégiale^ avec le titre de Prévôté, qui a donné son nom au pays. Les habitans sont sujets^ pour le temporel^ /le Tévéque titulaire de Bâle , qui réside à Porentrui ; mais ils ont une alliance de combourgeoisie avec les Bernois , des l'an i486; et aujourd'hui les réformés dépendent d'eux,' en bonne partie, pour le spirituel.
Les gens du pays étaient extrêmement maltraités par le prévôt et les chanoines de Moutiers, sous divers prétextes de religion. Ils se plaignirent aux Bernois, dès Tan 1528, de diverses extorsions étranges que ces chanoines exerçaient contr'eux , tant à Tégard de la judicature, que par rapport aux droits excessifs qu'on exigeait d*eux : tant, pour un convoi funèbre; tant, pour la cire; tant, pour la sépulture, etc. «c Ëntr'autres, disaient-ils, toutes les années une fois, le prévôt nous assemble dans l'église et nous ordonne très expressément de lui déclarer si nous sommes paillards ou adultères, ou si nous avons commis quelque autre péché secret; et s*il arrive que quelqu'un de nous confesse quelque péché, de son propre mouvement, ou qu'il ait été décelé par quelque rapporteur, le prévôt fait assembler incessamment la justice dans l'église , et fait condamner celui qui a' confessé sa faute à trois livres, monnaie de Bâle. ^ » Us priaient donc les seigneurs de Berne, en vertu de leur traité de combourgeoisie, de les protéger dans, le dessein qu'ils avaient formé de se-
* Tiré d'an livre allemand , public par ordre de LL. ££. de Berne, Tan iui6, intitulé, Apologia einer Statt Bern, etc., imprimé à Berne , în-4®, voyez les paj». 62. 63.
194 YAiEL T P&ICfnt AVEC SUCCÈS.
ooMr ce joug et de se nietlre, ii r%ard da dergc, sur le pied oo était l'état de Berne.
Dans oes dispositionay il est aisé de présamcr qu'ils écoBtèireDt axec plaisir les prédications de Farél. Aussi , à Tavanes (en allemand Tadœfeld) , qui fut le premier ▼iUage de ce pays-lk ou il prêcha, les paysans furent tellement animés par ses discours, que dans l'impétuosîté de leur zèle ils coururent au temple pour y briser les images et démolir les autels. Un prêtre qui disait la messe dans ce momeul^là fut tellement effrayé par la venue de ce peuple, que, sans finir son office, il s'enfuit à la maison avec ses habits sacerdotaux. Les autres communes de la même vallée souhaitèrent aussi d'entendre Parél , et dans le cours de l'année elles embrassèrent à peu près toutes la réformation. ^ Farel avait alors un colique, nommé Claude de Gflautinis. H y eut pourtant d'abord quelques paroisses où la pluralité ^es suffrages fut pour retenir la messe; mais quelques-uns de ceux qui avaient embrassé la réformation ne laissèrent pas d'y aller briser les images. L'évéque de Porentrai voyant avec indignation ces changeraens dans ses terres, envoya des députés à Berne pour s'en plaindre. Us y parurent le 9 mai 1530. Le conseil travailla à les apaiser ; et représentant à l'évéque les bons services que les Bernois lui avaient rendus, il le pria de pardonner à ceux qui avaient brisé les images de quelques paroisses, contre la pluralité des suffrages, et de donner un ministre à la paroisse de Tavanes, conjointement avec l'abbé de Bellelay, qui en était le collateur. Enfin de défendre aux autres de faire aucune insolence contre
• Vito Far. Mte. ap. Hotting. 800. — Après Tavanes , ce fut Court , pais Sornetan et ensuite Moutiers.
VÂCANCÏ DE lVbBATB DB BELIBLAY. 193
la pluralité des suffrages. * Mais comme Tévéque ne se pressa pas de faire ce que les Bernois lui demandaient^ ceux-ci envoyèrent provisionneUetnent un ministre à réglise de Tavanes^ qui les en remercia par une lettré dont on peut voir la copie à la fin de ce volume* *
Les Bernois écrivirent encore à Tévéque pour le |)riet ' de donner les ordres nécessaires pour qu^on réglât U pension du ministre de Tavaneâ, et celle d*un autre, qu'ils avaient aussi envoyée a la Bonne ville i qui apparemment était Jean Bosset. ^
Dans cet intervalle de temps, Tatbaye de Bellelay vint à vaquer par la mort de Tabbé Nicolas Schnell, bourgeois de Bienne , décédé un peu avant le milieu de juin. * C'est une, abbaye de l'ordre de Prémontré, située dans le même pays, sous la protection de Bienne, et lice avec cette ville par un ancien traité de corabourgeoisie. Elle tirait diverses rentes en grains et en vin des terres de Bienne et de la Bonne-Ville, et de Tavanés. L'évéque de Bâie, comme pnnce souverain du pays, étant allé à Bellelay pour donner les ordres nécessaires dans cette maison ^ duraiît la vacance du siégé abbatial, y reçut la lettre des seigneurs de Berne. Il les pria de prendre patieiice , jusqu'à ce qu'on eût élu un nouvel abbé , à qui il ordonnerait de faire ce qu'ils souhaitaient. ^
L'élection de Tabbé de Bellelay se fit vers le milieu de juillet, et comme Jean de Bellefont eut éle élu , le con-
* Apol. 65 66.
' Pièces iustificatives. N®. IV.
' Apol. 66.
* Nœtzli.
Apol. 66.
196 7ARSL COKTinUS A P&ECHBE.
seil de Bienne lui écrivit ^ le lundi 18 du même mois^ ' a que jusques ici chaque nouvel abbé avait donné à Tantechrist^ le pape de ftome^ deux ou trois cents gouldes pour sa confirmation ; mais qu'ils ne peuvent plus souffrir que son abbaye donne rien à Tidole de Rome. Qu'il devait se contenter d'être établi avec le consentement et l'agrément de leur commun seigneur Tévéque de Bâle , et par conséquent se tenir pour suffisamment confirmé; » lui déclarant^ au reste ^ ce que s'il envoie quelque chose à Tantechrist, c'est-a-dire au pape, ils en exigeront de lui au double. i>
Pendant ce temps- là ^ Parel continuait ses pieux travaux dans la Prévôté , prêchant de paroisse en paroisse , et travaillant de toutes ses forces à y introduire la réformalion. Et comme il trouvait des auditeurs tout disposés à Técouter^ il y fit beaucoup de progrès. Mais comme il poussait quelquefois un peu trop loin les mouvemens de son zèle , il entreprenait des choses qui déplaisaient aux, puissances. L*évéque de Bâle s'en plaignit aux Bernois, les priant- de retirer Farel, qu'il accusait de diverses choses peu convenables à un ministre de l'Evangile. Les Bernois lui répondirent, le 6 août, « qu'ils étaient fort fâchés qu'on eût parlé d^une manière injurieuse de S. A., et que ce n'était ^oint leur dessein de permettre jamais rien de semblable. Qu'il est bien vrai (et qu'ils priaient S. A. de le prendre en bonne part) qu'ils avaient donné une patente à Farel, qui l'autorisait à prêcher la Parole de Dieu a ceux de leurs bourgeois ou alliés qui le souhaiteraient, et non plus outre. Que s'il avait outrepassé son pouvoir, ils en étaient fâchés, et qu'ils lui avaient écrit là-dessus de ne
^ Nœteli.
LETT&B DE BIIINB A FARSL. 197
rien entreprendre qui pût choquer ou offenser personne, mais de se contenir dans les bornes de Tordre qu'il avait reçu d!eux; priant S. A. de ne leur en rien attribuer. ^ » En effets ces seigneurs écrivirent, le même jour^ à Farel la lettre suivante : ^
a Quelques personnes nous ont fait des plaintes amères contre vous, disant que vous agissez dans leurs terres et dominations avec une violence et une audace étonnante, à briser les images, à convoquer les communautés et les peuples, et à discerner quelle est la partie qui favorise l'Evangile ; ce qui cependant ne convient qu'aux séculiers. Nous vous avertissons donc de ne pas passer les bornes que nous vous avons prescrites, mais de vous contenter de remplir exactement l'emploi de prédicateur de l'Evangile-, et surtout d'enseigner et d'inculquer aux peuples quelle est la nature de la liberté que TEvangile procure aux hommes ; car É y a des gens qui s'imaginent que s'ils se joignent à nous^ ils seront affranchis de dîmes et autres choses. Nous vous écrivons ces choses par affection pour vous^ afin que vous puissiez éviter^ avec tant plus de prudence, les chiens enragés. De plus, l'évéque de Bâle nous a fait des plaintes étranges contre vous, même avec menaces, comme vous l'apprendrez par nos députés. C'est pourquoi contenez -vous dans les bornes que nous vous avons prescrites. A Dieu. Donné le 6 août 1530. » ^
Dans ce temps-là la ville de Bienne se tenait étroit lement unie à celle de Berne pour les affaires de re** ligion. Et comme les Bernois avaient attiré à eux tous
* Apolog. 65.
. ^ B. Lai. Miasiv. 296 b
A fV^FORMER LB VAL $.-IMIBR. iftO
gés^ OD les priverait des rentes qu'ils avaient dans les comtés de Neucbâtel et de Valangin , à la Bonne-Ville et ailleurs ; et qu'il fistudraît qu'ils restituassent aussi tout ce qu'ils avaient reçu en argent et autrement^ pour des fondations de messes et d'anniversaires , etc. Ces bonnes gens^ eStayés de ces menaces j en portèrent leurs plaintes au conseil de Bienne le lundi suivant, le priant de les protéger; et représentant que si on leur retirait ces rentes^ et qu'ils fussent encore obligés à restituer l'argent qu'ik avaient reçu et qu'ils avaient employé à la réparation de leur église qui avnt été incendiée, ils seraient réduits à la mendicité. Le conseil, leur promit sa protection^ et leur tint parole. II consuha les seigneurs de Berne j pour savoir quelle conduite il fallait tenir dans cette occasion , et les Bernois les appuyèrent fortement. Ainsi tous les efforts des catholiques furent inutiles. Les prêtres du Val S.-Imier renoncèrent tous à la messe. Cependant les autels et les images demeu* rèrent toujours sur pied dans les églises. Quelques bourgeois de Bienne proposèrent de les abattre et s'offrirent d'en faire l'exécution ; mais le magistrat ne voulut pas le leur permettre. Il trouva plus à propos d'en écrire j le 2 juillet, à l'évéque de Bâle, comme seigneur souverain du pays, pour le prier de consentir à ce qu'on ôtAt les images des églises de l'Erguel, ou du moins qu'il ne trouvit pas mauvais si ie plus grand nombre des paroissiens souhaitaient qu'on mit les images a quartier. « Afin, âisaienU>ils , que cette abomination soit 6tée, et que le vrai Dieu soit servi et adoré tout seul.» L'évéque, comme on le peut aisément penser, ne voulut point y donner les mains. Le conseil de Bienne ne laissa pas d'envoyer des commis dans celte vallée pour y détruire les images et y abolir le papisme, mais la plupart
SOO RÉrORME DU VAL S.-IMIER.
des habitans s'y opposèrent^ disant pour raison : «Qu'on n'avait aboli ni la messe ^ ni les images dans la paroisse de Diesse^ où les Bernois sont seigneurs conjointemenl avec révéque. Que Tévéque était aussi seigneur de leur vallée avec la ville de Bienne , et qu'ainsi ils ne souffriraient point qu'on abolît chez eux ni la messe, ni les images , qu'on n'eût fait la même chose a Diesse. » Le conseil de Bienne s^adressa au baillif de Nidau, le priant de faire ôter les images et abolir la messe dans la paroisse de Diesse^ mais le baillif se refusa de se charger d'une semblable affaire et de l'entreprendre sans Tordre de ses seigneurs. C'est pourquoi les Biennois écrivirent aux seigneurs de Berne, le 26 février 1530, pour tes prier de faire faire cette réforn^ation dans cette paroisse. ^ Leur prière opéra. Les Bernois communiquèrent la chose à l'évéque de Bâle, et donnèrent leurs ordres au baillif de Nidau. Alors le baillif, au nom de LL. EE. de Berne et le maire de Bienne, au nom de l'évéque de Bâie, établirent la réformation a Diesse; après quoi tout le pays d'Erguel la reçut aussi sans résistance; ce qui se fit a mi-caréme. ' Les Biennois se mirent en possession de l^sglise coU^ale de S. Imieretde tous ses biens , meubles et immeubles^ et assignèrent des pensions aux chanoines sur divers fonds. Us en assignèrent entr'aulres sur des dtmes que le chapitre de S.-Imier possédait dans le comté de Yalangin. Dans ce temps-là le comté de Yalangin faisait un petit état a part, séparé de celui de Neuchâtel, et était possédé par la maison des comtes de Challand, originaires de la Yal-d'Aoste. René ou Reinhart de Challand, comte
* KœUH.
' HotUng. A61. A62. 502.
OPPOSITION DE LA COMTESSE DE VALANttllf. flOi
de Valangin^ baron d'Ayrae^Vilte et seigneur de Bof rémont^ avait renouvelé^ le 30 août de Tan 1522, l'ancien traité de bourgeoisie que ses prédécesseurs^ comtes de Yalangin ^ avaient fait avec la ville de Berne. * I«a comtesse sa veuve ^ zélée catholique^ ne voyant plus subsister ce chapitre^ et trouvant étrange que des gens qui n'en étaient pas les seigneufs souverains en saisis* sent les biens ^ ne voulut plus permettre que ses sujets payassent ces dîmes et les fit arrêter. De plus^ comme les Biennois avaient le patronnât de diverses cures du comté de Yalangin^ et que la plupart des paroissiens de ces lieux souhiaitaient qu'on leur prêchât l'Evangile y le conseil de Bienne voulut leur envoyer des ministres. Mais la comtesse et le comte son neveu s'y opposèrent de toute leur force , et ne voulurent jamais souffrir aucun ministre dans leur terre. Lés Biennois recour ureût aux seigneurs de Berne pour en être soutenus dans leur pieux dessein^ et ceux-ci écrivirent une lettre très-forte à la comtesse (le 29 juillet)^ ' l'avertissant de laisser parvenir ces dîmes à ceux de Bienne ^ pour ne se pas attirer de fâcheuses affaires ; et l'exhortant tant en leur nom qu'au nom des Biennois^ et pour l'amour de la vérité^ dont ils voulaient toujours être les défenseurs^ de faire attention au droit des Biennois et au désir qu'avaient les sujets d'entendre l'Evangile. « L'Evangile^ disent-ils^ ne traite que des choses qui regardent l'àme et ne prive personne de ses droils temporels. II ocdonne au coniraire de rendre à chacun le sien. » Ils concluent en la priant de laisser entrer de bons ministres dans ces paroisses. L'évéque de Bâle se joignit à la comtesse et
' B. Lat. Miss. p. 82.
' Id. page 292. b.
SQS RBttLEMBMS DE RÉrORllATIOll.
fit arrêter^ sous son propre noiDj les dîmes de Dombres*son dans le comté de Valangin , qui appartenaient au même chapitre. Mais les Biennois, se voyant appuyés par les seigneurs de Berne, lui écrivirent par un exprès (le dimanche 29 août) en termes honnêtes, mais forts , pour le prier de faire relâcher ces dîmes : a Nous ne sommes pas peu fâehés, lui disaient-ils, de ce que V. A. a fait arrêter ces dîmes ; car, en qualité de protecteurs ou d'avoyers de ce chapitre conventuel de St. Imier, nous sommes obligés d'assigner des pensions sur ces dîmes aux pauvres prêtres et aux ministres chrétiens. » ^ Ils concluaient en lui demandant une réponse par écrit, par le même exprès, « afin, disaientpils, que nous puissions prendre nos mesures là-dessus. » Longtemps après il se fit un accommodement amiable entre révêque et la ville de Bienne pour ces revenus du chapitre de St. Imier, et on régla les pensions des miuis-r (res de cette vallée sur ces revenus.
La même année, le 7 octobre, le grand conseil de Bienne dressa des règlemens pour la conduite de ses ministres et de ceux du Val-St.-Imier. Ces règlemens furent renouvelés et amplifiés, Tan 1582, dans un synode de tous ces ministres, convoqué a Bienne devant le conseil d)s cette ville, le mardi 8 septembre. Il fut CQipposé des deux ministres de la ville, dont le premier s'appelait Jacob Funkli, et des ministres de St. Imier, de Coyrtelari, Gorgemont, Tramelan, Biderich^ Ilfingen et Fuglistal. Il y fut ordonné, entre autres, qu'on y assemblerait un synode tous les trpis ans ; ce qui fut observé jusqu'à Tan 1580, qu'on y célébra le dernier. ^
* NœUli.
' ïd. ad a, 1530.
l'ÉvIqOE de BALB fait BNLSV£a UN UIHI8TRE. 905
Il parailj par ces règlcmens, que Messieurs de Bienne avaient rinspection toule entière sor ces Eglises, et plein pouvoir d'en établir les ministres et de les destituer.
Environ le tùême temps, l'évéque de Bâle fit encore une autre tentative^ qui ne lui réussit pas mieux; ce fut de faire enlever un ministre , nommé Henri Pourcelet, qui avait été prêtre, et qui était alors pasteur de Fur glistall ou Vauffelin , l'accusant, d'avoir causé quelques séditions dans le Val de Délémont; il en écrivit même en ces termes aux seigneurs de Berne, afin qu'ils ne le trouvassent pas mauvais. Cet enlèvement fit beaucoup de bruit dans tout le pays, et les esprits des réformés s'échauflèrent à cette occasion, d'autant plus que le$ officiers de Tévéque avaient dit, en emmenant Pourcelet , « qu'ils viendraient bientôt quérir un plus grand noipbre de prêtres. » *■ C'est pourquoi les conseils de Berne et de Bienne, écrivirent incessamment à l'évêque, au commencement de septembre j pour lui demander l'élar* gissement du ministre Pourcelet, qui était innocent de ce dont on l'accusait, et qu'il ne fit aucune vexation a ceux qui avaient embrassé leur religion chrétienne. L evéque répondit aux seigneurs de Berne (le 7 sep* tembre) « qu'il n'avait assurénient pas fait saisir Pourcelet pour cause de religion ; qu'il était fort éloigné de vouloir inquiéter ou maltraiter personne pour un semblable sujet; qu'il ne croyait pas non plus que ses officiers eussent menacé de venir encore enlever d'autres prêtres puisqu'il ne le leur avait peint ordonné. Enfin il leur apprend qu'à la vue de leur lettre, il avait donné
* Id. itjid. et Apologia. 66. 67.
aOU EMPLOI DE BIENS ECCLÉSIASTIQUES A ZURICH
ordre da relâcher ce minisire. » ' Ainsi Pourcelet fut élargi.
in. LesZuiicois^ considérant que la réforme de la doctrine est inutile sans celle des mœurs ^ publièrent un édit 9 le 26 mars , pour exhorter leur peuple à écouter assidûment la Parole de Dieu ; pour défendre les jeux et autres divertissemens profanes , contraires à l'Evangile. ^ Dans le même temps le synode du canton représenta aux magistrats que, parla réformation, la pension des cures étant considérablement diminuée parce qu'on avait aboli tous les casuels qui avaient leur source dans la superstition, plusieurs pasteurs n'avaient pas suffisamment pour vivre , et il les pria d'y pourvoir. Cette représentation fut bien reçue , et l'on établit une commission pour y mettre ordre^
lie grand hôpital de Berne avait aussi beaucoup perdu de ses rentes par le même endroit qu'on vient de marquer, et parce qu'on avait permis aux particuliers de retirer toutes les fondations qu'eux ou leurs pères avaient faites pour des usages superstitieux. ' De plus, le vieux bâtiment qui était hors la porte d'en bas, tombant en ruine > on le démoKt, et l'on transporta les pauvres au couvent des Dominicains, qu'on répara proprement pour les y loger ; ce qui leur coûta plus de dix mille livres. Et pour lui assurer une bonne rente, ils lui donnèrent (le 1^' juillet) leur tle située au lac de Bienne, avec toutes ses appartenances et divers revenus qui étaient auparavant au couvent de Tettlingen. ^
* Apolof^ia 67. 68.
' Holting. 522.
' SfcUl. H. 20. b.
* Bcm. Imlr. I. 46.
ET A BE&SB. PRETRES DÉBAUCHÉS i FRIBOURG. 205
n était reste dix religieuses du couvent royal de Kœnigsfeld; les Bernois leur firent (le 21 novembre) une pension viagère > non pas pourtant fixe^ mais pour tout le temps qu'elles se conduiraient bien. Ils laissèrent (le 22 juin) a Diebold d'Erlach l'avoierie du couvent d'Ettiswyl f ^ et permirent à Nicolas de Diesbach ' , administrateur et commandataire du prieure de Saint Jean de GrandsoUj (frère de Sébastien leur avoyer) de retenir ce prieuré pour lui, durant sa vie ; ^ ce qui fut fait le 2 avril, avec le consentement des Fribourgeois, et à condition qu'après sa mort> ce couvent reviendrait aux deux états. Le 6 septembre, ils tinrent un synode dans leur capitale, pour régler les affaires de leur Eglise ; mais je n'en ai point trouvé les actes. ^
Environ le même temps on surprit dans les terres de Berne un jeune homme qui portait des lettres de divers ecclésiastiques catholiques. Il y en avait une, entre autre^, d*un curé nommé Michel Bœchler, qui priait un ami de Fribourg de lui envoyer une certaine femme de mauvaise vie, qui était dans cette ville^la, laquelle il avait arrêtée pour sa concubine ; et il y parlait en même temps des galanteries criminelles d'un célèbre prédicateur de Fribourg , nommé Jérôme. Cette lettre étant tombée entre les mains des seigneurs de Berne , ils l'envoyèrent à ceux de Fribourg, afin qu'ils pussent connaître quel était le caractère de ces bons pères. ^
* Ibid. 56. b.
' C'est apparemment le même qui, l'an 1519, avait ete élu coadjuteur de i'évêque de Bâie. Voyez tome I. p. 108. Du moins c'est le même nom. Il possédait ce prieuré depuis l'an lYOO. Ainsi il devait être tort âgé.
' Id. S9.
^ Msc. Grooss.
SOS ST À BÀLB.
les images de leur église , ce qui fui excculé deux jours «près ; mais il y eul beaucoup d'images que les bigols emportèrent secrètement. Entre les ministres de ce pays-là il y avait Paul Rasdœrfer ( natif de Bavière et auparavant prédicateur dans le Tyrol, a qui Bucer avait rendu un très-bon témoignage) et Ulrich Reichener. Ce dernier fut assassiné méchamment par cinq catholiques, en présence de douze autres personnes. Les meurtriers se sauvèrent à Einsidlen, et de là à Schwytz, où ils furent en sûreté.
Les Bâlois mirent aussi la dernière main à leur réformation. Ils résolurent dans le grand conseil^ que ceux de leurs bourgeois qui s^étaient retirés de la ville pour cause de religion, renonçant à leur bourgeoisie, auraient un mois de terme pour y revenir ; au bout duquel ils n'auraient plus ni feu ni lieu dans la ville , mais seraient obligés, quand ils viendraient^ d'aller dans les logis publics comme des étrangers. Que les bourgeois qui jusqu'alors n'avaient pas voulu assister aux saintes assemblées pour y entendre la Parole de Dieu, seraient obligés de le faire , à défaut de quoi ils seraient privés de tous emplois. ^ En conséquence de cette résolution, tqus ceux qui refusèrent constamment d'embrasser la reformations furent, en juin, exclus du gouvernement et de tous les emplois.
IV. La réformation avançait aussi , mais avec peine, chez les sujets des Cantons et chez leurs alliés ^ et c'est ce qui causa bien des difGcultés aux Cantons. Dans le comté de Sargans, qui dépendait alors des sept anciens cantons (aujourd'hui Berne y a aussi sa part), Martin IHennhard , curé de Flums, déclara en chaire à ses pa-
* Wurslis. Lib. VIU. C. A. p. 586.