‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 5)Chapitre 34 sur 60 · ŒCOLAIMPADE ENVOYÉ VERS EUX · texte numérisé non relu

ŒCOLAIMPADE ENVOYÉ VERS EUX

lui repondit: «Quel ordre est-ce là? Le magistrat n'est point maître de la terre ponr nous ordonner de sortir et d'aller ailleurs. Dieu a dit : nHahite le pays, » * Je veux obéir à ce commandement et demeurer dans le pays où je suis né et où j'ai été élevée et personne n'a droit de s'y opposer. » Mais on lui fit bientôt éprouver le contraire.

Après les fêtes dePâque de Tan 1530^ Oecolampade eut ordre d'aller par tout le canton de Bâle , faire la visite des Eglises^ avec un député du conseil ^ pour voir s'il n'y avait rien à réformer. Quand il fut à Leufelfingen^ village presque tout rempli d'Anabaptistes^ il y prêcha sur le baptême. Un Anabaptiste l'interrompit insolemment dans son sermon , exhortant les paysans à tirer Oecolampade de la chaire , et à le chasser de la paroisse et du pays . Oecolampade lui représenta « qu'une action furieuse de cette nature ne convenait pas à des chrétiens , surtout vu qu'il était en chaire , par ordre de leur magistrat. Que si par hasard il lui était arrivé de prêcher quelque erreur^ ils devaient le lui prouver. » Ensuite le seigneur député se leva dans l'église et y mit le holà, ordonnant aux paysans par leur serment de demeurer en paix. Ainsi l'assemblée se sépara tranquillement. ' Quelque temps après, on saisit les auteurs du tumulte, et on les châtia comme ils l'avaient mérité.

On vit à Bâle un Anabaptiste, nommé Conrad in Gassen, qui proférait des blasphèmes étranges, par exemple « que Jésus-Christ n'était point notre rédempteur; qu*il n'était^oint Dieu, et qu'il n'était point né

* Psaume XXXVII. 3. ^

* Wurslis. I. c. p. 580.

ANABÀPTISTKS fiANS LE CANTON DE CLARIS.

d'une vierge. » Il ne faisait aucun cas de la prière ; ei eomme on lui représentait que Jésus-Cbrisf avait prié sur la n»ontagne des Oliviers^ il répondait avec une brutale insolence: a Qui est-ce qui Ta oui?» Comme il était incorrigible , il fut condamné à avoir la tête tranchée. ' Cet impio fanatique me fait souvenir d'un autre de nosjourSj qui a séduit certaines personnes de notre roisinage^ i\ y bl quelques années ', en leur persuadant qu'il ne fallait user ni de pain ni de vin. Et comme on lui obîectait un jour à Genève que le pre,mier miracle de Jésus-Christ avait été de changer l'eau en vin ^ il répondit a que Jésus-Christ était encore jeune dans ce temps-là^ et que c'était une petite faute qu'il fallait lui pardanner. »

Les Anabaptistes troublèrent encore le peuple à Bâle el aux envipoos, refusant opiniâtrement de payer les dîmes et autres droits ; tellement qu'il y en eut plusieurs qui furent rois en prison , et l'un d*entr'enx fut décâ^ pité à cause de ses fréquens parjures. ' Une femme de cette secte étant en prison a Bâle, se mit dans Tesprii une autre rêverie : que Dieu lui avait promis de lui conserver la vie quelques années sans nourriture. Ladessus elle demeura dix jours sans manger, jetant secrètement à terre les alimens que le geôlier lui portait. Mais an bout de dix jours^ n'en pouvant plus^ elle se reconnut, avoua son erreur ^ et mourut. ^

On vit aussi des Anabaptistes, et même des femmes, dans le canton de Glaris, dans le Reinthal et dans le quartier des Provinces Libres, qui avaient pour chef un

' Id. 1. c. p.li3t

* Hotting. 5A3.

' Wursti». 1. c.

MICHEL SBRVBT A BALE. S5i

boulanger d'Armij QomiQO Meyer. Les femmes parais* saient les plus opiniâtres, n'y ayant ni remontrances, ni rëglemens, ni ckatimeaa qui pussent les faire revenir à leur devoir. Les Cantons ordonnèrent au baillif des Provinces Libres de cliasser ces sectaires, et de faire conduire le boulanger Meyer à Lentzbourg^ au eas . qu^on pût le saisir. ^

Ensuite, dans une diète générale assemblée à Bade au mois de novembre, il fut convenu entre les Gantons, <c qu'en quelque endroit qu'il se trouvât des Anabaptistes, on punirait sévèrement leurs prédicateurs, et qu'on châtierait par confiscations et par emprisonne^ ment ceux qui les écouteraient ou qui leur donneraient retraite. » Au reste, il y en eut quelques-uns qui revinrent de leurs égaremens. '

li'EgUse de Bâle fut encore exposée cette année aux assauts d'un autre hérétique « je veux dire le fameux Michel Servet, nommé autrement Rêves, médecin espagnol, natif du royaume d'Arragon. Ce rêveur renouvelait les hérésies des anciens Saraosaténiens, qui ont été reçues ensuite par les Sociniens. ^ Il fit imprimer a Bâle, ou dans le voisinage, sept petits livres, intitulés De Trinitaiis Erroriius (c'est-à-dire , des erreurs de la Trinité), qui ont été réimprimés en Hollande, traduits en flamand l'an 1620. L'imprimeur allemand fut puni de cette action, car il mourut subitement et d'une manière tragique. Dans ces livres, Servet niait la divinité éternelle du Fils et du St-Esprit , soutenant que Jésus- Christ n'est pas le Fils de Dieu, qui s'est fait homme.

* HoUing. 5AA.

* Id. Sfcl.

* Id. 545.

232 miCHEL SERVET.

iDais qu'il a clc fait Dieu depuis qu'il a été fait homme ^ Oecolampade s'opposa de toutes ses forces à Tintroduction de ces hérésies. Le magistrat lui ayant ordonne d'examiner les livres de Servet^ il en tira les propositions erronées et blasphématoires qui y étaient répandues^ et les publia, à la réquisition encore du magistrat. Il eut une conférence sur ce sujet avec Servet, qui^ pour se couvrir^ avoua que Jésus-Christ est. fils de Dieu. Mais Oecolampade fit remarquer aux auditeurs que Servet ne cherchait qu'à jeter de la poussière aux yeux des juges par cette courte confession, et demanda a Servet, s'il voulait être vrai chrétien^ qu'il eût a confesser <c que Jésus-Christ est Fils éternel de Dieu , ci d'une même essence avec son Père. » Servet se plaignit de ce qu'Oecolampade, qui était si doux, le poussait si vivement; mais Oecolampade répondit : et Je serai doux pour d'autres choses^ mais non pas quand il s'agil de blasphèmes contre Jésus -Christ. » Et il écrivit à divers endroits^ pour faire connaître a toute la terre qu'il n'avait aucune part à l'impression des livres de Servet. *■ Cependant cet hérétique se retira de Bfile et s'en alla en Alsace.

Vn. Les troubles de Tanabaptisme ne furent pas le seul obstacle qui arrêta les progrès de la réformalion ; la diversité de sentimens qui se trouva entre les Eglises de la Basse-Âllemagne et celles de la Haute-Allemagne et de la Suisse sur l'article de la présence réelle^ et la funeste division qui s'en suivit, contribuèrent aussi considérablement à ce malheur, non seulement en Suisse, mais aussi en France, où le bruit de cette division s'était répandu ; desorte que les catholiques en prenaient

* Id. 546. Voyez Oecolampade et Zwingli. Epistol». p. 801.

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