‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 5)Chapitre 36 sur 60 · DISPUTES AVEC LES LUTHÊEIEMS · texte numérisé non relu

DISPUTES AVEC LES LUTHÊEIEMS

et que les princes fisseDl alliance avec eux. JLe landgrave conamuniqua cetécrit à Mélanchlon et a Brentius^ et leur en demanda leur sentiment. Ces deux docteurs lui répondirent j le 11 juin^ par une longue lettre qui portait en substance : « Qu'il n'y avait point d'union a faire avec des hérétiques^ qui étaient entièrement indignes d'être reconnus pour frères ^ et qu'il fallait les traiter tout comme eux traitaient les Anabaptistes. » Le prince répliqua^ les docteurs dupliquèrent, et toujours avec la même roideur. Ce fut-là la raison pourquoi les sectateurs de Zwingli ne furent point admis à souscrire à la Confession d'Augsbourg, les autres n'ayant pas voulu les reconnaître pour frères^ quoiqu'ils fussent eux-mêmes sous la croix. ^

Martin Bucer, ministre de Strasbourg, qui se trouvait alors k Augsbourg , reçut des lettres de France, où les réformés lui apprenaient que le bruit de ces divisions y était parvenu et faisait beaucoup de tort à la réforniation , et le conjuraient lui et ses collègues, par ordre de la reine de Navarre^ de travailler de toutes ses forces à la réunion des protestans. ^ Son zèle était d'ailleurs animé par son propre intérêt et par celui de son Eglise ; car l'Empereur avait demandé aux Luthériens de ne point se mêler des sectateurs de Zvringli , comme si ceux-ci eussent été destinés déjà dès-lors à la boucherie. ^ Et les Luthériens craignaient tellement de paraître unis de sentimens avec eux (de peur de déplaire à l'Empereur) , que quelques-ups de leurs prédicateurs prêchaient à Augsbourg plus vivement contre Zwingli

^ Hospiniau. II. I7i.

' Id. 186. b.

' HoUing. 5A6.

S46 EFFORTS DE BUCER POUR LA REUKIOlf.

que contre le papisme. Biicer donc ^ pour parvenir a cette réunion ; s'adressa d'abord au chancelier de Saxe^ par une longue lettre du 22 juillel^ où il prétendit lui prouver que Jes Eglises de Suisse ne différaient d'avec Luther que dans les termes^ el non dans la réalité. ' Ensuite il demanda à conférer avec les théologiens saxçns; mais il ne put obtenir d'autre conférence que par écrit , et cette conférence n'aboutit a rien. Il ne se rebuta point encore ; mais pendant que la diète tenait encore ses séances^ p^r l'avis de l'électeur de Saxe et des députés de Strasboui;g^ il alla trouver Luther à Kobourg, qui ^ à ce qu'on dit^ ne lui donna pas une mauvaise ré-f ponse. * Après la levée de la diète, il écrivit a Luther, et lui envoya quelques articles de sa doctrine > dans lesquels il indique (x, la manière dont on participe véritablement a Jésus-Christ dans la Cène^ savoir la foi, et qu'il est principalement nécessaire que le corps et le sang do Jésus-Christ nou^ scient donnés dans la Cène , quoiqu'il se serve pour cela du ministère de TJ^Iise. Que la raison pourquoi les théologiens de la Haute-Allemagne n'ont pas reçu son sentiment, c'était parce qu'ils «avaient conclu de ses écrits et qu'ils avaient cru touV^-ffiit qu'il attribuait trop aux symboles extérieiu^, et cela ^lén^e qui n'appartient qu'à Jésus-Christ seul ; çl de pIuSa qu'il jpint ou unit le. corps de Jésus-Christ d'ufi^ manière physique avec le pain, etqu^l l'enferme localemeni dans le pain. )^ ^ Il lui représente aussi les avi& qu'il avait reçus de France et qu'on a vu^ ci*dessus. Il alla, aussi trouver ^wingli pour le même sii^. Zwin-

* HospiR. 177.

* Id. 188.

' Id. 186. ^.

DR L*A«TORITB DES C01IFISSI0N8. 117

glî lai répondit : « Qu*il Me refusait pas une paix qui se ferait à des conditions justes et raisonnables ; mais qo^il ne croyait pas que Lutbcr pûl se départir d'an sentie ment qu'il avait une fois conçu. Qu'ainsi il conseillait k Bucer de prendre garde qu'il ne perdît aa .peine 01 sa dépense. » *

Ba effets les Eglises réformées de la Suisse^ quoiqu'elles fassent cas de la Confession d'Âugsboorg y n^ont jânaais voulu pourtant l'approuver en tout. Et tandis que lee IJuthériens. ont osé écrire dans leur livre sjmboliqae intitule Formula Concordiœ , ^ a que d'aulant qu'elle est la règle de toctte la vraie doctrine, de laquelle qui* conque s'écarte en aucun point, s'égare et s'éloigne de la vérité et de la Parole de Dieu , et est comme étrange^ de l'Eglise de Dieu, e'est avec trës-grande justice qu'on les condamne (les ZwiDgliens), qu'on les évHe, et qw'cHi les chasse comme des loups arrière du bercail de Jésu»* Cliriat. » Lef Eglises suisses au contraire ont toujoura enseigjié « qu'il faut mettre une telle différence entre les écrits des hommes^ quelque excellons qu'ils aient .été ei^ autorité, en doctrine et en piété, et entre ceux des prophètes et des apètres, qu'on recoMiaisse ceux-ci seola pour oracles divins, auxquels nous devons ajouter foi sans aueun doute, au lieu que noue devons examiner les autres avant que de les recevoir. » ^ Or les théologiens suisses ne s'accommodaient pas de ce qui est dit dans cette. Confession , sur la présence réelle , sur la messe, sur les cérémonies et sur la confession.

Ni les cantons réformés, ni Zwingli, ne s'accomroo-

' HoUing. P. part. YI. ft23. Lavatcr HistoriaSacram. p. m. 55'. ' Hospio. 155. a.

' Lavaler. 52.

248 F0HM\JLE d'union PHÉSEltT£E PAR BUCER , ^

daient point non plus de la voie que Bucer avait choisie pour la réunion des deux partis ; et ils avaient raison ^ comme révènement le fit voir. Lorsque ces cantons s'assemblèrent à Bâle^ au mois de novembre^ pour mettre la dernière main au traité projeté avec eux par le landgrave de Ucsse^ et par la ville de Strasbourg; l'ambassadeur de ce prince leur fit savoir^ que l'électeur de Saxe avajt convoqué une assemblée de protestans à Smalkalden, ville deJ^ranconie^ pour le lundi 28 novembre^ afin de chercher les moyens de se réunir sur la matière du sacrement^ et que le landgrave son maî^ tre trouverait à propos que les villes de Zurich y Berne , Baie et Strasbourg y envoyassent leurs Députés. * Les .Cantons^ particulièrement Zurich et Bâie, avec ceux de Constance^ prièrent ceux de Strasbourg de négocier pour eux à Smalkalden ^ cependant sans s'engager dans aucune conclusion. Le même ambassadeur leur représenta aussi par ordre de son maître^ que Luther et Bucer^ avec leurs adhérens^ étaient d'accord sur la matière du sacrement, et qu'ainsi il lejs priait d'ordonner à leurs prédicateurs^ qui ne savaient encore rien de ces choses, de prêcher partout de la même manière. Les Cantons répondirent: <c Qu'ils n'avaient encore point d'avis sûr, que Luther et Bucer se fussent accordés sur cette ;rnatière^ et qu'ainsi ils ne pouvaient point faire de réponse décisive à S. A. » Les députés 4e Strasbourg remirent en même temps aux Cantons un écrit de Bucer , dans lequel il prétendait montrer que Luther et Zwingli étaient d*accord sur l'eucharistie, c'était la formule dont on a parlé ci-dessus , ' qui portait

* Holliiig. 547.

^ Page 241.

XT RBJETÉE PAR ZWIMGLI. ^ 249

<t que le vrai corps et le vrai sang de Christ^ sont vraimont dans la Cëne^ » formule à laquelle Bucer croyait^ que les deux partis pouvaient également souscrire. Oecolampade était du même sentiment ; mais Zwingli n'ed jugea pas de même. Sachant Jes véritables sentimens de Luther^ il lui parut que vouloir concilier les deux sentimens; pour parvenir à la paix ^c'était entreprendre rimpossible. * II jugea fort sagement^ à mon avis^ que la seule bonne méthode pour établir une bonne réunion, entre les évangéliques, c'était, non pas de chercher à rapprocher les sentimens par des conciliations plâtrées, mais de s'unir étroitement dans 'les choses dont on convenait de part et d'autre, et du reste de se tolérer réciproquement dans les choses dont on ne convenait pas, et de se regarder mutuellement comme frères, nonobstant la différence de sentiment, en attendant qu'il plût au Seigneur d'éclairer ceux qui étaient dans Terreur. Et je vois que c'est aujourd'hui le sentiment unanime des plus sages et des plus sensés dans les deux partis. Zwingli appréhendait que ces foirmules obscures, et qui paraissaient captieuses, telles que celle que Bucerjprésentait, ne servissent à obscurcir la vérité, et que le commun peuple, qui ne s'élève pas aux.subtilités des docteurs, ne prît cette formule au pied de la lettre ; et qu'entendant dire que le corps de Jésus- Christ est véritablement présent en la sainte Cène, il ne s'imaginât que cela voulait dire, que le vrai corps naturel de Jésus-Christ est réellement et physiquement présent dans le sacrement. Il représenta ses sentimens dans une lettre qu'il écrivit, le 20 novembre, aux députés de Zurich k cette diète , tant en son nom qu'en celui de

' Uolling. P. part. YUI. ^6^.

280 LIGUB DES PROTÉSTANS

ses coUègaes. Il leur dit que Bucer aurail mieux fail de s'en tenir à cette formule que lui (Z^ngH) et ses collègues avaient proposée , savoir : a Que le corps de Jésus- Christ est présent dans le sacrement^ non pas covporeU lement on physiquement > mais sacramentellemeDt, pour une ame pure^ simple et pieuse;^ » comme c'est là aujourd'hui précisément le sentiment de plusieurs Eg;lises luthériennes. Bucer écrivit pour défendre sa for* mule; mais Zwingli^ qui voulait qu'en toute occasion^ surtout en matière de religion. Ton parlât net et qu^on ne dissimulât rien, le réfuta vivement. * L'année suivante Mélanchton fit connaître par ses discours et par ses écrits qu'il avait ouvert les yeux suv celle matière, qm*ii ne s'accommodait plus de la présence réelle, et qu'il verrait avec plaisir la réunion des deux partis ; maia Luthfer n'en voulut point entendre parler, craignant ipae par. cette union l'on n'irritât encore plus l'Empereur, qui était fort animé contre ZEmngli» ^

Le Landgrave! et la viRe de Strasbourg avaient deux vues en travaillant à la réunion des Eglises réformées de la Suisse avec celles de la Basse-AHemagne. La première était de jprévenir un schtsme qui ne pouvait qu'é> tre funeste aux unes ou aux autres et arrêter le cours éehi réformation. L'autre était de faire entrer les cantons r^ormés danB l'àHîaace des Etats prolesfans de l'Empire. Ces Etats, assemblés à Smalkalden, ^ sur la lin de l'année, résolurent, le 3t décembre*, d^se dé^

* Houille^. A6£(. A6fr.

' Id. 5&S.

^ Id. ib. c. Seckendorff. III. §. 7.

Jolie ville da comté de Henneberg, appartenant au Uqdgrave je Hessc-Gassel.

A SMALKALDEN. 331

fendre réciproquement au cas qu'on voulût les attaquer pour cause de religion , et de repousser la force par la force. Ceux qui contractèrent cette alliance furent Te* lecteur de Saxe et Ie& autres princes protestans d'ÂUe^ magne 5 puis Albert et Gebhard ccmites de Mansfeld^ et les villes de Magdebourg et de Brème ; mais les députés de Strasbourg , de Constance et des autres villes impériales de la Haute-Allemagne n'ayant point d'ordre de conclure, se chargèrent de proposer la chose- à leurs maîtres et d'en rapporter la réponse dans six semaines. Les confédérés de Smalkalden^ se» croyant à la veille d'être attaqués par de puissans ennemis, cbercbèrent aussi à se fortifier par de bonnes alliances. Ils travaillèrent a faire entrer dans leur confédération , le roi de Danemark > le duc de Poméranie et toutes les ville» anséatiques. * Il fut aussi parlé d'y inviter les cantona réformés. Strasbourg fut chargée de leur en faire la proposition, sous la condition qu'ils souscrivissent k la Confession d'Augsbourg. ^

Ces états avaient grand sujet de chercher de toutes parts à sç fortifier. Ils venaient d'offenser encore l'empereur Charles V, par un endroit fort sensible. Ce prince se voyant obligé > à cause de la grande éten.due de ses étals , de s'a[bsenter souvent de l'Allemagne, tellement qu'il n'y pouvait pas régler les affaires à son gfié; s'aviea d'un, bon moyen pour en venir à bout ; ce fut de faire passer la couronne impériale à son ùhr^ Ferdinand, roi de Hongrie el de Bohénie , en Le faisant élire sous le titre de roi des Romains. Il convoqu/L doi^ les éleeleurs à Cc4ogne foas ce des*

* Sieidan. Lib. VU. p. m. S04.

' Hotting. ). c. c Seckcndorif. III. p. I

âSS FERDINAND, ROI DES ROMAINS. LES SUISSES

sein, le 29 décembre. Ils s'y rencontrèrent tous, à la réserve de l'élecleur de Saxe, qui se contenta d'y envoyer J. Frédéric son fils ; avec ordre de protester en forme contre celte élection projetée, et de déclarer à l'assemblée , qu'elle était illégitime et contre la bulle d'or de Charles IV, qui défend d'élire un roi des Romains pendant la vie de l'empereur. ^ Les états protestans , assemblés à Smalkalden , écrivirent aussi a l'empereur le 24 décembre, pour le détourner de ce dessein; et l'électeur de Saxe en particulier, en écrivit aussi aux autres éle1:teurs, pour les détourner de faire cette élection, en leur ea représentant l'injustice et les inconvéniens. Maistous cesmouvemcns furent inuliles. Charles y poussa sa pointe, et les électeurs, ou gagnés ou intimidés , élurent Ferdinand pour roi des Ror mains, le 5 janvier 1531, et le 11 suivant, ils le sacrèrent en cette qualité à Aix-la-Chapelle. ^ Ferdinand notifia son élection à tous les états de l'empire, et l'empereur son frère publia aussi un édit, pour leur ordonner de reconnaître ce prince pour roi des Romains, - et il en écrivit même en particulier aux protestans. Ces états auraient dû donc, à mon sens, selon toutes les règles de la saine politique, mettre a quartier les disputes de leurs théologiens, et admettre a leur confédération tout autant d'états et de puissances évangc>liques, qu'ils auraient pu y en attirer. Mais c'est ce qu'ils ne firent point; et la condition, qu'ils apposèrent à la proposition qu'on en fit de leur pari aux cantons réformés, mit un obstacle a Tunion de ceux-ci avec eux. La ville de Strasbourg exécuta sa commission ^ et ea

* Slcid. VIL p. m. 203.

* Id. ibid. 207.

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