VKS AMiiK S*ATAHCE AU SSCOUBS DB GERKTC
la guerre. D'abord^ la peste étaîl en plesieiirs endroits do Pays-de-Vaud , et daos les lieux loéoies ou leur armèe derait necessairemenl passer > comme à Houdon el à Lausanne. * Elle était à Genève même. ' D'ailleurs toute la Suisse allemande était en grand mouvement à cause des troubles de SuGall , dont je parlerai dans la suite. ^ Enfin les Bernois étaient dans des défiances perpétuelles sur le compte des cantons catholiques^ qui^ aigris plutôt que domptés par la paix de 1529, remuaient incessamment, mais fort secrciement, et tramaient des complots contre Zurich et Berne. Ainsi la prudence ne leur permettait pas d'envoyer leurs troupes bien loin, pouvant à tout moment en avoir besoin pour eux-mêmes. Ils partirent pourtant ; mais afin qu'on ne lès accusât pas de faire la guerre dans le dessein d'user de violence envers personne^ au sujet delà religion, ilç recommandèrent (leS octobre) soigneusement à leurs officiers, de prendre bien garde qu'on ne fît aucun mal aux églises , et qu'on ne brisât aucune image. ^ L'armée bernoise, forte de sept mille hommes, avec douze pièces d'artillerie , sous la conduite de Jean d'Erlach , ancien avoyer, fut jointe par celle de Fribourg, composée de deux mille hommes, avec quatre pièces; et quelque tempsaprèsparcinq cents hommesde Soleure, avecdeux pièces de canon. La ville de Payerne, qui, quoique sous la dépendance du duc de Savoie, était cependant alliée avec Berne par un ancien traité, donna aussi quelques soldats. ^ Deux à trois mille volontaires se joignirent à
* LauA. Manual. SSft9. b.
■ Roacl II. ch. 46.
' Voyez le Liv. VIII.
^ Msc. Groofli.
» Id.
cette armée, ' qui ne trouvant aucune résistance, mil tout le Pays-do-Vaud sous contribution. ' Ces mouvemens de guerre causèrent une grande alarme à Lausant* ne , particulièrement parmi le clergé. Le 9 octobre k» conseils résolurent de demeurer neutres dans cette oc<* casion et firent publier , de la part de l'évéque el de la lenr^ défense expresse d'aller en guerre en aucun Ueo sous peine d*ctre pendu sans miséricorde* ^ Les chanoiri nés et les prêtres réfugiaient leurs, effets chez les boorgeois laïques , plutôt que dans les églises , parce qu'îla craignaient d'être fourrages par les soldats, quand ils reviendraient de Genève. Le chapitre de la cathédrale pria le conseil de leur donner des officiers et des boU dats pour garder leurs places el châteaux deSt^Pré, de Dommartin el d'Esserlines. U le fit. Il prit aussi la ré8i>< solution de mettre garnison dans les châteaux de Lau-» sanne et de Lucens^ pour les garder au nom deTévéque, qui était alors en Italie. ^
Pendant que les alliés de Genève délibéraient , ses ennemis ne s^endormaient pas. Les gentilfr«hommes delà Cuillère , ayant ramassé une armée d'environ dix mille hommes , ^ assiégèrent Genève durant trois jours et y donnèrent quelques assauts , comptant de l'emporter d'emblée, et résolus de tout passer au fil de Tépée. *
* Savion Ltb. III. p. m. AO.
' A Moadon Ton paya dix soas par feu , et les villages â proportion ; ce qui était une assez grosse somme » vu qu*aIors on ne payait que cinq à six sous d'une mesure de blé. Registre de Moudon.
' Man. de I^aus. 358.
* Id.
^ Slettl. II. 37. b. Roset II. ch. 51 na dît pas le nombre. « Léti 475. Savion p. 38. 39.
90B LB BOC DÉSATOVl LÀ COIIDUITB DSS CrKHULS-BOHlIBS.
011 croit qoe celle levée de boucliers fol on fnril de la conférence qu'eal reropereor Charles Y à Bologne avec le pape GémenI VII^ qui lui mil la couronne impériale sur la léle. ' On ajouté ntéme , que ce pape contribua pour les frais de celle guerre. Quoi qu'il en soit^ les genlil8<'h6mihes furent repoussés; cependant 9s rttinërenl el sacd^gèrenl les deux faubourgs de StrViclor et de St^ Ii^;er. *
Hais quand ils eurent appris que Tarmée suisse approchait^ ils se relirèrenl ; ce qui fil que les Suisses s'ar« Télèrem à Morges quatre jours. Ne pouvant plus se sei^ vir des itrmes avec succès^ les Savoyards reprirent la voie de la négociation. De Vauf u^ ambassadeur du duc, s'approcha du pont d*Arve^ demandant à parler aux dépotés de Bernç el de Fribourg. Il nia eflTrontémenl de rien savoir de Tentreprise faite en dernier lieu contre Genève pilr la ligue de la Cuillère, quoiqu'on sût de bonne part qu'il en était l'un dès capitaines. ^ D pria les Suisses de faire arrêter leur armée, les assurant que le duc son matire n'avait aiicune part a tout cela.
Le duc désavoua aussi les gentils4ioimiies Kgoés , disant qu'il ne pouvait les faire lemr en repos , quelque défense qu'il leur fit. ^ Mauvaise défaite , et qui ne faisait pas honneur à ce prince, d'autant plus que les Genevois assurèrent avoir vu des lettres de commission, qu'il avait données à un capitaine italien, datées du 2 octobre, pour faire la guerre à Genève.
n y eut aussi une députation du Pays-de^Vaud^ qui
* Holliiig. 515.
' SteUl. 1. c. Uti I. c.
> Savion Ub. UI. f. m. 46.
* Roaet II. ch. 51. StciU. 58. s.
' UES SDISSBS AREIYKNT A CKIliyB. 809
parut ^ le S octobre \ devant le conseil de Berne , priant Irès-humblement qu'on retirât les troupes du pays, et représentant qu'il allait être ruine , si la guerre contipui|it. Mais on ne leur répondit autre chose , sinon qu'il fallait que la ligue des gentils-bommes de la Cuillère fût abolie. *
Cependant Tarmée fuiisse continua sa marche et alla à (ienève. En c})en|in faisant, ils brûlèrent le château de Rolle et la plupart des «utrQS cMteaux qui appartenaient aqx gentils-homme? 4® 1^ Cuillèrç, dont les garnisons s'étaient retirées en Bourgogne ou à Thonon. On 7 brûla aussi tout ce qui s'y trouva de provisions, tellement que le Pays-de-Vaud souffrit beajiicoup de cette guerre. Je ne vois pas pourtant qu'il y ait lieu de dire, comme a fait Léti , ' que les Suisses traitèrent ce payslà pire que les Turcs. Et ce qu'il dit encore plus haut^ dans la même page. « que Içs Suisses n'avaient point promis d'autre solde a leur armée que le saccagement du Pays-de-Vaud », est un mensonge manifeste et indigne d'être avancé par un historien qui a quelque soin de sa réputation. Ils arrivèrent e^ (îeuève Iç 10 octobre, et y demeurèrent dix jours, au griind regret des Genevois, qui auraient souhaité qu'ils fussent allés se camper sur les terres de Savoie.
Ici encqre Léti , raisonnant sur les principes qu'on attribue a Machiavel , taxe d'imprudence et les Gene- Tois,pour avoir laissé entrer dans leur ville dix fois plus d'étrangers qu'il n'y avait d'hommes , et les Suisses, pour n'avoir pas su se prévaloir de l'occasion et s'en rendre maîtres. Hais cet écrivain, qui avait vécu tant
* Stettl. II. 38. a.
^ Page 476.
510 COSFÎMmCB l« s. JOLIBN.
d'années à Genève, devait connaître un peo mienx les Suisses el savoir qu'ils ont été persuades de tout temps ^ que la perfidie est un crime et non pas un trait de prudence, et que la véritable prudence n'est jamais séparée de lalbonne foi. II est vrai que les soldats suisses com* mirent quelques désordres dans la ville et aux environs; mais ce sont là des calamités inséparables de la guerre, eidont on peut difficilement se garantir dans les armées «ême les mieux disciplinées.
Une partie de ceux de Fribourg, avec les Genevois, pinaient les environs de la ville, sans qu'on pût les en empécner, disant qu'ils ne voulaient pas mourir de faim. ' Dans la ville, les soldats bernois et friboui^eois burent à foison le vin de quelques chanoines sans payer, tirèrent quelques images du couvent des Dominicains et les brûlèrent dans leur corps-de-garde pour se chauffer, « car, disaient-ils, les idoles de bois ne sont bonnes que pour faire du feu en hiver. » ' Enfin ^ comme chacune des parties soupirail après la paix , et avait grand intérêt de la conclure au plus vîte^ on parla bientôt d'accommodement. On choisit S. Julien pour le lieu de la conférence ; et la , par l'entremise des députés des dix cantons désintéressés et de ceui^ de Valais et de S. Gall, on convint, le 19 octobre, qu'on renverrait rcxaroen des prétentions réciproques des deux parties a une autre journée, qui se tiendrait à Pajerne, et en attendant on conclut la paix aux conditions suivantes : ^
« I. Que toutes hostilités cesseront de part et d'au-
* SaWon p. m. M.
■ Wurstis. VIII. ch. V. p. 888.
* Boset II. ch. M.
TRAITÉ DE PAIX. Sii
tre^ el que U liberté du commerce sera enlièremeni reiablie.
1» II. Que s'il arrive que quelque Tiolence soit faite aux sujets de l'une des parties par beux de l'autre , les juges des h'eux devront en faire au pins tôt justice.
» m. Que si c'étaient les Genevois qui fussent attaqués et insultés par les sujets du duc^ et qu'on refusât de leur rendre justice, le duc serait obligé de remettre pour assarance, aux villes de Berne et de Fribourg^ le Paysde-Yaud, lequel leur restera en toute propriété tel que ce prince le possède^ s'il conste par l'examen juridique qui en sera fait, qu'il ait contrevenu à ce traité.
3» IV. Que si au contraire, les Genevois sont les aggresseurs et rompent la trêve, les seigneurs des deux villes s'engagent non-seulement à ne plus se mêler de leurs affaires, mais a se joindre au duc pour tirer raison d'eux des violences qu'ils pourront avoir faites.
» y. Que l'armée des Bernois et des Fribourgeois et les cinq cents hommes'du canton de Soleure se retireront sans faire aucun dommage au pays du duc , et en payant les vivres qu'on leur fournira à un prix raisonr nable.
» VI. Que si cette armée a pris quelque place ou château appartenant au duc ou à ses vassaux, il sera restitué.
» VU. Que les sujets du duc , ceux de Payerne et de Gruyère, qui se sont joints à l'armée des deux villes^ ne seront point recherchés ni inquiétés pour cette cause.
» VIU. Enfin , que l'on se rendra les prisonniers de part et d'autre. » ^
Agostino délia Chiesa, historien piéraontais, nie que
' Kx Actis Coiif. Roset 11. t»&. Stclll 58. Wurstis. p. 588.
31) LK DOC KNfiAèB LK PAT4- |»E-VAVO.
le dac ail engagé de cette manière son Pays-de-Vaqd dans ce traite. ^ Mais ce ne sont pas seulement les Genevois qai le disent^ on trouve la même chose ^ en termes encore plus forts ^ dans Slettler^ historien bernois, qui a copie ce trailé presque tout au long, tel qu'il Ta trouvé dans les archives dé Berne. Wurstisen,- historien bâlois, dont l'ouvrage a paru quarante ans avant celui de SteUler, nous dit la même chose à Tégard de la sentence de Payerne. En vérité, quand un historien en vient à cet excès d'effronterie, que d'oser s'inscrire en faux contre un traité solennel, conclu et ratifié publiquement entre deux ou plusieurs parties illustres, il se perd de réputation, de gafté de cœur, et fait voir qu'il ne mérite aucune créance. Il est bien aveuglé par sa passion^ s'il s'imagine que le public l'en croira sur sa parole, plutôt que de juger de sa narration par les documens authentiques qu'on lui peut opposer. Ajoutez à cela, pour jplus ample confirmation de la chose, que pendant la séance de l'assemblée de Payerne et avant k fin de cette année, les seigneurs de Soleure^ jugeant bien que le duc de Savoie n'observerait pas la pacification qu'on venait de faire, et qu'ainsi, suivant le traité, il y aurait lieu de s'emparer du Pays-de-Vaud, demandèrent à cenjc de Berne d'être compris dans ce traité, et particulièrement dans l'article qui regardait cette hypothèque ou engagement du Bays-de-Yaud. Les Bernois les renvoyèrent civilement, en leur répondant, «qu'on espérait que l'assemblée de Payerne conclurait une paix bonne et ferme, ensorte qu'il n'y aurait pas lieu à de nouveaux mouvemens. Que néanmoins, si à l'avenir
' Au rapport de Léli, p^^e 477* car j'avoue que je ne l*ai pas vu.
RSTRAITE DB L^AEMÉK SUISSE. 5i|
on en venail à une rupture^ en un tel cas on ne ferait ri^p contre Tusage des Cantons. » *
Après la conclusion de ce traité, les Genevois, épui-f 9és par la dépense que leur avait coûtée l'armée suisse, qu'ils avaient eue sur les bras durant dix jours, prièrent les capitaines de se retirer et d'avoir égard à leur pau«9 vreté. Ceux-ci demandèrent leur paiement conformément au traité de leur combourgeoisie, par lequel les Genevois étaient obligés de payer les frais du secours qu'on leur donnait. Ces bonnes gens se saignèrent en cette occasion pour faire deux mille écus, au lieu de quinze mille qu'on leur demandait, et promirent d*en payer encore deux mille autres le plus tôt qu'ils pourraient. Pour cet effet et pour subvenir à d'autres à&f penses, ils empruntèrent six mille écus à Bâie. Ainsi cette armée décampa le lendemain de la conclusion du traite, lé 20 octobre, à la grande joie des Genevois, qui avaient été désolés et fourrages au dehors par leurs en^ aemis, et mangés au dedans par leurs amis. '
Hais ce ne fut là qu'une paix plâtrée, qui fut la ser mence des troubles qu^on vit éclore bientôt après. Les gentils-bommes de la Cuillère étaient aigris plus que jamais contre Genève, a cause de la ruine de leurs châteanic et de leurs biens. Le duc de Savoie comptait sur la protection de l'empereur Charles Y , qui était son beao*frère, ces princes ayant épousé chacun une Infante de Portugal. Il s'était adressé à lui dans la diète d'AugST bourg, lui demandant secours en qualité de prince d'empire ; et sa demande avait été mise dans les recès de la diète. ^ L*empereur écrivit aux Genevois^ le 18
* SteUi. n. 59. b.
' Savionjp. m. 45.
' Rosct II. ch. 56. StelU. IL 39. a. HoUiji{(. 5M*
314 EMT&KMUSBS H» SVC GOVimB 6KKKTB.
Borembre 1530^ qo'ayanl appris les différends qui s'êlaienl élevés entre le doc de Savoie, Tévéqne de Génère et eux, poor leon droits respedife, il^oalait en ccmnaitre, lésola qu'il était de soutenir les droits et la JQfisdiction de réréqoe ; qa'ib devaient loi aivoyer un dépoté instndt à fond de cette affaire, et lui en remettre le jugement, comme à leur haut srigneur. *■ Les Genevois lui répondirent humblement, le 10 décembre^ «que ces différends étaient actuellement devant les Can* tons, à la décisicm desquek les parties les avaient remis. » * Ainsi <M>mptant sur le secours de l'empereur , le duc de Savoie vivait en inimitié déclarée avec les Ge» nevois. Non conleot de leur défendre la traite des grains de son pays, ' dans le dessein de les affeiaier^ il fit de nouvelles levées de gens de guerre , et le duc de Nemours, son frère^ fit venir dix mille lansquenets jusqu'à ■ontbeiUard, dans le dessein de saccager Genève. ^ Ce qui obligea les Genevois de demander deux cents hommes à leurs alliés de Berne et de Friboorg pour renforcer la garde de leur ville. ^
Léti fait ici ^ une réflexion qui me paraît excellente, a On peut^ dit-il , regarder comme un miracle^ qu'une viUe ruinée entièrement par ses ennemis au dehors , et dévorée par l'armée de ses amis au dedans, ait pu nonseulement se soutenir, mais même s'agrandir. » Il fiiat sans doute reconnaître dans l'histoire de Genève des miracles fréquens de la Providence, qui a veillé jusqu'à
* Slclll. I. c. Ciladiu Gcucv. Î95, 294. ' JRosel II. ch. M.
» LéU 477.
* Savion.
" Lcti 478.
* Liv. V. p. 478.
DISTS A8SBHBI.i£ A PATKRNB. S15
présent à la conservation de cette ville. Puisse-^-elle conserver sa liberté el son heureuse constitution ^ tant pour le temporel que pour le spirituel , jusqu*à la fin des siècles.
Cependant pour exécuter ce qui venait d'être ar* rété par Je traité de St- Julien^ il y eut une diète assemblée à Payerne^ au mois de décembre ^ composée des députés des dix cantons désintéressés et de ceux du Valais et de St-Gall. Le duc et les Genevois avec leurs alliés y envoyèrent leurs députés. D'abord les Cantons^ sollicités par le doc de Savoie et informés de la lettre que l'empereur avait écrite aux Genevois, voulurent remettre l'affaire à la dé* dsion de ce monarque. Mais les Genevois le refusèrent, jugeant bien qu'ils n'avaient rien de bon à attendre de ce c6té-là, et protestèrent qu'ils voûtaient s'en tenir à ce qui avait été résolu à St.-Julien , aimant mieux que leur cause fàt jugée selon le droit, par les Cantons, qui promirent de le faire sans passion. La diète de Payerne dura quatre semaines^ et après avoir examiné, avec tout le soin possible, les prétenticms et les' raisons des parties, les seigneurs arbitres prononcèrent de cette manière, depuis le 21 jusqu'au samedi 31 de décembre 1530. ^
a 1®. Que le Yidomnat serait rendu au duc de Savoie avec tous ses droits, pour l'exercer sur l'ancien pied, et sans préjudice des libertés et coutumes de Genève et des droits de l'cvéquc ; mais qu'avant que d'être remis en possession, le duc s'engagerait, par une promesse solennelle donnée par écrite de ne rien entreprendre sur les droits de Genève.
^ Savion p. m. 50. b'I.
S16 SENTBNCB DBS CAMTONS.
« 2^. Qae Taffaire des Mammelos exilés rait dans l'état ou elle était.
« 3?. Que François BonniFard, prieur de St-Yictor de Genève, serait relâché, fil avait été arrêté cette même ^nnée dans le bois du Jorat, paf quelques Sairoyards^ et de-là conduit au¥ prisons du cfaâteaa de ChilloQ. ) ^
« 4^. Que Talliance de Genève avec Berne et Fribourg subsisterait.
« 5^.. Que le duc de Savoie paierait sept mille écos aux Bernois pour les frais de la guerre; autant aux ^ribourgeois, et autant aux Genevois; et qu'il pourrait s'en dédommager sur l'évéque et 9ur les gentils-hommes de la Cuillère , qui ae pottvaient pas avoir levé tant 4e soldats sans qu'il en sût rien.
« 6®. Enfin , que le traité de paix conclu à St-Julien subsisterait en tous ses points^ et particulièrement a l'égard de rengagement du Pays-de*Vaud, au casquQ le duc vint à violer cette paix. »
Ce traité fut accepté par les parties, et scellé du sceau de René de Challand, maréchal de Savoie, chef de l'ambassade du duc, et de ceux des trois capitaines de Çeme, Fribourg et Solemre, et de ceux des cantons de Lucerne, Uri et Schwytz. *
Léti , zélé partisan de la maison de Savoie , nous apprend ' que le duc ne remit cette affaire au jugement de cette auguste assemblée que dans le dessein de se moquer ,de la sentence, au cas qu'elle ne fût pas à pon gréi n ne nous donne pas là une idée fort hono-
* Id. page m. SA. *
> Ex Actia et SteUl. 39. a.
» Page 478.
tS Due N*BR tlUT FA8 COtfPTB. 3|7
râble de son héros. Il ajoute * que le duc et la duchesse s'en moquèrent efTectiveoient^ et n'en prirent que ce qu'ils croyaient leur convenir. En effet Bonnivard ne fui point relâché, les sept mille écus ne furent point payés , et le traité de St-Julien ne fut point observé. Ainsi cette séance de Payerne ne fut pas de plus grande dfficace que les précédentes.
Comme Tarmée suisse avait pillé aux environs de Lausanne , les Bernois et les Fribourgeois envoyèrent des députés dans cette ville, vers la fin d'octobre, pour voir quels meubles on avait pris , afin de les faire restituer à ceux à qui ils appartenaient. ' Le conseil de Lausanne fit auâsi restituer aux moines de Morges une horloge, <(ue <|uelqued soldats de l'armée suisse avaient emportée avec d'autres <:hoses.
lie jeudi 27 ociobte les chanoines prièrent le con«^ ^eil de vider \euts troid places, où Ton n'avait plus besoin de gdrriison. Le confseil trouva à propos de les garder , jus(}u'à ce qu'on eût vu ce que produirait la diète de Payerne. Les chanoines^ s'impatiente^ ^ent, craignant que le conseil ne voulût lem* i^etenir ces places, et firent intervenir Aymon de Genève, Seigneur de LuUin, gouverneur et baillif du Pays-de* Vaud, (foi intercéda pour eux le 27 novembre. Le consieil lui répondit cotoformémenf à la résolution qu'il avait priser^ Enfin <;eflte restitution se fit au commencement de Tannéef suivante. ^ L'assemblée de Payerne ordonna que ces places seraient rendues au chapitre, moyennant que les chanoines satisfissent pour les dé-
* Id. p. 479.
^ Laos. Manael 359.
* Ibid. 3«18. 1. 559. SGO.
518 L^iYBQUB BIB UkUSAMMB ABAIIDDIIHE SON BIOCKSE.
penses légitimes qu'on avait faites. On le fit savoir aux Lausannois, par des lettres de tous ces députés, qui leur furent portées le jeudi 5 janvier^ par Michel Froasard, secrétaire de Moudon. *
Je remarquerai ici en passant, que lesXiausannoia changèrent en partie la forme de leur gouvernement l'an 1529, et qu'au lieu des syndics, qu'ils avaient comme les Genevois , ils établirent un bourgmaitre pour chef de leur bourgeoisie. * Le premier qui fut revêtu de cet emploi fut Etienne Du Flou, qui le posséda deux ans.
Pendant tous ces tumultes de guerre, les pauvres sujets de révéque de Lausanne, abandonnés de leur prince, se virent comme des brebis sans pasteur. Il était parti, dès Tautomnede l'année précédente 1529, pour aller en Italie, trouver l'empereur et sans doute assister à son couronnement ; et il ne revint point chez lui de toute l'année. Il demanda même un don gratuit à ses sujets pour ce voyage , conformément au plaid général, au milieu de septembre de Tan 1529, et partit sans donner aucun ordre pour leur sûreté. ^ La ville d'Avenches, qui se trouva Tune des plus exposées, parce qu'elle était sur la route des Bernois , s'était vue obligée de livrer à leur armée le blé du grenier de l'évéque. * Le conseil de cette vUle envoya deux députés a Lausajn* ne, le 27 octobre^ pour se plaindre delà longue absence de l'évéque leur prince commun , qui avait Tair d'une désertion, disant, « que durant toute la campagne.
* Man. Laus. 361. p.
* Id. 3&3.
* Ib. 3&2. b.
* SleUl. II. AO. a.
iTAT DIS iauSBI VAODOXSBS. . ^819
îk n'avaient eu aucune nouveUe de lui. » * Ils se plaignireot encore de diverses autres choses. Apparemmenl que le conseil de Lausanne ne put leur donner une réponse satisfaisante. Quoi qu'il en soil , depuis ce tempslà les gens d'Avenches recherchèrent l'alliance des Ber^ nois et les prièrent, le 23 janvier 1531 , de renouveler an ancien traité de combourgeoisie, que leurs pères avaient fait avec eux y et qui était expiré depuis quelque temps. Les Bernois le leur refusèrent; cependant ils le» assurèrent de leur protection^ quand ils auraient embrassé la réforme , au cas qu'on voulût les inquiéter pour ce sujet; les assurant qtie quant au reste ils auraient soin de faire leur paix avec Tévéque, et de les mettre hors de danger et d'inquiétude de sa part. *
Xn. Nousavons assez parlé de troubles; passons à quelque chose de plus agréable et de plus doux, c'est laconférence des Vaudois avec quelques docteurs de la Suisse réformée. Chacun sait que les Vaudois (appelés communément Barbets par les catholiques) faisaient depuis plusieurs siècles un petit troupeau séparé de tout le reste de la terre. lis avaient conservé la pureté de la doctrine des apôtres , du moins en bonne partie^ et rejetaient constamment les erreurs^ les superstitions , l'idolâtrie et la tyrannie de l'Eglise romaine. Mais il était arrivé ^ dans la suite des temps , que la violence de la .persécution leur ayant fait perdre leurs meilleurs docteurs et ayant contraint les autres à se cacher^ ils étaient tombés dans la corruption et dans l'ignorance à divers égards. Pendant tous les siècles précédens ils avaient eu la douleur de se voir seuls; mais enfin le bruit
* Laus. Man. 559.
* Bern. Instr. B. 59.
JffO D^PUriS TAUDOIS BH SUISSE.
de la réformalion^ qui s'avançail en Allemagne el en Suisse^ étant parvena jusqu'à eux ^ ils en furent comblés de joie, et réfléchissant snrTignorance et les désordres où ils étaient tombés , ils résolurent d'envoyer des députés en Suisse^ pour conférer à Berne avec BerchtholdHaller; à Bâle, avec Oecolampade^ el à Strasbourg, avec Bucer et Capiton. Ces députés étaient Georges Morel, dauphinois, et Pierre IKassony bourguignon. Ils arrivèrent en Suisse, au mois d'octobre , et présentèrent à Oecolampade un long écrit latin , ou ik loi rendaient compte de leur discipUoe ecclésiastirque, de leur culte, de leurs mœurs et de leur dotctrine»lui demandant avis sur divers articles. * Cet écrit portait en substance :
V. Que leurs ministres vivaient tous dans le célibat, et qu'ils étaient entretenus par Xeé subventions volontaires de leur peuple, lesquelles ils partageaient toutes les années dans leur ^node général. Une portion était donnée aux ministres , une autre aux pauvres, et une troisième était réservée pour ceux qui étaient en voyage, ou en députation de la part des égliseSis. 2^. Qu'ils avaient aussi des fiUes, qu'on nommait sœurs, qui faisant vœu de célibat , vivaient ensemble dans une virginité perpétuelle. 3^. Que quand un homme souhaitait d'être reçu ministre, après avoir manié la charrue, ou gardé le bétail jusqu'à l'âge de vingtrcinqà trente ans, il se présentait devant les ministres , et se jetant à genoux, il les priait de le recevoir et d'intercéder pour lui auprès de Dieu , afin qu'il fût rendu digne d'un si saint emploi: Qu'on faisait enquête de sa conduite, et s'il avait un boof témoignage, on le recevait au rang des aspirans.
* Scult. IL p. m. 29& et Atq,
COMSTITUTIOR 1>B LEURS ÉGLISES. 321
saite, durant trois ans ou quatre tout au plus^ mais seulement pendant les deux ou trois mois de l'hiver , on les instruisait ; on leur apprenait à lire et à écrire ; ou leur faisait apprendre par cœur les évangiles selon saint ftlatthieu et selon saint Jean , les Epitres catholiques et une bonne partie de celles de saint Paul. Après cela^ on les envoyait dans le lieu où demeuraient les vierges ou les sœurs , pour y passer un an ou deux dans la re«> traite. Après quoi on les consacrait par l'administration de l'eucharistie et par l'imposition des mains ^ et on les envoyait pirécher deux à deux.
4^. Le plus ancien des deux était regardé coitime le maître de l'autre^ qui n'osait rien faire sans la permission de son ancien. Ds prêchaient toujoijrs l'un après l'autre dans une assemblée»
5^. Ils travaillaient de leurs nîàitië eu quelque honnête profession ^ plutôt pour faire plaisir à leur peuple et pour éviter l'oisiveté , que par besoin.
6^. Tous lés jours ils priaient Dieu à genouic^ peu* dant un quart d'heure à diverses fois^ lé malin, à midi, le soir, avant et après le dîné et lé soupe; ce qu'ils faisaient, non pas par une vaine superstition, comme s'ils eussent voulu attacher quelque vertu au temps > mais seulement pour rendre leur hommage a Dieu y et pour avancer le Salut de leur ame.
7^ . Dans leur synode général , qui s'assemblait toutes les années une fois , ils examinaient la vie et la conduite de chacun; et s*il arrivait que quelque ministre eût violé le célibat en tombant dans le crime de l'impureté, il était sur le champ dégradé et chassé de la compagnie. 8^. Dans ce même synode on changeait les ministres de trois en trois ans, mais toujours deux à deux, à la
392 LBORA USAGES , LIUR DOGTaiNV.
reserve des vieillards ^ qu'on laissait dans leur église jusqu'à leur raort.
9^. Ils avaient Tusage de la confession auriculaire , mais sans superstition et sans tyrannie. Ils s'en servaient pour porter plus efficacement leur peuple à la piété.* Et ils étaient exacts à visiter les malades , soit qu'on les appelât ou non ^ pour leur donner les secours corporels et spirituels dont ils avaient besoin.
10^. Comme leurs troupeava étaient soumis partout à.des juges catholiques , qu'ils appelaient infidèles , ils les exhortaient^ quand ils avaient quelque différend ensemble^ de choisir deux ou trois hommes de bien pour les mettre d'accord.
11^. Si quelqu'un refusait opiniâtrement de se sonmettre a leurs exhortations et à leurs remontrances ^ ils l'excommuniaient et lui interdisaient les saintes assemblées.
12^. Ds exhortaient à ne point jurer du tout, à ne point danser, à ne point jouer, sinon à des jeux d'arc ou d'autres armes , à ne point chanter de chansons folles ou lascives, à fuir le luxe des habits, et ils rendaient ce témoignage à leurs auditeurs, que, par la grâce de Dieu, il arrivait fort rarement que quelqu'un d'eux s*adonnât au vice de l'impureté, ou s'attirât l'excommunication pour quelqu'un de ces péchés.
13*^. Leur doctrine était à peu près la même que celle des églises réformées.^ Us rejetaient le purgatoire , comme une fiction de l'Antéchrist, et toutes les inventions des hommes , telles que sont les fêtes des saints , les vigiles, l'eau bénite, l'abstinence de la viande en de certains temps^ et en particulier ils regardaient la messe comme une effroyable abomination devant Dieu.
14°. Biais il y avait un grand mal parmi eux. Par fai-
ILS P&OPOSBNT DBS QUESTIONS AUX fiOCTBUaS RÉFORMÉS. SS3
ble880 et par crainte pour leurs persécuteurs , ils faisaient baptiser leurs enfans par des préires et communiaient à la messe.
Ils consultèrent Oecolampade sur les questions sui«* vantes ij*
« 1. S'il devait y avoir des degrés de dignité entre les minisires de la parole de Dieu, comme des évéques,^ des prêtres et des diacres ?
« 2. S'il est ordonné de Dieu, que les magistrats punissent de mort les meurtriers, les voleurs et autres malfaiteurs de cette nature, ou plutôt d'une autre façon, afin que, vivant dans une amère pénitence, ils soient rendus meilleurs?
« 3. Si les lois civiles, qui règlent les affaires de ce monde , sont approuvées de Dieu ?
« 4. S'il était permis aux ministres do conseiller à leur peuple d*assassiner les faux frères ou les traîtres qui se glissaient parmi eux? (Dans les lieux où les Vaudois n'avaient pas la liberté de conscience, les pasteurs étaient obligés de se cacher ; mais il arrivait quelquefois que de faux frères les allaient découvrir, les livraient même a leurs persécuteurs, qui les faisaient mourir cruellement avec une partie du peuple; c'est pourquoi quelques Vaudois croyaient qu'il n'y aurait point de péché à faire périr ces sortes de scélérats pour garantir leurs églises.)
« 5. S'il est permis à un homme, à qui Ton retient injustement son bien, de le reprendre sur celui qui le retient sans qu'il le sache ?
« 6. S'il est permis aux fidèles (Vaudois) de plai** der devant des juges infidèles (catholiques ) ?
' Scnlt. n. p. m. 900 €t Btq»
SSft QUESTIONS PEOPOSCBS.
« 7. Si une mère a droit d'hériter des biens délaissés par seis enfans mourant ai intestai et en bas âge?
c 8. Si tout jurement est défendu sous peine de péché mortel ?
c 9. Si tout ce qu'on gagne ^ en prêtant son argent^ au-delà du capital, est une usure?
« 10. Si la distinction de péché originel , véniel et mortel est bonne, et celle d'ignorance invincible, de négligence et d'ignorance grossière?
«11. S'il est permis de pleurer pour les morts?
c 12. Si tous les petits enfans, de quelque nation qu'ils soient, sont sauvés par la grâce de Dieu et par le mérite de Jésus-Christ, et si au contraire tous les adultes qui n'ont pas la foi sont réprouvés?
« 13. Si les jeunes femmes qui souhaitent de vivre dans là vitg^nité , doivent y être reçues?
« 14. Si l'on peut Intimement contracter mariage dans tous les degrés de parenté non défendus par la loi duXVniduLévilique?»
Voici comment ils s'exprimaient sur la quinzième et la seizième question. Je rapporterai leurs propres paroles , pour donner un échantillon de leur Âéologié.
« 15. De plus, il n'y a rien qui nous trouble plus, iiouS autres getis (kibles ( cependant, comme je le reconnais, notre ignorance en est la cause,) que ce que j'ai OUI dire et que j'ai lu dans le livre de Luther, touchant le libre arbitre et la prédestination de Dieu. Car nous avons cru ci-devant que tous les hommes avaient naturellement quelque vertu, que Dieu leur avait donnée, à l'un pourtant pluâ et à l'autre moins ; comme il parait par l'expérience , qu'il y a de la différence entre les hommes, et comme la parabole des talens semble l'insinuer, et comme nous voyons aussi par expérience
QUESTIONS PROPOSÉSS. SStf
que les herbes , les plantes^ les pierres et toutes les autres choses ont naturellement une vertu qui leur est propre et qui leur est donnée de Dieu j par laquelle elles servent à beaucoup d'usages. Ainsi nous étiqns dansl^ pensée que les hommes peuvent quelque chose ^ par cette vertu susdite qui leur est donnée, cependant sur? tout quand Dieu Taiguilloniie et l'excite, comme il dit lui-même : « Je me tiens à la porte et ^e frappe ; x( et que celui qui ne veut pas ouvrir, par celte vfirtu qui lui est donnée et aiguillonnée en lui, recevra enfin selon ses œuvres. Autrement si la chose ne va pas i^insi, je ne vois pas comment il faut entendre tant de préceptes affirmatifs et négatifs, ainsi qu'Erasme dispute.
« 16. Quanta la prédestination, nous étions dans la pensée que le Tout Puissant, infiniment avant la création du ciel et de la terre , a su k l'avance tous ceux qui ont dA être sauvés et être damnés. Que cependant il a fait tout homme pour la vie éternelle, et que les réprou- .vés sont faits tels par leur propre faute, c'est-à-dîre parce qu'ils n'ont pas voulu obéir et garder les commandémens. Mais si toutes choses arrivent, comme Luther dit, et que ceux qui sont prédestinés à la vie, ne puissent pas devenir réprouvés, ni au contraire, parce que la prédestination divine n'est pas frustrée, à quoi servent tant d'écritures , tant de prédicateurs et tant de médecins corporels? Car il n'arrivera rien de plus ou de moins, pour toutes ces choses , parce que tout arrive nécessairement. »
Ils demandaient encore :
« 17. Quels sont les préceptes cérémoniels et les pré-^ ceptes politiques ? Comment on les connaît, et s'ils ont été tout-à-fait abolis par la venue de Jésus-Christ f
586 HipoNSK d'œcolahpaos.
» 18. Si l'on doit admettre les sens allégoriqaes , el s'ils sont utiles pour enseigner le peaple?
9 19. Quels sont fes liyrcs canoniques du Vieux et du Nouveau Testament?
» 20. En fin ^ de quelle manière il faut s'y prendre pour enseigner le peuple? »
Oecolampade leur donna par écrit une belle réponse^ datée du 13 octobre; * en voici la substance :
Après avoir, béni Dieu des grâces qu'il a faites aux Vaudois^ et leur avoir donné des témoignages d'une tendre et chrétienne amitié^ çt après avoir protesté que, s'il leur donne des avis , ce n'est pas pour se donner des airs d'autorité sur eux , mais par un effet de l'amilië et de la commisération qu'il avait pour eux.
1. n les blame de leur pusillanimité , qui les portait à dissimuler leur foi par la crainte de la persécution, et à se trouver à la messe. H leur fait voir par des raisons très-fortes, qu'ils ne pouvaient point y communier, sans se rendre coupables d'idolâtrie et de reniement envers Jésus -Christ, péché ^i grand qu'il vaudrait mieux souffrir toutes sortes de morts > que de le commettre.
2» n leur fait remarquer que les réformés de la Suisse étaient d'accord avec eux, tant à l'égard des dogmes fondamentaux qu'ils recevaient, qu'à l'égard des dogmes et des pratiques de l'Eglise romaine qu'ils rejetaient.
3. II leur explique en peu de mots les sentimens des réformés sur l'autorité des magistrats séculiers^ sur le jurement et sur les rentes , sur les lois civiles et sur la vengeance particulière que l'Evangile défend sévère-
' Scnlt. n. 306 et seq.
RiPORSK D*IBC0I.A1|PA1M(. SS7
roem j sur les lois politiques ei cérémonielles de Moïse et sur les procès des fidèles devant les juges infidèles^ 6ur le mariage des ecclésiastiques^ sur le vœu de virginité et sur le nombre des livres canoniques.
4. Quant à leur pratique touchant leurs pasteurs, il les loue de ce qu'ils ne reçoivent a ce saint emploi que des gens d'âge et d'une vie approuvée. Mais il leur fait remarquer qu*il n'était pas bon qu'ils travaillassent de leurs mains , « employant, dît^il, à des métiers les beu» res qu'ils doivent employer à la lecture. C'est une cbo^ sainte, ajoute-t-il, de travailler de ses mains ; mais c'en est une plus sainte encore de servir à la Parole. Les Apôtres ne voulaient pas servir aux tables, pour ne point faire perdre de temps au ministère de la Parole de Dieu. Paul donne cette leçon à Tite : « Applique^toi à la lecture. » Nous ne devons point tenter Dieu^ comme s'il nous devait enseigner sans étude, par son Esprit seul et miraculeusement, comme il fit aux Apôtres. Quoiqu'au reste, dit-il, nous n'exhortions point aux sciences superflues , philosophiques , mondaines ; ils auront assez d'occupations dans le Vieux et le Nouveau Testament. »
5. Il n'approuve point non plus, qu'ils changeasseni leurs ministres tous les trois ans. « Il y a de la différence, leur dit-il, entre les Apôtres et les pasteurs. Les Apôtres sont envoyés, mais les cvéques et les pasteurs doivent demeurer avec leurs troupeaux. Ainsi TApôtre établît des anciens de ville en ville; au reste, au lieu d'Apôtres, on peut établir très-utilement des visitateurs. p
6. Quant aux degrés de dignité entre les pasteurs, voici comment il en parle : « Quoiqu'il n'y ait point parmi les ministres de l'Evangile ces titres et ces degrés de dignité, qui sentent la pompe et le faste papis*-
59S RÉPONSE D*ŒC0LAII1PADB.
^ique j 11 n'y a point de danger^ si Ton a des personnes qai présideni seulemeni et d^aotres qui servent à la Parole; quHl y ait des visitateurs qu'on appellera^ si Ton veut^ évéques ; quil y ait des pasteurs ou des prér dicateurs et dés ministres de la Parole; qu'il y en ait d'autres qu'on enseigne , savoir des disciples.
« 7. Pour ce qui regarde la manière d'enseigner le peuple, ce n'est pas à nous, dit-il modestement^ à vous prescrire une règle là-dessus ; pourvu qu'on enseigne les choses qui servent a la foi et a la charité, qu'on les inculque avec humilité et en portant pi|tiemment la croix ; qu'on évite les apocryphes, aussi-bien que les questions curieuses > qui ne servent qu'à faire naître des disputes^ d'où proviennent des querelles, des haines et de la va-» nité; qu'on ne se propose d'autre but^ que celui de pré* cher fortement la gloire de Jésus-Christ, de conduire les hommes à une vie innocente et de détruire les vices, particulièrement l'hypocrisie et l'orgueil intérieur, qui produit les hérésies et fait périr bien des gens. »
8. Un peu plus bas : « Nous recevons avec plaisir les allégories qui sont fondées sur l'Ecriture, qui s'accordent avec Tanalogie de la foi , et qui ne font point de tort à la dignité de l'Ecriture Sainte ; mais nous ne pensons pas qu'il faille en produire selon les songes de chacun. t>
9. Sur le libre arbitre : « Nous recevons, dit-il, avec un très -grand plaisir, toute doctrine qui relève la grâce de Jésus-Christ. l'Tous n'approuvons point le libre arbitre, en tant qu'il est opposé à la grâce. Mais nous n^établissons pas pour cela la nécessité de pécher; car ceux qui pèchent, le font de leur propre mouvement et volontairement. Le péché originel a sa raison , et de ce
HipONSB d'œco£Amp>db. 3S&
qu'il y a tant de commandcmens , il ne s'en suit pas que noire vertu en soit plus grande ; mais c'est la grande puissance de l'Esprit , par lequel nous faisons la volonté de Dieu; et c'est notre grande lâcheté, qui nous rend indigènes. »
lO. Sur la prédestination. « H y a en Dieu une ma* nière de destinée, ^ qui est immuable^ quoique toutes choses vous paraissent inuables. Cependant il ne faut pas vous attacher aux secrets de Dieu , mais à sa Parole, à laquelle nous devoni^ ajouter foi, par laquelle aussi nous seron9 sauvés. Nous ne pouvons pas nier la prédestination. Il est très-sûr qu'elle ne peut être trompée; mais quoi? Dieu est-il injuste? Dieu pour cette raison ,; n*esi-il point véritable? Humilions-nous donc sous sa Majesté, car elle abaisse les superbes; mais sa misent corde subvient a ceux qui ont le ccèur contrit, et qui recherchent le secours de Dieu seul, et non pas celui de la chair et de leur arbitre , afin qu'en toutes choses Dieu 6oit glorifié. Au reste^ que nous importe la dispute d'Erasme avec Jjuthqr? I(otre pctrdilion vient dçnous; \e salut vient uniquement du Seigneur notre Dieu. »
De Bâle , * les deux députés des Vaudois allèrent à Strasbourg pour conférer avec Bucer et Gapilon; et Oecolampade leur donna, le 27 octobre, une lettre de recommandation adressée a Bucer. Il y en eut deux autres, qui conférèrent avec Farel à Neuchâtel. Ces pauvres gens furent exposés^ à leur retour, à la barbare fureur de leurs persécuteurs. Pierre Masson fut arrêté à Dijon et mis en prison* Martin Gonin , l'un de ceux qui avaient vu Farel, fut arrêté à Grenoble, mis de nui(
* Fati ratio.
' Scult. H. p. m. Slôctseq.
JBSO LBS VMIDOIS €0NV0Q1iniT UN STNOOB.
dans on sac et jeté dans llsère. * Les deux autres se sauvèrent, et arrivèrent heureusement à Mérindol avec des livres et les lettres qu'ils avaient reçues des théologiens réformés. Là, George Morel exposa devant tonte l'Eglise, assemblée pour l'entendre, tout ce qu'il avait fait dans son voyage, de quelle manière il s'était acquitté de sa commission , et quelles étaient les erreurs , dans lesquelles leurs anciens pasteurs les avaient jetés. Ce bon peuple fut tellement touché de ces choses , qu'il forma mcessamment la résolution d'y apporter du remède. Dans ce dessein l'on convoqua un synode dans la vallée d'Angrogne, pour l'année suivante. Us y appelèrent les plus anciens et les plus habiles de leurs frères, qui étaient dans l'extrémité de l'Italie » dans la Fouille et dans la Calabre. Comme ik souhaitaient d'y avoir aussi quelques ministres étrangers. Ton y envoya Guillaume Farel et Antoine Saunier, tous deux Dauphinois. *
* Cest dans un voyage postérîear , en Fan 1836 , qa*a en lieu le martyre de Martin Gonin. Mous le monti^rons dans 1* Appendice.
(Editeur).
' Spanheim. Geneva RestituU. p. &S.