L*AK
I, Ii'année 1531 fut pour la Suisse- allemande un temps de troubles^ d'agitalions et de guerre. Le coibmenceroent en parut heureux à la réformation ; mais la fin lui fut funeste^ et servit a faire connaître le fond du cœur de plusieurs personnes. Je commencerai par les Anabaptistes.
Un nommé Meyer^ d'Ârau^ boulanger de son métier^ l'un des principaux* chefs de cette secte , étant allé à Berne avec un autre anabaptiste^ y fut d'abord arrêté et mis en prison. ^ On travailla fortement à le faire revenir de ses erreurs, et par ordre des magistrats , cinq ministres^ savoir Ualler, Grossmann et Rolb de Berne, Seb. Uoffmeister de Zoffîngue et Jacob Otter d'Arau, eurent avec lui (vers le milieu d'avril) une conférence qui dura trois jours. Elle roula sur l'autorité des livres de
* Hottinii;, tSî^. Ottii Annal, p. 59.
2S3S AllABAPTISTES DAMS L*AE60YIB.
rancien Testamenl, sur le serment, sur les censés ^ sur la magislralure , sur l'enlreUen des minisires de l'église, qui devait se prendre sur les biens destines à des usages supersti^eux , sur le hapléme des enfans , etc. Le succès en fui heureux ; Meyer reconnut la vérité , et parla si fort à son compagnon de prison, en présence des ministres, quHl se laissa aussi persuader. Les actes de cette conférence fiirent imprimés ; mais comnae je ne les ai pas vus ^^ je n'en pais pas dire davantage.
Cependant le canton était toujours troublé par ces sortes de gens. D y en avait surtout dans l'Argovie, et entr'autres dans les villes de Brouçket d'AraUj, ce qui engagea, le grand conseil de Berne d'ordonner à ses dé* * pûtes, le handeret Sturler et le conseiller Fischer ( qui allaient, au commencement de janvier, à la diète de Bade , dont je parlerai cinlessous) de passer, à leur retour , par ces villes-là , et de les censurer de ce qu'elles n'observaient pas leurs règlemens de réformation, surtout h l'égard des Anabaptistes.
Ceux de Brouck étaient peut-être méçonlens de ce qu'on ne leur avait donné aucune portion des biens de leur église, quoiqu'ils l'çussent demandé. Pour les satisfaire, les seigneurs de Berne leur accordèrent (le 12 janvier) la chapelle nommée dITttenheim avec ses revenus, pour les appliquer à leur hôpital.
Quoi quf 1 en soit, les seigneurs de Berné publièrent (le 31 juillet) un édit sévère contre les anabaptistes. n y était ordonné : « 1^. Que chaque dimanche chacun assistera au service divin dans sa paroisse ; permis cependant d'aller dans une église plus proche que la sienne, si on le trouve bon, pourvu qu'on se rende a sa paroisse une fois par mois pour le moins , et surtout au temps qu'on y distribue la sainte Cène. Celui qui y
ioiT OB BB&NB CONTa*£UX. 353
manquera devra être exhorlé par les conducteurs de la paroisse^ le minislrc et le consistoire. Que s'il ne veut pas changer de conduite > il devra aller à Berne devant le consistoire pour défendre sa doctrine , à moins qu'il ne veuille demeurer en silence et ne point dogmatiser; mais s'il ne veut faire ni l'un ni Tautre^ il sera, banni du pays avec serment^ ou même sans serment^ au cas qu'il ne veuille pas le prêter. Que si, après cela, il rentre dans le pays, il sera plongé dans l'eau sans rémission, non pour son erreur, mais à cause de sa désobéissance, et ÏEianni de nouveau. Enfin ^ si après ce châtiment il rentre dans le pays une seconde fois, alors il sera condamné sans rémission a être noyé*. Mais si un tel homme> après avoir été banni , souhaite de revenir dans le pays , offrant de rendre à son souveraintouterobéissance qu'il lui doit y LL. EB. se réservent dç lui faire grftce.
« 2^. Ceux qui feront rebaptiser ou eux ou leurs eofans, paieront sans rémission dix livres bernoises d'à* mende.
« 3^ . Ceux qui viendront des jpay s étrangers > seront traités de la manière qu'on vient de dire.
« 4^. Tous ceux qui protégeront ou favoriseront les anabaptistes et leurs assemblées , paieront à ehaque fois dix livres d'amende.» ^
Il y avait aussi des gens de cette secte dans la^rille de Soleure et dans son canton , comme je l'ai déjà remarqué ailleurs. Le 4 février de celte année, les seigneurs de Berne envoyèrent le conseiller Pierre de Werd à leurs alliés de Soleure, pour les exhorter à chasser de leurs terres tous les anabaptistes, conformément à la résolution qui avait été prise dans une dièle des Cantons,
* Mandat. B. p. 4S. ' «
Stt STHODS DAHS IM TOGUBBOUmfi BT A BALB.
de ne les tolérer dans aucun endroit de la Suisse. ^ Ce député eut aussi ordre de recommander les réformés de la ville au conseil^ et de les exhorter a ne point user de violence contre eux^ mais à se soumettre à un jugement équitable, comme les réformés offraient de le faire de leur côté. La suite fera voir quel fut le succès de ces soins des Bernois en favenrde la réformation de Solenre.
Quoique le Tockenbourg fût soumis à un prélat catho* lique et souverain , la réformalion s'y établît assez tranquillement , et les affaires y furent traitées avec beaucoup de décence et de gravité. 11 s'y trouvait quelques églises , aussi bien que dans les seigneuries communes , dont les pasteurs étaient ignorans , n'avaient au* cune teinture de bonne théologie , n'étaient nullement versés dans la sainte Ecriture, et vivaient d'une manière scandaleuse. Pour remédier à un mal de si grande conséquence, on assembla un synode a Liechlensteig , capitale du pays. Zwingli s'y rencontra avec un conseiller dépoté de Zurich, et l'on y déposa ces pasteurs indignes, pour faire place à de meilleurs* ^ ,
n y eut aussi celte année un synode assemblé à Bâle, où Oecolampade fit un excellent discours ; mais on n'en sait pas les particularités, parce que les actes n'en sont pas parvenus jusqu'à nous. Il y avait à Bâle des gens qui ^'abstenaient du sacrement de la sainte Cène , sous prétexte de n'être pas suffisamment instruits là-dessus. On leur ordonna de s'assembler dans le couvent des Augustins, le dernier dimanche d'avril , pour y recevoir de leurs ministres les instructions dont ils avaient besoin. ^
* Bern. Instr. 40.
l Hollinff. M6. KK7.
' Id. 863.
GRYKJBU8 BH ANGLBTBRRB. • 33K
Environ ce temps-là Simon Grynœus fat de retour à Bâle de son voyage d'Angleterre. Gomme il y avait en Angleterre un grand nombre de personnes qui aimaient la doctrine de TEvangile, Philippe, landgrave de Ilesse-Cassel , avait conseillé l'an 1530 d'y envoyer un savant homme. La circonstance paraissait d'ailleurs favo* table à la reformalion. Le roi Henri YIII voulait rcptH < dier sa femme Catherine, fille de Ferdinand le calho» Kque^ roi d'Arragon et de Castille, et veuve de son frère aine Arthur, qu'il avait épousée avec dispense du pape Jules II. Après avoir vécu vingt ans avec elle , il s'en était dégoûté et s'était adressé à Ta cour de Rome^ pour avoir dispense pour ce divorce, n était alors de mauvaise humeur contre cette cour, parce que, cette princesse étant tante de l'empereur Charles V^ sœur de sa mère Jeanne, le pape Clément Vil, pour ne pas irriter un si puissant monarque, faisait traîner cette af-* faire en longueur. Le roi Henri "Vlil, pour soutenir la validité de sa prétention , fit consulter divers savans d'Allemagne et d'autres pays , et , à la sollicitation du duc deSuffolk, il consulta aussi les théologiens réformés de la Suisse. On saisit donc cette occasion et l'on envoya Grynasus en Angleterre, pour exécuter le plan du Landgrave deHesse-Cassel. Les plus considérables d*entre les savans de ce royaume-la le reçurent fort bien, et il ramena plusieurs personnes qui étaient prévenues contre la réformation. D fut chargé de la part du roi de prendre les avis des Suissed réformés et des autres savans d'Allemagne, sur le sujet de ce divorce. L'illustre m. Burnct, évéque de Salisbury , a rapporté, dans son excellente histoire de la réformation d'Angleterre , * les
* Part. I. p. 9«0.
336 PaOGBBS DB LA BBFORMB DANS lUp^BHZELL.
seniimens de Zwingli, d'Oecolampade elde Phrygion; et il rapporte enlr'auircs celui du premier avec de grands éloges.
La réformation fil aussi du progrès dans le canloit d'Appenzell. On y tint une assemblée générale^ le dî-^ manche 6 d'août^ et l'on y mit sur le tapis l'affaire de la religion. Fessier , prédicateur catholique du bourg d'Appenzell^ s'y opposa de toute sa force à Tétablissemeul de la réformation. D'autre côté Matthias Kessler^ pasteur de Hundwyl^ offrit de se rendre prisonnier avec Fessier, jusqu'à ce qu'on eût trouvé la vérité. Après diverses contestations on y convint enfin, avec une grande pluralité de suffrages , qu'on s'en tiendrait à l'édit qui avait déjà été publié ci-devant , savoir qu'on ne devait prêcher que la Parole de Dieu»
Il fut aussi résolu^ « qu'au caë que les ministres ne pussent pas, dans l'espace d'un mois, convenir sur la religion avec Fessier et les autres prêtres, chaque partie mettrait ses raisons par écrit, tirées de l'Ecriture sainte, et les porterait au premier synode, qui s'assemblerait à Saint-Gall ou a Roschach ; que ce qui s'y trouverait fondé sur l'Ecriture sainte serait reçu j et que si quelqu'un ne voulait pas comparaître devant ce synode, 6n ne devait plus lui accorder ni protection ni sauf««onduit ; » peine à peu près équivalente à un bannissement. Les réformés furent extrêmement satisfaits de cette résblulion. Leurs adversaires au contraire en furent tellement consternés, que ce roéipe dimanche ils ne dirent point leurs vêpres, et dès le lendemain ils ne dirent plus de messe. Mais le mardi 8 août ceux du quartier intérieur,*
* L6 canton d'Appenzell est partagé en deux grands quartiers, qu*ils appellent Rodes : l*un Extérieur et l'autre lulérieur.
GOMCBSSfOHS FAITES AUX airo&HÉs. 337
qui étaient la plupart catholiques , appelèrent leurs pré-^ très devant un double conseil^ et les exhortèrent à con^ ^ tinuer de célébrer la messe jusqu'à la fin du mois. Le même conseil chargea aussi dix-huit personnes de cher-^ cher les moyens pour entretenir la paix et l'union dans le pays , pourvu qu'ils ne fussent pas opposés à la dernière résolution de l'assemblée générale. Ces commis trouvèrent à propos (le 15 du même mois) qu'il fût permis aux réformés qui habitent dans le bourg d'Appen* zell^ de se pourvoir d'un bon et habile ministre^ qui ne leur prêchât que la parole de Dieu. Ainsi le lundi 21 du mois 9 le double conseil permit à ces réformés d'appeler ou le pasteur de Gams^ qui était un fidèle ministre du Seigneur, ou Ambroise Blaarer de Constance, ou enfin Bullinger de Bremgarten, qui pourrait, pendant trois mois, leur expliquer librement, même en présence des prêtres, l^ancien et le nouveau Testament* Que pendant ce temps-là les prêtres pourraient aussi continuer leur service divin , sans être obligés d'en rendre raison à personne. Que le ministre au contraire serait obligé de rendre raison de sa doctrine à quiconque la lui demanderait ; et qu'après que ce temps serait écoulé, cha^ que partie pourrait suivre le parti que la communauté aurait embrassé. D'abord deux députés d'Appenzell partirent pour Bremgarten , avec ordre de demander aux magistrats le ministère de BuUinger pour trois mois , sous promesse de protéger ce pasteur et de le récompenser honorablement de ses travaux. Mais ayant appris en chemin que la guerre allait s'allumer entre les Gantons, à cause de rafiGnire de Saint-Gall, et que la bourgeoisie de Saint-Gall et les sujets de Tabbé étaient en armes, ils s'en retournèrent chez eux, jugeant bien-
858 «ElâORS. COMMmcXHnT tB BifOEHB
que le temps a'étail pas propre pour rezécation de leor dessein* ^
Les églises évangéliques des Grisons perdirent celle année nn de leurs réformateurs . nommé Ulrich de Harmoiréa^ pasteur de Scharans, dans la vallée de Domleschg. Il a été un des premiers qui aient travaillé dans ce pays-là a rétablir le véritable christianisme, conjointement avec Christian Hartmann, chanoine conventuel de St. Lucius a Coire* Il mourut le 6 juin. Avant sa mort il conseilla à ses paroissiens d'appeler Philippe Gallicio , pasteur de Schonwick dans TEngadine. Gallîcio accepta cette vocation , mais il y fut exposé à une grande disette, manquant souvent du nécessaire, n y eut à la vérité un homme de bien , nommé Antoine Travers^ qui le soutenait de temps en temps, mais il n'y put pas tenir long-temps, etil quitta ce poste au bout de deux ans. * C'est aujourd'hui à peu près la même chose dans ce pays-là. Dans plusieurs églises il y a trois ou quatre et même jusqu'à cinq ministres^ qui partagent entr'eux une pension de cent cinquante à deux cents écus et qui sont obligés de travailler de leurs mains pour se soutenir.
Enfin la doctrine de l'Evangile pénétra aussi dans 11talie, et en particulier dans la ville de Locarne, la capitale de l'un des quatre bailliages que les douze premiers cantons possèdent ensemble au-delà des monts , dans les frontières du duché de Milan. Locarne en particulier est une jolie petite ville d'environ cinq cents maisons , dans une situation charmante , à la tête du lac de Côme et à l'issue de cinq petites vallées qui s'y joignent.
' Hotting. B7lt. B7S.
'HoUing. 640
A LOCAMB; rORTANA. 999
On y voyait alors diverses familles nobles ^ enlr 'antres trois , celles des Orelli , des Magorii et des Kuralti y qui se vantaient de tirer leur origine de Robert , (K>nite deClermonU II s'y trouva^ dès fan 1526^ trois personnes qui avaient goûté les principes de la réformation, dont l'un était un religieux Carme , nommé Balthasar Pontana. Il écrivit cette année-là de Côme à Zwingli ,^en date du 15 décembre^ pour le prier de lui envoyer ses livres latins et ceux de Luther^ d'Oecolampade et des autres théologiens les plus fameux de TAllemagne , dans le dessein derépandre^ le mieux qu'il pourrait, la lumière de la vérité. « Qui sait, disait^il, si Dieu ne voudra pas avec une petite étincelle allumer un grand feu? Nous sèmerons, nous planterons^ le Seigneur donnera l'accroissement. » ties trois personnes • ne travaillèrent pas sans snccès^ et la suite fera voir qu'ils gagnèrent un bon nombre drames, et que mémo la doctrine de l'Evangile se répandit assez loin en Italie, et jusques dans la Sicile. '
La réformation aurait fait des progrès h Soleure^ si les ministres y eussent été bien unis. Mais tandis que leur petit troupeau était opprimé et maltraité par les catholiques, et troublé par les anabaptistes, ces indi* gnes pasteurs se brouillèrent, au moins queiques-*uns^ sur des affaires de pure cérémonie, jusqu'au point de faire schisme entr'eux et de ne pas vouloir assister aux assemblées les uns des autres ; les uns voulant introduire dans cette église les cérémonies de Zurich , particulièrement pour la célébration de la S^-Cène, d'autres ceU
* Johann Eutychij de Claromonte, lax in tenebria, Oralio Carolina de Locarnenaium peracculione etc. , à Zoriih , in-8^. 1708. Voy. p.ll.tS.U. 15.
S40 Divisions PARMI LBS RÉrO&UiS DB SOLEOKE.
les de Berne ^ et d'aulres celles de Bâle. Le bon Oecolampade gémissait de cette funeste division , et leur écrivit sur ce sujet une lettre pleine de savoir et de douceur, mais aussi vive et forte, pour leur représenter « qu*il$ allaient, par leur mauvaise conduite y perdre cette Eglise naissante ; et quHls avaient le plus grand tort du monde ^ de se diviser pour des choses extérieures de cette nature, et de blesser la communion des saints pour des simples cérémonies; d'autant plus que relise a une pleine libertié dans ces sortes de choses ; que personne ne leur prescrirait 'rien non plus^ ni ne lès générait point sur ce sujet , pourvu qu'ils eussent toujours en vue la gloire de Dieu^ et l'édification de l'Eglise. ^ » Je viens maintenant à la grande affaire de St.-Gall, qui troubla toute la Suisse et y causa une guerre civile, qui fut funeste aux réformés^
n. Les troubles de Sbieure , dont on a vu l'iiistoire dans le livre précédent > donnèrent beaucoup d'occnipation à divers cantons, pendant toute une année; mais l'affaire de St.-Gall leur en donna bien davantage à tous^ pendant deux ou trois ans j et eut des suites tout autrement importantes^ mais très- funestes à la réformation; et cela, s'il m'est permis de dire librement ce que je pense ^ par la faute de quelques réformés , par leur précipitation et leur zèle peu mesuré. Quand il s'agit de changemens aussi considérables, que le sont ceux ou de la religion , ^ ou du gouvernement d'un pays , il faut dans ceux qui les entreprennent bien de la dextérité, de la prudence, de la modération et de la douceur pour bien réussir, car ne pouvant manquer de s'attirer l'inimitié de ceux à qui ces changemens ne
* Oecolamp. et Zwingl. Epistol» p. 176 b«
TROUBLBS AU 8UJBT DB l'ABBATB DB S. GALL. S%1
plaisent pas, il faut tâcher de les adoucir, et prendre garde de ne pas les irriter mal-à-propos. li faut s'y prendre doucement et pen-à-peu , en faisant comprendre aux intéressés, que dans tout ce qu'on entreprend on ne se propose que leur bieq, pour des raisons de la dernière importance^ et que la chose est d'une absolue nécessité pour leur propre avantage , au lieu que si l'on ▼eut agir arec précipitation et avec violence, et brusquer toul^ on court risque de tout gâter. D'ailleurs il faut prendre garde aussi, que, sous prétexte de religion. Ton ne blesse point les règles de la justice et de la religion même, en dépouillant quelqu'un de ce qui lui appartient légitimement.
Mais pour venir au ùai, et mettre mes lecteurs en état déjuger sainement, il faut savoir que quatre cantons^ Zurich, Iiucerne^ Schwytz etGlaris, en vertu de deux anciens traites, avaient et ont encore aujourdfhut le droit de protection sur l'abbaye de Saint-Gall, sur Tabbé et sur tous ses sujets. Par le premier de ces traités, qui fut fait Tan 1451, Gaspard de Landenberg, abbé de Saint-Gall, prit le droit de combourgeoisie perpétuelle ( qui était proprement une alliance défensive ) pour lui, son abbaye et ses sujets, présens et avenir, avec les quatre cantons que je viens de nommer; pour la conservation de ses biens et de ses droits. Dans ce traité, 5 que Tabbé fit pour lui et pour ses successeurs , « il s'engagea par serment de ne jamais le révoquer, et de ne demander, ni ne rechercher aucune autre protection étrangère. » Il y fut dit , « que lorsque ces Cantons au-
' On peut le voir tout entier dans le Manifeste de Zurich et de' Berne intitulé Grundliche Injormaiio^ etc., imprimé en grand folio Tan 1713, et entre les Pièces jnstificativcs p. 93. IS* X.
3kS TAAlTis Mt L'ABBi ATBC QUAT&B CAMTOM-
raient besoin de secours, Tabbé et ses sujets leur en donneraient, et que toutes ses places fortes leur seraienl ouvertes ; et qu'au cas que TaMié eût quelque différend arec qui que ce pût être, qui voulût se soumettre au jugement de ces quatre Cantons > Tabbé serait obligé de ûdre la même chose. Ces Cantons devaient, dans le cas de nécessité, secourir Tabbé à ses frais. » Cette alliance fat renouvelée l'an 1479, par un nouveau traite, fail avec l'abbé Ulrich, * successeur de Gaspard, qui^ avec le consentement de ses religieux et de son propre mou-* veroent (comme portent les termes du traité) voulut y ajouter un nouvel article , savoir : « Que ces quatre Can-* tons enverraient tour à tour, de deux en deux ans, d'entre leurs conseillers , un homme d^ofiice à Wyl , la capitale des terres de l'abbé, et aux dépens de ce prélat, pour y faire sa résidence et avoir inspection sur tout ce qui se passerait dans toute l'étendue des terres de l'abbaye de Saint-Gail^ et prendre. garde qu'il ne fût fait aucun tort, ni à l'abbé ni a ses sujets. » Cet officier avait le titre de landshauptmann , c'est-k-dire capitaine du pays. Les quatre Cantons consentirent à cette proposition de l'abbé, sous cette réserve expresse j « qu'ils ne s'attribueraient aucun autre pouvoir sur l'abbaye de Saint-Gall et sur ses dépendances. » * Teb étaient alors les droits de ces quatre Cantons sur l'abbé de St-Gall et son abbaye, comme ils le sont encore aujourd'hui. On a vu ci-dessus ^ les démarches des Zuricois el
' Holting. F. T. IL snr Tannée ih79, k répétition et réclaircitsèment de ce nouveau traite, qui furent faits Tan Ilt90, se trouve dans le même manifeste entre les Pièces justificatives, page G9. Vfi XXXV.
' LeuGommêntar. in Simler. Remp. Helvet. &. p. tlH. ' Page 1S7 et suiv.
l'abbé UUAN S£ Bl^OUIUB AVEC ZURICH. B45
des reformés de Glaris envers Kilian German ou Kœafling;, nouvel abbo de Saint-Gall. Pendant que les Cantons étaient en armes les uns contre les autres, l'an 1539 j Kilian se saisit de tous les trésors^ des titres et des livres rentiers de son couvent, et se relira secrètemeot à Çregentz; et avec Targent que son prédécesseur lui avait laissé il acheta la terre et le château de Wolffourt près de Bregentz, pour s'y loger avec ses religieux. Il ohtint aussi du pape la confirmation, et de l'empereur Charles Y Tinvestiture de tout le temporel desoD abbaye^ y compris le Tockenbourg, etc. * Etpereistantdans sa résolutiqn^ il écrivit à ceux de Zurich qu'il renonçait a leur alliance, et leur redemanda le traité de protection j pour pouvoir chercher d'autres protecteurs ; et implora le secours deLucerneet deSchwytz pour qu'ik lui fissent rendre justice.
Cependant les sujets de l'abbé , qui avaient embrajssé la réformation à l'imitation des Zuricois , voyant que Tabbé était inflexible^ et crafgnant sans doute quelque violence de sa part, recoururent aux Zuricois j comme à l'un des cantons leurs protecteurs, pour implorer leur secours en cas de besoin. Les Zuricois le leur promirent, et eux de leur côté en promirent autant aux Zuricois. Ensuite, à leur prière, les Zuricois dressèrent un projet de règlemens , selon lesquels on administrerait les biens de l'abbaye et l'on gouvernerait les sujets. Les députés des communautés se chargèrent de porter ce projet à leurs concitoyens. Et comme leur réponse ne se trouva pas au gré des cantons de Zurich et de Glaris , On marqua une journée à Wyl, pour le lendemain de Noël, 26 décembre 1529, pour conférer sur cette af-
* Stumpf. 3S4. HottinfT. 475.
^hh TUMULTE A WTL.
faire. Les deux aulres cantons protecteurs^ Lucemeet Schwytz ^ en ayant eu avis , désapprouvèrent ce dessein et exhortèrent Zurich et Glaris à s'en déporter , mais inutilement. Us y envoyèrent donc aussi quelques-uns de leurs conseillers ; et ces députés , au lieu d*aUer loger au palais de l'abbé, selon la coutume, avec ceux des deux cantons réformés, allèrent dans une hôtellerie pablique, et le lendemain demandèrent communication de ce projet de règlement. Mais le lendemain, à huit heures du matin, les députés de Zurich et de Claris eurent avis qu'il y avait un complot formé pour les atr taquer dans le palais et les jeter par la fenêtre ; c'est pourquoi ils firent fermer les portes, et le capitaine du pays leur envoya, sur le soir, trois mousquetaires pour leur servir de garde. Gomme on leur venait dire de nouveau que le complot se faisait, ils firent appeler l'avoyerde Wyl, lui représentèrent ce qu'ils avaient appris^ et demandèrent qu'on assemblât le conseil. Après le conseil, comme l'avoyer leur en rapportait la réponse, on vit paraître subitement les frères de l'abbé, avec quelques-uns de ses partisans, l'épée nue à la roain^ au nombre de dix hommes qui s'avancèrent du côté du palais. Heureusement pour ces députés, le bruit du complot s'était répandu dans la campagne, et dans ce moment les paysans accoururent à la ville de tous côtés ; tellement que les premiers se retirèrent sans rien faire , et le tumulte fut calmé. Ensuite les paysans tinrent une assemblée hors de la ville, après laquelle ils allèrent prier les députés de Lucerne et de Schwytz de faire ensorte qu'ils pussent se conformer à Zurich et à Glaris à l'égard de la religion. Quelques-uns des auteurs de ce tumulte furent saisis , mais d'autres s'enfuirent. La régence de Wyl les fil citer pour venir rendre raison de
aSPRiSBltTATIONS DBS ZURICOIS A LA DIBTB. St5
leur conduite^ en leur promeltant un sauf-conduit, mais ils Ae comparurent point. '
Quelques jours après, dans une diète assemblée à Bade, le 17 janvier 1530, Lucerne et Schwytz repré* eentèrent aux Cantons la conduite que Tabbé SJIian avait tenue à l'égard de ses protecteurs , et se plaignirent de celle des Zuricois et de l'émeute survenue à Wyl^ dont ils firent un récit qui en faisait tomber le blâme sur ceux de Zurich. Ceux-ci se justifièrent, en rapportant le fait de la manière que je viens de le décrire. Ils ajoutèrent a que l'état ecclésiastique ne peut point subsister avec le gouvernement civil, » c'est-àdire qu'un ecclésiastique ne peut pas être prince ou seigneur terrien. Effectivement cela ne convient guères : l'épée spirituelle et l'épée charnelle ne quadrent pas bien dans une même main. Cependant ils avaient contr'cux l'expérience, puisqu'on voit dans la chrétienté tant de princes ecclésiastiques, le pape, quatre archevêques^ plusieurs évéques, des abbés et des abbesses* Ils disaient encore « que l'état monarchique n'est point fondé dans l'Ecriture; qu'outre ces deux raisons^ le droit abbatial d^ Kilian était contraire aux r^lemena civils, puisque d'abord après son élection il s'était porté pour abbé; (ils voulaient dire peut-être qu'il n'avait pas pratiqué les formalités accoutumées en pareil cas) et qu'ayant déclaré qu'il était résolu de rétablir la messe et la religion romaine et d'y employer tout ce qu'il avait de pouvoir ; pour cette cause Zurich et Glaris ne pou^ vaient pas, avec honneur, soutenir un tel abbé, surtout après qu'il avait refusé de prouver l'état monacal par l'Ecriture Sainie. » Enfin ils concluaient en disant ,,
* Stumpl. 523. b. 365. Hottiiig. 510. 511.
8A6 êkCKU Di l'abbA uuAn.
« qu'ils étaient disposés de bon coQjar à laisser Lucerae et Schwytz en possession des droits qoHb avaient conjointement avec eux, pourvu qu'ils laissassent les sajets de l'abbe en paisible possession de la reformation qu'ils avaient embrassée. » Tout cela signifie en bon français que leur dessein était de séculariser Tabbaye de S. Gall au profit de qui il appartiendrait. Schwytz d'autre côté demanda que les fugitifs de Wyl fussent reçus dans la ville et les prisonniers élargis, sans qu W fit aucune recherche sur celte émeute; mais Wyl le refusa et fut appuyé, d'autant plus que les réformés chassés de Roth* wyl n'avaient point été écoutés par les catholiques. Cependant on ne prit alors aucune résolution. *
Dans cet intervalle de temps, l'abbé ILilian ayant obtenu sa confirmation du pape, se fit sacrer à Uberlin* gen^ le 6 janvier 1530 , par l'évéque de Constance; ce qui rendit l'accommodement encore plus difficile. Pré* tant, à son sacre^ le serment ordinaire, qui est directement contraire à la réformation ; le jour qu'il célébra sa première messe pontificale, il donna une fête magnifique et régala un nombre prodigieux de conviés, à soixante-dix tables le matin et le soir ; mais le pauvre homme ne savait pas le sort qui l'attendait ^ et que sa joie serait courte , comme on le verra bientôt. *
La ville de S. Gall n'entrait presque pour rien dans tous ces mouvemens, quoiqu'il semblât qu'elle y dût prendre le plus d'intérêt. Cependant l'abbé Kilian lui en voulait extrêmement, sans doute dans la pensée qu'elle y avait quelque part. C'est pourquoi il tâcha d'exciter contre cette ville quelques gentils-hommes puissans du
* Holting. 809 510.
> Stumpf 5S4. Holting. 811.
tL inqpiÈTm s. gal£. 847
pays 4'AlIgao. S. Gall recouru! à Zurich el à Berne pour implorer leur secours en cas de besoin. Berne ré* pondit favorablement à ees députes^ ^ et Zurich envoya quelques députes à Inspruek pour obtenir de la rég;ence de cette ville que ces gentils-hommes se tinssent en repos ^ ce qui fut fait. *
Cependant les cinq cantons catholiques sollicitaient fortemeni les Bernois en faveur de Tabbé , accusant le» Zuricois de vouloir tout emporter d*autorilé et d'envoyer des députés et des minisires dans les seigneuries communes, là où la pluralité n'avait pas été en faveur d0 la réformation; ce qui, disaient-ils, était contraire au traite de paix. Les Bernois, les Bâlois et ceux de Strasbourg , n'étant point du sentiment de Zurich sur la spo-'^ liation de l'abbé^ firent prier les Zuricois d'envoyer avec eux leurs députés à S. Gall, afin de pacifier tout, en re* mettant l'abbé en possession de son abbaye. ^ C'était sans doute le meilleur parti et le plus raisonnable; car enfin la religion ne peut jamais autoriser personne à dé^ pouiller quelqu'un de son bien. Si en quelques lieux l'occasion favorable de s'enrichir, en mettant la main sur les biens ecclésiastiques, a facilité la réformation, l'on peut dire que, d'autre côté, l'avidité et le peu de ménagement que certains réformés laissèrent paraître à cet égard , fit un tort infini à la réformation en divers autres endroits , et la rendit suspecte à bien des gens , comme si elle n'eût été qu'un trait de la politique des princes pour s'emparer des biens d'Eglise. On en a déjà
* Le 13 mars. Bern. Instr. 396.
' Slumpf 33&. a.
> Holting. 61 ^
3A8 RBOLBHBIIS .P&OPOSiâ PAR LBS CANTOHS ,
TU quelques exemples ; on en verra encore dans la suite.
La proposition des trois villes ne fut- pas goûlee à Zurich. On comptait d'y pouvoir disposer de Tabbaye de S. Gall, comme on avait fait de rid)baye royale qu'il y avait eu à Zurich^ ^ qui avait joui de divers droits considérables sur cette ville, et dont les Zoricois avaient secoué le joug par la réformation. Mais le cas était différent, et la suite fit voir qu'on se trompait. Une (Mète des Cantons s'assembla au mois de mars, et les IX can*» tons non intéressés , conjointement avec Mulhouse et Bienne, convinrent de ce rëglecpent provisionnel : fc Que les quatre cantons protecteurs choisiraient ensemble un homme de bien, .et l'établiraient lieutenant des terres de l'abbaye, pour en administrer les biens, durant deux ou trois ans, et qu'après ce terme écoulé, on chercherait les moyens de terminer cette affaire. ' » Si encore ce parti eût été accepté, la tranquillité aurait été apparemment conservée dans la Suisse ; mais deux mois après , vers la fin de mai , Zurich et Glaris tinrent ensemble une conférence a St-Gall ; et là , sans la par^ ticipation des deux autres cantons leurs associés, je veux dire Lucerne et Schwytz (cependant en déclarant que c'était sans préjudice des droits de ces deux cantons), leurs députés firent divers règlemens pour les terres de l'abbaye de St^îall.
« 1 . Que chaque capitaine du pays y serait le chef suprême. (D'où il s'en suivait, que les quatre cantons qui l'envoyaient, au lieu de simples protecteurs du pays, en seraient désormais les véritables souverains).
* Frauen-Munsler.
' Hotting. I. c
PAR ZUaiCH BT GtAaiS. HO&T DS XUIAN. S49
9 2. Qu'à son entrée , il prêterait serment de laisser le peuple en possession de la Parole de Dieu^ et des ordonnances chrétiennes qu'il avait reçues.
» 3. Que le conseil du pays serait composé de douze juges, qui seraient allachés à la Parole de Dieu.
» 4. Que les pasteurs seraient élus par les églises , et seraient reçus au saint ministère à Zurich, à SÙGall, ou à Constance.
' '> 5. Que Ton abolirait la servitude et plusieurs autres droits extrêmement onéreux au peuple, et presque tyranniques, qui y étaient établis de longue main.
x> 6. Que les joyaux, led oi'nemens et les autres biens des églises seraient employés a l'usage des pauvres. ' »
Ii*abbé Kilian^ outré dé ces changemens qu'on faisait contre son gré dans son abbaye , courut a Âugsbourg, pour s'en plaindre à l'empereur Charles Y et implorer son secours. Ce monarque avait aussi reçu des plaintes semblables de la part de Tévéque et des chanoines de Constance, et de quelques autres prélats. Il promit à l'abbé que^ quand ses affaires lui permettraient de donner du secours a ces prélats ,. il se souviendrait aussi de lui. L'abbé s'en retourna chez lui tout consolé, mais sa joie fut courte. Traversant une petite rivière à cheval . près deBregenz, le 30 d'août, son cheval s'abattit sous lui, il tomba dans la rivière, et avant que ses gens pussent le secourir, il fut noyé. D'abord que les religieux, qui l'avaient suivi à Wolffourt, en eurent avis , ils élurent pour leur abbé Diètheim Blaarer, issu d'une famille considérable de Constance. Il avait deux parens de son nom qui étaient aussi abbés, l'un nommé Guer-
* Hotting. 811.512.
3M> ïomCB rr glakis yindsiit l'abbats.
wick^ abbé de Wdngarten, et i'aulre Louis ^ d'Einsidlen ou de l'Herniitage. '
Pendant ces entrefaites, Zurich et Glaris disposant en maîtres absolus de l'abbaye de Saint-Gall et de toutes ses dépendances j vendirent le couvent avec tous ses principaux b&dmens à la ville de Saint-Gall , et remirent aux Tockenbourgeois leur liberté pour le prix de quatorze mille goulden. Il y eut six religieux qui embrassèrent la réformation. On leur donna à chacun cinq cents goulden et une pension viagère de cinquante. On trouva dans le couvent vingt-quatre marcs d'or et deux cent quatre-vingt-huit marcs d'argent; tout cela fut employé à un usage public. '
On peut aisément juger qu'une telle démarche ne pouvait manquer de déplaire souverainement aux cantons catholiques y surtout aux deux intéressés, Lucerne et SchvFylz. Aussi Schwytz prit Glaris à partie sur ce sujet, laissant a Lucerne le soin d'en faire autant à Zurich.
Il arriva encore un antre sujet de mécontentement aux protecteurs catholiques. Comme c'était le tour de Lucerne d'y envoyer un capitaine du pays ^ les paysans avant que de prêter serment de fidélité à celui qui leur venait de la part de ce canton , demandèrent qu'il fît serment de les .maintenir et de les gouverner selon leurs nouveaux règlemens. Il le refusa ; les paysans refurent aussi de le recevoir. Ainsi le capitaine zuricois demeura dans le pays. Les cantons catholiques regardèrent cela comme un attentat des Zuricois contre le droit de Lucerne et de Schwytz. Aussi ne l'oublièrent-ils pas
* Slumpi 32&.
> Hoiting. tfl2.
MiCOHTBlITBMSlIT DBS CAHTOHS GATHOUQiniS. 3Si
dans le cartel qa'ils envoyèreot à Zurich Tannée suivante. •
Des lors Uri ^ Untervralden et Zug , prenant en maia la cause de Luccrne et de Schwytz comme la leur propropre ^ ces cinq Cantons menacèrent Zurich de se faire faire raison par la voie des armes. Ils avaient dqà fait la même menace quelque temps auparavant ; et les députés de Berne, à la diète de la Saint- Jean, avaient travaillé à pacifier les choses , exhortant les cinq Cantons à rechercher les Zuricois par la voie de droit ; mais leurs soins furent inutiles. '
Un troisième sujet qui aigrit l'esprit des cinq Cantons contre les réformés, ce furent les trois mille écus d'or^ auxquels ils avaient été condamnés par le traité de paix de Tannée précédente^ et qu'il leur fâchait extrêmement de payer. Il fallut que les villes réformées les demandassent souvent avant de les toucher. ' Lucerne, Schwytz et Unterwalden ne voulaient point les payer , et il yjeut diverses diètes convoquées , où cette* matière fut mise sur le tapis. Soleure et Fribourg interposèrent leurs bons offices, comme médiateurs, et exhortèrent ces trois Cantons a payer de bonne grâce.
Le canton d'Unterwalden paya de son côté aux Bernois mille cinq cents kronen , le 5 janvier 1 530 , de trois mille qu'il leur devait , suivant qu'il y avait été condamné par la sentence des médiateurs , et le 20 mai de Tannée si^i vante 1534^ ils payèrent les mille cinq cents autres. ^
* Hotting. 81S. BIS.
' Bern. Instr. hkl.
' Ibid. et lib. seq. p. 10 et 17.
^ B. Teutsch-Spr. DD. 511 et ££. 122.
35S MSCOIlTniTUUlIT DBS CAMTOIIS CATHOLIQUES.
Les Zoricois Toulaient^ pour se faire payer ^ défendre toQl commerce avec ces cantons. Hais dans une diète 5 tenue a Arau sur la fin de septembre^ les Bernois consentirent a leur donner terme jusqu'au dimanche 9 octobre^ et prièrent leurs alliés de Zurich d'y consentir aussi ^ persuadés qu'ils paieraient; avec cette déclaration 9 qu'au cas qu'ils ne payassent pas , on défendrait alors tout commerce avec eux. ^
Dans cet intervalle de temps il survint encore une quatrième affaire qui servit à aigrir les esprits. Les rebelles du pays de Hasii et dlnterlacken se réfugièrent dans le canton de Lucerne , et de là nç cessaient de . menacer les. seigneurs de Berne et leurs sujets ; et Lucerne protégeait ces gens-là. Les Bernois s'en plaignirent aux Cantons y comme d'une chose qui était contre leurs alliances mutuelles. ' Ajoutez à tout cela que les Cantons catholiques étaiept animés sous main par le roi Ferdinand et parle pape;^ et que leurs sujets aigrissaient les esprits des réformés par leurs insolences et par les injures qu'ilç jproféraient contr'eux.
Enfin pourtant y les cinq cantons promirent de payer 2500 écus aux villes réformées, à condition que Zurich et Glaris se soumettraient au droit devant les Cantons , pour les prétentions qu'ils avaient contr'eux. Quand le 9 octobre fut venu^ et que la diète fut assemblée^ les Bernois consentirent à cette proposition pour Zurich, mais non pas pour Claris^ qui n'avait point de part à cet argent ; ^ cependant ils donnèrent une instruction
* Inslr. B. I. c.
' Bern. Inslr. S5.
> Tbuan. iib. I.
^ Bern. Instr. I. c.