TROUBLES DB LÀ SUI8SB
lion , ce qui regarde cette guerre , qui fait comme une épisode dans notre histoire ; il ne valait pas la peine d'y revenir. N'oublions pas de remarquer après M. Hotlinger , * que cette guerre fut vraisemblablement la cause qui empêcha que la dispute de religion^ que les trois ligues avaient ordonnée à Coire , pour le lundi de Pâques par un décret du 9 février 1531 , ne pût avoir lieu. Les magistrats ayant Tesprit occupé d'une autre dispute f qui se décidait à coups d'épée et au bruit du canon.
VI. Je reviens présentement aux troubles de la Suisse. L'abbé de Rheinau^ qui s'était retiré au-delà du Rhin ^ exerça diverses vexations contre ceux de Kletgau ( qui devaient quelques rentes à son couvent) par le moyen de la régence de Rolhwyl> et les fit mettre au ban de l'empire. La ville de Schaffouse avait aussi à lutter avec l'opiniâtreté des religieuses du couvent de Paradis , à qui elle faisait prêcher la réformation sans beaucoup de fruit. ^ Mais tous ces faits particuliers étaient peu considérables en comparaison des troubles qui s'élevèrent en Suisse^ et qui aboutirent à une guerre civile. De là le refus que firent les Cantons catholiques de donner du secours aux Grisons ^ quoique exhortés à cela par les autres cantons et y étant même obligés par les traités d'alliance. Ce refus augmenta la défiance entre les Cantons. '
On ne douta points parmi les réformés^ que ces genslà n'eussent conçu quelque mauvais dessein contr'eux^ pour les accabler 9 tandis que leurs troupes seraient au-
* Page 5K6.
' HoUing. tm.
» Wurstis VIII. ch. 8. p. 582.
SOaiCH TBCT LA GVBRRB. S71
delà des monts. Aussi les Bernois, après avoir envoyé mille cinq cenls hommes au secours des Grisons , en levèrent encore huit mille vers la fête de Pâque , pour les tenir prêts à tout événement ; mais ce ne fut pas tout. ^
On a vu ci-devant, que les cinq cantons catholiques avaient promis de châtier ceux de leurs sujets qui chargeraient et les réformés en général , etlesZuricoisenpartiealier, d'injures atroces et d'outrages insupportables. Mais ils n'en firent rien , ou du moins ils le firent si mollement, que les Zuricois n'en furent point satisfaits. Et même ceux-ci se plaignirent que dans les assemblées générales des petits Cantons on avait proféré publiquement contr'eux des injures si horribles, qu'elles passaient tout ce qu'on pouvait imaginer de plus affreux. Ainsi, pour trouver enfin les moyens de s'en faire rendre raison de la bonne manière, ils convoquèrent, pour le 24 avril, une diète réformée a Zurich , dans laquelle ils réitéré* rent leurs plaintes avec beaucoup de véhémence , ' disant, « qu'il n'y avait point d'autre moyen d'arrêter l'impétuosité de leurs adversaires qu'une bonne expédition de guerre. » Mais les autres villes n'étaient nullement de cet avis. ' La guerre de Muss ne faisait que commencer. On no savait point quand et comment elle finirait. Leurs députés représentèrent donc que peutêtre il y avait quelque complot caché sous le voile de cette guerre ; et qu'il y avait a craindre que, si l'on prenait les armes dans ces conjonctures dangereuses, on ne s'attirât sur les bras de plus grands embarras. Elles fn-
* Bern. loâtr. 82.
* HoUing. 864. Rahn. 722. Wurstia.l. c.
* Wurslis. I. c.
572 B.BPRiSENTATIOH DES CINQ CAHTOIfS.
renl donc d'avis qu'il fallait suspendre tout acte d'hostilité pour quelque temps ( d'autant plus qu'on n'avait point prescrit de terme à ces cantons^ pour punir les insolences dont nous venons de parler) , et employer "des moyens doux et pacifiques pour conserver son honneur. Avant que cette diète fût levée^ les députés des cinq cantons y parurent et y réitérèrent les moyens de justification dont ils s'étaient déjà servis auparavant. Ik dirent, ce qu'on leur faisait tort de les accuser de prendre plaisir a ces discours insolens 'et outrageans dont on se plaignait, et d'avoir fait des ligues avçc des princes et des seigneurs étrangers contre le repos de la Suisse; qu'ils avaient publié de nouveaux édits contre ces insolences / avec menace de punir les contrevenans en leurs biens , en leur honneur et en leurs personnes ; étant résolus d'observer le traité de paix envers ceux qui l'observeraient à leur égard ; priant l'assemblée de ne point prendre dç résolution violente contr'eux ; mais que chaque état, qui se croirait offensé, devait s'informer exac« tement de la chose et dénoncer les coupables à leurs magistrats, afin qu'ils fussent punis. » Les dépjutés des cantons réformes leur répondirent : « Vous nous avez fait souvent ces sortes d'offres, et nous nous serions attendus que toutes ces insolences auraient pris fin et que vous observeriez mieux les alliances , le traité de paix et l'ancienne amitié helvétique. Mais puisque jusques ici vous n'avez rien fait de plus que de venir nous demander qu'on vous indique les personnes dont on se plaint, nous ne recevons point cela pour une justification. On vous en a tant indiqué a Bade, et de bouche et par écrit; qu'en est-il arrivé? D'ailleurs, on entend tous les jours si souvent ces sortes de choses dans vos terres, et même tout publiquement dans vos assemblées
BIÈTB RiFOailéB A ARAU. 575
générales 9 que si une telle conduite vous déplaisait , TOUS sauriez bien trouver les coupables. Enfin ^ puisque nonobstant les sommations pressantes qu'on vous a faites en faveur des Grisons , vous n'avez point voulu les secourir dans leur pressant besoin ; comparant cette conduite avec ce que nous voyons dans les diètes , nous jugeons aisément qu'il n'y a rien de bon à attendre de votre part. » C'est ainsi qu'on renvoya ces députés; mais comme l'ajETaire était de très-grande importance^ l'assemblée ne conclut rien, et jugea nécessaire de rapporter la chose encore une fois à leurs supérieurs. *
Dans ce temps* là ^ le pape Clément VU s'avisa de faire une nouvelle tentative auprès de l'état de Zurich, et leur écrivit, le 7 mai, une lettre fort flatteuse pour lâcher de les regagner; mais il avait fort mal pris son temps, et ses cajoleries furent mal reçues. *
Les Zuricois , mal satisfaits et de la conduite des cinq cantons et de l'irrésolution des réformés leurs alliés, envoyèrent des députés par toutes les villes confédérées de la Suisse réformée, pour les animer contre les catholiques par de pressantes remontrances. ^ Ainsi ^ à leur sollicitation , les Bernois convoquèrent une nouvelle diète évangélique à Arau pour le 12 mai. Les Zuricois y représentèrent tout ce qui leur était arrivé depuis la dernière assemblée^ priant leurs alliés de les secourir contre les cinq cantons, afin d'en tirer raison par la voie des armes, puisque l'insolence de leurs gens n'avait point de fin. Les Zuricois furent seuls de leur sentiment^ et leurs alliés ne trouvèrent pas à propos de
* Wurstis. I. c.
' HoUing. 559.
' Babn. 732.
57ft DÙTB D'AEAU.
s'eogager dans une guerre pour un sujet de cette nature. ^ Outre la guerre de Muss, qui n'était pas encx>re terminée , la disette des vivres était fort grande alors dans la Suisse^ et il était à craindre que les troupes qu'on mettrait sur pied, ne l'augmentassent, en détruisant les fruits de la terre, pour ne rien dire des troupes étrangères qui viendraient peut-être au secours des catholiques. D'ailleurs, il y avait encore dans ces cdnq cantons plusieurs gens de bien qui sans doute desapprouvaient les offenses dont on se plaignait^ et qui auraient vu avec plaisir qu'on eût châtié les coupables. «Ainsi, disait-on, si l'on entrait en guerre, il pourrait arriver que les innocens souffriraient pour les coupables, et la division des Cantons serait un sujet de joie pour leurs ennemis communs. Qu'on devait donc chercher d'autres moyens^ également efficaces, pour faire sentir à ces cantons que l'on voulait enfin avoir raison de ces injures. » Après bien des délibérations, l'assemblée convînt enfin , le 13 mai, que chacun des députés rapporterait à ses supérieurs la proposition d'interdire tout commerce avec ces cantons , comme on y était* autorisé par le traité de paix, dans la pensée que cette interdiction suffirait pour arrêter le cours de ces désordres. '
Les Zuricois furent mécontens de cette résolution. Ils auraient voulu qu'on fût allé incessamment fondre sur ces cantons pour les mettre à la raison , tandis qu'ils étaient encore faibles et peu préparés a la guerre. Us croyaient que, par ces renvois et ces irrésolutions , les réformés ne faisaient que donner le temps a leurs ennemis de se fortifier et de se mettre en état de défense;
* Wurslis. 1. c. 893.
» Wurslis Jbid.
IMTBRDICTIOR DB COMMBRCB. 575
aa liea que si on les avait attaqués brusquement on les aurait aisément défaite. ^ Dieu sait ce qui en est. Quoi qu'il en soil^ dans une autre diète, qui se tint deux jours après a Zurich, le lundi avant la Pentecôte^ les villes réformées résolurent toutes , a la réserve de Zurich , d'interdire tout commerce avec les cinq cantons catholiques, jusqu'à ce qu'ils eussent puni convenablement ceux qui les avaient offensés; ' jugeant qu'il valait mieux prendre, ce parli-là , que d'entreprendre une guerre. Zwingli n'était point de ce sentiment , et lors qu'on eût lu dans les temples celte interdiction de commerce avec les^cinq cantons, le samedi veille de Pentecôte, il prêcha le lendemain ouvertement contre une telle résolution. ^ Il aurait voulu que ces réformés eussent supporté ces outrages avec une patience et une débonnaireté convenable à TEvangile, dont ils faisaient profession. Les Zuricois s'étant rangés au sentiment des autres , eux et les Bernois travaillèrent ensemble à engager le canton de Claris , les villes de Bremgarten et de M ellinguen, les sujete de l'abbé de St-Gall, le Tockenbourg, les seigneuries communes de la Thurgovie, do Sargans et du Rheinthal, Wesen et Gasier, à se conformer à eux dans cette interdiction. ^
Comme plusieurs habitans de Rapperschwyl étalent aussi coupables des mêmes insolences contre Zurich, on interdit aussi le commerce avec cette ville-là. Pour parer le coup, les bourgeois voulurent demeurer neutres , en vertu de J'accord que leurs pères avaient fait
' Hoiting. 865.
' WuratU. ibid.
' Hotling. 563.
^ Wursiij. ibid, HoUing. ibid. Bahii. 723.
376 RAPP£aSCHWYL DIMBUEB KEUTaS
avec Uri^ Schwytz^ Unlerwalden el Glaris l'an 1458 , lorsqu'ils les prirent pour leurs prolecteurs. Mais comme l'avoyer Grounauer el le conseil voûtaient recevoir une garnison des trois premiers de ces cantons dans leur ville^ el par une telle démarche l'engager dans la guerre contre la volonté des bourgeois ^ ceux du quartier qn*oa nomme la Cour, ^ allèrent dans la ville, le 2 juin^ et firent déposer l'avoyer. Toute la bourgeoisie fut assemblée, et plusieurs bourgeois et quelques habitans, qui avaient été du parti du conseil, furent contraints, pour éviter le châtiment, de se retirer de la ville. ^ Bientôt après les trois cantons , Un ,. Schwytz el Unlerwalden , y envoyèrent des députés pour soIUciler de nouveaa les bourgeois à recevoir leur garnison. Ceux«<:i, tant ceux de la ville que ceux de la €our^ le leur refusèrent^ el déclarèrent qu'ils voulaient demeurer neutres. Après cette députation, la mésintelligence et la défiance redoublèrent entre les bourgeois et le conseil. Les bourgeois s'assemblèrent en armes devant la maison de ville, suspendirent l'avoyer et les conseillers de leurs emplois, chassèrent du conseil douze personnes qui leur étaient suspectes, et élurent pour leur avoyer Jaques Stapfer, nalif de Zurich. ^ Dans celle assemblée , ils firent aussi quelques règlemens sur la religion. ^ Ils convinrent ensemble KnV Qu'on n'inquiélerait plus personne pour sa religion. 2^ Que l'on congédierait leur curé, Jean Ofner, homme turbulent, et qu'on en chercherail un autre qui
* On appelle à Bapperschwyl Hof, c'est-à-dire la Cour, un quartier où est un vieux château séparé du reste de la vîlle.
• Hotting. 564.
■ Rahn 7«4.
^ * Hotting. 56«.
ET KMBEASSS LA aiFORUI. 577
leur préchfil la pure Parole de Dieu et non les inventions des hommes^ et qui vécût d'une manière honnête et non dans le concubinage. 3^ Que si quelqu'un contrevenait à ces règlerocns^ il serait puni en ses biens et en sa personne.» Après cette résolution , Gaspar Gœldli de Zurich^ chevalier^ zélé catholique et quelques mecontens sortirent de la ville. Les autres bourgeois s'eng^agèrent tous> par serment^ à l'observation de ces résolutions. ' Après quoi ils obtinrent de Zurich que le commerce fût r'ouvert avec eux. Ils élurent pour leur pasteur Jos. Kilchmeyer^ autrefois chanoine de Lucerne et alors ministre de Mels , et lui adressèrent une lettre de vocation^ datée du mardi «f août: «Nous voyons, disaient-ils, comme quoi ceux qui s'appellent évangcliques , et que nous nommons Luthériens, croissent de jour en jour en conduite sage et bien réglée, et que ni le pape^ ni l'empereur ne peut arrêter le cours de leur doctrine, etc. Elle se fait jour partout au dedans de TAllemagne et au dehors, ce qui nous fait voit que cette affaire n'arrive pas sans Tordonnance et la volonté de Dieu^ etc. » Kilchmeyer eut d'abord quelques contradictions à essuyer. Un jour dans un sermon, l'avoyer déposé Grounauer l'accusa publiquement d'enseigner le mensonge. On marqua une journée pour entendre cet homme dans les raisons qu'il pourrait alléguer contre Kilchmeyer; et il fut dit qu'il serait permis à quiconque voudrait, de soutenir le papisme, et que la conférence se tiendrait en présence de tous les prêtres de la ville. Kilchmeyer s'y soutint parfaitement et réfuta si bien toutes les objections de Grounauer, que cet homme fut contraint de se retirer avec confusion. On demanda aux
' Hotting. 566.
578 paiDiCATBua dans le coMTi db baob.
préires s'ils avaient encore quelque chose à all^^er ? Us repondirent , « qu'ils ne pouvaient rien contre la doctrine de ce nouveau pasteur^ mais qu'ils étaient obll* ges de la reconnaître pour véritable. » Ainsi le lundi 1 1 septembre^ on enleva des églises les autels et les imagées en présence des députés de Schwytz. *
Quelques semaines auparavant (c'était le 15 d'août) ceux de Jonen ' avaient aussi embrassé la réformation , et entr*aulres images en avaient brûlé une de la Ste. Vierge, qu'on appelait communément la sœur deK. D. d'Einsidlen. ^
Mais ce grand zèle des uns et des autres ne se soutînt pas. Il ne dura pas même long-temps. ^ La Parole de Dieu se trouva chez eux, comme la semence de la parabole,^ tombée dans un fonds pierreux où elle fut d'abord reçue avec joie, mais où elle ne put prendre racine.
Dans le même temps la réformation faisait quelques progrès dans le comté de Bade. Un ministre , dont je n'ai pu découvrir le nom, prêcha dans le village de Birminstorff, et y convertit diverses personnes, mais il y eut beaucoup de traverses et de mauvais trailemens à essuyer de la part des bigots; et un jour, entr^autres (vers la fin de mai) il fut attaqué par quelques personnes qui le battirent et le blessèrent. Les Bernois l'ayant appris , donnèrent ordre (le 1 1 juin) à leurs députés qu'ils envoyaient a la première conférence de Bremgarlen , d'aller dans ce village avec ceux de Zurich, de censurer
' Id. ibîd.
* Village du territoire de Brcmgarten.
* HoUiiig.
* Voyez ci-dessous, Ch. XIl!.
* Malth. XIII. V. ». 6. 20. 21.
CONTiEBKCB DB BEM6A&TBN. 379
âprement les paysans^ et de les exhorter à laisser en paix ceux qui voulaieot embrasser la doctrine cvaDgé* lique^ avec raenace d'y mettre ordre d'une autre façon s'ils continuaient dans leur inaolence. Ces députes eu* rent aussi ordre d'aller a Bade exhorter les gens du lieu a laisser prêcher l'Evangile. '
y II. Pendant ces entrefaites ^ le roi de France et les trois cantons non intéressés^ Claris, Fribourg et Soleure j interposeront leurs soins pour rétablir le calme dans la Suisse. Dans une diète évangélique , convoquée à Zurich ^ le jeudi 1^ de juin , pour délibérer sur ce qu'il y avait à faire dans ces conjonctures, l'ambassadeur de France, par ordre de son maître, exhorta en général rassemblée à la paix, et en particulier les cinq cantons h ne point persécuter les réformés, ni chez eux, ni dans les seigneuries communes. ' Mais ces derniers n'ayant rien voulu entendre^ on convoqua une diète générale à Bremgarten , pour le 14 juin.
L'assemblée se tint à Bremgarten au jour marqué ; mais on n'y put convenir de rien , a cause de l'opiniâtreté des parties. lies réformés voulaient pour préliminaire , que les catholiques laissassent prêcher l'Evangile en toute liberté chez eux. Les catholiques de leur côté demandaient pour préliminaire qu'on levât Tinterdio» tion du commerce, protestant qu'autrement ils avaient ordre de n'entrer en aucune négociation. L'ambassadeur de France et les députés des cantons désintéressés, faisant la fonction de médiateurs , ne négligèrent rien pour faire revenir les catholiques dans de bons sentimens^ et leur représentèrent que la seule source de tous
* Bcm. loslr. 80.
' Holiing. See. WurstÎA. L. VIII. Ch. 8. p. 593. Rahn 72A
580 wmom n'ACCommoÊmmaxT.
ces troubles étaient ces outrages dont les réformes se plaignaient; et qu'ils avaient négligé de punir b paUes^ parce que c^étaient des gens puissana et dites ^ana leur pays. Ces médiateurs firent même on projet d'accommodement compris en trois artides , dont ▼oici la substance :
c I. Que toutes les injures proférées de part et d'autre seraient enlevées; et que pour l'avenir on panirait ceux qui en proféreraient.
» n. Que ceux qui avaient été chassés des cinq cantons^ pour cause de religion , auraient permission de retourner chez euz^ et qu'on ne leur ferait aucun mal. » m. Que ces cinq cantons demeureraient en tonte liberté dans leur religion. Mais que^ comme la Parole de Dieu est une chose qui intéresse Tame et le salut étemel, ils devaient permettre à chacun de lire la Sainte Bcriturc, et ordonner même à leurs prêtres de ne prêcher que la Parole de Dieu. » *■
Ds remirent ce projet çux députés des deux parties pour le proposer à leurs seigneurs, et en rapporter la réponse pour le mardi 20 de juin ; déclarant qu'ils voulaient demeurer à Bremgarten pour Vj attendre. Dans cet intervalle, il y eut une seconde conférence entre les réformés, pour délibérer ce qu'on ferait au sujet de l'interdîclion du commerce; mais on n'y convint de rien.
Le 20 juin, les députés des cinq cantons apportèrent la réponse, qui était la même qu'auparavant, «qu'ils ne voulaient entrer en aucun accommodement qu'on n'eût levé Tinterdiction de commerce ; et qu'ils priaient qu'on les laissât en paix sur l'article de la religion, offrant le droit à leurs parties, au cas qu'on pût les con-
* Wuralis !. c Uolling. 570.
DirriCULTÉS BHTEB BAIB ET SOLBURE. BSI
vaincre d'avoir rioXé le trailé de paix. » Les reformés ropliquèrenl qu'une telle réponse n'était pas raisonnable^ « que le traité de paix ne parlait point de faire un procès entre les Gantons^ mais de punir ceux qui violeraient la paix. Que leurs parties avaient violé manifestement les alliances, en se refusant de se joindre à eux pour secourir les Grisons, nonobstant les sommations qu'on leur avait faites, et en traitant les réformés avec tant de hauteur et d'insolence, à cause de leur religion ; que ni eux, ni leurs bétes n'étaient en sûreté sur les ter* res de gens de ce caractère, et qu'après cela ils avaient mauvaise grâce de leur offrir le droit. » '
Les médiateurs voyant qu'on ne voulail rien céder d'un côté ni de l'autre , et ayant même remarqué que les députés des cinq Cantons n'avaient point rapporté à leurs supérieurs le projet dont on vient de parler , prononcèrent que ce projet serait présenté avec les réponses des deux parties, à chaque canton intéressé > savoir^ dans les villes au grand et petit conseil , et dans les Cantons populaires dans leurs assemblées générales^ pour en avoir la réponse, et la rapporter le dimanche 9 juillet. Pendant cet intervalle, il survint un nouveau différend entre les deux cantons de Bâle et de Soleure^ au sujet des bornes et de la souveraineté du landgraviat de Sissgau, qui appartient aux Bâlois. La ville de Soleure y avait lajurisdiction de quelques villages, Dorneck, Hochwald, Gempen, etc.^ et voulait y avoir aussi la souveraineté, prétendant que ces villages n'étaient point du pays de Sissgaq. Pour terminer ce différend à l'amiable^ les deux villes lièrent ensemble un compromis et s'engagèrent do s'en rapporter au jugement de
^ Wurslis. 1. c. Hotting. S71. Rahn. 72S.
88ft NODTBLLE COHFÉaBNCB A BftBllGA&TKV.
cats; après qaoi les arbitres prononcèrent. Leor sentence fut réduite en forme de traité d'accommodement , et l'on planta des bornes dans tous les lieux , où l'on jugea qu'elles étaient nécessaires. * Ce fut ainsi que finît cette affaire 9 qui aurait pu avoir des suites fâcheuses, si on ne les avait prévenues de bonne heure.
Cette affaire n'était pas encore entièrement finie , lorsqu'on tint à Bremgarten, le lundi 11 juillet, la troisième conférence , dont on était convenu , pour terminer les troubles de la Suisse. Les députés des cantons réarmés demandèrent de nouveau aux catholiques qu^ils permissent chez eux la lecture de l'Ecriture sainte de l'ancien et du nouveau Testament. Les catholiques s^en défendirent d'une manière assez plaisante. Ils répondirent « qu'ils étaient fort éloignés de défendre la prédication de la vérité et la lecture de l'Ecriture sainte, étant eux-mêmes en possession de la vérité, selon la doctrine de l'Ecriture , des quatre docteurs et de laSte. Mère Eglise. Qu'ils n'avaient jamais eu dessein de contraindre quelqu'un à croire comme eux ; qu'ils voulaient au contraire observer les traités de paix et d'alliance , autant qu'on les observerait à leur égard. Qu'ils étaient résolus de s'en tenir à leur ancienne religion jusqu'à la tenue d'un concile universel ; que si ce concile les trouvait dans Terreur,, ils se laisseraient instruire. Que si quelqu'un croyait qu'ils eussent violé le traité de paix, ils ne refusaient point de se soumettre au droit , et de punir les insolens qui outrageaient les réformés , s'il s en trouvait parmi eux ; que cependant on ne devait pas ajouter foi a tous les rapporteurs^ etc. Et que quand, de semblables rapports se trouvant (aux en tout ou en
* Wurstis. 1. c. 895. 596.
ACCOMHODBMBMT &BJITi. 3g$
parlie^ ils ne châtiaieni pag les pessonnes accusées^ on ae devait pas d'abord pour cela leur interdire le commerce^ puisque le traité ne portait pas cette interdiction en cas qu'on fût injurié y mais en cas qu'on ne payât pas les frais de la guerre. » ^
Zurich, Berne et leurs adhérons répondirent qu'ils auraient cru que les cinq canlons ne devaient pas re* jeter le projet d'accommodement qui avait été proposé. Que pour eux ils étaient disposés à l'accepter , pourvu que ce fât sans déroger aux traités d'alliance et à celui de la paix, et sous ces trois conditions : 1^ Que ceux qui dans les seigneuries communes s'étaient conformés à eux, pour l'interdiction do commerce^ n'en fussent pas punis. 3^ Que les cinq cantons les secourussent contre tous ceux qui les insulteraient, ou leur feraient quelque violence contre le droit , et même pour cause de religion. 8^ Enfin, qu'ils laissassent subsister la réformation et tous les changemens, règlemcns, ventes et achats que Zurich et Claris avaient faits chez les sujets de Tabbé de SaintrGall , dans le Tockenbourg , 'au Rheinthal et dans la Thurgovie.
Les députés des cinq cantons persistèrent à rejeter le projet d'accommodement, aussi bien que les conditions que les réformés y avaient apposées. Les médiateurs, qui les trouvaient raisonnables , résolurent d'aller en personne chez ces cantons, pour travailler a leur inspi* rer des idées plus pacifiques. Ils allèrent les uns chez les cinq cantons , pour les porter à accepter ce projet, et les autres à Zurich et à Berne , pour obtenir que le commerce fût réouvert avec eux , après être convenus de se retrouver tous à Bremgarlen au bout de leur tour-
* Wurstis. 1. c. HoUing. 571.
ZWIK6U mr QQimA smiai.
née. Hais tons les efforts el les soins offideiix de ces HessieoTS fareni enUerement inatiles. On lear répondit tout sèchement dans les cinq Cantons , qn on leur rendrait réponse à Bremgarten. Et dans la quatrième con* férence qui s'y tint à lear retour, les dépotés de ces Cantons dirent qu'ils s'en tenaient à leur réponse précédente. Ainsi cette conférence se termina sans succès. Les deux parties implorèrent le secours de lenrs alliés, en cas de guerre ; mais les députés de Claris^ de Fribourg, de Soleure et d'Appenzell , n'ayant point d'instruction sur ce sujet , prirent la chose ad référendum ; en attendant ils sollicitèrent les deux parties à se tenir en paix ^ et marquèrent une nouvelle conférence à Bremgarten j pour le jour de saint Laurent, 10 d'août. '
Dans cet intervalle de temps, Zwingli, voyant avec douleur qu'il y avait à Zurich certaines personnes qui, dans le fond de leur cœur, n'aimaient point la réformation, quoiqu'ils en fissent profession extérieurement, et qui s'opposaient à plusieurs projets avantageux pour la patrie et pour l'Eglise , et se regardant là comme un Jonas qui excitait la tempête, ou qui en était le prétexte, se présenta devant le grand conseil, le 26 juillet, pour demander son congé. H représenta avec larmes, c qu'il prévoyait très*bien qu'il n'y avait pas beaucoup de bien à attendre. Et que quoiqu'on ne suivit pas ses conseils et ses instructions , cependant on le chargeait de tout le mal qui se faisait et de celui qui arriverait. » Mais les magistrats lui envoyèrent une dcputalion honorable de leur corps, pour le prier do ne pas les quitter dans un temps si dangereux. Il demanda trois jours |K>ur prendre son parti , au bout desquels il se présenta
' Id. ibîd. '
coxBTS. 387
devant le conseil , et promit de continuer à servir de
son mieux. '
yni. Le 6 août on vit paraître dans le ciel une grande comète, qui dura jusqu'au mois de septembre.^ Et tandis qu'en France^ suivant les préjugés du vulgaire, on croyait que cette comète présageait la mort de Louise de Savoie^ mère du roi François V^^ qui effcctiyement mourut dans ce temps-là, ^ Zwingli^ toul rempli de ses pensées mélancoliques, qui lui occupaient Tesprit depuis quelques semaines , regarda cet astre comme «m signe et un avant-coureur des maux qui devaient arriver aux Zuricois et à lui en particulier* George Muller, abbé de Wettinguen, lui demanda un jour ce (|ue cette comète pouvait signifier? Il lui répondit : « n en cofttef a la vie à moi et a plusieurs gens d'honneur. La vérité et TEglise seront dans la détresse; mais le Seigneur ne nous abandonnera pas. Je me confie entièrement en Dieu, qui est juste et fidèle ; mais je ne me confie aux hommes que le moins que je puis« » ^
Le jour de la S. Laurent, on tint à Bremgarten la cinquième conférence, qui fut infructueuse tout comme les autres. L'ambassadeur de France et les députés des cantons médiateurs dressèrent un éclaircissement au troisième article du projet d'accommodement ; au lieu qu'il portait que les cinq cantons accorderaient chez eux pleine liberté de lire TEcriture Sainte et d'en raisonner, ils le tournèrent de cette manière, « que si quelqu'un disait ou lisait quelque chose qui fût autrement que la
* HoUing. 571.572. Rahn727.
* Wuralis. 1. c. K98.
■ Mézerai V. p. m. ftiS. &19.
^ Hotting. 572.
ZWIKGLI TEATAILU VOCa LA PAU.
leUre de l'Ecriture ne le porte, ils le poorraieiit punir.* Ils croyaient que les cinq cantons l'agréeraient ; mais ils se IroaTerenl trompes. * Ces cantons le rejetèrent, et les réformés ne s'en accommodèrent pas non plos, disant , < que leurs instructions portaient de ne pas soni^ frir qu'on (ît aucun changement à ces articles da projet.» Les députés des deux partis se chatoyèrent de cet éclaii^ cissement pour le rapporter à leurs supérieurs. Les médiateurs les laissèrent aller, et leur dirent qu'ils attendraient leur retour dans le même endroit pour le lundi avant laS. Barthélemi, 21 août.
Lorsque ce jour fut venu, Zwingli voyant avec doa* leur que tout se préparait à la guerre, se donna la peine d*aller secrètement à Bremgarten, accompagné de deux autres ecclésiastiques de Zurich, Rodolph Am-Buhel ou Collinus, professeur en grec, et Wemer Steiner , dans le dessein de disposer les esprits des réformes à la paix, n représenta à ses amis combien était préjudiciable l'interdiction du commerce, et que cette affaire ne pouvait avoir qu'une funeste issue , comme elle l'eut en effet; après quoi il prit congé avec larmes de Bullinger^ pasteur du lieu , et lui recommanda l'Eglise. ^
Cette sixième conférence n'eut pas lieu. Les cinq can* tons, au lieu d'envoyer leurs députés à Bremgarten^ se contentèrent d'écrire aux médiateurs : « Qu'ils voyaient avec un grand déplaisir, qu'on ne voulait pas les laisser en paix dans leur ancienne religion chrétienne, quoiqu'ik n'eussent pas d'autre foi que celle de leurs pères ; que quant aux autres articles , ils s'étaient toujours offerts d'observer le traité de paix et ceux d'alliance, et
* Id. B75. Warstis. 598.
* HotUag. STS.