LA BATAILLE
soleil penchait vers son couchant , les Zuricois crurent qu'il ne se ferait pins d'attaque. Les chefs mêmes de Varrnée ennemie pensaient à faire là un camp poury passer-la nuit. Mais Jean Jouch d'Uri^ officier expérimen* té dans la guerre 3 qui avairété baillif de Sargans^ fit dire aus commandans de l'armée qu'il s'était approché du oamp des Zuricois^ qui ne s'étaient» point emparés d'un petit hois qu'ils avaient à dos ; qu'ils étaient en petit nombre et mal disciplinés ; qu'ainsi il était temps de les attaquer. Jacques Troger^ d'Uri^ déconseillait cette attaque vivement; mais Gaspard Gœldli, exilé • de Zurich 3 et frère du capitainp zuricois du camp de Cappel, soldat d'expérience^ lui répondit : « Qu'il connaissait fort bien les Zuricois , et que si on' leur donnait le temps de s'assembler, ils donneraient bien delà peine aux cinq Cantons^ etqu'on en était dans cette situation, que si les cinq cantons ne battaient pas les Zuricois ce soir-là 3 ils en seraient battus le lendemain. » Là-dessus Jouch commença l'attaque avec trois cents hommes , dans le temps que les Zuricois , par un grand malheur pour eux 3 ou plutôt par une grande imprudence (si ce ne fut pas même par la trahison de quelques mal-intentionnés ), avaient commencé à pointer leur canon d'un autre côté ; de sorte qu'ils rendirent inutile l'artillerie qui les avait si bien servis jusque-là. Une bévue d'une si grande conséquence donna du courage à l'ennemi , qui s'en aperçut, et jeta la terreur dans l'esprit des Zuricois qui' commencèrent à j)rendre la fuite. Rodolphe Lavater fit ferme à la tête. Zwingli , tenant une hallebarde en la main, rappelait les fuyards, en leur criant : «Ne craignez point et ayez bon courage ; s'il faut que nous souffrions, notre cause est pourtant bonne. Recommandez- TOUS à Dieu, qui peut nous protéger, nous et les nôtres.»
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Jj'aUaqoe fut vive^ et les injures les plus grosmres a€> compag^aîent les coups des ennemis. On s'approcha el l'on employa tooles sortes d*armes, de manière qu'il y en eot plusieurs qui furent tués à coups de pierres. La plu* pan de ceux des ennemis qui étaient dans les premiers rangs furent tués par les Zuricois; de sorte que quelques* uns croyaient que la victoire se tournerait de leur eofté. Vais deux ou trois raille hommes y accablés de lassitude et mal en ordre, ne pouvaient espérer de victoire contre huit mille hommes de troupes fraîches et remplies de courage, surtout en faisant fautes sur fautes. Ceux qui allaient placer ailleurs le canon ^ s'étant aperças de. Tattaque, s'enfuirent ; ce qui donna un nouveau courage à leurs enneinis. Il y en eut même un de Baar, qui fai** sant semblant d'être de l'armée des Zuricois, se mêla parmi les fuyards et exhorta les autres à fuir , et par là en trompa plusieurs. (Il fut reconnu dans la suite , oon* duit à Zurich et puni de mort. ) Enfin le gros de Faiv mée ennemie étant tombé sur les Zurîcois, et les ayant pris en flanc, les enfonça jusqu'à leur bannière ; et ce fut là qu'il y eut un nouveau carnage; car ceux qui étaient chargés de la g^arder , se défendirent vigoureu* aement , pour empêcher qu'elle ne tombât entre les mains des catholiques , et la plupart s'y firent massacrer* Ceux qui étaient derrière eux prirent la fuite, ainsi 9s furent contraints de. penser aussi à leur s&relé. Le général de l'armée zuricoise^ après avoir combattu vaiU lammentj se vit entraîné par la multitude des fuyards. En se sauvant, il tomba dans un fossé où il aurait été pris par les ennemis^ s'il n'eût été promptement secouru par un soldat courageux , qui le tira de là au hasard de sa vie. Il y avait huit aos ^ que ce général , dans une autre occasion périlleuse , avait soulagé ce soldat daos
LBS ZpUCOIS $ORT BATTU9. &II
une soif ardente dont il était accablé. Le soldat en avait €X>nservé le souTcnir^ et profita de l'occasion pour lui en marquer sa reconnaissance en lui rendant un si important service. '
Après que les catholiques eurent long^temps pour* suivi les Zuricois dans leur fuite y ils retournèrent sur le champ de bataille ^ où ils se mirent à genoux et rendi-» rent g;râces a Dieu^ k sa sainte mère et a toute Tarmée des cieux, après quoi ils passèrent la nuit dans le mo* nastère de Cappel et aux environs. *
Pendant que les plus braves des catholiques poursui-* vaient les Zuricois^ d'autres s*en allèrent sur le* champ de bataille, pour reconnaître les morts et les blessés^ et les dépouiller. Animés d'un zèle catholique, ils deman* dèrent aux blessés r'ils voulaient invoquer les saints ou 60 confesser? Quelques-uns, en petit nombre, le firent pour sauver leur vie. Mais les autres le refusèrent cou* rageusement; et la-dessus leurs ennemis les assommèrent, en proférant contr'eux et contre leur religion des injures et des paroles qui font horreur. II est vrai aussi qu'on prétend, qu'il y en eut parmi eux quelque»-uns de plus humains , qui déplorèrent cette guerre et ce car* nage ; et qui assurèrent que jamais un tel malheur ne serait arrivé^ si l'on avait voulu r'ouvrir le coihmerce avec eux ; et que ce n'était que l'extrémité , où cette interdiction les avait réduits, qui avait mis le peuple en fureur et l'avait déterminé à la guerre. Aussi emportérentr-ils des blessés dans leurs tentes, et firent bander leurs plaies. '
* HoUing. 583: 58&. Rahn. 731. 732.
' HoUing. 383.
! Id. ibid.
4lf MOmT DB zwniGi^.
Zwingli fut enveloppé dans le malheur de cçlte Irîsie journée. D fut d'abord blessé d'un*coup de pié^e, qui le jeta par terre. Il se releva^ mais pressé par la foule qui fuyait^ il tomba et se releva par trois fois. Etant encore retombe sur ses genoux^ il s'écria : « Hélas! quel malheur est ceci? Eh bien! ils peuvent bien tuer le corps ^ mais non pas l'ame. » Ce furent là ses dernières paroles. Couché sur le dos on le vit* continu ellement lever les yeux et les mains au delj remuant les lèvres et invoquant le Seigneur. Un catholique» qui ne le connaissait pas 3 lui ayant demandé s'il voulait se confesser,*il branla la tête pour marquer qu'il n'en voulait rien faire. On lui dit encore» que s'il ne pouvait pas parler» il devait au moins invoquer la mère de Dieu et les autres saints» et leur demander leur intercession. Comme il le refusa encore» ils se mirent à faire des imprécations contre lui disant : « Cet homme est aussi un hérétique opiniâtre. » Là-dessus un officier qui arriva» lui donna de sa pique sous le menton et acheva de le tuer. H se tronva-là quelques personnes de considération» qui connaissaient parfaitement Zwingli ^ mais qui» conservant encore du respect et de l'affection popr lui» ne voulurent pas le déceler » pour ne pas Texposer à la fureur des bigots. '
Mais ayant été découvert et reconnu le lendemain par le moyen des prisonniers » -on fit mille indignités 9 son corps. Ceux qui les lui firent» se proposaient de ' charger sa mémoire d'ignominie } mais ils se couvrirent eux-mêmes par là d'une infamie éternelle. La plupart des officiers -catholiques le haïssaient à la mort ; nonseulement à cause de la religion , mais plus encore par-
' HoUing. 886