‹ Histoire de la réformation de la Suisse (volume 5)Chapitre 52 sur 60 · TRAITEMXNT PAIT A SON CORPS · texte numérisé non relu

TRAITEMXNT PAIT A SON CORPS

ce qu'il avait perpétaellement crié contre les pensionnaires des princes étrangers. Qaand ceux donc «qui étaient de ce nombre, eurent découvert son corps, qui fut trouvé, dit-on, avec une c^illeur vive, au grand ctonnenient des spectateurs , ils saisirent celle occasion pour se venger de lui ; quoiqu'il y eûl encore quelquesuns des hauts-officiers et d'autres , qui n'étaient point de ce sentiment. Us tinrent contre lui un conseil de guerre, et le jugeant traître et hérétique tout à-Ia-fois, ils le firent écarleler sur la place par le bourreau de Lucerne, et réduire son corps en cendres. Et posr pousser, encore Tignominie plus loin, ils firent mêler de Tordure do pourceau parmi ses cendres , afin que si quelqu'un voulait les recueillir, il eut des cendres de ^urceau avec celles de Zvringli. * Deux auteurs contemporains ont attesté que, les amis de Zwingli étant allés visiter le champ de bataille trois jours après, ils trouvèrent son cœur tout entier parmi ses cendres , ce qui les surprit extrêmement. Coinme cette merveille se publia en Suisse et dans les pays étrangers , le moine Surius a osé écrire que les disciples de Zwingli avaient adoré ses cendres ; calomnie impertinente, mais digne d'un moine, et qui ne mérite pas d'être réfutée. Thomas Plaler , qui avait apporté chez lui à Bâie une partie de son cœur, le montra à Myconius, intiitfe ami de Zwing4i. Myconius le lui arracha d'entre les mains; et afin qu'on n'en fit jamais aucun usage superstitieux, il le jeta dans le IVhin. Divers auteurs catholiques et luthériens ont écrit bien des faussetés sur le compte de Zwingli; mais j'épargnerai à mes lecteurs I4 peine de les lire. *

* HoltinK. K87.

* Id. 588.

416 ŒXmMB Dm ZWIftGLi.

ranccenr. Drépond a leurs timides cooseik avec une sagesse véritaUement chrcUeime et un coorage heroîqae, et les exhorte de soQC^té a la vertu^ ala constance et au travail, leur disant qu'il est charmé lorsqu'il apprend que, suivant l'anden usage de leur pays^ ils s'occupent à on travail honnête et a Ifagriculture ; au lieu qu'il serait an dé^ sespoir d'apprendre qu'ils prissent le parti de la guerre, pour aller porter les armes au service des princes étran* gers. n y parlé aussi d^ Tabbé de Fischingen , son cour sin, qui lui avait donné les mêmes conseils de prudence humaine.

Le second tome contient entr'ifutres deux sermons «qu'il fit à Berne, dans le mois de janvier 1528^ lors de la dispute; le premier pour rendre raison de sa foi^ expliquant tout de suite le symbole des Apôtres; et le second sur la constance, pour exhorter les Bernois à la fermetéidans la réformation qu'ils venaient d'embrasser. On y trouve aussi un traité de la religîyn chrétienne, composé peu de temps avant sa mort et dédié à François I^, roi de France. Enfin on y voit les actes des deux dis-* putes de Zurich , de l'an 1 523.

Dans le troisième on trouve une courte explication sur le livre do la Genèse^ et sut les vingt-quatre premiers chapitre de l'Exode. Une traduction nouvelle des Psaumes. Deux versions du prophète Esàîe ; l'une de 8. Jéron)e et l'autre de Zwingli, en deux colonnes^ suivie d'un commentaire litléral et critique^ publié l'an 1529. n y a joint uno préface, où il rend raison de sa traduction. Parlant des points hébreux, il diV: a Hebrasorum litteras aliquando caruisse vocalibus notis , quas parum civiliter ipsolrum Rabini et finxerunt et supposuenint

OBUTaSS DK ZWIMGLI. A>17

elcv * II y a ensuile une version nouvelle du livre de Jeréroie et de ses Lamentations^ avec un commentaire sur ces livres^ composé dans le même goût que le précédent.

Enfin , le quatrième tome contient tout ce qu'il a fait sur le nouveau Testament : I. Un commentaire sur les quatre Evangiles , et un autre sur les histoires particulières de la Passion , de la Résurrection et de l'Âscen^on du Seigneur, recueilli des leçons de Zwingli par Léon de Juda. II. Un commentaire littéral sur les cpîlres de S. Paul aux Romains^ aux Corinthiens, aux Philippiens f aux Golossiens , aux Thessaloniciens , et sur Tépitre de S. Jacques, recueillis de la même manière et parle même. Enfin, un commentaire sur Tépitre aux Hébreux, et sur la I** éptire de saint Jean^ recueilli jpar Gaspard Grossman ou Megander. Léon de Juda , qui dédie ce tome à Messieurs de Bienne , y fait une mention des plus honorables de Thomas Wittembach, leur citoyen et leur pasteur, qui avait été professeur en théologie à Bâie, dans le commencement de ce siècle-là; jusque-là qu'il assure que Zwinglicllui, qui avaient été ses disciplesà BâIe, Tan 1505 , lui avaient l'obligation de tout ce qu'ils avaient de savoir et d'érudition solide. Il y darle aussi de leurs deux pasteurs , Jacques Wurben et Pierre Sarctorius , en termes fort honorables*

Si Ton fait réflexion que Zwingli a écrit ou composé tout ce qui remplit ces quatre volumes in-folio, dans l'espace de douze ans et quelques mois, depuis l'an 1519 jusqu'à l'an 1531 qu'il mourut, on nepeutqu'admirer son application infatigable au travail, parliculi^ reroent si l'on considère les grandes occupations dont il était accablé ; chargé de la conduite de TEglise de Zu-

Pagc 908. a.

&i8 CONSTERNATION DSS ZURICOIS.

rich, comme premier pastear, derînslniction de la jeunesse, comme professeur; enfin du soin de presque toutes les églises de la Suisse, et.souvent dîslrail par des fonctions pastorales, par des visites et par des commerces de lettres. Mais si Ton entre dans la lecture de ses écrits , on y trouvera bien plus de sujet encore d'admirer ses grands et merveilleux talens^ f élévation de son génie, la profondeur de son érudition et toutes les autres qualités qui font un théologien véritablement chrétien.

Après ce détail sur la mort et les œuvres de Zvring^Ii , je reprends le fil de mon histoire.

XI. La nouvelle de la défaite des Zuricois fut bientôt portée à Zurich. Elle y arriva le même jour, à 7 heures du soir, et remplit la ville d'affliction et d'effroi , parce que s'étant proposé un but qu'ils croyaient être salutaire a toute la Suisse, ils s'étaient flattés d'y avoir un meilleur ^ccës , et d^ailleurs quelques-uns méprisaient l'ennemi. Quelques mauvais esprits prirent occasion de là de parler fort haut contre la*réformation et contre les ministres, de sorte que Léon de Juda, qui se trouvait alors le premier à porter le faix de Téglise de Zurich , fut obligé, pour échapper au danger qui le menaçait, de se cacher chez un honnête bourgeois , dans le temps qu'il relevait à peine d'une rude maladie^ que ses grandes occupations lui avaient attirée. Cepecidant on revint bientôt de cette première consternation. On assembla de nouvelles troupes sur le mont Albis et l^n dépécha des courriers cette même nuit à Berne et aux autres villes réformées-^ pour leur demander leurs secours. * Après le départ de l'armée des cinq cantons , le nna-

* Hoiling. K87.

MOHBIIB DBS MORTS BT DBS BLB8S£s. 419

gisirat de Zurich envoya diverses personnes ^ hommes et femmes , pour ensevelir les morts. On y trouva trois cent quatre-vingt-trois morts de l'armce de Zurich, entre lesquels étaient quatre-vingt-dix-huit bourgeoise II s'y en trouva même qui avaient des habillemens étrangers , qui firent juger que c'étaient des soldats de l'armée ennemie. Outre ceux-là il y en eut d'autres qui périrent , les uns dans la fuite, d'autres dans leur prison , et d'autres enfin de leurs blessures , de sorte que le nombre des Zuricois morts, y compris les trois cent quatre-vingt-trois dont je viens de parler, montait en tout

à cinq cent douze. Ce nomlye, comme l'on voit, ne s'accorde guère avec celui de trois mille morts et trois mille blessés, que quelques catholiques ont prêté si libéralement aux Zuricois, avec une armée de vingt mille hommes. * Les Suisses catholiques ont été plus modestes , ils en ont compté mille, et ceux qui en font monter le nombre plus haut le portent tout au plus à quinze cents. Cela est venu de ce qu'ils ont compté parmi les " morts des gens qu'ils crurent tels, et qui ne le furent point. Tel fut un J. Balthasar Keller , père de Jeaa Keller , qui dans la suite fut bourgmattre de Zurich. Cet officier reçut quatorze, blessures et fut laissé comme mort. Les ennemis le croyant tel, le dépouillèrent et lui arrachèrent même une bague du doigt. Cependant il reprit ses sens j et nu comme il était il se traîna avec peine dans un village voisin, oii on lui donna quelques habiu et de-là il se retira chez lui. On compta parmi lep morts vingl-six magistrats , tant du grand que du petit conseil > et quinze ecclésiastiques'^ gens de bien et savans, que la nécessité avait obligés d'aller à cette guerre

' Id. 585.

&20 FIDÉLITÉ DBS SDiBTS DB ZURICH.

pour repousser renncmi coroniun de TEglise et de la patrie. Entre ces derniers fut Thiebold de Ghéroldseck, administrateur de • l'abbaye d'EinsiedIen ; Conrad Schmid, commandeur de Kussnacht^ homme de bien , ^savant et fort aimé ; Jean Haller ^ qui avait été pasteur d'Anseldingen , dans le canton de Berne et qui^ chassé de son église Tan 1528 par les catholiques rebelles^ lors des troubles d'Intcrlaken (comme on Ta vu dans son lieu * )f avait passé dans le canton de Zurich et avait été établi ministre de Bubch , petite ville de ce canton. Enfin on y trouva Wolffgang Joner^ abbé de Cappel^ homme de mérite et amaftur des arts et des sciences , qui était même considéré des catholiques à cause de ses belles qualités. Il mourut à l'âge de soixante ans. Outre ces morts ^ les Zuricois perdirent dans cette funeste journée quatre drapeaux et dix-huit canons. Les catholiques ne perdirent qu'environ quatre-vingts hommes -, selon leur rapport ; d'autres en comptent deux cents. ' Les capitaines de l'armée catholique ayant chassé les Zuricois , envoyèrent sommer les sujets de Zurich qui étaient à leur voisinage^ de se soumettre à eux^ avec menace , en cas de refus, de ravager leur pays ^ et avec promesse de les protéger, s'ils se soumettaient debonne grâce. Mais, fidèles à leurs seigneurs, nonobstant leur défaite, ils refusèrent de se soumettre à leurs ennemis. Et bientôt les Zuricois , s'étant assemblés sur le mont Albis, furent renforcés par les sujets de Tabbé de St-Gall , par ceux de Thurgovie^ de Tockenbourg et d'autres endroits , si bien que leur armée s'accrut jusqu'au nombre de 12,000, hommes. Peu de temps après ils furent joints

* Tome II. p. 2A0.

* Hotting. 888. 889.

ARMBB OB8 RiFORllis. tôt

par ceux de Schaffouse et de Sl-Gall. ' Les Grisons^ qui s'étaient arrêtés jusque-là dans leur campement , s'approchèrent aussi y quoique les catholiques tâchassent par un stratagème , de les obliger à se retirer. Il prirent l'habit d'un héraut de Zurich^ qui avait été tué à la ba* taille de Cappel^ et en revêtirent un de leurs soldats , qu'ils envoyèrent au camp des Grisons , avec une lettre, comme si les Zuricois y dont le tourbe prenait le nom , les remerciaient de leur bonne volonté et leur disaient qu'il n'était pas nécessaire qu'ils avançassent davantage, puisqu*on était en négociation de paix. ' Les villes de Berne, de Bâle, de Soleure,J de Mulhouse et de Bienne envoyèrent aussi promptement leurs troupes, qui se rendirent à Bremgarten^ où les Zuricois les joignirent avec leurs troupes auxiliaires. Berne envoya quatre mille hommes ; Bâle cinq cents ; Soleure six cents ; Mulhouse et Bienne ensemble trois cents. ' Dans les troupes de Berne il y avait deux cents hommes de Genève, trois cents de Neuchâlel et quatre-vingts de Lausanne. ^ On se serait attendu que Strasbourg et Constance auraient donné du secours aux Zuricois , comme elles y étaient obligées par le traité d'alliance des Cantons réformés , ou elles étaient entrées depuis deux ans ; mais il ne parut pas une amé de leur part, ce qui fit sans doute que nos réformés se dégoûtèrent bientôt de leur alliance et rompirent avec eux dès qne les cantons catholiques le souhaitèrent. ^ C'est donc sans fondement que le cardi-

' Hotting. 590.

> Sprecher L. V. p. 217. 318.

' Stettt. II. SO. a.

^ Ms. Thomass. %\ b.

' Hotting. 590.

422 M A&CHB DBS &iroRvAs

Dal Pallavicln a dil dans son histoire du Concile de Trente * , que les Zuricois avaient reçu de puissans secours des étals >d' Allemagne. L'armée des réformes se trouva forte d'environ vingt-mille hommes. Fribourg*, Appenzell et Rapperschwyl demeurèrent neutres. Ceux de Glaris prirent les armes ; mais , à cause de la division qui régnait chez eux pour cause de religion , ils n'osèrent.pas sortir de*leurpays. Mais ceux du Wag-enthal se laissèrent tellement effrayer par la perte de la hataille de Cappel , qu'ils implorèrent d'abord la grâce des cinq Cantons. ^

Les chefs de l'armée réformée tinrent conseil de guerre sur les opérations de la campagne^ et convinrent ensemble qu*on se partagerait en deux corps , qui marcheraient de concert contre l'ennemi , le long de la rivière de la Reuss^les uns au-delà et les autres au-de-çà. Dans la marche les troupes de Berne , arrivées à Mouri, le pillèrent en représailles de ce que les catholiques avaient fait à Cappel , et y détruisirent et brisèrent toutes les images et les autels. Us en (irentautant à Mérischwànde^ terre de Lucerne. Biais comme ils avaient défendu de brûler^ un de leurs soldats^ qui mit le feu à une maison, fut condamné à perdre la télé. Dès-la ils rejoignirent les troupes de Zurich^ et le 21 du mémemois d'octobre (dix jours après là bataille de Cappel) ils entrèrent ensemble dans le canton de Zoug. La , ayant trouvé les ennemis au village de Baar, ils les forcèrent d'en sortir et de reculer jusqu'au mont de Zoug, où ils avaient un poste avantageux. Les catholiques s'y campèrent sur une hauleur près deBaarbourg, et fortifiè-

* Ub. III. VIIL t.

* HotCing. I. c

ILS YEVLKNT S*SMPARB& OB SII.HBEDK. iSS*

rent Icar camp le mieux qu'ils purent^ ayant reçu un renfort de mille Valaisans et de quatre cents hommes de l'Escblhal. Pendant ce temps-là les réformés pillaient les villages voisins^ Baar, BlickenstorfT et Sleinhausen. Ils eurent encore quelques avantages dans deux ou trois^ rencontres avec les catholiques ^ de sorte que quelquesuns croyaient que l'ennemi avait lâché le pied et qu'on l'aurait pu disposer à accepter des propositions raisonnables. ' Mais les troupes réformées furent incommodées par le mauvais temps , et les Zuricois en particulier, manquant d'argent, l'incommodité de la saison et le défaut de paiement les mirent de mauvaise humeur , et ces deux maux joints à l'inaction dans laquelle on les tenait , fit glisser le désordre et la désobéissance parmi eux. *

Les catholiques s'étant campés fort avantageusemenl^ ensorte qu'il était très-difficile de les attaquer, avaient résolu de laisser morfondre les réformés devant leur camp par une vigoureuse résistance. Ceux-ci pour les obliger à livrer bataille et à sortir de leur camp^ résolurent d'enlrer'dans le pays des cinq Cantons par deux endroits^ tandis que les Grisons attaqueraient le pays de la Mark, dans la pensée que cela pourrait les obliger à pactager leurs troupes, et qu'ainsi on pourrait, bientôt mettre fin à la guerre. Mais avant que d'exécuter cedesseyi ils résolurent de s'emparer du poste deSilhbruk et détachèrent pour cet effçt quatre à cinq mille hommes des troupes de Zurich, de Bâie, de SchafThouse, de St-Gall et de Thurgovie, avec l'artillerie nécessaire. Ceux de Berce et de Soleure ne voulurent point se sé^

* StetUcr II. 50. b. lloUin^. KSQ. ^ SlcUl. I. c.

411 LB8 HÉPORmAs au MORT DB ZOUG.

parer, mais allèrent tous ensemble droit à Tennemi. Un homme de ces quarliers-Ià^ habile dans l'art militaire , représenta aux officiers qu'un tel projet était impraticable^ parce que le lieu était si rude qu'il n'y avait ni g^ens^ ni bêles de somme , ni artillerie qui pût y arriver. Ils ne laissèrent pas de partir; mais' il» agirent avec si peu de précaution , qu'il semblait qu'ils avaient perdu le sens. Leur ordre était de partir secrètement, sans bruit et dans le milieu de la nuit. Au lieu de cela , comme s'ils fussent allés attaquer des enfans et contre le sentiment des gens expérimentés , le capitaine de Zurich fit partir son monde, le 23 octobre, peu après midi et enseignes déployées, ensorte que les ennemis pouvaient le voir. ' Stettler dit qu'il partit de nuit, mais au clair de*la lune. L'ordre était encore qu'ils devaient s'arrêter à Silhbruk et y passer le reste de la nuit ; et le lendemain

prendre la route du mont de Zoug, s'y tenir exactement sur leurs gardes et se garantir d'une attaque imprévue, par un bon retranchement de chars et de charrettes^ et de donner un signal par un grand feu , dans le temps qu'ils voudraient attaquer Tenhemi. L>5s deux corps d'armée de Zurich et de Berne devaient dans le même temps attaquer Tennemi dans la plaine. Mais ni les uns ni les autres n'exécutèrent les ordres dont on était convenu. '

Les premiers se mirent à la vérité, en chenin pour gagner le poste qu'on leur avait ordonné ; et près de Nuhcim, ils chassèrent la garde ayancée des ennemis et ar^ rivèrent ce soir même au Mont de Zoug. Mais au lieu do se camper et de se retrancher, ils se dispersèrent, et une grande partie d'cntr'eux se répandirent dans les

' SteUler 50. 1). HoUing. 891.

DiSORDRB BT NEGLIGENCE. . 4Stf

villages d'alentour^ Menzingen^ SchœnbrunnetNuheiro, où ils s*amuscreDt à piller les églises et les maisons , à tuer le bclail qu'ils avaient pille ^ et se postèrent sur une hauteur près de Menzingen^ pour y passer la nuil^ tout conaroe s'ils avaient affeclé d'être vus de Tennemi. Au lieu de se retrancher et de faire bonne garde, quelquesuns rodaient ça et là, méprisant l'ennemi ; plusieurs autres dormaient; aucun d'eux ne voulait être en senti- .nelle. En un mot, il négligèrent absolument tous les ordres qu'on leur avait donnés, et toutes les mesures que la seule prudence et qu'un peu de bon sens aurait pu dicter à des gens raisonnables pour se mettre en sûreté. Cependant quelques personnes d'honneur, qui voyaient avec regret une conduite si pitoyable , ayant aperçu les ennemis qui s'approchaient avec la mèche allumée ; leurs gens se mirent en ordre de bataille et se partagèrent en deux corps, qui n'étaient éloignés l'un de l'autre que d'un jet de pierre ; mais ils se séparèrent bientôt, avant que l'ennemi fût arrivé. C'était un petit corps de catholiques de six à sept cents holnmes , qui s'avisèrent d'aller attaquer les réformés au clair de la lune , le 24 octobre , à deux heures après minuit, ayant laissé les femmes dans le camp pour le garder avec des flambeau^et des feux. Pour se reconnaître les uns les autres dans l'obscurité , ils prirent des chemises blanches par dessus leurs habits , et des bonnets de la même couleur. Ceux qu'ils avaient envoyés devant eux à la découverte , s'approchèrent du camp des réformés sans que personne* s'en aperçât. Cependant ayant vu de loin, au clair de la lune, les réformés rangés en bataille, ils en furent étonnés et ne voulaient point les attaquer. Mais dès qu*ils se furent avancés et qu'ils remarquèrent qu'il ne se faisait aucun mouvement

496 , BATAILLE DU MOKT DE ZOOG.

extraordinaire dans le camp, à l'occasion de leur arri* vée, ils s'arrêtèrent cl envoyèrent quelques-uns d*entr'eux à leur camp pour dire aux autres de venir attaquer promptement; les assurant, a que Dieu avait livré leurs ennemis entre leurs mains > puisqu'ils étaient tous ou endormis ou plongés dans la sécurité. » Ainsi , animes d'un désir ardent de profiter de l'occasion , et de venger le ravage qu'on avait fait sur leurs terres , ils firent leurs prières et allèrent fondre sur les deux bataillons réformés qui étaient encore dispersés, avant qu'ils pussent se joindre. Ceux-ci, qui ne s'attendaient pas à être prévenus et attaqués , furent étrangement surpris. D'ailleurs n'ayant point fait de dépense en espions, ils ne savaient pas si ceux qui venaient à eux, n'étaient qu'ua détachement de l'armée ennemie, ou l'armée entière; et ils ne pouvaient s'éclaircir là-dessus, à cause de l'obscurité. *

Les ennemis commencèrent l'attaque avec de grands cris. Le premier bataillon se défendit d'abord courageusement et coucha sur les carreaux plusieurs des ennemis ; mais enfin il fut poussé et mis en déroule sans que l'autre bataillon vînt à son secours. Et celui-ci ayant été ensuite attaqué par les catholiques, lâchA bientôt le pied et chercha son salut dans la fuite, abandonnant son caiionaux ennemis. Dans ce temps-la, l'armée combinée des réformés, qui élait au-dessous du camp des cinq cantons, aurait dû l'attaquer de son côté vigoureusement, comme on en était convenu avec ceux du détachement; mais soit trahison, soit imprudence^ elle n'en fit rien; et nonobstant qu'on y pût entendre le bruit de la raousqueterie, nonobstant les sollicitations de quelques bra-

^ SteltlerlJl. Hotiiog. 591. 592.

DÉFAITS DES RÉFOUMés. 4S7

ves hommes de guerre , qui souhaitaienl qu'on allaquât et qui avaient crié Talarme, on n'y branla pas le moins du monde; et Messieurs les officiers^ qui apparemment dormaient à ces heures-là^ ne trouvèrent pas bon de troubler leur repos pour courir au secours de leurs frères , et les laissèrent assommer tranquillement. Ainsi ceux qui composaient le détachement , portant la peine de leur mauvaise conduite et de celle de leurs camara* des^ périrent la plupart ou dans la bataille, ou dans la fuite. Car comme ils étaient dans un pays qu'ils ne connaissaient pas y que d'ailleurs l'obscurité de la nuit lès empêchait de voir où ils portaient leurs pas , plusieurs d'entr'eux périrent dans la fuite. Quelques-uns arrivèrent blessés et désolés dans le camp de la grande armée. Plusieurs furent pris et tués. Les autres prisonniers furent conduits à Zoug avec onze pièces d'artillerie , quelque bagage et quelque argent que les réformés avaient laissé sur le champ de bataille. Les catholiques y perdirent environ cent hommes, et publièrent qu'ils avaient fait périr huit cent trente réformés , qu'ils avaient jetés confusément dans trois fosses. Stetller en avoue huit cents. Mais BùUinger^ qui vivait alors et qui se trouvait à Bremgarten fort à portée de savoir la vérité, dit que^ comme les catholiques avaient assurément fait le nombre des réformes tués à Gappel plus grand du double, qu'il n'était en effet, il pouvait fort bien se taire, qu'il en fût de même dans cette rencontre. Il y périt douze bourgeois de Zurich^ entr'autres Jacob Frey leur capitaine , dix -neuf du canton; cent quarante de la ville et du canton de Baie, entre lesquels étaient Jérôme Botanus , ministre de S^-Alban et vicaire d'Oecolampade, jeune homme fort savant et digne d*un meilleur sort; soixante-trois de Schaffbouse, outre ceux qui mou-

AS8 DÂSO&DB.B BT DISCIPUNX.

rurent depuis de' leurs blessures^ et diz*sepl de S^-Gall. Les catholiques firent sonner cette victoire extrême-^ ment haut, et la publièrent partout on attribuant la gloire non seulement à Dieu, mais aussi à la S^ Vierge ; et le succès qu'ils eurent dans ces deux journées^ les fortifia dans leur attachement au papisme. Aussi les gens du pays bâtirent sur le champ de bataille, une grande chapelle à Thonneur de S. Séverin , dont ce jour-là portait le nom ; ce qui chagrina encore plus les Zuricois. Encore aujourd'hui on fait annuellement à pareil jour^ des processions solennelles a cetle chapelle, avec un anniversaire pour le repos des âmes de ceux des cinq cantons, qui y furent tués. *

On a vu dans ces deux batailles, les effets opposés de Tordre et du désordre, de la bonne et de la mauvaise conduite, de l'union et de la division, delà fidélité et de la perfidie. Les réformés y firent faute sur faute , et des fautes grossières et impardonnables. D'ailleurs leurs capitaines n'étaient pas unis, il y avait de la jalousie et de l'émulation entr eux de canton à canton. Les chefs ne s'entendaient pas et ne voulaient pas s'entendre; et les soldate et les bas-officiers ne voulaient pomt obéir. Ajoutez à cela qu'il y avait des traîtres parmi eux; gens qui haïssant dans leur cœur la réformation , à laquelle on les avait contraints de se soumettre, étaient ravis de voir exposés a des revers et à des disgrâces ceux qui avaient contribué à la faire recevoir. * Au lieu que les catholiques étaient bien unis ; et croyant tous combattre pour la bonne religion et pour la gloire de Dieu et «Jes sainU , cette pensée leur inspirait un zèle et un courage

* Wuralis. m. Steuler I. c. Holling. 593. ' Steuler W. Holling. 59*.

DiSOaORB BT DISCIPLINE. ' A29

qui tenait de l'enthousiasme. Quelque aguerries et courageuses que puissent être des troupes^ si elles sont mal conduites^ si le désordre et la désunion s'y mettent^ si Ton n'y voit ni ordre , ni subordination^ ni obéissance; îl est indubitable qu'elles seront battues par un ennemi inférieur en nombre. Les Bernois l'ont éprouvé Tan 1 656 dans la journée de Wilmerguen y où ils furent battus par les mêmes cinq cantons ; et cela non par trahison^ comme le bruit a couru , mais par une suite inévitable du désordre^ du défaut de discipline, de prévoyance et d'obéissance, qui se trouva dans leur armée; comme je l'ai ouï dire à feu M. le colonel de Crousaz, lieutenant ballival de Lausanne, officier brave et expérimenté, qui s'était trouvé à cette bataille. Cela me fait souvenir d'une particularité curieuse de l'histoire de Berne, qu'on lit dans la chronique d'Etterlin. L'an 1338, les Bernois étant en guerre avec les Fribourgeois , qui étaient assistés par les comtes de Neuchâtel , de Yalangin , de Nidau et de Gruyère, élurent pour leur capitaine-général , un de leurs bourgeois, nommé Rodolphe D'Erlach, chevalier et bon guerrier. Ce M. D'Erlach se défendit quelque temps d'accepter cet emploi ; mais enfin on l'obligea de s'en charger. Cependant il ne voulut point prendre le commandement de l'armée^ qu'elle né lui eût prêté serment de lui obéir en toutes choses, ce Jai été, dit-il, en six batailles, où Je plus petit nombre a toujours remporté la victoire ; ce qui arrivait par un effet de l'obéissance et du bon ordVe qu'on y observait. »

Je reviens* à notre histoire. Le mauvais succès de deux batailles consécutives, remplit les réformés de mécontentement et de troubles , rejetant la faute les uns sur les autres. Quelques-uns de ceux qui , comme je l'ai déjà dit, haïssaient dans leur cœur la réforroation, di-

430 LES T0CKENBOURGBOI5 QUITTENT l'ARU£e.

rent qu'ils ne voulaient plus se charger de celle guerre de prélres^* comme ils l'appelaient, et se retirèrent. Les Tockenbourgeois furent de ce nombre. Ils ne voulurent plus prendre pari à celte guerre, et firent leur accommodement particulier avec Tarmée des cinq cantons, qui leur donna par écrit une ralificalion de l'achat qu'ils avaient fait de leur liberlc, pour n'élre plus soumis à Tabbé de St-Gall ; après quoi ils s'en allèrent chez eux. Gel accommodement fut ensuite ratifié par les deux cantons de Schwytz et de Claris, et réduit en forme de traité à Rappcrschwyl, scellé des sceaux de ces deux cantons et de celui de Tockenbourg. Dans le premier article de ce traité , les Tockenbourgeois promellent : « Qu'au cas que dans leurs paroisses, une ou plusieurs personnes n'ayant pas renoncé à la religion romaine, qu'ils appellent l'ancienne et la véritable foi chrétienne, ou que jceux qui avaient embrassé la nouvelle religion voulussent la quitter, ils seront en pleine liberté de le faire, etc. Que là où l'on conservera les ministres^ ils ne devront point proférer des paroles injurieuses contre la religion romaine, etc. ; que les biens de l'Eglise seront partagés entre les prêtres et les ministres, à proportion de leurs auditeurs, etc. » Dans le second article ils pro- . mellentde réparer à leurs dépens les ornemens qu'on avait brisés dans l'église de St-Antoine à Utznen ; au moins ë'il se trouve que leurs gens en soient coupables. Dans le quatrième article, Schwytz et ôlaris parlent et disent : « concernant l'achat de nos chers compatriotes dû Tockenbourg, par lequel ils se sont rachetés et délivrés de là domination de l'abbaye de Sl-Gall, il sera observé fidèlement a leur égard , conformément à la promesse

* Pfaffen-Krîeg. SleUler 51. a.

DIVISION ENTRE LES RÉFORMES. &3i

qui leur ea a été faite par écrit par nos seigneurs des cinq cantons. » *

Après le départ des Tockenbourgeois , ceux de ia Thurgovie ne voulurent pas non plus demeurer dans Tarmée^ et se retirèrent. Ceux de Gaster firent aussi une trêve par le moyen de Giaris. '

XII. Nonobstant ces pertes, les réformés auraient encore pu sortir de cette guerre avec honneur^ s'ils avaient su réparer leurs fautes , puisque l'ennemi manquait de vivres et. qu'on avait des forces suffisantes à lui opposer^ et des troupes courageuses; si bien que 5 plus d'une fois, quand les partis qui couraient la campagne se rencontraient , les réformés battaient les catholiques. ^ Les magistrats de Zurich écrivirent à leur armée , le même jour de la dernière bataille, 24 octobre; « qu'ils devaient avoir plus à cœur l'honneur de la ville ^ et se tenir mieux sur leur gardes; qu'on avait appris, que tout te mal était venu de la grande nonchalance à observer les règles de la guerre et de la désobéissance; que personne n'avait voulu faire sentinelle et garder son rang, etc. x> Mais malgré CCS avertissemens , dont leur propre expérience leur devait faire seiilir la nécessité, ils firent de nouvelles fautes. Au lieu de demeurer unis et de ne point faire de paix que de concert, et les uns avec les autres.; leurs troupes se séparèrent^ et Zurich se hâta de faire sa paix à part ; parce que les choses allant de mal en pis tous les jours, non seulement leurs sujets effrayés par les menaces des ennemis^ priaient leurs seigneurs à mains jointes de faire la paix ; mais leurs propres bourgeois les y forcèrent en quelque sorte ^ par leurs murmures et par

* HotUng. 594. « cl ' Id. ibid

431 PAOPOsiriov db paix.

leurs divisions. * D'antre cftle, les cinq canUMis qd avaient de bonnes intelligences à Zurich , insUnits île tout ce qui s'y passait^ en devenaient toujours plus fiers; et le pape qui leur envoya une lettre de félicitatioa et de l'argent, avec promesse de leur en envoyer davantage au cas que la guerre durât plus loogHenipSi acheva de leur enCsr le cœur. *

Les choses étant dans cet état, on commença à parler de paix. Les deux parlis la souhaitaient également. Les catholiques, parce qu'ils manquaient de vivres ; lesZuricois et les Bernois , parce que l'incommodité de la saison ne leur permettait pas de tenir la campagne , et que servant tous à leurs propres dépens , plusieurs de leun gens désertaient nonobstant les défenses. Déjà dès le 18 octobre^ on vit des députés d'Appenzell et de la comtesse de Neuchâtel, qui vinrent offrir leur médiation. Us furent suivis des députés de diverses villes protestantes de la Souabe, comme Lindau, Ulm, Bibrach, Memmingen, Isna et Kempten, qui arrivèrent le 26 oc^ tobre, et offrirent aussi leur médiation. Après ceux-ci, les ministres du roi de France, du duc de Savoie et du prince de Bade^ vinrent le 28 octobre. Les Bernois agréèrent d'abord ces propositions d'accommodement , et écrivirent a leurs alliés de Zurich et de Baie , que si les cinq cantons voulaient faire la paix, on ne devait pas refuser de faire un traité raisonnable avec eux. Ces deux cantons y consentirent^ mais avec quelque protestation. Les catholiques ne voulurent point admettre la médiation des villes protestantes d'Allemagne , et n'écoolèrent que les députés des princes et des états de leur re>

* Holting. $9».

' Id. 595.

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